Moins de commerce, moins de civilisation ?

 Une étude intéressante du Centre d’Etudes Prospectives et d’Informations Internationales (CEPII) nous invite à considérer le déclin tendanciel du commerce, non pas comme inhérent au « système » (kesako, le « Système ?»), mais comme appelant un  »correctif » – même, une « réinvention » – de la mondialisation. Son cours est perturbé par le populisme et les replis isolationnistes.  »L’Economie mondiale 2020 – Ralentissement sous haute tension » comme s’intitule cette étude, fait bizarrement l’impasse sur les menaces pesant sur l’écosystème planétaire. Elles sont pourtant largement perçues, en Europe, comme résultant de la consommation simultanée de « plusieurs  planètes ». Cette année, le Jour du dépassement est tombé fin-juillet. La vrille ne serait pas étrangère aux activités du commerce, à la production gaspilleuse soutenant « l’hyper consommation », aux transports internationaux multiples et polluants, toutes choses dictées par la gloutonnerie insatiable du marketing et des réseaux numériques. La vision classique du CEPII n’en reste pas moins intéressante, en tant qu’analyse étayée par des chiffres.

Faudra bien s’adapter !

Elle reflète l’appréciation sévère que plusieurs institutions sérieuses portent sur les dérives toxiques du « business global marchand ». Rappelons que les fluctuations de celui-ci, à la hausse comme à la baisse, ont un impact en gros cinq fois plus fort sur la croissance (et donc sur l’emploi) que les variations de la consommation des ménages. L’Allemagne et la Chine, plus dépendantes de leur commerce extérieur, encaissent évidemment plus mal que le Japon ou les Etats Unis, relativement auto-suffisants. Comme de coutume, la France occupe une position médiane et elle réagit avec une certaine inertie à la conjoncture.

Que nous dit le CEPII ? D’abord que le système multilatéral destiné à réguler les échanges s’effrite rapidement. Les grandes offensives actuelles de D. Trump contre à peu près tous les partenaires des Etats Unis, mais plus particulièrement contre la Chine, ont mis l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) hors-jeu, peut être même en état de mort physiologique. Les pays ciblés se sont soumis au même diktat du traitement bilatéral et ils court-circuitent les institutions protectrices, les codes de conduite comme les pannels d’arbitrage. Coup de balai, donc, ce que le langage académique du CEPII exprime ainsi : « Les cadres de pensée et les schémas institutionnels de la mondialisation chancellent, sans que de nouveaux ne se dessinent encore clairement ». A en croire que le rapport de force n’aurait pas constitué le cadre de relations dans toutes les périodes troublées !

Depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, la moyenne des taxes américaines appliquées sur les importations chinoises a ainsi bondi de 3,1 % à 21,2 %, selon les calculs du Peterson Institute for International Economics. L’incertitude, générée par la confrontation commerciale, financière et technologique sino-américaines dissuade les investisseurs d’opérer et elle prélèvera bientôt sa dîme sur la croissance globale. Le recours tous azimuts aux sanctions économiques à visées géopolitiques (Iran, Chine, Russie, Vénézuéla…) y ajoute ses effets déstabilisants. Lors du G7 de Biarritz, les sept – ou, plutôt, les six autres puissances économiques majeures – ont clairement exprimé ce souci. Les disputes commerciales touchent tous les voisins des Etats Unis (le Mexique, mis sous pression ; le Canada traité avec un certain mépris) mais potentiellement aussi l’Europe (les véhicules allemands, les vins français…), laquelle verra, de plus, ses échanges fortement affectés par le Brexit. Déjà l’économie allemande s’essouffle. Comme si cela ne suffisait pas, le Japon, toujours un peu révisionniste aux entournures, attaque sur son voisin coréen en le privant du statut de partenaire privilégié. Partout le protectionnisme, voire l’autarcie, reviennent en vogue et ce, par réflexe nationaliste plus que par angoisse écologique. Pourtant le commerce et même le tourisme ont un rapport étroit avec la stabilité du monde et la Paix (voir l’article du blog sur l’angoisse écologique). Partant de tels prémices, est-il encore décent de faire de la prospective ?

-L’OMC franchit le pas en prédisant une contraction du commerce mondial de quelque 17 %, accompagnée d’un recul du produit intérieur brut mondial d’environ 2 %, si le climat actuel de politisation du commerce devait perdurer jusqu’en 2022. Par pudeur, l’Organisation honnie des Américains omet de mentionner le moyen-terme, selon que la Maison blanche sera républicaine ou démocrate. « Même si aucune monnaie ne semble en mesure de le remplacer comme devise de référence, une moindre prédominance du dollar pourrait laisser place à une régionalisation du système monétaire, qui elle-même aurait des conséquences commerciales profondes ». Récession, insolvabilité du Sud, appauvrissement, flambée populiste, guerres ? Il ne fera pas bon être petit et sans monnaie ni armée forte, dans quelques années.  En attendant, les panels multilatéraux d’arbitrage des différends n‘existeront sans doute plus dès l’an prochain si, comme en menace Washington, le renouvellement de leurs membres, en décembre, devait être bloqué. La nouvelle Commission européenne, composée le 10 septembre, va se trouver face à un défi. Son commissaire au commerce, Phil Hogan, parviendra-t-il à remplir la mission impossible qu’il reçoit de lancer le chantier d’une réforme de l’OMC ? Ou devra-t-il, par réalisme, se rabattre sur un triste ajustement des 27 à la foire d’empoigne générale qui émerge ?

De ce qui précède, vous remarquerez que le « correctif » prescrit pour la mondialisation sombre dans un flou total. Disons qu’il reste à en inventer complètement les recettes. Il y a 20 ans, Hubert Védrine préconisait de « civiliser la mondialisation ». Avec quelques doutes en tête sur l’avenir du « Système », on cherche un avis éclairé sur le thème «Comment endiguer la dé-civilisation du monde» ? A vos plumes !

L’été géopolitique 2019 – N’espérez aucun répit !

La saison estivale laissera le souvenir de la canicule. Pourtant, l’actualité géopolitique n’a pas connu de pause (d’ailleurs, pourquoi ?) ni de baisse de température.  Si on cherche à dégager quelques tendances de fond, on pourra relever l’angoisse montante des Européens à propos du futur de notre monde ‘’invivable ». Elle contraste avec un reste du monde à la fois optimiste et belliqueux, à l’image du président Trump, de Kim Jong-Un ou de Xi Jinping. Ceux-là sont absorbés dans la recherche de gains stratégiques ou commerciaux. La scène géopolitique projette l’image du monde d’hier, sans pôle et « globalisé », glissant dans une logique de blocs antagonistes, sous l’influence de puissances conquérantes. Quelque chose des impérialismes du 19ème S et des alliances de 1914 est de retour dans l’air du temps, partout sur fond de national-populisme souverainiste. Le désordre international ne contribue pas à maintenir les liens entre les nations qu’il s’agisse du commerce, des mouvements humains, de la recherche de la Paix ou du contrôle des armements que celle-ci implique. J’y ajouterais aussi un certain cosmopolitisme des cultures, qui aide à comprendre notre temps. Sur les multiples foyers de crise et de contentieux, le populisme à courte vue ravive les braises. Mais les prises de conscience des problèmes progressent et elles peuvent aussi faire surgir de nouvelles sagesses.

