1.E – Brèves de printemps 2020

* 30 avril – Remontées d’humeurs. La fin de pandémie ne marquera pas une fin de parenthèse. Tant du côté des populations que de celui des acteurs stratégiques, les hormones couvent sous la cendre. Au Liban la fureur populaire contre un système politique et bancaire indigent, responsable de l’effondrement économique, relance la contestation de rue, qui se heurte à l’Armée. A Hongkong, les arrestations furtives d’opposants parfaitement pacifiques rallument la flambée protestataire. En Libye, Haftar accepte en apparence la trêve réclamée par l’ONU et l’UE, tandis que ses drones, opérés par les Emiriens, bombardent Tripoli. Les russes détruisent méthodiquement Idlib, comme de coutume.

Les stratèges se sont persuadés que leurs adversaires allaient profiter du temps d’inertie créé par le virus. Ce dernier a frappé l’OTAN plus que tout autre acteur mondial. Le Charles de Gaulle rentre tout contaminé, pour la plus grande frustration de l’Etat-major : voilà qu’on sort son cousin britannique, le HMS Queen Elizabeth, pour prendre vite le relais. Au large de la Lituanie, des manœuvres russes très intrusives déclenchent des interceptions ‘’au bord du gouffre’’. Plus « proactive », plus tôt, la marine chinoise se répand dans toute la Mer de Chine, provoquant des incidents avec le Vietnam et le Japon. A peine plus discret, l’Iran met sur orbite, le 24 avril, son premier satellite militaire : intéressez-vous surtout au lanceur qui pourrait nous tomber sur le nez, avec la bombe ! Les militaires sont partout soucieux et utilisent le confinement pour agrandir leur espace, renforcer leur posture, ‘’prévenir’’ l’instabilité. Le P5 du Conseil de sécurité, il est vrai, reste muselé par la bêtise de la diplomatie US. Alors, les menaces à la Paix…

* 29 avril – On s’égare. Des signes cliniques pointent à un certain bouillonnement mental: à Moscou, le régime Poutine se soucie fort peu du chômage de masse. Des e-manifestations sociales apparaissent sur les réseaux sociaux. Aux Etats-Unis, les mêmes réseaux s’acharnent sur une employée du Pentagone : Matje a participé, comme cycliste, aux jeux militaires de Wuhan, en octobre. Sans jamais avoir été testée, elle se voit dénoncée à la vindicte des imbéciles comme « cas zéro » dans le pays. Les mêmes imbéciles standards – version chinoise – l’accusent d’avoir introduit le virus en Chine : don d’ubiquité ? Pendant que leur président bien-aimé insiste pour faire payer à Pékin la note du Covid, les trumpistes ingurgitent de l’eau de Javel comme prescrit par la Maison plus blanche que jamais. Le Royaume Uni découvre avec effroi que ses statistiques macabres ont  »oublié » les morts en maison de retraite (sans doute, le virus serait une lâche revanche communautaire contre le Brexit). En Allemagne, des citoyens manifestent, comme aux USA, contre l’urgence sanitaire. En France, selon que votre département sera rouge ou vert, que vos enfants auront 3 ou 10, 11 ou 15 ans, que votre patron vous préfère en télétravail ou pas, que le métro sera bétaillère ou pas, que vous trouverez des masques à prix raisonnable ou pas, que vous ferez un ou cent kilomètres, votre vie changera du tout au tout – pas en mieux – et vous serez soumis à l’amende à des taux très variables.

* 28 avril – Compliments de Milton Friedman. La Commission européenne travaille au Green Deal et aux critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Formidable ! Elle a lancé un appel d’offres pour sélectionner un conseiller. BlackRock, le gestionnaire d’actifs américain, pétro-investisseur polyvalent naphte-gaz-charbon est l’heureux élu.  La firme américaine dirigée par Larry Fink devra plancher sur la question  » comment l’UE pourrait intégrer au mieux les facteurs environnementaux et sociaux dans la supervision bancaire ». La Commission l’origine de l’appel d’offres mais sans pouvoir sur les critères de sélection, versera 550.000 Euros à BlackRock, qui est le mieux-disant. L’Entreprise américaine va-telle se renier au point de devenir euro-compatible ou tout cela va-t-il finir en queue de boudin ? Parlement européen, sort de ta torpeur et pose le minimum de règles pour sortir Ursula de l’embarras, dont elle ne fait pas mystère !

* 27 avril – Crapota virus. Non pas pour en rire, mais les autocrates crapoteux sont dans une mauvaise passe. Prenez Jair Macho Bolsonaro. Il nie l’épidémie et entend en profiter pour missionner le nouveau chef de sa police en Raspoutine espionnant les petits secrets de la classe politique. Son fils est formaté Cosa Nostra et le parlement brésilien commence à se lasser d’être instrumentalisé par des mafias. Du coup, pour le principe, sa destitution sera soumise à enquête, sans doute sans plus de résultat que concernant son comparse, Donald. A Minsk, le dernier Staline d’Europe (avec Viktor Orban), tient en gros le même langage :  »fumez, courez et surtout buvez de la vodka, le virus n’existe pas ! » Mais lui bénéficie d’un KGB super costaud et ne s’inquiète pas trop d’être détesté. Mais les cartes sont là pour être rebattues…

* 26 avril – Le Conseil européen, haut-lieu des prises de bec. Réunis en visio-conférence autour des besoins de financement d’urgence, les chefs d’état ou de gouvernement des 27 ne se sont pas engueulés comme ils l’avaient fait le 26 mars. On progresse mais on est encore loin de l’unanimité opérationnelle. Ils ont entériné les mesures d’urgence à 540 milliards d’euros négociées par leurs ministres des finances. S’y rajouteront, 1 000 milliards d’Euros que la BCE devrait injecter les circuits bancaires, à partir du 1er juin, dont 100 milliards confiés à la Commission pour soutenir les régimes de chômage partiel. Le Mécanisme européen de stabilité (MES) permettra aux Etats-membres d’emprunter jusqu’à 240 milliards d’euros tandis que la Banque européenne d’investissement (BEI) consentira jusqu’à 200 milliards d’Euros de nouveaux prêts aux entreprises. A moyen terme, le conseil européen a demandé à la Commission de plancher sur plan de relance à incorporer dans prochain budget de l’UE (2021-2027). L’Allemagne et les Pays Bas ont fait un pas vers les pays  »latins ». La France aurait voulu un instrument financier distinct mais peut faire cette concession Que d’argent !

* 25 avril – L’Europe, un niveau d’action adapté au défi climatique. La Banque Européenne d’Investissement (BEI) est l’une des plus grandes banques publiques du monde, un outil majeur dans la panoplie de l’UE. L’an dernier, les sociétés civiles et le consensus scientifique l’avaient déjà convaincue de renoncer au financement des énergies fossiles, qui se montait alors à 2,4 milliards d’euros par an. Récemment, le président de cette institution, Werner Hoyer, a demandé que la reprise économique ‘’soutienne la poursuite de nos objectifs climatiques’’. Mieux encore, la BEI enquête auprès du public européen pour recueillir avis et commentaires sur sa feuille de route à long terme. Son objectif est de devenir la « Banque de l’Union Européenne pour le climat ». On peut se féliciter que la BEI se donne pour mission que les personnes, la planète et la justice passent avant les entreprises les plus polluantes.  À l’issue de la consultation publique, elle s’engage à répondra à chaque contribution. Schématiquement, trois propositions lui sont faites :

*1 Assurer les alternatives au financement des énergies fossiles, afin que plus un euro  d’argent public ne soit gaspillé pour l’économie carbonée ;

*2 Contribuer à la mise en place d’un véritable « Green Deal » européen, pour une transition rapide et encadrée vers les énergies renouvelables ;

*3 Financer la recyclage professionnel des travailleurs de l’énergie carbonée. Au moment où le refinancement de grands groupes privés s’opère à tout-va (voyez les 7 Mds € destinés à Air France ou la décision en commission parlementaire de ne pas ‘’léser’’ les entreprises profiteuses des paradis fiscaux), ce serait un exemple et une garantie morale que la BEI joue un rôle de premier plan. Au-delà de l’Europe, elle pourrait même inspirer les institutions financières du reste du monde, par effet domino.

* 24 avril – Paix au virus ! Depuis la création des Nations-Unies, à San Francisco – avec une forte impulsion des Etats-Unis – Unis, le Conseil de Sécurité s’est saisi de toute menace à la paix, de toute calamité affectant la sécurité du monde, en partie ou en tout. Il était déjà singulier que la diplomatie française appelle, seule, à sa convocation face à la pandémie. Exiger la suspension des conflits en cours, qui sont autant d’amplificateurs de la catastrophe, organiser des trêves sanitaires, protéger les populations déplacées, ces impératifs basiques tombent sous le sens et restent à des années-lumière de l’ambition qu’avait affichée, par exemple, le projet de pacte Briand-Kellog de 1928, visant à rendre la guerre hors la loi. La France a présenté, il y a une semaine, avec la Tunisie, un projet de résolution minimaliste, après s’être assurée que la Russie suivrait. Et bien non ! Le fossoyeur s’appelle Donald. Il exige que la Chine soit nommément mise en accusation pour le  « virus de Wuhan ». Du coup, le Conseil n’a plus de possibilité d’accord. Tant pis pour les morts supplémentaires !

