* 24 novembre – Les caniches et les loups

Il y a dans notre Union européenne des petits David qui ne craignent aucun géant Goliath. C’est le cas du gouvernement de la Lituanie, république balte d’à peine trois millions d’habitants, qui pourrait être déclarée championne de la résistance aux grands méchants loups. Si, bien sûr, une telle compétition existait. Typiquement, voilà une petite nation qui n’a peur de rien parce qu’elle est toujours parvenue à survivre aux pires menaces existentielles de ses très voraces voisins. Reconnue diplomatiquement, il y a cent ans, par la France et par les puissances occidentales, elle a été oblitérée de la carte de l’Europe, dépecée et phagocytée, en 1939, par l’impérialisme de Staline. Elle a tenté de se relever quelques années plus tard, mais l’alliance allemande lui a été une impasse et elle n’a pu émerger de son carcan totalitaire que par une révolution populaire, en 1991. Ultime vengeance de l’Ours post-soviétique, elle s’est trouvée flanquée d’une enclave russe en forme de forteresse surarmée d’armements stratégiques et de bâtiments de guerre : Kaliningrad, plantée comme une épine dans le flanc oriental de l’Union européenne est une menace directe sur la petite république de Vilnius, qui peut en devenir en quelques heures la cible ou l’otage.


La Lituanie se retrouve aussi aux premières loges de la crise déclenchée par A. Loukachenko, le dictateur orwellien de Biélorussie. Elle a généreusement accueilli les démocrates de ce pays, pourchassés par les milices de Minsk, et s’est prise en pleine face, par effet boomerang, la vague d’exilés du Moyen-Orient poussée vers sa frontière. Consciente de garder les confins Est de l’Union, elle a fait appel à Frontex et gère la pression avec un beau sang-froid (mieux que la Pologne, en tout cas). Membre de l’OTAN et fidèle à l’UE, elle tient son rôle dans les structures collectives et ne se laisse pas impressionner. Pourrait-on alors lui reprocher d’être  »trop » courtisée par les Etats Unis ? Non. Dans l’esprit d’indépendance et la situation géostratégique où elle se trouve, l’appui de Washington comme la sympathie française lui sont légitimement acquis. Car elle aime aussi la France, apprécie sa culture et son rôle d’équilibre. Ainsi, elle invite volontiers des éléments des forces armées hexagonales à stationner et manœuvrer quelque temps sur son territoire et, en retour, comme sa voisine l’Estonie, elle contribue sans mégoter au dispositif militaire franco-européen au Sahel, notamment à l’opération des forces spéciales Takuba. Paris reçoit aujourd’hui la cheffe du gouvernement lituanien, Mme Ingrida Šimonytė, pour le centenaire des relations bilatérales. Sans s’arrêter à la petite taille de ce partenaire européen, il faut l’honorer comme un allié de grande confiance, un ami très apprécié. Il arrive que les petites nations portent la conscience du monde… et la nôtre.

Une occasion se présente de donner quelques gages. Vilnius vient d’établir un bureau de liaison à Taiwan, en tous points identique, dans ses attributions, au bureau français de Taipei.  »Taipeh » ? A la rigueur… /  »Taiwan » ? Jamais !! Telle est la belle hypocrisie imposée au reste du monde, par un diktat des gérontes qui règnent à Pékin sur une immense république populaire sans légitimité populaire. L’intitulé de la ville-capitale de l’ex-Formose leur est à peine supportable, mais l’emploi du nom de cette île, un terme purement géographique, équivaut pour eux à un casus belli. Qui se souvient que par le passé, Taiwan n’a jamais appartenu à la RPC et à peine 15 ans à la Chine des seigneurs de la guerre ? Leur vengeance, dont un abaissement des liens diplomatiques et un boycott économique, suit son cours, encore à sa phase initiale. Une campagne de diffamation frappe aussi la Lituanie, moquée comme ‘’petit caniche de Washington’’.

Avec Vilnius, nous devrions tous, absolument tous, oser appeler Taiwan ‘’Taiwan’’ et renommer selon l’évidence géographique nos représentations dans cette île, qui est, elle aussi, championne de la résistance au chantage des Goliaths. Un peu comme tous les Danois avaient porté l’étoile jaune pour rendre inopérante, chez eux, les rafles de juifs par les Nazis. Encore bienvenue, Mme Ingrida Šimonytė !

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