* 5 avril – Justice sans punition

Joe Biden se montre particulièrement actif à ‘’réparer l’Amérique’’, dans la phase initiale de son mandat et tant que sa très courte majorité sénatoriale le lui permettra. Parmi les décisions iniques de son prédécesseur sur lesquelles il entend revenir, l’offensive de D. Trump contre la justice internationale, en juin 2020, compte parmi les plus exécrables. Il vient de mettre fin, le 2 avril, aux sanctions lancées contre la Cour pénale internationale (CPI), notamment celles ciblées contre sa procureure, Fatou Bensouda.
Ces sanctions avaient choqué beaucoup d’observateurs de la scène internationale, attachés aux idéaux de justice et d’incrimination des crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Elles constituaient une attaque contre tout ceux qui tiennent à la compétence universelle de certains tribunaux comme un outil indispensable contre l’impunité générale. Elles revenaient à torpiller les possibilités de rétablir la Paix dans les conflits les plus destructeurs et à entretenir un désir de vengeance inassouvie chez les victimes.


Antony Blinken a annoncé la levée des sanctions imposées à Fatou Bensouda, dans le cadre de son enquête visant à déterminer si les forces américaines ont commis des crimes de guerre en Afghanistan. Phakiso Mochochoko, le chef de la division de la compétence, de la complémentarité et de la coopération de la CPI, est également retiré de la liste noire des magistrats à humilier. La juridiction de La Haye a sobrement salué « une nouvelle phase dans l’engagement commun à lutter contre l’impunité’’. Aimable de sa part et non-polémique. Malgré ses convictions multilatéralistes, Joe Biden a confirmé que Washington s’opposerait à toute enquête de la CPI sur des faits reprochés à des personnels américains, c’est-à-dire nationaux d’un État non-signataire du Traité de Rome de 1996. Du moins, « en l’absence de saisine du Conseil de sécurité des Nations unies ». Vu les possibilités de blocage au niveau de cette instance, ce n’est donc pas pour demain.

Le poids de l’institution militaire et de ses relais d’opinion dans la classe politique est assurément trop lourd pour qu’un homme de bonne volonté – serait-il président – puisse ouvertement le défier. Le constat n’est pas très différent, en France, où différents préjudices subis par des populations civiles réémergent aussi dans l’actualité. La décision américaine – mi-chèvre mi-choux – convient manifestement au ministre Jean-Yves Le Drian, qui a salué une ‘’ excellente nouvelle pour tous ceux qui sont engagés au service de la lutte contre l’impunité, du multilatéralisme et d’un ordre international fondé sur la règle de droit »… néanmoins, en ménageant un peu nos soldats en Afrique ?
Vingt ans d’intervention armée en Afghanistan, dont une séquence menée en coalition hétéroclite, une part assumée par des ‘’mercenaires’’ et une autre, par des drones, ne pouvaient qu’entraîner de graves entorses au droit humanitaire, quelles que soient les précautions prises sur le terrain. La faute primordiale est à rechercher du côté du flou accompagnant la définition de l’ennemi et des objectifs militaires dans leur dimension politique et à une stratégie totalement ‘’étrangère’’ à la population. Il y a des leçons à en tirer.

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