* 23 avril – Pauvre Afrique ! Avant même la pandémie, on savait que l’extension des conflits jihadistes dans le Sahel et en Afrique centrale, allait marquer un doublement de la malnutrition, probablement à hauteur de 17 millions d’affamés supplémentaires. Puis est survenu le Covid et une injonction au confinement totalement irréaliste dans le mode de vie africain : contracter le virus… ou mourir de faim, seule l’activité pouvant créer le revenu, au jour le jour. Le PAM anticipe désormais un doublement du besoin d’aide d’aide d’urgence à 260 milliards $ d’ici la fin 2020, pour lequel un dixième seulement de la somme requise a été couvert !Ce blog a abordé le problème de la dette africaine, détenue à 40 % par la Chine (brève du 16 avril). Encore ne s’agit-il là que de faire survivre les Etats et non pas de soutenir le revenu des populations. De plus, l’annulation pure et simple n’est pas encore à l’ordre du jour, comme l’avait souhaité la France. Face à un tel re-basculement dans la grande pauvreté, Pékin joue à son avantage la carte du bon samaritain, la carte-même qui ne convainc pas l’Occident. Les deux fondations d’AliBaba offrent, en temps et en heure, des cargaisons de masques, tests et sur-blouses. Une application de la même multinationale (aux couleurs du Parti chinois) promet des consultations médicales gratuites en ligne. Jack Ma se fait la belle pub pour l’avenir que néglige Vincent Boloré.

* 22 avril – Tours d’ivoire. Le virus se moque des mégalomanes et autres autocrates froids. Aux Etats-Unis, le reality show politique échappe au pantin furieux qui veut  »punir le monde » et la scène-même du spectacle semble s’être effondrée. Mais, il n’en va guère mieux sous les bulbes dorés du Kremlin. La guerre contre Covid a été repassée aux gouverneurs locaux avec sept ans de prison pour eux à la clé, si leur bataille prophylactique ne convainc pas. Le référendum triomphal sur la présidence (quasi) à vie ne peut pas avoir lieu. Pareil pour le défilé-monstre du 9 mai marquant l’anniversaire de la victoire de 1945 : les troupes sont terrassées par le virus et on se demande aussi dans quel état sont les vaillants guerriers-mercenaires qui bombardent les hôpitaux en Syrie (Idleb). C’est eux qui intéressent le plus le Tsar. L’économie s’écroule plus vite que la santé et la base, d’habitude assez résignée, commence à fermenter.

* 21 avril – « Comme avant, mais en pire ». Ne prenons pas à la lettre les petites phrases « choc », même quand elles viennent du très flegmatique ministre français de l’Europe (et autres  affaires étranges).  Lucidité ou résignation ? De fait, le fonctionnement du système international et  la défense de la Paix nous promettent bien ce « pire » : les grandes puissances s’enlisent dans la polémique et les coups bas, le Conseil de sécurité est mortellement bloqué face aux enjeux globaux ou régionaux, l’OMS ne peut pas garantir protection et accès aux soins à chacun, le G 7 ni le G 20 ne s’entendent sur des conditions équitables d’un redémarrage, l’Europe se fige « Nord contre Sud », les massacres de populations civiles vont bon train au Moyen-Orient, les frontières se ferment même aux expatriés en situation régulière, (hier, aux Etats-Unis), les exilés continuent d’arriver en pleine détresse, etc.  Mais, en considérant les choses sous un autre angle : 1 / L’air est plus pur et les associations des amis des oiseaux font le plein d’adhésions; 2 / Les AMAP sont débordées et les gens améliorent leurs habitudes alimentaires; 3 / Chacun surveille sévèrement les épandages depuis sa haie de jardin; 4 /Chacun a une formule à avancer pour « l’après »; 5 / Les dictateurs se tirent mal de la pandémie; 6 / A New-York, on vous paie 37 $/baril pour enterrer le pétrole tout au fond d’un trou de jardin, de sorte qu’il n’en ressorte pas, le bougre, avec son fichu CO2. Là, c’est bien « moins pire » qu’avant !

* 20 avril – Tempête dans une tasse de thé au lait. On nous dit, on nous répète qu’une catastrophe – surtout planétaire – aiguise les nationalismes les plus étroits. Hélas,le monde, qui aurait un besoin critique de coopération, produit surtout de la polémique stérile. Comment voir autrement cette petite guerre des tweets, lancée par une starlette thaïlandaise, qui flambe entre la Chine et l’Asie, du Sud-est ? Le Covid est-il issu d’un labo de Wuhan ou du marché aux animaux vivants ? Ca ne change rien au fond  sanitaire du problème, mais … Des jeunes Thaïs ont trouvé des alliés à Taiwan, Hongkong, Singapour et ailleurs, pour demander des comptes aux internautes chinois. Ceux-ci répliquent avec leur coutumière virulence, attaquant ad hominem en se prévalant aussi de l’unicité sacrée (et bafouée) de la Chine. Retour de flamme : l’alliance du « Thé au lait » s’en prend au comportement béotien des touristes chinois et glisse vers un procès « sacrilège » sur les droits de l’Homme, un vrai sujet celui­-là (à signaler : le tableau de « l’Homme face au char » de Tiananmen, réalisé en frites). Le monde chinois – compris au plan culturel – sera-t-il ébranlé par sa jeunesse ? Malgré ou plutôt à cause des connivences entre pouvoirs autoritaires, l’Asie orientale, celle des geeks, se prend à rêver d’un printemps affranchi de la pesanteur de Pékin.

* 19 avril – Profits. Noami Klein s’est fait une spécialité de dénoncer les profiteurs de désastre. Le virus a ses rentiers.  Voyez comme V. Orban, B. Netanyahou et même E. Macron l’utilisent pour affaiblir les libertés démocratiques et renforcer leur autorité ! En Inde, il aide à faire passer une loi scélérate sur la nationalité. Au Mali, à tenir des élections faussées. En France, à contourner des réformes explosives, sur les retraites mais aussi sur le chômage. La FNSEA en profite pour prôner des épandages au ras des fenêtres et pour dissuader les importations des concurrents (mais pas celles de produits exotiques). Total et quelques autres utilisent les subsides de l’Etat pour  gâter leurs actionnaires, les fabricants de bouteilles en plastique s’octroient un label d' »excellence sanitaire », le prix des masques s’envole, etc. Seul, D. Trump, en proie à la démence et tout à ses vengeances, n’arrive pas à se faire du gras : écho vide-19.

* 18 avril – Complots en vrac. A vous décourager de courir derrière l’info : elle est truffée d’infox. C’est l’effet du confinement des esprits, qui nous détourne des sources sérieuses. Un prix Nobel français affirme que le Covid a été créé artificiellement, à partir du VIH ! Par tweet, le Covid lui-même a démenti (« j’ai un père et une mère ! »). Hypothèse fumeuse n° 1: un laboratoire américain de guerre biologique a élaboré cette arme et, par erreur, contaminé des basketteurs  militaires, qui ont repassé – intentionnellement – la souche à leurs ennemis chinois, à l’occasion d’un match amical à Wuhan (si vous avez la migraine, c’est normal). Hypothèse symétrique n° 2 : ce sont les savants chinois qui ont trafiqué le virus, à Wuhan. A partir de là Covid s’est fait la malle, comme un grand ( une aspirine ?). Version N° 3 , dans Strategika : un complot judéo-cosmopolite (Marine, lâche nous un peu la grappe !). Complot n° 4 : Bachar et Poutine désarment nos porte-avions (devenus des centres de traitement Covid) et notre force nucléaire stratégique, pour mieux nous … là, ce n’est plus très clair. L’Ours, depuis son hibernation administrative, me conseille de laisser tomber.

* 17 mars – Retournement. Décontenancé par la crise, le président turc a décidé, lundi, que le confinement se poursuivrait dans 31 provinces, pendant le week-end du 18 et 19 avril. Cible de vives critiques concernant sa gestion désastreuse qu’il a qualifiée de ‘’conforme aux instructions (du) Président’’, le ministre turc de l’Intérieur, Süleyman Soylu, a proposé sa démission dimanche. Elle est refusée par le président Erdogan. Dans la foulée, de nombreux opposants et internautes ont accusé les autorités d’avoir mis en danger la vie de milliers de citoyens. Le régime Erdogan tremble sur son piédestal et doit éviter de reproduire la confusion de la semaine passée, qui avait provoqué une ruée des habitants des principales villes du pays dans les magasins. En parallèle, le Parlement turc a décidé la libération de dizaines de milliers de détenus afin de désengorger le système carcéral. En sont exclus les prisonniers détenus en vertu des lois antiterroristes arbitraires, les nombreux journalistes, opposants politiques et avocats incarcérés, qui, généralement n’ont pas encore été jugés. La répression politique reste la priorité du Pouvoir, mais Ankara ne claironne plus ses deux guerres dans l’Est Syrien (Kurdistan) et en Lybie, la fibre guerrière résistant mal au virus. Il y quelques semaines encore, Erdogan ouvrait les vannes d’un afflux vers l’Europe des millions d’étrangers déplacés, dans un mélange de pulsions mégalomanes et vengeresses. Tout est rebattu. Le Sultan a bien perdu de sa superbe.