Un regard sévère sur l’avenir, partagé par beaucoup

1 – La Planète finira-t-elle par se délester de l’Humanité ?

Côté ambiance, des scénarii-catastrophes planaient en préambule du G7 de Biarritz, au terme d’un mois de juillet le plus chaud de l’histoire du monde. La Sibérie et l’Amazonie, nos « poumons », se consumaient. Le dernier rapport du GIEC s’inquiétait de l’état très dégradé des terres. Parviendraient-elles à nourrir le surplus de population attendu ou, autre option, à produire les énergies renouvelables tant espérées ? La jeune Greta, 16 ans, parcourait le Nord de la planète en essemant la grève du vendredi dans les collèges et toute une génération de parents s’introspectait fermement : « avons-nous mal fait ? ». Les piques échangées entre E. Macron et J. Bolsonaro à propos de l’Amazonie en flammes ont donné un tour saisissant à cette confrontation. Maltraitance de la Terre due à notre esprit social et libertaire, « consumériste » et incapable de régulation ? Et les catastrophes s’enchaînaient : ouragans (dont le dernier, dévastateur, aux Bahamas), Ebola, séismes, parasites de l’olivier… Stopper le commerce sauvegarderait-t-il l’environnement ? Ce credo quasi-religieux a mobilisé des foules contre le CETA, avant que cet accord ne soit adopté en France, le 23 juillet, épargnant au pauvre Canada d’être traité comme notre pire ennemi. Les pays du Mercosur ont, eux, vu l’accord de libre-échange négocié depuis 19 ans avec l’UE, bloqué d’adoption par la France pour cause de « tromperie brésilienne ». Utiliser les conventions commerciales pour imposer des conditions écologiques (fidélité à l’accord de Paris – COP-21) ou couper les ponts et opter pour l’autarcie, le débat tend vers la caricature.

2 – Le délire américain, entre Grand-Guignol et avant-goût d’apocalypse

Le côté le plus délirant de la scène mondiale porte un nom : Trump. Le président américain a été à l’initiative contre tout ce qui pourrait nous assurer un avenir relativement protecteur. Si l’OMC existe encore formellement, il a désintégré tous les codes du commerce international, au profit exclusif de « l’arme du rapport de force ». Voisins, alliés comme concurrents se sont pris des taxes pour leur grade (même notre bon vin est ciblé), mais c’est encore, en direction de la Chine et de l’Iran que ces offensives ont été les plus agressives, souvent à la limite du blocus (Iran) ou de l’étouffoir (Chine). Au point que beaucoup s’interrogent sur leurs effets récessifs potentiels, voire sur une dérive militaire dans la gestion des crises : tentative avortée de bombardement par drones sur l’Iran, manœuvres de confiscation de bâtiments de commerce répondant à des sabotages, resserrement des interdictions bancaires et, concernant la Chine, livraison d’armes à Taiwan et même menace de « couler » la place financière de Hongkong ! En revanche, le Groenland plaît à Donald et il propose de l’acheter, au grand effarement des autorités tutélaires, au Danemark. Pour se constituer un arsenal contre la Chine, le 2 août, il jette aux orties le traité INF bannissant les missiles nucléaires de 500 à 5000 km de portée, qui protégeait l’Europe du péril atomique. Sous une pluie d’essais balistiques nord-coréens, il affirme sans fard que « tout va bien avec (son) ami Kim ». Dans la même veine, après un an de négociation secrète avec les Talibans, il congédie ceux-ci à leur arrivée à Camp David et décide de laisser pourrir le conflit d’Afghanistan, dont l’issue dans l’honneur est, pour le coup, un vrai casse-tête. Qu’importe ! Sur le « front électoral », primordial à ses yeux, le milliardaire manie l’insulte raciste contre des élues du Congrès (« retournez d’où vous venez ! »), la soumission des migrants latinos – même, les enfants – à de mauvais traitements, les diktats à ses industriels pour qu’ils désinvestissent en Chine ou fabriquent des véhicules polluants, etc.

3 – Le nationalisme obtus, plus contagieux qu’Ebola

La xénophobie, le protectionnisme et le nationalisme ne sont pas l’apanage d’un seul pays et l’été 2019 a illustré une propension croissante à la création de conflits, dans d’autres régions du monde. Bien qu’e principe pacifique, la grande offensive de Pékin sur les nouvelles routes de la Soie fait peur, tout en créant des opportunités. Les pays africains ont été particulièrement ciblés par cette invite à sortir du système multilatéral pour prospérer dans l’orbite chinoise. Certains laissent percevoir de la prudence, à l’image des états européens, exception faite de la Grèce, de l’Italie et de l’Europe centrale. Quelques jours après avoir célébré, au château de Chantilly, son partenariat stratégique avec la France, l’Indien Narendra Modi met fin brutalement à l’autonomie du Jammu-Cachemire, ce territoire musulman revendiqué par le Pakistan depuis la partition de 1947 et dont la population se retrouve en quasi-rétention. Islamabad ne manquera pas de riposter par le biais des groupes d’insurgés soutenus à distance. La Birmanie achève de barricader au Bangladesh ses Rohingyas. L’ASEAN, prudente, maintient un fer au feu avec la Chine et l’autre avec les Etats Unis (manœuvres communes). Mais le clash de valeurs le plus spectaculaire concerne Hongkong, dont la population est en ébullition depuis février contre la « mainmise continentale » (de Pékin) sur la vie politique locale. Centré initialement sur une volonté unanime de résistance à un projet de loi liberticide (possible déportation des suspects vers la justice communiste), l’indignation s’est mue en dénonciation des ingérences du PC chinois mennaçant les garanties d’autonomie complète (un pays – deux systèmes) accordées pour 50 ans lors de la dévolution du territoire à la Chine, en 1997. En réponse à la brutalité montante de la police et à la surdité politique du gouvernement hongkongais (qui confirme son inféodation à Pékin), la tension monte, avec son cortège de violences, à l’approche du 1er octobre, la date célébrant le 70ème anniversaire de la fondation de la RPC, à l’occasion de laquelle les dirigeants du PCC ne peuvent se permettre de perdre la face. Or, Hongkong est le poumon financier de la Chine et son plus grand port….

