L’Ours Géo estive en août

Août, c’est le vide sidéral. Géo ne va pas rédiger ses brèves pour ses rares lecteurs encore sur le turf. Vous savez bien que notre plantigrade à lunettes n’hiberne jamais (il reste seulement au chaud). Alors, il estive, le temps de se ressourcer, d’approfondir sa pensée et de ressurgir plein de peps, en septembre. Du fond de son hamac, il vous souhaite du bonheur géopolitique, tant que le fond de l’air voudra bien tourner rond.

* 30 juillet – Dépassement dangereux (sans visibilité)

Hier  marquait le « jour du dépassement ». Boum ! Nous revoilà vivant à crédit de la planète, qui elle-même a les poches vides et tire une bouille de malade. A partir d’aujourd’hui toute ressource naturelle biologiques ou minérale que l’on arrache à Gaia menace son futur – et le nôtre – car elle ne pourra pas la régénérer dans l’année suivante. Elle va donc s’étioler, maigrir, tousser, se rabougrir, peut être déposer son bilan. Il faudrait 1,7 Terre pour subvenir aux besoins de la population mondiale de façon durable : 70% de dette irremboursable sur la nature. Après avoir exceptionnellement reculé en 2020 à cause ou grâce à l’effondrement économique provoqué par la pandémie de coronavirus, notre hyperconsommation insensée rejoint les sommets de 2019 et reprend son cours insensé. En 1970, on ne s’en inquiétait pas : le jour fatidique tombait le 29 décembre. Puis ce fut le 4 novembre, en 1980 ; le 11 octobre, en 1990 ; le 23 septembre en 2000 ; le 7 août, en 2010. Bientôt la faillite dès janvier ?

Deux principaux facteurs  jouent dans cette marche vers l’abîme : l’augmentation de 6,6 % de notre empreinte carbone par rapport à 2020 et la diminution de 0,5 % de la biocapacité forestière mondiale. Pour WWF, cette baisse de nos défenses écologiques doit beaucoup à la déforestation galopante de l’Amazonie, dont Jaïr Bolsonaro se montre si fier. Elle tient largement aussi à nos niveaux irresponsables de consommation de produits neufs, là où la durabilité de nos achats ou l’autoconsommation nous apporterait un confort équivalent, sans gâcher les ressources terrestres. La principale certitude est dans notre incapacité à bien gérer les écosystèmes (séquestration du CO2, régénérescence des forêts et des bosquets, recyclage des déchets, rétablissement des modes naturels de culture sans intrants chimiques, arrêt de la bétonisation des sols, urbanisme  plus respectueux de la nature, etc.). Tout cela est formidablement simple à expliquer et atrocement difficile à mettre en œuvre.  Beaucoup d’experts pensent qu’on n’y arrivera jamais, du fait du facteur politique et humain. Surtout au niveau global, où elle prend tout son sens, l’écologie bute sur les nationalismes égoïstes, sur les idéologies agressives, sur l’apathie des masses, sur le soupçon (avéré) que comme toute activité politique, celle-ci est pipée par des dirigeants sans scrupules ou sans inspiration et que certains citoyens vont devoir y sacrifier plus que d’autres. Alors, là, plutôt la mort par la sécheresse (ou les inondations) que de céder à autrui un soupçon de ses acquis sacrés ! L’inégalité des contraintes entre les groupes sociaux se retrouve au niveau des pays (je ne parle pas des Etats) : certains sont déjà dans la pire des panades, d’autres hésitent encore à ouvrir les yeux. Les intersocialités du monde n’ont pas même été capables de produire un texte de convention sur les millions de réfugiés climatiques (bientôt des centaines de millions) en quête d’un refuge où la vie soit possible.

Essayons de conclure simplement quant à la nécessité de progresser sur trois axes : d’abord sur le plan local, où il nous faut adopter un meilleur respect de la nature et une plus grande sobriété des comportements consommateurs. Puis l’international, où il est essentiel de revenir au multilatéralisme, à la coopération, à la coordination des politiques, à la paix (plus de quarante conflits ouverts actuellement) dont la paix civile et l’état de droit international : pas de progrès en vue à moins de ‘’poussées’’ populaires dans ces différents domaines, trop souvent considérés comme l’apanage des gouvernements. Enfin, bien sûr, s’interroger sur les responsabilités systémiques des agents économiques, à commencer par les stratégies prédatrices des très grandes entreprises, appuyées par la finance, par le marketing (abrutissant), le formatage de l’humanité et de la nature  au moyen des réseaux et des outils numériques. Les gouvernements possèdent une capacité de régulation qui est nécessaire pour guérir la planète de façon rationnelle. Leur capacité à exprimer l’intérêt général perçu et validé par leurs citoyens, est tout aussi essentielle. Tout est relationnel, rien n’est idéologique : à méditer, en août, sur la plage !

