* 5 novembre – Stress test pour l’Amérique

Brèves des jours précédents

Tout ce qui sera dit aujourd’hui pourra être démenti demain, concernant la présidentielle américaine. Sous cette réserve importante, le paysage politique a évolué, depuis hier, en faveur de Joe Biden. Ce matin, le candidat démocrate n‘est plus qu’à six grands électeurs du score décisif de 270. Mais il est encore loin d’une issue certaine et incontestable. La guerre d’usure juridique et partisane qui s’amorce s’écarte un peu de l’imbroglio électoral à l’ivoirienne ou à la guinéenne. Mais pas tant. On pressent surtout que le blocage des Etats-Unis, la dégradation de leurs institutions, la focalisation sur leurs déchirements internes, leur absence au monde risquent de perdurer.

Le trumpisme en est largement responsable et il va sans doute rester fort au Sénat – institution-clé, notamment pour la politique extérieure – dans les états, plus nombreux à élire un congrès et un gouverneur républicains et, bien sûr, à la Cour Suprême. Sur cette toile de fond, les nominations au sein d’une éventuelle administration démocrate devront être négociées de façon fastidieuse, avec une multitude de concessions au camp adverse. La sociologie des Etats Unis va maintenir une constante et forte pression sur Washington des segments populistes de la population. Elle continuera à dicter une préférence pour le protectionnisme et une grande défiance envers toute forme d’engagement extérieur.

Sans doute, J. Biden en a-t-il conscience qui s’engage à faire réintégrer son pays, dès son premier jour à la maison Blanche, à l’accord de Paris sur le climat. Toujours avec des ‘’si’’, si tel était le cas, le créneau d’opportunité pour prendre de vitesse les lobbies et le Sénat serait bref, en effet. Pour les Européens, parler en confiance et dans l’amitié avec le nouveau président serait un énorme mieux, duquel il conviendrait de se féliciter, mais cela ne signifierait pas pour autant que l’Alliance et le Partenariat reviendraient au format des temps heureux jadis. Il faudra comprendre et soutenir une administration plutôt pro-européenne mais engoncée, ce qui ne sera possible que sur la base d’une posture européenne plus forte, plus en initiative. Le douillet parapluie nucléaire et le grand frère qui dispense au petit la profusion de ses moyens… n’y comptons plus trop !

* 4 novembre – Forcer le destin, contraindre les institutions. Est-on parti pour le pire des scénarios et même pour le scénario du pire, au lendemain de l’élection américaine ? Donal Trump avait clairement annoncé que si les premiers résultats étaient serrés, il lancerait des barrages de contentieux juridiques au niveau de tous les Etats. Les sondages prédisant une vague de fond démocrate semblent, une fois de plus, aveugles aux faits. Ceci, même s’il apparait que, porté par une participation citoyenne sans précédent, Joe Biden remportera le suffrage populaire et de façon plus nette qu’Hillary Clinton, fin-2016. La Chambre des représentants restera Démocrate et le Sénat, sans doute, Républicain. Ceci ne laisse pas présager d’une prochaine mandature de cohésion. Pourtant, le suffrage indirect au niveau de chaque état constituant la règle (236 grands électeurs pour Biden et 213 pourTrump, au matin du 4 novembre), la même confusion quant aux résultats suscite la même sidération : après quatre années de cauchemar et de division, Trump pourrait être réélu !

Fidèle à sa posture de trucage des institutions, il clame déjà victoire et prétend arrêter le décompte des votes (en fait, des votes par correspondance généralement plus favorables au camp démocrate). Faire l’impasse sur des voix non-encore comptées, voilà un procédé de dictateur africain ou oriental ! Le satrape de Washington ne contrôle pas toutes les cours suprêmes des états, auprès desquelles ses avocats vont multiplier les contestations. Néanmoins, les recours aboutissant, en dernière instance, à sa Cour suprême fédérale, armée de juristes nommés par lui, il est manifestement prêt à faire dérailler, à son profit, la mécanique électorale. La crise post-électorale promet de durer et la confusion de s’installer, avec le risque que les tensions s’expriment jusque dans la rue. La réconciliation entre Américains n’en sera que plus difficile.

Au fil de sa campagne délétère, Trump a radicalisé sa base électorale avec une efficacité redoutable. La colère contre les institutions démocratiques du Pays, contre la classe politique de Washington (hormis Trump) est à la hauteur des peurs entretenues dans cette population blanche déclassée, contre la mondialisation des emplois, la montée des minorités, le ’’système’’, de façon générale. Son besoin d’un chef atypique et provocateur reste fort.  Les milices ne sont pas encore de sortie, mais qui sait… Seule la démographie réduira à terme l’impact électoral de ces cousins américains de nos gilets jaunes et cela leur donne un sens aigu de l’urgence. Avec ces deux populations antagonistes, l’Amérique nous  présente un triste miroir du déclin occidental.

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