* 20 juin – Les damnés de la Terre ont leurs bourreaux

Iran, France, Ethiopie, Arménie, le 20 juin a vu une série d’élections plus ou moins convaincantes et plus ou moins suivies. Cette date marque aussi la Journée mondiale du Réfugié. Il y a peu de chance, dans l’atmosphère d’apathie post-Covid, qu’on y prête beaucoup d’attention. Chaque jour que Dieu fait est la Journée mondiale de quelque chose. Pourtant, celle-là est spéciale, en ce qu’elle teste notre humanité et notre capacité d’ouverture aux autres. Elle est aussi un indicateur de notre volonté de vivre en démocratie, à l’abri des discriminations et des souverainismes imbéciles. Surtout, en nous invitant à regarder et à comprendre le monde tel qu’il est, là où les gens (sur)vivent, la question des déplacés et réfugiés nous appelle à préparer un avenir qui ne soit pas dominé par les guerres et les conflits. Nous le devons à nos enfants.


Selon l’ONU, le monde compte 82,4 millions de personnes réfugiées ou déplacées dont 42 % de mineurs. 86 % des personnes déracinées sont accueillies dans les pays émergents, selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). De fait, la France n’a reçu que 95 600 demandes d’asile en 2020, une contribution infime au soulagement de cette détresse. Chaque jour, dans le monde, des personnes s’enfuient de leur domicile. Rejoindre leur famille, chercher un emploi, se former à un métier porte leur espoir de trouver un lieu vivable. La guerre, les persécutions, les menaces, l’absence d’avenir les poussent à fuir, dans l’espoir tout simplement d’un avenir. Personne ne veut vivre pur rien sur cette Terre.

C’est un déni d’humanité de considérer toutes cette détresse comme une menace. Le droit international reconnaît et protège les droits des migrants, lesquels ne sont pas délimités par les frontières. Leur intégration passe par l’égalité des chances, la lutte contre les discriminations dans l’emploi, le refus des ghettos, le soutien éducatif, la participation citoyenne, tandis qu’en retour, les nouveaux résidents ont le devoir de respecter l’identité de la société, ses valeurs positives et l’ordre public. Pourtant, les déracinés constituent la population humaine la moins protégée contre le virus COVID 19. En avril, le HCR a étudié la situation sanitaire de 153 pays supposés dotés de stratégies de vaccination : très peu de plans prévoient un accès praticable au vaccin pour les exilés.

Parmi toutes les tensions qui traversent la société française – et toutes les sociétés occidentales -, l’immigration est la plus instrumentalisées qui soit. Ceci se fait à des fins partisanes malveillantes, au point que, même à l’occasion des scrutins départementaux et régionaux (sans aucun rapport avec leurs fantasmes), les états-majors ‘’illébéraux’’ s’échinent à introduire le thème de la ‘’sécurité’’. Le  »tout sécuritaire » est synonyme, pour eux, d’une confrontation avec l’ensemble du monde musulman (bien au-delà de l’islamisme) et des pauvres, d’une fermeture autarcique des frontières et d’une pratique xénophobe – voire belliciste – de la souveraineté, détruisant la démocratie. Il ne s’agit pas tant de contrer un chimérique ‘’grand remplacement’’ que de se hisser au pouvoir en surfant sur les peurs et les préjugés ignorants. Régner sur des ruines misérables mais régner, voilà toute la philosophie.

Cette évolution du discours politique a remis en question une histoire nationale faite de construction de la Nation par apports humains successifs. Triste et destructrice radicalisation des esprits, alors que l’immigration comme la mobilité des gens remontent aux origines de l’Histoire et contribuent à la richesse collective . Triste dégoût du brassage humain. Triste défiance à l’égard de la République et de l’intégration citoyenne, attachée à celle-ci depuis la Révolution française. Triste combat contre l’humanisme et contre l’humanité. Triste préférence pour la guerre, celle qui saignera les générations suivantes. Nous ne sauverons notre pays et notre continent que par la fraternité.

* 17 juin – La fortune, au bout du fusil

Très mauvaise nouvelle pour l’Industrie : les exportations d’armement français ont diminué de 41 % en 2020 ! Serait-ce une menace de paix planant sur le monde ou seulement le COVID qui aura ralenti les efforts de nos marchands d’armes pour préparer  »la prochaine’’ ? Penchez plutôt pour la seconde hypothèse : cette baisse des contrats tiendrait principalement à la pandémie. Mais les livraisons avaient déjà diminué de près de 8,6 % en 2019. Alors, mauvaise conjoncture passagère, cette dégringolade en 2020, ou accélération tendancielle ? Selon le Gouvernement, les centaines de milliers de travailleurs œuvrant pour l’export n’auraient pas trop de souci à se faire. Ça va redémarrer, nous dit-on !