* 16 avril – Money, money … En réponse à la proposition d’une « annulation massive des dettes » africaines, lancée lundi par Emmanuel Macron, les ministres des finances du G 20 ont accordé à 77 Etats pauvres 14 milliards de dollars de suspension partielle du service de leur dette (40 % sur un total de 32 milliards). Petit geste s’il en est, présenté comme une initiative majeure mais qui ne coûte pas cher. Néanmoins, le format « décideur », agglomérant la Chine au Club de Paris et autres pays créditeurs du Sud constitue en soi une utile innovation.

– La proposition Macron, deux jours auparavant, était pourtant d’« annuler massivement » ces dettes. Elle a été laissée de côté. Au final, le remboursement dû en 2020 sera donc seulement reporté à 2022 et échelonné sur trois ans. Ceux qui souhaiteraient une option plus courageuse et plus efficace sont renvoyés à des annulations à négocier au cas par cas. La loi du compromis n’a pas favorisé l’effort collectif. La Chine renâcle, ainsi, à renoncer à une partie de ses avoirs en Afrique (40 % de la dette) ; Les Etats-Unis sont « ailleurs », dans leur bulle. La Banque mondiale, elle, se tient hors-jeu ; Les créditeurs privés du Nord comme du Sud suivent avec circonspection. On n’est pas dans le monde (rêvé) de demain ! Entent-on au moins l’appel de A. Guterres pour financer une campagne de diffusion universelle du futur vaccin, pour qu’il soit gratuitement accessible à tous dans les régions pauvres ? Oui, s’agissant de la fondation Bill & Melinda Gates, qui offre 150 Ms $ à cette fin. Non, pour ce qui est des « institutionnels »- les Etats – qui n’ont bien voulu débourser que 400 Mns $ sur les deux milliards requis.

* 15 avril – Connardovirus. Pendant que des inconnus deviennent des héros, des notables mériteraient de sombrer dans l’incognito. Un cas pas trop grave : le site de l’ambassade de RPC à Paris accuse les gestionnaires des EHPAD  français d’avoir fui leur poste de travail, après avoir euthanasié ou presque leurs pensionnaires. Bien pire : les USA suspendent leur participation à l’OMS (500 Mns $) comme si on coupait l’eau aux pompiers au plus fort de l’incendie ! Motifs avancés : la Chine influence trop l’agence onusienne qui, comme elle, a dissimulé, dans un premier temps, la transmission inter-humaine du virus ! Trump serait lui un étalon de transparence et de discernement (ne toussez pas !). Le Congrès vient d’adopter un « Taipei Act », pour favoriser une forme de présence multilatérale pour l’Ile nationaliste, ce qui constitue une vraie gifle à Pékin. La manière n’est pas la bonne, mais il faut reconnaître que cette démocratie chinoise de 24 millions d’âmes a magistralement géré l’épidémie, en respectant les libertés,  et qu’elle ne mérite pas l’ostracisme. Le mérite va à ceux qui accomplissent plutôt qu’aux gros qui crient très fort.

* 14 avril – Climat. Tentons un lien être « l’avant » et l’avenir (incertain). découvre les 50 propositions – non-encore validées – de la convention citoyenne des 150 Français tirés au sort pour « porter l’espoir d’un nouveau modèle de société ». A l’impératif climatique a été évidemment ajouté à l’impératif sanitaire.  Se loger, se déplacer, se nourrir, consommer, produire et travailler le but est de définir des politiques sur le climat, sur l’économie, dans un esprit de justice sociale ainsi que sur la santé et le bien-être des populations. Parmi les pistes privilégiées, on trouve la rénovation énergétique globale des bâtiments, dont les 20 millions de logements, d’ici à 2040,

Cela représente environ 20 millions de logements à rénover de manière globale. Pour financer cet immense chantier, les citoyens proposent une énorme cagnotte à guichet unique et un système de bonus -malus. Seconde cible : l’artificialisation des sols et l’étalement urbain, qu’ils souhaitent contrer fortement. Vient ensuite la biodiversité et les économies d’énergie liées aux déplacements, l’arrêt des investissements commerciaux consommateurs d’espace. Enfin, bien dans l’air du temps, on devra réduire l’utilisation des véhicules individuels. Apparemment, il y a peu de ruraux ou de gilets jaunes dans l’échantillon représentatif. Avec la mise sur le marché de voitures-avions, peu consommatrices, le contournement sera facile !

* 13 avril – Réflexes imbéciles ou archaïques. Aux antipodes de la nouvelle culture « post-virus », qu’il nous faut acquérir, certains barbotent, à qui mieux-mieux, dans leur vieille mentalité toxique. Quelques lamentables exemples : faire voter les citoyens en pleine flambée contagieuse; sommer « les travailleurs » de vite reprendre leur poste de travail au pic de l’épidémie (le patron du Medef et une secrétaire d’état française à l’économie); se retrousser les manches pour rétablir le vieux monde industriel empoisonné; renflouer les banques quand la demande de crédit est nulle;  menacer les sans-papiers d’expulsion « dès le retour en ordre des préfectures » (comment : à pied et à la nage vers l’Afrique contaminée ?); attribuer une ou des nationalités au virus (pourquoi pas aussi à l’air qu’on respire ?) et s’en prendre aux Chinois, puis aux Européens, puis aux Américains, puis aux Africains (agressés, hier, à Canton); Fermer les frontières de Schengen ET celles entre Etats-parties à l’Accord, quand personne ne circule; ne pas s’entraider entre européens; en profiter pour réinvestir dans la prospection pétrolière; blâmer les soignants pour les risques qu’ils nous feraient encourir en nous soignant; dénoncer des complots de source « réseaux sociaux »; abandonner le Moyen-Orient et l’Afrique à leurs malheurs (sans sous-peser l’effet boomerang); ressortir des gilets jaunes pour hurler « mort au Roi ! » depuis les balcons…

* 12 avril – Pâques. Un moment juste pour penser, fraternellement, à tous ceux qui souffrent et à tous ceux qui sauvent. Il y en a pléthore, mais chacun est précieux pour tous. On suit la croyance que l’on veut, mais il est dans notre humanité de rechercher l’espérance dans le service des autres. En géopolitique « fraternité universelle » se traduit par  »solidarité mondiale ».

* 11 avril – Double front. Qu’on l’admette ou non, les politiques sont dans leur rôle quand ils se débattent contre l’effondrement financier. De même, les soignants, quand ils s’épuisent à sauver les malades. En tout cas, loin d’être un aboutissement – les comptes et les remèdes viendront plus tard – le compromis passé entre ministres des finances de l’Eurogroupe et des 27 est un signe de renoncement partiel au « chacun pour soi ». Les entreprises (soutenues par la BEI) et les salariés (programme de compensation du chômage technique) y puiseront un premier bol d’oxygène. Pour les indépendants et les « informels », c’est moins clair. Mais les Etats, appelés à creuser considérablement leur dette publique, sont renvoyés vers le Mécanisme européen de stabilité (MSF), créé lors de la crise de l’Euro. Il mobilise, certes, des moyens conséquents pour renflouer les budgets mais reste articulé autour de notions de gestion laxiste que les bénéficiaires s’engagent dès lors à corriger. D’où la fureur de Giuseppe Conte, qui voit dans cette conditionnalité un biais pour « punir » les Etats les plus éprouvés par le virus. Les Espagnols sont aussi sur cette longueur d’onde et l’autosatisfaction du ministre français intrigue : est elle pragmatique (c’est déjà ça, on verra plus tard !) ou tactique : donner à croire que la France est dans le camp des Etats financièrement solides, rester un interlocuteur privilégié pour l’Allemagne et les Pays-Bas, les deux opposants farouches à l’émission d’Eurobonds mutualisés. On assiste à des manœuvres psycho-politiques, en Europe.

* 10 avril – Et le combat cessa, faute de combattant… On n’en est pas là. Mais le virus n’épargne pas les guerriers, qui, jeunes, s’en remettent assez bien. De là à renvoyer sur théâtre opérationnel l’équipage d’un porte-avions gangrené par le Covid ! Le Pentagone l’a fait et même démis le commandant du USS Theodore Roosevelt, au grand désespoir de ses marins. Le Charles de Gaulle, dans une situation sanitaire comparable, rentre à Toulon. Pause. On ne va surtout pas nous dire ce qu’il advient des sous-marins de la Force nucléaire stratégique française : soit, ils ont embarqué le virus mais n’en savent ni le nom ni la gravité exacte ; soit ils n’en connaissent pas même l’existence. Les soldats de Barkhane ont droit, eux, à l’information comme au virus, face à des jihadistes (jeunes) qui ne s’arrêteront pas pour quelques vieillards ennvoyés ad patres. Les Dogons et les Peuls s’entre-tuent plus que jamais au Mali et personne n’y plaint la pauvre Europe. La posture face au terrorisme et aux coups fourrés stratégiques est forcément revue à la baisse. Peut-être un créneau pour le soft power, dont (mais pas que) la diplomatie humanitaire ?

