* 31 mai – Si tu veux la paix résorbe la guerre

Il allait de soi qu’une femme accède à la tête de la diplomatie française. Le Quai d’Orsay en a accueilli plusieurs, mais généralement en position de ministre déléguée ou de secrétaire d’Etat. Catherine Colonna y entre en ‘’patronne’’ et elle a les qualités pour ce faire. Diplomate chevronnée, elle a été rodée aux situations de crise et connaît parfaitement ‘’le Département’’. A l’époque ou elle était porte-parole de la République, elle a excellé dans la langue de bois subtile pour ne répondre qu’aux questions sur lesquelles elle pouvait glauser sans risque. Elle est capable et prudente. La question est ailleurs : le Quai d’Orsay avec un tiers de moyens budgétaires et d’effectifs en moins aux termes de trois décennies d’économies forcées sur son dos est-il plus désormais qu’une coquille vide ? Un salon où l’on met en musique les partitions de l’Elysée en prenant soin de ‘’sauver les apparences’’. Oh, l’horrible formule que l’on retrouve sur toutes les bouches et qui signifie ‘’cacher sa misère et son impuissance’’ !  De plus, à l’heure où tous les hauts corps de l’Etat sont appelés à fusionner au sein d’une administration unifiée, les diplomates français s’inquiètent de la disparition progressive de leur savoir-faire et de la passion des relations internationales de  »la Maison », au profit d’un simple roulement ‘’sabbatique’’ des hauts fonctionnaires parfois surtout inspirés par la perspective de quelques années de balade à l’extérieur. Il n’est pas prévu de sérieusement former ces baladeurs, qui d’ailleurs auront quitté la diplomatie quand les conséquences de leurs hésitations se feront jour.

Bref, c’est en messagère du président de la République que la nouvelle ministre française des Affaires étrangères s’est rendue hier à Kiev, où, contre les pronostics avancés, elle a été reçue par le président Volodymyr Zelensky. C’est peut-être la seule mission d’importance déléguée à l’hôte du Quai d’Orsay. Comme note dominante d’ambiance ( »photo opportunity »), elle s’est d’abord rendue à Boutcha, ville-martyre où l’armée russe a commis des massacres de civils sur une grande échelle. Le Quai  n’a rien perdu de sa circonspection dans le choix des mots : « Par ce déplacement, la ministre souhaite témoigner de la solidarité de la France à l’égard du peuple ukrainien et de sa pleine détermination à renforcer son appui à l’Ukraine face à l’agression russe, aussi bien sur les plans humanitaire et financier qu’en matière de fourniture d’équipements de défense’’. La ministre a été confrontée à un imprévu : le meurtre d’un photojournaliste français de BFM à l’occasion d’un convoyage humanitaire. Elle a réagi avec sang-froid, demandant une enquête internationale et simplement ‘’présumant’’ que l’obus tueur n’avait pas été tiré par les forces ukrainiennes contre elles mêmes. C’est poli.

Avec son homologue ukrainien Dmitro Kouleba comme avec le président, le sujet de fond le plus tendu touchait à l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne. Après la rencontre, Volodymyr Zelensky a indiqué sur sa page Telegram que l’Ukraine comptait sur l’aide de la France pour soutenir ses aspirations européennes et contrer l’agression russe : ‘’La visite de la ministre française de l’Europe et des Affaires étrangères Catherine Colonne en Ukraine témoigne su soutien de la France à l’égard du peuple ukrainien. Nous comptons sur la France pour nous aider à contrer l’agression russe et défendre les valeurs européennes.  Son aide à l’armement, au renforcement des sanctions et au rapprochement de notre pays de l’adhésion à l’UE est importante pour la victoire de l’Ukraine’’. Même enrobée dans un discours amical sur ce qui scelle l’alliance de factos, ces termes montrent que l’on n’a guère avancé sur la formule permettant l’arrimage à Bruxelles. Le concept de ‘’communauté politique’’ repris de la ‘’confédération européenne’’ (sans les Etats Unis) de 1989 avancé sans succès par François Mitterrand fait figure d’antichambre voire de long purgatoire là où l’urgence fait loi. Paris ne donne pas grand chose dans l’immédiat. Cela ne passe toujours pas : ni à Kiev, ni chez les voisins orientaux les plus épidémiquement antirusses. Ces derniers fonctionnent à courte vue : repousser l’Agresseur et l’isoler totalement. Dans le climat émotionnel d’une guerre aussi cruelle, on peut le comprendre. Mais l’émotion ne suffit pas sur le long terme. Si la diplomatie française reste dépositrice d’une vision – serait-elle monopolisée par M. Macron – c’est bien qu’un travail acharné est nécessaire, dès à présent, pour qu’un jour, une paix durable sans doute un peu imparfaite puisse être conclue, qui donnera quelques bases au travail de justice.

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