L’an dernier, les prises de commande étrangères s’étaient élevées à 4,9 milliards d’€uros, contre 8,3 milliards d’€uros en 2019 : trou d’air. Notre meilleur client – incidemment en guerre contre son voisin yéménite – reste l’Arabie saoudite, pour un montant de 704 millions d’euros. Viennent ensuite les Etats-Unis, pour lesquels les firmes françaises sous-traitent des composants (433,6 millions d’euros), puis le Maroc (425,9 millions d’euros)… Tiens donc ! Les produits français iraient-ils se balader au Sahara occidental ? Israël, dont les missiles intègrent des modules made in France (on en a récupéré à Gaza), ne figure pas en position éminente. Il est vrai que ses circuits d’approvisionnement peut aussi bien passer par les Etats Unis.
L’avenir semble assuré. L’Egypte, une démocratie irréprochable (?), vient de signer pour 30 Rafale supplémentaires, après la Grèce, qui en a requis 18 d’urgence, pour faire face à la Turquie (dont 12 ‘’prélevés’’ sur l’Armée de l’Air française, la pauvre !) . La Croatie qui s’en est fait livrer douze d’occasion. Les affaires reprennent. Le plus curieux est que, dans son rapport sur l’année 2020, le ministère de la Défense présente l’Europe comme la principale destination export de son industrie, le ministère de l’Industrie bis. Elle absorberait 25 % des commandes. Eureka ! On serait donc bien parti pour faire progresser l’Europe de l’Armement ? En fait, oui et non, selon qu’on inclut dans le lot ou pas la Turquie d’Erdogan. Que livre-t-on à cette puissance parmi les plus belliqueuses de la planète ? Erdogan se voit-il seulement en dirigeant d’une puissance européenne ?


N’allez pas consulter le rapport, il ne vous révèlera rien de plus que les généralités qu’on peut lire dans les journaux. Le Parlement français, malgré la mission d’information qu’il a arrachée au gouvernement il y a deux ans, n’en saura guère plus, non plus. Le contraste reste frappant avec le droit à en connaître, qui constitue la règle dans les institutions législatives des démocraties occidentales. L’omerta française sur les exportations d’armement est unique et elle a la peau dure. L’institut de sondage Harris Interactive a récemment relevé que 80 % des Français se déclarent mal informés sur le sujet et qu’ils éprouvent du mal à comprendre les enjeux et les conséquences des ventes d’armes de leur pays. Pour 75 %, une transparence s’imposerait. Encore un petit effort pour sortir du brouillard et voir le monde tel qu’il est !

* 16 juin – Autant en emporte le vent guerrier

Avons-nous envie de nous confronter à la Chine ? Veut-on faire d’elle notre ennemie ? Dans un registre très martial, le communiqué final du sommet de l’OTAN dénonce en l’Empire du Milieu un ‘’défi systémique pour l’ordre mondial et la sécurité de l’Alliance atlantique’’. Les Européens ont néanmoins cosigné ce brûlot qui réduit la seconde puissance du monde à l’image sinistre de ses arsenaux militaire et nucléaire et à sa propension à entrer en collusion avec la Russie, dans les crises internationales. Si l’économie reste un élément dans la relation avec Pékin – comment faire abstraction de la première puissance commerciale planétaire ? – l’approche devrait se faire défensive : méfiance à l’égard des investissements chinois, guerre technologique, cyber-confrontation, tricheries sur les règles du commerce. Au total, l’hostilité pékinoise à l’égard de l’Occident serait pour celui-ci un défi aussi redoutable que le revanchisme aventureux de Moscou.

Le trait est assez forcé. Pas même un mot aimable pour les peuples, les cultures, les solidarités nouées. Comme à son habitude, la France a été bien seule à s’interroger sur la pertinence d’un agenda stratégique extrême-oriental prioritaire pour une alliance centrée sur l’aire atlantique. Pékin reproche à l’OTAN ‘’d’exagérer la théorie de la menace chinoise’’. Ce n’est pas totalement faux et il est d’ailleurs piquant que la Cité interdite confirme l’existence d’une part de réalité dans sa (modeste) menace.


A Bruxelles, la vulgate très dure de Washington avait été relayée par avance, par le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg. Les Européens n‘y croyaient pas plus que ça, mais ils ont quand même avalé la potion, ‘’pour ne pas gâcher des retrouvailles sentimentales si belles avec Washington’’. Toujours Mars et Venus (qui l’aime secrètement) …et une bonne dose de naïveté chez les ‘’27’’. Angela Merkel a modéré la sortie contre la Chine en invitant les partenaires européens à maintenir une position équilibrée envers Pékin. Il est vrai que le commerce extérieur allemand, hors-OCDE, se nourrit essentiellement du marché chinois. Emmanuel Macron a invité l’OTAN à ‘’ne pas confondre les objectifs’’ et à ne pas ‘’biaiser’’ la relation avec la Chine. Le défi ne serait pas de nature exclusivement militaire : ‘’cette rivale est aussi un partenaire indispensable pour résoudre de grands problèmes du moment, climatiques par exemple’’. Un ricochet inaperçu sur les eaux lisses de l’Alliance. Pourtant, ce qui est dit est dit.


Armé du punch de ses alliés, il ne reste plus, à Joe Biden, qu’à rencontrer Vladimir Poutine à Genève, pour lui régler son compte (pas à coups de revolver, mais de vérités). Associera-t-il les Européens à un dialogue ‘’carte sur table’’ avec son meilleur ennemi ? Berlin et Paris, notamment, voudraient un ‘’dialogue exigeant ‘’ avec le Kremlin et surtout en être parties prenantes. Emmanuel Macron tient particulièrement à ce que la France soit actrice dans toute négociation sur la maîtrise des armes nucléaires. La crédibilité de la force de dissuasion ne peut être préservée qu’à ce prix. Les intérêts stratégiques de l’Europe, de même. La hantise existe toujours que ressurgisse le condominium russo-américain sur l’équilibre stratégique européen et la paix ou la guerre au plan global. Inviter la Chine n’apparaît pas non plus comme une bonne idée aux Européens, ou alors, pourquoi pas, avec l’Inde, le Pakistan, Israël, etc., ce qui ne serait pas plus réaliste.