4 – Vers une guerre entre les USA et l’Iran ?

Sur arrière-plan de confrontation entre sunnites et chiites, des deux côtés, on s’y est préparé. Washington, en sortant de l’accord nucléaire de Vienne de 2015, seule piste praticable pour calmer le jeu de la prolifération nucléaire (et balistique), sans perte de face … mais aussi, en sanctionnant personnellement les dirigeants iraniens (confiscation des comptes bancaires) et, surtout, en bloquant tout commerce avec Téhéran en vertu de la « loi du dollar », qui bannit l’usage de cette devise pour toute transaction. Les Européens ont bien tenté, par le mécanisme de troc INSTEX de desserrer un peu le collet mais leurs entreprises, très respectueuses du Trésor américain, n’ont pas suivi. En pleine bataille d’arraisonnement de pétroliers et de tir de drones dans le golfe d’Ormuz, un ultimatum a été lancé aux Européens par le président Rohani : rétablir le commerce sous 60 jours. Le délai passé, les mollahs en viennent à se désengager par étapes de leurs obligations aux termes de l’accord nucléaire : les centrifugeuses tournent à nouveau à plein. Un peu plus au Sud du Golfe, au Yémen, la population continue de subir les bombardements aériens saoudiens et les chars emirati, avec, dans les deux cas, la très probable utilisation d’armes françaises, car, faute d’être sunnite, l’industrie de défense du Pays de Voltaire se montre foncièrement anti-chiite. La confusion règne entre alliés arabes opposés aux Houtis chiites : Riyad veut punir, nettoyer et réinstaller le président Radhi, « dégagé » par la population. Abu Dhabi cherche à s’octroyer une emprise sur le terrain, au Sud, en s’appuyant sur des milices indépendantistes ou autres. Les deux capitales laissent Daech et Al Qaeda prospérer. Rien de sérieux à signaler sur la Syrie : Idlib, une province de 3, 5 millions d’habitants – surtout des déplacés de guerre – est soumise par les troupes de Damas et l’aviation russe à blocus et à un déluge continu de bombes, mais les démocraties d’Occident ne s’en préoccupent guère. Accessoirement, la Turquie menace d’ouvrir – en direction de l’Europe – les vannes des quelque trois millions de réfugiés syriens sur son territoire, si on ne laisse pas son armée constituer, en Syrie, un glacis de 30 à 40 km de profondeur, tout au long de sa frontière sud (de peuplement kurde). L’entité autonome kurde YPG, qui a libéré la population des bandes de Daech, avec des appuis aériens occidentaux, est clairement en ligne de mire. A l’approche d’élections qui seront difficiles pour B. Netanyahou, Israël envoie aussi son aviation bombarder, en Syrie – mais aussi en Iraq et au Liban – tout ce que l’Iran compte comme éléments armés et associés dans la Région. Il est vrai que l’axe de pénétration que Téhéran tisse patiemment jusqu’à la Méditerranée constitue une vraie menace pour l’Etat hébreu. La prétention d’annexer un tiers de la Cisjordanie vise, elle, à plaire à la majorité de l’électorat, farouchement opposée à une paix en Palestine.

5 – En Afrique, un face à face stoïque de la bonne et de la mauvaise gouvernance

– Dans ce tableau général d’une « Asie qui brûle », l’Afrique s’en tire-t-elle mieux ? Comme les étudiants Hongkongais, les jeunesses du Soudan, d’Algérie et de Tunisie expriment une volonté exemplaire de refuser l’injustice et l’oppression des grands dirigeants corrompus. A Khartoum, au lendemain d’un Tiananmen sanglant le 3 juillet, les militaires – qui ont renversé le général Al Bechir – se sont ressaisis et ont fini par accepter une transition vers la démocratie de trois ans, partagée entre eux-mêmes et la société civile. L’Ethiopie a exercé ses bons offices. Une belle victoire, quoi que très fragile. En Algérie, l’après Bouteflika s’annonce sous des auspices comparables, : la population et la jeunesse en particulier ont manifesté leur ferveur démocratique et leur attachement aux libertés sans être contrés par les Islamistes, la corruption est sanctionnée, une transition est annoncée mais l’arrestation de certains démocrates et l’autoritarisme du Chef d’Etat-major, actuellement aux mannettes rend circonspect. En Tunisie, la classe politique a bien réagi à la disparition du président Beji Caïd Essebsi, un grand acteur de la révolution démocratique. On peut gager que le modèle tunisien, unique au sein du monde arabe, est en train de prendre racine. La prédiction inspire de l’optimisme, en même temps qu’elle illustre le rêve éternel de liberté et de dignité, qui n’a pas perdu son attrait, du fait de l’urgence climatique.

– Ailleurs, sur le continent noir : expansion inquiétante des zones d’exactions jihadistes à travers le Sahel et l’Afrique centrale (où les attentats jihadistes se multiplient aussi), pandémie d’Ebola qui s’étend, forêts tropicales qui partent en fumée, nouvelle vague de violences xénophobes dans les townships d’Afrique du Sud, départ de centaines de milliers de candidats à la traversée vers l’Europe, promis à des supplices en Libye ou à se noyer en Méditerranée, à portée de navires européens désormais interdits de tout secours en mer. Matteo Salvini n’aura constitué que la partie émergée, très visible, de cet iceberg d’hostilité et de déni du droit humanitaire.

– A courte portée de la Tunisie démocratique, l’anarchie libyenne fait tache. Après avoir bénéficié de soutiens militaires français, le « maréchal » Haftar met la région de Tripoli sous siège et à feu et à sang. Les milices s’en donnent à cœur joie : exactions économiques, pillages, torture et racket des exilés subsahariens (bombardés jusque dans les centres d’hébergement), tandis que l’Europe continue sa distribution de subsides à qui voudra bien endiguer le flux des Africains. Là aussi, le chaos général bénéficie aux mouvements jihadistes qui prospèrent là où les Etats dysfonctionnent ou n’existent plus.

