* 9 septembre – Les Américains partent, les Français restent

Qu’a donc été faire Emmanuel Macron à Bagdad, le 28 août, dans le sillage de la débâcle en Afghanistan ? Même si l’Irak constitue un agenda en soi, l’irruption des Talibans dans Kaboul sous-tendait le déplacement.  

C’est en tout cas la préoccupation qui explique son long entretien sur place avec l’Emir du Qatar. Le petit royaume gazier, peuplé d’à peine 300.000 sujets, est revenu en grâce et même en gloire. Son blason avait été terni et son audience brouillée par le procès en complaisance pro-iranienne qu’avait instruit contre lui ses voisins du Conseil de Coopération du Golfe, qui l’ont suspendu et même soumis à blocus. Son avidité à multiplier ses possessions en Europe et à exhiber ses prises dans le monde du sport en agaçait beaucoup. Son emprise sur le mouvement des Frères musulmans (aux côtés de la Turquie), aussi. Mais son habilité à accueillir les négociations talibano-américaines sur le désengagement militaire US l’ont remis en selle. Comme l’Occident n’a aucune autre porte où frapper pour tenter d’influencer  »l’après 15 août » à Kaboul, le Qatar de la dynastie Al Thani et sa diplomatie volontariste sont soudain portés au pinacle. Même si Doha a éventuellement consenti à passer un message aux mollahs afghans, son intervention reste très éloignée d’une médiation politique. Le Qatar a rapatrié 20% des fugitifs sortis de Kaboul et sa compagnie civile devrait contribuer à la reprise des vols intérieurs afghans. Attendre de lui une extraction ordonnée des personnes menacée par le nouveau régime relève pourtant du vœu pieux. Se rapprocher d’eux peut, en sens inverse, apaiser un peu l’inquiétude des Qatari face au retrait militaire américain de la Région. Une petite réassurance, en quelque sorte.

– Le président français a participé à une conférence des voisins de l’Irak, un forum de dialogue organisé par Bagdad en partenariat avec Paris pour tenter de resserrer les liens entre pays de la région – y compris l’Arabie saoudite et l’Iran- face à la menace terroriste. Le fait que ces deux puissances régionales aient fait le déplacement émet un signe plutôt positif. De là à ce qu’ils amorcent une réconciliation … il faut rester lucide. La logique de réassurance répond, là aussi, à une attente de l’Irak, que les troupes américaines quitteront avant 2023. Ne reste actuellement qu’un contingent limité de 2500 soldats. Comme l’Afghanistan et ses voisins, Bagdad, déjà éprouvée par des années de guerre, se voit ré-exposée aux attentats terroristes, du fait de la recomposition de Daech (Etat islamique). Avec le premier ministre irakien, Mustafa Al-Kadhimi et avec chacun de ses interlocuteurs, Emmanuel Macron a mis en avant un engagement français à rester fermement engagé dans la sécurité du Pays : ‘’ Quels que soient les choix du gouvernement américain, nous maintiendrons notre présence’’. Voilà une pique bien aiguisée contre les revirements stratégiques de Washington.

Mais combien d’experts, d’assistants techniques et d’instructeurs militaires français sont et resteront en Irak ? Aux quelques centaines qui sont officialisées s’ajouterait un contingent de forces spéciales plus important en nombre. On ne doit pas en révéler l’effectif ni les théâtres d’opération (il semblerait que ceux-ci débordent sur la Syrie). Soit. C’est sûrement pour la bonne cause, n’en disons pas plus ! Espérons seulement qu’en dehors de l’Elysée et de la Défense, la haute direction de l’Exécutif et le Parlement ne barbotent pas dans un flou total concernant cette guerre française lointaine contre le terrorisme. En fait, sous une forme édulcorée des données sensibles, les citoyens et les média devraient être un peu mis au parfum, au moment où s’ouvre à Paris le procès des terroristes des terrasses et du Bataclan. On aimerait savoir aussi ce qui s’est dit à propos de la centaine de jihadistes français et de leurs familles laissées à la garde (éternelle ?) des Kurdes et que les autorités françaises s’obstinent à maintenir éloignées de l’Hexagone. Quelques cas individuels sont traités de la façon la plus restrictive et apparemment, la justice irakienne s’abstient de toute exécution capitale les concernant. Pour combien de temps ? Et que fait-on pour aider nos alliés kurdes ? Fin des questions : ce blog ne peut pas vous fournir des réponses.

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