* 30 mai – Goût des armes, goût du sang

Tout un chacun prétend détester la guerre. Dont acte. Pour être pertinent, il faut distinguer la guerre que l’on trame ou que l’on provoque de la légitime défense, laquelle contraint à prendre les armes pour seulement sauver sa peau. Les armes posent question, par essence, tant il apparaît que leur possession incite à leur usage et à une agressivité qui ne s’exprimerait pas sans elles. Un Etat surarmé et vindicatif est dangereux, à l’instar d’un adolescent frustré équipé d’un fusil automatique. Mêmes pulsions. Entre Poutine, qui menace de se venger de l’Occident au moyen ‘’d’armes secrètes’’ et le jeune Salvador Ramos, qui a froidement assassiné 19 enfants et leurs deux institutrices dans une école primaire d’Uvalde (Texas), on ne constate pas de grande différence. Leurs frustrations (l’un, du tournant  »occidental » pris par l’Histoire ; l’autre, des moqueries que lui ont valu son bégaiement et sa jeunesse ratée) ne se seraient probablement jamais catalysées avec une telle violence s’ils n‘avaient disposé de l’arsenal qui confère le pouvoir sur la vie d’autrui. Les deux se sont offert des armes à l’occasion de célébrations. A 18 ans, il faut avoir vomi son enfance pour s’attaquer à une école primaire, armé d’un fusil d’assaut acquis en cadeau d’anniversaire, dans un supermarché … ou de missiles hypersoniques qu’on lancera contre des barres d’immeubles. Quel monde de tueurs !

Dans un cerveau dopé aux hormones mâles, rempli de pulsions de domination et de vengeance, l’envie de tuer ne traduit pas une folie mais une rémanence du ‘’cerveau reptilien’’ de nos lointains ancêtres chasseurs-cueilleurs, mangeurs de viande crue. Ni l’éducation ni les soins n‘y font rien. Les armes ont toujours été les parements et le permis de tuer d’une  »élite » masculine dominante. L’invocation conservatrice de ‘’rares cas d’abus imputables à quelques désaxés’’ est une excuse hypocrite : ça ne tient pas la route. Il suffit de comparer les Etats Unis au reste du monde occidental.  Où ailleurs verra-t-on plus de 80 tueries de masse dans des écoles, chaque année ? L’addiction aux réseaux sociaux ‘’mentalement déstructurants’’ ou aux groupes hyperviolents, le machisme imbécile sont identiques en Europe et aux Etats-Unis. Mais ces tares ne provoquent pas les mêmes bains de sang, devant lesquels le système américain apparaît paralysé.

Le pays des ‘’minutemen’’ – ces citoyens armés immédiatement mobilisables contre l’agresseur anglais – s’est lui-même pris au piège et ce, depuis longtemps. Le second amendement à sa constitution relatif à la liberté du port d’arme pour tous et partout n’a plus aucun fondement logique dans une contrée qui n’est pas en guerre. La proportion des coups de feu qui sont des actes d’agression est sans commune mesure avec les rares cas de légitime défense réelle. Si l’amendement subsiste c’est qu’il sert des buts inavoués, bien différents de l’autoprotection des civils. Au-delà des peurs et des sectarismes haineux (le ‘’grand remplacement’’ des blancs par des  »populations de couleur », le suprémacisme, la haine de l’Etat, le néo-nazisme, les mafias, l’obsession des complots, l’insécurité précisément provoquée par la diffusion des armes), plusieurs cercles y trouvent leur compte :

1- Les associaux, nombreux, qui s’en tiennent à leur jouissance personnelle du port d’armes, sans considération aucune pour la société ; les milieux criminels, aussi ;

2- La National Rifle Association (NRI), qui promeut leur culture et en recueille l’argent ;

3- Tous les simplets effarouchés imputant à un déficit de dispositifs sécuritaires ce qui est en fait un excédent d’armes en circulation ;

4- Les médias qui font de l’audimat avec ces drames sans poser les questions de fond (pour ne pas perdre de lecteurs ?) ; Même funeste, l’exhibition d’une arme serait une liberté individuelle de l’ordre du sacré …

5- Les Républicains du Congrès, qui perçoivent dans les catégories précitées leurs meilleurs soutiens électoraux ; Pour eux, tout ce qui génère de la peur chez les braves gens est politiquement porteur ;

6- Les partisans du recours à la ‘’flibusterie’’ au Congrès, permettant à une minorité de bloquer tout processus de réforme. Le conservatisme figé du système américain l’éloigne de la démocratie.

7-  L’impuissance générale de la classe politique en général. Elle s’inquiète en majorité du phénomène de meurtres d’enfants en masse, elle le déplore – avec des mots poignants – mais elle renonce à s’attaquer au mal à sa source. Ainsi, hier, de Joe Biden : ‘’Nous devons agir. Quand, au nom de Dieu, allons-nous nous opposer au lobby des armes à feu ?’’ Attendons-nous à ce qu’il le répète encore et encore » …. Réponse : oui, on attendra. L’Amérique a-t-elle jeté l’éponge ? Le blocage du jeu politique à Washington décourage la majorité des Américains, pourtant opposée à la folie de ’’un arsenal tueur pour tous’’. Espérons quand même un réveil, que le bon sens et l’essence de la démocratie prévalent un jour.

Un petit jeu : de Salvador Ramos à Vladimir Poutine, la traduction des sept points précédents dans leurs équivalents  internationaux : 1 = dictature armée ; 2 = Complexe militaro-industriel ; 3 = Populisme ; 4 = conditionnement, propagande ; 5 = Etat policier ; 6 = Lobbies parlementaires ; 7 = Nations Unies.

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