* 10 novembre – Pendant ce temps là

Pendant que J. Biden s’attèle à rabibocher les Américains et D. Trump à lui savonner la planche, le monde court sans la première puissance. L’absence de l’Occident saute aux yeux dans cet armistice bricolé par Moscou au Haut Kahraba, au plus près du rapport de forces militaire. Le Groupe de Minsk, créé en 1994 pour résoudre ce conflit et qui inclut aussi la France, est resté sagement au vestiaire. V. Poutine a suffisamment de situations tordues à régler dans l’ex-glacis soviétique pour aller au plus simple dans ce conflit opposant un partenaire pétrolier puissant (l’Azerbaïdjan) – qui dérive vers la Turquie – et un protégé plutôt pathétique (l’Arménie) – sous cotutelle de l’Occident. Un accord de cessez-le-feu a été conclu, par les deux belligérants et le président russe, pour stopper les combats sanglants au Haut-Karabakh. Mais ce n’est pas une paix. Les lignes de cessez-le-feu, qui seront contrôlées par 1500 soldats russes, reflètent les gains militaires de la partir turco-azéri. Elles révulsent donc les patriotes arméniens. Aussitôt leur annonce, Bakou s’est réjoui d’une ‘’capitulation’’ d’Erevan, tandis que, dans la capitale arménienne, une foule en colère envahissait le siège du gouvernement arménien en réclamant la démission du premier ministre, Nikol Pachinian.
Il était impérieux d’arrêter le massacre et, sans doute, de prévenir l’effondrement complet de la défense arménienne. Les grands acteurs occidentaux, un peu honteux et sentimentalement affectés, ne pourront en tout cas pas reprocher à Poutine d’avoir ‘’fait le boulot’’ à leur place. En stratège sans état d’âme, le Maître du Kremlin ne fera rien pour empêcher l’Azerbaïdjan de récupérer une bonne partie du glacis défensif qu’Erevan s’était approprié sur son territoire pour assurer une continuité entre ses frontières et celles de son satellite culturel. C’était d’ailleurs le point faible de la stratégie arménienne (occuper une sorte de ‘’couloir de Dantzig’’). La construction d’une route dans l’esprit de celle qui, jadis, reliait Berlin et la RFA à travers un territoire hostile, est proposée par Moscou, sans qu’on connaisse la position de Bakou sur la question.

Il en va différemment de l’intégrité du Haut Kahraba arménien (au sens ethnique), tant il est évident que ce petit peuple n’acceptera jamais de repasser sous la coupe de son ancien maître et ennemi. On pense à la Crimée (repasser sous la férule ukrainienne ?), au Kosovo (se faire réabsorber par la Serbie ?) à l’Ossétie du Nord (réintégrer la Géorgie ?), à l’enclave de Kaliningrad (se fondre dans la Lituanie et dans la Pologne ?), aux territoires palestiniens (se faire coloniser jusqu’à disparaître ?), à la Transnistrie (revenir dans le giron moldave ?), etc. Jusqu’à présent, l’état de fait tient lieu, dans tous ces cas, d’état de droit, ce dernier ne parvenant pas à trancher entre la souveraineté d’un peuple et son autodétermination, d’un côté, et l’intégrité territoriale des Etats, de l’autre.

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