Enfin l’objectif d’une autonomie stratégique de l’Europe n’a été traité qu’en passant : l’Alliance  »relève sa cohérence et sa contribution à l’OTAN », mais elle ne dit rien sur la façon dont elle pourrait s’en accommoder pratiquement. Tant qu’à Bruxelles/OTAN, les Européens ne frapperont pas leurs chaussures sur leurs micros pour exiger que l’on passe aux actes, le concept restera … un concept, donc rien qui ne puisse troubler la sérénité retrouvée de l’OTAN.

* 15 juin 2021 – Bibi Nétanya out ?

C’est fait depuis le vote, dimanche, de la Knesset. A part cet objectif cardial de virer le sortant, le cabinet de Naftali Benett n’est pas encore aux manettes mais déjà, chacun se demande quelles sont ses chances de durer. Faibles. A la Knesset, les députés du Likoud, de l’extrême droite et des partis ultraorthodoxes ont déclenché une tumultueuse bronca contre Naftali Bennett, qui a eu bien du mal à se tirer du pétrin. Netanyahou avait déjà connu une éclipse de dix ans dans l’opposition, à l’arrivée d’Ehoud Barak aux affaires (1999-2009). Mais, cette fois, il pourrait réaliser un  »come-back express » puisque, comme son comparse Trump, il dispose encore d’une base populaire, un peu hystérique mais solide. Donc, l’appel d’air frais que génère l’alternance politique ne durera qu’un instant. un, deux, trois… hop, c’est fini !

Après douze années de guerre, d’autoritarisme et de scandale, Bibi, contraint de quitter son poste à contre-coeur, exhale une haine horrible à l’égard de son ancien allié et successeur, Benett, qu’il annonce bientôt descendre en flammes, à la première occasion. Là encore, on retrouve chez lui un peu de l’ex-furibard aux cheveux orange, qui régnait à la Maison Blanche. Sa conception très personnelle de la démocratie fait songer à la vision ‘’biblique’’ expansionniste qui lui tient lieu de ‘’droit international fait-maison’’. Le conflit en est l’essence de ce personnage. Le problème est que Benett partage, hélas, cette vision de la cause israélienne (mais pas le caractère extrême de son ex-mentor), que d’autres composantes de la coalition voient les choses autrement et que personne ne comprend ce que le Parti islamique israélien vient faire dans cette galère. C’est un peu comme si on voulait jouer la prochaine guerre israélo-arabe à l’intérieur du cabinet. Après tout, si cela devait permettre de ne pas guerroyer en terre palestinienne…

A moins que ce soit l’ennemi iranien et sa bombe en devenir qui constitue le seul et unique ciment de la classe politique israélienne – avec ou sans Bibi – le seul sujet sur lequel elle puisse avancer d’un même pas… le pas qui déclenche une attaque préventive. Hypothèse glaçante, qui horrifie ce blog. Pas vous ? Ouvertement hostiles à Joe Biden, les dirigeants de Jérusalem ne se laisseront pas retenir au bord du gouffre par la main prudente de l’Oncle Sam.


Si, le temps de mettre cet article en ligne, la situation au proche et au Moyen-Orient a soudain dégénéré, ne m’en veuillez pas ! J’aurai fait de mon mieux pour vous préparer à l’incroyable volatilité de cette zone de crise.

* 14 juin – Le bon climat du Sommet

Après la pandémie, la Chine (surtout, elle), la Russie, la démocratie, les engueulades intra-européennes sur le respect de la frontière de l’UE avec l’Irlande du Nord, le G7 s’est attelé à l’urgence climatique en conclusion du sommet de Carbis Bay. L’enjeu est primordial, mais, dans l’immédiat, il s’agit de rehausser le prestige du Royaume-Uni-hôte. Faute de gérer correctement les suites du Brexit, Boris Johnson tente de relever la tête en s’emparant d’un sujet conforme à l’option du ‘’grand large’’ dont il se réclame. Ainsi, son pays accueillera en novembre la conférence de suivi de l’ONU sur le Climat (COP26). Selon lui, il existe ‘’une relation directe entre la réduction des émissions, la restauration de la nature, la création d’emplois et la garantie d’une croissance économique à long terme ». On peut cependant s’interroger sur le type de croissance que promettent ses options ultra-libérales et sur l’aptitude des grandes entreprises mondiales à pratiquer la vertu d’un tel schéma vert. A l’initiative de Londres, le G7 devrait aussi plancher sur un plan mondial de création d’infrastructures, visant à relancer la croissance verte du ‘’Sud’’. Un grand programme d’investissement dans les énergies renouvelables et dans les technologies propres va être lancé. Ce projet se présente comme une réplique aux « Nouvelles routes de la soie », que Pékin tisse pour étendre son expansion économique mondiale. Emulation, concurrence ou clash en vue ?

