* 5 février – ‘’L’Affaire du siècle »

Le qualificatif paraît pompeux, mais il s’agit d’un pas symbolique qui pourrait faire bouger les données du problème. Le tribunal administratif de Paris vient d’incriminer l’État français d’inaction climatique. Ce sont des décennies de double langage et de négligence qui ont été jugées et cette condamnation morale comporte au moins deux dimensions : une critique systémique sur l’incapacité des institutions politiques à tenir leurs engagements et aussi une valeur de précédent à l’international. Ce n’est pas un cas unique de ‘’judiciarisation de l’urgence climatique’’, mais les ONG saluent cette victoire pour le moins inattendue « dans un pays de hiérarchie verticale comme la France. Le tribunal accorde un délai de deux mois au Gouvernement pour qu’il accorde ses actes à ses propres décisions politiques. Hormis ce devoir de suivi opérationnel, il ne pourra pas dicter ses propres exigences, du fait de la séparation des pouvoirs.


Ce jugement n’en est pas moins révolutionnaire. D’abord, il rompt avec une forme de respect complaisant de la justice administrative à l’égard du ‘’Dieu-Etat’’. Il adopte un type de délibéré qui évoquerait plutôt la justice (indépendante) du Siège. Il vient sanctionner tout ce que n’a pas été fait, notamment sous Emmanuel Macron. Surtout, il place l’Etat et la société civile, représentée par cinq ONG, sur un strict plan d’égalité. Enfin, il laisse entrevoir une possible extension d’une telle démarche judiciaire à d’autres domaines de la gouvernance : les libertés, les droits sociaux opposables, la sécurité, l’asile, etc. tous domaines où les actes et leurs résultats ne se conforment pas toujours à la parole publique. Le double langage est une forme de médiocrité très pratiquée en politique, où la ‘’com’’ est trop généralement perçue comme dispensant des actes, l’effet de court terme visé comme plus ‘’payant’’ électoralement que la mobilisation de moyens et la détermination, dans la durée. Ainsi, parmi 165 Etats étudiés, le Financial Times place cette année la France dans la catégorie ‘’démocraties déficientes’’, une dégradation forte sur un an, qui repousse la Patrie des Lumières dans se sombres ténèbres fort loin de la Norvège (° 1). Le pire est que les citoyens s’accoutument et se soumettent à la ligne de fracture entre le boniment et l’action concrète, sans trop s’offusquer de cette forme de duplicité, voire de tromperie, dans le (dys)fonctionnement de la démocratie. Tout cela serait ‘’dans l’ordre des choses’’, suppose-t-on. Car la question touche aussi à la psychologie citoyenne : un gouvernement qui promettrait peu mais tiendrait parole aurait-il sa chance, dans une élection, face à des concurrents mythomanes, qui savent enjôler les imaginations ? Il y a une décennie, la réponse aurait été non. Aujourd’hui : plutôt oui, c’est à craindre.


Le gouvernement a jusqu’au 19 février pour lui fournir les preuves de la réalité de son action contre le réchauffement climatique. Un second ‘’round’’ se jouera en appel, lors de la prochaine audition du Conseil d’État, laquelle conditionnera le jugement définitif du tribunal administratif de Paris. Le Conseil d’État dira alors s’il valide les réponses apportées par le gouvernement ou si, au contraire, il ordonne à celui-ci de revoir la mise en œuvre de ses politiques bâclées ou oubliées. Les associations ont eu l’intelligence de fixer à un €uro symbolique la réparation du préjudice. Comme prix fixé à la sincérité de la lutte climatique et à la démocratie, ce simple €uro pourrait changer la face du Pays et au-delà.

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