* 9 avril – Espace contraints. Alors que la pandémie sévit dans le monde entier, tout le monde n’est pas exposé aux mêmes risques, le pire étant d’être pauvre, malade, sans toit ou exilé. – Le 22 mars dernier, on comptait 37 000 personnes piégées sur les îles grecques, dans des camps pour migrants insalubres. Dans une promiscuité effroyable, sans accès à l’eau, à la nourriture et aux sanitaires, elles sont quasiment condamnées à contracter le virus.  Contrairement aux 70 millions de déplacés hors-Europe, on peut et on doit les transférer dans des hébergements moins dangereux, à travers l’Europe et les sortir de l’angoisse. Une autre action juste est possible pour soulager à distance : renoncer aux sanctions qui affectent la survie des populations. Cela vaut typiquement pour l’Iran (mais pas seulement) dont la population est abandonnée à sa détresse, privée de médicaments et de matériel sanitaire, le pays ne pouvant plus vendre son pétrole. Seul le blocus des armes et des technologies sensibles peut garder une légitimité mais l’arme de l’appauvrissement est immorale dans les conditions actuelles. Téhéran vient de mettre fin au confinement ne pouvant assurer aucune protection à ses citoyens. Que faire pour les déplacés Afghans et les populations africaines victimes de Boko Haram et des « armées-bandits » ? Quid des Syriens et des Yéménites sous les bombes ? Personne ne peut confirmer, pour l’instant, les bruits faisant état d’une baisse d’intensité des combats… Daech appelle à répandre plus largement encore la pandémie en Occident. Au 14 ème siècle la peste avait été exploitée comme arme biologique. Tout cela est dur à encaisser à l’approche de Pâques, quand le « chacun pour soi » a gagné.

* 8 avril – Déclin chinois ? La thèse la plus courante – celle d’une Chine – challenger, en passe de supplanter les USA dans la distribution de la puissance – tiendra-t-elle la route, dans les années post-crise sanitaire ? Sous l’irrésistible ascension, la carapace pourrait se fendre. Pékin ressent très mal, en effet, le fait d’avoir été l’épicentre initial. Cette vexation rend le Régime plus assertif à l’international, posant en « modèle mondial » ou jouant les justiciers vengeurs (ainsi, ce serait l’armée américaine qui aurait introduit le coronavirus sur son territoire) ou encore le sauveur magnanime, lorsqu’elle retourne la politesse aux pays qui s’étaient montrés solidaires en janvier, sous forme de cargaisons de masques, etc.

– Dans l’environnement de dépression économique qui se dessine, la RPC semble en position de pousser ses pions aux dépens d’un Occident affaibli et d’un monde émergent à l’abandon. Ses investissements saturent déjà les marchés, sa marine s’acquière un contrôle des artères stratégiques du commerce, elle tend vers la prééminence en Afrique et agit aussi en Occident via sa puissante diaspora. Mais, ce printemps, la Cité interdite étouffe toute dissidence ou critique de sa gestion politique opaque de l’épidémie (son action sanitaire étant reconnue comme efficace) et recours au dérivatif du nationalisme. Par ailleurs, l’économie du Pays entrant dans sa plus longue phase de décélération depuis l’ère maoïste, elle craint la déception et la défiance accrue de la population. Dans les entreprises, l’activité dépend trop de l’investissements public. La dette atteint 300 % du PNB, déstabilisant le secteur privé, tandis que le pays se couvre de villes fantômes inhabitables et d’autres infrastructures inutiles. S’y ajoute le vieillissement de la population, qui renforce la dépendance alimentaire et énergétique, le protectionnisme montant des pays-clients. Verdict de l’universitaire :  « Une nation qui s’essouffle économiquement ne s’apaise jamais politiquement. Au contraire ». A méditer.

* 7 avril – Apathie et culpabilité. Avec le virus qui rôde, on s’est peu inquiété de sauvegarder les libertés fondamentales. Certains profitent du ‘’choc’’ pour tirer quelques profits financiers , beaucoup vivent autocentrés, sans rien percevoir par-delà leur bulle. Ceux-là, politiciens en tête, laissent au corps médical les questions éthiques et les dilemmes angoissants. En France, en Europe, des soignants débordés par l’afflux doivent décider, seuls, qui sera refusé en réanimation, qui « désintubé’’ pour libérer des lits. L’état d’urgence sanitaire, est-ce l’obligation de trier qui aura une chance de survie, qui pas ? La solitude effroyable des médecins face au sacrifice porte la marque d’une déshumanisation de notre société, là où une gestion collective, « en conscience et en transparence » soulagerait mieux le stress de la culpabilité. Préserver sa dignité, cela commence par parler avec le patient ou le visiteur aux urgences, dire la vérité, laisser le temps aux intéressés de poser leurs conditions ou d’obtenir des assurances. Cela paraît monstrueux, mais, dans les temps que nous vivons, des personnes en fin de vie peuvent accepter un sommeil sans retour, si elles savent qu’elles vont sauver d’autre vies, qu’on les aime, qu’on les accompagnera jusqu’au bout et que la société leur est témoin. Mais même pour mettre en place une ligne de dialogue téléphonique pour apaiser la souffrance mentale, la Fédération protestante de France a eu besoin de l’autorisation du ministère de l’Intérieur ! Pour sortir de confinement, utilisera-t-on le GPS chinois ou sud-coréen ou singapourien, lequel, sur votre chemin va vous faire contourner tout » srasseux » infecté, tout en vous indiquant son nom, son âge, son adresse, sa température… voire sa « note sociale ». C’est si efficace qu’il ne serait pas incongru que des soignants y succombent. Faust, vends ton âme au diable, le transhumanisme de marché est l’occasion à saisir !

* 6 avril – Usure des combattants. Avec le passage des semaines, sur le front sanitaire ou en confinement, les forces et la patience viennent à manquer. La plus inquiétante est la situation des soignants et de ceux qui assurent le service minimum des besoins sociaux. Plus exposés au virus, ils sont aussi minés par le manque de sommeil et les effet secondaires des médicaments absorbés « pour tenir le coup », l’impact psychologique des drames auxquels ils assistent, l’isolement sentimental et le souci de ne pas effrayer autrui, l’absence de perspective de retour à la normale. Leur décompensation promet d’être terrible lorsqu’elle aura lieu. Dans les foyers barricadés, le niveau de violence domestique – en particulier envers les femmes et les enfants – connaît un bond spectaculaire. Le confinement devient intenable, les incartades se multiplient, au grand désespoir des médecins. Quid des guerriers des innombrables conflits, des populations déplacées, agglomérées de façon misérable, de notre « quart-monde », des congrégations et des sectes qui ne prennent d’instruction que de l’au-delà, des mafieux qui voient la pandémie comme une mine d’or pour eux ? Faute d’une conscience et d’une discipline collectives, les vagues de contamination vont se succéder.

* 5 avril – Le fric qui tue. Le dimanche n’est pas un jour pour spéculer puissamment. Néanmoins, certains savants se demandent si LE virus ne se transmettrait pas dans l’air. Voilà qui brouillerait pas mal nos repères ! En Europe, au terme d’un 180 ° dont ils ont le secret, les responsables politiques invitent la population à porter le masque systématiquement, notamment les exemplaires artisanaux en tissu, dits « alternatifs ». La guerre planétaire des commandes et des livraisons prenant un tour sauvage, il est en effet impérieux de réserver les masques homologués disponibles aux soignants et assimilés. Dans l’hommage à rendre au personnel médical – privé de tout repos dominical- ajoutons notre résolution à sanctionner, le moment venu, les spéculateurs profitant lâchement de la pandémie.

* 4 avril – Inertie. La lenteur de l’Europe à mobiliser ses moyens effraie. On met sur les routes des chargements de masques et de gants, qui disparaissent en chemin, on omet de mobiliser les PME françaises spécialisées sur le secteur qui, du coup se consacrent à des marchés lointains, on réquisitionne des fournitures destinées à l’Italie ou à l’Espagne, qui en ont un besoin urgent. Depuis une décade, le ministère français de la Santé ignore l’offre des laboratoires départementaux, alliés à l’Institut Pasteur, de produire en grande quantité les tests sérologiques indispensables pour dé-confiner la population (protéger, avant tout, le monopole des labos privés), etc. En contrepoint, il est vrai, on peut voir l’écurie F 1 de Mercedes produire, en quelques heures, des prototypes de respirateurs améliorés, qui peuvent sauver des vies et, surtout, des armées de couturières, brodeuses et tricoteuses industrieuses confectionner et distribuer des masques dans la plus pure tradition artisanale.

– En Afrique la panique gagne, moins d’être malade (la population est jeune) que d’être exposé à la famine, les importations alimentaires étant interrompues.  Aux Etats Unis, tout en prédisant froidement 150.000 à 200.000 morts, D. Trump affirme que, lui, ne portera de masque. L’armée canadienne se déploie dans le nord du Québec pour prêter main-forte aux villages inuits, où deux cas ont été confirmés. Quant à l’Amérique latine, elle entre dans une période de profonde récession économique, ont annoncé les Nations Unies. Antonio Guterres avertit que le pire est à venir dans les pays en conflit. On n’ose pas l’imaginer !

