* 1er décembre – L’Humanité dans sa tanière

L’Ours est dépité. L’avatar plantigrade de ce blog en deviendrait presque déconfit et brumeux. A chaque fois qu’il sort tout heureux de sa tanière, un nouveau variant du virus le contraint à s’y réfugier en panique. Il est las, il perd peu à peu le sens de sa bonne vie animale, en plein air et en compagnie.

Voudriez-vous vraiment qu’il jette un œil géopolitique sur ce monde tout détraqué ? Regardez Omicron. On ne sait rien de cet intrus sorti tout droit de la mondialisation. Il semblerait qu’il n’ait encore tué personne mais que sa propagation s’établit entre celle d’une trainée de poudre et celle des médias électroniques. Tout le monde y va de son cri d’alarme si ce n’est de sa version lugubre de l’apocalypse. Israël s’emmure hermétiquement du monde extérieur; le monde extérieur se retranche de l’Afrique australe, terre d’origine du variant. l’Europe commence à nouveau à se claquemurer, chacun y allant de ses quarantaines, ses refoulements, ses tests sériels. Pourtant ne forme-t-elle pas une zone d’habitation homogène, irriguée par un marché unique et capable de mutualiser les politiques de santé, comme on l’a vu pour les vaccins ?

Mais l’obsession de la  »frontière à garder » s’est insinuée dans les esprits et la peur de manquer au sacro-saint  »principe de précaution » (et d’avoir à le payer politiquement) paralyse les politiques. On cherche des parades dans le  »sauve qui peut ! » et le  »chacun pour soi » sans attendre de savoir de quoi – scientifiquement – nous sommes menacés. Certains experts prédisent pourtant que l’avenir du Covid 19 sera de rejoindre la catégorie des rhumes communs. Un tigre de papier. Allez savoir ! Fermez les écoutilles, cadenassez les barrières, posez des barbelés le long des voies de passage ! Sans rien comprendre à rien, nous allons bientôt revêtir la misère et l’opprobre des exilés ballotés aux frontières des riches ? Au passage, en verrouillant tout, quelle masse instable de déboutés, touristes piégés, expatriés et non-vaccinés allons-nous laisser s’agglutiner entre notre périphérie et les filières d’infiltration clandestine ?

L’OMS nous dit – en termes polis – que nous sommes de sacrés imbéciles à vouloir nous cloîtrer hors-le-monde, juste par instinct. Cela n’arrêtera aucun variant, accentuera les déséquilibres entre zones pandémiques et créera artificiellement une multitude de victimes. Les économistes anglo-saxons ajoutent que l’option du repli sur soi est synonyme d’appauvrissement, de pénuries et de chômage. Même si l’on a le culte de la  »préférence nationale », on sait bien que l’autarcie tue les plus faibles, au final.

Alors, l’Ours (toujours déconfit), quelque chose à dire ?

 »Avant de réintégrer tristement ma tanière (ou non), je constate qu’on a raté l’occasion de retourner les solutions de la mondialisation contre ses méfaits globaux. On va subir tous ces variants bizarres, parce qu’on n’a pas su vacciner et protéger les peuples pauvres et mal organisés du Sud. La nature est morale. Elle nous force être tous égaux et justes ou alors, à subir de sa part des tourments sans fin. Mais on n’est pas prêt de se ressaisir….car c’est dans nos têtes  » (pensée brumeuse, puis sommeil de plomb …).

* 28 novembre – Barrages de la colère

Partout, des routes sont bloquées, des gens qui se révoltent… Ici, on ne parle pas des ‘’anti-vaccins’’ ni du cloisonnement des Etats face à un nouveau variant, mais d’honnêtes villageois qui souffrent du djihadisme et de toutes les violences qui le suivent en cortège.

Les moments de folie qui ont jalonné la progression d’une soixantaine de véhicules militaires français, parti de Côte d’Ivoire pour assurer la logistique de la base malienne de Gao marquent un délitement complet dans l’image de la France ‘’salvatrice’’ auprès des populations urbaines ou villageoises du Sahel. La peur d’un présent au niveau de violence insupportable, le ressentiment accumulé à l’égard d’autorités locales réputées abandonner les population, l’exaspération à l’égard de militaires français suréquipés et dominateurs, mais bien incapables de rétablir la paix civile : tout s’en mêle. Ces colères ne sont pas des fantasmes, même si certains perçoivent l’intérêt de jouer sur le registre anticolonial. Les peuples du Sahel souffrent et ne voient pas d’issue. La France n’a pas comme objectif premier de les protéger mais de passer pour cette tâche le relais aux armées locales. Elle se retrouve en ligne de mire, exutoire à la détresse générale et n’a pas vraiment de réponse à cela.


Au Centre-nord du Burkina Faso, le 20 novembre, à Kaya, le barrage villageois a généré un haut fait de résistance, après qu’un petit ‘’David’’ burkinabé ait abattu un petit drone (supposé français).  »Armée française dégage »,  »Libérez le Sahel »,  »Plus de convoi militaire d’invasion et de recolonisation français »,  »France Etat terroriste » : les pancartes des manifestants ne laissaient aucun doute sur leur hostilité. Des attroupements avaient eu lieu précédemment, lors de la traversée d’autres villes. La riposte des forces de l’ordre a fait, malheureusement, deux blessés et la fureur populaire s’est retournée contre le président Roch Marc Christian Kaboré, qui tentait de disculper les Français.


A Téra, dans l’ouest du Niger, le trajet du convoi a été, à nouveau, perturbé par des manifestants, le 27 novembre. Certains protestataires accusaient les soldats français de transporter des armes pour les groupes jihadistes, Au cours d’une tentative pour dégager les véhicules, des heurts ont fait deux morts et 18 blessés. La gendarmerie nigérienne en porte la responsabilité avec les militaires français. Des tirs de sommation ont déclenché l’affrontement et il devient alors très délicat de maitriser ce type d’incident. L’image des hommes de Barkhane s’en trouve quelque peu ternie.
Selon l’état-major de l’armée française, « aucun soldat français n’a été blessé », mais « deux conducteurs civils du convoi ont été blessés par des pierres et des camions endommagés’’. Voilà qui marque bien symboliquement la montée du dégagisme à travers le Sahel face à l’impasse militaire où se trouve la France… l’impasse dans laquelle ces populations se sentent aussi aculées. Les théâtres d’opération se sont éloignés des zones habitées que Paris voudrait voir transférées à ses alliés africains. Ceux-ci sont à la peine et ne savent pas se concilier leurs citoyens civils. Barkhane puis Tacuba sont dépassés par l’immensité des théâtres de guerre.


