* 27 septembre – Abandonné en plein vol !

Devant l’assemblée générale de l’ONU, le Premier ministre malien, Choguel Kokalla Maïga, a accusé la France d’un ‘’abandon en plein vol’’. Il se référait à la décision française de resserrer le dispositif Barkhane sur la principale zone de pénétration jihadiste, dite des ‘’trois frontières’’, ce qui laissera ‘’à découvert’’ la moitié nord de son pays. On parle là d’une zone de tensions ethniques et de sous-administration chronique, mais aussi l’ère initiale d’intervention des troupes françaises en janvier 2013 lorsqu’il avait fallu empêcher la chute de Bamako (à l’appel pressant d’un président malien affolé).
Le choix des mots peut paraître ingrat – surtout dans une stratégie de chantage entre France et Russie – mais il est aussi touchant, pour la faiblesse qu’il reconnait. La France serait cette mère omniprésente et directive qui exige de son enfant malien qu’il vole au moins un peu de ses propres ailes. Elle portera à tout jamais le visage de l’ancienne puissance coloniale, coupable d’avoir tout régenté et coupable aussi de ne plus vouloir tout régenter, qu’on adore blâmer pour tout mais qu’on stigmatise aussi parce qu’elle vous lâche. Une mère castratrice, qui vous laisse sans volonté, sans feuille de route assumée. Même ‘’en plein vol’’, cela tenait du rase-motte. Pourtant : ‘’la nouvelle situation née de la fin de Barkhane, plaçant le Mali devant le fait accompli et l’exposant à une espèce d’abandon en plein vol, nous conduit à explorer les voies et moyens pour mieux assurer la sécurité de manière autonome avec d’autres partenaires’’.

S’il y a une faille dans le dispositif de coopération français, c’est bien au niveau de la coopération militaire et de défense avec les forces armées africaines : 60 ans ininterrompus d’assistance, d’instruction, de formation dans les écoles militaires françaises n’ont pas permis de créer un outil de défense digne de ce nom. Sur le plan opérationnel, les cadre et leurs troupes se débandent devant l’ennemi. Leur capacité à remplir un rôle défensif est quasi-nulle. Après huit ans de protection par le dispositif français, rien n‘a changé et, comme l’a amèrement regretté en son temps le général Lecointre (ex-Chef d’état-major de Armées), le comportement tribaliste et prédateur des militaires maliens n’a fait qu’aggraver la situation des droits humains et les tensions civiles dans cette zone que Barkhane leur abandonne, effectivement. Le Gouvernement et le Parlement devraient remettre à plat ce secteur de la coopération, tant son échec est devenu patent au fil des coups d’état et des crises politiques. Les séjours de formation en France n’apportent plus aux stagiaires africains le moindre vernis démocratique en matière d’état de droit et de respect de la démocratie. A leur décharge, les écoles et collèges de défense français ne peuvent pas grand-chose face aux réalités sociologiques africaines : la carrière militaire est le principal mode d’ascension vers le pouvoir ; le pouvoir se protège d’un bouclier ethnique contre les frustrations des populations ; la présence aux affaires est un risque physique et la sortie du jeu politique, un vol direct vers la ruine ou la mort : il faut donc prélever le maximum sur l’économie et la société en prévision d’un futur problématique.


L’absentéisme des dirigeants administratifs et leur autisme face aux maux de la société complètent le tableau d’un ‘’abandon’’ général de la population. Quelle que soit leur volonté de réforme, le système collectif pousse au repli, à l’enfermement. Aurait-on dû dissoudre l’armée (et la laisser passer au banditisme à plein temps) et l’administration (un réseau éphémère de partisans), ou mettre la moitié nord du pays sous tutelle ? Les Nations Unies n’ont plus l’autorité pour établir ce mode de transition, d’ailleurs condamné par l’Histoire. New York ne pourrait d’ailleurs agir qu’en mobilisant les organisations régionales africaines, fortement complices des dirigeants autoritaires des capitales. Après huit ans de combats difficiles, qui ont permis d’éviter la disparition du Mali, la France ne doit pas s’enferrer dans l’inconsistance des politiques africaines. Bamako menace de s’adresser au groupe de mercenaires Wagner. Paris doit refuser le chantage et persévérer à mobiliser des relais plus acceptables. Mais on tourne un peu en rond.

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