* 3 avril- Grand bond en avant. Le coronavirus serait-il en train de faire disparaître le capitalisme néo-libéral ?  Va-t-on vers une remise à plat globale du système ou, seulement, vers un redressement de ses excès ? Les trois principaux piliers du capitalisme seraient affectés, à savoir la globalisation, les délocalisations à marche forcée et la nature honteuse de de la dépense publique, sur laquelle devait primer la baisse de la pression fiscale. La marche arrière est enclenchée : les investissements directs en Chine reculent, ils stagnent en direction des autres pays émergents et le commerce mondial tourne au ralenti. La pandémie met en lumière la fragilité des chaînes de valeur planétaires, soudainement paralysées par le dysfonctionnement d’un seul de leurs maillons. Une relocalisation des investissements à l’échelle régionale est à prévoir afin de contourner ce risque.

– Pour ce qui est des produits stratégiques, la notion revient en force et, avec elle, le retour à une politique industrielle plus centrée sur la production nationale. Ce sera le «come back» des médicaments, équipements télécom et matériel à l’usage des énergies renouvelables. La crise sanitaire assigne aussi une priorité absolue à la protection sociale. Les milliards d’euros mobilisés pour absorber les pertes économiques n’iront pas exclusivement aux entreprises du secteur productif. Une part importante paraît devoir aller à protéger financièrement les individus. Même aux Etats-Unis, un pas a été fait, dans l’urgence, vers l’instauration d’une aide financière, quelque chose entre une réminiscence du New Deal et la mise en place progressive d’un revenu de base universel. Le Covid-19s forcerait-il la main à des décideurs trop longtemps réticents à remettre en ordre le capitalisme financier ou scellerait-il leur faillite, annonciatrice d’un grand saut ?  vers… ?

*  2 avril – Guerre du pétrole. La confrontation triangulaire Etats-Unis-Russie-Arabie saoudite ne fait fait pas la une dans les foyers confinés. Il ’empêche qu’elle bouleverse, comme le virus, le cours de l’économie mondiale. Le baril de Brent, inconsommable comme médicament (brève du 1er avril), tourne autour des 20 dollars, du jamais vu depuis deux décennies. On assiste à un bras de fer entre Riyad et Moscou, en désaccord au sein de l’OPEP sur la priorité à donner au maintien de cours élevés (Russie) ou d’une production abondante, corollaire de cours déprimés (Arabie). Riyad a rompu l’entente tacite et inondé les marchés. Ne supportant plus que la gestion concertée des prix profite aux producteurs américains de gaz de schiste (conduits à « compléter » l’offre mondiale fléchissante) Rosneft et la Mère-Russie auraient opté pour une stratégie de punition des Yankees. Un calcul à courte vue ? Un service pour un rendu aux Américains, eux-mêmes maîtres dans l’art d’abuser de l’arme du pétrole ? Peut-être un relent de guerre froide, à la sauce multi-blocs… On devrait laisser le naphte là où il est, en sous-sol.

* 1er avril – Un réconfort inespéré. Selon une étude, publiée ce jour par le Groupement Anonyme des Gastronomes Asymptomatiques, l’ajout de cacao pur et d’huile de naphte fraîche à la dose quotidienne de chloroquine soulagerait efficacement les angoisses de ceux qui ne savent pas s’ils l’ont ou pas mais voudraient bien quand même le repasser à leurs voisins. Le GAGA constate que 67,8 % des personnes testées (échantillon de 18 confinés pris au hasard) se montrent nettement plus philanthropiques à l’issue de ce protocole de soin. Conséquence : à Londres  comme à Sidi Bel Abbès, le cours du brut léger « Brent » remonte en flèche. L’huile de schiste provoquerait-elle une légère inflammation des gencives et de la glotte ? Qu’importe.  A la guerre comme à la guerre !

* 31 mars – Et de deux ! Jusqu’alors, le Vieux continent ne comptait qu’une dictature absolue, sans faille, monolithique : le Belarus ou, plutôt, la Biélorussie, sous la férule impitoyable du grandissime Alexandre Loukachenko. On essayait de « n’y penser pas trop » (emprunt à Charles Trenet). Minsk essaime désormais à Budapest, où le quidam-premier ministre, Viktor Orban, débranche les institutions et se fait accorder les pleins pouvoirs, dans tous les domaines et jusqu’à plus soif. Il compte sur le Big brother polonais, Jaroslaw Kaczynski, pour faire veto aux remontrances de l’UE envers son autocratie. Mais Bruxelles, submergée comme Budapest par le Covid-19, a sûrement d’autres chats à fouetter (ceci-dit, je déteste qu’on s’en prenne aux chats). La peste brune se rapproche de nos frontières fermées. Elle n’en contamine pas moins les esprits.

* 30 mars –Damnés de la terre. Manifeste dès les « printemps » des peuples de 2011, l’exode des populations victimisées du Moyen-Orient n’a été perçu par nos autorités et nous-mêmes que quatre ans plus tard, quand la vague a atteint son pic. Depuis, nos dirigeants n’ont eu de cesse de disperser les « mal-venus » dans l’illégalité, la clandestinité, les mesquineries de toutes sortes pour empêcher tout « appel d’air », tout en vantant leur humanité. Ce sont des centaines de milliers de damnés qui se retrouvent privés de tout (car très peu ont été reconduits chez eux : c’est pratiquement impossible). Ils forment un immense réservoir à virus (une méga-bombe !), à désespoir, à maladies physiques et dépressives, à exploitation éhontée. Comme pour les SDF, les prisonniers, les personnes dépendantes, le langage de la commisération et de la bonne conscience crée l’illusion de s’inquiéter pour eux. Faut-il continuer à s’en tenir aux mots insincères ? Dans l’urgence, un double choix s’impose à l’égard des exilés : les garder parmi nous, protéger leur santé == inconditionnellement et sans restriction de droit (séjour, santé, travail, logement, droits sociaux, etc.) = = Cela signifie une régularisation massive exceptionnelle, la mobilisation des ressources nécessaires pour leur accorder une vie digne en Europe. Le Portugal vient d’acter cette option. « Europe, tu as le droit de fermer tes frontières avec les épicentres pour te protéger de la pandémie, mais pas celui se sacrifier ceux qui vivent déjà sur ton sol !  » (la rédaction du blog). Parlons en aux ministres de l’Intérieur !

* 29 mars – Inertie. L’Europe des empires et de la mondialisation se serait-elle autocentrée au point d’être inconsciente des dangers du monde ? Il y a là matière à réflexion. A l’heure où l’OMS déclarait notre continent ‘’épicentre de la pandémie’’ et que les populations d’Asie se protégeaient avec discipline, notre continent a perdu la guerre anti-épidémique en ‘’fête des Schtroumfs’’, semaines de jeûne collectif, grands matches de football et apéritifs mondains en centre-ville. Personne n‘imaginait vraiment que la menace puisse atteindre notre système de protection sociale, si extensif, si sécurisé. La gestion chinoise de la crise a été vue avec sévérité et, après tout, ce genre de catastrophe moyenâgeuse n’est concevable que dans un pays du tiers-monde. On renâcle toujours, en Occident, à admettre que la Chine nous dépasse dans bien des domaines matériels et technologiques. Le déferlement du corona virus nous dit que nous ne comprenons plus le monde et que nous sommes à la traîne, juste par prétention individualiste, inconscience, rigidité. Et l’Amérique du Nord se montre presque pire que l’Europe à ce jeu-là. Nous avons de bonnes valeurs mais elles sont ruinées par notre incroyable inertie. Une urgence : réapprendre le collectif, se délester de nos confortables certitudes, compter plus sur nous-mêmes, moins sur le ‘’système’’ (qui d’ailleurs godille sérieusement). C’est presque une auto-publicité pour ce blog !

* 28 mars – Rétribution. Plus de 100.000 cas aux Etats-Unis (courbe verticale, tous records battus), flambée quasi-identique en Espagne et, plus récemment, au Royaume Uni, le désespoir en Italie après 19 jours de confinement sans résultat tangible, l’option euthanasique des vieux en Suède et aux Pays Bas : l’Occident est en capilotade, même si l’économie finira par rebondir, après un creux terrible. Mais l’Asie, qui aura infiniment mieux géré la guerre, sortira de ces bouleversements en maître planétaire. Le plus spectaculaire reste le déclassement accéléré, irréversible, des Etats-Unis, contraints même à solliciter la bienveillance et les articles sanitaires de leur rival chinois. D. Trump ravale son chapeau et ses maudits tweets deviennent pâteux, incohérents, insignifiants. Même l’électeur mâle blanc du Middle West va être saisi de doutes et hésiter à le reconduire à l’automne. Ou alors les Républicains sont amputés du cervelet ! Au Royaume Uni, une partie des officiels au sommet, à commencer par l’ineffable Boris, ont contracté le mal. On se retient de penser sournoisement qu’ils sont punis par où ils ont pêché. Non, le blog de l’Ours n’est pas si méchant.

