* 28  octobre – Avatars numériques

Face book change de nom. Ca ne va pas changer la vie des quelque  deux milliards de braves gens qui correspondent sur le réseau avec leurs familles et leurs amis. Ca ne va rien changer non plus à la philosophie commerciale et au mode d’action du groupe : le rassessement en boucle. Marc Zuckerberg l’a inventé et il y enferme ceux qui ont le malheur de s’aventurer anonymement dans les groupes de discussion, les fora d’infox et autres espaces de haine calibrée que tolèrent hypocritement les algorithmes de ses ‘’modérateurs’’. Leur machine a parer aux débordements est une usine à gaz incontrôlable (des cadres du réseau en ont témoigné). La perte de contrôle de la firme californienne sur sa machinerie illustre d’ailleurs l’importance des incidents enregistrés sur une très grande échelle. Qui plus est, seuls les résoteurs d’Occident lui inspirent quelques vagues précautions, les autres ont droit à l’impasse. Le plus préoccupant t se voit dans les déviances induites chez les adolescents du fait des incitations malsaines du système : harcèlement scolaire, attaques sournoises contre les personnes, calomnie, compromissions par l’image. Tout ce qu’on devrait interdire fait fond de commerce pour Facebook. Des dizaines de milliers de jeunes Français en sont – indirectement – victimes chaque année, parmi lesquels plusieurs centaines  tentent de se suicider. Quant à leurs parents, ils se placent, sans le savoir, sous la coupe des extracteurs de données, des influenceurs et des trolls multinationaux rétribués, à l’occasion, par des dictateurs. La recette consiste à semer la confusion dans les esprits, à faire confondre information et fantasmes … et, au bout du compte, à faire dérailler les démocraties. Alors, le nouveau  nom du monstre, peu importe … ce sera toujours un système mondial, qui dicte une bonne part de nos sentiments, dénature notre avenir, nos relations et ça, déjà, ça fait peur.

Il y a pire : voilà que Facebook s’attaque à la finance et s’apprête à lancer sa crypto-monnaie. La valeur fiduciaire est fondée sur la confiance, qui peut n’être que de la crédulité. Le Zuckercoin, comme le bitcoin, va fonctionner sur la fidélité de spéculateurs immatures qui  font écran devant le crime organisé. Car c’est bien aux gangsters du dark web que ce mode de commerce profite le plus. Les laisser s’enrichir, sans limite, à nos dépens, c’est finalement les pousser vers le pouvoir et leur donner les moyens d’un contrôle politique sur les sociétés humaines. Au contraire des monnaies locales, concrètes et utiles comme instrument d’échange de marchandises et de services, ces devises sans maître ni raison sociale aboutiront à des crises, des dépossessions. Ce n’est sûrement pas une voie menant vers le règlement des inégalités sociales, vers la prévention du dérèglement climatique, vers un peu d’honnêteté dans la vie publique. Voyez là une litote.

Tout cela compte peu finalement, si Facebook et ses réseaux associés réussissent à faire basculer l’humanité dans une folie confuse. Zuckerberg  se vante haut et fort de son fumeux  projet de les  faire basculer ses réseaux dans  un univers factice où chacun – quelle que soit sa distance réelle aux autres – côtoiera  tout le monde, un peu au hasard, dans les trois dimensions et l’illusion parfaite du réel. Ce ‘’métavers’’ va abolir toute frontière entre le réel et l’imaginaire, ce qui pourrait convenir pour un jeu, mais pas pour régler les relations sociales, voire pour animer la vie publique. A bien considérer les pièges de la version simplette unidimensionnelles actuelle, on doit pouvoir  accroître d’un facteur puissance dix les dégâts sociaux et psychologiques à attendre de ce fameux Métavers.

 Le père de famille conduisant ses enfants à l’école distinguera-t-il le volant réel de son véhicule des commandes factices de l’univers Zuckerberg ? Le collégien qui se plaît à effrayer un camarade saura-t-il dans quelle dimension il l’aura ou non physiquement agressé, au bout du compte ? Le citoyen-électeur à qui l’on dit en boucle que les élections ont été truquées saura-t-il s’il se met  au service de chefs de guerre, par la pensée uniquement ou avec des armes réelles dans l’idée d’envahir le capitole. La police sera-t-elle obligée de pénétrer cet ’’autre monde’’ pour démêler les affaires criminelles d’ici-bas ?

Il y a toujours un brin d’emphase pédagogique dans l’argumentation de ce blog. Disons le tout de suite : l’anonymat et l’impunité ne sont pas des libertés individuelles mais un droit à nuire, voire à tuer ! Pour la paix dans le monde et pour sauver la géopolitique d’état de droit (si c’est encore possible), il faudrait vite museler ces hyper puissances numériques qui ne rendent compte à personne et veulent faire du cash sur notre santé mentale. Pour le coup, l’enjeu est bien de sauver l’esprit à l’Humanité, ce qui aidera aussi à sauver la Planète.

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