* 29 juillet- Pas vu, pas pris

Parlons un peu du Burundi, où il ne fait pas bon avoir l’esprit critique. Le Forum pour la Conscience et le Développement (FOCODE), association burundaise des droits humains, a enquêté sur les disparitions forcées dans ce pays. L’ONG a documenté plus de 200 cas de disparition d’opposants ou de personnes s’exprimant depuis 2016, dont une trentaine depuis l’arrivée au pouvoir du président Évariste Ndayishimiye. Parmi les centaines de personnes présumées arrêtées par les agents de l’Etat, dont on est sans nouvelles, figurent la défenseure des droits humains Marie-Claudette Kwizera, la trésorière de la Ligue Iteka, et le journaliste Jean Bigirimana du média, Iwacu, respectivement enlevés le 10 décembre 2015 et le 22 juillet 2016 par des agents du Service national de renseignement (SNR). Ils ont été pris pour cibles en raison de leur travail et vraisemblablement assassinés.

Dans une interview récente sur RFI, le président burundais, Evariste Ndayishimiye, a affirmé crânement qu’il n’y avait pas de disparition forcée dans son pays. ‘’À ce que je sache, il n’y a pas de disparitions au Burundi. Sinon, vous me diriez : telle personne est disparue’. Par déférence, le journaliste avait omis de citer des noms. En fait, Ndayishimiye joue avec les mots. Ses subordonnés ont l’interdiction de l’ennuyer avec ce sujet :  il ne veut surtout  pas en connaître, point ! La justice burundaise est  »débranchée » des cas de disparitions forcées et elle est instruite de ne pas répondre à l’appel des familles.

Celles-ci sont ignorées lorsqu’elles font recours auprès des autorités et elles sont souvent soumises à des actes d’intimidation de la part des forces de l’ordre. Pour elles, l’incertitude interminable sur le sort de leurs victimes mais aussi le spectacle de l’indifférence de la justice sont particulièrement douloureux. Elles ne peuvent ni faire le deuil de leurs proches ni espérer, de façon réaliste, leur réapparition. Les auteurs des enlèvements et des exécutions ne sont, bien sûr, jamais identifiés, à fortiori soumis à une enquête.

Ce type d’exactions n’est pas du tout exceptionnel en Afrique, où le passage par une enquête judiciaire, par un tribunal, un procès dans les formes, éventuellement, par la détention des condamnés est trop souvent écarté au profit d’exécutions ciblées, discrètes, économes et anonymes. Les populations non-concernées ne s’en émeuvent pas mais la société fonctionne alors en mode dégradé. Il faut le savoir, car cette plaie représente l’un des symptomes les plus choquants et les moins exposés de la mauvaise gouvernance étatique. (d’après une information de l’ACAT-France)

*28 juillet – Good bye, Bagdad !

Joe Biden vient de conclure avec le Premier ministre irakien, Moustafa al Kadhimi, un accord mettant fin au cours du prochain trimestre à la mission de combat des troupes américaines en Irak. En fait, depuis plusieurs mois, les soldats de l’Oncle Sam ne participaient déjà plus aux opérations sur le terrain. 2500 d’entre eux resteront sur place en qualité de ‘’conseillers’’, c’est-à-dire d’instructeurs ou d’agents de renseignement. 19 ans après l’invasion insensée de ce pays, décidée par George W Bush au printemps 2002, arrive l’heure du départ sans gloire, encore une fois… ‘’Notre coopération contre le terrorisme continuera même dans cette nouvelle phase, dont nous discutons », a déclaré Joe Biden, ce qui ressemble bien à une volonté polie de désengagement, formulée dans des termes, certes convenus, mais pas forcément au goût de Bagdad.

Qu’importe, puisque la lutte contre les mouvements jihadistes passe plutôt désormais par la Syrie et par l’Afrique subsaharienne. L’Irak n’est plus non plus un bouclier contre les menées invasives des gardiens de la révolution et autres paramilitaires téléguidés par l’Iran. Lors de l’exécution ciblée par drone, sur le territoire irakien, du général Qassem Soleimani, le grand patron des opérations extérieures iraniennes, Washington a bien dû constater l’impopularité extrême de son engagement, du point de vue de Bagdad. Et d’ailleurs, l’heure n’est plus à la confrontation militaire des Etats Unis avec Téhéran, alors que l’administration Biden multiplie les signes de son désir de reprendre langue avec les mollahs sur l’accord nucléaire de 2015 auquel elle n’est plus partie et que les Iraniens ne respectent plus, mais de façon subtile.

 »Good bye Bagdad ! », donc, et ce sera certainement sans regret. Ce n’est pas, comme en Afghanistan, une défaite à plate couture mais cela conclut quand même un gâchis gigantesque. Des milliards de dollars, des pertes humaines irréparables, des remontrances vexantes de la part du reste du monde, pour en arriver là, sans pouvoir espérer de remerciements ou d’indulgence en retour. C’est aussi perdre la fidélité d’un allié qu’on a mis au pouvoir mais qui préfère une autre vassalité. Finalement, la volonté de désengagement du Moyen-Orient est pratiquement la même sous Biden que sous Trump. On va tout oublier de la Mésopotamie pour basculer les moyens sur l’Asie orientale, sur le  »défi chinois ».

