*30 septembre -L’Etat de droit, encore la norme en Europe occidentale ?

Brèves des jours précédents

Au dernier carat des tractations commerciales entre Londres et les 27, la Chambre des communes a adopté, par 340 voix contre 256, le  »projet de loi sur le marché intérieur », malgré les critiques de cinq anciens Premiers ministres et d’une partie des Conservateurs au pouvoir. Invoquant l’intégrité territoriale du Royaume-Uni et la continuité des échanges entre la Grande Bretagne et sa province d’Irlande du Nord, le texte revient sur l’abolition de la frontière commerciale entre l’Irlande et l’Ulster britannique, garde-fou de l’accord de paix de 1998 sur l’île.

Ainsi est ouverte la possibilité de contrevenir à l’accord sur le ‘’divorce’’ avec l’UE, négocié en 2019 et ratifié par les deux parties. Très déstabilisante, cette entorse juridique provoque la colère et plus encore le doute à Bruxelles. Comment, sans l’indispensable confiance et après huit cycles de négociation improductifs, penser encore parvenir à un accord de libre-échange, courant octobre, et éviter un « no deal » économiquement désastreux au 1er janvier ? L’Union brandit l’hypothèse d’une action en justice, faute de retrait du texte illégal. Mais cela n’y changerait pas grand-chose.

Le plus déroutant est que le gouvernement Johnson soit totalement passif sur le fond et préfère dévier l’attention sur de fumeuses polémiques : l’UE se voit ainsi accusée de préparer le blocus alimentaire de Irlande du Nord, un acte de guerre ! Pourquoi une telle outrance, qui dépasse le mélodrame habituel de fin de négociation ? La question de fond est, en fait, celle des disciplines à respecter pour bénéficier d’un accès total au marché intérieur des ‘’27’’, question que Londres ne veut pas négocier. D’où cette affirmation fantasque que l’Ulster serait confrontée à un soi-disant problème alimentaire (que les intéressés se gardent d’évoquer). Est-ce bien utile au rapport de forces prôné par les Conservateurs, de défigurer ainsi l’Europe en ennemie ? On semble convaincu à Londres, que les Européens reculeront devant la perspective d’un ‘’No deal’’, à cause de leurs intérêts économiques au Royaume-Uni. Erreur. De son côté, Bruxelles garde le silence pour ne pas rajouter de l’huile sur le feu.

De fait, le vent de fureur populiste – certains disent ‘’trumpiste’’ – que le gouvernement Johnson souffle sur l’Europe a jusqu’ici contribué à son échec quasiment en toutes choses.

*29 septembre – Bombe à retardement, dans le Caucase

Brèves des jours précédents

Voilà que les spasmes d’agonie de l’Union soviétique se rappellent à nous, comme si le Moyen Orient, la Biélorussie, la fantasia turque et les tourments de l’Afrique … sans oublier la pandémie Covid… ne suffisaient pas ! Depuis deux jours les bombardements se déchainent dans le Caucase entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, faisant des victimes et laissant craindre, au-delà-même des protagonistes directs, l’embrasement complet de la guerre pour l’enclave montagneuse du Haut Karabakh. La France, la Russie et l’OTAN ont appelé à la cessation immédiate des hostilités dans ce territoire contrôlé par l’Armée arménienne.

Les manipulations territoriales staliniennes pour semer la division entre les républiques fédérées ont des effets durables. On a un peu oublié que depuis les années 1990, le conflit, qui a fait 30.000 morts, ne s’était jamais éteint entre l’Arménie – qui soutient la sécession de ses coreligionnaires et frères ethniques du Haut Karabakh – et l’Azerbaïdjan, au sein duquel l’enclave arménienne a été intégrée. Erevan a changé de leader, à la suite de sa ‘’révolution de velours’’ du printemps 2018. Nikol Pachinian, comme son homologue azerbaïdjanais, Ilham Aliyev, peinent à s’extraire du post-soviétisme et restent tentés par l’aventure militaire. Ceci, sous l’œil tolérant de leurs parrains respectifs : Moscou, pour les catholiques apostoliques (fortement ancrés dans leur alignement géopolitique) et Ankara, pour l’Etat turcophone, privé d’une partie de son territoire. R.T. Erdogan proclame déjà son pays prêt à soutenir ‘’par tous les moyens, le pays frère’’. Erevan, de son côté fait état de l’envoi par Ankara d’armements et de mercenaires sur le théâtre des combats. La surenchère n’est pas loin.

Le groupe de Minsk créé par l’OSCE et créé par la France, la Russie et les États-Unis en 1992 pour solder le conflit avait produit une sorte de cessez-le-feu bancal en 1994. Il est désormais oublié et a été totalement rompu en 2016. Sera-t-il réactivable ? Pour l’UE, Josep Borrell multiplie les contacts en ce sens avec les protagonistes, sans grand espoir de les raisonner. De plus, le Conseil de sécurité des Nations Unies se réunit d’urgence à huis clos. Du fait de’’ l’absence’’ américaine dans ce forum, les belligérants, qui ont aussi reçu des appels de E. Macron, se sentent les mains libres. Pour l’OSCE, c’est une ultime occasion de montrer qu’elle existe et qu’elle pourrait servir la paix. Mais sa médiation, récusée récemment dans la crise biélorusse, ressort d’une culture de la détente qui n’est hélas plus dans l’air du temps.

*28 septembre – Théâtre

Brèves des jours précédents

En règle générale, les vérités sont plutôt bonnes à dire. Encore, en fonction de sa propre situation de partie, de juge ou d’observateur, celui qui les exprime peut avir à y mettre les formes ou simplement à s’en distancier un peu. Ce n’est pas le choix qu’a pris le président français vis-à-vis de la classe politique libanaise. Celle-ci se voit dénoncée comme coupable d’une ’’trahison collective’’ de ses engagements envers les Libanais et envers E. Macron. Elle fait ‘’honte’’ à ce dernier. Un ultimatum de quatre à six semaines lui est imposé pour former un gouvernement de techniciens… et disparaitre.

Car c’est bien de son effacement général qu’il s’agit, avec un accent particulier mis sur le Hezbollah, dont il est exigé qu’il renonce à son emprise militaire sur l’Etat et à son affiliation iranienne. Rien que ça, même si, sur le fond, on se doit d’approuver l’intention ! Cet effet théâtral cache-t-il l’échec de l’implication extrême et très personnelle du premier des Français, après deux visites spectaculaires à Beyrouth destinées à mettre chacun devant ses responsabilités ? En tout cas, sa tentative de la dernière chance pour empêcher l’effondrement total du Pays du Cèdre étonne par sa brutalité et par le peu de cas fait de la souveraineté d’un Etat, certes empêtré, mais en principe toujours souverain. On chercherait en vain dans l’Histoire un précédent de classe politique clanique et corrompue qui se serait suicidée pour satisfaire à l’intérêt général et à l’attente d’un observateur extérieur. Et comment se comporteraient les techniciens appelés à s’y substituer, sinon en nouvelle caste dirigeante, elle aussi accrochée à ses privilèges ? Car c’est bien les rentres qui font vivre et le népotisme qui assure la stabilité des élus, anciens ou nouveaux.

