* 27 octobre – Inch’Allah, Donald !

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* 27 octobre – Inch’Allah, Donald ! Continuons notre petit tour d’horizon des coins du monde où l’on souhaite la réélection du président Trump. Le Golfe en est un, en dépit des mesures d’interdiction de territoire adoptée par l’administration républicaine contre des pays musulmans.

C’est en Arabie que Donald Trump a choisi d’aller pour son premier voyage officiel à l’étranger, en mai 2017. A Riyad, le nouveau président s’est livré à une attaque virulente contre l’Iran, ‘’suppôt du terrorisme ‘’, pour le plus grand bonheur du roi Salmane et de son trouble héritier, le prince Mohammed ben Salmane (MBS). Le royaume d’al-Saoud a passé illico 380 milliards de dollars de contrats avec Washington, dont 110 milliards pour l’armement. A partir de là, on a ignoré, à Washington, ce qu’il peut y avoir d’injuste ou de cruel dans la conduite du Royaume. De sorte que les dirigeants saoudiens se sentent intouchables et bénéficiaires d’impunité. Et ceci, quand bien même, trois ans plus tard, les contrats mirobolants annoncées par le milliardaire misanthrope se sont évaporés, beaucoup ne se résumant qu’à de vagues lettres d’intention sans suite.

Quand Riyad, à la tête d’une coalition militaire sunnite a envahi le Yémen pour y traquer les miliciens chiites (supposés proches de l’Iran), D. Trump a fait veto, à trois reprises, aux résolutions du Congrès visant à suspendre les livraisons d’armes à l’Arabie saoudite et aux Emirats. De même, lors du meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, le 2 octobre 2018 au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, le prince MBS a bénéficié de la mansuétude entière du président américain, qui n‘a pas hésité à récuser les preuves à charge avancées par sa CIA.
Alors, quand, lorsqu’en novembre 2019 (débat de la primaire démocrate), ils entendent, Joe Biden semoncer Riyad, et parler, s’il est élu, de ‘’mettre fin à la vente de matériel militaire utilisé pour tuer des enfants’’, et même de  »faire payer le prix’’ … à ‘’ l’État paria’’ des Saoud, comme un seul homme, l’Arabie et les Emirats Unis votent Trump.

Voilà ce qu’on appelle partager les mêmes valeurs et s’y tenir !

* 26 octobre -Conflit cultuel

L’hommage national rendu à l’enseignant assassiné à Conflans rassemble, derrière la voix de leur président, une immense majorité des Français qui adhèrent aux valeurs de la République. Dans le monde musulman, qui compte la même proportion de braves gens qu’ailleurs, certains leaders d’opinion ont cédé à la tentation d’en faire une offense à l’égard des musulmans. E. Macron se voit stigmatisé par eux comme ‘’raciste’’ (quel rapport ?) et ses propos distinguant, comme il se doit, l’‘’islamisme politique’’ de l’Islam en général sont perçus comme une attaque déguisée contre l’Oumma. Le quiproquo n‘est pas nouveau. Il remonte au malaise social et existentiel des sociétés arabo-musulmanes dans ces dernières décennies autant qu’aux racines de  »l’incompréhensible » laïcité française. Sans être un fin linguiste, on imagine que la traduction arabe de  »musulman » et  »islamiste » aboutit à une synonymie parfaite, dans les esprits.

Les politiques antimusulmanes de l’administration Trump (le ‘’Muslim ban’’, l’anglo-américain ne faisant pas dans la nuance sémantique) et la montée du ressentiment des Européens, au fil des agressions jihadistes, créent un contexte délétère. Les médias du Moyen-Orient, intellectuellement éloignés des lumières et obsédés par ‘’l’islamophobie’’ (définition ?), ajoutent leur touche de désinformation et de haine vendeuse. Il sont donc peu à avoir perçu et respecté le deuil moral des Français. Qu’importe ! Selon qu’on remonte à l’expansion mahométane du 7ème siècle, aux croisades médiévales  – deux épisodes d’une violence comparable – à la seconde guerre d’Iraq ou aux attentats de 2015, les perspectives se confrontent. L’origine des contradictions est polémique et la machine à slogans primaires, inhérente aux totalitarismes, envahit et brouille les esprits.