Prospectivement, adopter une posture militaire plus vigoureuse vis-à-vis du géant de l’Asie ne sera pas nécessairement plus judicieux que ne le fut le déferlement du début du siècle sur l’Afghanistan puis sur l’Irak . Mais c’est un autre sujet.

* 27 juin – La Tunisie va-t-elle rester une démocratie ?

Ce pays a accompli, en 2011, une révolution démocratique qui en a fait un modèle, quasi-unique, dans le monde arabe. Au plan culturel c’est une proche voisine de la France, à laquelle sa classe moyenne est très liée. Elle représente un exemple en termes de développement et de libertés fondamentales (l’indépendance et la hardiesse de sa presse sont montrées en exemple). La condition de la Femme y est avancée, l’état de droit en progrès. Pourtant, elle n’a pas eu de chance. Son éveil à la démocratie s’est fait sur fond de crises multiples : la montée des ‘’caïdismes’’ ; celle de la dictature en Egypte et généralement dans la région ; le jihadisme – endogène et exogène – qui menace son économie et clive sa société entre Tunisiens ‘’aisés’’ et pauvres traditionnalistes ; la guerre civile et le banditisme pur chez son voisin oriental libyen, qui déborde sur son territoire ; l’agitation politique et l’impéritie du pouvoir algérien sur son flanc occidental ; l’effondrement du tourisme, celui de ses finances publiques ; l’accentuation rapide des inégalités sociales et la radicalisation d’une partie de sa jeunesse (des traits communs aux pays arabes) ; la vieille culture intrusive et répressive de sa police, héritière de Ben Ali (l’armée restant neutre et légitimiste).

Puis survient la pandémie à laquelle le Pays ne s’était pas préparé et dont les ravages révèlent une pathétique impuissance. Ennahda, le parti islamiste, participe au pouvoir et tient même le Parlement et, avec cette institution, une part du pouvoir exécutif, aux termes de la constitution mixte (parlementaire et présidentielle). Ce n’est pas le Liban et ce parti légitimiste se comporte aux antipodes du Hezbollah. Mais, dans un monde trop moderne pour lui, son approche de la gouvernance demeure archaïque et confuse. En six ans, il n’a presque rien accompli d’autre que de ‘’tenir son rang’’ et cultiver sa clientèle.


L’accumulation des tensions, sur tous les fronts, a mécaniquement abouti à les exacerber dans la dimension politique. Six mois d’opposition frontale entre le président Kaïs et le parlement, tenu par l’islamiste Rached Ghannouchi, ont sérieusement dégradé le consensus initial et divisé les Tunisiens en deux camps antagonistes. Pouvait-il en être autrement quand rien n’avance en dehors de multiples périls et catastrophes ?
Le président Kaïs Saïed a finalement pris les devants en limogeant son premier ministre (complaisant à l’égard d’Ennehda) et en suspendant l’activité du parlement. On peut parler d’un coup de force, même si, sur un plan strictement constitutionnel, ce type de recours est prévu lorsque l’intégrité et la souveraineté du pays sont en jeu. Chacun en jugera. Mais, faire encercler le Parlement par l’Armée et en interdire l’accès ajoute une touche de brutalité à cette décision. Les Islamistes dénoncent un coup d’Etat. Si s’en est un, il ressemble un peu à celui accompli en 1958 par le général de Gaulle, à la limite extrême (et même un peu plus) du respect des institutions. Du coup, les Tunisiens sont sortis dans la rue pour s’affronter, camp du Président contre camp d’Ennahda.


Tout cela s’agrège dans un spectacle de délitement général de la démocratie tunisienne, peut-être même, si l’on dramatise les choses, dans des prémices de guerre civile. On n’en est pas là, mais la perspective d’un retour à l’Etat de droit démocratique paraît s’éloigner sur la ligne d’horizon politique. Il est infiniment plus facile de suspendre que de restaurer l’Etat de droit.
Kaïs Saïed se révèlera-t-il un de Gaulle tunisien ou dérivera-t-il vers une émule du général égyptien al Sissi ? Comment réagira Ennahda, divisée entre légitimistes et complotistes ? Quelle chance reste-t-il à la Tunisie de sortir, malgré tout, de ces ornières ? On ne peut que souhaiter à la Tunisie de s’en tirer, malgré tout, ce qui nous aidera, nous aussi, un peu.