6 – L’Europe, cahin-caha, sur une pente glissant vers l’insignifiance

Certes, tout n’a pas empiré sur le Vieux Continent. La France a eu le mérite de tenter une discrète opération pour désamorcer la bombe américano-iranienne, mais elle n‘avait pas le poids requis. Elle occupe le haut du pavé climatique et environnemental tout en ayant perdu beaucoup de son poids géopolitique, scientifique et humanitaire ou moral. Paris a occupé, pendant l’été, une place d’importance compte tenu des difficultés intérieures qui affectaient ses partenaires européens et de l’ambiance prévalente de repli sur soi. Sa diplomatie s’efforce à rééquilibrer la relation avec la Russie et à recréer, avec le « président-ennemi de tous les régimes libéraux », des éléments de convergence et de complémentarité (d’où la visite de V. Poutine au fort de Brégançon, avant le G 7). Elle espère que, ce faisant, l’Europe et la Russie pourront prévenir le risque de se voir éclipsées par le nouveau duopole sino-américain. L’idée de sauver, au passage, quelques lambeaux de l’ordre multilatéral, qui gageait la Paix, n‘est pas absente du raisonnement, même si, pratiquement, on ne peut aller loin sans l’aval des autres. Ce nouvel état d’esprit, auquel Poutine se prête pour le moment (qu’aurait-il à y perdre ?), favorise la recherche d’une solution en Ukraine. L’élection à Kiev d’un nouveau président, plus pragmatique y contribue positivement et, ainsi, des échanges de prisonniers ont été amorcés. On parle un peu du Moyen-Orient, où les deux grands acteurs sont empêtrés et pourraient vouloir conclure sur un plan politique. Reste le déploiement en cours de missiles nucléaires ciblés sur les villes européennes. Décidé en juillet, il ne favorisera pas la confiance.

– Le choc qui disqualifiera l’Europe a pour nom « Brexit ». Lancé par le referendum de juin 2016, sur fond de fureur populiste à l’égard des institutions de Bruxelles et des Européens de l’Est, jugés envahissants, le divorce d’avec le continent était devenu la quadrature du cercle sous T. May. Toutes les options étaient bloquées. Après que ses inspirateurs se sont emparés des leviers du Royaume, Boris Johnson en tête de proue, un bras de fer hargneux s’en est suivi avec le Parlement de Westminster. Ce dernier a infligé, à l’ancien maire de Londres, une belle brassée de camouflets, récusant son projet de « hard Brexit », sans accord avec l’UE, impérativement au 31 octobre (six motions sur six votées contre lui). N’en doutons pas, la suite de cette féroce bagarre fera les bons feuilletons de l’automne, mais elle achèvera aussi de projeter, à travers le monde, l’image d’une Europe en déclin et peut-être même en décomposition. Certes, c’est exagéré. Sans doute, les Etats Unis – si Trump est réélu fin-2020 -, les légions de hackers du Kremlin, Facebook et les investisseurs « routes de la soie » sauront profiter de l’aubaine. Pourtant, l’Union a plutôt bien tenu le coup face aux coups de boutoir britanniques. A la date de la rupture annoncée (aussi, celle célébrant Halloween), elle mettra en place une nouvelle équipe dirigeante, présidée – pour ce qui est de la Commission – par U. van der Leyen, ancienne ministre de la défense d’Allemagne, réputée avoir l’esprit géopolitique. Autre acquis immédiat : le reflux des personnalités populistes. En Italie, M. Salvini est tombé, après avoir essayé d’accaparer le pouvoir par la voie plébiscitaire. Le piège s’est refermé sur lui et Rome devrait retrouver, pour un temps, le chemin de Bruxelles. En Hongrie, en République tchèque (où elle a chassé un premier ministre corrompu), en Pologne, à un moindre degré, des oppositions se font entendre plus fort face aux dirigeants autoritaires. Irait-on jusqu’à espérer, si les attentats poursuivent leur déclin actuel, que les questions bien réelles concernant les nouvelles migrations, le climat, la défense et le « soft power » de l’Europe, la sécurité financière, la sécurité numérique, le développement durable, l’avenir de nos libertés, etc. soient saisies à bras le corps par une Europe suffisamment unie pour aller de l’avant. Rendez-vous au début-2020 !

Rapport du Haut Conseil pour le climat : un aperçu de notre avenir

En plein cœur de la crise des gilets jaunes, après avoir écouté les suggestions et demandes de think tank et organisations français, le Président de la République a installé le 27 novembre 2018 un conseil d’experts chargé d’apporter un éclairage indépendant sur la politique du gouvernement en matière de climat. Ce Haut Conseil pour le Climat (HCC) a été officiellement créé par décret le 14 mai 2019, et a rendu, le 25 juin, son premier rapport au gouvernement Agir en cohérence avec les ambitions. Ce texte, conforme au dernier rapport du GIEC est assez décoiffant.  Il appel, ainsi, à des ruptures économiques, sociales, culturelles, techniques pour  se donner les moyens d’atteindre l’objectif climatique fixé par les Nations à la COP-15 de Copenhague: ne pas dépasser 2°C d’élévation de la température planétaire relativement à période pré-industrielle.

Les carottes bretonnes sont des puits de carbone !

 

Le rapport concerne les objectifs de neutralité carbone en 2050, portés par la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC). Ces conclusions sont sans appel : « La France n’est pas sur une trajectoire compatible avec ses engagements ». Les experts expliquent que l’objectif de neutralité carbone en 2050 est techniquement réalisable mais implique une transformation profonde de l’économie et de la société. Pour cela, ils donnent plusieurs grandes lignes à suivre :

1 Assurer la compatibilité des lois et grands projets nationaux structurants avec la Stratégie Nationale Bas Carbone. Soumettre toute initiative à un budget carbone annuel.

2 Renforcer les instruments des politiques climatiques (taxes, quota, subventions…). L’empreinte carbone des Français a augmenté de 20 % en 20 ans. La désindustrialisation en est une cause majeure, si on comptabilise le CO2 lié aux importations, déjà plus important que le CO2  »domestique » 6,6 t par habitant sur 11 t au total ). La politique de relocalisation en France des unités de production s’impose. De même, l’électrification des transports, de l’industrie et de l’agriculture via le recours aux énergies nouvelles, qui nécessite, en pré-requis la création de vastes réseaux d’infrastructures de production et de distribution d’énergie. En sens inverse, cessation de toute subvention aux énergies carbonées.

3 – Identifier et mettre en place les changements structurels nécessaires pour préparer l’économie et la société française à la neutralité carbone (agriculture, urbanisme, aménagement du territoire, éducation). Préserver les puits de carbone.

4 – Assurer une transition juste. La sobriété consumériste doit être engagée au niveau des classes fortunées, les plus engagées dans l’hyper-consommation et l’effet d’imitation autour d’elles. La transition n’est efficace qu’à partir d’une réduction des inégalités. Partage de l’effort de l’Etat avec les entreprises, les contribuables, les collectivités, l’UE.