Dans le Golfe, par ailleurs très friand des armes françaises, les petits cousins des émirs défilent en brandissant l’image d’un président français transpercé de balles. Wahabites ou Frères musulmans, ils ont décrété le boycott des produits français, au nom d’on ne sait trop quel rapport entre ‘la vache qui rit’’ et les caricatures du Prophète (ladite vache dessinée par Benjamin Rabier constituant elle-même une caricature de bovidé, il est vrai). Renchérissant sur l’analyse nombriliste d’Al Azhar, l’Organisation de la Conférence islamique – qui incarne, dans cette région, la synthèse des autocraties populistes – met en garde la France : risque de graves conséquences dans la relation franco-islamique ! Quid du sens de ce curieux attelage entre un pays juridique et une pratique religieuse insaisissable, qui se montre aux Français profondément divisée et très diversement interprétée jusqu’au sein-même des familles ? Comment l’OCI caractérise t’elle les musulmans de France – français ou islamiques ? – lorsqu’elle s’évertue à rendre les deux termes antinomiques. Cette antinomie proclamée – formellement en vertu du  »respect dû à chaque religion » – n’est-elle pas, en réalité, rien d’autre que de l’huile intentionnellement versée sur les braises ? Sous cet angle, le jihad anti-français cacherait une course à l’assujetissement communautaire des citoyens français musulmans à des pouvoirs autocratiques étrangers… la création de toutes pièces d’une Cinquième colonne…

Cette stratégie de communautarisation des Européens musulmans est, pour une part, téléguidée par des Etats maghrébins voisins et conservateurs, plutôt en bons termes avec Paris. Mais aussi, par des démocratures orientales qui baignent dans la haine de l’Occident. Les propos outrageants tenus par le sultan Erdogan à l’encontre du Chef d’Etat français, à la suite, toujours, de l’hommage rendu à Samuel Paty, donnent à voir une forme très crue et politiquement signée de ce travail de sape depuis l’intérieur. Le despote, ami des frères musulmans et de Daech, est déjà engagé dans cinq guerres pour rétablir  »la grandeur ottomane ». Il veut beaucoup de mal à la France, depuis qu’il a raté l’option d’une intégration à l’Europe. Un clash armé serait assez de son goût pour rallier les croyants à lui. Il n’est pas exclu que ses tentatives d’allumer chez nous des foyers de guerre civile, comme il en suscite chez lui, exprime – de façon consciente ou non – sa volonté mégalomane de gloire dans la vengeance.

* 24 octobre – Haschich stratégique

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Ankara et Athènes ont accepté d’annuler des exercices militaires prévus en Méditerranée la semaine prochaine, qui risquaient de tourner à la confrontation. Un petit espoir se fait jour, pour l’Otan, d’apaiser les tensions en Méditerranée orientale, tensions dont ce blog a rendu compte. Au sein de l’Alliance, l’Allemagne a joué un rôle particulier pour résoudre les contentieux territoriaux entre les deux pays. On semble être passé très près d’une armée : la veille encore, l’Otan avait condamné la veille l’escalade des provocations (turques) et demandé aux deux pays membres de se conformer au droit international pour régler leurs différends. La Grèce accuse la Turquie de violer le droit maritime international en menant des explorations gazières dans une zone disputée par les deux pays, mais la Turquie, qui n’a pas adhéré à la Convention sur le droit de la Mer, estime pouvoir agir à sa guise et revendiquer des droits ‘’géographiques’’, une façon de se soustraire à l’ensemble de ses obligations juridiques. Dans l’immédiat, cesser les déclarations incendiaires, est le prérequis exigé par l’OTAN avant de traiter l’affaire sur le fond. Le fond, c’est aussi une propension du président Erdogan à jouer un jeu trouble par rapport aux puissances européennes et à l’Alliance elle-même. Comme pour manifester sa capacité de nuisance à leur égard, la Turquie a procédé ces jours derniers à un test du système de défense aérienne S-400 acquis auprès de la Russie et conçu pour abattre les avions de l’Alliance. Commentaire de celle-ci : ‘’cela risque d’avoir des conséquences graves pour nos relations de défense’’.
On retrouve cette ’’agitation stratégique’’ dans l’implication du dictateur turc – par miliciens syriens interposés – dans l’opération azerbaïdjanaise de reconquête du Haut Karabakh. Elle s’accompagne d’une fourniture massive de drones tactiques qui met en difficulté les combattants pro-arméniens. Erdogan renoncer a-t-il à des gains militaires sur ce front lointain, à l’heure où ses médiocres performances sur la scène intérieure le poussent à flatter le nationalisme des Turcs par des hauts faits militaires ? Partout où elle s’engage militairement, la Turquie sème le trouble et la guerre. Acteur régional puissant mais toxique, elle paraît n’accepter un retour de la paix qu’à son seul avantage.