*26 juillet – Faisons tout pour être espionné

Il y a l’espionnage à sensation et la petite routine moucharde des entreprises et des réseaux. Seule, la première fait le buzz… et encore ! Amnesty International, l’ONG de défense des droits humains, partie au consortium de médias sur le logiciel espion Pegasus, appelle à un renforcement des règles et des contrôles de la cyber-criminalité et, dans l’immédiat, à l’instauration d’un moratoire sur la vente et l’utilisation des technologies de surveillance. Il en va de la survie de la démocratie et de nos libertés fondamentales. La société israélienne NSO, qui a conçu le logiciel, ‘’est une entreprise parmi d’autres. Il s’agit d’un secteur dangereux qui opère depuis trop longtemps à la limite de la légalité » (litote), déplore l’ONG. Le consortium Forbidden Stories et Amnesty se sont procuré une liste de 50 000 numéros de téléphone, ciblés par les clients de NSO depuis 2016 en vue d’une possible surveillances. Introduit dans un smartphone, le logiciel Pegasus récupère nos messages, photos, contacts, nous géolocalise, décrypte nos messages chiffrés et active à distance micros et caméra : 180 journalistes, 600 personnalités politiques (dont treize chefs d’Etat ou de gouvernement) , 85 militants des droits humains de même que 65 chefs d’entreprise ont été ciblés au Maroc, en Arabie saoudite, aux Emirats, au Mexique, en Hongrie et même au plus haut niveau de l’Etat et du gouvernement, en France…ceci, à l’initiative de gouvernements courtisés par celui d’Israël…


L’avertissement est grave et solennel. Mais il y a d’autres mouchaards, peu connus mais du même tabac. Allez donc voir les sites Amnesty Report, Refugee International, Euro News ou encore CNN 24-7. Une seule visite sur leur page d’accueil provoque l’installation du virus Candiru sur votre système d’exploitation. Si vous vous voyez plutôt Big Brother, achetez- plutôt cette appli sur internet, à une autre entreprise israélienne. Vous ne serez pas déçu : il possède toutes les fonctionnalités de Pegasus et il vous permettra de terroriser la planète et d’abattre quelques démocraties … si vraiment tel est votre plus grand désir (et votre inquiétante psychose). Il y a toute une forêt de la cybersurveillance derrière l’arbre Pegasus , des milliers d’outils qui permettent d’espionner tout ce qui passe dans un téléphone portable ». En plus, l’usage en est simplissime (mais pas donné). Ces espions, à la pointe de la technique, utilisent des vulnérabilités technologiques des smartphones iPhone et Android – encore inconnues des fabricants. Les enteprises du secteur achètent à des hackers les failles mises à jour sur un ‘’marché des vulérabilités informatiques’’, pour le moins louche. Le crime organisé y croise les entrepreneurs les plus cyniques, par l’entremise de pirates sans scrupule et de gouvernements policiers. Ainsi, tout le monde se réunit sous l’étendard de l’argent sale et des coups louches.


Mais à bien y penser et au niveau du quotidien, nos multiples cartes de fidélité dans les magasins, les coockies qu’on nous impose sur internet, les fonctionnalités discrètes de nos cartes bancaires, la caméra-globe fixée sur le lampadaire de rue, le GPS de notre téléphone ou de notre véhicule, les formulaires de satisfaction, les publicités invasives, nos multiples passages dans les réseaux sociaux (et je ne citerai pas l’innocent ‘’Linky’’) font le même travail, à notre petite échelle de citoyen-consommateur lambda. Ils espionnent = individuellement = des milliards de braves gens. Sommes-nous des pommes ? On devrait exiger d’être informés de tout ce ‘’big data’’ extrait de nos vies. Si on ne le fait pas, c’est parce que l’on ne sait pas faire face au ‘’big business’’. On sent bien que le ‘’système’’ vit d’argent, de marketing et de domination numérique et qu’ilse fiche bien de nous, ses produits. Il est plus fort que nous. En tout cas, à court terme.

* 23 juillet – Lubies circulaires

Revoilà l’ineffable Boris Johnson ! A l’automne 2019, après avoir fait lanterner Bruxelles deux ans et demi, il avait validé de sa main le ‘’protocole irlandais », une clause centrale et hyper-sensible du projet d’accord post-Brexit définissant l’avenir des relations UE – Royaume Uni. Londres s’était officiellement félicitée de cet accomplissement. Le but était d’éviter le retour d’une frontière terrestre de l’Ulster avec la République d’Irlande, comportant le risque d’une rupture du Traité du Vendredi saint de 1998, garant d’une paix retrouvée mais qui restait fragile. Entré en vigueur début 2021, ce protocole régit désormais le statut dual de l’Irlande du Nord : politiquement, la province de l’Ulster reste une partie constituante inaliénable du Royaume-Uni, dont la souveraineté n’est pas limitée. En matière de commerce extérieur, elle consent cependant à s’aligner sur les normes du marché intérieur de l’UE. C’était la seule façon de maintenir ouverte la frontière entre les deux Irlande, tout en évitant une entrée massive, par voie de de fraude et contrebande, de biens interdits ou tout au moins d’origine non-contrôlée dans l’aire de consommation des  »27 ». Ingénieux, ce compromis avait permis de surmonter le plus haut obstacle rencontré dans le cours la négociation et de maintenir la paix civile irlandaise.