* 27 mars – Apprendre, s’adapter. Il y a 10 ans, sous l’effet d’inondations géantes en Europe et de la crise du H1N1, la Commission européenne avait commandé à Michel Barnier un projet de protection civile continentale. Celui-ci avait élaboré un concept holistique, intégrant les catastrophes naturelles, la mobilisation des réserves humaines, la mise en stock de réserves stratégiques, etc. Il avait inclus le risque épidémique dans ses scenarii. Chapeau ! Qu’en est-il resté ? Rien (classement vertical), car cette sagesse faisait sortir l’UE  de son modèle néolibéral tempéré. A-t-on depuis 2011-12 (crise de l’Euro) parfaitement mis en oeuvre l’Europe bancaire et le fonctionnement de grande ampleur du Mécanisme de Stabilité financière (MSF) ? Bien des compromis avec l’hubris des banquiers ont été passés, discrètement. Comme pour les masques, les 27 espèrent trop de mécanismes qu’ils n’ont pas su bien préparer. D’ailleurs, avec un effondrement temporaire d’un tiers du PIB, le MSF ne suffira pas à la tâche. Comme en 2011, se pose la question de mutualiser la levée d’emprunts d’Etat pour sauver l’économie, le temps qu’elle rebondisse (les « corona bonds » réclamés par l’Italie). Plutôt mourir ! s’exclament les idéologues.

* 26 mars – Fire ! Aux Etats-unis, les grandes métropoles démocrates flambent. Les campagnes républicaines, pas (encore ?). Du coup, le peuple trumpiste ne prend pas le virus trop au sérieux ou imagine que c’est la punition de Dieu contre les Démocrates. Pour leur chef, Dieu c’est le business, la bourse et l’argent. Rien ne doit y faire obstacle et surtout pas le pouvoir des médecins ou la protection des vies non-productives. Ainsi, le Texas adhère à la « herd immunity »  : que tout le monde l’attrape vite, que les vieux et les faibles disparaissent vite et l’économie reprendra vite aussi ! Et le virus est sommé de s’éteindre à Pâques. Pieux espoir de résurrection des affaires ? En fait, on n’est pas loin du crime de génocide envers 80 millions de gens dépourvus.

* 25 mars -Epidémie d’infox. Le président Macron met en garde contre le « flot de fausses informations ». Jean-François Kahn exprime sa réprobation à l’égard des personnes confinées qui, confortablement depuis installées chez elles, stigmatisent les acteurs qui opèrent « au front ». Les crises épidémiques sont un riche terreau pour les fantasmes, les mirages, les accès d’agressivité et le mensonge. Au Moyen-Age, la « main de Dieu » dictait sa vengeance aux hommes. Aujourd’hui, c’est sur les réseaux sociaux que se répand la malfaisance. Personne n’y peut mais. A l’hôpital marseillais de la Timone, un professeur trafique une étude approximative pour faire parler de lui en grand dispensateur de la chloroquine… au mépris de l’approche scientifique qui s’imposerait. Les grands médias lui font une publicité outrancière. La réalité est dure à absorber et elle reste jalonnée de multiples incertitudes. E. Macron est resté très vague sur les mesures en préparation. On peut le comprendre : beaucoup ne veulent pas les connaître. La vérité, elle, n’est ni relative, ni négociable : elle est vitale pour notre humanité. Par temps d’hécatombe, se taire c’est brouiller les esprits, mentir c’est prendre le risque de tuer.

* 24 mars – Les dix plaies d’Egypte ou les douze travaux d’Hercule ? Résumons brièvement le cours de l’histoire du 21 ème siècle : Un attentat monstrueux sur la ville-phare du monde et sur le Pentagone, avec cinq ou six avions remplis de passagers explosant sur des tours, etc. Une croisade de grande ampleur mais absurde, en Afghanistan, finissant en queue de boudin dans une atmosphère de haine de l’Occident. Puis l’invasion d’un pays arabe et laïque par des armées privées confondant service de la démocratie, service du pétrole (station service), délitement de la société et de l’Etat iraquiens. Ensuite, effondrements économiques et financiers en série, avec la crise des subprimes, le krach de 2008, les attaques contre l’Euro à la suite de la débandade grecque. A ce moment-là, le Proche et Moyen-Orient explose, les printemps des libertés dégénérant en supplice des peuples et en flambée terroriste planétaire. Des vagues d’exilés démunis et désespérés fondent sur l’Occident pour être très mal accueillies et susciter agressivité, xénophobie et divers populismes du genre années 1930. L’Europe vacille, refoule, sous-traite aux dictatures les moins scrupuleuses. Dans le monde, les catastrophes liées au dérèglement climatique prennent une proportion inquiétante. Les sociétés se bloquent dans l’isolationnisme et les récriminations sans issue. Trump en profite pour provoquer les peuples qui disposent encore d’une conscience. Il démantèle les structures multilatérales du monde faites pour protéger, agresse et sanctionne amis comme ennemis, privilégie partout l’armement et la force sur la paix et la justice. C’est alors que le coronavirus pointe son nez … Super, le 21 ème siècle !

* 23 mars – nombril, ton nombril. Au moins, on ne polémique plus sur la fermeture des frontières en Europe ! Les pays-fondateurs de l’UE les filtrent de façon rigoureuse, les autres se claquemurent. A quoi cela sert, quand le virus est partout et que le système Schengen s’est clos sur lui-même ? A rien, mais les populations ont besoin du « Dr-Père du peuple », qui les rassure en agissant pour eux, serait de façon désordonnée. Piteuse classe politique !Il est triste que des pays voisins, comme le nôtre, n’aient rien pu faire pour la Lombardie ou pour Madrid. Mais la pénurie règne alentour. La Chine, la Russie et même Cuba sont venus prêter main forte à la vieille Europe. Comme l’Italie, la France a su, au début de l’année, manifester attention et compréhension envers Pékin. C’est un autre monde, sans doute une ligne-force de la nouvelle géopolitique en gestation.

* 22 mars – On sort des lois. Avec un milliard d’êtres humains confinés à travers le monde,  les sorties de l’Etat de droit sont devenues la norme. En France, la Parlement adopte l' »état d’urgence sanitaire » qui permet au gouvernement d’agir par décrets et encadre aussi les libertés et acquis sociaux. Reviendra-t-on à « l’état d’avant », qui n’était déjà pas parfait ?

* 21 mars – Bêtise. Contrairement à beaucoup  d’autres pays, la France s’est débrouillée pour perdre deux mois dans la mise à disposition des indispensables masques, chirurgicaux et FFP2 (plus protecteurs). La raison en est bien de chez nous : la dictature des comptables, avides de toujours plus d’économies et la préférence sur les médecins que leur accordent les gestionnaires politiques. Après l’alerte H1N1 de 2011 et l’affaire des « vaccins Bachelot » acquis en excès, l’EPRUS, chargée des fournitures médicales stratégiques, a vu son budget réduit de 90 % et ses stocks non-renouvelés à péremption. Un bon conseil  de la Cour des Comptes. Puis les masques FFP2 ont été délaissés à le seule initiative des employeurs. Enfin les quatre PME françaises productrices de ces articles ont reçu d’énormes commandes de Chine, du Royaume Uni et d’ailleurs, avant que l’autorité sanitaire ne pense à les réquisitionner pour son propre territoire. Rassurez-vous, ce manque grave de discernement sera mis sur le compte de la mondialisation.

* 20 mars – Méli-mélo. La flambée s’amplifie en France où les cas sérieux se compteront rapidement en dizaines de milliers. Les Français ne perçoivent aucune cohérence dans la double instruction : « confinez-vous et travaillez ». 110.000 Français, en rade à l’étranger, font la queue devant les consulats. L’hécatombe se poursuit en Italie (pire qu’en Chine). Les Etats-Unis réagissent en ordre dispersé : la Californie se claquemure, D. Trump ordonne la distribution de chloroquine et de 1000 Mds $ ! En même temps, il tente de faire main basse sur la mise au point d’un vaccin par une équipe du laboratoire Allemand Curevac en vue d’un usage exclusif aux USA. M. Barnier est contaminé, la négociation post-Brexit tousse. L’OMS, paniquée, implore les dirigeants africains de se réveiller face aux prémices d’une catastrophe sanitaire de grande ampleur. Mais, il ‘y a plus de nouveaux cas en Chine, où la production repart. Youpiii !

* 19 mars – Le banquier aime les faux-cils. Selon une analyse des financements des 35 principales banques d’investissement (JP Morgan Chase en tête, mais aussi Wells Fargo, Citi, Bank of America…) réalisée par une alliance d’ONG anglo-saxonnes, un tiers de leurs interventions est concentré dans la prospection et l’exploitation des énergies fossiles. La flambée a été déclenchée par l’accord de Paris… et pan pour le climat ! On peut parier que, au moment où l’urgence est sanitaire et l’attention de tous tournée vers le virus, certains en profitent pour défaire l’urgence climatique et tirer un chèque sur la planète… et ses habitants.