* 23 octobre – Le biais chinois pro-Trump

* 23 octobre – Le biais chinois pro-Trump. On l’a vu dans la brève d’hier, la Russie de Poutine s’accommoderait parfaitement d’une réélection de D. Trump et, en sous-main, elle la favorise. Dans un contexte bien différent, on pourrait penser que Xi Jinping, pour la Chine, est sur la même ligne pragmatique  : celle de la préférence pour un ‘’ennemi’’ sanguin, sans vision cohérente, mais facilement manipulable. L’ennemi profond serait plutôt le Congrès, accroché à ses prérogatives en matière de commerce et fondamentalement anti-chinois. Qui aura séjourné outre-Atlantique au tournant du siècle, aura pu déjà sentir ce fort ressentiment de la classe politique américaine à l’égard du challenger asiatique au sacro-saint leadership yankee.

L’entrée tumultueuse de la RPC à l’OMC, en 2004, loin de lisser les comportements chinois aux normes libérales du multilatéral, a surtout exacerbé les égoïsmes et les contentieux.  L’arrivée au pouvoir de Xi Jinping a marqué une forte rupture d’avec le pragmatisme plutôt accommodant prôné par Deng Xiaoping vis-à-vis de l’Occident, dans l’ordre économique et même politique international. Mégalomane, cassant, despotique et profondément ancré dans les archaïsmes idéologiques  de l’époque maoïste, le nouveau secrétaire général a fait entrer le commerce dans la sphère, ultra-nationaliste et de plus en plus agressive, de la propagande et de l’idéologie. En gros, tout gain arraché sur l’Occident (Europe comprise) serait une juste revanche sur l’humiliation passée de l’épopée des canonnières.

Si l’auteur de ‘’l’art du deal’’ a multiplié les torsions de bras et les menaces de sanction pour arracher des compensations sectorielles à l’abyssal déficit de son pays – et il n‘est guère critiqué pour cela par le Congrès, au diapason – il n’a jamais compris, encore moins dénoncé le ‘’grand plan’’ de la direction chinoise. Celui-ci vient de loin. Il a été initié par un mouvement de sortie des institutions de Washington (FMI, BIRD) et la mise en place de substituts régionaux comme la Banque asiatique d’investissement. Les  »nouvelles routes de la soie » en ont été la phase suivante, qui subordonneront une part conséquente du développement mondial à la domination financière et politique de la Chine et déconstruit l’architecture multilatérale actuelle.  Le plan quinquennal qui sera publié par Pékin l’an prochain visera à dégager l’économie chinoise de sa dépendance aux marchés occidentaux et, réciproquement, à consolider l’hégémonie chinoise sur le bloc asiatique. Certes, Trump est rude avec Pékin, il multiplie les négociations économiques au bord du gouffre, cherche parfois à monnayer les droits de l’Homme au Turkestan chinois ou ailleurs contre tel ou tel marché juteux dans l’un de ses fiefs électoraux, il se montre sans pitié dans la concurrence technologique (Huawei) mais ne propose strictement rien en réponse à ce que le PC appelle ‘’le renouveau de la Nation chinoise… face aux forces hostiles de l’Occident’’. Il est donc le candidat le moins dangereux et le plus manipulable pour la Chine, un histrion qu’il suffit d’alimenter en ‘’deals’’.

* 22 octobre – Démocraties menacées

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On dit parfois que l’élection présidentielle aux Etats Unis porte des effets si puissants sur les affaires du monde que beaucoup de citoyens ou d’institutions étrangers seraient tentés d’y participer. Le scrutin de novembre 2016 a, de fait, été marqué par des manipulations, depuis l’extérieur, contre Hillary Clinton. Apparemment, la machine russe de guerre psychologique est de nouveau à l’œuvre pour perturber le vote du 3 novembre. Il s’agirait de troubler, voire de menacer, des électeurs démocrates, pour favoriser la grande pagaille dont Trump pense avoir besoin pour faire chavirer l’échéance citoyenne dans la contestation générale. Un moyen de rester au pouvoir contre le choix démocratique de la population.

