* 7 novembre – Du terrorisme (et des élections)

Trois attentats particulièrement horribles commis en France au cours du mois écoulé, par des loups (plus ou moins) solitaires, de même en Angleterre et en Autriche : la question hyper-sensible du terrorisme surgit à nouveau dans un espace médiatique déjà fortement traumatisé par la pandémie et par la mise en veilleuse de l’économie. Ce cancer s’adapte à nos circonstances, tandis que nos réactions, de plus en plus rigides, de plus en plus politiciennes, marquent comme un renoncement à traiter le problème – mondial, il est vrai – à ses sources.

En mesurant le sens des mots, ‘’le terrorisme’’ , ce mode opératoire asymétrique et particulièrement infecte, n’est ni une idéologie, ni une métaphysique. Le phénomène est, à chaque nouvel épisode sanglant, traité un degré de plus par amalgame. D’abord pour ses ressors profonds : confrontation de la laïcité occidentale et française avec les/des musulmans; séparatisme d’une partie de la France avec la république ( ?); infiltration de fauteurs d’attentats étrangers par les canaux migratoires, asile compris; surenchère et vengeance entre les deux grandes centrales du jihadisme, Daech paraissant tenir la tête en Europe, tandis qu’Al Qaïda affronte les soldats pro-occidentaux au Sahel. Ce dernier facteur est d’ailleurs factuel et n‘appelle pas de correctif.

La question de l’Islam et de l’islamisme est simplement explosive. L’Islam de France est infiniment plus paisible et respectable que l’échauffement des esprits qui agite le Moyen-Orient. Cette dérive tient à l’échec du modèle politique et social, au populisme des autocrates arabes ou turcs, à leurs manipulations (cf. Erdogan). C’est cette crise de civilisation qui entre en Europe via internet, via certains imams et influenceurs étrangers, opérant au sein d’Etats ou de réseaux sulfureux. C’est donc de l’extérieur qu’est captée la frustration et l’absence d’avenir de jeunes Français pauvres, souvent en rupture avec leur famille et avec l’école. Cette strate humaine en perdition embrasse le modèle de révolte qu’on lui propose. Il y en a-t-il d’autres ? Leurs prédécesseurs, sous la III ème République, s’affirmaient anarchistes  nihilistes, puis dans les années 30, ligueurs ou nationaux-socialistes de base. Dans tous les cas, il y a danger de passage à l’acte, ce qui justifie le travail de renseignement – de dépistage – et une forme administrative de prévention. Mais il convient de garder la profondeur analytique que permettent l’histoire et la sociologie. Stigmatiser les musulmans occidentaux, qui, en France, adhèrent à la loi de 1905 et aux principes de la laïcité, serait une injustice et une erreur stratégique majeures. En comptant sur notre fraternité citoyenne, seuls, eux, peuvent épurer l’islam de ses ambiguïtés guerrières et totalitaires, à l’exemple de ce qu’ont fait les Chrétiens d’Europe avec le catholicisme. Parler de séparatisme, comme s’il s’agissait de rétablir l’intégrité du pays par la force, constitue, pour le coup, une hérésie de la citoyenneté, un déni de ce qu’il s’agit d’enfants perdus de la République.

Le président français va encore plus loin quand il impute à la circulation des étrangers le ‘’terrorisme exogène’’ : renforcer les effectifs gardant les frontières; remettre à plat Schengen ; refouler, sans vergogne, sans examen ni respect du droit international, les exilés qui parviennent jusqu’à nous, c’est adopter une posture fermée, inhumaine donc irréaliste. Avancer l’idée ou la sous-entendre que le besoin de protection serait un camouflage pour des projets d’attentats ne ralentira pas le flux des malheureux, mais avivera les ressentiments et le populisme de part et d’autre. A fouler au pied nos propres valeurs, nous créons une grande confusion autour du sens des lumières et de notre laïcité de moins en moins conforme à la séparation Eglise-Etat et à la devise de Fraternité. Veut-on être perçu en hypocrite sans foi i loi ? N’attirerons-nous plus vers nous que des sujets étrangers vengeurs, intégristes ou asociaux (dont nous aurons toujours besoin pour notre économie) ? Avec des propos présidentiels, bien compris en France mais outrageants au-delà des frontières, on a réussi à embarrasser sérieusement tous les amis que nous comptions au Maghreb. Nos voisins européens e ous suivent pas. Tout cela brouille notre image internationale, qui n’est pas si bonne auprès des Musulmans du monde. Ainsi se dessine un tournant politique funeste, dans un pays qui se projette volontiers comme un modèle de démocratie face aux obscurantismes mais titube en réalité. 
La campagne pour les présidentielles de 2022 s’annonce crispante, sous le signe du ‘’tout sécuritaire’’ : l’axiome qui s’impose, sans nuance, sans dialogue ni vision longue, juste pour plaire aux gens médiocres. Ce blog ne niera pas qu’il faudra bien reconduire chez eux les étrangers qui viennent avec des plans cachés ou qui ne pourront jamais trouver leur place dans une société qu’ils ne veulent pas comprendre. Mais il rappelle que ceci, néanmoins, ne doit pas se faire sous l’étendard de la xénophobie, dans la doxa sécuritaire et au prix de l’effritement des libertés démocratiques, autant de mauvaises recettes malheureusement si utiles à la cause électorale. Populisme !

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