* 7 mai – Bibi à la retraite

Après 12 ans de fanatisation de la vie politique israélienne et d’entorses au droit comme à la justice de son pays, Benjamin Netanyahu est en passe de quitter la scène publique. Il a dû s’avouer incapable de former un nouveau gouvernement, à l’issue des dernières législatives. Il avait survécu à tous les excès et tous les scandales, mais, avec l’accession de Joe Biden à la tête des Etats-Unis, il n’est plus guère courtisé que par Poutine, Bolsonaro et Orban. Surtout, chez lui, les Israéliens ont dû subir quatre élections générales en deux ans, sans qu’une majorité viable ne sorte des urnes : ils sont lassés. Leur priorité reste ‘’la sécurité’’ (par quelles voies ?), mais le temps leur paraît venu de confier à une personnalité moins polémique et moins autocentrée le soin de diriger les affaires.


Ancien présentateur vedette de la télévision, le centriste Yaïr Lapid est le chef de file incontesté du camp anti-Netanyahu et, désormais, l’homme de la situation. Il a été désigné, le 5 mai, par le président Reuven Rivlin, pour former le prochain gouvernement de Jérusalem, un exercice d’acrobatie redoutable s’il en est. En fait, personne ne souhaite une cinquième convocation aux urnes. Chef de file du Yesh Atid, un parti laïc (honni des Juifs orthodoxes) et centriste proche des sensibilités idéologiques européennes (il est dans les meilleurs termes avec Emmanuel Macron), il va devoir composer avec une opposition hétéroclite comprenant les partis de gauche, les ultranationalistes, d’anciens membres du Likoud et les formations arabes. Il a 28 jours pour y parvenir. Le rejet de Netanyahu suffira-t-il à souder cette coalition disparate ? Dans l’affirmative, un nouveau chapitre s’ouvrirait dans l’histoire de l’Etat hébreu. Le système israélien de micro-partis pratiquant la surenchère et les retournements d’alliance est plutôt un handicap qu’une source de souplesse politique.


Le Changement de circonstances n’a pas échappé à l’attention des diplomaties européennes. Très probablement en coordination avec les Etats-Unis – qui ne peuvent pas se permettre d’apostropher Israël de front – la France, l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie et le Royaume-Uni viennent de demander au gouvernement israélien de « mettre un terme à sa politique d’extension des colonies de peuplement dans les territoires palestiniens occupés’’. Le gouvernement plus ou moins vacant de Jérusalem est plus précisément prié de cesser, dès à présent, la construction illégale de 540 nouvelles habitations dans la colonie de Har Homa, en Cisjordanie occupée. Au-delà du cas précité, la pression vise à réactiver, à plus long terme, le plan d’Oslo dont l’objectif est d’établir deux Etats côte à côte et mutuellement reconnus, l État palestinien, viable, ayant Jérusalem (Est) comme capitale. Même si elle est muette, la signature de l’administration Biden apparaît bien dans ce changement de politique, peut-être difficile à présenter au Congrès. Et la propension des européens à coopérer en mode atlantique se confirme, là encore. On croyait le règlement de la question palestinienne enterré une fois pour toutes, sous une couche épaisse d’indifférence. Tout pourrait bouger dans l’avenir.

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