Ainsi, le patron de l’agence nationale de renseignement (NIA ) américaine, John Ratcliffe, et son collègue du FBI, Chris Wray, accusent Moscou d’avoir siphonné, dans ce but, des registres de données personnelles sur des listes électorales américaines .
L’annonce est à mettre au conditionnel mais elle est cohérente avec la pratique des hackers et des trolls russes. Elle amplifie encore l’inquiétude, palpable aux Etats Unis, quant aux attaques portées à l’intégrité de la démocratie et aux campagnes de désinformation qui faussent la liberté d’opinion. Des électeurs démocrates s’inquiètent d’avoir reçu des e-mails menaçants de la part du groupe d’extrême droite ‘’Proud boys’’ (en fait, les services russes), les ciblant comme enregistrés en tant que démocrates. ‘’Nous avons accès à l’infrastructure électorale tout entière’’… ‘’Vous allez voter Trump ou vous aurez affaire à nous. » Encore une fois – et c’est important – l’objectif est de faire dérailler l’exercice-même de la démocratie et non pas de faire triompher Trump par les urnes. Ceci correspond d’ailleurs au plan du président en exercice. D’une pierre, deux coups.
Les récentes révélations sur les ‘’Macron leaks’’ de 2017, comme, l’année précédente, les interférences russes dans la campagne sur le Brexit montrent que la stratégie de destruction de la démocratie conduite par les services de renseignement russes ne se limite pas aux seuls Etats-Unis. Six agents du renseignement militaire russe (GRU) ont été inculpés in absentia devant une cour américaine. L’offensive de Poutine cible les grandes nations encore libres. Beaucoup de démocratures ou de dictatures de moindre taille s’en réjouissent discrètement. Une calamité populiste veut, qu’à l’abri de nos confortables institutions, certains irresponsables au sein de notre société approuvent ce travail de destruction, qui apporte comme une résonnance à leur inépuisable colère.

* 21 octobre – Drôles de guerres

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A moins de deux semaines du scrutin américain du 3 novembre, la géopolitique aborde une zone de turbulences accrues ?  Le moment va se prêter à des démonstrations de force et des écarts de conduite que favorisera le repli des Etats Unis sur leurs propres déchirements internes. Autant dire que pour les ‘’joueurs’’ de mauvais coups, les Erdogan, Poutine, Kim Jong-un, Xi Jinping etc., pour les groupes mercenaires ou les jihadistes de tous poils, une fenêtre d’opportunité et d’impunité va s’ouvrir. Sans exagérer la capacité stratégique de Washington à faire obstacle ou contrepoids aux faiseurs de crise, ni taire le désastre auquel se résume la politique extérieure de Donald Trump, la sensation de vide, donc d’impunité, créera de l’instabilité.

Ainsi, la Chine populaire célèbre avec faste l’unique confrontation militaire qui l’ait opposée aux Etats Unis. L’épisode remonte au lancement, le 19 octobre 1950, de l’immense vague des ‘’volontaires chinois’’ (déjà ce biais de ne pas assumer un état de guerre déclarée) contre les troupes du général MacArthur, alors à l’apogée de leur offensive contre les troupes communistes nord-coréennes. Défensive ou non, l’intervention chinoise a défait l’armée onusienne (essentiellement, américaine), avant que le débarquement de nouvelles troupes, à Inchon, dans le nord-Ouest de la Péninsule, ne rétablisse le statu quo initial de la ligne de front. Cet affrontement très dur n’était plus évoqué publiquement. Qu’il le soit à nouveau aujourd’hui est assez significatif de la ‘’drôle de guerre’’ qui se joue entre les deux géants. Pékin lance clairement une forme de mise en garde aux Etats Unis comme pour inhiber par avance leur réaction.

Dans ce contexte, on pense forcément à l’enjeu national majeur et à la proie que constitue Taiwan. Xi Jinping fait monter le niveau d’agressivité, depuis des mois, à l’égard de » l’ïle nationaliste » (dans les faits, une nation démocratique) et ses armées multiplient à son encontre les frictions militaires, comme pour étayer la thèse d’un conflit de basse intensité qui serait déjà en cours. La diplomatie de Xi, réorganisée autour de cadres dogmatiques, s’en mêle aussi et on l’a vue, par exemple, à Suva (îles Fidji) faire irruption dans la célébration du double 10 (naissance de la république chinoise en 1911) pour agresser les participants. Le motif en était que ‘’la décoration du gâteau d’anniversaire n’était pas celle du drapeau communiste’’. Les scénarii de montée de la tension pourraient être multiples, mais, parmi eux, une opération de conquête des îlots taiwanais de Mazu, des Pescadores, des petites Liuqiu créerait un sérieux handicap pour le dispositif défensif de Taiwan. A partir de là, les 25 millions d’habitants de l’Ile pourraient se voir soumis à blocus, une catastrophe économique, voire un risque de famine pour cette économie totalement intégrée au commerce mondial. Les investissements industriels  taiwanais sur le Continent, en position dominante dans certains régions côtières développées, pourraient être confisqués dans la foulée. Sans aller jusqu’à envisager une invasion militaire de toute l’ancienne Formose, promise à une résistance acharnée, une agression de ce type lancerait un énorme défi à l’ONU (où Taiwan ne siège plus depuis 1971), aux Etats Unis et aux nations attachées à la Paix et au Droit.