Mais, depuis le début de cette année, Le gouvernement de Sa Majesté rechigne à mettre en œuvre ses engagements et à procéder aux contrôles douaniers prévus. Sur le départ en vacances, comme son Parlement qui entre en récession, Boris Johnson, signifie tout de go à Bruxelles, vouloir renégocier – dans son ensemble – le protocole nord-irlandais : énorme frappe de boulet de canon dans un jeu de quilles bien rangé. Sans entrer dans la polémique, Maros Sefcovic, vice-président de la Commission européenne, a sobrement répliqué :  »Nous n’accepterons pas une renégociation du protocole ». On doit s’attendre à une guerre d’usure, tant que Johnson restera en mesure de piloter en mode girouette la diplomatie de son pays. Le dispositif de contrôle des marchandises dans les ports de Mer d’Irlande ne constitue pourtant aucunement une frontière. Il n’a pas d’incidence sur la libre-circulation des personnes. Mais, Westminster veut considérer que si. La formule qui permet de sauver le commerce dans les règles établirait, selon le Premier ministre  »une frontière », à l’intérieur du Royaume. A partir de là, la souveraineté britannique serait entravée de façon (acceptée mais) inacceptable. Quant aux Irlandais, qu’ils s’affrontent donc entre eux, les Conservateurs de Londres n’en ont cure !


Où est passé le respect du droit et de la parole donnée ? Où se situe aussi l’intérêt de l’Ulster, celui du Royaume Uni et celui des Britanniques amenés à s’ajuster sans cesse à ce Brexit en grands zigzags ? L’essence de la souveraineté veut que l’application souveraine et librement consentie du droit et des engagements contractés s’intègre dans la souveraineté de l’Etat contractant. Un peu de réflexion s’imposerait sur la conception johnsonienne, pleine de cynisme, du  »grand large ». Chacun peut voir qu’elle dessert l’image du Royaume Uni dans le monde. Dommage !

* 22 juillet – Eau dans le gaz.

Les États-Unis considéraient depuis une bonne décennie que le projet de gazoduc géant Nord Stream 2 reliant la Russie à l’Allemagne créerait une dangereuse vulnérabilité pour l’Europe et donc pour l’Alliance atlantique. C’était le fruit d’une époque relativement insouciante, où l’intégration de la Russie dans l’architecture européenne paraissait possible et même souhaitable. Ce projet – achevé à 90 % – est aussi la conséquence d’excès d’indulgence de certains dirigeants allemands à l’égard de Moscou. Il devait assurer un approvisionnement supplémentaire aisé à l’industrie allemande, déjà tributaire de l’énergie russe par de multiples canaux. Pourtant, à la même époque, V. Poutine s’est aventuré dans des opérations militaires contre ses voisins. De plus, crise climatique aidant, alors que les énergies fossiles devront être déprogrammées à relativement court terme, la ‘’main de Moscou’’ faisait de moins en moins sens. Elle garde accessoirement le pouvoirde contourner l’Ukraine et de priver potentiellement Kiev de sa principale source d’approvisionnement comme des ressources financières résultant du transit. Très hostile à Nord Stream 2 et méfiante à l’égard de Mme Merkel, l’administration Trump n’avait rien fait, ou plutôt s’était seulement gavée de mots.


Hier, un compromis a été annoncé entre l’administration Biden et le gouvernement allemand pour dépasser leur différend géostratégique autour de Nord Stream 2. Il inclut des scénarii de sanctions pour le cas où Moscou, usant de son gaz comme d’une arme, tenterait un chantage à la livraison d’énergie pour infléchir la politique de l’Allemagne ou pour exercer des pressions agressives contre l’Ukraine ou d’autres Etats européens considérés à Moscou comme faisant partie d’un ‘’glacis stratégique’’ russe. En termes clairs, le gaz russe serait alors boycotté et Berlin s’alignerait, dans une crise éventuelle, sur les sanctions et autres choix de l’Alliance atlantique. Kiev n’est pas non plus oubliée. En sa faveur, les deux capitales occidentales s’engagent à œuvrer ensemble à la reconduction pour dix ans, en 2024, des clauses de transit du gaz russe par l’Ukraine.


Est-ce que cette usine à gaz serait réellement efficace en cas de clash ? Il est présomptueux de s’affirmer ‘’paré’’ pour l’avenir lorsqu’on en ignore encore les paramètres et, de plus, que l’adversaire est parfaitement au fait de vos intentions. Les crises suivent une infinité de cheminements imprévus. Mais l’essentiel reste le front d’unité et de consensus rétabli avec l’Allemagne. Quoi qu’en disent les membres républicains du Congrès, c’est le mieux que pouvait espérer Joe Biden.