La contagion djihadiste gagne inexorablement l’Afrique de l’Ouest et tend vers les côtes atlantiques. Elle refluera sans doute un jour, car elle ne peut apporter aucune réponse au développement, encore moins à l’émancipation du Continent. Mais, militairement, on ne gagne jamais face à des guérillas, seraient-elles matinées de terrorisme. Dans cette situation, en tout cas, où les guerriers trouvent un ancrage dans la culture des gens. Cela tient aussi aux rumeurs malignes colportées par les réseaux sociaux (comme en France, d’ailleurs). Les annonces du ministère des Armées sur l’élimination de chefs djihadistes ne suffisent pas. Les Africains du Sahel ont d’abord surestimé la capacité des Français à rétablir la paix et l’ordre civil. Une part croissante de la base perçoit désormais l’intervention de Barkhane comme inefficace, inutile. Pour certains, il s’agirait désormais d’une armée d’occupation au service d’intérêts stratégiques post-coloniaux, qui ne sont pas les leurs.

Il ne sera pas facile de rétablir des liens de confiance et de partenariat en de telles circonstances. Si l’on aime l’Afrique pour elle-même, il va falloir mieux l’écouter… et trouver plus d’alliés.

* 25 Novembre – Croisières clandestines

Où en est-on de la petite ‘’guerre des pêches’’ entre la rive continentale de la Manche et les îles anglo-saxonnes ? Le fait qu’on n’en entende plus parler témoigne de ce qu’on négocie âprement, sans tonner dans les médias. Un retour à la norme des choses, le sourire en moins. En fait, la crispation des lendemains de Brexit a changé de front. La Manche, en tant que couloir passage clandestin entre le rivage du Calaisis ou du Cotentin et celui du Sud de l’Angleterre devient un point chaud de contentieux en même temps qu’un mystère … voire un drame.


Au moins 27 victimes, hommes, femmes et enfants ont péri hier dans le heurt de leur canot pneumatique avec un des multiples cargos parcourant le ‘’rail’’ d’Est en Ouest. Les tentatives pour les mettre à l’abri ont été tardives et vaines. Par contre, quatre passeurs d’un réseau bien établi sur la rive française ont été appréhendés. Ils importaient de Chine, par dizaines, les rafiots gonflables. Cela ne paraît pas avoir été repéré et pourtant, une telle industrie, destinée à tant de passagers semble difficilement ‘’camouflable’’. A quoi servent les milliers de détecteurs installés sur les plages ? Tous ces malheureux tenaient absolument à traverser la Manche et étaient prêts à risquer leur vie pour ne pas rester ‘’bloqués’’ en France. L’émotion se dissipera – jusqu’au prochain naufrage dans ce nouveau cimetière maritime, aussi inhumain que la Méditerranée : c’est ainsi. Mais, en fermant hermétiquement aux exilés tout accès légal au Royaume Uni, n’invite-t-on pas le crime organisé à ouvrir en grand l’industrie périlleuse du passage clandestin ?

Comment interpréter qu’en une seule journée, dix mille – et jusqu’à 14.000 exilés à une récente occasion -aient pu prendre la mer depuis les côtes françaises – ni vus, ni connus – et croiser vers la très convoitée Albion. On est prié de croire que l’impressionnant dispositif policier déployé pour ‘’garder la frontière britannique’’ (par sous-traitance française) n’y voit goutte. Car même par mauvais temps et brume matinale, cela fait du monde sur les plages, du trafic sur les routes, du bruit sur les ondes. Convainquons-nous que les jumelles des gendarmes, ni les satellites au-dessus des têtes n’en repèrent qu’une fraction infime. Bôf ! Il y a comme une petite chance d’y arriver pour ceux qui doivent recommencer plusieurs fois leur traversée. La plupart y arrivent au bout du compte. Ceux, moins nombreux, qui sont interceptés avant la laisse de haute mer n’arriveront ni à se faire héberger sur un site d’urgence – tout a été fermé, démantelé – ni à postuler pour une aide matérielle de survie. S’ils parviennent à rejoindre des parents ou amis au Royaume Uni, curieusement, ils sont plutôt mieux reçus, nourris, hébergés, juste en face que dans l’Hexagone. Leur droit à demander l’asile y est encore à peu près respecté, même si Boris Johnson souhaite le remettre en cause. Alors, pourquoi cette muraille – passoire, du côté français, qui énerve tant le gouvernement de Londres ?


Il semblerait que du côté britannique, si vous entrez en clandestin, vous serez assez facilement pardonné. Et le marché de l’emploi est très accessible, ce qui n’est pas le cas en France. En fait, comme chez le voisin gaulois, il faut distinguer la posture intraitable ‘’zéro accueil’’ destinée au public et la réalité plus discrète des pratiques. Celles-ci doivent un peu au le droit et beaucoup au besoin d’importer une main d’œuvre bon marché. Qui plus est le ‘’laxisme’’, vrai ou faux, des autorités françaises offre un providentiel exutoire aux lecteurs de tabloïds britanniques. De la même façon, la férocité de la police française à Grande-Synthe près de Dunkerque ou autour de Calais rassure le riverain – électeur troublé dans sa quiétude par tout ce dérangement. Mais dans les deux pays, la Justice administrative ne laisse pas globalement violer le droit et le statu quo boiteux sert, finalement, des intérêts partisans.

