2020, Année du Coronavirus

Cet article reprend et étoffe une brève du blog, en date d’hier;

Ne voit rien, n’entend rien, n’absorbe pas le virus par la bouche – Remerciements à Plantu

 Survient soudain le Coronavirus, en Chine, et l’OMS patauge dans ses prescriptions, enserrée dans le bras de fer politique entre son siège et les Etats concernés. C’est précisément pour ménager l’égoïsme des Etats que les urgences d’intérêt général (santé, climat, alimentation, réfugiés,  enfance…) sont confiées à des agences multilatérales, sans réelle autorité sauf celle de se laisser malmener par les puissants. A quand un Conseil de sécurité sociale, humanitaire et environnementale, délibérant à la majorité, comme son homologue politico-militaire de New-York?  Du temps de Jacques Chirac, le quai d’Orsay avait poussé cette idée. J’ai eu l’occasion de la développer dans divers fora. Le Grand Jacques l’avait fait sienne dans son discours au monde tout au moins, sans doute sans grande illusion .

J’ai vécu la propagation-éclair l’infection pulmonaire SRAS à Canton, à la veille du Nouvel An de février 2003.  C’est de cette ville qu’elle est partie. Je l’avais moi-même contractée, le mois précédant, sous une forme bénigne mais persistante. Informé du coronavirus par un médecin gabonais diplômé de la faculté de médecine locale (notre unique correspondant médical dans cette ville de 12 millions d’âmes), j’ai lancé l’alerte dans la communauté expatriée. Puis, lorsque Chinois comme étrangers se sont retrouvés bloqués en quarantaine, j’ai mis en ligne la rubrique internet qui a maintenu le lien au sein de la communauté étrangère et avec mes collègue de Hongkong, lesquels se savaient menacés à court terme (et, effectivement…).

Le SRAS élégant

– Les autorités locales du Guangdong et de Canton ont  disparu, de février à mai : bureaux vides, téléphones débranchés. Les édiles locales consommaient volontiers des animaux exotiques vendus sur le marché-zoo alimentaire du quartier de Qing Ping et s’en vantaient même. Ces messieurs ont réapparu, fin-mai, pour un congrès « triomphal » de leur branche provinciale du Parti. Je m’y suis rendu, à leur « invitation », silencieux et porteur d’un masque. Les mandarins rouges ont vu rouge. Ils ignoraient pourtant que le masque est une courtoisie prophylactique pour autrui et non pas une protection pour soi-même ! Mais l’ustensile ne faisait pas macho et faisait même mauvais genre alors que la priorité du moment allait au retour des investisseurs français, attendus, avec leurs capitaux, par l’industrie locale (en contrepartie des délocalisations de nos entreprises). Leur obsession était en effet que, l’on garde un secret étanche sur la pandémie, pour sauvegarder à tout prix la manne des investissements occidentaux. Inutile précaution, alors que les média de la planète titraient sur le SRAS en Chine !

– A Paris, le ministère de la Santé interdisait que l’on corresponde avec les consulats de la zone infectée et les 5000 Français pris au piège. Cela a été expliqué, à distance, à mon épouse, rentrée à la hâte à Paris avec notre fils, lycéen. Là d’où elle venait, personne n’aurait d’ailleurs pris le risque de lui parler face à face, à cause des postillons. Surtout, éviter que ne soit demandé un rapatriement ou, pire, un épidémiologiste français, voire même la venue en Chine d’un spécialiste de l’OMS, ce qui aurait vexé, assurément, la Cité Interdite ! Pas un message, donc, pas un conseil ou à fortiori un encouragement, de la part de l’Ambassadeur de France à Pékin, entre février et juin, en réponse à mes points de situation quotidiens. J’avais, en fait, commis deux crimes passibles du silence hiérarchique, celui qui tue une carrière : mentionner le SRAS allait dissuader J-P Raffarin, alors premier ministre, d’effectuer une visite officielle importante  à Pékin, une ville contaminée bien plus tard. Paradoxalement, on ne m’avais pas mis au courant de ce projet de déplacement officiel et je ne l’ai découvert qu’à travers les média. L’Amba voyait dans ce contretemps SRAS un vrai « sabotage » voulu par ma personne (inventeur du coronavirus) et Paris lui laissait la main puisqu’il était l’Ambassadeur et pouvait à sa guise harceler l’Elysée au téléphone. Mon second acte de trahison est un drame interne : j’avais adressé directement à l’OMS les observations des rares médecins expatriés, souvent australiens, sur la maladie et l’OMS m’en avait remercié, de sorte que la tutelle hiérarchique du Quai d’Orsay s’en trouvait court-circuitée  ! C’est parfois dans des disputes hiérarchiques picrocholines que notre diplomatie se délecte, quand la vie de milliers de Français de Chine était en danger.

– Deux membres de mon équipe consulaire avaient contracté le virus et en restaient sérieusement sonnés. Le plus dur pour eux était l’absence d’écoute française sur ce qu’il leur arrivait : était-ce mortel ?… et le mur de silence dans lequel nous enfermait le « système France », pas loin de faire une croix sur ses lointains administrés perdus. En juin, nous étions enfin à l’abri du virus, mais pas totalement rassurés : la maladie quittait Canton, Nanning, Xiamen, Fuzhou, Hainan, etc., en même temps qu’elle s’accrochait à Hongkong  et se propageait vers le Nord de la Chine, jusqu’à Pékin. Dans la capitale, certains collègues se mettaient à paniquer et n’ont pas, bien sûr, remercié qu’on redirige immédiatement vers eux le médecin militaire français parvenu au consulat général de Canton, bien après la bataille.

– Le coronavirus recommence à jouer des siennes, cette fois depuis la métropole de Wuhan, place forte du constructeur automobile PSA et de la coopération universitaire française dans l’Empire du Milieu. Le virus aurait été activé par la consommation de viande de chauve-souris (certes, on entre dans l’Année de la Souris !). « A mon époque », on maudissait plutôt la civette de l’Himalaya et le pangolin du Bas-Congo. Dans les métropoles, le régime chinois a obtenu sur un claquement de doigt le remplacement de millions de deux-roues par des scooters électriques, plus chers. Mais il n’arrive pas à mettre à l’index les gibiers exotiques totalement sauvages, coûteux et infestés pour y substituerde la viande d’élevage saine et contrôlable.

Va-t-on finir par apprendre, en Chine comme en France ? BONNE ANNEE DU RAT !

Coupable !
Autre coupable : la civette himalayenne !
Encore plus coupable : Pangolin du Bas-Congo !

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