Les chefs d’Etat ou de gouvernement des ‘’sept’’ affirment vouloir stopper le recul de la biodiversité d’ici 2030. L’objectif serait de protéger au moins 30% des terres et des mers. En l’état, c’est une ‘’idée’’, pas encore un plan. De son côté, Londres dévoile un fonds de 582 millions d’€uros, destiné à la préservation des océans et des écosystèmes marins dans le monde émergent. Le concert occidental va aussi réitérer son engagement à réduire de 50% les émissions de gaz à effet de serre, d’ici 2030, et à cesser, dès cette année, les aides publiques aux centrales à charbon. Ces mesures s’inscrivent dans l’objectif ancien de limiter l’augmentation des températures en dessous de 1,5°C, par rapport à l’ère préindustrielle. La question est toujours : ‘’cela suffira-t-il pour nous mettre à l’abri d’une perte de contrôle dévastatrice sur les dérèglements climatiques, qui menacerait progressivement de rendre impossible la vie sur Terre ?’’. La réponse est toujours : ‘’non’’.

Ces initiatives collectives – qui n’expriment que de louables intentions – fournissent au moins quelque matière aux médias. Mais l’élément saillant de cette semaine bien chargée restera la présence forte du président Biden, très actif à démontrer à quel point ‘’America is back’’ et qu’elle peut compter sur ses alliés. L’isolement caractéristique de l’ère Trump est terminé. Derrière la bonhommie de Joe Trump, chacun tentera de percevoir si l’heure est au leadership ou bien au partenariat. Emmanuel Macron s’y est essayé devant l’intéressé, tout sourire mais silencieux. Le ‘’Club des riches’’ se montre d’autant plus actif qu’il s’était mis en sourdine ce dernières années. Est-t-il pour autant réellement entreprenant ? Oui, si l’on en croit sa volonté de parler en ‘’directoire des démocraties occidentales (auquel le Japon est agrégé). En tout cas, le climat s’est installé dans la sphère des intérêts géostratégiques traités à 7, même si la réalisation de plans performants n‘est pas encore avérée. Les ONG n‘ont pas été entièrement convaincues par les annonces de résultats à venir, mirobolants mais par des approches ‘’molles’’. Elles manifestent, comme il se doit, leur scepticisme. Le bon climat du Sommet va-t-il nous porter au sommet du combat pour le climat ?

* 11 juin 2021 – Honni soit qui Mali panse !

Avec l’annonce du démembrement de Barkhane, Emmanuel Macron lâche une tempête dans un ciel géostratégique chargé de déceptions et de menaces. Les 5100 combattants de l’opération française lancée en 2014, à la suite de Serval, quitteront bientôt leurs bases dans le nord du Mali. Ce n’est pas un abandon, puisque les populations locales ne veulent plus d’eux et que le gouvernement de Bamako a renoncé à ses fonctions d’Etat dans cette vaste zone. La succession des coups d’Etat ou des  »transitions » militaires, dans au moins deux des cinq Etats considérés, a rendu irréversible la coupure, ancienne, entre les capitales et les régions investies par les jihadistes. Sauf à revenir aux méthodes coloniales… et encore… le volet politique de la guerre en cours – celui qui touche à l’incarnation et à la mission des Etats auprès des Africains – est failli. C’est une première défaite face aux franchisés de Daech et d’Al Qaïda. Elle était annoncée, mais la politique locale ayant pris un tour destructeur, cela a précipité les choses. En creux, le président français reconnaît l’échec tout en dégageant sa responsabilité. Reste l’autre responsabilité, celle d’un engagement militaire asymétrique dans lequel s’enlise une armée occidentale. Il est évocateur du conflit afghan, où, face à la puissance américaine, les Talibans sont en passe de gagner la guerre. La France veut éviter de porter, seule, le poids d’une opération militaire certes vaillante mais qui s’éternise sans issue possible. Ce blog a souvent relevé qu’une fois perdues l’adhésion et la mobilisation des Africains eux-mêmes, l’intervention armée française perdait son sens et prenait l’aspect d’une occupation croisée. On y est.

Paris rebondit sur ce qui était la principale ambiguïté de l’opération Barkhane : combattre pour le Sahel ou pour protéger le flanc Sud de l’Europe ? C’est la seconde option qui est retenue, même si l’on voit mal comment on pourrait délier les deux espaces stratégiques, dont l’un est le rempart de l’autre. Un nombre limité de soldats français va donc poursuivre les opérations anti-jihadistes, mais sur la zone des trois frontières, d’où des infiltrations se multiplient vers l’Afrique occidentale. C’est un pari et il n’est pas gagné d’avance. D’abord, parce que la propension des classes politiques locales à négocier voire à frayer avec les mouvements jihadistes pourrait rendre ce déploiement de forces spéciales tout aussi inopérant qu’au Mali. Un basculement des opinion nationales est possible. Le ressentiment pourrait s’aiguiser à l’égard d’une  »France qui vous lâche ». C’est un paradoxe : trop présente ou trop absente, la France s’exposera de toute façon à leurs yeux, puisqu’elle met en exergue la faiblesse des Etats africains. Cette amertume ne peut qu’être attisée par le choix assumé du président français de servir l’Europe plutôt que les Africains. Le faire savoir n’était pas très habile et montrer du dépit, non plus.

