A Brèves de l’automne-hiver 2020

*30 septembre -L’Etat de droit, encore la norme en Europe occidentale ? Au dernier carat des tractations commerciales entre Londres et les 27, la Chambre des communes a adopté, par 340 voix contre 256, le  »projet de loi sur le marché intérieur », malgré les critiques de cinq anciens Premiers ministres et d’une partie des Conservateurs au pouvoir. Invoquant l’intégrité territoriale du Royaume-Uni et la continuité des échanges entre la Grande Bretagne et sa province d’Irlande du Nord, le texte revient sur l’abolition de la frontière commerciale entre l’Irlande et l’Ulster britannique, garde-fou de l’accord de paix de 1998 sur l’île.
Ainsi est ouverte la possibilité de contrevenir à l’accord sur le ‘’divorce’’ avec l’UE, négocié en 2019 et ratifié par les deux parties. Très déstabilisante, cette entorse juridique provoque la colère et plus encore le doute à Bruxelles. Comment, sans l’indispensable confiance et après huit cycles de négociation improductifs, penser encore parvenir à un accord de libre-échange, courant octobre, et éviter un « no deal » économiquement désastreux au 1er janvier ? L’Union brandit l’hypothèse d’une action en justice, faute de retrait du texte illégal. Mais cela n’y changerait pas grand-chose.

Le plus déroutant est que le gouvernement Johnson soit totalement passif sur le fond et préfère dévier l’attention sur de fumeuses polémiques : l’UE se voit ainsi accusée de préparer le blocus alimentaire de Irlande du Nord, un acte de guerre ! Pourquoi une telle outrance, qui dépasse le mélodrame habituel de fin de négociation ? La question de fond est, en fait, celle des disciplines à respecter pour bénéficier d’un accès total au marché intérieur des ‘’27’’, question que Londres ne veut pas négocier. D’où cette affirmation fantasque que l’Ulster serait confrontée à un soi-disant problème alimentaire (que les intéressés se gardent d’évoquer). Est-ce bien utile au rapport de forces prôné par les Conservateurs, de défigurer ainsi l’Europe en ennemie ? On semble convaincu à Londres, que les Européens reculeront devant la perspective d’un ‘’No deal’’, à cause de leurs intérêts économiques au Royaume-Uni. Erreur. De son côté, Bruxelles garde le silence pour ne pas rajouter de l’huile sur le feu. De fait, le vent de fureur populiste – certains disent ‘’trumpiste’’ – que le gouvernement Johnson souffle sur l’Europe a jusqu’ici contribué à son échec quasiment en toutes choses.

*29 septembre – Bombe à retardement, dans le Caucase. Voilà que les spasmes d’agonie de l’Union soviétique se rappellent à nous, comme si le Moyen Orient, la Biélorussie, la fantasia turque et les tourments de l’Afrique … sans oublier la pandémie Covid… ne suffisaient pas ! Depuis deux jours les bombardements se déchainent dans le Caucase entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, faisant des victimes et laissant craindre, au-delà-même des protagonistes directs, l’embrasement complet de la guerre pour l’enclave montagneuse du Haut Karabakh. La France, la Russie et l’OTAN ont appelé à la cessation immédiate des hostilités dans ce territoire contrôlé par l’Armée arménienne.

Les manipulations territoriales staliniennes pour semer la division entre les républiques fédérées ont des effets durables. On a un peu oublié que depuis les années 1990, le conflit, qui a fait 30.000 morts, ne s’était jamais éteint entre l’Arménie – qui soutient la sécession de ses coreligionnaires et frères ethniques du Haut Karabakh – et l’Azerbaïdjan, au sein duquel l’enclave arménienne a été intégrée. Erevan a changé de leader, à la suite de sa ‘’révolution de velours’’ du printemps 2018. Nikol Pachinian, comme son homologue azerbaïdjanais, Ilham Aliyev, peinent à s’extraire du post-soviétisme et restent tentés par l’aventure militaire. Ceci, sous l’œil tolérant de leurs parrains respectifs : Moscou, pour les catholiques apostoliques (fortement ancrés dans leur alignement géopolitique) et Ankara, pour l’Etat turcophone, privé d’une partie de son territoire. R.T. Erdogan proclame déjà son pays prêt à soutenir ‘’par tous les moyens, le pays frère’’. Erevan, de son côté fait état de l’envoi par Ankara d’armements et de mercenaires sur le théâtre des combats. La surenchère n’est pas loin.

Le groupe de Minsk créé par l’OSCE et créé par la France, la Russie et les États-Unis en 1992 pour solder le conflit avait produit une sorte de cessez-le-feu bancal en 1994. Il est désormais oublié et a été totalement rompu en 2016. Sera-t-il réactivable ? Pour l’UE, Josep Borrell multiplie les contacts en ce sens avec les protagonistes, sans grand espoir de les raisonner. De plus, le Conseil de sécurité des Nations Unies se réunit d’urgence à huis clos. Du fait de’’ l’absence’’ américaine dans ce forum, les belligérants, qui ont aussi reçu des appels de E. Macron, se sentent les mains libres. Pour l’OSCE, c’est une ultime occasion de montrer qu’elle existe et qu’elle pourrait servir la paix. Mais sa médiation, récusée récemment dans la crise biélorusse, ressort d’une culture de la détente qui n’est hélas plus dans l’air du temps.

*28 septembre – Théâtre. En règle générale, les vérités sont plutôt bonnes à dire. Encore, en fonction de sa propre situation de partie, de juge ou d’observateur, celui qui les exprime peut avir à y mettre les formes ou simplement à s’en distancier un peu. Ce n’est pas le choix qu’a pris le président français vis-à-vis de la classe politique libanaise. Celle-ci se voit dénoncée comme coupable d’une ’’trahison collective’’ de ses engagements envers les Libanais et envers E. Macron. Elle fait ‘’honte’’ à ce dernier. Un ultimatum de quatre à six semaines lui est imposé pour former un gouvernement de techniciens… et disparaitre. Car c’est bien de son effacement général qu’il s’agit, avec un accent particulier mis sur le Hezbollah, dont il est exigé qu’il renonce à son emprise militaire sur l’Etat et à son affiliation iranienne. Rien que ça, même si, sur le fond, on se doit d’approuver l’intention ! Cet effet théâtral cache-t-il l’échec de l’implication extrême et très personnelle du premier des Français, après deux visites spectaculaires à Beyrouth destinées à mettre chacun devant ses responsabilités ? En tout cas, sa tentative de la dernière chance pour empêcher l’effondrement total du Pays du Cèdre étonne par sa brutalité et par le peu de cas fait de la souveraineté d’un Etat, certes empêtré, mais en principe toujours souverain. On chercherait en vain dans l’Histoire un précédent de classe politique clanique et corrompue qui se serait suicidée pour satisfaire à l’intérêt général et à l’attente d’un observateur extérieur. Et comment se comporteraient les techniciens appelés à s’y substituer, sinon en nouvelle caste dirigeante, elle aussi accrochée à ses privilèges ? Car c’est bien les rentres qui font vivre et le népotisme qui assure la stabilité des élus, anciens ou nouveaux. De plus, l’engagement militaire du Hezbollah contre Israël (et contre ses propres adversaires politiques) légitime durablement celui-ci aux yeux d’une majorité des Chiites du Liban. Faire table rase de ces réalités profondément ancrées, suggère qu’on ait recours à la violence et l’imprédictibilité d’une révolution populaire, à laquelle E. Macron n‘adhère sans doute pas et qui dégénèrerait forcément en guerre civile, dans le grand conflit régional actuel. De façon étrange, le président français ne paraît pas avoir mesuré les énormes dangers jalonnant sa croisade libanaise. Il se contente d’essayer de se protéger sous le bouclier des Nations-Unies, paré duquel il reviendra à Beyrouth fin-octobre.

