* 17 septembre – un Sahel à tue et à toise

Adnan Abou Walid Al-Sahraoui, alias Awas, a été  tué par les forces françaises. Ceci a été confirmé par Emmanuel Macron en personne, sur Twitter, dans la nuit du 15 au 16 septembre : ‘’il s’agit d’un nouveau succès majeur dans le combat que nous menons contre les groupes terroristes au Sahel’’. L’action de Barkhane remonterait, en fait, à plusieurs semaines. Adnan Abou Walid Al-Sahraoui – Lahbib Abdi Said, de son vrai nom – était un ancien combattant sahraoui, passé par Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), avant de s’affilier à Daech. Devenu Emir de l’Etat islamique au Grand Sahara (EIGS) depuis 2015, il est tenu pour responsable de la plupart des attaques contre les étrangers et les populations villageoises dans la zone des ‘’trois frontières’’, aux confins du Mali, du Niger et du Burkina Faso. Son groupe avait revendiqué, en août 2020,  l’assassinat au Niger de six travailleurs humanitaires français et de leurs guide et chauffeur nigériens. Ses jihadistes agissent de façon plus sanguinaire encore que ceux du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), l’organisation rivale ralliée à Al-Qaida. Awas ciblait la France comme ennemi prioritaire… la réciproque était tout aussi vraie.

Ce succès de Barkhane va-t-il aider à justifier le retrait  de la force française au cours de 2022 ou, au contraire, accentuer le flottement des armées africaines,  peu susceptibles qu’elles paraissent de prendre le relais ? L’organisation djihadiste est-elle en voie d’attrition du fait de la neutralisation de plusieurs de ses cadres dirigeants ? La prochaine frappe serait, dit-on, destinée à Iyad Ag Ghali, le chef du GSIM. L’intéressé s’y attend. Ce groupe lié à Al-Qaida a développé une pratique d’administration des  territoires qu’il domine. Aux yeux de certains civils, notamment des Touaregs, sa gouvernance est plus supportable que celle de l’Etat malien, que celui-ci soit absent ou en posture de prédateur. Le plus gros problème se pose bien à Bamako et dans les autres capitales politiquement indéfendables.

Au Ministère de la Défense, on table sur une perte de cohésion des jihadistes liée à la disparition de leurs chefs historiques et à la montée d’une nouvelle génération moins unie et moins expérimentée. Dans tous les cas, les recrutements à la base ne se tariront pas. Lorsqu’elles s’allient entre elles, ces guerillas constituent des armées pléthoriques, coordonnées et habiles. Elles dépassent alors les capacités offensive ou défensive du petit (mais vaillant) dispositif français. La parade pourrait venir d’une stimulation des conflits intestins entre ces katibas sectaires, en jouant sur la rivalité Al Qaïda – Daech et sur les dissensions tribales. C’est une tâche très pointue et pas exclusivement militaire, mais également un jeu risqué, car la dynamique de la vengeance pourrait inciter certains chefs jihadistes à fomenter des attentats sur le sol européen.

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