Ensuite, c’est un défi lancé, soudainement, à nos alliés occidentaux, au moment où le président américain vient, en visite inaugurale,  »choyer les Européens ». Biden, les partenaires européens de la France et l’OTAN se voient placés devant un dilemme : prendre le relais de Barkhane – sous conduite français des opérations – ou partager les fautes et les conséquences, dans une perspective de défaite. Ne pas réagir rendrait vaines les opérations de grande ampleur menées au Moyen-Orient depuis 2014, contre les centrales jihadistes. Mais qui souhaite vraiment tirer les conséquences de ce que le terrorisme moyen-oriental s’est transféré en Afrique ? Ce coup de semonce va rester en travers de la gorge de nos alliés. Ils font tous face à des électeurs qui ne veulent, pour rien au monde, voir leur pays s’engager dans une croisade militaire aussi incertaine. La politique intérieure se cache dans tous les interstices de la politique extérieure. En ce sens, E. Macron fait aussi un pari sur son propre avenir.

*10 juin – Hello, Old Joe !

Bush était allé au Mexique, Trump en Arabie saoudite, Joe Biden choisit l’Europe pour la visite inaugurale de sa présidence. Il débarque au Royaume Uni avec son Irlande ancestrale à l’esprit, principale ‘’victime du Brexit’’ ; il arrive sur le vieux continent avec des annonces vaccinales pour le monde émergent; il parlera au cœur de l’OTAN avec le souci de ‘’souder’’ (sic) la solidarité occidentale face aux puissances totalitaires ; il tournera dans le grand musée européen de la révolution industrielle avec une détermination inébranlable à refouler l’ambition hégémonique de la Chine. Ce dernier thème, le seul qui fasse l’objet d’un consensus au Congrès, pourrait marquer plus que tout autre cette première tournée à l’étranger, celle du ‘’retour » de l’Amérique. ‘’Mon voyage en Europe est l’occasion pour l’Amérique de mobiliser les démocraties du monde entier‘’. Après la période de grâce ouverte par son arrivée aux affaires, les Européens réajustent leur perception de ‘’Papy Joe’’ : la nouvelle administration ne va-t-elle pas ressortir le mantra du leadership mondial ? L’Union Européenne ne se retrouvera-t-elle pas, comme toujours, à jouer la partition du ‘’fidèle allié’’, alors que sa vocation devrait être celle d’un partenaire égal ?

L’appétence de Joe pour les dossiers internationaux ne date pas d’hier. Il arrive avec des habitudes datant de sa vice-présidence sous Obama et, avant cela, de trois décennies de diplomatie au sein de la Commission des AE du Sénat. Au seuil de ‘’l’orgie de sommets’’ de huit jours qu’il entame, il connaît tout le monde, a une idée sur chacun et peut désormais exprimer ses préférences personnelles. Le programme est dense : G7 de vendredi à dimanche, Otan lundi, Etats-Unis /Union européenne, mardi. Il culminera sur un tête-à-tête avec Vladimir Poutine, mercredi à Genève, où il va devoir démontrer tout son punch sous peine de se retrouver en difficulté face à son congrès.L’autocrate russe est-il, de son côté, désireux d’une relation plus stable et plus prévisible avec Washington ?

Premier arrêt : Londres, pour un sommet bilatéral avec Boris Johnson, jeudi ; dimanche, la protocolaire et prestigieuse visite à la reine Elizabeth II. Peut-être sera-t-il plus facile de parler d’ouverture et de paix avec celle-ci qu’avec son inconséquent et peu scrupuleux premier ministre. De toute façon, Londres s’affichera comme la principale tête de pont des Etats Unis en matière de vitalité de l’Alliance atlantique. Après la rupture recherchée par Trump, les autres capitales sont rassurées de ce retour, mais aussi un rien appréhensives quant aux évolutions internes à plus long terme de la première puissance du monde, alors que les forces populistes ou suprémacistes y restent puissantes.

A Bruxelles Biden multipliera les rencontres bilatérales. Il aura des paroles d’hommage pour l’Union Européenne mais ira-t-il plus loin que ces douceurs oratoires pour encourager la parité entre Venus-UE et Mars-USA ? On va scruter ses intentions de près. Quant à son message au G7 pour la ‘’périphérie’’ (‘’the rest of the world’’), Biden, qui se sait critiqué pour avoir tardé à partager ses vaccins contre le Covid-19, a annoncé une livraison massive de doses de vaccins, d’ici fin juin, au dispositif de partage Covax. Rendez-vous bientôt pour examiner ce qu’en pense Xi Jinping.

* 9 juin 2021 – Il court le virus : qui l’a lâché ?

Le président des Etats-Unis a appelé les services de renseignement de son pays à enquêter plus avant sur un possible accident de laboratoire à Wuhan, qui aurait été potentiellement la cause de l’apparition du Covid 19 en Chine puis dans le monde. Il a déploré l’absence de coopération et de transparence de Pékin sur le sujet. Les autorités chinoises s’étranglent d’indignation. Elles voulaient croire cette hypothèse balayée par la communauté scientifique et avaient tout fait pour que celle-ci enterre, une bonne fois pour toute, ce scénario jugé infamant.
A la mi-mai, pourtant, une quinzaine d’experts ont publié l’évaluation suivante, dans une tribune dans la revue Science : ‘’Nous avons besoin de plus de recherches pour déterminer l’origine de la pandémie … les théories d’une origine animale ou accidentelle en laboratoire restent toutes les deux plausibles … mais on ne leur a pas été apporté une attention égale’’. Plausible ? Bénéficiant d’une fuite des services secrets, le Wall Street Journal affirmait, tout récemment, que trois chercheurs de l’Institut de virologie de Wuhan avaient été hospitalisés dès novembre 2019, avec des symptômes évocateurs du Covid-19.