  1. Articuler la Stratégie Nationale Bas Carbone à toutes les échelles : niveaux de revenu et de protection sociale, disparités géographiques, entreprises et particuliers, dans un souci d’équité.
  2. Evaluer systématiquement l’impact en émissions de gaz à effet de serre des politiques et mesures, dès l’amont mais aussi en aval.
  3. Renforcer le projet de Stratégie Nationale Bas Carbone révisé, en tenant compte des échanges et des transports internationaux

Si la France veut atteindre ces objectifs de neutralité carbone en 2050, elle doit donc engager une série de transformations socio-économiques et structurelles majeures. La politique climatique doit dépasser son format sectoriel : chaque loi et projet doivent être discutés sous le spectre de la Stratégie Nationale Bas Carbone, qui doit être inscrite dans la loi afin de devenir contraignante. C’est de la bonne architecture de ce dispositif, du réglage au bon niveau d’incitation ou de contrainte de chaque instrument, de leur évolution dans le temps,
de leur compatibilité avec des objectifs de justice sociale et de transparence que dépendra le succès de la lutte contre le changement climatique.

(sources diverses : HCC – Ecrits de Mme Corinne Le Quéré – Pacte Finance-Climat)

ours polaires sur un iceberg

source : overblog (deux cousins de l’Ours, gênés aux entournures)

Le protectionnisme supplantera-t-il le libre-échange, à la faveur de l’angoisse climatique ?

Colère populaire contre l’accord de libre-échange conclu avec le Mercosur, en marge du G 20 d’Osaka. Citoyens vent-debout contre l’approbation gouvernementale du Traité CETA, libéralisant les échanges avec le Canada (et soumis à ratification parlementaire, le 17 juillet). Bouderie unanime à l’égard du récent Traité de même nature passé avec le Japon. Méfiance extrême envers les négociations entamées avec Singapour et la Thaïlande… le libre échange a franchement mauvaise presse dans notre pays.

Ours poussant son charriot

Le libre-échange, un ogre hors-sol qui dévore la planète 

– Ses détracteurs avancent des d’arguments à la fois pertinents et un peu trop auto-centrés : le libre-échange (en fait l’ensemble du commerce entre les nations) détruit les normes écologiques et sociales. Il enrichit les multinationales et trompe les attentes des consommateurs. Il hypertrophie l’usage des transports ‘’sales’’ comme le bateau et l’avion et génère des empreintes carbone qui polluent l’atmosphère. Il cautionne les politiques – souvent mauvaises – de dirigeants « exotiques » qui attisent notre méfiance. Ce refus instinctif est le credo commun des deux extrêmes du spectre politique. Ainsi, Donald Trump se montre monstrueusement agressif à l’égard des produits étrangers qui rentrent aux Etats-Unis, au point de systématiser le chantage aux taxes et les listes noires. Marine Le Pen ne parle plus trop de « préférence nationale » mais en défend toujours l’idée, mordicus. L’extrême gauche, insoumise ou trotskiste, se retrouve dans cette mouvance isolationniste, qui conduit toujours à privilégier le rapport de force et à court-circuiter les préalables de paix et de dialogue. Beaucoup d’entre nous, se rangent à cette opinion, sans trop savoir pourquoi. C’est « l’air du temps », voilà tout !.

– Même quand un produit importé est tenu de satisfaire nos normes phytosanitaires, médicales, nutritionnelles, sécuritaires ou écologique – et ceci, contrôle à l’appui – on n’empêchera jamais le consommateur patriote, aiguillonné par les professionnels du secteur, de penser que le bœuf canadien ou brésilien reste aux hormones et aux antibiotiques ou que les fleurs de l’Amazonie sont cultivées sur des terres déboisées, arrachées aux Indiens et parsemées de pistes pour avions gros-porteurs polluants. Méfiance ! Nous sommes excellents dans la citation de motifs pour rejeter les intrus dangereux. Nous  nous exprimons moins sur les « dégâts collatéraux » provoqués par nos propres exportations, et sur le tort qu’elles causent à autrui. Même lorsqu’il s’agit d’armes françaises, exportées pour être employées contre des populations civiles, dans des conflits qui nous échappent, il n’y a qu’une petite minorité de citoyens à s’en offusquer. Combien de nos farouches isolationnistes à l’importation sont également opposés à nos exportations d’armement ?

Les gestionnaires mondialistes, dépourvus d’âmes (CO2, mon amour…)

L’apologie du libre-échange pour le libre échange est, elle, égoïste et outrancière. Les deux premiers projets d’accord cités remontent à presque deux décennies, un indice de ce que la balance des avantages et des inconvénients a évolué. Au fil des remises en cause de nos écosystèmes physique et mental issus du XXème siècle, la perception des précautions indispensables pour prévenir une dérive du commerce mondial a nécessairement changé. Ainsi, la spécialisation internationale du travail, ressort classique de la compétitivité, n’est plus acceptée :  elle est, au mieux, subie comme inhérente au ‘’système’’. Mais le « système » a mauvaise mine, dorénavant. Les délocalisations ont traumatisé les Français. Non qu’elles s’avèrent toutes nuisibles, notamment, lorsqu’elles ouvrent à nos entreprises de nouveaux marchés en associant leur base sociale française à cette expansion.

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On n’arrêtera pas les Talibans sub-sahariens

Les Français et leurs media ont souvent une longueur de retard sur les problèmes qui les concernent, à quelques encablures de leurs côtes. Pendant des décennies, ils ont voulu croire que notre relation à l’Afrique procédait d’une ‘’conscience de notre histoire commune’’ plutôt qu’un attrait pour « Lefric », les monopoles et rétro-commissions qui lubrifient notre actualité partisane. Elf, Boloré et quelques autres ont remis nos horloges à l’heure. Pour parler plutôt de quelque chose de positif, en janvier 2013 l’opération Serval a réalisé la libération spectaculaire des villes du nord du Mali, alors occupées par des djihadistes. Ceux-ci étaient déterminés à faire céder le verrou de Konna pour accéder à Bamako et s’emparer de l’Etat malien. Des émules des Talibans, dans une sorte de scénario à l’afghane.

Sobame-Da, village martyr, au Mali

Mais ces Talibans sub-sahariens prospèrent aujourd’hui dans tout le Sahel et imposent un fardeau impossible sur les épaules de nos 4500 militaires, dispersés dans un espace immense, couvrant au moins sept Etats. L’opération Barkhane est, aujourd’hui, incapable d’en finir avec les groupes terroristes dans le nord du Mali, alors que ceux-ci parviennent à coordonner leurs actions et à recruter massivement au sein d’une jeunesse peu éduquée et socialement abandonnée. Le conflit s’est aussi allumé au Centre-Mali et déborde dans toute la région avec une poussée récente sur le Burkina Faso voisin, qui constitue un couloir d’invasion vers les Etats côtiers d’Afrique occidentale (cf. les attentats de Ouagadougou d’août 2017 et mars 2018). Une « jonction » avec les chasses gardées de Boko Haram, au Cameroun, au Tchad et au Nigéria est également en chantier. Un autre axe d’expansion se dessine aux confins du Niger vers les confluents de la Libye, du Sahel et du Sahara.