A l’opposé de l’affaire libanaise, il part aujourd’hui en terre balte après avoir hésité un mois durant à demander – poliment – le départ du dictateur Loukachenko. Il ne pouvait pas dire moins pour recueillir quelques applaudissements à Riga et à Vilnius pour un bien plus modeste théâtre.

* 26 septembre – Pacte avec le diable ? A quelques semaines de la présidentielle américaine, Vladimir Poutine propose à Washington un échange de  »garanties mutuelles » dans le domaine numérique : ‘’l’un des défis majeurs du monde contemporain est le risque d’une confrontation d’ampleur dans le domaine numérique ‘’. Le grand praticien de la ‘’guerre hybride’’ ( infox sur les réseaux sociaux, déstabilisation des dirigeants, intrusion dans le jeu démocratique des Etats ciblés, brouillage des esprits pour créer ’’ l’indifférence civique’’) en sait quelque chose. Alors qu’il est régulièrement accusé de s’immiscer dans les élections des pays occidentaux, avec un évident succès en 2016 (campagnes pour le Brexit et pour l’élection de D. Trump), cette proposition de non-ingérence dans les media électroniques, formulée sur le site internet du Kremlin, ressemble un peu à l’offre que ferait un pyromane de partager avec ses victimes les services de sa brigade de pompiers. On a beaucoup de mal à y voir de la sincérité et on pourrait même soupçonner un petit service rendu à la réélection de Trump. Au-delà du partenaire et souffre-douleur américain, qui n’a besoin de personne pour se déstabiliser tout seul, le pacte de Poutine serait destiné au reste du monde. Il viserait ainsi à placer la Russie au cœur du système mondial de l’information, ouvrant la perspective qu’elle en assure – avec maestria – la manipulation globale. Ce serait aussi un mauvais coup porté à l’UNESCO et au système des Nations-Unies, imparfait mais tellement plus démocratique et pluraliste que le FSB russe pour traiter du droit à l’information et de la liberté professionnelle des journalistes !
Ce projet d’accord mondial, par lequel les Etats s’engageraient à ne pas lancer la première frappe numérique, sert accessoirement de diversion aux menées guerrières de la Russie à l’Est de l’Europe, en Afrique et au Proche-Orient. De même, à la pesanteur de sa mainmise stratégique sur la Biélorussie en pleine ébullition démocratique. Eclipserait-elle un peu son évidente responsabilité dans la tentative de meurtre du principal opposant du Kremlin, Alexei Navalny ? Qui voudrait d’un tel hochet empoisonné ?

* 25 septembre – Le tribalisme américain. Donald Trump honore les vétérans de la Baie des cochons, une opération de la CIA destinée à envahir Cuba et à renverser le régime de Fidel Castro. Il saisit l’occasion pour exprimer une énorme réticence à remettre les clés de la Maison Blanche en cas de défaite à la présidentielle de novembre. ‘’Nous allons devoir voir ce qui se passe’’, commente-t-il , en réitérant que  »les bulletins de vote seront un désastre, allusion claire au contentieux politico-juridique qu’il compte bien exploiter autour du vote par correspondance. Ainsi, Joe Biden, ne pourrait, selon lui, l’emporter que  »dans le cadre d’une élection truquée’’, donc ‘’ il n’y aura pas de transfert, franchement, il y aura une continuité’’ (celle de sa présidence, éventuellement hors-la loi).

Pour ajouter de l’eau à ce moulin complotiste, le Président et son camp s’empressent de tirer profit de la disparition de la juge Ruth Bader Ginsburg, qui était une personnalité-pivot progressiste au sein de la Cour Suprême. Dès que ce tour – légal mais hautement opportuniste – sera joué, les Républicains aborderont la phase post-électorale bien mieux armés pour gagner leurs recours devant les tribunaux. Au-delà d’un coup de force du chef de file populiste, une situation de contestation et de confrontation s’installerait alors entre les citoyens américains. Ce serait aussi une perversion de la neutralité des institutions ‘’suprêmes’’ des Etats Unis. A partir de là, tout peut advenir dans l’ordre démocratique incarné par l’histoire de ce grand pays.

A l’aube de son premier mandat, D. Trump avait déjà surpris en refusant d’accepter par avance les résultats du scrutin. ‘’C’est horrible, s’était exclamé HillaryClinton, ‘’il dénigre notre démocratie’’. On se souvient des manœuvres multipliées – y compris avec la complicité d’une puissance extérieure – pour disqualifier la candidate démocrate de l’époque, pourtant forte d’une avance de trois millions de voix au niveau fédéral. Car la ‘’question fédérale’’ constitue un autre facteur d’injustice mais, il est vrai, qu’aucun des deux camps ne prône le suffrage universel direct. Très attaché à la tradition, le corps électoral a longtemps vécu sous un régime de type Louis Philippe. Le voilà plongeant dans une situation à la malienne ou à la guinéenne… avec un président à vie, qui change, à sa guise, les institutions du Pays et discrimine toute opposition. Fort heureusement, les armées US se tiennent encore à l’écart du pouvoir politique. Mais les milices citoyennes sont en embuscade, prêtes à ‘’faire le boulot’’.

* 24 septembre – Tri express des exilés. La Commission européenne a présenté son nouveau «pacte» migratoire attendu depuis des mois et reporté pour cause de pandémie. A première vue c’est une trame très incomplète, essentiellement centrée sur des compromis passés entre états-membres pour concilier ceux ouverts à l’accueil et ceux qui y sont fermés. S’agissant des premiers, on est médusé à sa lecture et, en tout cas, très interrogatifs.
La Commission avance l’argument d’une sortie du règlement inepte de Dublin :  »l’ancien système laissait les pays aux frontières extérieures assumer seuls la prise en charge des demandeurs d’asile. Ca ne fonctionnait pas ». Certes, il y a un problème d’iniquité entre les ‘’27’’. On ne perçoit pas encore comment le système d’incitations-sanctions entre Etats va fonctionner. La mécanique actuelle -ubuesque – de transfert en boucle des demandeurs d’asile s’est mue en machine à créer de la clandestinité, seule opportunité pour échapper à la brutalité policière et aux convocations en rafales dans les préfectures. Le ministère de l’Intérieur en a profité pour faire passer cette population ‘’maudite’’ sous les radars de l’immigration recensée, déclarant ‘’en fuite’’ la majorité des demandeurs avant de les remettre à la rue. Est-ce pour autant fini ?

Ces pratiques contraire aux dispositions de la Convention de Genève de 1951, pourrait être remplacée – si l’on parvient à contrôler hermétiquement les frontières (gros doute…) – par un système de détention et de refoulement à ces mêmes frontières. Ce type de détention de masse dans des locaux policiers contrevient lui aussi à la Convention et génèrera de mauvais traitements carcéraux et un éloignement d’avec la justice administrative. Il instaurera un ‘’tri’’ grossier entre les étrangers qui ‘’sembleront’’ pouvoir demander l’asile et ceux que les fonctionnaires du Ministère de l’Intérieur jugeront inaptes, en vertu de critères ad hoc, qui suscitent l’inquiétude. Devrait s’enclencher alors, sous l’autorité d’un coordinateur européen, des procédures de ‘’reconduite’’ (expulsion) rapide, coûteuses et complexes à organiser (les pays de destination pouvant refuser l’atterrissage des charters de la honte’’). Elles sont assimilables à un ‘’refoulement aux frontières’’, également contraire au droit international.

Souhaitons que la Grèce, l’Italie et l’Espagne puissent enfin compter sur la solidarité des Vingt-Sept. Mais doutons aussi que la Hongrie et la Pologne se montreront coopératives. Le respect du droit et des principes d’humanité sont en voie d’être sacrifiés à la cohésion européenne. Une Europe très technocratique, loin du terrain et des gens qui souffrent, qui se ferme aux réalités du monde émergent, à la source des vagues migratoires.