* 20 octobre – Guerre mondiale des mots

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Au lieu de poursuivre les entreprises propriétaires des réseaux sociaux pour complicité de crime dans l’affaire de l’enseignant sauvagement décapité (cf. brève d’hier) – leur négligence protégeant leur chiffre d’affaires rondelet –, les têtes pensantes de la France comme de l’Islam ménagent leur public et flattent leur électorat. En France, des mosquées et des associations musulmanes sont fermées, comme pour bien marquer la nécessité de leur repentance publique. De même, dans le cas des collégiens dont certains, contaminés par les réseaux, ont ‘’vendu’’ leur enseignant au tueur, ce sont les bas instincts et la naïveté que les autorités cherchent sanctionner. Un travail de police, simple et carré, donc. Va-t-on recenser l’ignorance et la médiocrité du monde, en scannant la planète entière ? N’y aurait-il pas surtout une forme de sectarisme à vouloir traquer les imbéciles qui, par définition, se manifestent partout, de façon universelle et dans bien d’autres sphères que celle de l’islam politique ? N’y a-t-il pas, surtout, une grave incohérence à faire des enfants perdus de la République, paumés parmi les paumés, stagnant dans des quartiers à l’abandon, de fiers ‘’séparatistes’’, disposant de leur propre territoire ‘’libéré’’, de leur drapeau,  de leur gouvernement ? Le projet de loi bizarre contre les séparatismes sera présenté au Parlement le 9 décembre prochain.

En tout cas, la légèreté de propos, bien française, produit déjà de fâcheux résultats. Malgré les propos rassénérants et très responsables de leurs dirigeants français, le ‘’croyant de base’’ comme le ‘’républicain laïc de base’’ sont plus que jamais persuadés de vivre dans la confrontation : deux peuples, deux lois, pour un seul territoire. C’est comme si les élections ne se remportaient qu’en détruisant systématiquement la cohésion du Pays (notre Fraternité nationale, tant galvaudée !).

L’absurdité d’un tel message de polarisation déchaine, en retour, dans le monde musulman, des réactions plus absurdes et plus dangereuses encore. Ainsi, le recteur de l’université islamique Al-Azhar du Caire qui, faute de connaître la France et d’avoir réfléchi à un meilleur usage de sa vaste influence, qualifie le discours du président de ‘’fausses accusations visant l’islam’’ et, carrément, de «racisme». Le projet présidentiel serait, selon lui, de nature à enflammer les sentiments de deux milliards de musulmans dans le monde. Vrai ou faux, le propos résonne comme un appel à peine déguisé à la vengeance. C’est la solution du pire face à l’inflammation dénoncée. A chacun son électorat, certes, donc à chacun son petit succès dans la guerre civile mondiale ! Celle-ci, qui est à venir, justifiera, un nouveau renfort des pouvoirs (étendus) de la police et des coupes claires dans les budgets sociaux et éducatifs, ce qui découlera d’une vulgate technocratique bien de chez nous.

* 19 octobre – Réseaux criminels

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La tragédie du collège Bois d’Aulne, à Conflans Ste Honorine, résulte, pour une grande part, des ramifications mondiales de la haine imbécile. Il est établi que, sans les multiples relais qui ont fait une cible d’un enseignant simplement appliqué à son métier (et à la société à laquelle il consacre sa mission pédagogique), l’assassinat horrible n’aurait pas eu lieu. L’incident de la carricature aurait été réglé au niveau du collège et d’ailleurs, c’était le cas. C’est quand des faiseurs de trouble internationalisent – consciemment ou non – ce type d’affaires que la terreur s’en empare. Voilà bien une fonction caractéristique des réseaux prétendument ‘’sociaux’’, qui répandent dans les recoins de la planète la haine sociale et culturelle, dans le plus parfait anonymat.