De plus, l’engagement militaire du Hezbollah contre Israël (et contre ses propres adversaires politiques) légitime durablement celui-ci aux yeux d’une majorité des Chiites du Liban. Faire table rase de ces réalités profondément ancrées, suggère qu’on ait recours à la violence et l’imprédictibilité d’une révolution populaire, à laquelle E. Macron n‘adhère sans doute pas et qui dégénèrerait forcément en guerre civile, dans le grand conflit régional actuel. De façon étrange, le président français ne paraît pas avoir mesuré les énormes dangers jalonnant sa croisade libanaise. Il se contente d’essayer de se protéger sous le bouclier des Nations-Unies, paré duquel il reviendra à Beyrouth fin-octobre.

A l’opposé de l’affaire libanaise, il part aujourd’hui en terre balte après avoir hésité un mois durant à demander – poliment – le départ du dictateur Loukachenko. Il ne pouvait pas dire moins pour recueillir quelques applaudissements à Riga et à Vilnius pour un bien plus modeste théâtre.

* 26 septembre – Pacte avec le diable ?

Brèves des jours précédents

A quelques semaines de la présidentielle américaine, Vladimir Poutine propose à Washington un échange de  »garanties mutuelles » dans le domaine numérique : ‘’l’un des défis majeurs du monde contemporain est le risque d’une confrontation d’ampleur dans le domaine numérique ‘’.

Le grand praticien de la ‘’guerre hybride’’ ( infox sur les réseaux sociaux, déstabilisation des dirigeants, intrusion dans le jeu démocratique des Etats ciblés, brouillage des esprits pour créer ’’ l’indifférence civique’’) en sait quelque chose. Alors qu’il est régulièrement accusé de s’immiscer dans les élections des pays occidentaux, avec un évident succès en 2016 (campagnes pour le Brexit et pour l’élection de D. Trump), cette proposition de non-ingérence dans les media électroniques, formulée sur le site internet du Kremlin, ressemble un peu à l’offre que ferait un pyromane de partager avec ses victimes les services de sa brigade de pompiers. On a beaucoup de mal à y voir de la sincérité et on pourrait même soupçonner un petit service rendu à la réélection de Trump. Au-delà du partenaire et souffre-douleur américain, qui n’a besoin de personne pour se déstabiliser tout seul, le pacte de Poutine serait destiné au reste du monde. Il viserait ainsi à placer la Russie au cœur du système mondial de l’information, ouvrant la perspective qu’elle en assure – avec maestria – la manipulation globale.

Ce serait aussi un mauvais coup porté à l’UNESCO et au système des Nations-Unies, imparfait mais tellement plus démocratique et pluraliste que le FSB russe pour traiter du droit à l’information et de la liberté professionnelle des journalistes !
Ce projet d’accord mondial, par lequel les Etats s’engageraient à ne pas lancer la première frappe numérique, sert accessoirement de diversion aux menées guerrières de la Russie à l’Est de l’Europe, en Afrique et au Proche-Orient. De même, à la pesanteur de sa mainmise stratégique sur la Biélorussie en pleine ébullition démocratique. Eclipserait-elle un peu son évidente responsabilité dans la tentative de meurtre du principal opposant du Kremlin, Alexei Navalny ? Qui voudrait d’un tel hochet empoisonné ?

* 25 septembre – Le tribalisme américain

Brèves des jours précédents

Donald Trump honore les vétérans de la Baie des cochons, une opération de la CIA destinée à envahir Cuba et à renverser le régime de Fidel Castro. Il saisit l’occasion pour exprimer une énorme réticence à remettre les clés de la Maison Blanche en cas de défaite à la présidentielle de novembre. ‘’Nous allons devoir voir ce qui se passe’’, commente-t-il , en réitérant que  »les bulletins de vote seront un désastre, allusion claire au contentieux politico-juridique qu’il compte bien exploiter autour du vote par correspondance. Ainsi, Joe Biden, ne pourrait, selon lui, l’emporter que  »dans le cadre d’une élection truquée’’, donc ‘’ il n’y aura pas de transfert, franchement, il y aura une continuité’’ (celle de sa présidence, éventuellement hors-la loi).

Pour ajouter de l’eau à ce moulin complotiste, le Président et son camp s’empressent de tirer profit de la disparition de la juge Ruth Bader Ginsburg, qui était une personnalité-pivot progressiste au sein de la Cour Suprême. Dès que ce tour – légal mais hautement opportuniste – sera joué, les Républicains aborderont la phase post-électorale bien mieux armés pour gagner leurs recours devant les tribunaux. Au-delà d’un coup de force du chef de file populiste, une situation de contestation et de confrontation s’installerait alors entre les citoyens américains. Ce serait aussi une perversion de la neutralité des institutions ‘’suprêmes’’ des Etats Unis. A partir de là, tout peut advenir dans l’ordre démocratique incarné par l’histoire de ce grand pays.

A l’aube de son premier mandat, D. Trump avait déjà surpris en refusant d’accepter par avance les résultats du scrutin. ‘’C’est horrible, s’était exclamé HillaryClinton, ‘’il dénigre notre démocratie’’. On se souvient des manœuvres multipliées – y compris avec la complicité d’une puissance extérieure – pour disqualifier la candidate démocrate de l’époque, pourtant forte d’une avance de trois millions de voix au niveau fédéral. Car la ‘’question fédérale’’ constitue un autre facteur d’injustice mais, il est vrai, qu’aucun des deux camps ne prône le suffrage universel direct. Très attaché à la tradition, le corps électoral a longtemps vécu sous un régime de type Louis Philippe. Le voilà plongeant dans une situation à la malienne ou à la guinéenne… avec un président à vie, qui change, à sa guise, les institutions du Pays et discrimine toute opposition. Fort heureusement, les armées US se tiennent encore à l’écart du pouvoir politique. Mais les milices citoyennes sont en embuscade, prêtes à ‘’faire le boulot’’.

1 er septembre 2020 : l’Ours géopolitique change de format

L’Ours Géo change de format

Vous vous demandez pourquoi l’alarme sur votre écran sonne un article de l’Ours. Le besoin d’un changement de format nous a saisit, lui et moi. D’abord, parce que la géopolitique mondiale ne supporte pas la routine, ni dans sa substance, ni dans sa forme. Les articles du présent blog tendaient imperceptiblement vers des études de fond, bien illustrées mais trop denses à absorber et légèrement décalées dans le temps. Ceci ne colle plus à une époque où le temps de chacun est compté et la ronde folle de l’actualité se vit en temps réel. Nous avons donc décidé de placer les  »brèves géopolitiques de l’Ours » au cœur de notre blog et les articles de fond, à peine moins accessibles, juste en dessous.

Les brèves se présentent, en fait, comme des billets d’humeur ou des micro-éditoriaux. Les faits y sont décortiqués et une sorte de   »morale de l’histoire » vous y est proposée. Mais pas imposée ! Il n’y manque qu’un dessin sarcastique… mais ça viendra peut-être. Lecteur, je vous aime ! Alors bonne lecture !

Pour rappel : Brèves géopolitiques de l’Ours précédentes : Brèves de l’été 2020

L’Après COVID : tout est là, économisez sur vos autres lectures !