* 18 mars – De quoi gloser d’autre ? Au Royaume Uni, le Pr Neil Ferguson (Imperial College), spécialiste de la modélisation des épidémies, fait la prévision suivante : quelles que soient les stratégies, le virus aura des répercussions « profondes » et les mesures en cours ne préviendront pas un éventuel rebond de l’épidémie. L’option du « laisser-faire » se traduirait par 510 000 morts au Royaume Uni (pareil, en France), avec un pic de mortalité fin mai début juin. De quoi tourner bourrique ! Faudrait-il lancer une grande campagne  de formation aux professions numériques et à la permaculture ? … remettre en chantier les politiques sociales, réintroduire l’humanisme dans nos lectures et nos pratiques ?… initier les gens à l’art et à l’artisanat ? Ce serait mieux que de s’armer jusqu’aux dents, comme aux Etats-Unis.

* 17 mars – C’est le bazar ! L’épidémie tourne, chacun son tour : l’Europe est le nouvel épicentre, l’Asie est en train d’en sortir; l’Afrique et le Moyen-orient y rentrent. L’Amérique en connaît les prémices. Dans tous les cas, la portée universelle du virus déclenche un rétrécissement du monde à l’échelon local. La géopolitique peut rendre compte de cette prédominance du « act local », elle hésite à en prédire les conséquences à moyen-long terme. « Think global » résonne en  synonyme de l’OMS, seule institution a encore exercer un soupçon de gouvernance mondiale. Le G 7 se réunit… sous présidence Trump ! Il n’y a plus grand chose à coordonner, plus de confiance pour partager et interagir de façon positive. Même l’Europe, Schengen en berne, devient, pour le coup, une forteresse étanche. Le monde de demain, en convalescence, connaîtra d’énormes divergences sur les leçons à tirer de l’épreuve.

 * 16 mars – Sauve qui peut ! Un monde hystérique et barricadé ! En France, on se demande pourquoi on a été voter hier et s’il y aura un second tour aux municipales, tant le confinement chez soi semble proche et inévitable. Aux Etats-Unis, le virus est amical pour les Républicains mais létal pour les Démocrates. Les « rapatriés » d’Europe sont parqués en files serrées dans les aéroports US. Bonjour les dégâts ! En Corée, les sectes évangéliques continuent pieusement à contaminer leurs membres. Le Maghreb et le Moyen-Orient se coupent du monde . L’Afrique est gagnée par la peur. L’Europe est, pour un temps, « l’épicentre » et, en son sein, l’Italie, « l’œil du cyclone ». Comment vont donc survivre les SDF, les exilés, les pauvres ?

* 15 mars – Peau de l’ours trop vite vendue. Bibi Netanyahou aura tout fait pour s’accrocher au pouvoir malgré son inculpation par la justice israélienne. Le coronavirus lui permet même de repousser l’échéance de son jugement. Mais, voilà son score aux élections n’aboutit pas à sa désignation par le président. Benny Gantz recueille trois sièges de plus et sera appelé à former la coalition de gouvernement. Netanyahou est l’un des politiciens les plus impopulaires de la planète, même si sa base populaire reste  solide, comme celle de son comparse D. Trump.

* 14 mars – Sauve qui peut ! 124 pays atteints, 140.000 personnes contaminées, tous les continents touchés par la pandémie, le monde se cloisonne derrière des frontières fermées, éclaté en millions de micro-sociétés soupçonneuses et autocentrées. La sécurité humaine, dans un contexte d' »ultra-interdépendance », nécessiterait solidarité et coordination planétaire, mais les politiques sont accablés par leur propre incapacité à agir sur ce plan. Comme le dit B Badie, « la puissance subit quand la faiblesse gouverne ». Assiste-t-on à une résurgence du social en même temps qu’à la propagation des populismes chauvins ? L’un est central dans la remise en cause à venir de la folie néolibérale, les autres sont susceptibles de renforcer le règne absolu des marchés d’un blindage totalitaire éminemment protecteur pour le big business.

* 13 mars – Le coronavirus est un salopard d’étranger ! On s’en doutait bien, Trump (« les Européens l’introduisent par incompétence »), les services chinois (« c’est la CIA qui a créé ce virus »), les Tchèques, les Slovaques et autres amis polonais (pensant sans doute à un mauvais coup des Turcs) ferment leurs frontières. D’autres les filtrent  »à la gueule du client ». La mondialisation est sérieusement contaminée et la santé mentale en pâtit. Du coup, c’est partout la dégringolade des bourses (-12 % pour le CAC 40) et le spectre d’un krach, si l’économie s’arrête. Dr Macron ne cède pas à l’épidémie d’imbécillité. Quatre mesures : mettre la population vulnérable à l’abri, interrompre la transmission via les établissements scolaires tout en organisant une garde des enfants, lisser le pic épidémique  pour gérer l’afflux des malades en s’appuyant sur la médecine de ville; les indemniser. Un constat émerge : un monde ouvert ne devrait pas suivre la loi de la jungle mais celle des solidarités humaines.

* 12 mars – UE, go (stay) home ! Très fort. Coronavirus oblige, D. Trump interdit pour un mois tout voyage de l’Europe vers les Etats Unis, exception faite via le Royaume Uni ou l’Irlande ou retour d’Américains chez eux. Dans un premier temps, les échanges de biens étaient aussi frappés, mais la bourde a été corrigée. Seules les personnes, donc, sont toxiques. Pratiquement, les voyageurs vers le Nouveau Monde vont contourner l’interdit en passant par Londres, Dublin ou Montréal, au risque de contaminer un peu plus ces destinations. La Californie, face à l’Asie, est déjà contagieuse. L’approche isolationniste paraît totalement illusoire pour un pays-continent, première économie du monde.

* 11 mars – Eternité. Après l’adoption de sa réforme constitutionnelle par les députés, Vladimir Poutine revient à brûle-pourpoint sur son intention initiale. Il invite la Cour constitutionnelle à trancher s’il pourra se présenter à un 5 ème mandat présidentiel, en 2024. Sera-ce conforme à la loi fondamentale ? Les citoyens approuveront-ils sans restriction, lors du référendum du 22 avril ?La réponse est dans la question et dans l’affirmation que le pouvoir « vertical » de l’’’  Homme fort providentiel ‘’ (actuel) est encore indispensable à la Russie. Celui-ci ne fait aucun mystère de son désir de postuler un 5ème mandat, quitte à remettre à zéro le compteur plafonnant à deux les mandats présidentiels.

Par chance, il a la haute main sur l’ordre constitutionnel et sur la machine électorale. Qui plus est, il s’est assuré qu’aucun rival n‘émerge face à lui : l’électeur russe ne dispose pas de plan B. Le Maître-Espion devrait donc réapparaître, tel le phénix, en 2024 pour veiller sur l’ordre et la loi russes jusqu’en 2036. Sauf facéties de la loi biologique … Est-ce que cela choque quelqu’un ?

* 10 mars – Fièvre. La grippe ne grippe pas l’économie mondiale. Le Covid-19, si. La bourse et les marchés en général sont les plus formidables amplificateurs de panique. Ils ont vécu lundi l’un de leurs pires moments, avec l’effondrement des indices et des cours du pétrole (décision saoudienne de brader le brut : le Brent chute de 21 %), la perspective d’une baisse marquée des taux d’intérêt, le spectre autoréalisateur d’une nouvelle récession économique, un trou d’air dans les échanges, autant de facteurs qui, pour certains, présagent une réédition de la crise de 2008. Le contraste est frappant avec le souci pour la santé d’autrui, qui n’est pas aussi fort. L’épidémie devient pandémie, ce que les marchés financiers détestent. Mais comme le souligne l’OMS, ce pourrait être la première pandémie dont la coordination mondiale vienne à bout, tant la mobilisation s’avère plus sérieuse que pour l’Ebola (cantonné à l’Afrique centrale), le chikungunia ou la dengue.

– En France, la reprise économique est trop fragile pour survivre à l’épreuve. Dégrèvements fiscaux, report de charges sociales, recours au chômage partiel, indemnisation des personnes confinées, on s’emploie à calmer les entreprises et la population avec des adjuvants à effet limité. Priorité va à l’ordre public et à la tenue des élections. En fait, le pays ne dispose pas de marges budgétaires suffisantes pour relancer l’activité en grand. Les moyens de l’Europe seront plus que jamais nécessaires.

*9 mars – Para bellum! (si vis sestertii $€£). Sur la période 2013-2017, les ventes d’armes dans le monde ont augmenté de 10 % en volume par rapport au quinquennat 2008-2012. La France a  augmenté  ses ventes à 81 pays de 27 %,beau record qui lui a permis d’augmenter à 6,7  !% sa part de marché , selon le rapport de l’Institut international de recherche pour la paix de Stockholm (Sipri).  Elle a ainsi supplanté l’Allemagne pour devenir le troisième exportateur mondial. (n° 1 : USA avec 34 % de part de marché – n° 2 : Russie : 22 % – n ° 4 :  RFA – n° 5  : Chine, également cinquième importateur mondial. L’Inde est le premier importateur mondial et l’Egypte le premier client de Paris ( 37 % des commandes de ce pays, devant les USA et la Russie). Près de 9 % des armes françaises exportées le sont à destination de la Chine comme 40 % de la technologie made in France de double usage. On ne va pas succomber à la naïveté : un monde sans marché régulé de l’armement serait plus instable et plus sournois encore. Equiper des démocraties alliées ou amies, c’est contribuer à l’équilibre et préserver la paix. OK. Mais avez-vous envie, dans un tel contexte, de confier à la DGA  et à ses partenaires industriels la politique extérieure du Pays ?