Dès l’origine, l’attentat contre Charlie hebdo, a résulté de l’abyssal décalage mental et de temporalité qui pousse à l’incompréhension et à l’affrontement des personnes de sociétés, qui s’ignorent au fond et se détestent à titre de réflexe défensif. Ceci n‘est pas pour dire que ce phénomène d’éclatement et de durcissement des comportements, alors que l’information (déformée) inonde le globe, provoquant des  »passages à l’acte,’’ vaut  circonstance atténuante aux apprentis terroristes de tous poils. Bien au contraire, une société de (relative) liberté et de démocratie a aussi dans son essence de placer chacun devant ses responsabilités pénales. Si elle ne le fait pas, elle disparait et, à cet égard, on ne peut que déplorer qu’il y ait si peu de procès en justice pour tant de tueurs illuminés. Mais la même société doit aussi anticiper et se prémunir contre les retours de flamme qu’un incident jugé chez nous anodin, va susciter dans des communautés très éloignées de nous, par la distance ou par le formatage mental.

Dans le drame de Conflans, la montée locale de la tension a été gérée. Pas l’énorme caisse d’amplification que créent les réseaux sociaux. On ne peut pas contrôler l’illuminé, voyou psychotique qui vous veut du mal sous d’autres latitudes. La diplomatie peut, au mieux, tenter de corriger, avec des effets limités, l’image que donne d’elle-même la société française dans cette vaste nébuleuse. Mais on doit défendre le système d’éducation de la République destiné à tous, sans exception. Il faudrait aussi réguler les réseaux transmetteurs de la haine criminelle et le faire plus sérieusement qu’actuellement. YouTube (Google) a tué dans cette affaire. Facebook, Instagram, etc., dans d’autres. Il va falloir confiner les populations à distance des effets toxiques de ces outils infernaux et vénaux.

17 octobre – Bonne nouvelle au Liban

Ce blog n’a pas vraiment commenté les récentes reconnaissances diplomatiques d’Israël par les Emirats Arabes Unis et par le sultanat de Bahreïn. On note aussi une mansuétude remarquable de l’Arabie Saoudite, qui ouvre désormais son espace aérien aux vols d’El Al. Tout ce qui va dans le sens d’un apaisement dans le Moyen-Orient incandescent est bon à prendre. Mais, justement, ce mieux intervient dans d’une stratégie électoraliste américaine qui le rend réversible et fragile. Cela se fait, surtout, aux dépens des intérêts légitimes des Palestiniens et, qui plus est, dans une optique de confrontation avec l’Iran. Un mieux ponctuel suffirait-il à compenser une menace sur un peuple et sur la Région ?

Depuis lors, le pays du cèdre et l’Etat hébreu, techniquement en état de guerre, ont entamé des pourparlers sur le tracé de leur frontière maritime et des deux zones économiques exclusives (ZEE). Ces négociations bilatérales se dérouleront à Naqoura, au quartier général de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL). Elles bénéficient ainsi d’une médiation apportée par les Nations Unies à l’étape initiale d’une normalisation négociée directement entre les deux pays voisins. C’est une première depuis 1983. L’Enjeu de la frontière terrestre, qu’il restera à sécuriser, devrait suivre assez logiquement et concerner plus directement encore la FINUL. En 2011, la diplomatie américaine avait proposé une ligne de partage attribuant 60 % de la zone disputée au Liban et 40 % à Israël. Sous l’influence du Hezbollah, elle avait été rejetée par Beyrouth, qui revendiquait une souveraineté sur les 860 km2 concernés. Il était alors exclu de traiter avec ‘’l’Ennemi juré’’. La guerre menée en 2006 contre l’armée israélienne, avait encore exacerbé ce refus.

Un accord bilatéral désormais possible pourrait débloquer l’exploitation de ces eaux, considérées par Total et par les autres pétroliers comme plus riches en gisements gaziers (et en ressources halieutiques) que la rive Nord de la Méditerranée. L’impatience est d’autant plus forte que les voisins du Liban – Israël, Chypre, l’Egypte, la Turquie et la Grèce – ont déjà pris leurs marques dans la course à l’exploitation du gaz. Pour la classe politique libanaise, conspuée par ses concitoyens, c’est un défi de légitimité à relever, si elle veut redorer un peu son blason.
Contrairement aux arrangements précités avec les pétromonarchies, un succès serait potentiellement profitable aux populations, en termes d’activité économique et de sécurité intérieure. L’aboutissement ultime pourrait prendre la forme d’un Traité de paix en bonne et due forme, qui mette le Liban à l’abri des incursions (dans les deux sens) et des hostilités récurrentes. Le Hezbollah verrait alors ses activités militaires restreintes par le droit. Sauf à se mettre totalement hors-la-loi, sa coopération pourrait desserrer le carcan infamant de ‘’terrorisme’’ dans lequel les Etats Unis l’enferment. Ceci favoriserait d’autan la cohésion politique du Pays et la sortie de crise.

Il faut donc souhaiter bonne chance au Liban et à Israël.