Coronavirus et bureaucratie

Inimaginable la situation actuelle ? Non : elle était tout à fait prévisible malgré l’impréparation : depuis des années, des épidémiologistes nous mettaient en garde sur l’existence d’un risque sanitaire global. Les scénarios étaient écrits. Les mensonges dont on nous a abreuvés, pour cacher la réalité misérable de nos moyens sanitaires, sont à pointer du doigt, pour l’Histoire. Le virus circulerait en France depuis bien avant mars, assurément depuis décembre, voire octobre ! Les réserves d’urgence ont été détruites et remplacées par la gestion en flux tendu, sous la présidence Sarkozy. Puis on a oublié de gérer. Le confinement a permis de contourner la pénurie, mais ce, au prix d’impasses dangereuses sur les masques et surtout sur le dépistage. On n’est pas trop sûr de la qualité des fournitures qui arrivent enfin. De fait, les personnels hospitaliers – comme leur base arrière de fonctionnaires, de travailleurs et d’élus qui assurent au quotidien le fonctionnement du pays – se sont heurtés à l’imprévision mais aussi aux lourdeurs et au mur des 400 000 normes produites au fil des ans par une technocratie insensible, hypercentralisée et obnubilée par les normes comptables. Par manque d’anticipation et de coordination, l’autorité publique a perdu trois semaines face à la flambée du virus puis s’est efforcée de réagir au jour le jour dans une improvisation sidérante… et sans ressortir les plans d’urgence, bien meilleurs, établis en interministériel sous l’autorité du SGDSN. Ni les plans de protection civile dirigés par Michel Barnier au niveau européen… Les seules mesures efficaces contre le coronavirus ont été finalement assumées par la population elle-même, qui a accepté le confinement.  Les faiblesses des études épidémiologiques sont criantes : deux mois ont été perdus sans test et on s’oriente désormais vers des formes de contrôles liberticides à grand renfort d’escouades d’’’anges gardiens’’ autorisés à entrer dans notre vie privée, peut-être pas seulement en rapport avec le Covid.

– Côté mental, la société civile et les médias prophétisent un avenir post-Covid clé en main. On nous bassine sur l’’’après’’, comme s’il s’agissait de fermer une parenthèse, alors que c’est une complexe cohabitation avec le virus qui s’engage. Est-ce qu’aller voter au second tour des municipales devrait être notre premier souci ? C’est clairement la classe politique qui a fait son choix (en disant cela, je prends des accents quasi-populistes, mille excuses !). On est dans le tunnel et tout le monde rêve du paysage qui se cache au bout. Ce paysage sera, à peu de choses près, le même qu’avant la crise, pardi  ! L’option de ne rien changer est clairement celle de tous les lobbies. Passée la première vague, les partisans d’un rattrapage rapide de la croissance sont aux manettes, avec la tentation intacte de surexploiter l’écosystème, pour mieux fermer la parenthèse sanitaire. Ils ont une longueur d’avance sur les braves gens. En fait, la croissance pour la croissance, credo de l’Entreprise, reflète un formatage culturel persistant autant qu’un intérêt catégoriel. De même la croyance au retour de la ‘’chaîne de valeurs globale’’, après  »l’arrêt cardiaque’’ de la production. Ce fut, certes, un AVC. Maintenant on est guéri. Citons aussi, sans ironie, le discours caricatural du président du MEDEF exhortant les agents économiques à ‘’retrousser leurs manches’’ en travaillant plus et pour moins cher, afin de faire repartir l’économie et pour étriller la concurrence. Ce langage guerrier est ancré aussi dans la classe politique, transposé par elle en rubriques ‘’revenu » et  »emploi’’.  L’adhésion est immense. C’était déjà la démarche instinctive de 2008 et de l’après-crise des subprimes. Elle ne va pas disparaître devant le microscopique Covid.

– Aveuglement sincère, faille de lucidité, illusion égoïste de jouissance participent confortablement à ce ‘’vieux monde’’ nocif mais qui va durer encore et encore …Plutôt que d’espérer un avènement miraculeux, c’est à nous autres, les honnêtes gens, de remonter nos manches, de sacrifier à la sobriété de vie que la Nature et la société nous imposent, de nous mobiliser pour faire évoluer les ‘’ systèmes’’ (local, régional, national, planétaire). Ceci promet peines et douleurs, face à la puissance des maîtres réels de l’économie et de la finance, forcément les plus efficaces à imposer leur cours des choses. Si on croit en un ‘’après’’ différent, acceptons surtout la perspective d’échecs et d’erreurs, de tensions voire de combats et de compromis boiteux, de faux semblants du type ‘’greenwashing’’, des alea qu’on ignore encore, du  »shifting’’ réversible entre villes et campagnes, de développement quasi-semi-durable mais pas vraiment autonome. Beaucoup de bonnes idées fonctionneront à 10 ou 20 % des objectifs rêvés, jusqu’à l’arrivée aux manettes d’une plus jeune génération, mieux adaptée que nous à la tâche.

– Pour l’heure, la confiance en l’autorité n’est pas au rendez-vous comme elle l’est, en Italie ou en Allemagne, avec des taux de popularité records allant aux dirigeants en place. Malgré quelques belles phrases d’Emmanuel Macron sur les leçons qu’il faudra tirer sur le plan systémique, les Français ne voient pas clairement où il veut en venir et restent donc prudemment sur leur garde, voire le poing en l’air. C’est un handicap même si la perspicacité politique est une ressource en soi. La France a déchiré sa trame de cohésion sociale et, sans ce ciment commun, elle ne sait plus trouver la voie de l’intérêt général, ni même écouter ceux qui en ont l’expérience. Individualisme exacerbé, corporatismes, jalousies de classes, hédonismes égoïstes et contre-vérités comportées par les réseaux sociaux, telles sont les colères qui la dévorent et consument ses énergies. Elle n‘est pas opérationnelle pour l’après-virus.

– La mise en place d’un déconfinement progressif s’accompagne partout en Europe de plans de relance. Avec la pandémie, nous avons été amenés à percevoir de manière à la fois brutale et prolongée, ce qu’est notre bien commun, ce qui nous est essentiel pour continuer à vivre au prix de vivre sans doute autrement. Et l’épreuve actuelle s’inscrit dans une série longue. Les pays riches essaieront de booster l’activité, au prix d’un endettement colossal, pour qu’elle redémarre en force dès lors qu’est écarté le risque de saturation de leurs services de réanimation. En plaçant la vie en priorité absolue dans le court terme, ils ont agi, selon les mots d’Emmanuel Macron, « quoi qu’il en coûte », sans garantie absolue que cette stratégie fonctionne et qu’il ne faille pas, dans quelques mois, repartir en confinement. De plus, ces monceaux d’argent distribués trop tôt et sans grande perspicacité iront pour partie à la spéculation et manqueront à l’économie réelle. Un vrai problème citoyen.

