11 novembre – Peuples en guerre

Alors que les regards sont tournés vers l’Amérique et le conflit du Caucase, des affrontements éclatent sans grand retentissement extérieur entre l’armée éthiopienne et l’Erythrée. La corne de l’Afrique entre dans un processus de déstabilisation.

Les milices du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) sont accusées, par Addis Abeba, d’avoir mené des attaques contre deux camps militaires fédéraux, ce qui a déclenché contre elles une série de bombardements aériens. Cette province, travaillée de longue date par une volonté d’accaparement du pouvoir, reproche au premier ministre Abiy Ahmed, d’avoir réduit son influence, en écartant ses représentants du gouvernement fédéral et en pactisant avec l’Érythrée voisine. Abiy Ahmed a d’ailleurs reçu le Nobel 2019 pour cet accord de paix. Les Tigréens (6 % de la population) sont un peu les Tutsi de l’Ethiopie. Aujourd’hui, repliés dans leur fief, ils ont constitué la classe dirigeante (et arrogante) éthiopienne, de 1991 à 2018, en assumant une posture guerrière à l’égard du voisin et ex-frère séparé érythréen, envers qui ils entretiennent des rivalités territoriales historiques. Leurs troupes, commandées par Tsadkan Gebre Kidan, l’ancien chef de leur guérilla, ont combattu les Russes et sont bien armées et aguerries. De plus, leurs dirigeants ont défié le pouvoir central en organisant des élections locales, sans le feu vert fédéral, en pleine pandémie de Covid. En fait, ils mènent une confrontation sur la conception-même de la Nation et, sur la répartition des pouvoirs. Face à eux, le groupe éthique Amhara, aux frontières du Tigré, est également réputé puissant et hostile à son voisin. Il maintient l’ordre fédéral avec brutalité, en poursuivant les hostilités aériennes par des combats au sol, appuyés par des moyens d’artillerie lourde.

C’est ainsi qu’émergent les prémices d’une guerre civile. En attendant, des milliers d’Éthiopiens, dont des soldats fuyant les combats, passent au Soudan. Le HCR est sur la brèche et se hâte d’ouvrir des camps de réfugiés de part et d’autre de la frontière. L’afflux dépasse les moyens mobilisables et le Soudan pourrait s’en trouver déstabilisé à son tour. Ce scénario funeste rappelle les conflits qui ont troublé la région des grands lacs dans les années 1990-2000 de même que les récents malheurs du Soudan. L’époque est telle que le monde, incapable de contenir les débordements de violence identitaire, ne sait plus où regarder, quoi dire ou que faire. Le HCR, dernier vestige d’une civilisation humaine ?

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