* 23 septembre – La grande image multilatérale. Le discours du président français pour l’Assemblée générale des Nations Unies fait honneur à la France, dans l’absolu. Il est particulièrement charpenté et riche en informations sur l’image – très positive – que souhaite projeter la diplomatie française en termes de projets et de valeurs. Une brève ne suffira pas à le ‘’décortiquer’’ ni à mesurer l’écart qui demeure entre une réalité souvent alarmante et une grande image bien plus flatteuse.

Que le monde actuel ne puisse se résumer à la rivalité entre le Chine et les États-Unis et que c’est dans une dimension collective (G 7, G 8, Europe…) qu’il convient de rebâtir un nouvel ordre mondial, voilà une évidence qu’il convient de répéter en toutes occasions. Le président français a raison d’affirmer qu’il ne faut pas se contenter d’un superficiel ‘’multilatéralisme des mots’’ symptomatique du double langage des puissances. Refonder un ordre international sur le droit, la solidarité et la justice parait hélas aux antipodes des préoccupations de puissances, plutôt portées à instrumentaliser ces notions à leur profit égoïste. Mais, sur ce point encore et même s’il a peu d’impact, ce discours doit être exprimé et la référence aux valeurs des ‘’pères fondateurs’’ de l’ONU et singulièrement au droit international humanitaire (un peu bousculé jusqu’en France-même, par la crise migratoire virus, mais qu’importe !) est hautement opportune.

Durant la crise du Covid, l’Union européenne a fait ‘’un pas historique de souveraineté’’. Vrai ou seulement potentiel, c’est bien le cap à prendre. La fièvre destructrice de D. Trump, les coups bas de V. Poutine et le néo-impérialisme chinois en ont été les catalyseurs bien plus que le virus. La lutte contre le terrorisme reste une priorité. Après la’’ première victoire’’ que constitue que la fin du califat de Daech » a-t-il souligné, l’opération Barkhane au Sahel a infligé ‘’des revers sans précédents’’ aux multinationales jihadistes. Une vision très simplifiée et optimisée de l’enlisement français.

*22 septembre – Les Nations Unies : 75 ans et pas en bonne santé. L’Assemblée générale ouvre sa session annuelle à New York, presqu’en catimini. La maison de verre est forcée au silence par le Covid 19 et les chefs d’Etat et de gouvernement interviennent en ‘’distanciel’’, sans auditoire ni écho à leurs propos. Les recommandations resteront lettre morte et le secrétaire général, M Gutteres, restera sympathique mais totalement désarmé. Le plus triste dans ce 75 ème anniversaire est qu’il évoque plutôt l’enterrement des idéaux de paix, de solidarité, de justice et de développement qui ont animé ses fondateurs lors de la conférence de San Francisco et plusieurs décennies au-delà, malgré la montée rapide de la Guerre froide. En confondant la cause et ses effets, l’ONU est souvent blâmée pour sa prise déclinante sur les affaires du monde. Sont cités à preuve, l’incapacité de son Conseil de sécurité à s’entendre sur un dispositif minimal face au Corona virus, sa faillite à obtenir au moins la suspension des hostilités, ça et là, pendant la pandémie, l’emploi en rafale du droit de veto par trois des grandes puissances pour bloquer la résolution de conflits (la France et le royaume uni restant exemplaires par leur non-recours à cet artifice) et, last but not least, le retrait des grands acteurs d’éléments clés de l’architecture du monde, tels l’accord de Paris sur le climat de 2015 et celui sur l’Iran, l’OMS, l’UNESCO, les accords de contrôles de l’armement, la Cour pénale internationale, le TNP, etc. Tout pointe vers les puissances les plus égoïstes ou prédatrices, qui sapent le fonctionnement de l’Institution, remettent en cause l’ordre multilatéral issu de 1945, confisquent égoïstement les affaires du monde pour les traiter brutalement, à leur profit.
Tout n’est pas perdu néanmoins. En se gardant d’exagérer la réalité d’une prise de conscience européenne, on sent bien, dans le discours de la nouvelle Commission européenne et singulièrement dans celui de sa présidente, poindre une réaffirmation des valeurs portées par l’ONU. La modération mais le ferme rappel du droit prévallent dans sa réaction aux tensions ‘’gazières’’ en Méditerranée orientale, sur la question des exilés maltraités ou abandonnés aux flots, du partenariat de l’UE avec la Chine, des sanctions américaines illégales contre l’Iran, sur Hongkong et Taiwan et, de plus en plus sur la Libye. Ce n’est qu’une tendance mais si l’Union se donne les moyens de peser, à son tour, sur les affaires du monde, ce sera un important service rendu aux Nations Unies (Bon anniversaire !) et aux générations futures.

* 21 septembre – Bolivar s’affole. On savait le régime du successeur de Chavez marqué par l’incurie, le sectarisme et l’arbitraire. La mission d’enquête sur le Venezuela, désignée par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies, a rendu un rapport accablant. Il appelle à durcir notre jugement. Les enquêteurs indépendants ont recueilli les témoignages de près de 280 victimes de tortures et de mauvais traitements. Ils remontent la chaîne de commandement des services sécuritaires et du renseignement jusqu’à la direction politique de l’Etat, qui a donné des ordres et fourni des moyens. En conséquence, ils dénoncent des crimes contre l’humanité en incriminant, au plus haut niveau, Nicolas Maduro, de même que le président de l’Assemblée constituante, Diosdado Cabello, le ministre de l’intérieur, Nestor Reverol, et son collègue de la défense, Vladimir Padrino. Leur responsabilité pénale est engagée. S’agissant de N. Maduro, il était déjà visé par une procédure judiciaire américaine pour ‘’narcoterrorisme’’. Le rapport sera bientôt validé par le Conseil des droits de l’homme de Genève. La saisine de la cour Pénale internationale devient probable.

Avec une maladresse insigne, le chef de la diplomatie vénézuélienne. M. Arreaza, dénonce une ‘’ intention tendancieuse de porter atteinte à l’indépendance, la souveraineté et l’autodétermination du peuple vénézuélien et de tous les peuples du monde’’. Ce régime, qui, succédant à une ploutocratie pétrolière cynique, avait su donner une voix sur la scène publique aux Indiens et aux pauvres (souvent, les mêmes), s’est vite enlisé dans les sables du populisme et de l’idéologie sectairei. Le harcèlement américain a accéléré sa pente psychotique et son effondrement parait désormais programmé. Entre deux extrêmes injustes et brutales, les fondements politiques du bon sens et de l’honnêteté sont entièrement à créer.