– Autre réévaluation de bon sens : la ‘’société de seconde ligne’’, issue de la classe moyenne inférieure, assure des fonctions vitales, surtout en cas de crise, et constitue un rempart contre le chaos. En appréciant mieux sa valeur sociale, il convient de lui apporter des gages, sous formes salariales et de meilleures conditions de travail et de la mettre à l’abri de l’arbitraire comptable. A l’inverse, et sans verser dans la discrimination, on doit s’interroger sur l’accès trop largement ouvert à des professions socialement moins utiles (litote), telles celles de courtier, de publicitaire, d’optimisateur fiscal, de chef de service, de membre de cabinet ministériel, de ‘’cost killer’’ industriel ou de développeur de jeux vidéo, toutes moins essentielles que l’infirmière, la caissière ou le transporteur. Et il y a bien d’autres « bullshit jobs «  dont la définition est précisément qu’ils sont ingrats et que la société pourrait s’en passer. Comme le relève l’Institut Jaurès, au sortir de l’épidémie, ‘’on retrouve des populations principalement issues de l’immigration ou assimilées aux « petits Blancs », (…) : intérimaires, indépendants, salariés, petits fonctionnaires ou artisans… Mais au-delà de leurs identités multiples ou de la diversité des statuts, leur appartenance au back-office de la société concourt à les unir… On voudrait croire à l’émergence d’une conscience de classe à partir d’une description de leurs seules conditions de travail. La réalité est plus complexe. Le back-office n’est pas une classe sociale à part entière. Il décrit une position subjective issue d’une expérience de travail dans une économie de services : qui vient servir qui ?… l‘honneur retrouvé du back-office ne sera que de courte durée ou ne concernera que certains métiers en particulier. Bien plus, les clivages et les révoltes qui nous guettent apparaissent assez clairement à l’examen de la situation actuelle, ramenant la France à l’état de cocotte-minute en surchauffe : « premiers de tranchée » contre télétravailleurs, logements exigus contre résidences secondaires, naufragés de la crise économique contre rescapés, etc. Sans compter les appels à demander des comptes au gouvernement sur sa gestion de la crise’’.

– La  robotisation de l’emploi est perçue comme un atout en période de crise. Le nouveau bond numérique qui s’annonce va ajouter à la souffrance des serviteurs  « utiles ». Il faudrait donc s’engager à taxer les robots (cotisations santé, chômage, maladie, retraite, dépendance) mais aussi à partager équitablement le temps de travail, seule solution pour maintenir l’emploi du plus grand nombre. Pour compléter un revenu salarial proportionnellement moindre (mais avec plus de temps libre), l’instauration progressive d’un revenu de base universel fera sens, en commençant par les 18-25 ans pour couvrir toute la population au fil des décennies..

Plus encore que la menace épidémique et ses vagues de réplique, celle du dérèglement du climat est bien visible et documentée. Y aura-t-il des Espagne (empêtrées) et des Taïwan (ingénieuses) du climat, des lieux asymptomatiques et des micros-climats EHPAD ? Le changement n’affectera pas toutes les parties du monde de la même manière et ce sont les pays les plus riches, de surcroît les moins exposés et les plus émetteurs de gaz à effet de serre, qui s’en sortiront mieux que les autres et avant eux. Mais aucun gouvernement ne pourra s’y adapter comme Taïwan s’est adaptée à la menace épidémique : on ne gère pas le changement climatique – point de principe de précaution en tel cas – on prévient et on s’adapte (principes d’anticipation et d’ajustement). Il n’existe pas d’équivalent du confinement, en quelque sorte, une pause au sec dans la tempête, dans l’espoir de revenir, quelques années plus tard, à la situation antérieure : le changement climatique et l’effondrement de la biodiversité seront un état de fait permanent, irréversibles. L’adaptation de l’écosystème et de nos modes de vie, aussi, comme conséquence de la pression insoutenable exercée sur notre milieu. Et, si le changement climatique n’est pas responsable de l’épidémie actuelle, on sait qu’il en entraînera d’autres, notamment en favorisant la diffusion de virus existants, mais peut-être aussi en réactivant d’anciens pathogènes prisonniers du permafrost. Agir contre le dérèglement climatique justifierait assurément la mention « quoi qu’il en coûte ‘’, aux plans local, national et, surtout, au niveau européen.

– Nous voilà à la croisée des chemins. Les plans de relance constituent un risque et une chance, peut-être inédits, pour accélérer la transition écologique. Si nous re-prolongeons dans le monde carboné, l’humanité entière affrontera toujours plus d’effondrements partiels et de crises planétaires.

– L’Europe constitue, un niveau d’action adapté au défi climatique. La Banque Européenne d’Investissement (BEI) est l’une des plus grandes banques publiques du monde, un outil majeur dans la panoplie de l’UE. L’an dernier, les sociétés civiles et le consensus scientifique l’avaient déjà convaincue de renoncer au financement des énergies fossiles, qui se montait alors à 2,4 milliards d’euros par an. Récemment, le président de cette institution, Werner Hoyer, a demandé que la reprise économique ‘’soutienne la poursuite de nos objectifs climatiques’’. Mieux encore, la BEI a enquêté auprès du public européen pour recueillir avis et commentaires sur sa feuille de route à long terme. Son objectif est de devenir la « Banque de l’Union Européenne pour le climat ». On peut se féliciter que la BEI se donne pour mission que les personnes, la planète et la justice passent avant les entreprises les plus polluantes. Schématiquement, trois propositions lui sont faites :

*1 Assurer les alternatives au financement des énergies fossiles, afin que plus un euro d’argent public ne soit gaspillé pour l’économie carbonée ;

*2 Contribuer à la mise en place d’un véritable « Green Deal » européen, pour une transition rapide et encadrée vers les énergies renouvelables ;

*3 Financer le recyclage professionnel des travailleurs de l’énergie carbonée.

Au moment où le refinancement de grands groupes privés s’opère à tout-va (voyez les 7 Mds € destinés à Air France, 5, à Renault, etc.) où une décision prise en commission du Parlement, qui  préconise de ne pas ‘’léser’’ les entreprises liées aux paradis fiscaux, ce serait un exemple et une garantie morale que la BEI joue un rôle de premier plan. Au-delà de l’Europe, elle pourrait même inspirer les institutions financières du reste du monde, par effet domino.

– Pour insuffler un peu de cohérence dans le chaos actuel, il faudrait souhaiter aussi que l’UE (Parlement et Commission) se voient confier, après le « Green Deal », une coordination contre les catastrophes naturelles, industrielles et sanitaires dépassant l’échelle d’un Etat-membre isolé. Protection civile, mais aussi normes sociales et – initiative attendue depuis si longtemps – traitement des migrations massives qu’elles soient climatiques, issues des conflits ou de la pure misère. Ai-je tété long, trop long. ? Mais je crois avoir synthétisé, pour l’essentiel, les citoyens sages en qui j’ai confiance.

Une pensée spéciale pour Anne Hessel dont l’esprit clair m’a inspiré.

