* 28 janvier – Etat comptable, sans état d’âme

Afin de « réexaminer » la décision prise sous la présidence Trump, l‘administration Biden suspend certaines ventes de munitions de précision à l’Arabie saoudite et celles de chasseurs F-35 aux Emirats arabes unis. Le département d’Etat américain précise qu’il s’agit de s’assurer que ces ventes d’armement répondent aux objectifs stratégiques du Gouvernement. Présentée comme une mesure de routine administrative, cette décision représente en fait un tournant politique spectaculaire. Ces contrats ‘’récompensaient’’, en effet, la reconnaissance par Abu Dhabi de l’Etat d’Israël et le rapprochement amorcé entre Riyad et Jérusalem.
Prôné de longue date par le Parti démocrate, le tournant n’en est pas moins spectaculaire dans sa signification stratégique. Les deux capitales du Golfe, jusqu’alors très étroitement alliées aux Etats-Unis (et à la France), se voient publiquement désavouées dans leur façon de mener l’expédition militaire au Yémen, face aux rebelles Houtis (chiites). La prolongation du conflit depuis plus de cinq ans, dans des conditions effroyables, entache la légitimité des soutiens occidentaux et mobilise les opinions publiques, indignées par ce scandale. A son arrivée aux affaires, le secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, s’était prononcé pour « mettre fin » au soutien américain. Joe Biden s’engage donc dans un réexamen stratégique couvrant aussi les politiques étrangère et industrielle (quel revers cinglant pour le lobby militaro-industriel !). Recherche-t-il une levée de l’assujettissement des Etats Unis à une cause qui n’est pas la leur (l’hégémonie sunnite), ou une mise en garde à de ‘’bons clients’’ un peu trop associés, à divers niveaux, à la menace de l’islamisme prosélyte, ou encore un signal positif de basse intensité à destination de l’Iran, dans le but d’amorcer un dialogue ? On pourrait tout aussi bien y voir un sursaut de conscience face au drame humanitaire que vivent les Yéménites, à fortiori quand il résulte de la volonté de princes adeptes du gouvernement par l’assassinat.

Dans tous les cas, ce geste courageux fait ressortir la position rigide et opportuniste de la France qui, dans ce drame du Moyen Orient, ne cherche qu’à tirer des profits pour son industrie d’armement nationale, surtout lorsque l’Amérique se désengage. Ce volet mis à part, ses intérêts stratégiques sont strictement les mêmes que ceux mis en avant par la nouvelle administration de Washington. Dans la vieille monarchie républicaine, le seul fait de manifester une sensibilité sur un contrat export sulfureux vous range au nombre des ‘’séparatistes’’, fauteurs de désindustrialisation et de chômage de masse. Autant fermer le Quai d’Orsay.

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