Alors faut-il encore garder ces accords insensés, signés au Touquet, et qui financent les autorités françaises pour que leur pays se fasse agonir du public britannique ? Ceci n’a plus aucun sens depuis que cette frontière est devenue celle, extérieure, de l’Union. Paris soutient l’action de Frontex, qui scelle des frontières plutôt que de sauver des vies. Cette mission est souvent critiquée comme insensible à l’humanitaire voire purement policière. Si la tâche de gardiennage reste nécessaire, que ne mobilise-t-on pas, au moins, des moyens permanents de secours en mer ? La première urgence serait de renoncer au ‘’bakchich’’ empoisonné de la sous-traitance pour Londres. En suscitant une négociation, face à face, entre Londres et Bruxelles, on reviendrait aux fondamentaux du droit et des gens. Car l’humanité et les Traités nécessitent de ménager, en travers de la Manche, une petite passerelle sécurisée, destinée à l’asile, aux réunifications familiales et aux candidats postulant aux emplois en tension. Un rêve naïf, tout cela ?

* 24 novembre – Les caniches et les loups

Il y a dans notre Union européenne des petits David qui ne craignent aucun géant Goliath. C’est le cas du gouvernement de la Lituanie, république balte d’à peine trois millions d’habitants, qui pourrait être déclarée championne de la résistance aux grands méchants loups. Si, bien sûr, une telle compétition existait. Typiquement, voilà une petite nation qui n’a peur de rien parce qu’elle est toujours parvenue à survivre aux pires menaces existentielles de ses très voraces voisins. Reconnue diplomatiquement, il y a cent ans, par la France et par les puissances occidentales, elle a été oblitérée de la carte de l’Europe, dépecée et phagocytée, en 1939, par l’impérialisme de Staline. Elle a tenté de se relever quelques années plus tard, mais l’alliance allemande lui a été une impasse et elle n’a pu émerger de son carcan totalitaire que par une révolution populaire, en 1991. Ultime vengeance de l’Ours post-soviétique, elle s’est trouvée flanquée d’une enclave russe en forme de forteresse surarmée d’armements stratégiques et de bâtiments de guerre : Kaliningrad, plantée comme une épine dans le flanc oriental de l’Union européenne est une menace directe sur la petite république de Vilnius, qui peut en devenir en quelques heures la cible ou l’otage.


La Lituanie se retrouve aussi aux premières loges de la crise déclenchée par A. Loukachenko, le dictateur orwellien de Biélorussie. Elle a généreusement accueilli les démocrates de ce pays, pourchassés par les milices de Minsk, et s’est prise en pleine face, par effet boomerang, la vague d’exilés du Moyen-Orient poussée vers sa frontière. Consciente de garder les confins Est de l’Union, elle a fait appel à Frontex et gère la pression avec un beau sang-froid (mieux que la Pologne, en tout cas). Membre de l’OTAN et fidèle à l’UE, elle tient son rôle dans les structures collectives et ne se laisse pas impressionner. Pourrait-on alors lui reprocher d’être  »trop » courtisée par les Etats Unis ? Non. Dans l’esprit d’indépendance et la situation géostratégique où elle se trouve, l’appui de Washington comme la sympathie française lui sont légitimement acquis. Car elle aime aussi la France, apprécie sa culture et son rôle d’équilibre. Ainsi, elle invite volontiers des éléments des forces armées hexagonales à stationner et manœuvrer quelque temps sur son territoire et, en retour, comme sa voisine l’Estonie, elle contribue sans mégoter au dispositif militaire franco-européen au Sahel, notamment à l’opération des forces spéciales Takuba. Paris reçoit aujourd’hui la cheffe du gouvernement lituanien, Mme Ingrida Šimonytė, pour le centenaire des relations bilatérales. Sans s’arrêter à la petite taille de ce partenaire européen, il faut l’honorer comme un allié de grande confiance, un ami très apprécié. Il arrive que les petites nations portent la conscience du monde… et la nôtre.

Une occasion se présente de donner quelques gages. Vilnius vient d’établir un bureau de liaison à Taiwan, en tous points identique, dans ses attributions, au bureau français de Taipei.  »Taipeh » ? A la rigueur… /  »Taiwan » ? Jamais !! Telle est la belle hypocrisie imposée au reste du monde, par un diktat des gérontes qui règnent à Pékin sur une immense république populaire sans légitimité populaire. L’intitulé de la ville-capitale de l’ex-Formose leur est à peine supportable, mais l’emploi du nom de cette île, un terme purement géographique, équivaut pour eux à un casus belli. Qui se souvient que par le passé, Taiwan n’a jamais appartenu à la RPC et à peine 15 ans à la Chine des seigneurs de la guerre ? Leur vengeance, dont un abaissement des liens diplomatiques et un boycott économique, suit son cours, encore à sa phase initiale. Une campagne de diffamation frappe aussi la Lituanie, moquée comme ‘’petit caniche de Washington’’.

Avec Vilnius, nous devrions tous, absolument tous, oser appeler Taiwan ‘’Taiwan’’ et renommer selon l’évidence géographique nos représentations dans cette île, qui est, elle aussi, championne de la résistance au chantage des Goliaths. Un peu comme tous les Danois avaient porté l’étoile jaune pour rendre inopérante, chez eux, les rafles de juifs par les Nazis. Encore bienvenue, Mme Ingrida Šimonytė !

* 20 novembre – Nos concurrents n’ont ni tabous ni limites

Notre ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, avait été ministre de la Défense – c’est-à-dire principalement de l’industrie de défense – dans le gouvernement de François Hollande. Il a une vision du monde, certes politique, mais exprimée dans le lexique du business : au milieu du globe et au vu de tous, l’entreprise France évolue dans les clous du droit et du libéralisme (avec quelques chasses gardées traditionnelles, toutefois). Autour d’elle, une horde de ‘’concurrents’’, sans moralité aucune, pratique une compétition déloyale et même prédatrice. Le principal marché disputé est l’Afrique, dont les liens s’avèrent, il est vrai, de moins en moins exclusifs avec ‘’Maman la France’’. La trahison du Mali, celle auparavant de la République centrafricaine, passée aux mercenaires russes de Wagner (pauvre grand musicien allemand !), ne sont pas faciles à digérer. La baisse inexorable du commerce avec le Continent noir, non plus.