*21 juillet – Gardez moi de mes amis,…

Il y a peu encore, le Royaume du Maroc dispensait à la classe politique française vacances à Marrakech ou palais aux frais de Sa Majesté. C’est un pays où la chaine verticale du Pouvoir est très fragile : la légitimité et les symboles du pouvoir reposent sur un personnage unique et difficilement remplaçable, les islamistes participent au pouvoir ; le féodalisme s’accommode d’inégalités sociales criantes ; un conflit persiste à ses frontières, entretenu par un voisin qui ne lui veut aucun bien. La diplomatie française lui constitue un bouclier protecteur, lorsque ressurgit aux Nations Unies la question du référendum d’autodétermination au Sahara occidental (intégré aux trois-quart à son territoire) ou qu’une condamnation internationale le frappe pour sa pratique de la torture ou l’inanité de sa justice.
Paris est sa nounou bienveillante et protectrice.

Premier bénéficiaire de son aide publique au développement ; choyé par ses investissements ; privilégié par la multiplicité des écoles privées de langue française (qui assurent à ceux qui peuvent y accéder une vraie ascension sociale) ; adoré des touristes de l’Hexagone, le Royaume doit énormément à la France, à ses préférences, à son indulgence, à sa diplomatie. Pourquoi, alors, aller chercher auprès d’Israël les moyens de se tourner contre elle ? L’erreur paraît énorme, presque caricaturale. Quoi qu’on en dise, depuis qu’elle a été révélée par un consortium de médias, personne n’avait osé imaginer la présence de numéros du président Emmanuel Macron et de membres du gouvernement français sur une liste marocaine de cibles potentielles du logiciel d’espionnage Pegasus.

Cette cyber-arme – car s’en est une – a été offerte dans la corbeille des fiançailles de Rabat avec Jérusalem, orchestrées par l’administration de Donald Trump. Quand on la possède, on en vient à l’utiliser, forcément, non pas comme une arme de l’antiterrorisme mais comme un outil de domination dans sa sphère. Et la France, si largement ouverte et complaisante envers son voisin du Sud, s’est placée elle-même dans la sphère du Maroc, d’une certaine façon en sujette reconnaissante du Roi. Que les patrons du contrespionnage ou de la gendarmerie marocaine raisonnent en termes d’assujettissement, avec un brin de fascination pour la technologie toute-puissante de la firme NSO (liée au gouvernement d’Israël) n’est pas une grande surprise. Chez nous, les informaticiens sécuritaires auraient-ils résisté à ce genre d’aubaine ? Que le roi MVI lui-même figure sur la liste signifie, soit qu’on lui a trouvé un alibi d’innocence (victime, il ne pourrait donc pas être impliqué) ou – et c’est plus préoccupant – qu’il a été dépassé et contourné par un échelon subordonné, ce qui, dans une monarchie absolue n’est pas un signe de bonne santé. On modèrera ce constat par le fait que les listes ‘’Pegasus’’ elles-mêmes ne sont qu’un état préalable potentiel au travail d’espionnage au sein des smartphones, une intention d’intrusion, pas nécessairement la preuve d’un passage à l’acte.


L’enquête ne fait que commencer. On imagine que des échanges diplomatiques assez frais s’ensuivront, sous les lambris et les tapisseries des ambassades. Dans la cyber-guerre, on a l’habitude des ‘’feux amis’’ (faux amis ?), depuis la révélation, par Edgar Snowden, de l’espionnage pratiqué sur une gigantesque échelle, par la NSA américaine, notamment en Europe. On finira par trouver des accommodements (provisoires). Se retourner contre NSO, la ‘’racine du mal’’, avec des moyens de neutralisation discrets, serait sans doute une bonne idée. Mais elle ne peut décemment pas être exprimée – surtout publiquement – dans un blog sans prétention. Or, vous êtes à l’écoute.

* 20 juillet – Une caméra dans le burger et le chop-suey. Les États-Unis et leurs alliés – l’Union européenne, le Canada, l’Australie, le Royaume-Uni, la Nouvelle-Zélande – accusent la Chine d’avoir mené et de poursuivre des cyberattaques de grande ampleur, qui menaceraient leur sécurité nationale et celle de leurs entreprises. En fait, tout l’Occident fait chorus – ce qui marque un précédent – concernant les activités informatiques malveillantes menées depuis le territoire chinois, en fait un phénomène ancien mais qui s’amplifie vite. A la différence du contentieux de cyber-guerre ouvert avec la Russie (dans lequel le Kremlin est seulement appelé à contrôler ses hackers), c’est la responsabilité étatique directe de la RPC qui est mise en cause. Washington dénonce des agissements ‘’irresponsables, perturbateurs et déstabilisants’’ sponsorisé par le ministère chinois de la Sécurité d’Etat (le cœur de l’appareil répressif chinois) et qualifie ‘’d’écosystème’’ les pratiques de piraterie encouragées et ancrées dans les comportements. Pratiquement, des officines privées de type ’’corsaire’’ seraient commanditées et rétribuées pour mener ces attaques et opérations d’espionnage à grande échelle. Dans le seul secteur des entreprises américaines, le coût du préjudice se compterait en milliards de dollars, chaque année. Pour ne citer que le cas de Microsoft, les attaques lancées en mars dernier auraient touché un millier d’établissements clients ou liés au géant de la microinformatique.


