* 28 septembre – Le petit dragon délaissé

On néglige trop cette démocratie de 28 millions d’habitants, dotée d’institutions dynamiques, d’un niveau de vie à l’occidentale et d’un savoir-faire industriel hi tech hors-pair. Elle alimente, entre autres, en composants et en systèmes numériques sophistiqués nos industries dévoreuses de puces électroniques, celles qui maquent cruellement à l’heure de la relance économique.

Son tort : avoir évolué de façon totalement autonome d’un bastion d’ancien régime (celui de Chiang Kai-shek) à un état de droit moderne, multipartite et régulé par des élections libres… ce, à quelques encablures seulement de l’hyperpuissance de Chine continentale. Par-delà le langage autoritaire de sa propagande, la RPC a énormément profité de ce voisinage en termes d’économie, d’investissements, de technologie et de savoir-faire gestionnaire. Mais c’était avant que la tension ne monte dangereusement entre les deux rives du détroit de Taiwan.
La prospérité et la santé démocratique de l’île autonome constituent une énorme épine plantée dans la fierté des dirigeants pékinois. Comme si leur révolution de 1949 n’avait pas pu atteindre pleinement son objectif national et que leur légitimité – pourtant incontestée – se trouvait fragilisée pour ne ‘’pas avoir fini le travail’’. Privée de son siège à l’ONU à l’entrée de Pékin dans l’Organisation mondiale, en 1971, Taipeh n’en a pas moins bénéficié d’une tolérance de sa part pour sa participation à des organisations internationales économiques ou techniques. Il s’agissait de laisser à l’île une marge de respiration pour la convaincre que, comme Hongkong, elle pourrait un jour réintégrer la ‘’mère-Patrie’’, tout en préservant sa prospérité, sa société libre et ses réseaux commerciaux. On sait ce qu’il est advenu de Hongkong depuis 2020 et c’est exactement ce que les Taiwanais ne veulent à aucun prix.

Comment croire encore en la relative bienveillance de la RPC depuis l’avènement, en 2012, de Xi Jinping à la tête du PCC. ? L’époque de la bienveillance est finie. Le durcissement tous-azimuts du Parti, la logique de guerre froide qui s’instaure avec les Etats Unis posent désormais, en termes existentiels, la survie de Taiwan en tant qu’entité politique et acteur international. Le traitement de haut vol que Taiwan a apporté à l’épidémie de COVID – alors que Pékin bloque toujours son admission à l’OMS – a braqué les projecteurs sur les contributions utiles de l’Ile à la communauté internationale et, en creux, sur l’injustice de son isolement imposé. La présence au pouvoir d’une présidente ‘’autonomiste’’ (en fait, attachée à un statu quo de coexistence) traduit une logique de non-retour (volontaire) dans le sein de la Grande Chine. Ceci exaspère la haute direction chinoise. Elle répond par le déploiement d’un énorme arsenal de missiles et de capacités d’invasion amphibie sur les côtes du Fujian, juste en face. La possibilité d’un blocus, d’une invasion et/ou d’une réduction de la résistance taiwanaise par des bombardements massifs est entrée dans les plans conceptuels de l’Armée de Libération du Peuple : le détroit de Taiwan et la Mer de Chine environnante sont devenus des points chauds du globe, porteurs d’un risque de conflit de grandes expansion et intensité.


Dans un tel contexte, la demande d’adhésion présentée par Taiwan, le 23 septembre, au ‘’Comprehensive and Progressive Agreement for Trans-Pacific Partnership (CPTPP)’’ prend tout son sens. Ce partenariat remplace une précédente initiative américaine (torpillée en 2017, par Donald Trump). Il pourrait ouvrir, sinon une protection stratégique (du seul ressort des Etats Unis), une posture réhaussant le profil de l’Ile dans sa région. Signé en 2018, le CPTPP est le plus grand pacte de libre-échange de l’Asie-Pacifique. Il couvre 13,5 % de l’économie mondiale et 500 millions de consommateurs. L’accord favorisera les échanges économiques et commerciaux à l’intérieur d’un groupe de onze pays non-inféodés à Pékin, dont le Japon, l’Australie, la Nouvelle Zélande, le Canada, le Mexique, le Pérou et plusieurs ‘’petits tigres’’ dynamiques de l’ASEAN comme le Vietnam. Le groupe devrait examiner la demande d’adhésion de Taipeh et trancher par voie de consensus.


Comme on pouvait s’en douter, la RPC a coupé l’herbe sous les pieds du petit dragon. Sans souci de ses mauvaises relations avec plusieurs membres de l’Accord (l’Australie, le Canada, le Vietnam, par exemple), ni de la tension qu’y introduirait sa politique agressive à l’égard de Taiwan, elle pose, elle aussi, sa demande d’adhésion. Evidemment, son initiative possède un poids bien supérieur. Source d’épineux problèmes et potentiellement d’une nouvelle injustice pour Taiwan, son entrée ne devrait guère susciter d’hésitation. Le gros dragon chassera le tout petit. Que voulez-vous, il s’agit de LA Chine, l’’’Affaire du siècle’’ à ne pas manquer, la puissance suprême… surtout, ne pas contrarier ! Un petit pas vers la soumission d’une démocratie, quand même.

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