*16 octobre – Boris breaks it

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Le 15 octobre est passé, comme la marque d’un déni. C’était l’échéance ultime fixée par Boris Johnson pour conclure avec l’UE un accord post-Brexit à dominante économique et commerciale, mais pas que. Une façon aussi de narguer les 27 dont l’objectif reste de conclure à temps, pour que le nouveau partenariat puisse être adopté par les parlements et rentrer en vigueur avant la fin de l’année. Comme la phase de  ratification nécessite deux mois, le décalage des deux calendriers est en fait minime : deux semaines environ, mais l’état d’esprit est très différent.

C’est sur un constat d’impasse que le Conseil européen se réunit ce week-end. L’échec se rapproche et Londres paraît l’anticiper avec une sorte de jubilation masochiste. Le Royaume Uni est plus que jamais vent debout contre l’adoption d’un code de concurrence loyale et d’arbitrage des différends organisant son maintien dans la libre circulation des biens au sein du marché unique. Londres tente, sans plus, de sauver l’activité internationale de la City, sans faire de concession substantielle sur l’accès à sa zone de pêche, au nom d’intérêts électoraux minuscules. Par fierté nationale et inclination vers un modèle ultra-libéral ‘’à la singapourienne’’, il n’est plus question d’accepter quel mécanisme de régulation bruxellois que ce soit. Le grand large, encore le grand large ! Mais on chercherait en vain ces partenaires lointains, à même de compenser les déficits qu’enregistreront ses comptes avec le continent européen voisin. Attendre, en particulier, que le salut vienne des Etats-Unis, dans la situation pitoyable où se trouve la première puissance mondiale, tient de la pure folie. De plus, l’économie britannique apparaît bien malade du Covid pour pouvoir encore naviguer en solitaire.

Dans ces circonstances, le grand large verra probablement se lever la tempête. Le tempérament à frasques de Boris Johnson, de plus en plus impopulaire dans son pays, n’explique pas tout. Westminster a adopté  une loi sur la frontière commerciale en Irlande du Nord qui attente à l’accord de paix de 1998 et viole l’accord politique général conclu avec l’Europe en 2019. La crédit accordé à la parole de Londres en prend un coup. Les Gallois et les Ecossais ont, de même, compris, à l’occasion des mesures géographiquement déséquilibrées adoptées contre la circulation du Covid, que le gouvernement britannique ‘’roulait’’ pour sa base électorale anglaise (la partie populiste de celle-ci) et n’hésitait pas à piétiner leurs intérêts. Le Royaume reste un, mais assez désuni. Surtout, l’esprit de 2016, quand des millions de sujets de la Reine défilaient dans les rues en exigeant un second referendum sur le Brexit, s’est complètement évaporé. La capacité de résilience de l’opposition s’est usée avec le temps et avec des élections générales qui lui ont été très défavorables. Le sentiment – réaliste – qu’un ‘’hard Brexit’’ ne sera pas évité s’est propagé dans les esprits. Seul prévaut un brouillard de fatalisme et de désillusion, face à l’inexorable. Une vraie stratégie pour une défaite.

* 14 octobre – Stop Covid

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Les ministres des Affaires européennes se sont accordés pour mettre en place une carte de l’ensemble des pays de l’UE, avec un code couleurs en fonction des niveaux de risques COVID : vert, orange, rouge et gris. Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) publiera chaque semaine une carte de la situation pour l’ensemble des territoires de l’Union. Cela apportera-t-il un peu d’ordre et de coordination, alors que la pandémie connaît une forte reprise que l’on qualifie désormais de ‘’deuxième vague’’ ? Plus de 6,5 millions de cas de Covid-19 et quelque 240 000 morts sont recensés en Europe, selon le décompte  de l’AFP. Dix mois après l’arrivée du virus, cette cartographie commune est enfin disponible, mais elle suscite déjà les réticences de plusieurs États membres.

Le classement des zones sera défini en fonction du nombre de nouveaux cas notifiés pour 100 000 habitants au cours des deux dernières semaines et du taux de positivité des tests. Une quatrième couleur (gris) marquera les zones dans lesquelles les données restent insuffisantes, notamment lorsque la pratique des tests de dépistage sera jugée trop faible. Les résultats des tests seront mutuellement reconnus et des exemptions de quarantaine seront appliquées pour un certain nombre de fonctions ou professions essentielles. De même, seront instaurés des procédures d’information mutuelle à court délai et un formulaire européen unique à remplir aux frontières. Les personnes provenant des zones de couleur orange, rouge ou grise pourront être soumises à quarantaine ou à des tests. S’agissant des zones vertes, aucune mesure ne sera imposée. Dans tous les cas, les voyageurs intra-européens ne devront pas être refoulés aux frontières, comme le fait la Hongrie, même si quelques exceptions ont été concédées à ce pays, à la République Tchèque, à la Pologne et à la Slovaquie.