Les proto-Etats et leurs besoins en armement

Trop primitif, un proto-État ne réunit pas, par définition, toutes les caractéristiques propres aux États modernes. Le terme est utilisé par les historiens pour désigner une organisation politique et sociale intermédiaire entre l’organisation de type communautaire (clans, tribus, chefferies, royautés pré-étatiques, etc.) et l’organisation politique de type étatique. Sa reconnaissance par la communauté internationale n’est que partielle, le plus souvent en raison de relations et de soutiens extérieurs conflictuels ou de comportements perçus, par d’autres Etats, comme hors-la-loi.  Le concept n’est pas nouveau mais il  gagné en importance sur l’échiquier géopolitique et mérite une rubrique dans ce blog. Voici un emprunt fait à Patrick Michon, un haut-fonctionnaire spécialiste reconnu de géopolitique et pour moi, aussi un voisin amical. L’article est publié dans le n° 202 de la Revue de la Défense nationale  »– Les proto-États – et leurs besoins en armements – » Patrick MICHON

 »1- Un État est reconnu comme tel par le droit international dès qu’il remplit quatre critères principaux :

– disposer d’un territoire défini, d’une communauté humaine, d’un gouvernement, et des relations diplomatiques avec d’autres États. D’autres références de souveraineté s’y ajoutent :

*Une symbolique : drapeau, hymne, armoiries, monnaie, poste, timbres, décorations ;

* Un corpus de lois et règlements, y compris des codes judiciaires et civils ;

* Un système de recouvrement d’impôts et taxes ;

* Des forces armées de sécurité, Armée et Police, Gendarmerie pour assurer la sécurité, voire lasurvie de l’état et de la population et qui disposent ainsi de la violence (légitime?) ;

Les proto-États, dont les structures sont trop incomplètes pour être qualifiées d’État, naissent à la suite de rebellions contre une autorité centrale. Soit le proto-État achève son développement et devient un État reconnu comme tel par la communauté internationale, soit il dépérit et est réintégré de gré ou de force dans la structure étatique dont il voulait se séparer. Pour s’imposer dans leur quête d’indépendance, ils doivent impérativement équiper leurs forces armées des matériels nécessaires. L’approvisionnement de ces armes reste complexe, et est de plusieurs niveaux :

* La plus fréquente est la récupération, le vol, l’achat d’armes aux déserteurs de son adversaire ;

* L’achat, car certains pays, que nous pouvons qualifier de  »voyous », parmi lesquels ont figuré la Corée du Nord, l’Iran, le Soudan, livrent contre finance des armements à qui le veut.

* Les dons de matériels par des pays soutenant (directement ou non) ces proto-États, éventuellement associés à l’envoi de militants ‘volontaires’ ;

* Plus récemment, la militarisation de matériels civils ; Il est facile de transformer des drones de loisir ou de travail aérien en drone kamikaze. Les pesticides peuvent eux être modifiés en armes chimiques.

* La mise en place d’une amorce d’industrie de défense. Cette proto-BITD peut être à même d’effectuer la fabrication d’armes individuelles, de véhicules blindés légers, de vedettes rapides et (rarement) le maintien en condition d’une proto-force aérienne. Les difficultés d’approvisionnement des proto-États en armement sont souvent la raison de leur destruction.

– Quelques exemples (non limitatifs) de proto-États, et  leurs sources d’armement :

En Europe, la dislocation de l’Union Soviétique en 1991 a conduit à la création de nombreux états aux frontières héritées de celles définies dans les années 1920 par Iossif V. Jougachvili, Commissaire aux nationalités de l’URSS, plus connu sous son pseudonyme de Staline. Les frontières des républiques ont été sciemment définies de façon que toute ethnie soit répartie sur le territoire de plusieurs républiques; Aucune république ne soit peuplée d’une seule ethnie; Une ethnie majoritaire dans une république soit indirectement contrôlée par des ethnies hostiles; soit pour des raisons culturelles, civilisationnelles ou historiques. Les indépendances ont réveillé ces antagonismes, aboutissant à plusieurs proto-États.

*Aux dépens de la Géorgie, mais avec le soutien de la Russie, ont été constitués la République d’Abkhazie et la République d’Ossétie du Sud (ou Alanie). De même les Républiques Populaires du Donetsk et de Lougansk servent de moyens de pression de la Russie sur l’Ukraine. La République du Haut-Karabagh a été détaché de l’Azerbaïdjan par des milices pro-arméniennes. Ces proto-États reçoivent leurs armements de leurs parrains russes ou arméniens. La République Moldave du Dniestr (Pridnestrovie ou Transnistrie) coincée le long du fleuve Dniestr entre la Moldavie et l’Ukraine, nous intéresse particulièrement, c’est un arsenal oublié lors du démantèlement de l’URSS, fournissant dans les années 90 tous les armements (essentiellement terrestre), notamment à destination des Balkans lors des guerres de l’ex-Yougoslavie. Si actuellement 20.000 tonnes d’armement (désormais largement obsolète) y restent stockées, ces activités ‘commerciales’ seraient aujourd’hui terminées.

* La République Turque de Chypre du Nord (RTCN) est un proto-État, dont l’origine en 1974 est l’Opération Attila menée par la Turquie. Celle-ci favorise l’installation de ‘colons’ anatoliens pour augmenter la population turque face à la majorité grecque repliée au Sud de l’Île. Le conflit est gelé depuis 45 ans, la Turquie assure directement la défense de la RCTN face à la République de Chypre.

* Le Kosovo était constitué en proto-État depuis 1990. En 1997, l’UCK, ou Armée de Libération du Kosovo, profite du pillage des arsenaux albanais pour s’équiper et entreprendre une campagne de guérilla contre l’armée et la police serbes. La répression serbe provoque une insurrection massive. Craignant une extension du conflit, les pays occidentaux interviennent, et justifient une campagne de bombardement massif sur la Serbie par un prétendu plan serbe « Fer à Cheval » de purification ethnique anti-kosovar, un faux préparé par la Bulgarie et avalisé par l’Allemagne. L’OTAN oblige la Serbie à quitter le Kosovo, qui est mis sous l’administration des Nations unies, avant de déclarer en 2008 une indépendance unilatérale. Voici un exemple de proto-État devenu un état indépendant, reconnu par 93 pays, même s’il n’est toujours pas admis à l’ONU.

* La Catalogne sera t’elle le prochain proto-État européen ? D’autres mouvements centrifuges pourraient survenir en Ecosse, en Flandre, au Pays Basque, ….

En Afrique également les pays dont les indépendances ont été obtenues entre 1950 et 1965 n’ont pas échappé à la malédiction des rebellions.

* La République Sahraouie ou Sahara occidental était une colonie espagnole revendiquée à la fois par le  Maroc et par le Front Polisario qui y proclame en 1976 la République arabe sahraouie démocratique (RASD). L’objectif du Polisario, soutenu par l’Algérie qui utilise ce différent comme un abcès de fixation, est l’indépendance totale du Sahara occidental. Il en découle une longue guerre des sables, le Maroc s’abritant derrière un Mur de sable devenu la frontière de facto. Le conflit est gelé depuis un cessez-le-feu en 1991. Le Maroc contrôle et administre 80 % du territoire, le Front Polisario contrôle les 20 % restant. L’armement du Front Polisario provient de prises de guerre sur les Forces Armées Royales marocaines, dont des chars Kürassier SK 105, et aussi des ‘dons’ de l’Algérie, dont des missiles anti-char et surtout anti-aériens, afin de faire face à la maîtrise de l’air de l’Armée marocaine.