L’enquête n’étant pas terminée. Les Occidentaux en sont encore à organiser leur protection de façon autant que possible coordonnée. La riposte pourrait suivre. On doit bien reconnaître que cette affaire tombe à pic, alors que l’administration Biden déploie de grands efforts pour rassembler sous son aile un front de résistance voire de ‘’roll back’’ face à l’hégémonisme de plus en plus agressif de l’équipe dirigeante pékinoise. Les faits sont peu contestables, mais le choix du moment et de la manière de les annoncer suscitent une atmosphère d’alerte. Les alliés vont se réveiller. Accessoirement, faire étalage des misères subies par les entreprises du GAFAM participe aussi à une gestion d’image, alors que ces grands prédateurs viennent d’échapper à l’impôt européen (en attendant un régime fiscal à venir ou pas au sein de l’OCDE). Sans doute, par un effet fortuit, l’attention se détourne aussi un peu du scandale de cyber-espionnage du siècle ouvert par les révélations concernant Pegasus, le logiciel espion absolu généreusement distribué par la diplomatie israélienne à ses nouveaux alliés.


Ce qu’il nous reste à faire ? Ecraser nos téléphones et ordinateurs au pilon, couper tout contact avec la finance et l’économie, manger les légumes bio de nos potagers, négocier un armistice entre le restaurant chinois et le MacDo du coin, qui tous deux s’évertuent à nous épier et à nous compromettre. C’est une conception élargie, très nécessaire, de la distanciation sociale.

* 20 juillet – L’hydre aux cent têtes bouge encore

Par rapport à ce qu’elle était lors des attentats de 2012-2015, la coopération entre services de renseignement des Etats-membres de l’UE s’est considérablement améliorée. Pour autant, en Europe, le bilan des activités des mouvements terroristes non-étatiques (des Etats, peuvent s’y adonner aussi) reste mitigé.

Depuis le démantèlement (incomplet) du ‘’califat’’ de Daech en 2018, l’on constate chaque année un net recul du nombre d’attentats et de morts : 16 000 victimes mortelles cette année-là, traduisant une baisse de 15 % par rapport à 2017 et de 52 % par rapport à 2014, date de la fondation de la centrale jihadiste. Il s’agit de l’année la plus meurtrière du siècle. Mais Daech et Al Qaïda, dont les ressorts de pensée et d’action empruntent beaucoup aux formes barbares du nazisme, ne sont pas l’unique source de l’action terroriste (un mode de combat asymétrique, pas une idéologie). La mouvance néo-nazie participe aussi à ce ‘’modèle’’, avec une grande variété de dogmes et de modes d’action. Propulsée par l’anonymat d’Internet et la théorie du grand remplacement, elle organise, comme le Jihad, la destruction à l’aveuglette des personnes et des institutions, à partir de la ‘’toile’’ du web. Certains pays européens comme l’Allemagne s’en inquiètent et estiment cet activisme assassin pas moins menaçant, voire plus (il trouve des relais populaires plus larges) que le djihadisme.


L’Europe a réduit sa vulnérabilité aux offensives, comme résultat de l’action militaire de la coalition internationale. Cela n’a pas apaisé le bouillonnement des esprits, ni réduit les vocations au jihad anti-occidental. Mais, même sur ses gardes, le Vieux continent campe dans l’attentisme, sans vision précise de l’évolution de la menace à court et moyen terme. La coopération entre les services de renseignement s’est, fortement développée à la suite de l’attentat contre Charlie Hebdo. Depuis lors, un groupe antiterroriste européen doublé d’un coordinateur bruxellois (actuellement, Gilles de Kerchove) anime une bourse d’échanges entre services de renseignement. Un mécanisme de coopération entre juridictions nationales fonctionne en parallèle, avec la ressource du mandat d’arrêt européen comme principal outil de sa palette. Cependant, la compétence collective de l’UE elle-même n’est pas juridiquement établie, même si la Cour de justice de Luxembourg (CJUE) s’est prononcée contre la rétention des données dans l’anti-terrorisme, de la part des entreprises notamment. A ce jour, il n’existe pas de projet d’une CIA européenne et il n‘est pas sûr que ce soit d’ailleurs nécessaire.


Au Moyen-Orient, en Afrique, en Asie du Sud et du Sud-Est, le jihadisme n’a pas du tout disparu. Ses combattants demeurent actifs en Syrie et en Irak, dispersés dans la nature ou capturés par les autodéfenses kurdes (des alliés que nous avons abandonnés à leur sort, mais que nous exploitons toujours comme garde-chiourmes). En Iran, des milliers de Bangladais s’emploient à rejoindre l’Europe, via la Turquie. A Idlib, en Syrie, d’anciens combattants de Daech, piégés par l’offensive de Bachar, cherchent à faire de même. Actuellement, l’organisation terroriste ne semble plus à même de projeter directement ses commandos sur le théâtre européen. Elle n’en dispose pas moins d’une vaste réserve d’éléments ‘’dormants’’ dispersés et le plus souvent auto-affiliés. Une myriade de nouveaux groupes combattants franchisés s’est constituée au Sahel, dans la corne de l’Afrique puis en Afrique de l’Ouest et enfin de l’Est, au Mozambique, etc. L’apparition sur le Continent noir d’un nouveau califat revêt donc une certaine probabilité. Ce serait une catastrophe géostratégique, vu de Paris. Cela ouvrirait la perspective inquiétante d’un tremplin d’offensive vers l’Europe, alors même que les têtes de pont sont déjà en place.

