* 02 février – Vodka dans le gaz

En chantier sous la mer Baltique, le gazoduc Nord Stream 2 reliera sur 1200 km la Russie à l’Allemagne. L’ouvrage, d’un coût de 12 milliards d’euros, est en phase finale de réalisation. Gazprom en a financé la moitié, complétée par cinq entreprises européennes, dont Engie. Selon les plans, Nord Stream 2 devrait entrer en service en 2022, échéance à laquelle il doublera les capacités de Nord Stream 1, déjà en opération. Ses 55 milliards de mètres cubes de débit pèseront lourd dans l’avenir énergétique de l’Europe. Autant dire qu’à l’heure où beaucoup s’interrogent sur la pertinence d’investissements géants dans l’énergie fossile, il constitue, pour Moscou, un levier majeur pour consolider son emprise énergétique sur le Nord de l’Europe occidentale.


Par rapport à cet état des lieux gênant, comment situer les réactions qu’ont provoquées l’empoisonnement au Novitchok de l’opposant russe Alexeï Navalny, son arrestation au retour dans son pays, la répression aveugle à laquelle se trouvent confrontés, dans plus de cent villes russes, des dizaines de milliers de manifestants courageux et pacifiques, protestant sous le mot d’ordre légitime de l’anticorruption ? Doit-on renoncer à ce coûteux projet déjà réalisé à 90 % et perdre l’investissement qu’on y a mis ? Devrait-on, d’ailleurs, s’abonner éternellement au gaz naturel russe, voire au gaz tout court quelle que soit sa source ? Doit-on inverser le levier de contrainte et mettre en difficulté l’industrie = et la politique = de la Russie ? Devrait-on alors politiser les fourniture de matières premières, au risque de déclencher une guerre de blocus et toute une série de représailles ? Un abandon de ce projet aurait en effet de graves conséquences pour Moscou, dont l’économie dépend fortement de ses exportations de gaz.

Les questions se précipitent au sein de l’Union européenne, mettant en jeu des intérêts de natures différentes.
Car la pression monte et plusieurs Etats-membres demandent désormais l’abandon du projet, surtout ceux d’Europe de l’est, qui redoutent cette emprise russe sur la Baltique… et sur Berlin. Bien avant l’affaire Navalny, les États-Unis et une partie des Européens se méfiaient déjà d’une dépendance croissante vis-à-vis du gaz russe. Le Parlement européen a ainsi voté l’arrêt du chantier, sans détenir de pouvoir de décision en la matière. L’Allemagne se trouve au cœur des transactions privées pour la réalisation de Nord Stream 2, car il y va de son approvisionnement stratégique, à un niveau qui crée réellement une dépendance. Elle aurait les pires difficultés à se dégager de ses obligations contractuelles et à se tourner vers d’autres sources. Par la voie de sa diplomatie, Paris l’y incite néanmoins, créant les conditions d’une controverse au sein de l’UE. Il n‘aurait sans doute pas fallu laisser Engie s’aventurer dans ce guêpier mais investir plutôt dans le développement d’énergies nouvelles. On aurait pu aussi anticiper le vieillissement agressif et rigide du régime Poutine. Si l’insouciance et les bénéfices (et aussi l’influence personnelle d’un ex-chancelier allemand) ont acté ces mauvais choix stratégiques, il est temps pour l’Europe de trouver un message commun adapté aux peines endurées par les Russes – mais aussi par les Biélorusses – en évitant l’affrontement imbécile autant que ‘’la paix pour le gaz’’. De nouveaux accords de Helsinki ?

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