Et que dire du manque d’appétence des nouvelles classes moyennes et intellectuelles pour la ‘’Patrie des droits de l’Homme,’’ celle qui professe des belles leçons sur l’Etat de droit mais se rallie systématiquement aux pouvoirs en place, pourvu qu’ils veuillent bien de sa protection stratégique ? Cette mère coloniale n’émancipe plus personne, dès lors que la ‘’FrançAfique’’ survit dans les liens entre palais présidentiels. En termes géostratégiques, l’Afrique constitue désormais le bouclier au Sud de l’Europe pour boucler l’accès à la Méditerranée, mais ses habitants ne sont pas protégés pour eux-mêmes. Faute de pouvoir se désengager de son passé, Paris multiplie, par la voix indignée de M . Le Drian, les fortes allusions aux coups bas chinois et russes sur SA ‘’terre promise’’ africaine : ‘’ils nous cassent la boutique !’’ Certes.

Bien sûr, si l’on fait abstraction des choix des Africains eux-mêmes, tout n’est pas faux dans cette saga de dumping et d’appropriation néocoloniale. La l’arrogance belliqueuse des Russes, l’incitation à l’endettement et à la dépendance économique recherchée par la coopération chinoise, tout cela n’aide pas à régler les problèmes structurels entretenant l’instabilité africaine. Le délitement de la gouvernance affecte l’assise et la durabilité des exécutifs, déstabilise les composantes ethniques et les institutions de ces nations inachevées. La natalité débridée et les effets pervers des guerres comme du climat signent l’échec du développement humain, lui-même générateur d’exil et d’errance e Europe. Le chaos extérieur s’y rajoute, sous la forme de la déferlante djihadiste et du banditisme associé. Ainsi tournent en boucle les cercles vicieux qui nous inquiètent, mais que nous ne maitrisons pas. La France ne serait plus qu’une puissance moyenne, dit-on. Mais peut-elle encore proposer un modèle ?

Pour le ministre breton : ‘’ c’est le monde d’avant en pire. Nous constatons non seulement la brutalisation des rapports, mais aussi une véritable course à la puissance, aggravées par une compétition des modèles. Nos concurrents n’ont ni tabous ni limites : ils projettent des milices privées partout, détournent des avions, font exploser des satellites, ils subordonnent des peuples, siphonnent des ressources sur certains continents, je pense à l’Afrique, en obligeant les pays concernés à crouler sous l’endettement’’

Certes, mais, brillants politologues que nous sommes à Paris, maîtrisons-nous les parades, de notre seul mérite national ou même européen ?  »Il faudrait agir maintenant, sinon l’histoire ne nous attendra pas ». A ce point, on s’attendrait à voir enfin exposé un ‘’grand plan Marshall » (ou Le Drian) pourvu d’une ressource au moins comparable au plan de relance européen (750 + 500 milliards €). A marche forcée, on s’attellerait à créer une grande industrie, un artisanat moderne, une agriculture vivrière saine et autosuffisante, un réseau épidémiologique ainsi que des infrastructures de service public irriguant jusqu’aux campagnes les plus reculées. On vous l’accorde, ni la France ni l’EU n’ont la taille financière ou même la légitimité pour mettre en œuvre ce qui existe déjà, comme horizon utopique, aux Nations Unies. Il n’y a rien de neuf à inventer, il faudrait se mettre ensemble, ce qui veut dire, notamment, avec les Russes et les Chinois. Ou essayer, tout au moins, pour interpeler les Africains. De leur côté, plutôt que de jouer opportunément les faveurs des uns contre celles des autres, les nations africaines seraient bien inspirées d’exiger l’unité d’action de la communauté internationale (unité à réinventer).  Un effort, donc, de conception d’une géopolitique collective africaine alimentée par des intérêts et des valeurs.

De fait, leurs dirigeants ont leur part de responsabilité dans l’anarchie continentale. Et nous avons aussi notre part d’hypocrisie en fulminant contre la brutalité et l’égoïsme de nos ‘’concurrents’’. Nos investisseurs en Afrique jouent-ils sagement le jeu du développement et de l’émancipation ? Les exilés africains, qui atterrissent dans l’Hexagone, ne sont-ils pas maltraités par la police et privés de leurs maigres biens (saccagés), ignorés des préfectures – où ils n’ont plus même droit à un contact humain – Ne sont-ils pas privés de ressource et de soins par la ‘’machine à produire des clandestins’’ laquelle, dans son ambiguïté chronique, ne sait ni les intégrer, ni les expulser. Enfin, ne sont-ils pas conscients d’être stigmatisés en redoutables ‘’envahisseurs’’ par la vulgate populaire ? Alors, la France ‘’solidaire des Africains et attentive à leur sort’’ ?

Le patron de la diplomatie n’entre pas dans des considérations aussi larges et lointaines. Sa conclusion est plus court-termiste : le président français assumera la présidence de l’Europe dès janvier. Face aux malheurs de l’Afrique, sa contribution sera exceptionnelle et décisive. Comptons sur Paris pour accélérer la capacité de l’UE à compter en ’’puissance affirmée dans les affaires du monde’’, à  »défendre son modèle et à  promouvoir un multilatéralisme efficace ». Soit. Mais qu’attendent vraiment les jeunes Africains de leur vieille Maman ? Qu’en penseraient les Baltes, le Polonais et le malheureux peuple biélorusse, s’ils devaient être jamais au courant ? Et que restera-t-il du bel activisme présidentiel qu’on nous promet, une fois passées les élections françaises ? Trop de flou, sans doute quelque loup…

* 22 novembre – Repentir de brute

Un sanglant dictateur qui rétablit ses rivaux civils dans leurs fonctions et ouvre la porte de ses prisons aux démocrates qu’il a enfermés ! Il faut aller au Soudan pour voir ça. On peut douter qu’il ait été touché par la grâce divine ou torturé par des remords humanitaires. Un peu moins, qu’il ait été tiraillé par un doute sur la force des armes comme issue politique et ne savait plus trop quoi faire.

Fait étonnant, un accord politique a bien été conclu entre, d’une part, le général Al-Bourhane, qui dirigeait seul le pays depuis son coup d’Etat et, d’autre part, le premier ministre de transition, qu’il avait destitué fin-octobre. Abdallah Hamdok, l’ex-premier et de nouveau chef du gouvernement, avait été ‘’coffré’’ en garde à vue, en conséquence du putsch ayant interrompu la transition démocratique au Soudan. Le revoilà aux affaires du gouvernement, à la suite de la médiation de mystérieux corps intermédiaires de la société civile et de bonnes grosses pressions du monde extérieur. C’est donc un retour à la transition politique et aux dispositions provisoires qui réglaient celle-ci, depuis l’éviction en 2019 du général-dictateur Omar Al-Bachir.