Le Waijiaobu (MAe chinois) dément ces informations, ‘’totalement fausses et politisées’’, comme un sombre complot de la CIA. Il renvoie aux conclusions aseptisées dressées, en mars, par le rapport conjoint de ses experts et ceux de l’OMS. Pourtant, Pékin se retrouve sur la défensive. Les dirigeants chinois récusent de façon répétitive toute possibilité d’erreur de manipulation dans leurs laboratoires de virologie. Ils dénoncent, dans la suspicion des Occidentaux, un stratagème pour détourner l’attention. De quoi alors, sinon de leurs propres échecs à juguler la crise sanitaire ? Leur exigence d’une ‘’étude complète sur tous les premiers cas de Covid-19 recensés de par le monde, leur dénonciation de mystérieuses  »bases secrètes et laboratoires biologiques de l’étranger’’ visent à ‘’diluer la sauce’’ à l’infini pour y noyer le poisson. De fait, l’apparition des premiers cas connus de Covid-19 remonte à l’automne 2019 et les situe dans la métropole de Wuhan. La pandémie qui s’en est suivie a ruiné la santé de 3,5 millions de personnes. Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l’OMS, très peu suspect de sinophobie, en arrive à réclamer une nouvelle enquête sur l’hypothèse d’une fuite en laboratoire. La santé est un sujet politiquement hyper-sensible. Va-t-on finir par se faire la guerre pour seulement prouver que le virus est mieux maîtrisé ici que là-bas ?

* 8 juin 2021 – Commémorer les morts, oublier les vivants

Depuis février, en Algérie, les militants du mouvement du Hirak réoccupent la rue. Les dirigeants algériens répriment sans aucun état d’âme leurs manifestations non-violentes, à Alger comme en province. La pandémie avait eu raison, pendant un an, des manifestations, mais l’appel à changer le monde politique a ressurgi. Plus encore que sous la présidence Bouteflika, il est réprimé brutalement. La police interdit tout rassemblement et les disperse sans ménagement dès qu’ils ont lieu. Les arrestations sont systématiques et le durcissement des autorités les amènent à traiter les jeunes de ‘’terroristes’’, du moins ceux qui, par leurs activités, colportent l’information sur le mouvement populaire. Des enseignants, des journalistes et des militants des droits humains sont poursuivis en justice (quelle justice !), où ils encourent de lourdes peines et même la peine capitale, sur la base de preuves fabriquées. A quelques jours des élections législatives du 12 juin, les collaborateurs du président Tebboun sombrent dans la plus franche paranoïa des gouvernants, percevant partout des  ’’complot contre l’État’’, supposément ourdis par ces manifestants pacifiques. Il s’agit bien sûr de terroriser les prétendus ‘’terroristes’’.

On ne critiquera jamais le devoir de mémoire, dans lequel la France officielle s’engage – très précautionneusement – envers l’Algérie. La justice n’est jamais superflue dans le regard que jette l’Histoire sur les victimes disparues. Mais les jeunes algériens d’aujourd’hui, qui n’ont pas encore quitté la scène, eux, mériteraient aussi que l’on crie ‘’Justice pour eux », à Paris. Or, le silence est, comme on dit, assourdissant !

* 7 juin -Pyrrhus et la Big money

Croiriez-vous que les plus puissantes entreprises du globe se convertissent à l’impôt, sous l’effet de la grâce divine ? Je veux dire payer leur dû à la société, là où leurs profits sont réalisés et non là où on les attire en les exonérant. Et bien, vos journaux, eux, y croient ! Ils jubilent en décrivant les ministres des finances du G7, réunis à Londres, se mettre d’accord sur un taux d’imposition minimal pour les multinationales. Ce seuil  »doux » sur les sociétés serait de 15 %’’. Rien d’inquiétant pour Oncle Picsou : c’est la norme d’un paradis fiscal. On comprend que Wall Street et le CAC 40 ne sombrent pas dans une hystérie soudaine. Nos directeurs de conscience célèbrent pourtant un pas accompli dans le sens de la réforme ambitieuse de la fiscalité internationale engagée au sein de l’OCDE et qui stagnait depuis des lustres. La norme fiscale de 15%, tout en mansuétude, vise, en particulier, les grandes entreprises du numérique, souvent américaines, sans qu’il soit besoin de leur tordre le bras (mais qui en aurait la capacité ?). Celles-ci vont assurément rompre avec les pays où la fiscalité est de pur dumping. Converties en rédemption, vont-elles soumettre leurs monstrueux profits à l’impôt sévère ? Vont-elles remercier les gouvernements de leur conférer un rôle citoyen, au service de la communauté ? Le masochisme mène-t-il à la sainteté ?

Nos médias ne perdent pas de temps à y penser : c’est une belle ‘’avancée décisive’’, à l’horizon de la réunion du G20 en juillet, à Venise, où un accord ‘’plus concret’’ (on est donc dans l’abstraction) sera produit. Les ministres des Finances trouveront aussi une clé de répartition du magot entre eux. Une mafia ? Non. Alléluia ! Leurs milliards vont tomber sur nos têtes ! Ceci dit à leur décharge, on n‘est plus sous l’ère Trump. On prend donc du plaisir à entendre la secrétaire américaine au Trésor, Janet Yellen, annoncer la fin de la course vers le bas de la fiscalité des entreprises. On va ‘’ apporter de la justice pour la classe moyenne et les travailleurs, aux Etats-Unis et à travers le monde’’. Formidable ! Evaporée la belle arrogance dominatrice du big business américain et son total mépris de l’Etat (‘’big government’’) et de tout ce qui le compose ? Il y aurait eu miracle, dû au départ chaotique de l’homme aux cheveux orange, le héros de la Bourse américaine ? La question peut également se poser en Europe. Supputons plutôt des grandes manœuvres de résistance dans les prochains mois, derrière une façade de fausse complaisance envers la régulation mondiale. Facebook assure, ainsi, avec sa bonne dose d’hypocrisie usuelle, ‘’vouloir que la réforme fiscale internationale réussisse, même si cela pourrait signifier que Facebook paye (un peu) plus d’impôts et dans différents endroits’’ Hommage soit rendu à la sincérité vertueuse de M. Zuckerberg !