Encore faut-il préciser l’étendue de cette menace : l’objectif est une perturbation durable et criminelle de l’ordre public, doublée d’une campagne d’agitation des esprits pour susciter une forme de guerre civile. En réaction et comme par anticipation, se produit une régression, pas à pas, des libertés fondamentales et de la démocratie, dans les pays-ciblés. Naïvement accrochés à l’idéologie du ‘’tout sécuritaire’’, ceux-ci amorcent d’eux-mêmes la dérive que les terroristes tentent d’imposer à leurs sociétés. Car ce sont bien elles, pas les Etats, qui sont ciblées. Il ne s’agit aucunement pour l’Ennemi d’opérer une prise de pouvoir par une minorité politico-religieuse, encore moins de parvenir à l’effondrement militaire de nos vieilles nations chrétiennes, comme certains les fantasment. Simplement de nous neutraliser par la haine et de nous avilir, par vengeance. Une stratégie assez infantile, au fond.

Comme pour le virus du Covid 19, on peut, certes, ‘’vivre avec’’ cette nuisance, mais, reconnaissons-le, de plus en plus mal… sauf à repenser complètement la chose.

* 16 juillet – Liban, un Etat totalement failli

« Il est évident que nous ne serons pas capables de nous entendre avec Son Excellence le président, c’est pourquoi je me retire de la formation d’un gouvernement. » Saad Hariri, l’ex-premier ministre congédié par la population et formateur désigné d’un gouvernement impossible, vient de jeter l’éponge. Depuis neuf mois, le Pays du Cèdre sombre sur tous les plans, sans gouvernement établi à sa tête. Le clash a été bref mais dur entre le général chrétien (pro-Hezbollah), Michel Aoun, Chef de l’Etat retranché dans une vision communautariste des institutions, et le politicien affairiste, rompu à tous les marchandages. Hariri reproche au vieux général d’avoir tenté d’intégrer des fidèles à sa personne pour constituer une minorité de blocage au sein de l’équipe ministérielle qui lui était présentée. Aoun dément et ne propose rien. La classe politique et ses traditions de répartition clanique du pouvoir ont failli depuis belle lurette et la population, très durement éprouvée, ne fait plus confiance à personne. Elle manifeste son hostilité et son désemparement mais agit peu, politiquement. Le plus stupéfiant est, en effet, que cette situation de blocage perdure depuis si longtemps sans qu’une alternative de rupture radicale n’ait fini par émerger, au sein ou en dehors de l’arène politique.


En août 2020, on s’en souvient, une gigantesque déflagration sur le port de Beyrouth, provoquée par le stockage imprudent de centaines des tonnes de nitrate d’ammonium, avait tué 200 personnes et fait plus de 6 500 blessés. Des quartiers entiers avaient été détruits par cette explosion, la plus puissante que le monde ait enregistrée hors du domaine nucléaire. L’enquête sur les responsabilités (assez évidentes) n’a pas été menée à son terme, pour ne pas mettre en cause les mafias régnantes. Le gouvernement d’alors s’est courageusement caché et a disparu. En octobre, Adib puis Hariri ont été chargés de le remplacer, toujours (implicitement) en tenant compte de la ‘’formule magique’’ de partage confessionnel du pouvoir. E. Macron et, à vrai dire, un peu tout le monde s’est avisé de stigmatiser les politiciens libanais en les rappelant à leur devoir de gouverner, alors que le Liban sombrait dans les tréfonds : écroulement de l’économie et de la monnaie, ruine des Libanais, grave crise humanitaire et sanitaire, effondrement des services publics, début d’anarchie, etc. La banque centrale et toutes les baronnies n’en poursuivent pas moins la mise en coupe réglée des dernières ressources du Pays. La faillite est aussi criminelle.


Ne va-t-il bientôt rester du Liban qu’un repère de mendiants et de bandits, où tous les prédateurs du monde pourront faire leur nid ? Nombre de descendants des Phéniciens le redoutent. Faute d’une initiative citoyenne proprement ‘’révolutionnaire’’, le sauvetage semble ne pouvoir venir que de l’extérieur, mais pour qu’il ne prenne pas la forme d’un dépeçage en règle, il conviendrait qu’une opération de reconstruction de l’Etat se fasse sous l’autorité et avec les moyens des Nations Unies. Ne rêvons pas, l’époque est aux replis nationalistes, plus aux solutions multilatérales !