Al-Bourhane, le plus récent avatar de celui-ci, aura-t-il craint de finir comme lui ? Le désir d’une gouvernance civile, profondément ancré dans le corps social n’est pas loin de surmonter tous les obstacles. L’accord a été formalisé. Il est probable que, derrière le jeu de chaises musicales, se cachent quelques clauses confidentielles assurant l’impunité du dictateur et peut-être les garanties du maintien d’une certaine influence de l’état-major sur l’avenir des institutions et du jeu politique. Quand bien même, tirons notre chapeau aux citoyens Soudanais qui sont parvenus à contourner la naufrage de la guerre civile ! Quand on pense à la brutalité sans limite, par exemple des militaires birmans, aujourd’hui totalement dans l’impasse de la répression, on voudrait des médiateurs de leur trempe partout en Afrique… et au-delà.

Rendre le pouvoir, c’est souvent se reconnaitre dans l’incapacité de l’exercer. Les militaires ont bien trop tardés à nommer le nouveau gouvernement qu’ils promettaient au Pays. Ils ne savaient pas s’y prendre. Pas si évident de gouverner un grand pays en effervescence, par la force des fusils, quand on ne comprend rien à ses concitoyens. Gardons un œil sur ce pays peu commun !

18 novembre – Les Tiananmen ne gravent plus nos méninges

Soudan : une nouvelle nuit de massacres de civils a eu lieu hier, à Khartoum et dans les villes du pays. Très peu d’images pour en témoigner, mais on les devine horribles : au moins seize corps ont été ramassés dans la capitale où on a vu les militaires poursuivre les manifestants jusque dans les couloirs des hôpitaux et, littéralement, tirer sur les ambulances.

C’est terrible de s’habituer à ces scènes au point de ne plus même s’en souvenir une semaine plus tard, tant elles se sont intégrées à la routine du monde. En 2019, la révolution démocratique a été l’œuvre des jeunes Soudanais et des milieux professionnels, surtout dans les villes. Elle était entièrement pacifique. L’armée s’est contentée de mettre de côté le dictateur Al Bechir, trop vieux et trop stable pour permettre l’ascension des jeunes colonels, ses cadets. Son entrée – en tant qu’acteur principal – dans le gouvernement de transition ne rendait pas justice à ceux qui avaient ouvert le nouveau chapitre politique et fait tout le travail. On s’attendait à ce qu’à la première occasion, les militaires ramassent la mise – le pouvoir politique – et confirment leur main sur l’économie. C’est fait, sans surprise, et les séquences de la contre-révolution se sont succédé plus rapidement encore que dans le précédent (et modèle) égyptien, huit ans plus tôt. Au point qu’il reste à voir la place que l’islamisme devrait regagner dans ce grand rétropédalage. Le monde extérieur n’y peut plus grand chose … il sature !

* 17 novembre – Duopole solitaire

Dans sa nostalgie des années 1990, ce blog songe aux grandes années des sommets spectaculaires entre ce qu’on désignait alors comme ‘’les super-grands du monde’’. A Helsinki, Vienne, Reykjavik ou New-York, ils négociaient dans des décors solennels, du haut de leur suprématie globale, un plan de paix pour un conflit périphérique, le contrôle ou la réduction de leurs arsenaux stratégiques, la création d’un processus pour préserver le dialogue et servir de garde-fou à leur rivalité folle. Les médias du monde suivaient ces rencontres comme si le sort du monde tenait à une parole de leur part. Les conclusions étaient théâtralement présentées pour que nous nous pensions sauvés … ou presque.

Les 15 et 16 novembre, c’est en distanciel, sur leurs écrans, que les deux géants de notre époque se sont confrontés l’un à l’autre. Quasiment pas d’image, en tout cas qui soit parlante, et une communication médiatique anémique. On vit un chapitre d’histoire plus tendu que dans la décennie précitée mais dont n‘émane, à distance, que de la fadeur, du flou, des lieux communs. Les présidents américain et chinois, Joe Biden et Xi Jinping, se sont pourtant parlé pendant près de quatre heures. Sans doute ont-ils fait le tour de leurs innombrables différends. Pourtant, rien n’est réglé, rien. Plus exactement, ils ont calibré leurs échanges en vue de contenir à l’avenir les conséquences de leur concurrence pour le leadership du monde, en-deçà du risque de guerre directe entre eux. Tout d’abord, c’est le minimum que doivent s’imposer des super-puissances rationnelles, conformément à la logique ‘’MAD’’ (Destruction Mutuelle Assurée), la seule façon de ne pas se retrouver fracassé au pied de leur haut piédestal. Et puis, ça rassure un peu les ‘’petits’’ et les camarades  »supplétifs » de leurs camps respectifs. Mais, dans les faits, les meilleures intentions modératrices ne prémunissent pas contre les dérives et les accrocs qui affectent, sur le terrain, le déploiement de la force.   

La question de Taïwan, en particulier, est devenue leur premier motif de crispation. La RPC parle d’une province rebelle échappant à l’intégrité de la Chine et elle ignore tout droit à une existence sûre et libre de 23 millions d’habitants, censés être des ‘’concitoyens’’ mais perçus comme une chair à canon soumise à sa volonté de conquête militaire. XI reproche aux Taiwanais de  »s’appuyer sur les Etats-Unis pour leur indépendance », de même qu’à Washington de ‘’tenter d’utiliser Taïwan pour contrôler la Chine’’. De son côté, Joe Biden a averti Oncle Xi que les Etats-Unis  »s’opposeraient fermement à toute tentative unilatérale de changer le statu quo ou de porter atteinte à la paix et à la stabilité dans le détroit de Taïwan ». Les deux dirigeants n’auront donc pas dévié d’un pouce de leurs doxa de confrontation. Cela participe d’ailleurs de l’effet bluff (‘’essaie un peu, pour voir !’’) et, parant, de la dissuasion. Ils ont parlé, avec la même convivialité de Hongkong, du Tibet, des Ouighours, etc.

