* 8 janvier – Les abois du Capitole

Selon leur ancrage démocratique ou autoritaire, les dirigeants du monde réagissent avec effroi ou avec sarcasme au raid des partisans de Donald Trump sur le Congrès américain. On peut, de fait, y voir l’échec pathétique d’une attaque brouillonne contre les institutions de la plus éminente démocratie de la planète ou, au contraire, le signe du déclin inexorable de l’hyper-puissance donneuse de leçons. Les deux interprétations ont leur part de vérité, mais il est clair que l’affrontement entre Américains reste latent et que l’épreuve de force va se poursuivre entre les héritiers de l’œuvre des Pères-fondateurs et les milieux blancs déclassés, agités par la fureur populiste. Les uns fondent leurs convictions politiques sur le respect des institutions et des libertés civiques, les autres, sur une prise de possession directe et le spectacle du  »légitime défoulement populaire’’ contre tous les sujets de leur méfiance. Avant de ranger ces derniers parmi les ennemis de la démocratie, il faudrait déjà les inciter à en exprimer, au-delà des slogans fantasmés, leur conception des remèdes à la crise, ce, dans l’ordre politique rationnel.


Nous venons de faire, en France, l’expérience d’un long conflit interne assez comparable. Personne ne nie la montée des populismes un peu partout en Occident, exacerbée par des décennies de méfiance entre gouvernants et gouvernés. Etait-ce le sens de cette bannière étoilée, placée en toile de fond de l’intervention à chaud du président Macron sur l’incident du Capitole ? Faisons mine de croire que c’était bien le cas :  »Français et Américains, nous sommes sur la même galère, comme à la fin du 18ème siècle, et l’on va devoir ramer longtemps ». Des deux côtés de l’Atlantique, des peurs bien réelles accompagnent l’émergence économique de nations (surtout asiatiques) plus performantes ou plus agressives, le déclassement social, la révolution numérique tueuse d’emploi, l’alarmisme mensonger des réseaux sociaux, sans oublier une myriade d’angoisses fantasmées qui trouvent malheureusement un écho médiatique disproportionné. La pandémie constitue un riche terreau, à cet égard. Sans trop idéaliser Joe Biden, il nous faudra observer comment il va tenter de réparer le tissu américain. Il n’est pas exclu qu’il marque quelques points là où la défiance sociale reste la dominante en politique française. Il faut être deux – dirigeants et population – pour danser le menuet, mais c’est toujours à ceux qui ont appris la danse qu’il revient de guider les premiers pas.

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