* 20 septembre – Méthode Coué, version blitz. Si le monde ne vous suit pas, prenez le lead et dictez votre loi. A constater la décision de D. Trump de restaurer les sanctions de l’ONU qui frappaient l’Iran pour son programme nucléaire, ce, contre la volonté de l’ONU et du reste du monde, on est porté à croire que l’auteur de l’’Art du Deal’’ veut ‘’sa’’ victoire sur le monde extérieur avant le scrutin du 3 novembre. Pas question pour lui de laisser le monde vivre en paix – la pandémie pouvant suffire comme souci global – il est prêt à sacrifier les autres à sa volonté de paraître en ‘’Homme fort’’ devant ses électeurs.
Revenant au scénario dont on pensait être sorti depuis 2015, Washington menace à nouveau de punir quiconque violerait son diktat et poursuivrait des échanges avec Téhéran. Les Nations Unies, elles-mêmes, se voient placées sous surveillance. En août, le Conseil de sécurité avait fermement rejeté une résolution américaine de retour à la méthode forte. L’administration Trump a alors tenté de passer en force, en utilisant le mécanisme ‘’snapback ‘’ permettant, jugeait-elle, de forcer l’ONU à rétablir l’ensemble des sanctions imposées à l’Iran avant l’accord de 2015. Or, les États-Unis ayant quitté cet accord, à l’arrivée de Donald Trump, le consensus juridique est qu’ils ne sont plus en capacité de recourir à ce mécanisme. Aujourd’hui, l’Iran, à nouveau étranglé, appelle le monde à ‘’rester uni’’. Surtout, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont par avance, fait savoir que des sanctions unilatérales appliquées au cadre multilatéral n’auraient aucun effet juridique. Illégales, donc. Isolés politiquement, les États-Unis ont choisi la stratégie de la torsion de bras et de la sortie du droit. Cette stratégie fait de l’ONU une cible à abattre. Elle casse en deux la communauté internationale par rapport au problème de la prolifération et elle ouvre un boulevard à la loi de la jungle, au fait du plus fort. C’est un vrai désastre pour la paix et la stabilité du monde.

* 19 septembre – Pause minute dans un champs de mines. En Libye, le chef du gouvernement de Tripoli, Fayez al-Sarraj, se dit prêt à démissionner, d’ici fin octobre, pour céder la place à un gouvernement d’union nationale (véritable). Mais il dénonce le travail de sape de son adversaire, le maréchal Haftar. De son côté, celui-ci propose de lever l’embargo que ses troupes imposent sur la production pétrolière, mais, bien sûr, à ses conditions et en s’en réservant la part du lion. Sa posture militaire s’est fortement dégradée, ce qui explique la relance – incertaine – des tractations politiques. C’est un bon signe : un peu de mobilité dans le jeu des protagonistes ne nuira pas.
Depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye est, on le sait, plongée dans le chaos politique. Désigné en vertu d’un accord politique signé à Skhirat (Maroc) fin 2015 sous l’égide de l’ONU, Fayez al-Sarraj n’avait pu s’installer dans la capitale qu’en mars 2016, alors qu’une multitude de milices y faisaient leur loi. Par la suite, l’offensive sur Tripoli lancée, en avril 2019, par les troupes de Haftar a fait long feu au bout de 14 mois, malgré les soutiens de l’Égypte, des Émirats arabes unis et de la Russie. L’intervention turque, particulièrement musclée, en a été la cause principale. C’est ainsi qu’à été renoué bon gré mal gré le dialogue : à Montreux, du 7 au 9 septembre, et à Bouznika (Maroc), du 6 au 10 septembre. Les commissions chargées de former un nouvel exécutif libyen doivent « choisir un nouveau Conseil présidentiel et nommer un nouveau chef de gouvernement qui prenne ses fonctions de manière pacifique’’, souligne Fayez al-Sarraj. Pourtant, dégager une solution politique inter libyenne, sans l’appui et le consensus des puissances extérieures impliquées, parait peu réaliste. Miser sur leur bonne volonté et leur désir de paix, aussi. Enfin, la population exprime à nouveau son ras-le-bol à l’égard des privations et de l’insécurité. Les milices, sur fond de regain jihadiste, s’accrochent à leurs armes et à leurs rentes. Avec l’ONU, l’Union européenne est la seule puissance à pouvoir garantir la paix mais aussi à mettre fin au martyre des migrants en Libye. Encore faudrait-il qu’elle s’équipe d’un projet en ce sens et s’y engage de façon collective et déterminée .

* 17 septembre – Envie de croire en l’Europe. C’est la vertu de ce premier discours sur l’Etat de l’Union européenne prononcé par Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission de Bruxelles. Il ne cache pas les faiblesses et les petites hypocrisies des politiques européennes mais appelle à leur dépassement et à une véritable affirmation de son rôle dans le monde (les Français parleraient de  »l’Europe – Puissance). De ce tour d’horizon stimulant on retiendra plusieurs idées de bons sens : constituer une réserve stratégique commune contre le Covid; affirmer sans transiger les valeurs de l’Europe, entre autres dans le domaine des droits humains où la timidité constitue une compromission; mettre fin au régime absurde de Dublin concernant le droit d’asile et au  »tourner en rond » des demandeurs expulsés d’un pays à l’autre; savoir affirmer la force du droit face à la Chine et à la Turquie, etc. Mme va der Leyen a accompli sa part. Souhaitons que le Parlement européen et – pourquoi pas ? – les Etats-membres au sein du Conseil sachent s’en inspirer.

* 16 septembre – Poignards dans le dos. D. Trump claironne crânement l’avènement d’un ‘’nouveau Moyen-Orient’’, à la suite des deux accords de normalisation signés – sous son égide – entre Israël, d’un côté, les Emirats Arabes Unis et Bahreïn, de l’autre. Le reste du monde ne jubile pas et constate pragmatiquement que la croisade américaine contre l’Iran marque des points, augmentant d’autant les tensions. Dans le même temps, la Palestine, lâchée par tous et déconsidérée, désespère et disparaît de l’horizon médiatique. Les deux nouveaux ‘’partenaires’’ de Jérusalem ne sont pas des démocraties, encore moins des ‘’enfants de cœur’’. Abu Dhabi procède à l’annexion méticuleuse du Sud du Yémen, par la force de ses chars (made in France) et Bahreïn impose une tyrannie sélective à sa population chiite. Etrange modèle de paix à forts relents électoraux, dans lequel s’inscrit la confrontation montante autour du Golfe, tandis que les roquettes pleuvent à nouveau sur les frontières israéliennes. Le Hamas, au pouvoir à Gaza depuis 2007, a multiplié ces derniers temps les lancers de ballons incendiaires. Israël avait répliqué avec des frappes. L’écume des jours, en quelque sorte…

Pourtant, les deux camps étaient parvenus, début septembre, à un accord, grâce à une médiation du Qatar. La trêve vole en éclats. Les factions palestiniennes appellent à des manifestations contre les émirs arabes qui trahissent leur cause, mais leur propre impuissance est patente et leur image, fortement dégradée par la corruption, la division et l’incompétence. La population palestinienne ne suit plus.

Les intérêts d’Israël sont pour l’heure, bien servis. Mais l’Etat hébreu – politiciens mis à part – raisonne surtout en termes d’intérêts commerciaux, qui s’annoncent substantiels (jusqu’à 10 Mds de chiffre d’affaires). L’Europe, comme c’est le cas depuis l’assassinat de Yitzhak Rabin en novembre 1995 et la faillite consécutive des accords de paix d’Oslo, se calfeutre aux abonnés absents. Rien de neuf, on vous le disait…

* 15 septembre – Chine-UE : quelques vérités pour Xi Jinping. L’objectif est de signer un accord global de partenariat avant la fin de l’année. Mais l’Union Européenne a changé d’état d’esprit vis-à-vis de la Chine, elle se met à distance des frictions sino-américaines et voudrait imposer un style de négociation plus ‘’politique’’, c’est-à-dire mois complaisant. Un sommet ‘’virtuel’’ a mis face à face les dirigeants de la Commission et du Conseil, parlant d’une seule voix, et Xi Jinping . Le message des premiers était le suivant : ‘’il n’est pas possible d’avoir des relations économiques et commerciales sans débattre en contrepartie des questions politiques sensibles pour la Chine’’. A ce chapitre, les Européens comptaient aborder le défaut de réciprocité des échanges (régimes d’investissement, préférence nationale, marchés publics), et l’état de droit (réclusion en masse des Ouighours ; entraves à la libre expression, pressions sur Taiwan, suppression de l’autonomie de Hongkong et répression qui l’accompagne). Pour Charles Michel, le président du Conseil européen, ‘’ Ca a été un sommet avec de la substance et avec des arguments pour tenter de faire avancer les valeurs fondamentales dans lesquels nous croyons.’’ Le mot ‘’tenter’’ vaut admission en creux du peu d’adhésion de la partie chinoise à la méthode ‘’à cœur ouvert’’. Sans doute s’agissait-il, dans un premier temps, de faire passer le message européen, sans illusion quant à son acceptabilité aux yeux des dirigeants pékinois. Ceux-ci auront au moins noté la volonté d’union de l’UE et son application à suivre une voie qui ne soit ni la confrontation ni la vassalité. Un dialogue être égaux ? Il faudrait que Bruxelles maintienne cette fermeté et cette discipline collective sur le long terme pour que Pékin, pragmatique, renonce à enfoncer un coin dans l’unité des Européens. S’il est conclu, le prochain accord de partenariat pourra apporter des nuances, mais pas une révolution ; Celle-ci émergera au jour le jour – ou non – dans la pratique

