* 13 décembre – Sommet du jugement dernier

Joe Biden l’avait promis durant sa campagne. Il a organisé, les 9 et 10 décembre, par vidéoconférence, un ‘’sommet de la démocratie’’. Après quatre ans de présidence Trump, c’était une façon pour le président démocrate de confirmer par les actes que (citation) : ‘’l’Amérique est de retour ‘’. En fait, qu’elle est revenue de loin. On garde dans les yeux les images effarantes de l’assaut des ‘’petits blancs’’ révoltés (et manipulés) contre le Capitole, le 6 janvier. Biden gouverne face à une société profondément divisée. Peu ou prou, un tiers des citoyens dénoncent une élection supposément ‘’pipée’’, appellent au retour de ‘’l’Homme fort’’ en espérant que ce léviathan piétinera les institutions et bannira les classe politique washingtonienne. Ils attendent de lui qu’il torde le cou aux lois et rétablisse un ordre suprémaciste. Ne nous pensons pas immunes : ces tristes personnages ont grosso-mode leur équivalent, dans la quasi-totalité de nos fragiles démocraties occidentales.


‘’Etre de retour’’ est synonyme, aux Etats Unis, d’exercer un leadership existentiel sur le ‘’monde libre’’ et, postulat corollaire, de s’ériger en fer de lance face à l’’’Empire du Mal’’. Les donneurs de leçons ont un besoin absolu d’ennemis, qu’on appellera ‘’challengers’’ ou prétendants à l‘hégémonie, ce qui restreint leur nombre mais sacralise le combat des démocraties. Poussé par un mal-être de politique intérieure, Biden n’a pas fait dans la finesse et s’est délibérément éloigné d’un format consensuel, tel celui adopté par la France à l’occasion du sommet du centenaire de 1918. Il lui fallait rassembler autour de lui les ‘’bons’’, alliés, partenaires et clients, etc. L’essentiel du message a donc tenu à la liste des invités ou plutôt des ‘’non-invités’’.

C’est une grosse erreur de désigner de cette façon blessante et publique ceux que l’on range parmi les ‘’mauvais’’, les adversaires bien détestés. Il l’a commise, certes pour rassurer ses concitoyens, mais en prenant le risque de rendre plus irréconciliable que jamais une ‘’communauté internationale’’ déjà vérolée par ses confrontations et ses méfiances recuites.

Le ‘’sommet du Jugement dernier’’ a donc réuni 111 pays, acceptés ou protégés par la diplomatie de Washington. A peu près la moitié de la communauté des Etats. Il aurait pu réfléchir à la réparation ou à la remise à flot des vieilles démocraties usées, mais il a préféré faire sienne la rhétorique du combat contre les régimes autocratiques. La liste des invités rend perplexe quant au mérite démocratique des dirigeants retenus : la Chine et la Russie, incarnations de l’ennemi absolu, ont bien entendu été exclues du sommet. Le Pakistan salafiste, les Philippines et le Brésil des bataillons de la mort y figurent malgré l’état inquiétant de leurs libertés publiques. En revanche, la Hongrie, membre de l’Union européenne, a été boudée. De même la Turquie de Recep Taayip Erdogan, dont les bases militaires sont pourtant essentielles aux interventions de l’Otan dans le Grand Moyen Orient. En Afrique, la République démocratique du Congo a été invitée que beaucoup considèrent comme un Etat failli. Epine planté dans le pied de la République populaire de Chine, le gouvernement de Taïwan a aussi été convié. Pour le coup, il a bien mérité de la démocratie mais n’a-t-il été choisi que pour cela ?

Il vaut mieux ne pas rechercher de critère cohérent : la morale, les droits humains et les intérêts stratégiques ont été secoués dans un shaker puis passés au mixer. Conclusion : un exercice bâclé et rien de nouveau au bout ? Si, dans le sens où l’on voit une Amérique polarisée et blessée durcir le ton à l’extérieur et finalement traiter la scène internationale en termes dichotomiques : le bloc des bons face à celui des méchants. Si l’on avait d’abord posé la question d’un renouveau démocratique nécessaire ‘’pour tous’’, cette dureté un rien populiste de l’analyse américaine aurait été acceptable. Après tout, les ennemis de la paix et des libertés pèsent actuellement plus lourd que leurs amis. Mais, quand on veut diriger le monde, un peu de lucidité sur soi et de bienveillance pour autrui ne nuit pas.

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