L’Afghanistan, l’a amplement démontré : les actions militaires destinées à traiter l’urgence, à soulager les Etats désemparés et mal équipés, changent de sens et perdent leur efficacité dans la durée. Comme à Kaboul, elles créent une sensation d’occupation, par l’ancienne puissance coloniale qui plus est. Elles alimentent la propagande des groupes armés et créent le doute au sein d’une population civile, méfiante car victimisée et abandonnée par ses autorités. L’enchaînement est des plus classiques : brutalités liées aux mesures sécuritaires destruction des économies villageoises, indigence et insécurité au quotidien, volonté que tous les hommes en armes s’éloignent et disparaissent. Faute d’avoir réussi la conquête de vastes espaces, comme initialement envisagé, les stratèges jihadistes se sont rabattus sur la création multiples foyers d’agitation. Sans doute pour constituer à terme une vaste ère sous leur férule. Pour généraliser l’instabilité, ils se sont mis à faire fonds sur les ethnicités et les frictions intercommunautaires auxquels ils surajoutent un vernis islamique – sans plus – utile pour déconsidérer les gouvernements et rendre plus étrangers encore les Français, les Américains, les Allemands, l’ONU, le G 5, tant il est vrai que le cercle des acteurs ‘’pro-occidentaux’’ s’est élargi ces dernières années, sans grande coordination, malheureusement. Dans leur credo, la dimension religieuse s’efface au profit des haines communautaires. Désormaisi, les Dogons agriculteurs et les Peuls nomades et commerçants ne règlent plus leurs litiges coutumiers qu’à coups de massacres. Le banditisme traditionnel est ouvertement assumé comme un acte politique ou une forme (dépravée) de justice. Le conflit civil couve et chacun, dans ces pays, en prend l’amère conscience.

Nos soldats avaient essayé de modérer la guerre civilo-religieuse en Centrafrique. Mission impossible: ils ont du s’en retirer. L’opération Barkhane aurait besoin d’être épaulée par une vraie gouvernance, sociale, active et citoyenne, que les gouvernements de la Région n’ont pas réellement su produire. On sait comment se sont achevées les guerres du Vietnam, d’Afghanistan, d’Iraq et l’opération sur la Libye. Le Sahel et l’Afrique de l’Ouest trouveront-ils un jour leur place dans cette sinistre litanie ?

Un bandit assassin, à Khartoum

Au Soudan, le Conseil militaire de transition a décidé d’en finir avec le mouvement. Le numéro 2 du pouvoir Mohamed Hamdan Dagolo, dit Hemetti, serait l’âme du massacre.  Cette créature du régime d’Omar Al-Bachir permet poursuit un autre projet que la démocratie : pouvoir, crime et terreur.

Ce marchand-brigand et organisateur de caravanes s’est auto-promu milicien en chef des Rapid Support Forces (RSF), un habillage des janjawids traditionnels de sinistre réputation (massacres au Darfour, Sud-Kordofan et ailleurs, contrôle des camps de réfugiés…). Sans appartenir à l’Armée, il s’est propulsé à la tête des garde-frontières puis comme vice-président du Conseil militaire de transition (CMT) lors de la destitution d’Omar Al-Bachir, le 11 avril 2019. Il y règne en maître et s’impose en recours pour le rétablissement de l’ordre, à la tête de son propre groupe activiste, les « Patriotic Defence Forces », contrôlant 5 000 et 7 000 hommes armés dans Khartoum. Il parle aux diplomates étrangers et au princes saoudiens (dont l’héritier Ben Slaman) et se targue même d’opérer pour le compte de l’Union européenne, à la mise en œuvre des politiques migratoires de Bruxelles au Soudan, un pays de départ mais aussi de transit. Fort de ce rôle, il campe en promoteur – ambigu – de la lutte contre le trafic des êtres humains et s’en est fait une rente.

Belligérant dans la guerre du Yémen aux côtés de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, ses mentors, il est aussi devenu magnat d’une compagnie d’exploitation de mines d’or, à Jabal Amir, au nord du Darfour. Dans la crise actuelle du pouvoir, Hemetti représenterait, en fait, une sorte de fusible entre l’armée régulière, les forces paramilitaires et les mouvances islamistes opérant dans l’État. Alors que les hauts gradés se savent, depuis la guerre au Darfour (2003), sur la liste des responsables de crimes de guerre par la CPI, c’est à lui qu’on pourrait faire porter le chapeau s’il échouait.

– Hemetti, ne peut tolérer aucune barricade (‘matari’), même symbolique, dans la capitale. Il lui faut mater les insurgés de tous bords. L’accord tacite des Forces de la liberté et du changement (regroupant des partis historiques et l’Association des professionnels soudanais) au démontage de certaines barricades est perçu comme un premier pas dans sa conquête de Khartoum.

– Le « Tiananmen » a eu lieu le lundi 3 juin. Le nombre des morts et blessés, parfois jetés dans le Nil, s’annonce considérable. Le modus operandi porte la marque des RSF d’Hemetti : des hommes en uniforme des RSF ont encerclé dans la nuit la place du sit-in pacifique, face au QG de l’armée. Tirant à balles réelles, ils ont, selon des témoins, fauché les jeunes par dizaines qui appelaient pacifiquement à la passation du pouvoir aux mains des civils. Une réminiscence de Pékin-1989. Son porte-parole, le général Chamseddin Kabachi, a justifié le massacre par « la présence d’éléments nuisibles et criminels qu’il fallait neutraliser dans le périmètre du sit-in ». Hemetti est perçu comme l’artisan de ce massacre, même s’ il a prétendu, à la télévision, avoir capturé les responsables de la tuerie « déguisés » en RSF. Il n’y aura pas d’enquête, évidemment. Ses miliciens patrouillent désormais la capitale en cherchant à imposer un régime de terreur. Mais rien n’est encore scellé, car la population ne se sent pas vaincue. Ses leaders appellent à « une action de désobéissance civile totale dans tout le pays », à ériger des barricades, à entamer une grève générale jusqu’à la chute du Conseil militaire de transition… (ou de de trahison). On en est là et ce n’est pas rassurant.