* Le Somaliland est un cas de proto-État plutôt réussi. Anciennement britannique, le Somaliland devenu indépendant en juillet 1960, et reconnu comme tel par une trentaine d’États, le Somaliland fusionne avec la Somalie ex-italienne pour former la Somalie. Une rébellion qui y éclate au début des années 1980. est brutalement réprimée, occasionnant 50.000 morts, 500.000 réfugiés, sur un million d’habitants. La seconde indépendance, proclamée le 18 mai 1991, n’a jamais été́ reconnue par la communauté́ internationale. Aujourd’hui, la démocratie semble implantée au Somaliland, avec une société civile pauvre, mais relativement apaisée, et des élections libres. Le proto-État doit sa survie à la récupération des armes sur l’armée de la Somalie, qui est devenu un état failli depuis le coup d’état de 1991, et qui demeure dans un chaos permanent. Dans cette situation, tout se vend, tout s’achète, et surtout les armes individuelles, en particulier les Kalachnikovs devenues emblématiques. Les milices rivales qui règnent n’ont aucun scrupule à alimenter les provinces sécessionnistes, la Somaliland ayant inspiré d’autres régions, dont le Puntland. Intéressés par la pérennité du proto-État, les Émirats Arabes Unis (EAU), ont signé avec le Somaliland en 2017 un accord prévoyant la construction dans le port de Berbera d’une base navale et aérienne sur 25 ans. En contrepartie, les EAU fournissent au Somaliland avec une aide militaire.

* Boko Haram, qui était à l’origine une secte hostile à toute influence occidentale, est un devenu mouvement insurrectionnel terroriste salafiste originaire du nord-est du Nigéria, et s’étendant désormais dans les pays voisins limitrophes du Lac Tchad (Niger, Tchad, Cameroun). Si Boko Haram a pour objectif d’instaurer un califat à l’image de Daesh, il n’a cependant pas dépassé le stade d’une rébellion, et ne peut encore être considéré comme un proto état. Le vol ou même l’achat des armes aux forces armées des pays qui le combattent sont les sources d’armement de Boko Haram.

* L’État du Katanga est le nom pris par la riche province du Katanga, déclarant unilatéralement son indépendance vis-à-vis de la République démocratique du Congo, de deux semaines après l’indépendance de celui-ci. Pour assurer la protection de ses nombreux ressortissants présents dans la province, la Belgique reconcentre des troupes au Katanga. Moïse Tshombe, le dirigeant du nouvel état, s’appuie sur la puissante Union minière du Haut Katanga (UMHK) et sur l’aide militaire et logistique belge. Les sécessionnistes bénéficient également du soutien peu discret de la France, et de l’appui de la Fédération de Rhodésie-Nyassaland. L’État du Katanga émet sa monnaie, créé sa police, et se dote des symboles d’état, dont un drapeau, une constitution, une monnaie. L’État du Katanga garde de nombreux cadres techniques et conseillers belges, et renforce la Gendarmerie katangaise en faisant appel à̀ des mercenaires européens. Les moyens en armes lui sont fournis par la Belgique et la France, y compris trois Fouga Magister (ex-Belge) armé de mitrailleuses qui lui assure momentanément la maitrise du ciel. Cependant, l’État du Katanga ne sera jamais reconnu par l’ONU, car les deux superpuissances del’époque, États-Unis et URSS, se retrouvent sur une doxa anticoloniale. Le Conseil de sécurité des Nations unies demande le retrait des Belges et des mercenaires européens.

Le 21 février 1961, le Conseil de Sécurité́ de l’ONU décide d’envoyer des casques bleus afin de «rétablir l’ordre au Congo ». À la fin de l’année, l’armée gouvernementale congolaise et les troupes de l’ONU (Suède, Inde et plus de 20 autres pays) lancent une offensive. Le Secrétaire Général de l’ONU, Dag Hammarskjöld, trouve la mort dans un accident d’avion assez suspect. En décembre 1962, les forces de l’ONU prennent le contrôle d’Élisabethville, capitale du Katanga. Moïse Tshombe se réfugie à Kolwezi, puis se rend et obtient l’amnistie pour lui-même et ses partisans le 15 janvier.

* La République du Biafra était, entre 1967 et 1970 un État sécessionniste situé dans la partie sud-est du Nigéria, la plus riche en réserves d’or noir. Les tensions entre les différents peuples du Nigeria affectent alors gravement la vie politique de ce pays qui a obtenu son indépendance en 1960. L’année 1966 est marquée par plusieurs coups d’État sanglants. Majoritaires dans une région de l’est du pays, les Ibo répliquent à la confiscation de leurs ressources pétrolières par la proclamation de la République du Biafra le 30 mai 1967. La guerre civile commence alors, le Nigeria effectue le blocus du Biafra qui entraîne une famine dévastatrice dont sera victime des centaines de milliers d’habitants de la région sécessionniste. Les Forces Armées du Biafra sont mal alimentées en équipements par un ‘pont aérien’ famélique dont les avions cargo se posent sur des portions de route dans la forêt équatoriale, et sont des cibles faciles à l’aviation nigériane. Le Biafra dispose certes de quelques avions, pilotés par des mercenaires. Mais ces appareils, des avions légers d’entrainement sommairement armés de roquettes air-sol, ne peuvent inverser le cours de la guerre. La tragédie devient une cause internationale, où interviennent les French Doctors de MSF. La fin des combats et la signature de la capitulation du Biafra à Lagos, le 15 janvier, marque l’échec et la disparition du proto-État.

* Le 11 novembre 1965, la Rhodésie du Sud, sommé d’adopter une loi électorale donnant le pouvoir politique à la majorité indigène, proclame unilatéralement son indépendance sous le nom de République de Rhodésie vis-à-vis de la Grande Bretagne. Face à des rebellions soutenus par les pays dit de la ligne de front et par l’URSS, la Rhodésie met sur pied une véritable industrie de défense et développe, entre autres, une gamme complète de véhicules blindés protégés contre les mines, l’arme principale des guérilleros. Cette l’architecture mécanique originale de Mine Protected Vehicles (MPV) a été reprise ultérieurement en Afrique du Sud et même aux USA, soumis aux mêmes menaces en Afghanistan. La République de Rhodésie disparaitra en 1980, avec les accords de Lancaster-House, donnant naissance au Zimbabwe.

En Asie, depuis 1945, trois proto-États sont apparus, deux ont été réabsorbés dans leur structure d’origine, un seul est devenu un état.

* L’Eelam tamoul avait pour objectif de séparer de la majorité cingalaise (bouddhiste) la population tamoule (hindouiste) implanté au nord et à l’est de Sri Lanka. Le LTTE (Liberation Tigers of Tamil Eelam), branche militaire de ce proto-État a mené 5 guerres entre 1983 à 2009 à l’état central en utilisant largement une tactique d’attaques suicides. Le mouvement organisa aussi un réseau international complexe pour se financer et pour acquérir des armes. Dans les zones contrôlées par le LTTE, la création de nombreux ateliers permettait de produire des armes et des munitions certes rustiques, mais efficaces dans une guerre asymétrique. Outre une variété de mines et de grenades, ses techniciens développèrent des mortiers de différents calibres, de technologie sommaire, mais performants. Les premières générations de mortiers mettaient les garnisons gouvernementales sous pression par des tirs de harcèlement. En 1990, le LTTE déploya un nouveau modèle, le Pasilan 2000, capable de projeter des charges de 30 kilos à un kilomètre. La capacité des ateliers du LTTE s’accru jusqu’à la production de lance-roquettes multiples (LRM). Le tsunami du 26 décembre 2004 a été le tournant de la guerre, les principales bases des Tigres ayant été submergée par la vague venue de Sumatra. Cet évènement change le déroulement de la guerre, car les bases du LTTE sont dévastées par la vague, et les forces du Sri Lanka reprennent l’avantage sur le LTTE, définitivement vaincu en 2009.