En France, le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, se persuade qu’on est sur la bonne voie. Londres aurait été ‘’une étape historique dans le combat contre l’évasion et l’optimisation fiscale’’. Ah, tiens : l’optimisation, aussi ? C’est un point intéressant à relever, mais il est loin de correspondre à l’attente universelle de ses pairs de l’OCDE. La version française du consensus de Londres serait celle d’un ‘’tremplin de combat pour que le taux d’imposition minimal soit réhaussé autant que possible’’. Voilà qui est loin d’un compte rendu de victoire, c’est à peine un vœu pieux. Attac le confirme : ‘’le bénéfice attendu de cette mesure sera marginal. Un taux à 25 % aurait constitué une avancée réelle’’. Sur un tel objectif, il ‘y a aucun accord en vue. Alors, le sommet de Venise accouchera-t-il enfin d’une mauvaise nouvelle pour les paradis fiscaux ? GAFA, vas-tu capituler ? Zuckerberg, vas-tu rendre les sous que tu nous voles ? Arrêtons- là : vous avez perçu mes doutes.

4 juin 2021 – Boum, quand votre cœur (nucléaire) fait Boum !

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a repéré des traces d’uranium enrichi sur trois sites non-déclarés par l’Iran. Dans un récent rapport, elle documente des irrégularités anciennes mais aussi des nouvelles, de la part des responsables du programme nucléaire iranien. Elle blâme surtout le refus de Téhéran de s’en expliquer, les transgressions commises par ce pays relevant du pouvoir suprême (le Guide Khamenei) tout comme de la surenchère guerrière pratiquée par les gardiens de la Révolution, mal contrôlés mais toujours protégés. A ces constantes du système politique iranien se greffe la perspective proche d’une élection présidentielle, dont il est acquis par avance qu’elle sera remportée par les faucons du régime (le favori déclaré étant le sinistre grand patron de la Procurature).

A l’extérieur, l’objectif des mollahs est de tester la résistance de la nouvelle administration américaine, de retour dans le jeu des négociations 6+1, sinon encore dans l’accord de règlement nucléaire dénoncé par D. Trump, en 2018. La puissance dominante du Chiisme tire donc sur la ficelle, en accumulant les petites provocations, sans rompre définitivement un dialogue de forme agressive : tout un jeu au bord du gouffre.

En fait,, le nucléaire iranien inquiète de plus en plus. Le pays a accumulé une quantité d’uranium faiblement ou moyennement enrichi seize fois supérieure au plafond que lui assigne l’accord de 2015 : 3.241 kilos – contre une limite fixée à 202,8 kilos. Qui plus est, l’AIEA n’a pu vérifier les évolutions récentes de ce stock, du fait des restrictions d’accès aux sites que lui impose depuis peu Téhéran. Plus grave, l’Agence a établi l’existence de plusieurs centres d’enrichissement non-déclarés, susceptibles de faire progresser rapidement cette masse critique, tant en quantité qu’en degré de concentration. Par extrapolation, l’acquisition d’un combustible fissile de qualité militaire pouvant armer une série de bombes atomiques est en marche. Alerte !
L’obstination de l’Iran à accélérer son programme militaire nucléaire prend à contre les Européens. A Vienne, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont exprimé leur opposition à un projet de résolution américain prônant des ‘’contre-mesures’’. Leurs diplomaties estimaient que Téhéran cherche encore un compromis négocié et les trois capitales avaient préféré missionner le directeur général de l’AIEA, Rafael Grossi, pour de nouvelles discussions de bonne foi avec Téhéran. Les illusions sont tombées et, du côté iranien, il n’y a plus aucun signe de bonne foi, encore moins d’une acceptation d’élargissement de l’agenda nucléaire à d’autres chapitres sensibles comme l’arsenal balistique ou les menées intrusives des Pasdaran à travers le Proche-Orient.

