Ces guerres dont on nous rabat les oreilles …

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C’est vrai, aujourd’hui, on est en guerre… on en compte combien, au fait ?

Ces derniers temps, les strates de haine, d’injustice, de violence et d’impuissance s’empilent, jusqu’au tréfond de notre enfer terrestre. Tout y devient interaction et complexité sans fin. Quel sens, alors, doit on donner au mot ‘’guerre’’ dont l’actualité nous rabat les oreilles ? Opérations militaires d’intensité croissante ; manœuvres de coalitions de puissances type ‘’Sarajevo 1914’’ ; démultiplication du terrorisme en commandos professionnels, en super-geeks manipulateurs et petits loups solitaires assassins ; tâtonnements et ambiguité morale des processus de paix sur fond d’impuissance des Nations-Unies et de grandes manoeuvres de glacis géostratégiques ; clash frontal contre les valeurs de la République d’une certaine jeunesse laissée pour compte et destructurée ; mille-feuilles de haines raciales, sociales et religieuses à la sauce ‘guerre civile’ ; cassures de classes, de participation à l’économie et de reprensentativité dans notre société inégalitairs ; bouillonnement désordonné d’hormones et fascination mortifère psychotique affectant une strate  »jeune-mâle » de la société frustrée, portée, par nature, vers la radicalité ?

– Gilles Kepel, maître en islamologie mais aussi en sociologie, remarque avec à-propos, dans Le Monde du 24 décembre 2015 :  » Autant on est en guerre au Moyen-Orient, autant en France une question de police et de renseignement est en jeu, ainsi qu’un défi social et culturel. Le principal enjeu est d’arriver à comprendre le logiciel du djihadisme de troisième génération et les failles de renseignement. Le terrorisme n’est pas invincible, mais pour cela il faut comprendre son économie politique et détruire le terreau dans lequel il a poussé, qui est fait de la non-identification à la société française d’un certain nombre de jeunes qui y sont nés, qui ont été à l’école de la République et se projettent ailleurs. »

– L’Ourson est un rien lourd, avec ses phrases alambiquées en mode ‘’inventaire à la Prévert ’’ mais il y a assurément un peu de tout ça et d’autres choses encore dans cette foutue ‘’guerre’’ actuelle. Une chose est sûre : s’il faut livrer des batailles, une seule ne suffira pas. Chaque blessure, chaque souffrance, chaque accusation devra trouver son baume : on n’en a pas fini et pour la génération qui accède aux manettes, la responsabilité est écrasante !

Serait-on accro à la sémantique ou à la lexicologie on pourrait parler de ‘’conflit stratégique jihado, étato-terroriste à causes sociales et religieuses multiples, impliquant des incidences globales et de sérieuses céphalées pour qui chercherait à tout comprendre’’, ce que nous résumerons en ‘’conflit’’, c’est plus court.

Restez sur vos gardes : les militaires, de tous les côtés, ont des moyens costauds. Il n’y pas que notre Charles de Gaulle qui tonne. De fait, au printemps, un excellent article du Monde recensait pas moins de huit guerres en Syrie, certes interagissant les unes avec les autres, mais chacune avec ses motifs propres (impliquant Bashar, ALS, Al Nosra, Daesh, Kurdes irakiens ou syriens, minorités yésidite, chrétienne ou turkmène, Hezbollah, pasdarans, régime chiite de Bagdad, etc.).

Il faut désormais y ajouter l’opération extérieure (OPEX) française, ponctuée de bombes guidées de 250 kg, contre Daesh : le Daesh du Calife et le Daesh francophone surgi de nos banlieues. Et de neuf ! S’y ajoute le jeu trouble turc, qui ne se résume pas seulement à cogner sur les Kurdes. Celui-là vaut bien quatre ou cinq guerres. On en est à treize ou quatorze guerres ; la croisade ‘’basharophile’’ de Vladimir Poutine est, elle aussi, totalement duplice : base de puissance en Méditerranée, rôle incontournable dans l’issue des diverses guerres, diversion pour escamoter les sanctions et l’isolement (Ukraine). Disons, dix-sept guerres ! L’Amérique ‘’coalise’’ autour d’elle tous les ennemis de ses ennemis, tout en se gardant de se laisser enferrer dans le bourbier d’une intervention au sol. Ajouté à la méfiance et aux dépenses sulfureuses des pétromonarchies du Golfe, face à la montée stratégique de l’Iran, cela fait une bonne guerre et demie de plus : 18,5 !

Maintenant que la Belgique est mobilisée, aux côtés de la France, que le Royaume Uni se mobilise aussi pour en être, que l’Allemagne prend sa place sur les front malien et syrien, on va dépasser facilement le seuil des vingt conflits. François Hollande aurait aimé susciter une ‘’grande coalition unique’’ (« think global, act local »). Raté ! Mais avec la Libye, qui nous guette et vaut bien une Syrie à elle seule, également grâce à Boko Haram – auquel s’agrègent de plus en plus les groupes nomado-terroristo-trafiquants du Sahel, qui n’ont pas dit leur dernier mot – il y a de la réserve à exploiter. Trente, quarante, cinquante conflits ? On va arrêter de compter. Les marchands de treillis et de pâte à modeler explosive vont faire fortune comme jamais ! De même, les passeurs de réfugiés fugitifs vers un ailleurs (supposé moins cruel) et toutes ces victimes de conflit, de violence, de haine. Bientôt, soixante, voire soixante-dix millions de malheureux déplacés (55 millions actuellement) à travers le Moyen Orient, le Sahel… Nous ne les enregistrerons pas comme un conflit mais simplement comme un grand drame humain.

Cinquante guerres, cela fait cinquante paix à tenter. Mais, puisqu’il s’agit de ‘’conflits’’, la notion antinomique paraît être celle de ‘’bonne volonté’’, parente de recherche d’entente, d’ouverture d’esprit, de disponibilité à agir généreusement. Pour les millions de vrais civils, qui rejoignent les bataillons de victimes de tous ces conflits, il y a là une infinité de fronts à tenir, dans une stratégie globale de Paix déclinée en innombrables actions locales.

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