* 01 février – Méchante jungle exotique

Le monde sans foi ni loi du Covid ne cesse de nous abreuver d’évènements tordus. En Birmanie, la nuit a vu s’abattre un black out des télécoms sur Rangoun et Naypyidaw (la nouvelle capitale, isolée de tout) : les forces armées, championnes du monde de la dictature militaire sur quatre décennies, (re)saisissaient le pouvoir, pouvoir qu’en fait elles n’avaient jamais totalement abandonné aux civils. Leur putsch est devenu clair, lorsqu’a été arrêtée Aung San Suu Kyi, la cheffe de facto du gouvernement birman. Celle-ci retourne brutalement à sa triste et historique condition initiale, celle de grande résistante passive de la Nation. Selon la direction de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), la prix Nobel 1991 de la Paix exhorte la population à ne pas accepter le coup d’État. Mais que faire face aux détenteurs de la force ? L’enlèvement et la mise en détention du gouverneur de Rangoun, de leaders d’opinion, d’artistes et de nombreux responsables politiques de zones de minorités ethniques accrédite l’identité de l’ennemi des généraux : les citoyens qui pensent et qui créent.

Dans la foulée, le commandant en chef de l’armée de terre a décrété l’état d’urgence, pour une durée d’un an, afin de ‘’préserver la stabilité de l’État’’. A l’échéance, se tiendraient , dit-il, de nouvelles élections générales ‘’ libres et équitables’’. Le général Min Aung Hlaing s’énervait depuis quelque temps, menaçant même de ‘’révoquer’’ la constitution du pays. C’est tout dire. En fait, les militaires ont perdu les législatives de novembre, remportées très largement par le parti d’Aung San Suu Kyi. Ils accusent, à rebours, la commission électorale d’avoir laissé passer des irrégularités. ‘’Nous mettrons en place une véritable démocratie multipartite’’, proclame un communiqué des prétoriens sur leurs pages Facebook. Venant de la narco-mafia qu’est Tatmadaw (la junte birmane), uniquement apte à confisquer la démocratie et légèrement fascisante, qui plus est – les Rohingyas expulsés au Bangladesh ne le démentiront pas – ce programme apparait comme un monument de tartuferie. L’allusion au corona virus comme facteur justificatif est bien conforme à l‘opportunisme des autocraties. Mais pour le malheur de la junte, dénoncer la dictature en Birmanie ne pose pas autant de problèmes de conscience aux Etats occidentaux que de mettre sur le sellette, par exemple, les dirigeants de la Chine (le meilleur soutien de la jute birmane, par ailleurs). Beaucoup remercieront le général Min de leur offrir une bonne conscience sur un plateau d’argent.

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