* Aceh, la région la plus au Nord de la grande ile de Sumatra, a été aussi un proto-État de 1976 à 2005, dont les motivations étaient essentiellement religieuses. A l’indépendance de l’Indonésie en 1949 Aceh obtient un statut de province autonome, mais le caractère non-islamique de la république d’Indonésie est rejeté par une population très attaché à un Islam rigoriste. En 1976, le Mouvement pour un Aceh libre (Gerakan Aceh Merdeka) est fondé. En 1990, le gouvernement indonésien du Général Suharto déclare Aceh « zone d’opérations militaires », et le cycle rébellion-répression fait au minimum 9.000 morts. Cette révolte ‘du pauvre’ se fait en utilisant des moyens primitifs, ‘coupe-coupe’, Engins Explosifs Improvisés (EEI) et ‘kalachnikovs’ pris sur les troupes indonésiennes peu motivées, voire acquis à des déserteurs. Avec la chute de Suharto en 1999, l’Indonésie pense pouvoir régler ce conflit qui ensanglante la province depuis 1976 en acceptant l’introduction de la charia en Aceh, mesure populaire. Mais c’est le tsunami de décembre 2004 qui ici aussi permet de « pacifier » la province rebelle.

* Le Timor-Oriental (ou Timor Este) est la partie orientale de l’Ile de Timor. Originellement Timor Este était une colonie portugaise durant près de quatre siècles, jusqu’à la révolte des œillets qui amorça la fin de l’empire colonial portugais. L’Indonésie, avec le soutien des USA, profita de ces évènements survenus à Lisbonne, envahi le territoire en décembre 1975, et l’annexe en 1976. L’invasion indonésienne et la violence de sa prise de contrôle sont responsables de 100.000 et 200.000 morts, sur une population totale d’un million d’habitants. La révolte qui suivi aboutit à un proto-État. Celui-ci, conscient de la disproportion des capacités militaires, utilise d’avantage l’action diplomatique que la lutte armée, qui comme à Aceh, est technologiquement primitive, machettes et fusils de chasse. Profitant des troubles politiques en Indonésie, l’ONU impose et organise un référendum d’autodétermination en août 1999 aboutissant à la pleine indépendance du Timor Este en 2002, qui devient dès lors un état de plein droit !

Conclusion :

Les proto-États, pour survivre et se développer jusqu’au statut d’Etat doivent impérativement assurer leur sécurité sur les frontières revendiquées. L’accès à des sources sûres d’armement leur est indispensable, Mais la création d’une industrie de Défense (proto-BITD) est délicate, hors la militarisation d’équipements civils. De ce fait, l’appui (discret ou non) d’un pays étranger reste nécessaire, mais il n’est pas suffisant pour que le proto-État atteigne ses objectifs ! ».

Notes du blog : avant de créer un proto-Etat dans son jardin, bien se renseigner sur les précédents. Faire du tourisme dans un proto-Etat expose à des complications.

Du déconfinement à la déconfiture

 

L’Ours a de gros doutes sur l’Exécutif

En 2006, la France a reçu les félicitations de l’OMS comme étant ‘’le pays le mieux armé du monde face aux pandémies. A l’époque, l’EPRUS (Etablissement de Préparation et de Réponse aux Urgences Sanitaires), une agence du ministère de la Santé, récemment créé sur le modèle américain, stockait plus d’un milliard de masques chirurgicaux et près de 3000 millions du modèle FFP2. Un méga-arsenal d’antibiotiques et de rétroviraux avait été constitué, dans le souci, déjà, de sortir d’une dépendance exclusive des fournisseurs asiatiques. La lutte contre les pandémies et celle contre le bioterrorisme étaient considérées comme des sœurs jumelles. Puis, en 2009, la grippe H1N1a a contaminé tout le système. Récit d’une catastrophe due à la bêtise. En effet, En avril 2009, l’OMS lance une alerte internationale concernant un virus mortel de la grippe A, baptisé H1N1 arrivé du Mexique. Roselyne Bachelot, la ministre de la santé se démène comme une diablesse pour mobiliser les moyens de l’urgence, mais l’épidémie parvenant au stade 4, sur une échelle de sept niveaux, François Fillon passe le relais au ministère de l’Intérieur (dans l’idée que la maladie devenait surtout une menace pour l’ordre public). Le stock de réserve se monte alors à 2,3 milliards de masques, destinés à une distribution gratuite à la population.  Mais la création concomitante des agences de santé régionales et l’adoption de nouvelles règles comptables dans la gestion des hôpitaux créent de sérieux flottements, au mauvais moment. Voilà le fonctionnement du système hospitalier sommé de répondre au modèle de fonctionnement de l’Entreprise ! Accusée d’en avoir trop fait et pour trop cher, dans ses efforts pour endiguer la pandémie (laquelle reste marginale et contourne grosso-modo la France). Face à un stock de vaccins aussi surdimensionné qu’inutile (94 millions de doses dont 6 millions seulement seront utilisées), la ministre de la Santé est devenue la cible des médias et du monde politique, majorité et opposition. Un jugement accablant à son endroit est émis par la Cour des comptes. Il a abouti à assimiler le principe de précaution en matière anti-pandémique à une vaste gabegie de trouillards. La politique sanitaire pour laquelle l’ONU tressait des lauriers à la France connaît dès lors une inexorable déconfiture. Elle passe totalement à la trappe. Cette première démission entérine une prise de pouvoir du Secrétariat Général de la Défense Nationale (SGDN) sur la politique sanitaire française en temps de crise. Toujours l’ordre sécuritaire en premier…