L’impasse est assez frustrante : on n’en parle pas trop et on attend l’issue de l’élection présidentielle pour aviser. Ceci n’empêchera pas d’introduire, à distance, quelques virus informatiques dans la chaine de prolifération iranienne. Téhéran prend, en retour, des résidents occidentaux en otages (vrais espions ou malchanceux voyageurs ?).
Est-on en passe d’oublier que l’enjeu n’est pas seulement l’accession de l’Iran au statut de puissance nucléaire, d’ailleurs par la fraude (en violant ses obligations au titre du traité de Non-prolifération de 1969) ? L’enjeu à terme sera la nucléarisation consécutive d’une demi-douzaine d’autres puissances moyen-orientales, qui feront tout pour casser ce monopole. Israël, le premier, pourrait attaquer préventivement les installations illégales et s’engager dans un duel nucléaire à mort. Sans aucun doute, l’Arabie saoudite se mettrait en capacité de répliquer à l’Iran et les Emirats la suivraient, provocant une contre-réaction du Qatar. La Turquie rétablirait son hégémonie régionale en se dotant d’une dissuasion, au moyen de sa propre bombe. L’Egypte lui emboiterait le pas pour lui contester cet avantage indu et se tournerait sans doute vers ses connexions pakistanaises, celles de la  »prolifération en supermarché ». Ce défi vital pour l’Inde, provoquant un effet d’entrainement mortifère sur la Chine, ce qui mobiliserait, comme suite logique, les Etats Unis (dès l’origine impliqués dans la défense d’Israël) avec, en face d’eux, la Russie, etc. … A quel point interviendrait le petit arsenal français lorsque s’écroulerait ce château de cartes ? Aucune idée. Quand même un sacré feu d’artifice, M. l’Ayatollah, dont Darius n‘aurait jamais rêvé en son temps !

*4 juin 2021 – Bibi, c’est fini ?

La coalition ‘’carpe-lapin’’ des oppositions était remontée à bloc contre le Premier ministre israélien sortant. Ses chefs de file ont fait le forcing, parvenant à un accord de gouvernement. au terme d’une journée de folie. La gauche, le centre et une partie de la droite dure ont finalement réussi à former une coalition, avant que ne sonne le gong d’un possible retour aux urnes, le cinquième sous la mandature en cours. Transformer l’essai impliquera que la Knesset valide, sous dix jours, un gouvernement issu de ce conglomérat atypique, à la limite des normes de fonctionnement des institutions d’Israël. Le seul objectif commun à tous ces prétendants au pouvoir est de congédier Benjamin Netanyahou et son Likoud, qu’ils honnissent, et de réaliser leur slogan ‘’tout sauf Bibi’’.

Curieux spectacle que celui de Naftali Bennett, l’intégriste religieux, champion du pouvoir des colons et prétendant autodéclaré à la direction d’une future coalition, écoutant tout sourire le libéral et laïque Yaïr Lapid, ancien allié de Natanyahou, devenu aujourd’hui son plus sévère censeur. La présence des Travaillistes dans cette entreprise baroque pose question : sont-ils résignés à jouer les utilités aux dépens de leurs propres convictions ? Bien que mandaté pour la former, Lapid ne conduira pas l’alternance partisane.  »Partisane » et non pas politique, car sur la question vitale de la cohabitation avec les Palestiniens, il n’y aurait pas l’épaisseur d’un papier à cigarette entre les obsessions du sortant et celles de son successeur présumé. Toute l’énergie et la fureur se sont concentrées sur la seule personnalité – sulfureuse et polémique – de Netanyahou. Beaucoup estiment que ses douze années à la tête du pays, marquées par une suite de guerres et de scandales de corruption, cela suffit. Mais l’opinion pro-Bibi n’a pas encore désarmée. La défaite de Donald Trump aux Etats-Unis n’a pas provoqué pas mécaniquement la chute de Netanyahou en Israël, mais elle a privé celui-ci de son principal soutien. Aujourd’hui, l’administration démocrate se cantonne dans une prudente neutralité à l’égard de ce terrible  »sac de nœuds » que constitue la politique intérieure israélienne. La règle de la proportionnelle quasi-intégrale achève d’y produire des assemblages contradictoires de partis morcelés et adverse, sans programmes. Un cauchemar.

Bennett serait donc premier ministre pendant deux ans, avant de céder son poste à Lapid. Contre toute vraisemblance, Yesh Atid, le parti de ce dernier et le parti centriste Kahol Lavan (Bleu et Blanc) de Benny Gantz se seraient mis d’accord sur les grands axes politiques de leur futur gouvernement, notamment sur le renforcement de la démocratie dans la société israélienne. Gantz garderait même le portefeuille de la Défense dans le nouveau cabinet. Faut-il vraiment y croire ? Ces tractations se doublent d’autres, plus surréalistes encore, avec les travaillistes du Meretz ainsi qu’avec le parti nationaliste Yisrael Beitenu d’Avigdor Lieberman, si célèbre pour ses orientations guerrières et intégristes. Tout est réuni pour faire exploser en vol la composante juive de cette étrange coalition !

De son côté, la Liste arabe unie hésite à rejoindre ce  »bloc » largement anti-arabe, mais elle veut encore moins se marginaliser au sein de l’arène politique. Elle a décidé, pour l’heure, de rejoindre la coalition, ce qui constituerait une première incroyable : l’arrivée au gouvernement d’Israël d’une formation musulmane (islamiste) indépendante. L’embrouille politique (‘’combinazione’’, en langue italienne) dégagera-t-elle, malgré tout, une majorité viable ? Plutôt prédire que le blocage n’est pas loin. La question des colons et des discriminations, selon la communauté d’appartenance, dans l’accès à la construction d’habitats devrait être la première posée par les députés musulmans. Les positions sur ce problème se sont durcies dans tous les camps. Le changement d’ère et d’air politique n’est donc pas gagné et ‘’Bibi’’, à la tête du premier parti en nombre de sièges (le Likoud), n’est pas aussi électoralement fini que le clament ses ennemis. Chaque opération militaire conforte son aura, malgré ses piteuses tribulations judiciaires. N’attendons aucun beau miracle : le débat partisan se fiche royalement de l’intérêt général !