* 8 mars – Journée de la Femme. Condamnée à mort pour ‘’blasphème’’, en 2010, la chrétienne pakistanaise Asia Bibi a été reçue par E. Macron, à l’occasion de la parution de son livre ‘Enfin libre !’ Elle lui a exprimé le souhait d’obtenir l’asile en France. Cette ouvrière agricole doit tout son malheur à avoir osé demander un verre d’eau à des femmes musulmanes particulièrement méprisantes à son égard. Sortie des couloirs de la mort huit ans plus tard, sous la pression de l’opinion occidentale, elle s’était réfugiée au Canada, mais sans bénéficier de la protection internationale. Le blasphème est un sujet incendiaire au Pakistan, où de simples médisances entraînent des lynchages judiciaires. Ses compatriotes continuent à exiger sa mort. Mais les autorités d’Islamabad sont embarrassées par l’image ténébreuse qui colle à leur pays. La France ne court pas grand risque, mais, pour une fois, elle satisfait à son devoir humanitaire. Elle pourrait aussi accorder l’asile au courageux sonneur d’alerte américain, Edgard Snowden.

* 7 mars -Tribune intéressante dans le Monde: « le coronavirus met au jour toute une série de phénomènes associés à la mondialisation ». Non qu’il soit produit par la « chaîne de valeur globale », mais son expansion dans 90 pays doit beaucoup à celle-ci. Le foyer initial, Wuhan, est un maillon majeur de l’industrie mondiale (plus de 20 Mds d’investissement des multinationales), qui entretient, de ce fait, un hub majeur de transports domestiques et à l’international (4 Mds de voyages par an). Les transmigrations l’ont introduit en Amérique du Nord. L' »explosion » du tourisme chinois, en Europe, que ce soit directement (Lombardie, Vénétie…) ou via la contamination des aéroports (Oise). Les voyageurs – notamment, les croisiéristes, les voyageurs aériens (4,5 Mds  /an) et les migrants – se retrouvent à la fois vulnérables et suspects. Une autre filière secondaire s’est fait jour dans le secteur évènementiel : pèlerinages internationaux (la ville sainte de Qom a infecté l’Iran; les célébrations d’une église évangélique, la Corée et l’Alsace); rassemblements sportifs, salons professionnels (plus de 10.000 /an), évènements culturels, etc. En « feuilletonnant », heure par heure, le décompte des morts et des malades, les media en surmultiplient l’impact émotionnel, ce qui propage le « sauve qui peut » et la psychose de l’effondrement, dans l’économie et dans la vie publique. En France, 1700 personnes décèdent chaque jour, de toutes les causes imaginables dont la grippe, infiniment peu, du coronavirus. Mais la panique peut tout désorganiser et s’avérer tueuse.

* 6 mars – Couleuvres. Combien de temps, l’arrangement russo-turc, négocié à Moscou, contiendra-t-il l’intervention turque dans la poche de résistance d’Idlib, au nord-ouest de la Syrie ?  Simple ébauche de cessez-le -feu en trois points, il n’est pas fait pour durer sur le terrain, mais pour sauver la face d’Erdogan quelque temps. Il instaure un corridor de 12 kilomètres de large le long de la route reliant Lattaquié à la Turquie, qui sera conjointement patrouillé par les deux pays. Le retour des populations déplacées et l’aide humanitaire devront être ’’ facilités, dans la mesure du possible’’. En fait, aucune procédure de mis à l’abri n’est d’actualité. En attendant, la progression des forces de Damas est actée et les rebelles comme leur parrain turc perdent du terrain. Le sort de l’autoroute M5 non- mentionné, pourrait sous-entendre qu’Ankara –  décidément en mauvaise posture – devra digérer sa déconfiture. Rien n’est dit, en particulier, du sort des postes militaires turcs encerclés par les troupes de Damas. Moscou tente de ménager un peu la face d’Erdogan et d’éviter toute confrontation directe, de crainte que la Turquie ne ferme le Bosphore à sa marine et n’empêche ses avions militaires de transiter par l’espace aérien turc. Malgré leur rivalité en Syrie (et en Libye), les deux pays souhaitent continuer à coopérer contre l’Occident dans de nombreux domaines, dont l’énergie. Les compatriotes d’Erdogan vont-ils digérer l’humiliation militaire ?

* 5 mars – CPI. La Cour pénale internationale décide l’ouverture d’une enquête pour crimes de guerre en Afghanistan, qui concerne des militaires américains. Mme Bensouda, à la tête du Ministère public, paraît vouloir précipiter les procédures pour crime de guerre au moment où les forces américaines évacuent à la hâte le pays, plongé  dans la guerre civile.  L’enquête concernera tous les belligérants : talibans, armée afghane ou troupes de la coalition internationale. Parmi les alliés, la pratique tortionnaire au sein des prisons secrètes de la CIA concentrent les griefs et promet de susciter de fortes tensions entre La Haye et Washington. Les États-Unis ont mené une offensive depuis 13 ans pour éviter d’e arriver là. Les juges vont être interdits de visa ou pire.  Le gouvernement afghan aussi s’affiche opposé à l’ouverture d’enquêtes, insistant que sa justice nationale peut suffire à la tâche. Les Talibans, pas vraiment au courant, n’en ont cure, sous-traitant la Justice à Allah, qui ne les contrarie jamais.

* 4 mars – Victoire dans l’opprobre. Déjà enkystés dans la culture et la psychologie de guerre, l’électeur israélien-type cautionne volontiers le délit de corruption de la part de ses dirigeants.  »Bibi » Netanyahou sort vainqueur du 3ème scrutin législatif dans son pays, en moins d’un an, même si le Likoud ne se maintient qu’à quelques sièges de la majorité. Il lui faudra débaucher un appoint dans les petits partis confessionnels radicaux. Sans jouer aux donneurs de leçon – la démocratie est aussi malmenée, chez nous – on peut s’interroger sur la compatibilité à terme d’une ancienne culture démocratique avec une préférence populaire marquée pour la guerre et la discrimination. Les Palestiniens, démunis de leurs terres et de leurs droits, persécutés au quotidien, achetés à vil prix par le plan de paix de Trump, doivent-ils, en plus, applaudir ?

* 3 mars – Grand Turc (tueur). Pour le président turc, le déferlement sur l’Europe de « millions » de migrants depuis son pays constitue un arsenal de chantage pour faire plier son grand voisin. Les rescapés du drame syrien, privés de protection, ne seraient bons qu’à servir de bélier pour déstabiliser directement la Grèce et la Bulgarie. Derrière ses déclarations contradictoires, R.T. Erdogan considère l’UE comme méprisable et manipulable. Recroquevillée dans ses peurs depuis la « crise migratoire » de 2015, celle-ci s’est précipitée dans la dépendance du dictateur d’Ankara, en lui confiant, en mars 2016, contre compensation financière, une mission d’endiguement de l’exode syrien. Ce pacte avec le diable, contraire au droit international et à l’humanité, entache le bilan d’Angela Merkel. Poursuivant ses humeurs conquérantes, Erdogan s’est débarrassé, dans la foulée, de la présence militaire occidentale dans le nord de la Syrie. Il entend annexer et repeupler ces territoires à sa façon (en chassant les Kurdes). S’en sont suivies trois offensives militaires, une crise de confiance au sein de l’OTAN, une confrontation directe avec les forces de Damas, la provocation de la plus terrible crise humanitaire du siècle à Idlib, face à l’aviation russe. L’essaimage de guerres atteint maintenant la Libye, où l’intervention turque contribue à précipiter l’échec de la médiation des Nations-Unies (démission ce jour du médiateur).

Dénoncer le fauteur de guerres, bloquer sa course folle, ne serait-ce pas la solution de bon sens ?

* 2 mars – Jihadisme français. Quelques dizaines de jihadistes français seraient engagées dans la bataille d’Idleb. Une vidéo montre trois de ces combattants servant une mitrailleuse, qui s’expriment entre eux en français.  Sous les ordres d’un recruteur français, les combattants initialement affiliés à Al Qaida, auraient constitué un camp politiquement autonome à la frontière turco-syrienne. Femmes et enfants seraient également avec eux.

– L’armée turque encerclée par les troupes syriennes dans la même zone, passe à l’offensive.

* 1er mars 2020 – Marée humaine. Erdogan le fait : « ouvrir les vannes de l’Europe » aux réfugiés entassés dans les camps de Turquie. Ils sont déjà nombreux à franchir la Mer Egée. La police grecque tente de les refouler. L’Agence Frontex se mobilise dans le même but (indigne). Pour satisfaire ses buts de guerre, le président turc fait chanter l’UE, qui en 2016 avait commis la folie de s’en remettre à lui. La pandémie ne va pas faciliter l’accueil de tous ces malheureux. Et que dire de ceux, aussi nombreux, qui sont déjà en Europe, mais qui sanctionnés par la police, chassés par les préfectures, privés de toute ressource pour survivre, vont affronter et transmettre le virus dans la clandestinité,  sans pouvoir se faire soigner. Au deux bouts de la chaîne migratoire, l’égoïsme est un tueur.

Les brèves de janvier-février 2020