L’Après COVID : tout est là, économisez sur vos autres lectures !

Coronavirus et bureaucratie

Inimaginable la situation actuelle ? Non : elle était tout à fait prévisible malgré l’impréparation : depuis des années, des épidémiologistes nous mettaient en garde sur l’existence d’un risque sanitaire global. Les scénarios étaient écrits. Les mensonges dont on nous a abreuvés, pour cacher la réalité misérable de nos moyens sanitaires, sont à pointer du doigt, pour l’Histoire. Le virus circulerait en France depuis bien avant mars, assurément depuis décembre, voire octobre ! Les réserves d’urgence ont été détruites et remplacées par la gestion en flux tendu, sous la présidence Sarkozy. Puis on a oublié de gérer. Le confinement a permis de contourner la pénurie, mais ce, au prix d’impasses dangereuses sur les masques et surtout sur le dépistage. On n’est pas trop sûr de la qualité des fournitures qui arrivent enfin. De fait, les personnels hospitaliers – comme leur base arrière de fonctionnaires, de travailleurs et d’élus qui assurent au quotidien le fonctionnement du pays – se sont heurtés à l’imprévision mais aussi aux lourdeurs et au mur des 400 000 normes produites au fil des ans par une technocratie insensible, hypercentralisée et obnubilée par les normes comptables. Par manque d’anticipation et de coordination, l’autorité publique a perdu trois semaines face à la flambée du virus puis s’est efforcée de réagir au jour le jour dans une improvisation sidérante… et sans ressortir les plans d’urgence, bien meilleurs, établis en interministériel sous l’autorité du SGDSN. Ni les plans de protection civile dirigés par Michel Barnier au niveau européen… Les seules mesures efficaces contre le coronavirus ont été finalement assumées par la population elle-même, qui a accepté le confinement.  Les faiblesses des études épidémiologiques sont criantes : deux mois ont été perdus sans test et on s’oriente désormais vers des formes de contrôles liberticides à grand renfort d’escouades d’’’anges gardiens’’ autorisés à entrer dans notre vie privée, peut-être pas seulement en rapport avec le Covid.

– Côté mental, la société civile et les médias prophétisent un avenir post-Covid clé en main. On nous bassine sur l’’’après’’, comme s’il s’agissait de fermer une parenthèse, alors que c’est une complexe cohabitation avec le virus qui s’engage. Est-ce qu’aller voter au second tour des municipales devrait être notre premier souci ? C’est clairement la classe politique qui a fait son choix (en disant cela, je prends des accents quasi-populistes, mille excuses !). On est dans le tunnel et tout le monde rêve du paysage qui se cache au bout. Ce paysage sera, à peu de choses près, le même qu’avant la crise, pardi  ! L’option de ne rien changer est clairement celle de tous les lobbies. Passée la première vague, les partisans d’un rattrapage rapide de la croissance sont aux manettes, avec la tentation intacte de surexploiter l’écosystème, pour mieux fermer la parenthèse sanitaire. Ils ont une longueur d’avance sur les braves gens. En fait, la croissance pour la croissance, credo de l’Entreprise, reflète un formatage culturel persistant autant qu’un intérêt catégoriel. De même la croyance au retour de la ‘’chaîne de valeurs globale’’, après  »l’arrêt cardiaque’’ de la production. Ce fut, certes, un AVC. Maintenant on est guéri. Citons aussi, sans ironie, le discours caricatural du président du MEDEF exhortant les agents économiques à ‘’retrousser leurs manches’’ en travaillant plus et pour moins cher, afin de faire repartir l’économie et pour étriller la concurrence. Ce langage guerrier est ancré aussi dans la classe politique, transposé par elle en rubriques ‘’revenu » et  »emploi’’.  L’adhésion est immense. C’était déjà la démarche instinctive de 2008 et de l’après-crise des subprimes. Elle ne va pas disparaître devant le microscopique Covid.

– Aveuglement sincère, faille de lucidité, illusion égoïste de jouissance participent confortablement à ce ‘’vieux monde’’ nocif mais qui va durer encore et encore …Plutôt que d’espérer un avènement miraculeux, c’est à nous autres, les honnêtes gens, de remonter nos manches, de sacrifier à la sobriété de vie que la Nature et la société nous imposent, de nous mobiliser pour faire évoluer les ‘’ systèmes’’ (local, régional, national, planétaire). Ceci promet peines et douleurs, face à la puissance des maîtres réels de l’économie et de la finance, forcément les plus efficaces à imposer leur cours des choses. Si on croit en un ‘’après’’ différent, acceptons surtout la perspective d’échecs et d’erreurs, de tensions voire de combats et de compromis boiteux, de faux semblants du type ‘’greenwashing’’, des alea qu’on ignore encore, du  »shifting’’ réversible entre villes et campagnes, de développement quasi-semi-durable mais pas vraiment autonome. Beaucoup de bonnes idées fonctionneront à 10 ou 20 % des objectifs rêvés, jusqu’à l’arrivée aux manettes d’une plus jeune génération, mieux adaptée que nous à la tâche.

