* 06 mai – Le retour des corsaires

Au fou ! Est-ce que les gouvernements de France et du Royaume Uni veulent rejouer la Guerre de Cent ans ? Quelque chose comme une geste moyenâgeuse aux accents de souveraineté froissée est en train de se créer entre les deux rives de la Manche. On se souvient de la sensibilité politique disproportionnée qui avait caractérisée la question de l’accès des pêcheurs continentaux à leurs zones de pêche ‘’traditionnelles’’, dans les eaux britanniques. Moins de 2 % des intérêts européens dans le partage post-divorce avait éclipsé tout le reste, dans les médias et dans l’arène politique, tout au moins.

De nouvelles conditions ont été imposées, par les autorités britanniques, aux chalutiers français opérant au large des îles anglo-normandes. Sans doute peu conformes aux dispositions adoptées au titre du récent traité commercial post-Brexit, elles ont suscité la fureur des pêcheurs normands et bretons. Une cinquantaine de leurs bateaux se sont agglutinés devant Saint-Hélier, la capitale de l’île de Jersey, ’’pour marquer le coup’’. Certains se sont risqués à une forme de blocus ponctuel. Un acte de guerre, malgré tout, que la ‘’Royale’’ française ne semble pas avoir sanctionné comme elle l’aurait dû. Du coup, Londres a procédé, le 5 mai, à l’envoi de deux bâtiments militaires au large de Jersey. Vers une bataille navale comme à l’époque des corsaires ? Non pas, mais comme cette agitation populiste paraît malsaine ! D’autant plus qu’entretemps, Paris avait évoqué la menace de couper l’électricité alimentant l’île anglaise, depuis la France. Ni plus, ni moins : au fou (bis) !


Ce vent de folie soufflant entre deux vieilles démocraties voisines et alliées est simplement effarant. Renier un engagement tout juste souscrit ou soutenir une guérilla corporatiste, au point de menacer – ne serait-ce qu’en paroles – de mettre en péril une population innocente et amie, voilà qui est indigne de l’une et l’autre nations. C’est un signal extrêmement funeste pour la paix et la coopération en Europe, laquelle compose l’un des continents du monde et pas uniquement une organisation pluri-étatique. Du côté français, le blâme ne doit pas être mis sur les pêcheurs, désespérés et impulsifs, à qui il n’est pas demandé de percevoir les incidences internationales de leurs actes. Par contre, l’Etat, pour s’être désisté de ses missions régaliennes puis avoir surenchéri dans l’agressivité, s’est gravement déconsidéré. Il devrait balayer devant sa porte et veiller à ce que cet incident ne se reproduise plus. Dans ce type de contentieux, l’arbitrage est le seul recours civilisé et contractuel. Revenons au 21 ème siècle, pas celui des démocratures mais celui de l’Etat de droit !

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