*14 septembre – Partie de catch avec le Sultan. ‘’M. Macron, vous n’avez pas fini d’avoir des ennuis avec moi… Ne cherchez pas querelle au peuple turc, ne cherchez pas querelle à la Turquie’’. Lors d’un discours télévisé à Istanbul, Recep Tayyip Erdogan a virulemment réagi aux critiques émises à son égard. Il semblait évoquer le contentieux sur la prospection gazière off-shore entre la Turquie et la Grèce, en Méditerranée orientale où la tension monte. Mais il y avait aussi une pointe de détestation contre le président français, dont il cherche à faire une incarnation d’hypocrisie ‘’coloniale’’, donneuse de leçons. D’où l’évocation absurde de la guerre d’Algérie (E. Macron n’était pas né !) et du génocide rwandais, en des termes surtout destinés à braquer l’électeur turc contre la France. C’est triste et navrant qu’on en arrive là.  Va-t-on bientôt régler les comptes des croisades médiévales et des prises de Jérusalem et de Constantinople ?

– A Ajaccio, E. Macron et ses six homologues du sud de l’Union européenne ont exhorté Ankara à cesser sa politique de la démonstration de force militaire en Méditerranée orientale. Ils menacent de recourir à des sanctions, si les droits d’exploration gazière de la Grèce et de Chypre devaient être violés. Ce n’est pas tant sur cela que R.T. Erdogan fulminait – sa position juridique est faible, il le sait et, déjà, les navires spécialisés turcs vont s’occuper ailleurs – c’est sur des propos portant jugement de sa personne. Le président français avait estimé que ‘’le peuple turc mériterait un meilleur dirigeant’’ que l’actuel. Attaquer un populiste sur sa propre popularité est le plus sûr moyen de le voir répliquer par des attaques personnelles déchaînées. Quand bien même la remarque française était pertinente, la rendre publique ne l’était pas. Il eût été plus efficace de s’exprimer de la sorte dans un message strictement confidentiel, pour jauger la réaction du Sultan, publique ou non (sans doute, non). La dégradation du discours de politique étrangère pose problème. Se départir d’une sobriété de bon aloi dans les propos publics constitue  en soi une concession au populisme ambiant.

* 13 septembre – Pensées du dimanche. Bien malin qui sait ce que l’Histoire retiendra de l’actualité du jour ! Prioriser les phénomènes et les accidents de parcours qui présagent notre futur est en partie affaire de subjectivité. Car il y a des évolutions inédites dont on devine la nature systémique émergeante : tout ce qui tient à la mondialisation (un phénomène très ancien), par exemple : l’épidémie de SARS 2-Covid et la dizaine d’autres qui prolifèrent plus ou moins sur la planète ou le » jour du dépassement’’, qui nous rappelle notre surconsommation irresponsable des ressources de la planète. Quelle inertie nous force à l’adoration des marchés et de la finance (une vraie religion globale, sauf en Europe), qui, pourtant, jette dans le chômage, l’assistanat ou la misère des franges de plus en plus larges de l’humanité ?

Face aux perspectives sinistres du climat – sujet n° 1 – la désunion bloque toute action dans l’urgence, chacun y allant, au fond, de ses intérêts égoïstes. Elle nous confronte en ordre dispersé aux injustices du ‘’système’’ et nous confine dans de stériles querelles de dogmes entre groupes-lobbies. Ajoutons-y les guerres commerciales et technologiques, conduites entre blocs hostiles, qui étaient amis il y a peu encore, l’emprise sur nos esprits du marketing publicitaire et la confusion intellectuelle alimentée par les réseaux sociaux, le contrôle numérique et la fragmentation mentale du monde selon des critères pernicieux, ethniques, religieux, communautaristes, nationalistes chauvins, etc.

Voulues par des dirigeants médiocres, avides d’en tirer profit, les guerres se multiplient comme jamais depuis 1945, à la fois locales et de dimension régionales (par le jeu des interventions extérieures). La Paix n’est plus un impératif et le lien qu’elle entretient avec tous les autres grands défis d’avenir est perdu. L’esprit de belligérance et l’intolérance provoquent à leur tour l’abandon progressif du contrôle des armes de destruction massive, des canaux multilatéraux de la coopération et, plus grave encore, celui du droit – comme source de protection des gens et de leurs droits. Qui s’inquiète alors du délitement des institutions démocratiques sous couvert de l’urgence antiterroriste ou sanitaire, ou encore, de la fin des solidarités du développement qui assuraient une certaine cohésion sociale au monde ? La contagion populiste comble ce vide, avec son brouillon désir d’en finir avec la paix et la démocratie. Ah oui, j’oubliais : le fait du jour ? Un début de solidarité avec le peuple biélorusse qui veut sortir de la dictature et le regard ambigu de Moscou sur la question.

(rediffusion de la brève du 23/08)

* 12 septembre 2020. La quatrième économie du monde part-elle en fumée ?
Le dérèglement du climat et une accumulation de facteurs conjoncturels, qui dépasse les capacités de réponse des combattants du feu : voilà pourquoi la Californie se consume, année après année. Cet été, 12 000 km² de terrain sont partis en fumée et des dizaines de riverains sont morts. Six des feux actuels comptent parmi les plus puissants jamais subis par cet état et la superficie brûlée est sans précédent, ce, à mi-durée de la saison des incendies. Au-delà de l’Etat ‘’phare’’ des Etats unis, des incendies géants ravagent aussi l’Oregon, où 500 000 personnes – plus de 10 % de la population – ont dû être évacuées et l’État de Washington, où le phénomène s’étend désormais sur des forêts jusqu’alors épargnées. Leur virulence est amplifiée par de nombreux facteurs s’ajoutant à l’urgence climatique. Les sécheresses à répétition de ces dernières années ont fragilisé les forêts et les hivers, plus chauds, ont créé un fort stress hydrique. Des insectes en ont profité pour s’attaquer aux arbres. Pour son malheur, le massif forestier a été dévasté par des ‘’orages secs’’ (sans pluie), qui ont multiplié les départs de feu. Phénomène nouveau, la persistance de températures élevées pendant la nuit a privé la nature d’une ‘’fenêtre de récupération d’humidité’’ et les pompiers, d’un créneau d’intervention efficace. Ceux-ci ont concentré leur action sur les zones en lisière de forêt où l’habitat humain a progressé de façon irresponsable, la hausse des loyers chassant les populations des centres-villes. De ce fait, ils ont dû laisser les incendies se propager sans limite en milieu sauvage. Entre tendances de fond liées au réchauffement climatique et spécificités géographiques et humaines, la côte ouest des États-Unis semble en grand danger, alors que les vents d’Est – les plus dévastateurs – sont attendus pour novembre. Le ‘’modèle californien’’ devenu un anti-modèle écologique pour l’Europe ?