– Pour l’heure, la confiance en l’autorité n’est pas au rendez-vous comme elle l’est, en Italie ou en Allemagne, avec des taux de popularité records allant aux dirigeants en place. Malgré quelques belles phrases d’Emmanuel Macron sur les leçons qu’il faudra tirer sur le plan systémique, les Français ne voient pas clairement où il veut en venir et restent donc prudemment sur leur garde, voire le poing en l’air. C’est un handicap même si la perspicacité politique est une ressource en soi. La France a déchiré sa trame de cohésion sociale et, sans ce ciment commun, elle ne sait plus trouver la voie de l’intérêt général, ni même écouter ceux qui en ont l’expérience. Individualisme exacerbé, corporatismes, jalousies de classes, hédonismes égoïstes et contre-vérités comportées par les réseaux sociaux, telles sont les colères qui la dévorent et consument ses énergies. Elle n‘est pas opérationnelle pour l’après-virus.

– La mise en place d’un déconfinement progressif s’accompagne partout en Europe de plans de relance. Avec la pandémie, nous avons été amenés à percevoir de manière à la fois brutale et prolongée, ce qu’est notre bien commun, ce qui nous est essentiel pour continuer à vivre au prix de vivre sans doute autrement. Et l’épreuve actuelle s’inscrit dans une série longue. Les pays riches essaieront de booster l’activité, au prix d’un endettement colossal, pour qu’elle redémarre en force dès lors qu’est écarté le risque de saturation de leurs services de réanimation. En plaçant la vie en priorité absolue dans le court terme, ils ont agi, selon les mots d’Emmanuel Macron, « quoi qu’il en coûte », sans garantie absolue que cette stratégie fonctionne et qu’il ne faille pas, dans quelques mois, repartir en confinement. De plus, ces monceaux d’argent distribués trop tôt et sans grande perspicacité iront pour partie à la spéculation et manqueront à l’économie réelle. Un vrai problème citoyen.

– Autre réévaluation de bon sens : la ‘’société de seconde ligne’’, issue de la classe moyenne inférieure, assure des fonctions vitales, surtout en cas de crise, et constitue un rempart contre le chaos. En appréciant mieux sa valeur sociale, il convient de lui apporter des gages, sous formes salariales et de meilleures conditions de travail et de la mettre à l’abri de l’arbitraire comptable. A l’inverse, et sans verser dans la discrimination, on doit s’interroger sur l’accès trop largement ouvert à des professions socialement moins utiles (litote), telles celles de courtier, de publicitaire, d’optimisateur fiscal, de chef de service, de membre de cabinet ministériel, de ‘’cost killer’’ industriel ou de développeur de jeux vidéo, toutes moins essentielles que l’infirmière, la caissière ou le transporteur. Et il y a bien d’autres « bullshit jobs «  dont la définition est précisément qu’ils sont ingrats et que la société pourrait s’en passer. Comme le relève l’Institut Jaurès, au sortir de l’épidémie, ‘’on retrouve des populations principalement issues de l’immigration ou assimilées aux « petits Blancs », (…) : intérimaires, indépendants, salariés, petits fonctionnaires ou artisans… Mais au-delà de leurs identités multiples ou de la diversité des statuts, leur appartenance au back-office de la société concourt à les unir… On voudrait croire à l’émergence d’une conscience de classe à partir d’une description de leurs seules conditions de travail. La réalité est plus complexe. Le back-office n’est pas une classe sociale à part entière. Il décrit une position subjective issue d’une expérience de travail dans une économie de services : qui vient servir qui ?… l‘honneur retrouvé du back-office ne sera que de courte durée ou ne concernera que certains métiers en particulier. Bien plus, les clivages et les révoltes qui nous guettent apparaissent assez clairement à l’examen de la situation actuelle, ramenant la France à l’état de cocotte-minute en surchauffe : « premiers de tranchée » contre télétravailleurs, logements exigus contre résidences secondaires, naufragés de la crise économique contre rescapés, etc. Sans compter les appels à demander des comptes au gouvernement sur sa gestion de la crise’’.

