* 15 mars – Stress nucléaire

Mururoa et Fangataufa ne sont pas des souvenirs heureux pour la Polynésie française. Aériens puis souterrains, les tirs d’essais nucléaires – essentiels pour développer la dissuasion – ont toujours pris localement la forme d’un diktat militaire couvert par le secret d’Etat. La population y a été exposée, sans information suffisante et dans la hantise qu’on lui mente. Ceci ne pouvait que lui faire ressentir la dureté de sa condition de ‘’paramètre marginal’’, voire, d’un point de vue politique, son statut ‘’colonial’’. Evoquant l’essai ‘’Centaure’’ de 1974 – très puissant et auquel la santé des habitants a été particulièrement exposée – le leader indépendantiste Oscar Temaru et d’autres élus appellent les Polynésiens à manifester contre « les 193 crimes » (autant d’essais) commis par l’État français, entre 1966 et 1996. Ce sera le 17 juillet, probablement dans l’indifférence de la métropole, mais, localement, un traumatisme comme celui-ci mobilise les esprits, plus que le Covid, évidemment.

Une enquête publiée par Disclose, hier, évalue la radioactivité subie par certains Polynésiens « deux à dix fois supérieure » aux estimations diffusées par le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) concernant les six essais nucléaires les plus contaminants. Alors, mensonge d’Etat, les données moins alarmistes diffusées jusqu’à présent ?… ou embrouille politicienne sur le seuil de sévérité de l’irradiation ? On ne va pas trancher ce débat sans argument scientifique fiable, mais l’angoisse des 110.000 compatriotes ultramarins concernés par ces faits anciens et à nouveau exposés à cette hantise, est bien réelle et demande des réponses.  »Je ne pouvais pas imaginer qu’un président de la République pouvait nous mentir et nous tromper », a réagi Gaston Flosse, président de la Polynésie française à l’époque, réputé proche de Jacques Chirac. La frénésie avec laquelle, la France a repris ses essais en 1995, contre la volonté quasi-unanime de la communauté internationale – pour franchir l’étape ultime ouvrant la voie à la conception par simulation des armes stratégiques futures – donne une idée de la priorité stratégique que représentait la mise au point de ces armes, ‘’quoi qu’il en coûte’’… aux populations exposées. La France est restée en selle en tant que puissance nucléaire, actrice de l’équilibre global. C’est un fait. Mais les Polynésiens sont en droit d’exiger du CEA et de la communauté de Défense des réponses précises, techniques et réellement fiables et surtout vérifiables sur le sujet. » La France éprouve souvent un peu de malaise à faire face à son passé.

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