*11 septembre –  »Séparatisme ». Le gouvernement de Boris Johnson semble vouloir s’affranchir de toutes les règles : désintérêt pour la paix en Irlande, scellée par les accords du Vendredi Saint, envies de provocation et de tension avec ses voisins européens effarés par la perspective d’un  »no deal » sec, dédain pour le droit et parti-pris de ne pas honorer ses engagements. A ce compte, le divorce engagé en 2016 promet de finir en désastre, pour le Royaume Uni – dans sa chimère d’isolement superbe – mais aussi pour l’Union, exposée à une mutilation stupide de ses force vives, en plein contexte de récession économique et à un certain rétrécissement stratégique. Grand bluff ou tentation suicidaire, on ne peut pas se mettre dans la tête du premier ministre britannique, mais l’on perçoit que, jusque dans son propre camp politique, il affole.  »Comment dénoncer les violation graves du droit international par la Chine et par la Russie et soi-même s’asseoir sur ses obligations au titre des Traités » ? La question d’un parlementaire conservateur, sidéré, appelle un point sociologique. Dans nos quartiers sensibles, certaines populations rebelles, pauvres et ostracisées rejettent les règles de la République et même l’idée de coexistence avec leurs compatriotes mieux lotis. Ils n’ont ni drapeau, ni milice, ni capitale clandestine mais, plutôt que de tenter de les réintégrer dans la cohésion sociale et dans la Loi, on les taxe de  »séparatistes ». Comme si l’Armée devait intervenir pour rétablir l’intégrité du territoire. Boris se voit-il en banlieusard furieux de l’Europe, à la recherche d’une vengeance ?

* 10 septembre – Mare nostrum. E Macron accueille à Ajaccio le Sommet annuel (Euro) MED 7, à un moment de grandes tensions, marqué par l’agressivité de la politique turque en Méditerranée, la recrudescence des arrivées d’exilés en Grèce et la catastrophe du camp de Moria, à Lesbos, enfin celle du coronavirus et de ses contrecoups économiques. Créé en 2016, le Med 7 constitue une alliance géopolitique informelle entre sept pays méditerranéens membres de l’Union européenne : France, Italie, Espagne, Portugal, Grèce, Chypre et Malte. Son objectif est de faire entendre une voix spécifique aux intérêts des pays du sud de l’Europe sur les questions relatives à l’espace méditerranéen, politiques, économiques, culturels, etc.

A l’ordre du jour de cette session figure la défense de la Grèce et de Chypre vis-à-vis de la prospection  »gazière » musclée entreprise par la marine d’Ankara dans leurs eaux ‘’souveraines’’. La France détient une carte forte dans cette affaire. Elle affiche clairement son soutien à la Grèce, en déployant des navires et des avions militaires dans la région, initiative qui fait enrager RT Erdogan, déjà très remonté contre Paris. S’y ajouté la mission Irini, destinée à renforcer l’embargo sur les armes en Lybie, imposé par les Nations unies et qui est massivement violé par la Turquie (et par d’autres). Enfin, la répartition entre les 27, dans l’urgence, des 12.000 exilés de Lesbos victimes de l’incendie s’inscrit naturellement dans la discussion.

La Corse ‘’pointe avancée de la politique méditerranéenne de la France’’, selon E Macron (Bastia, février 2018) ne s’illustre guère dans les politiques de sauvetage en mer ni d’accueil. Cette réticence à agir tient d’ailleurs aux consignes de l’Etat plus qu’aux élus corses eux-mêmes. ‘’La France ne s’est jamais dérobée face à ses responsabilités’’…  »elle est comme toujours prête à prendre sa part dans la solidarité », affirme Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement. Voilà de bonnes paroles ! Pour l’anecdote, l’ïle de Beauté a accueilli, il y a trois siècles et demi en 1676, 600 Grecs fuyant les persécutions turques et des juifs qui, déjà, fuyaient la Syrie.

* 9 septembre – Feu d’enfer.  Le camp de Moria sur l’île grecque de Lesbos abritait quelque 12.700 exilés, dans des conditions sanitaires, ‘’pénitentiaires’’, sécuritaires et de promiscuité jugées unanimement scandaleuses. Il a été dévoré par les flammes au cours de la nuit. Il semble que l’origine du sinistre se trouve dans une révolte contre les restrictions supplémentaires aux libertés fondamentales imposées par les gardiens, en raison ou sous prétexte du rebond de l’épidémie de Covid. Les autorités grecques affirment que l’incendie n’a pas fait de mort mais néanmoins, des blessés. Il n’empêche que la fuite éperdue des ‘’retenus’’ devant les flammes a été bloquée par la police, ce qui a exacerbé la panique. On en est à une chasse à l’homme aux alentours du port de Mytilène et aux quatre coins de l’île, qui évoque désagréablement la poursuite des ‘’nègres marrons’’ sous l’esclavagisme colonial. Pour tous ces gens fuyant la guerre, la misère et l’absence d’avenir chez eux, c’est donc – littéralement – l’enfer, en Europe. Notre responsabilité est engagée, tant il est patent que le rebond simultané des arrivées d’exilés et du Covid – sans oublier la montée de la crise économique – dépasse de loin les capacités du gouvernement d’Athènes à faire face. Ursula von der Leyen, a annoncé que la Commission européenne  prendrait directement en charge 400 mineurs isolés et qu’elle ‘’se tiendrait prête = = avec les Etats membres = = à aider’’. Plus explicite, Heiko Maas, le ministre allemand des A.e a posé, une fois de plus, la question de la répartition des exilés entre les pays prêts à accueillir. On sent bien que les 27 ont d’autres préoccupations qu’ils jugent plus urgentes en ces temps de catastrophe éco-sanitaire. Mauvais départ pour le nouveau ‘’Pacte européen sur la migration et l’asile’’ que ladite Commission devrait présenter à la fin du mois, après plusieurs tentatives infructueuses ? Attendons de voir si cette conscience allemande réveille des partenaires crispés. Ce serait, vu les conditions, un acte politique exceptionnel.

* 8 septembreLe système Poutine, notre fatalité. Plusieurs dizaines de milliers de Biélorusses ont bravé la répression et manifesté en masse à Minsk, pour dénoncer dictature d’Alexandre Loukachenko. C’est le quatrième week-end consécutif où l’opposition pacifique réunit plus de 100 000 personnes. Fermé à tout dialogue, le Régime opte pour la violence, sa police et divers agents civils procédant à des interpellations massives. L’opposante Maria Kolesnikova, personnalité-symbole du mouvement démocratique et membre du Conseil de coordination restée jusqu’alors sur place, a été arrêtée à la frontière de l’Ukraine et semble avoir depuis disparu. Le Conseil est brutalement réprimé pour « menace à la sécurité nationale ». Une autre incarnation du Mouvement menacée par les services secrets, Olga Kovalkova, s’est réfugiée en Pologne.

Soutenir les partisans de la démocratie en Biélorussie suscite d’immenses états d’âme géopolitiques en Europe. Dénoncer les tortionnaires de Minsk reviendrait-il à pousser Poutine dans ses derniers  retranchements : la menace d’une ‘’nouvelle Ukraine’’ et d’un démantèlement de son glacis stratégique ? Surtout, évitons de bousculer l’Ours frustré ! Depuis cinq semaines, la diplomatie de l’Union européenne et son porte-drapeau, Josep Borrell, ne parviennent qu’à produire des phrases creuses espérant la  » libération immédiate » des opposants politiques. Elle émet de vagues hypothèses de sanctions contre des ‘’ personnes responsables » de la répression, sans même désigner Loukachenko. Serait-elle aussi timide s’il s’agissait d’une ancienne colonie africaine ? En tout cas l’UE ne fait pas mieux que l’Union Africaine ou la CEDEAO. Si la Russie avait bien voulu garder sa place dans l’architecture de sécurité européenne, si elle n’avait pas ‘’peur’’ de ses petits voisins baltes, polonais, ukrainiens, si elle acceptait sans arrière-pensée  le rôle que devrait jouer l’OSCE, si Poutine, enfin, ne considérait pas l’U.E comme une ennemie sur laquelle arracher une revanche, le mot ‘’Liberté’’ déclencherait moins d’hystérie géopolitique dans nos capitales. Mais le problème est d’abord l’essence-même du système Poutine.