Avec un peu de recul, ce blog en vient à un peu moins aduler les années 1990. Comment croire encore que le condominium protège et respecte l’Humanité ? Le spectacle d’ombres chinoises à deux voix-deux ombres ne nous mène pas vers la lumière. Si l’intelligence doit être collective ou ne pas être, autant ressortir le système des Nations Unies des limbes où les puissants de ce monde veulent l’enterrer. Autant remettre en selle une vraie communauté internationale. Ecoutons plutôt A Guterres nous parler de coordination des bonnes volontés et de diplomatie préventive (cette brève est définitivement rétro).

* 16 novembre – La baudruche et l’étau

Il ne voudrait pas que le problème devienne une ‘’confrontation ardente’’… La baudruche Loukachenko a perdu de sa superbe. Pourtant, la crise ne cesse de se durcir entre l’Union européenne et la Biélorussie et elle fait ses victimes humaines. Des centaines de migrants continuent, chaque jour, à assaillir la frontière polonaise, d’où les militaires les repoussent aussitôt, tel un cruel jeu de ping-pong. Le dictateur de Minsk brouille les cartes en prétendant aussi en rapatrier quelque uns (ce qu’il ne fait pas), tout en brandissant un florilège de représailles absurdes à la face de l’Europe. Face à l’afflux, Varsovie a intensifié la militarisation de sa frontière et s’enferre dans le ‘’tout-géopolitique’’. Pour échapper aux deux bords, les migrants se terrent dans les sombres forêts de la région. Avec les semaines qui passent, la situation de ces marcheurs – peu nombreux – tourne au drame humanitaire, pris en étau qu’ils sont dans le double piège tendu par Loukachenko et par la forteresse ‘’Europe’’, plus emmurée que jamais.

La Pologne, ce n’est pas une surprise, les voit comme des armes pointées contre elle. Elle  est loin de se soucier de leurs droits humains ou de leur survie, en fait, totalement insensible à leur sort. Varsovie a légalisé les refoulements de migrants et instauré une zone d’exclusion de cinq kms dans la laquelle ni les ONG ni  médias ne sont autorisés à pénétrer. Alentour, quelques associations solidaires tentent avec grande difficulté d’apporter un peu d’aide alimentaire. Le climat est mordant, les nuits glacées et tous ces Moyen-orientaux frigorifiés, épuisés et affamés sont abandonnés à leur sort, certains sont déjà morts. On ne voit guère de valeurs chrétiennes sur ces confins d’Europe. En durcissant sa politique hostile aux migrants, Varsovie impose à l’Europe ses vues régressives sur la question migratoire.

Les autorités de l’Union européenne ont décidé, lundi 15 novembre, de nouvelles sanctions contre la Biélorussie. En frappant d’interdiction d’opérer en Europe les agences, intermédiaires et compagnies aériennes  qui s’engraissaient sur la misère de ces exilés  kurdes, turcs, érythréens, pakistanais ou afghans, Bruxelles est en voie de tarir ces mouvements de population à la source mais ne dit rien de leur destination. On sait pertinemment que toutes ces mesures entretiendront l’humeur provocatrice  du dirigeant biélorusse. Qu’importe, ce serait trop fort de craindre l’histrion ! Le flux baisse, il n’est plus vraiment ‘’menaçant’’ et il peut être facilement absorbé, à l’échelle de l’Europe. Le dictateur agité se débat dans un isolement pathétique et personne ne cherche à justifier ses actes. L’Irak a mobilisé des moyens pour rapatrier ses nationaux présents dans la capitale biélorusse. Même le turc Erdogan a mis fin aux charters d’Ankara sur Minsk pour ne pas ajouter d’huile sur le feu. Avec le ton cassant qu’on lui connait, V. Poutine lance qu’ ‘’il n’a rien à voir avec cette affaire’’. Mais dans le même temps, il masse des troupes à la frontière russo-ukrainienne. Comme toujours, il en profite pour capitaliser sur la tension et sur les craintes occidentales. On n’en a pas fini de la guerre hybride !

Alors au moins, retrouvons un soupçon de notre  humanité, faisons ouvrir, à travers la frontière polonaise, un petit sas de transit discret pour les victimes piégées dans la forêt depuis des semaines. Transférons-les dans d’autres régions de l’Union, ne les laissons pas mourir coincées entre deux armées, au nom du primat géopolitique !   

* 15 novembre – Eaux tièdes ou eaux glacées

Maussade actualité. Comme prévu, le Pacte de Glasgow n’a produit qu’une eau tiède, de saveur fade. On ne se renie pas mais on reste dans les poncifs de la conversation. De son côté, la société civile, partout, accumule les frustrations. Les engagements pris ne se traduiront qu’à la marge en ouverture de nouveaux chantiers, les législations continuent à diverger au moins autant que les calendriers nationaux. Les incantations de plus en plus pressantes pour cesser rapidement la prospection et l’exploitation des énergies fossiles n’atteignent pas les entreprises qui y ont établi leur fortune ni les gouvernements qui les protègent. L’Union européenne, depuis l’origine un acteur central, s’est divisée sur les questions du nucléaire et du gaz. Paris et Berlin ont affiché leurs divergences et au total, l’UE s’est escamotée elle-même des débats. Triste signe annonciateur.

Au chapitre des pertes et préjudices, les pays du Nord ont repoussé à 2023 leurs engagements envers les pays du Sud, non-responsables de la prolifération historique des GES et beaucoup plus vulnérables à leurs effets. Les plaidoyers des petites îles menacées de disparition par la montée des eaux ont ému jusqu’aux larmes, mais c’est tout. Si la COP 26 en Ecosse se voulait un moment de ressaisissement un tournant historique face au dérèglement du climat, c’est un peu raté. Rendez-vous l’an prochain en Egypte pour un cru du même tonneau !