– La  robotisation de l’emploi est perçue comme un atout en période de crise. Le nouveau bond numérique qui s’annonce va ajouter à la souffrance des serviteurs  « utiles ». Il faudrait donc s’engager à taxer les robots (cotisations santé, chômage, maladie, retraite, dépendance) mais aussi à partager équitablement le temps de travail, seule solution pour maintenir l’emploi du plus grand nombre. Pour compléter un revenu salarial proportionnellement moindre (mais avec plus de temps libre), l’instauration progressive d’un revenu de base universel fera sens, en commençant par les 18-25 ans pour couvrir toute la population au fil des décennies..

Plus encore que la menace épidémique et ses vagues de réplique, celle du dérèglement du climat est bien visible et documentée. Y aura-t-il des Espagne (empêtrées) et des Taïwan (ingénieuses) du climat, des lieux asymptomatiques et des micros-climats EHPAD ? Le changement n’affectera pas toutes les parties du monde de la même manière et ce sont les pays les plus riches, de surcroît les moins exposés et les plus émetteurs de gaz à effet de serre, qui s’en sortiront mieux que les autres et avant eux. Mais aucun gouvernement ne pourra s’y adapter comme Taïwan s’est adaptée à la menace épidémique : on ne gère pas le changement climatique – point de principe de précaution en tel cas – on prévient et on s’adapte (principes d’anticipation et d’ajustement). Il n’existe pas d’équivalent du confinement, en quelque sorte, une pause au sec dans la tempête, dans l’espoir de revenir, quelques années plus tard, à la situation antérieure : le changement climatique et l’effondrement de la biodiversité seront un état de fait permanent, irréversibles. L’adaptation de l’écosystème et de nos modes de vie, aussi, comme conséquence de la pression insoutenable exercée sur notre milieu. Et, si le changement climatique n’est pas responsable de l’épidémie actuelle, on sait qu’il en entraînera d’autres, notamment en favorisant la diffusion de virus existants, mais peut-être aussi en réactivant d’anciens pathogènes prisonniers du permafrost. Agir contre le dérèglement climatique justifierait assurément la mention « quoi qu’il en coûte ‘’, aux plans local, national et, surtout, au niveau européen.

– Nous voilà à la croisée des chemins. Les plans de relance constituent un risque et une chance, peut-être inédits, pour accélérer la transition écologique. Si nous re-prolongeons dans le monde carboné, l’humanité entière affrontera toujours plus d’effondrements partiels et de crises planétaires.

– L’Europe constitue, un niveau d’action adapté au défi climatique. La Banque Européenne d’Investissement (BEI) est l’une des plus grandes banques publiques du monde, un outil majeur dans la panoplie de l’UE. L’an dernier, les sociétés civiles et le consensus scientifique l’avaient déjà convaincue de renoncer au financement des énergies fossiles, qui se montait alors à 2,4 milliards d’euros par an. Récemment, le président de cette institution, Werner Hoyer, a demandé que la reprise économique ‘’soutienne la poursuite de nos objectifs climatiques’’. Mieux encore, la BEI a enquêté auprès du public européen pour recueillir avis et commentaires sur sa feuille de route à long terme. Son objectif est de devenir la « Banque de l’Union Européenne pour le climat ». On peut se féliciter que la BEI se donne pour mission que les personnes, la planète et la justice passent avant les entreprises les plus polluantes. Schématiquement, trois propositions lui sont faites :

*1 Assurer les alternatives au financement des énergies fossiles, afin que plus un euro d’argent public ne soit gaspillé pour l’économie carbonée ;

*2 Contribuer à la mise en place d’un véritable « Green Deal » européen, pour une transition rapide et encadrée vers les énergies renouvelables ;

*3 Financer le recyclage professionnel des travailleurs de l’énergie carbonée.

Au moment où le refinancement de grands groupes privés s’opère à tout-va (voyez les 7 Mds € destinés à Air France, 5, à Renault, etc.) où une décision prise en commission du Parlement, qui  préconise de ne pas ‘’léser’’ les entreprises liées aux paradis fiscaux, ce serait un exemple et une garantie morale que la BEI joue un rôle de premier plan. Au-delà de l’Europe, elle pourrait même inspirer les institutions financières du reste du monde, par effet domino.

– Pour insuffler un peu de cohérence dans le chaos actuel, il faudrait souhaiter aussi que l’UE (Parlement et Commission) se voient confier, après le « Green Deal », une coordination contre les catastrophes naturelles, industrielles et sanitaires dépassant l’échelle d’un Etat-membre isolé. Protection civile, mais aussi normes sociales et – initiative attendue depuis si longtemps – traitement des migrations massives qu’elles soient climatiques, issues des conflits ou de la pure misère. Ai-je tété long, trop long. ? Mais je crois avoir synthétisé, pour l’essentiel, les citoyens sages en qui j’ai confiance.

Une pensée spéciale pour Anne Hessel dont l’esprit clair m’a inspiré.

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