* 27 avril – Malbrough s’en va-t-en guerre

La guerre s’étend rapidement, c’est incontestable. Quelle guerre ?

(1) Celle commencée par une agression gratuite contre l’Ukraine, qui se reconcentre sur le Donbass et le littoral de la Mer noire jusqu’aux frontières de la Moldavie. (2) Celle qui conduit Moscou à bombarder les entrepôts d’armes livrées à Kiev, lesquels incluent désormais des blindés, de l’artillerie lourde, des drones, des missiles et des radars… peut être même quelques avions de combat Mig 29. (3) Celle qui coupe brutalement les livraisons de gaz à la Pologne et à la Bulgarie pourtant dépendantes à 90 % du fournisseur russes. (4) Celle qui voit ‘’disparaitre’’ soudainement des oligarques et chefs militaires russes atterrés, comme nombre de leurs compatriotes, par la fuite en avant de Poutine et qui cherchent à s’évader de l’étouffoir. (5) Celle, enfin, qui se joue dans les médias pour brouiller les esprits … 

Un brouillard mental se lève autour de l’Ukraine : sommes-nous sur le point, comme Serguei Lavrov nous en accuse, de lancer pour ce pays une troisième guerre mondiale, nous autres Occidentaux qui répétions en chorus ‘’ne pas vouloir mourir pour Kiev’’ ?

Il y a quand même un peu de ça, semble-t-il, lorsque Antony Blinken et Austin Lloyd, les chefs de la diplomatie et de la défense des Etats-Unis, paradent à Kiev avec Volodymyr Zelensky en affirmant fièrement que « L’Ukraine croit clairement qu’elle peut gagner et c’est aussi le cas de tout le monde ici. Nous allons continuer à remuer ciel et terre pour pouvoir les satisfaire’’.  Les livraisons d’armes gagnent en volume comme en puissance (cinquante blindés anti-aériens ‘Guepard’ allemands, douze canons de 155mm français ‘César’, drones turcs en sus de l’arsenal lourd et du renseignement américains).  Même si cela reste loin de l’effort quantitatif de Washington, la participation européenne est adaptée au plan qualitatif à la grande bataille qui s’engage au Sud-est. En Bulgarie, les détachements pilotés par le Royaume Uni sont sur le qui-vive, alors que  les troupes russes se rapprochent. De même, en Roumanie, les militaires français stationnés à la frontière de la Moldavie pourraient avoir à faire face à l’armée russe stationnée, juste un peu plus à l’est, en Transnistrie occupée. Mais tout cela, contrairement à ce qu’affirme certains esprits faibles ou rusés, ne fait pas de l’Occident un ‘’cobelligérant’’, une puissance ‘’en guerre contre la Russie’’.

Certains de nos politiciens ou de nos médias oublient un peu vite le droit de défense légitime – et collectif – qu’ouvre une agression caractérisée comme l’a subie l’Ukraine. Aussi longtemps qu’elle n’aura pas été remplacée, la Charte des Nations Unies reste la règle cardinale en matière de guerre et de Paix. Son Chapitre VII prévoit, en cas d’agression et de menace à la Paix, des mesures coercitives. Le Conseil peut alors recourir à des mesures militaires ou non militaires pour maintenir ou rétablir la paix et la sécurité internationales. La guerre de Corée a été menée sur cette base juridique par les forces des Nations Unies. Les casques bleus ont aussi recouru à la force, dans la guerre de Bosnie.

L’article 51 de la Charte prévoit le droit de légitime défense individuelle = = ou collective = =, dans le cas d’une agression armée contre un Membre de l’Organisation des Nations Unies.

L’agression et l’identité de l’agresseur – la Russie – ont été constatées par l’Assemblée générale des Nations Unies. Ceci, même à deux occasions successives. Dès lors, l’Ukraine ne doit pas être considérée comme belligérante à parité de responsabilité avec la Russie. Kiev – et elle seule – use de son droit à défendre sa souveraineté et son intégrité territoriale, conformément à la Charte. Même en cas de violation du droit humanitaire de la part de ses défenseurs, son droit à l’auto-défense reste irrévocable (ce qui n‘exonère pas les auteurs d’avoir à rendre des comptes). D’ailleurs, en sa qualité de démocratie, le pays agressé manifeste un comportement général conforme à l’état de droit et au respect des civils.

Moscou, de son côté, transgresse  toutes les normes admises du droit et de la civilisation. Mettre au ban ce comportement, stopper cette agression ne sont possibles que par un usage croissant de la force, au service du droit.  C’est le principe de la défense collective, celui qui guide l’action actuelle des démocraties. Mais il n’y aura jamais de paix juste si le bluff de Lavrov sur ‘’une troisième guerre mondiale’’ devait paralyser le devoir de défense collective de l’Ukraine. Le risque à prendre existe, c’est vrai, mais éviter une ‘’paix injuste’’ représente un pari nécessaire sur l’avenir. Ni l’Europe ni les Etats Unis ne sont ‘’cobelligérants’’. Mais ils sont totalement dans les règles internationales dans leur rôle de ‘’co-défenseurs’’.

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