Résumé depuis une étude d’Orient 21 à qui vont les remerciements de l’Ours

France et Chine en chiens de faïence dans les eaux « indopacifiques »

2001 Le Vedémiaire et Bibi, à Zhanjiang / Fort Bayard

Poids plume dans les échanges économiques de la Chine, la France  »boxerait-elle dans la catégorie des grands », quand il s’agit d’équilibre géopolitique avec l’Empire du Milieu. Ne parlons pas de commerce. La part de marché de nos exportateurs se monte à peine au tiers de ce que réalisent nos concurrents et amis) allemands. Nos technologies de pointe intéressent encore et l’industrie chinoise – dont l’armement – accapare 40 % des exportations sensibles de nos laboratoires et bureaux d’études, dites de double-usage (high-tech civil ou de destruction massive). Sur le plan éducatif et culturel, nous disposons d’un créneau embourgeoisé intéressé par la langue de Voltaire comme par les cogitations du penseur de Rodin, un visiteur apprécié à Pékin, Shanghai, Canton… En majorité, les étudiants de français sont des étudiantes, toujours douées, parfois motivées par le prestige « matrimonial » de la langue, moins souvent, pour réinvestir leur savoir dans les échanges.

Quid de la marine, qui à la fin du 19 ème siècle détruisit les chantiers navals de Fuzhou, pourtant créés par des ingénieurs français (le consul, Paul Claudel, s’épuisa à réparer l’affront et à les faire reconstruire) ? C’est notre royale qui investit la première les îles Penghu / Pescadore, actuellement sous le contrôle de Taiwan. C’est elle aussi qui aborda et délimita les archipels des Spratleys (Nansha) et Paracels (Xisha), disputés entre la RPC, le Vietnam (grand bénéficiaire de la cartographie française) et Taiwan. Pour parler franc, elle véhicule un petit parfum de nostalgie coloniale que la Cité interdite ne goûte guère. Néanmoins, la stature singulière de la France comme puissance permanente du Conseil de Sécurité, seconde zone économique exclusive maritime du monde, présente partout sur le globe grâce à ses DOM-TOM, à son influence das le droit de la Mer et à l’autonomie d’action de ses escadres à travers le globe, tout cela parle à l’esprit pragmatique des dirigeants chinois.

Jusqu’ici, ceux-ci envisageaient une coexistence aimable – parfois-même des exercices coopératifs – dans les eaux de présence commune. Précisément, dans les territoires excentrés de la Métropole – Océan Indien, Pacifique, détroit d’Ormuz … – où les ambitions stratégiques de la Chine, face à l’Inde et aux Etats-Unis, s’emploient à forger une influence sur les communautés d’origine chinoise abritées dans nos territoires et départements. Les préfets locaux s’en émeuvent. En fait, il y a toujours eu un peu d’ambiguïté, des grands sourires mais peu d’amour et parfois des coups de gueule, que l’on oublie pas. Pékin abhorre plus que tout les relations nouées avec Taïwan. On se souvient des affaires des frégates puis des Mirage vendus à l’île nationaliste en 1992-1994 et qui ont déclenché des représailles bruyantes, commerciales et politiques, au point qu’Edouard Balladur, premier ministre français d’alors, dut accomplir une mission expiatoire à Pékin et Shanghai en 1994.

En 2012, une stratégie plus vigilante a été réaffirmée, face à la rapide montée en puissance navale de la Chine. Paris est soucieux de maintenir la continuité de ses liens avec ses collectivités territoriales d’outre-mer mais aussi de manifester qu’en tant que puissance « possessionnée » et nucléaire ses forces armées mènent une politique autonome de mobilité dans l’espace Asie-Pacifique. Depuis quelques temps, le gouvernement français réaffirme avec force, dans les fora sur la sécurité navale, son attachement de principe à la la liberté de navigation. Les partenaires européens sont plus discrets, pour ce qui concerne la Mer de Chine du Sud, que leurs marines militaires fréquentent peu. Cette liberté juridique s’entend, dans les eaux internationales mais aussi dans les eaux nationales intérieures, selon la formule du passage innocent énoncée par la Convention de Montego Bay sur le droit de la Mer. Or, Pékin n’applique pas ces dispositions, en vigueur depuis 1994, et s’arroge des eaux territoriales plus étendues qu’autorisé. Surtout, sa marine a provoqué en 1996 – et à nouveau depuis lors – de sérieux incidents en bloquant l’accès du détroit de Taiwan à des groupes aéronavals de l’US Navy.

« Nous continuerons de naviguer plus de deux fois par an dans la mer de Chine du Sud », a récemment déclaré Florence Parly, ministre des Armées, dans une de ces enceintes. Les raisons : « Nous avons des territoires, plus de 1,6 million d’habitants, plusieurs îles de différents statuts, de vastes zones économiques exclusives, et la responsabilité qui va avec. Il y aura des objections, des manœuvres douteuses en mer. Mais nous ne nous laisserons intimider par aucun fait accompli.  » La ministre parle de stratégie « indopacifique », une manière de minorer visuellement l’emprise chinoise sur la région et la souveraineté réclamée sur l’ensemble de la Mer de Chine. La doxa française se rapprochant de la doctrine américaine de liberté de navigation sans restriction sur les mers, Pékin s’est senti visé et s’est braqué. Un incident s’en est suivi.

*Le clash s’est produit le 6 avril dans le détroit de Taïwan, lors du passage de la frégate française Vendémiaire. Lire la suite

L’encagement indécent des exilés

1 – Vous connaissez sans doute La Cimade et son engagement pour le droit des étrangers, depuis la fin des années 1930. Une de ses missions est d’intervenir dans plusieurs lieux d’enfermement, centres de rétention administrative comme prisons. L’association est présente à ce jour au sein de 8 centres de rétention ( Guadeloupe, Bordeaux, Hendaye, Matoury, Mesnil-Amelot, Rennes, La Réunion et Toulouse) et dans 75 établissements pénitentiaires. Grâce à cette double fenêtre, elle observe une porosité croissante entre ces deux formes d’enfermement. Elle assiste à la multiplication des cas de double peine, s’agissant de personnes qui, à leur sortie de prison -peine purgée-, se voient (ré)enfermées en centre de rétention. En sens inverse, de plus en en plus d’étrangers enfermés en rétention finissent entre quatre (autres) murs pénitentiaires. De ce fait, l’ONG est à même de quantifier le phénomène de manière empirique et d’en tirer la synthèse infographique ci-jointe :

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Le choix du 26 mai – Quelles missions pour l’Europe ?

