Biodiversité : rien à carrer des pandas !

Fanny Agostini (merci, Fanny !)
L’Ours a  »liké » à donf !

C’est une opportunité qui ne se présente pas deux fois : il m’est donné la chance de visiter la zoothèque secrète du Muséum d’Histoire Naturelle de Paris. Dans les soubassements du musée, à l’abri des regards, j’arpente les allées d’un coffre fort méconnu du grand public.

La collection parisienne renferme des milliers de spécimens naturalisés dont certains sont des holotypes (spécimens ayant permis de décrire l’espèce) datant du dix-septième siècle. Entre les panthères d’Anatolie, les tamanoirs d’Amérique du Sud et les paradisiers de Nouvelle-Guinée, je me prends pour une darwinette du 21ème siècle à la rencontre d’un patrimoine naturel aussitôt découvert aussitôt perdu.

Oui, parce que nous sommes actuellement en crise… une de plus me direz-vous ! Non, non celle-ci c’est bien l’ultime, la crise du vivant ou la sixième extinction de masse – comme vous préférez. Celle qui par notre négligence risque de nous emporter avec elle tel un fossoyeur fossoyé. Tous les animaux que je vois immobiles, immortalisés par l’habileté des taxidermistes, ne sont en fait pas immortels du tout. .. Pour beaucoup d’entre eux, c’est déjà trop tard, ils ont été rayés de la surface de la terre.

 

Au cours des dernières décennies, deux espèces de vertébrés = par an = se sont éteintes de façon irréversible. Cela représente 58 pour cent des espèces en l’espace de 42 ans selon le rapport du WWF. Le changement climatique agit comme un accélérateur de ce processus. Le taux d’extinction n’a jamais été aussi rapide, trop rapide pour espérer une stabilité des écosystèmes et donc des services rendus à l’homme… Les 3,8 milliards d’année de R&D auxquels on perd l’accès à mesure que le vivant recule ne se compenseront pas par les artifices de notre ingénierie.

Aucun texte alternatif pour cette image

Remontée comme une pendule affichant le dernier quart d’heure de l’humanité, je croise le regard éteint d’une espèce qui ne l’est pas encore tout à fait : le panda de Chine. Ce bon gros nounours accapare l’attention, mais est-ce une bonne stratégie de raisonner espèce par espèce si on veut sauver l’ensemble ? N’est-ce pas prendre le problème à  que de concentrer l’attention médiatique sur des animaux emblématiques que nous trouvons sympas à regarder ?

Peut-on d’ailleurs choisir les espèces que l’on juge utiles de garder ? 

Pas si évident, car lorsque l’on déstabilise l’ensemble d’un écosystème, il n’est pas possible de cibler une espèce à préserver : tout ce beau monde interagit dans une logique de complémentarité. Se dire, par exemple, que les moustiques ne servent à rien est en cela une erreur. La biodiversité est avant tout fonctionnelle et notre répulsion ou sensibilité à l’égard de l’une ou l’autre de ses manifestations ne doit pas entrer en ligne de compte. Mais si telle doit être notre façon de procéder, faisons l’apologie du plancton auquel nous devons une respiration sur deux, sacralisons les vers de terre qui rendent nos sols arables et aimons toute cette biodiversité de proximité, celle qui nous entoure directement et que nous méconnaissons souvent !

Nous intéresser à elle, c’est la base : ré-éduquer nos enfants est une mission du quotidien, et changer nos habitudes de consommation à commencer par l’alimentation est le plus grand défit. Notre système agricole doit transiter vers davantage de polyculture, en considérant les écosystèmes dans leur globalité. On voit d’ailleurs fleurir des vocations merveilleuses d’agriculteur qui s’estiment avant tout producteurs de biodiversité. Les agriculteurs sont à ce titre des alliés et détiennent une grande partie des solutions pour prendre soin de cette nature dont nous faisons partie intégrante.

En ce moment à Paris, se déroule un événement majeur, l’IPBES, la plateforme intergouvernementale de la biodiversité (l’équivalent du GIEC pour le climat). Jusqu’au 4 mai, 132 pays membres vont fournir une évaluation scientifique sur l’état mondial de la nature. Cet état des lieux débouchera sur des rendez-vous décisifs dans le calendrier internationale : la COP de la biodiversité en Chine et l’UICN (l’Union internationale pour la Conservation de la Nature) à Marseille en 2020. Les mesures politiques qui en découleront doivent être guidées par la seule préoccupation de la survie et du bien-être de l’humanité, et donc du maintient en bonne santé de notre planète.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s