* 14 novembre – Vers un Afghanistan Touareg

La ‘’neutralisation’’ de Bah Ag Moussa, leader des rébellions touareg, tenu pour responsable de plusieurs attaques contre les forces maliennes et internationales, constitue-t-elle un coup décisif porté aux capacités offensives du GSIM ? Elle intervient après le retour en son sein des 200 jihadistes relâchés en échange de quatre otages, dont la française Sophie Pétronin. Au gouvernement, on salue « un succès majeur (de Barkhane) dans la lutte contre le terrorisme ». ce qui remonte le moral de Barkhane, mais, dans les faits, on ignore tout des capacités de la filiale sahélienne à recomposer son commandement militaire, éventuellement par des renforts extérieurs.
L’opération des forces spéciales françaises parait surtout contenir un message de mise en garde politique à la jungle au pouvoir à Bamako, après le camouflet qu’elle a infligé à la France en rétribuant et en libérant les rebelles preneurs d’otages. Le Premier ministre malien de transition, Moctar Ouane, continue à défendre « la nécessité d’une offre de dialogue avec les groupes armés », qu’il ne qualifie d’ailleurs jamais de’’ jihadistes’’, le terme n’ayant pas en Islam les mêmes connotations qu’en Europe. Déjà, en 2017, une conférence de l’entente nationale avait été organisée, puis, en 2019 un’’ dialogue national inclusif’’. À chaque fois, les Maliens se sont montrés favorables à un dialogue avec les rebelles. A chaque fois, Paris a considéré comme un coup de poignard dans son dos tout exercice de fraternisation avec les groupes armés que Barkhane combat. Dans ces conditions, la réponse militaire de la France, sous la forme d’ opérations d’exécution de chefs rebelles, enclenche un bras de fer avec les Maliens.


A plus long terme, les troupes françaises vont devoir faire face à un ennemi à l’identité insaisissable. L’adversaire désigné au sommet de Pau du G5 Sahel était l’Organisation état islamique dans le Grand Sahara (EIGS) et il n’est pas établi que cette filiale-là soit celle qui menace l’Europe d’attentats. Comme en Afghanistan, la subversion initialement importée du Moyen Orient a désormais pris racine dans les populations maliennes désœuvrées, pauvres, discriminées, aliénées par l’Etat central ‘’sudiste’’. Celles-ci prennent offense de la présence impériale de soldats étrangers, présumés méprisants ou anti-musulmans. Comment identifier alors, de façon acceptable, l’ennemi des Français ? La révolte est passée à la base, pour bien d’autres motifs que la religion. Lucide sur lui-même ou trop complaisant, le gouvernement malien est, de toute façon, maître chez lui et il s’agit de ses populations, dont nous ne pouvons pas dicter l’avenir. A force de ne pas vouloir parler aux Français de politique extérieure, on en vient à faire des choix stratégiques, ‘’à l’américaine’’, dénués de sens politique. C’est une forme de confinement dans l’action pour l’action que nos militaires redoutent d’ailleurs au plus haut point.

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