* 7 septembre Grand n’importe quoi. Dans son pays, D. Trump se veut le grand perturbateur des principes établis. Mais il lui arrive aussi de jouer – à sa façon – au faiseur de paix. Le Kosovo, ni vraiment son ancien maître politique, la Serbie, n‘avaient pas vraiment besoin de s’en remettre à lui pour renouer, non pas une reconnaissance mutuelle, mais une simple reprise d’échanges commerciaux. Ils ont néanmoins fait le passage à Washington pour signer, sous l’œil gourmand du président américain, un accord peu substantiel en ce sens. La substance s’est révélée ailleurs, à la relecture – juste avant la signature – quand les deux dirigeants balkaniques ont découvert ‘’leur’’ décision de transférer ou d’ouvrir des missions diplomatiques à Jérusalem. Surprise ! Et, de plus, ‘’leur’’ choix désignant le Hezbollah libanais comme une ‘’organisation terroriste’’. Dernier ajout du pays-hôte : la clause de défiance (contre Huawei) s’agissant de la 5G. Ils ont quand même signé, pensant à l’image de leur mentor d’un jour, que ce genre de promesses n’engagerait que ceux qui y veulent y croire… et qui sait ce qui restera du legs politique de Trump passé le 3 novembre…Il n’empêche qu’Aleksandar Vuvic et Aydullah Hoti ont cédé à une manouvre faisant du droit international une triste farce. Telle est l’œuvre tant intérieure qu’extérieure de D. Trump : détruire le droit, casser les consensus, affaiblir les institutions. Avec la distinction qui fait du Kosovo le ‘’premier Etat à majorité musulmane validant la thèse de l’Etat des Juifs ayant pour capitale Jérusalem, Washington s’amuse à ridiculiser tant les Etats arabes que la direction générale de la diplomatie européenne. Les Républicains américains n‘en jugeront pas moins ‘’ingrat’’ ce monde extérieur qui – à l’exception de la Russie – ne soutient guère la réélection de leur ploutocrate misanthrope.

 

* 6 septembre (dimanche)La sacralité de la vie, mauvais argument électoral ? La peine de mort n’est pas un sujet vendeur. Dans le débat américain, la question morale est implicite dans le mouvement  »black lives matter », mais le lien entre assassinats racistes et exécutions judiciaires sélectives n’est pas formulé. Et pourtant, l’an dernier, lorsque le Président Trump et le Procureur Barr ont décidé de relancer les exécutions dans les pénitenciers fédéraux, ils ont suscité quelques débats concernant les drogues léthales utilisées. On a aussi cité le cas de Lezmond Mitchell, de la communauté indienne Navajo, opposée à la peine de mort. Depuis 2003, aucune exécution n’avait eu lieu à Terre Haute (Texas). Malgré divers recours depuis l’été 2019, Danny Lee a été exécuté le 14 juillet 2020, Wesley Purkey et Dustin Honken, les 16 et 17 juillet. Silence. C’est dans l’indifférence quasi-générale que finalement Navajo Lezmond Mitchell a été mis à mort le 26 août. Pourtant, l’évêque du Nouveau Mexique, l’un des états comptant une importante population Navajo et l’évêque de l’Indiana, où ont lieu les exécutions, s’étaient fortement exprimés contre la peine de mort, sans aucun écho médiatique. Le 28 août, Keith Nelson est mort, à son tour, sur la table d’injection.

Il ne s’agit pas de la justice dénaturée de quelque communauté  »red neck » attardée du Middle West, mais de l’injustice fédérale de la première puissance mondiale. Même autisme que pour le port des armes. Comment intéresser l’Amérique à ses propres fléaux ?

* 5 septembre Clair-obscur persan. D’après l’Agence internationale de l’énergie atomique, l’Iran a accumulé 2 105 kg d’uranium enrichi, alors qu’il n’est autorisé à en stocker que 202 kg. Quantitativement, c’est donc dix fois la limite posée par l’accord de Vienne de juillet 2015. C’est dire si la politique de sanctions à outrance pratiquée par Washington aura été jusqu’à présent peu dissuasive. Mais que faire de tout ce combustible ‘’civil’’ alors qu’il est exclu qu’il soit affecté à de nouveaux projets énergétiques ? Par ailleurs, sous la pression des Européens l’AIEA a obtenu le feu vert pour visiter deux sites nucléaires anciens dont elle réclamait l’accès depuis des mois et elle a prélevé des échantillons. La République islamique accepte donc – à contre-cœur – d’ouvrir certaines de ses installations et poursuit un dialogue de basse intensité avec les Européens sur la question. Mais elle ne donne jamais aucun gage d’avoir renoncé à disposer de l’arme nucléaire. Elle garde en fait  plusieurs fers au feu et met un soin constant à brouiller les pistes et à déplacer les lignes rouges matérialisant une menace de prolifération active.

Les États-Unis, bien qu’ayant dénoncé l’accord de 2015, prétendent, en vertu du même accord, faire plier le gouvernement iranien par la pression, voire par la force. Il y a peu de doute qu’au-delà du Guide Khamenei, le programme iranien est être les mains des éléments les plus durs du régime, à commencer par les Pasdarans (gardiens de la révolution). Si on s’en réfère aux précédents indien et pakistanais, la main qui peut déclencher le feu nucléaire constitue un facteur plus sensible que le mécanisme lui-même enclenché par le ‘’bouton rouge’’. La tolérance manifestée par la communauté nucléaire à l’égard de New Delhi – qui avait pourtant mis en pièce le TNP – doit à une relative confiance envers les institutions démocratiques de ce pays. C’était moins clair, il y a deux décennies, concernant Pakistan. Encore moins, bien sûr, pour la Corée du Nord. Téhéran se contente pour l’heure de camper au ‘’seuil’’ du nucléaire militaire, le niveau de technologie et de ressources qui permet de produire des armes et de les adapter à des vecteurs dans des délais courts, si les circonstances, à ses yeux, l’exigeaient. La priorité des Européens devrait être de favoriser la pénétration des institutions par la société civile et la marginalisation des ‘’durs’’, qui forment un Etat dans l’Etat. Sauf à les cibler très finement, Les sanctions s’avèrent contreproductives pour ce qui est de favoriser la démocratie.

* 4 Septembre – Désordre et injustice. Saboter le processus électoral, à l’intérieur, ne suffit pas. Attaquer la justice internationale, à l’extérieur, complète le tableau. En s’en prenant personnellement à Mme Fatou Bensouda et à ses pairs de la Cour Pénale internationale (CPI), Donald Trump cherche à provoquer la paralysie de la plus récente des institutions multilatérales dévolues à la paix et à la justice, précédant le grand repli sur soi des années 2000. La CPI a eu le tort, non pas d’inculper tel acteur américain du conflit afghan, mais d’enquêter sur les crimes de guerre commis dans ce cadre. Personne ne niera que ces exactions ont été nombreuses, qu’elles ont causé un lourd préjudice aux populations civiles afghanes et qu’au final, elles pèsent lourd dans le rejet d’une solution au conflit ‘’made in Occident’’. La presse a documenté nombre de ces bévues, sans dédouaner les Talibans, lesquels, au moins, ne prétendent pas à la vertu humaniste ou démocratique. Pour Washington, la Cour de La Haye n’aurait pas même autorité à écrire un article factuel sur le sujet ! Autant pour elle fermer boutique, ce qui est sans doute l’objectif non-dit d’une administration américaine qui n’a jamais adhéré au Statut de Rome (créant la CPI). Le monde extérieur n’ayant aucun droit de garder un œil sur les actes immoraux des Etats-Unis à travers le monde, l’œil en question devrait être aveuglé ! La substance des sanctions – financières et migratoires – ne sera pas la contrariété la plus pénible pour les magistrats internationaux. Le pire est dans cette déclaration de guerre au droit, totalement assumée et menaçante. En arriver là revient à détruire la Démocratie comme la Justice… ou à vouloir s’intégrer confortablement au club mondial des dictateurs abjects du monde. On en est là.