Sans rapport avec les questions de fond, Pékin et Washington se sont unis dans une même déclaration vague de bonne volonté. La COP serait donc LE seul forum où ces deux-là ne se s’affrontent pas par obligation et ne posent pas en ennemis ? Belle opération de propagande sans grand coût pour eux. L’Histoire a du mal à trouver sa niche dans tout ce falbala médiatique. Joe Biden a été plus convainquant que Macron, mais, écologiquement parlant son pays revient de très loin. Xi Jinping n’était pas là et pour cause : il avait rendez-vous avec l’Histoire.

Pendant que 30.000 participants s’affairaient à Glasgow à moins nous faire redouter l’effondrement de la Planète, le 6ème plénum du PC chinois écrivait l’avenir radieux du Parti et du peuple chinois, appelant ‘’ tout le Parti, toute l’Armée et tout le Peuple chinois multiethnique à s’unir plus étroitement au Comité central du Parti, rassemblé autour du camarade Xi Jinping’’. Quatorze pages pour rabâcher le même message dans une résolution unanime sur l’histoire du PCC, un document stratégique en théorie destinée à fonder une nouvelle ère pour celui-ci. De nouvelles réformes, une garantie de paix éternelle, un accès mesuré du peuple aux décisions ? Rien de tout cela, seulement une congélation du présent à tout jamais, dans une atmosphère de cimetière, autour d’un autocrate assez inquiétant, sans empathie pour sa population ni pour le reste du monde.


Le ‘’ présent’’ a commencé en 2012 par des purges et la répression de ‘’tout ce qui bouge’’. En 2018, le tapis a été déroulé pour des mandats successifs sans limite, le ‘’pouvoir à vie’’ de l’Homme fort. Pourtant, la Chine n’est pas l’Afrique subsaharienne sans structures d’encadrement. C’est un empire multimillénaire, le plus administré qui soit au monde. Désormais, donc, au profit d’une seule personne. Les intellectuels, les artistes, les communicants ne sont plus en mesure d’en parler. Les minorités nationales ont été rangées tout au fond d’un grand casier, on connait leur sort. Hongkong a été lobotomisée, les riverains de la Mer de Chine – à commencer par Taiwan – s’attendent à une guerre dans la prochaine décennie ; L’ONU a été bien verrouillée, bloquée sur tous les conflits du Globe.

Si on voulait écrire un roman historique, un rien Shakespearien, sur Glasgow COP 26 ou sur Pékin 2021, lequel des deux sujets, pensez-vous, recevrait le meilleur accueil du public ? ‘’Dix mille ans de vie sous sa couronne à l’immense Oncle XI !’’

* 12 novembre – Algérie-Maroc : un Maghreb qui se désagrège

Le Maghreb constitue le principal partenariat de voisinage de l’Europe. Premier bénéficiaire de son aide publique, gros destinataire de ses investissements, on sait qu’il lui est arrimé par d’intenses réseaux familiaux, éducatifs, économiques et culturels. Malheureusement, le développement des échanges au sein de l’Union du Maghreb arabe (UMA) est bridé. Seule une petite contrebande transfrontalière traverse cette frontière close en 1994. Sur le plan sécuritaire, la France fait son possible pour coordonner – sans publicité – les actions ponctuelles des deux pays contre le djihadisme. D’aucuns considèrent, en Europe, la région d’Afrique du Nord comme un bouclier contre l’expansion des nébuleuses guerrières déstabilisant le Sahel. Il est vrai que ces pays constituent une base arrière logistique pour les opérations extérieures de type Barkhane, Minusma, etc. Mais on pourrait souligner aussi bien que le péril de l’islamisme armé réside surtout sur internet et dans les quartiers européens socialement défavorisés.


Quoi qu’il en soit, les enjeux sont élevés et la rive Nord de la Méditerranée connaîtrait de grands avantages à voir le Maghreb uni, ouvert et pacifique. Il n’en est rien, hélas. Le partage des Sahara – l’ex-Sahara français, rétrocédé à l’Algérie dans les années 1960 puis l’ex-Sahara espagnol, investi par le Maroc – a dressé les deux pays riverains du désert l’un contre l’autre. Une courte ‘’guerre des sables’’ a même éclaté en 1963, provoquant une éphémère avancée vers l’Est des chars marocains. Leur convoitise pour les ressources (halieutiques, minérales, pétrolières…) empêche depuis 45 ans l’ONU d’élaborer un plan de compromis qui respecterait le principe de l’autodétermination des populations sahraouies sans affaiblir dangereusement le Maroc, face à son concurrent stratégique.
En fait, depuis la marche verte de 1975 qui lui a ouvert la porte du Sahara occidental, la dynastie alaouite identifie son prestige et sa légitimité à sa souveraineté sur le Sahara occidental. La mettre en cause relève du tabou et du sacrilège. Rabat a opté pour une assimilation musclée des populations du désert sous son contrôle (soit 80% de la région disputée). Alger a fortement contribué à peupler ce qui n’était qu’un vaste espace nomade sans personnalité politique et a suscité la création d’un Etat qui lui est inféodé (la République Arabe Saharaouie Démocratique et son incarnation militaro-politique, le front Polisario). L’horizon à long terme reste une stratégie d’expansion vers l’Atlantique. Laisser le statu quo territorial perdurer au profit du Maroc reviendrait, pour le régime algérien, à s’infliger une irréparable défaite. Un blocage et un vrai casse-tête, au total.


La tension autour du Sahara occidental s’est emballée, le 1er novembre, après que, dans la zone tampon du poste-frontière de Guerguerat (extrême-sud), trois chauffeurs algériens ont été tués par un tir marocain sur un convoi saharaoui. L’opération était destinée à rétablir le trafic routier vers la Mauritanie, coupé par les indépendantistes. Cet accroc au cessez-le-feu entre les deux camps, établi en 1991 a dégénéré. En réaction, le Front Polisario a décrété l’état de guerre contre le Maroc. Les deux puissances régionales se suréquipent en armement ce qui les pousse à aller plus loin que leur confrontation par ‘’proxy’’ (les Saharaouis). L’affrontement des deux armées pourrait devenir direct. Alger s’acharne à agonir le royaume voisin de sa furie extrême : ‘’bombardement barbare, terrorisme d’État, crime appelant châtiment’’, etc. Le ton est guerrier.