Inscription sur les listes électorales européennes jusqu’au 31 mars 2019

La déclaration de 1951 par laquelle Robert Schuman a lancé l'aventure européenne commençait par ‘’LA PAIX du MONDE et la contribution que l’Europe peut y apporter sont indispensables à la cohésion de l’humanité’’. Belle phrase... L’Europe, indispensable au monde ! ... L'idée semble obsolète alors que s'ouvre la campagne pour l'élection du Parlement de Strasbourg, le 26 mai. ''Quel avantage encore attendre cette fichue Europe, pour mon bénéfice immédiat ?'' Voilà ce qui caractérise l'humeur prévalente, plutôt que ''l'Europe doit être plus forte pour me protéger dans ce fichu monde, tel qu'il est ?''

Selon la mythologie, la princesse phénicienne Europe, fille du roi de Sidon, fut enlevée par Zeus, pour l'occasion incarné en taureau. Dans un fourré de Crète, le patron de l'Olympe abusa d'elle, sans scrupule aucun. A l'image de cette malheureuse princesse orientale, le vieux continent occidental, qui a hérité le prénom d'''Europe'', inspire de par le monde plus d'envie que de respect ou de compassion. Caricature d'Haitzinger sur les premières élections au ... 

Avec l'évanescence du bloc occidental et l'égarement barbare des Etats-Unis de Trump, le modeste appendice occidental accolé au continent asiatique se retrouve tout petit, à l'écart des grandes évolutions du monde, dérèglement climatique peut-être excepté. Englué dans ses habitudes impériales passées, ses frustrations et apathies présentes mais aussi ses aspirations à un nouveau modèle de vie universel, l'Europe cherche, sans succès, un rôle à sa mesure dans l'ordre bouleversé du monde et au service d'une stabilité internationale chancelante.

1 - L'Europe lâche prise dans un monde où elle reste très attendue

L'Europe a perdu son ascendant sur le monde : intervention en Iraq de 2003, due à un caprice idéologique américain; printemps arabes dégénérant en hivers sanglants sans réel soutien de sa part; terrorisme parvenu jusqu'à elle, par effet boomerang et sur fond de rancœur du monde arabo-musulman; regain de la course aux armements auquel elle assiste en spectatrice impuissante; rejet du droit international et dépeçage, par les nouveaux "grands" du système multilatéral, qui assurait une paix, même imparfaite, et surtout un rôle à notre continent; dérégulation de l'économie libérale par des financiers américains fous à lier, responsables du Krach de 2008 et toujours menaçants; agressivité et aventurisme russes à l'égard des démocraties pour venger le déclassement subi par l'ex-URSS; catastrophe populiste nommée Trump menaçant de contaminer l'Occident; conflits commerciaux et protectionnismes antagonistes entre Washington et Pékin, Brexit europhobe (et suicidaire), ... aucun de ces malheurs courants du monde ne modifiera la curieuse perception majoritaire de l’Union, non pas en dernier carré du bon sens et de l'Etat de droit, mais en ‘’ennemi’’ de ses citoyens et en souffre-douleur pour tous les malheurs du monde. 

- Confrontée à la détresse de populations frappées par les guerres et catastrophes naturelles et face aux vagues migratoires, l'Europe dispose des moyens conséquents mais pas de la permission d'agir. Ainsi le veulent les Etats. A leur fréquentation, l'UE se compromet. Pas une semaine ne passe sans que de nouvelles informations sur le sort réservé aux personnes exilées aux portes et au sein de l’Europe ne choquent les défenseurs des droits humains. À la tragédie des morts en Méditerranée, se sont ajoutées celles des traitements cruels, indignes et dégradants sur les deux rives de Mare Nostrum, des enfermements, des tortures et des viols, de la ''chasse aux étrangers pauvres'', de leur renvoi dans une clandestinité meurtrissante. 

- Dénués de volonté politique comme de courage collectif pour apporter une réponse à la hauteur des enjeux actuels, les pays européens ne savent plus trop quoi inventer pour éviter d’accueillir et de secourir les milliers de personnes qui espèrent encore un refuge pour survivre dans la sécurité et la dignité. Alors que la seule véritable question devrait être : comment assurer un accueil humanitaire et une protection à tous ceux qui le demandent et qui en ont besoin, nos dirigeants nationaux contraignent plutôt la Commission à ménager le camp de la peur, de la haine et du court terme.

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Biodiversité : rien à carrer des pandas !

Fanny Agostini (merci, Fanny !)
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C’est une opportunité qui ne se présente pas deux fois : il m’est donné la chance de visiter la zoothèque secrète du Muséum d’Histoire Naturelle de Paris. Dans les soubassements du musée, à l’abri des regards, j’arpente les allées d’un coffre fort méconnu du grand public.

La collection parisienne renferme des milliers de spécimens naturalisés dont certains sont des holotypes (spécimens ayant permis de décrire l’espèce) datant du dix-septième siècle. Entre les panthères d’Anatolie, les tamanoirs d’Amérique du Sud et les paradisiers de Nouvelle-Guinée, je me prends pour une darwinette du 21ème siècle à la rencontre d’un patrimoine naturel aussitôt découvert aussitôt perdu.

Oui, parce que nous sommes actuellement en crise… une de plus me direz-vous ! Non, non celle-ci c’est bien l’ultime, la crise du vivant ou la sixième extinction de masse – comme vous préférez. Celle qui par notre négligence risque de nous emporter avec elle tel un fossoyeur fossoyé. Tous les animaux que je vois immobiles, immortalisés par l’habileté des taxidermistes, ne sont en fait pas immortels du tout. .. Pour beaucoup d’entre eux, c’est déjà trop tard, ils ont été rayés de la surface de la terre.
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Nouvelles routes de la soie – La Chine recompose le monde

Routes-de-la-soie

Xi Jinping a été accueilli avec pompe, par la coalition populiste au pouvoir à Rome, en ouverture de sa tournée européenne. Forte de la primauté historique que lui vaut l’expédition marchande de Marco Polo à Cathay (la Chine du 13 ème siècle, sous l’empereur mongol Kubilai), l’Italie, s’offre à l’empereur Xi. Là voilà érigée en voie d’accès impériale pour l’investissement chinois en Europe. Elle n’est pas mécontente de faire un pied de nez à la politique commune en matière de commerce et soigne bien sa différence avec cette Union Européenne qu’elle veut rudoyer. De son côté, la Commission européenne vient d’élaborer dix propositions visant à protéger l’Union du désavantage « systémique » que le géant chinois fait peser sur l’économie et même la cohésion de l’Union. Ce blog a traité, en son temps, du thème Y être ou ne pas y être : angoisses croisées d’un partenariat en Chine/, s’interrogeant aussi sur l’évolution du Goliath sous XI Jinpig (article « à propos de la Chine »). Désormais, la question se pose « quelle place et quelles conséquences sont prévisibles pour l’Europe et la France au sein d’une architecture mondiale dominée par la Chine ? ».

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