* 3 septembreLe Tsar et ses filtres. Des tests toxicologiques pratiqués sur l’opposant russe Alexeï Navalny, par un laboratoire de l’armée allemande, apportent des preuves sans équivoque de l’utilisation d’une substance de la famille du Novitchok, a confirmé la ministre de la Défense, Annegret Kramp-Karrenbauer. Ce poison avait déjà été utilisé, en Grande-Bretagne, contre l’ancien espion Sergueï Skripal, en 2018. Angela Merkel dénonce avec une franchise méritoire une « tentative de meurtre choquante et irresponsable’’, destinée à « réduire au silence » l’opposant russe. « De très graves questions se posent à présent, auxquelles seul le gouvernement russe peut et doit répondre.’’. A la suite de la RFA, le Royaume-Uni (Dominic Raab) enjoint la Russie à « dire la vérité » sur le sort de Navalny. « Il est absolument inacceptable que cette arme chimique interdite ait été utilisée une nouvelle fois’’. La France réprouve, mais en termes aseptisés. Sa diplomatie cherche en effet à se distinguer comme un canal de dialogue avec V. Poutine. Bruxelles réagit au diapason de Berlin : « Acte méprisable et lâche dont les auteurs devront être traduits en justice », dénonce, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne. Face à cette levée de boucliers, Moscou louvoie entre déni (plutôt discret) silence, évocation d’une absence de coopération allemande … Manifestement le système russe cherche une forme d’échappatoire et peine à trouver un bouc émissaire, Poutine se gardant d’ailleurs de toute communication publique sur le sujet. Faudra-t-il tolérer indéfiniment un mode de gouvernement par l’assassinat politique ? Peut-on obtenir une levée de l’immunité des exécutants, sinon du commanditaire (protégé par son statut de grande puissance et l’absence d’état de droit en Russie), à l’image de ce qui a été tenté lors de l’assassinat d’un journaliste par le régime saoudien. Pourra-t-on, pour commencer, engager une enquête internationale indépendante en Russie ? Probablement, non. Reste les sanctions légales ou officieuses, dont on connaît la faible efficacité et le regain de tension qu’elles suscitent.

* 2 septembreRassurer Babylone. E. Macron excelle à surfer sur les symboles, alors que s’ouvre à Paris le procès des attentats de janvier 2015. Du Liban, où il s’impose en maître d’œuvre des réformes, son détour express par Bagdad ne manque pas de panache. Il y passe, « en lien avec les Nations unies, pour accompagner une démarche de souveraineté » auprès du premier ministre Kazimi et du président Saleh. Paris souhaite maintenir l’Iraq à l’écart des tensions extrêmes entre ses deux mentors. La confrontation a ressurgi de la campagne de « sanctions maximales » lancée par Donald Trump contre l’Iran et évolue à la limite du conflit armé. En janvier, après la frappe américaine, contre le général Soleïmani, Téhéran avait répliqué contre les troupes américaines présentes sur le sol iraquien. Malgré la volonté affirmée de Washington de retirer ses 5000 militaires d’Iran – sans calendrier précis – le grand frère iranien mobilise en Iraq le Hachd al-Chaabi, une coalition de paramilitaires intégrée à l’État qui réclame spectaculairement l’expulsion des forces occidentales. De son côté, la Turquie intervient militairement au Kurdistan iraquien, en prétextant des complicités locales ave le PKK. Le pays est de plus miné par les attentats des extrémistes sunnites, un puissant mouvement de contestation populaire comparable à celui du Liban, une économie pétrolière en crise, la pandémie, comme ailleurs…
– Le terrorisme demeure la préoccupation française prioritaire. Paris rappelle que le combat contre Daech se poursuit, à Bagdad comme à Paris. Il ne faut rien céder à la fatalité de la domination ‘’par les puissances régionales et par le terrorisme islamiste’’. Le lien est fait. Les jihadistes français emprisonnés en Irak, suspectés d’actes terroristes, ont vocation à être judiciarisés par l’État » souverain’’ où les crimes ont été commis (11 d’entre eux ont été condamnés mort). La France a beaucoup moins de leviers en Iraq qu’au Liban. La douce musique d’une troisième voie, authentiquement neutre et iraquienne, mais ferme sur la sécurité, devrait plaire aux citoyens les plus avertis, sans porter d’effet sur les camps antagonistes.

* 01 septembre – Remodeler une nation. E. Macron revient au Liban, presque en messie, assurer la suite de sa ‘’mission’’ et de son ‘’engagement’’.  Comme la plupart des Libanais s’en félicitent, il convient de soutenir son action auprès d’eux et d’en dépasser les aspects paternels sinon paternalistes. Depuis l’automne 2019, les forces vives libanaises (hormis le Hezbollah) manifestent leur ras-le-bol face à une classe politique indigente et mafieuse, qui laisse un pays en lambeaux dériver dans la pauvreté. La gigantesque explosion sur le port de Beyrouth a joué un rôle de catalyseur mais – et c’est un paradoxe – c’est en suscitant un désir de s’en remettre à la ‘’communauté internationale’’ pour refonder l’Etat et réformer en profondeur les finances et l’économie. La France n’a pas inventé le clanisme communautaire qui régit ce pays multiconfessionnel, particulièrement exposé aux tensions moyen-orientales. Mais, depuis le protectorat, elle manœuvre à son aise dans ce microcosme figé, y trouvant les canaux de son influence. La fin de la guerre civile, en 1990 aurait dû marquer une recomposition totale du système. Ni les communautarismes, hostiles les uns aux autres, ni les voisins du Liban – bien au contraire -, ni la France n‘ont pu ou su franchir le pas. Alors que l’Etat libanais serait en passe de disparaître, rongé par la milice-Etat du Hezbollah, les attentats, la faiblesse de son armée, la corruption honteuse de son administration, le fonctionnement délinquant de sa banque centrale, on voit trop bien qui pourraient en être les ‘’repreneurs’’ : l’Iran des Pasdarans, les tueurs de Bachar, Israël de Netanyahou, les croisés évangéliques de Trump et de Steve Bannon ! Mieux vaut, de loin, le paternalisme français dont les ambitions et les moyens sont, d’ailleurs, probablement surestimés. Il semble que Paris ait pesé dans la nomination d’un nouveau premier ministre (Mustapha Adib) et on imagine que celui-ci sera soutenu auprès du FMI, dans sa volonté d’engager immédiatement ‘’les réformes jetant les bases d’un accord’’ avec cette institution. Mais Mme Kristalina Georgieva se situe mentalement assez loin des aspirations des citoyens libanais à un renouveau radical de leur vie politique. Et le président français reste nécessairement respectueux des satrapes qui règnent sur le pays, en tout cas impuissant à les faire dégager. Reste alors une cure d’austérité mal partagée, la perfusion d’argent, les ONG appelées à gérer mais qui y sont mal préparées, les efforts de reconstruction, engagés par la conférence des donateurs du 9 août… autant d’outils de survie utiles, mais rien qui soit politiquement assez fort pour assurer un nouveau départ au Liban.