* 5 juillet – Le Parti-vieillard retourne en glorieuse enfance

Faut-il être fier d’avoir 100 ans, quand on est un système ? Est-ce un signe de confiance en soi d’avoir pour marque identitaire la volonté de renouer avec l’enfance du maoïsme, une époque particulièrement cruelle en sacrifices humains ? Ces questions que l’Occident se pose à propos du Parti Communiste Chinois centenaire, n’effleurent apparemment la psychè des Chinois continentaux, en tout cas sur la scène publique. Le congrès fondateur du PCC, s’était tenu à Shanghai et à Jiaxing, entre le 23 juillet et le 2 août 1921. En cent ans, c’est vrai, il est sorti d‘une dictature basique et soldatesque, confrontée au féodalisme et à l’impérialisme nippon. Il a accédé à la puissance absolue économique, commerciale, technologique, militaire. Tout est l’œuvre du Parti, comme si la population n’en recevait aucun mérite : en Chine, l’Histoire est exclusivement réservée à glorifier les dirigeants politiques.


Le Parti a été créé par une poignée d’intellectuels citadins. Hormis Mao, qui n’était pas invité au congrès fondateur, ni connu des autres délégués, tous sont finalement tombés, tel Chen Duxiu, dans la trahison ou le bannissement. Le PC ne devrait pas se confondre avec l’Etat fondé en octobre 1949, qu’il a précédé et qui sert de devanture figée au Régime. Avec ces 90 millions de membres, mi- aristocrates initiés du genre Illuminati, mi- patronat des entreprises, façon Medef, il incarne assez peu la Nation chinoise. Pourtant, on est prié de le croire que l’Etat, le Peuple, le Gouvernement, l’Economie, l’Armée, l’Idéologie ne font qu’un et c’est LUI. Ses tribulations depuis 1921, jalonnée d’erreurs magistrales et de zigzags stratégiques aventureux, de purges obscures et d’innombrables complots, ne dessinent aucune cohérence d’ensemble. Mais cela a permis à certains dirigeants plus lucides d’émerger et de faire accomplir de grands pas à la société. Mao Zedong a d’emblée fait dissidence de ses condisciples du Komintern, dont certains se sont vendus à l’occupant japonais. Lui a résisté, au fond des campagnes. Puis il a transformé sa révolution paysanne en anarchie totale. Liu Shaoqi s’est efforcé de maintenir le Pays en vie en empruntant pragmatiquement au modèle soviétique, tandis que Mao tentait de le ‘’purifier’’ par la guerre des classes, des générations et des clans. Deng Xiaoping a pu tardivement redresser la barre et lancer les réformes, mais, vieillissant, il a fini par réprimer les étudiants à Tiananmen et il a ‘’puni’’ le Vietnam militairement pour son incursion au Cambodge.

Xi entend retourner au bréviaire maoïste, dans lequel il ne croit pas nécessairement, mais qui le hisse seul au sommet, en dictateur absolu. Tout cela ne construit pas une histoire glorieuse, ni une légitimité en airain, sauf à ériger en culte religieux cette trop longue et trop rigide présence au pouvoir. Le principal tour de force du PC chinois est d’avoir vécu bien plus longtemps que les 70 ans du PC soviétique, son anti-modèle. Une fois arrivé à la tête du Parti, en 2012, Xi Jinping a vite déçu les espoirs d’ouverture que certains entretenaient à son propos. Il a montré qu’il n’entendait laisser à personne le soin d’écrire avec lui la feuille de route du Pays et qu’une 5ème modernisation (celle de la vie politique) serait tabou. En infiniment plus puissant, l’avenir devra ressembler, politiquement, non pas à la Chine d’hier mais à celle de 1949. L’immense empire, libéralisé timidement il y a trente ans (le ‘’printemps de Pékin’’) puis réprimé sans pitié après Tiananmen, possède désormais, grâce à lui, le système social le plus sévèrement contrôlé qui soit au monde : surveillance numérique de l’espace et de la population; pensée unique et culte des chefs, deux impératifs incontournables pour qui prétendra survivre dans la société; goulag énorme mais camouflé et peine de mort (la plus pratiquée au monde); internet fliqué; échanges avec l’extérieur limités au tourisme en groupes et au commerce; oppression systémique des minorités, etc. La boucle régressive est bouclée, et la fierté du Chef en est immense.

Une importante différence, cependant : sous le règne à vie du nouvel empereur Xi, l’Empire se pare d’une belle panoplie high-tech dont les hautes performances flattent, quelque part, l’ego de sa base populaire. Le nationalisme chauvin, ancré dans un concept de ‘’Chine suzeraine, dans un monde globalisé’’ (merci Milton Friedman !), s’est introduit partout. Cette forme de populisme a remplacé l’idéologie marxiste pour électriser les foules. On ne doit pas accabler celles-ci d’avoir perdu tout esprit critique. Par essence, le système formate ainsi les mentalités, car il se méfie à l’extrême de la société. Ainsi, les citoyens ont été persuadés que le COVID 19 avait été vaincu par leurs dirigeants, ce, pour le bien du monde ! Ils croient aussi, dur comme fer, que l’Occident leur veut du mal (ce qui ne les empêche pas d’y envoyer leurs étudiants ni d’y faire du tourisme). L’Armée populaire de Libération, au cœur de la grandiose célébration du Centenaire, leur est un objet d’adoration  »spontanée » et obligatoire. Au point qu’il va falloir à celle-ci accumuler des victoires à l’avenir. Le jour venu, dans des circonstances porteuses ou juste cacher des échecs, elle va attaquer et soumettre à sa botte 27 millions de Taiwanais, anéantir un peuple et une démocratie : c’est là sa mission la plus sacrée.


Les Chinois se réjouiront ils alors que l’on massacre d’autres Chinois, qui de plus ont hautement contribué à la modernisation de l’économie du Continent ? Les succès spectaculaires de la Chine doivent initialement aux investissements et à l’habilité managériale des Chinois d’outre-mer, de Taiwan en particulier. Ils ont été relayés par une myriade de co-investissements et de formations techniques apportés par des entreprises étrangères, grandes ou petites, venues se frotter aux pesanteurs du Pays et à son grand marché. L’ouverture a magnifiquement réussi à la société chinoise et le Parti, en bon prédateur, a su en tirer profit. Quand on détient le pouvoir, on devient riche comme par automatisme. Sans doute, le jour de l’invasion, aucune objection citoyenne ne se fera jour, quand bien même certaines consciences en seront chagrinées. Regardez le peu de compassion destiné aux ‘’frères hongkongais’’, dont l’espace public se voit transformé en vaste pénitencier. On aurait envie de parler aux jeunes pour leur dire que leur Nation est admirée, mais que ses grands, vieux et habiles dirigeants sont de fieffés tricheurs, qui les méprisent et les manipulent. Le faire serait le plus sûr moyen de se faire foudroyer et le message ne passerait pas.

Il reste que de renverser la roue de l’Histoire dans le sens de la confrontation idéologique et de l’expansionnisme, sous prétexte qu’on parvenu au zénith; continuer à traiter cette population si ingénieuse en enfant écervelé; mépriser l’apport de la paix, de la coopération et de l’ouverture à sa propre émergence, tout ceci réunira à terme les ingrédients de la recette du délitement.

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