Il tombe sous le sens que l’Europe soit le champ désigné du combat commun contre le virus, d’autant plus que ce cadre tient compte de la variété des situations dans les territoires. La France aurait particulièrement pesé pour la mise en place de cette politique commune. Le parallèle s’impose avec l’action contre le dérèglement du climat, celles en faveur de la paix, de la justice, du développement, etc. Il est triste que les freins à l’action protectrice de l’Union – qui n’est pas parfaite – viennent toujours, en sous-main, de l’égoïsme de tel ou tel Etat et renforcent de façon paradoxale les tendances europhobes dans l’air du temps.

* 13 octobre – To end a war

Brèves des jours précédents

Territoire contesté ou occupé par la force, population minoritaire dans un Etat qui la discrimine s’arrimant à un voisin qui lui est culturellement homogène ; principe d’intégrité territoriale brandi contre celui d’autodétermination des peuples (encore faut-il reconnaître chez soi l’existence de peuples autochtones), le droit international est à court de solutions évidentes aux conflits de nationalités. Or, ceux-ci  sont nombreux et durent des décennies, entrecoupés de périodes de combat et de répits fragiles. Le Cachemire (depuis 1947 !), la Palestine, l’Irlande du Nord, la Bosnie, le Kosovo, la cause kurde en fournissent quelques illustrations.

L’affrontement actuel entre séparatistes du Haut Karabakh soutenus – et même dirigés – par l’Arménie et l’armée d’Azerbaïdjan, plus puissante et sans doute à l’initiative, n’est pas seulement dramatique et militairement sans issue, il est en effet insoluble par le seul recours au droit. Confronter la volonté d’une population à la souveraineté territoriale d’un Etat (on parle bien d’un territoire occupé, appartenant à Bakou) conduit en effet à l’impasse. De plus la géographie de cette partie du Caucase montre des territoires sans continuité, parsemés d’enclaves. C’est l’héritage monstrueux de Staline qui dicte la géographie de la région.

Resterait en théorie l’échange de concessions et une résignation, de part et d’autre, à un compromis mal taillé, en tout cas frustrant. Ceci exigerait un niveau d’accommodement élevé, très déstabilisant pour les pouvoirs belligérants en place.  Otages de la flambée nationaliste qu’ils ont insufflée à leurs bases, ils risqueraient de ruiner, à ce jeu, leur soutien populaire. Ceci vaut pour l’Arménie démocratique comme pour l’Azerbaïdjan autocratique, qu’une ‘’paix des braves’’ exposerait à des retours de flammes. Un autre écueil tient à la fragilité, dans le temps, de tout compromis focalisé sur le seul arrêt des hostilités, perspective qui ne traite pas le problème de fond.

Fatalité supplémentaire, les puissances régionales se mêlent des affrontements, les amplifiant et nourrissant par le truchement de leurs armes, de leurs mercenaires et d’autres apports en renseignement, en propagande, etc. Elles y surajoutent  leurs propres objectifs ‘’impériaux’’. La Turquie s’est mise dans ce rôle inflammatoire. Israël apparaît dans le même camp, en ‘’fournisseur’’. La Russie, en légataire assumé de l’ancien glacis soviétique, fournit, elle, une caisse de résonnance régionale et mondiale qui rigidifie la posture arménienne (son grand ‘’allié’’ rendant inutile une vraie coexistence de voisinage avec l’Azerbaïdjan). Moscou impose une gestion féodale des tensions – de suzerain à vassaux – qui marginalise le droit et sert ses intérêts de Maître du jeu. Poutine n’a d’ailleurs pas vraiment brillé pas ses talents de stratège et de ‘’faiseur de paix’’. Le cessez-le-feu arraché par la diplomatie russe aux belligérants ne s’est pas concrétisé.

Les structures créées sous la détente pour régler les conflits dans la grande Europe – OSCE, Groupe de Minsk s’agissant spécifiquement du Karabakh) – font de la figuration, sans opérer vraiment. Il faudrait faire appel, à nouveau, Richard Holbrooke et aux autres négociateurs de la paix en Bosnie durant la décennie 1990. Certes, ils n’ont que partiellement converti les esprits, mais, 25 ans après, cette paix tient encore !