Le Maroc fait profil bas, mais ne lâchera rien : le Sahara occidental « n’est pas à négocier », a froidement rappelé le roi Mohammed VI, le 6 novembre. ‘’Si l’Algérie souhaite entraîner la région dans la guerre, à coups de provocations et de menaces, le Maroc ne suivra pas », indique-t-on dans son entourage. La montagne de ressentiment qui oppose les deux pays est faite de multiples contentieux et d’une détestation existentielle. L’un des griefs algériens – et non le moindre – résulte de l’initiative prise par l’ex-président américain, Donald Trump, de reconnaitre la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental (elle a été confirmée ensuite par Joe Biden) en contrepartie d’une reconnaissance diplomatique d’Israël par Rabat. Pour Alger, ce marchandage était un double coup de poignard dans le dos. Les relations diplomatiques avec le Maroc ont été rompues, le 24 août, à titre de représailles. La colère algérienne ne connaît plus de limite depuis lors et elle incrimine le royaume voisin à tous propos : soutien à la ‘’subversion ‘’ en Kabylie, incendies géants de l’été 2021 (déclenchés par des ‘’agents marocains’’), violation de son espace aérien (fermé le 22 septembre). Plus baroque, le 31 octobre, Alger a aussi fermé le gazoduc reliant ses sites d’exploitation à l’Espagne et au Portugal. Les conduits qui passe par le territoire marocain et fournissent l’essentiel de son approvisionnement au voisin exécré.


La punition algérienne a ouvert une guerre de l’énergie, qui affecte directement l’Europe du Sud et appauvrit aussi le pays-fournisseur. Où s’arrêtera la folie vengeresse ? Il y a vraiment un point chaud au Sud de l’Europe et l’UE doit se préoccuper d’urgence à tasser ce conflit absurde où toutes les parties se retrouvent perdantes.

* 10 novembre – Despotisme hybride

Hier, la Pologne était mise à l’index pour sa façon de maltraiter sa justice. Aujourd’hui la voilà assaillie sur le flanc Est de l’Europe, par des vagues de migrants moyen-orientaux manœuvrés par le tyran biélorusse, Alexandre Loukachenko. Les partenaires européens, également ciblés, doivent faire corps avec Varsovie.

Près de 4 000 personnes – Kurdes irakiens et Syriens pour la majorité – se voient bloquées dans un no-mans’land frigorifié entre sa frontière et le territoire belarus de Podlachie. Quatre fois plus de malheureux y convergent, poussés brutalement par les garde-frontières de Minsk. Equipés de béliers par ceux qui les forcent à marcher, ils n’ont d’autre choix que de défoncer les clôtures et les barrières polonaises… ou de mourir de froid, sans retour possible sur leurs pas. Les gardes polonais les repoussent avec des gaz lacrymogènes. La petite Lituanie, soumise au même monstrueux procédé, fait appel à Frontex pour repousser ‘’l’invasion’’. Varsovie préfère se défendre sans l’Europe quand bien même elle accueille le siège de l’agence européenne des frontières. C’est depuis la guerre de Bosnie, la première occurrence en Europe d’un exil forcé de populations civiles sous la force des baïonnettes. C’est aussi le rare exemple d’exploitation de réfugiés étrangers à la région, trompés et désorientés à des fins de déstabilisation. N’y voyons pas une agression armée mais une escalade de tension délibérée. Car, des deux côtés la violence est retournée contre les marcheurs et les incidents vont prendre la tournure d’un conflit localisé. Le point de passage de Kuznica est hermétiquement barricadé et la Pologne s’apprête à ériger un mur de 183 km de long et 5,5 mètres de haut, le long du territoire voisin (sans obtenir les finance de Bruxelles, toutefois).

Loukachenko se venge des sanctions qui l’ont frappé lui et ses comparses, en mai. Depuis bientôt trois décennies au pouvoir par la tyrannie de sa police, il a transformé son pays  en camp disciplinaire et mis au fond de ses geôles les citoyens bélarusses qui s’obstinaient à penser. L’énorme tricherie que constituait sa sixième réélection a vu les épouses des candidats d’opposition emprisonnés relever le défi. La ‘’révolution des femmes’’ – derrière elles, de toute la population urbaine – a démontré l’illégitimité du tyran. Celui-ci s’est maintenu sur son trône en la faisant réprimer sauvagement. Il a même fait avion de ligne irlandais dans l’espace aérien européen et l’a détourné sur sa capitale pour ‘’coffrer’’ un dissident réfugié dans l’UE. Tyran, tortionnaire et pirate, l’Homme est une terrible nuisance.  De là découlent les sanctions prises à Bruxelles. De là, aussi, la fuite en avant du régime de Minsk dans le giron  »protecteur » de Moscou. Celui-ci phagocyte son pays, au passage.

 La tentative de déstabilisation de la Lituanie et de la Pologne est allée crescendo depuis la mi-août. Elle constitue la vengeance du dictateur de Minsk, avec l’assentiment et sans doute la contribution de Moscou. C’est l’appui du Kremlin qui rend l’affaire particulièrement dangereuse. Loukachenko est parvenu à organiser un vaste corridor migratoire depuis le Moyen-Orient. Des vols quotidiens de compagnies syriennes, inconnues en Europe, font monter de Damas à Minsk et dans certains aéroports de province des dizaines de milliers d’exilés. Il leur a été délivré un visa pour la Biélorussie et une fausse promesse d’entrée dans l’UE. D’autres liaisons aériennes avec l’Orient, suivant le même schéma, seraient en négociation.

Acte hostile et anti-humanitaire ? Certainement. Volonté d’allumer une confrontation en s’appuyant sur la caution du ‘’grand frère russe’’. En tout cas, Minsk est sur l’offensive et celle-ci s’intègre à la stratégie de Poutine pour affaiblir et désorganiser l’Europe. Doit-on répondre à un coup bas par un coup ciblé ‘’proportionnel’’ ? S’agissant du dernier dictateur absolu que subit encore l’Europe, une opération commando se justifierait parfaitement. Il faudrait le faire atterrir un beau matin à La Haye, opportunément devant la Cour Pénale Internationale et que son procès fasse recette. Ce blog recherche une équipe intrépide des services Action pour assurer ce transfert ‘’sanitaire’’. Présentez-vous au comptoir !