– On connaît la suite : le court-termisme adulé par les comptables de Bercy et l’obsession des préfets pour l’ordre public, les médecins ruant dans les brancards mais sans effet, le gouvernement régnant sur un ‘’ailleurs’’ étranger aux Français. Ce joli monde a hardiment poursuivi sa politique de ne rien faire, alors que le Covid arrivait en France dès la fin décembre, on le sait maintenant. Critiquons plutôt les Chinois (ça ne mange pas de riz). La maladie ‘’non-transmissible entre humains’’, les masques ‘’inutiles pour le commun des mortels’’, la situation, bien sûr, ‘’sous contrôle’’, patati et patata ! L’électorat convoqué en pleine flambée épidémique; l’agence France-Santé incapable de trouver masques et respirateurs; les préfets confisquant les commandes faites par les collectivités voire les fournitures en transit vers d’autres Etats et, last but not least, les plus jeunes enfants appelés, le 11 mai, à ‘’tester le déconfinement’. Les Français l’ont interprété comme un substitut à la garde d’enfants visant à libérer les parents pour les remettre au travail. Ces habiles dirigeants sont-ils suffisamment compétents pour mener à bien le très délicat déconfinement du Pays ? Le Gouvernement a, en tout cas, une drôle de façon de se défausser de ses responsabilités sur le dos des maires (à eux de gérer le déconfinement), sur celui des employeurs (c’est pour rouvrir les entreprises que l’on déconfine par le bas), sur le râble des transporteurs (à eux d’assurer partout les mesures de protection), et sur la blouse des soignants (c’est eux qui pensaient priver de masques les citoyens lambda et la seconde vague éventuelle sera pour leur pomme). Cela donne l’impression d’une équipe dirigeante et d’une haute administration fiévreuses et un peu dépassées, qu’obsède principalement la perspective de procès en série et le désordre dans la rue, le jour d’après. Un tel spectacle mine tristement la confiance citoyenne plutôt que de renforcer une cohésion nationale, à vrai dire très peu française. Il est plus que probable que l’Exécutif français n’avait pas évalué les incidences économiques du confinement instauré dans la précipitation. Le Conseil scientifique désavoue les choix qu’il opère. Qu’importe ! Même les sages du Sénat en viennent à rejeter le plan sanitaire et votent leur immunité juridictionnelle en la matière. Pourtant, la France est le pays d’Europe qui affiche la plus forte contraction du PIB, sans avoir mieux résisté que d’autres au virus. Heureusement, tout un chacun se contente, faute de mieux, de devenir, pour une part de ses revenus, salarié de l’Etat. Plus forte la récession, plus vindicative l’humeur publique. Il est peut-être temps de s’installer en Allemagne avant que la rage ne flambe du ord au Midi. Signé l’Ours.

Mars 2020, paroxysme d’un siècle super !

Descendez donc la chronologie de mars 2020, ce mois de basculement d’un monde plutôt méchant et médiocre vers l’impensable universel. Vous pouvez aussi remonter le cours « colapsmatique »  des évènements et revivre vos instants de sidération, en commençant ces annales par le bas de page. Vous êtes dans l’Histoire à l’état pur !

Il paraît que 60 % des gens devraient y faire escale

* 31 mars – Et de deux ! Jusqu’alors, le Vieux continent ne comptait qu’une dictature absolue, sans faille, monolithique : le Belarus ou, plutôt, la Biélorussie, sous la férule impitoyable du grandissime Alexandre Loukachenko. On essayait de « n’y penser pas trop » (emprunt à Charles Trenet). Minsk essaime désormais à Budapest, où le quidam-premier ministre, Viktor Orban, débranche les institutions et se fait accorder les pleins pouvoirs, dans tous les domaines et jusqu’à plus soif. Il compte sur le Big brother polonais, Jaroslaw Kaczynski, pour faire veto aux remontrances de l’UE envers son autocratie. Mais Bruxelles, submergée comme Budapest par le Covid-19, a sûrement d’autres chats à fouetter (ceci-dit, je déteste qu’on s’en prenne aux chats). La peste brune se rapproche de nos frontières fermées. Elle n’en contamine pas moins les esprits.

* 30 mars –Damnés de la terre. Manifeste dès les « printemps » des peuples de 2011, l’exode des populations victimisées du Moyen-Orient n’a été perçu par nos autorités et nous-mêmes que quatre ans plus tard, quand la vague a atteint son pic. Depuis, nos dirigeants n’ont eu de cesse de disperser les « mal-venus » dans l’illégalité, la clandestinité, les mesquineries de toutes sortes pour empêcher tout « appel d’air », tout en vantant leur humanité. Ce sont des centaines de milliers de damnés qui se retrouvent privés de tout (car très peu ont été reconduits chez eux : c’est pratiquement impossible). Ils forment un immense réservoir à virus (une méga-bombe !), à désespoir, à maladies physiques et dépressives, à exploitation éhontée. Comme pour les SDF, les prisonniers, les personnes dépendantes, le langage de la commisération et de la bonne conscience crée l’illusion de s’inquiéter pour eux. Faut-il continuer à s’en tenir aux mots insincères ? Dans l’urgence, un double choix s’impose à l’égard des exilés : les garder parmi nous, protéger leur santé == inconditionnellement et sans restriction de droit (séjour, santé, travail, logement, droits sociaux, etc.) = = Cela signifie une régularisation massive exceptionnelle, la mobilisation des ressources nécessaires pour leur accorder une vie digne en Europe. Le Portugal vient d’acter cette option. « Europe, tu as le droit de fermer tes frontières avec les épicentres pour te protéger de la pandémie, mais pas celui se sacrifier ceux qui vivent déjà sur ton sol !  » (la rédaction du blog). Parlons-en aux ministres de l’Intérieur !

* 29 mars – Inertie. L’Europe des empires et de la mondialisation se serait-elle autocentrée au point d’être inconsciente des dangers du monde ? Il y a là matière à réflexion. A l’heure où l’OMS déclarait notre continent ‘’épicentre de la pandémie’’ et que les populations d’Asie se protégeaient avec discipline, notre continent a perdu la guerre contra-épidémique en ‘’fête des Schtroumfs’’, semaines de jeûne collectif, grands matches de football et apéritifs mondains en centre-ville. Personne n‘imaginait vraiment que la menace puisse atteindre notre système de protection sociale, si extensif, si sécurisé. La gestion chinoise de la crise a été vue avec sévérité et, après tout, ce genre de catastrophe moyenâgeuse n’est concevable que dans un pays du tiers-monde. On renâcle toujours, en Occident, à admettre que la Chine nous dépasse dans bien des domaines matériels et technologiques. Le déferlement du corona virus nous dit que nous ne comprenons plus le monde et que nous sommes à la traîne, juste par prétention individualiste, inconscience, rigidité. Et l’Amérique du Nord se montre presque pire que l’Europe à ce jeu-là. Nous avons de bonnes valeurs mais elles sont ruinées par notre incroyable inertie. Une urgence : réapprendre le collectif, se délester de nos confortables certitudes, compter plus sur nous-mêmes, moins sur le ‘’système’’ (qui d’ailleurs godille sérieusement). C’est presque une auto-publicité pour ce blog !

* 28 mars – Rétribution. Plus de 100.000 cas aux Etats-Unis (courbe verticale, tous records battus), flambée quasi-identique en Espagne et, plus récemment, au Royaume Uni, le désespoir en Italie après 19 jours de confinement sans résultat tangible, l’option euthanasique des vieux en Suède et aux Pays Bas : l’Occident est en capilotade, même si l’économie finira par rebondir, après un creux terrible. Mais l’Asie, qui aura infiniment mieux géré la guerre, sortira de ces bouleversements en maître planétaire. Le plus spectaculaire reste le déclassement accéléré, irréversible, des Etats-Unis, contraints même à solliciter la bienveillance et les articles sanitaires de leur rival chinois. D. Trump ravale son chapeau et ses maudits tweets deviennent pâteux, incohérents, insignifiants. Même l’électeur mâle blanc du Middle West va être saisi de doutes et hésiter à le reconduire à l’automne. Ou alors les Républicains sont amputés du cervelet ! Au Royaume Uni, une partie des officiels au sommet, à commencer par l’ineffable Boris, ont contracté le mal. On se retient de penser sournoisement qu’ils sont punis par où ils ont pêché. Non, le blog de l’Ours n’est pas si méchant.

* 27 mars – Apprendre, s’adapter. Il y a 10 ans, sous l’effet d’inondations géantes en Europe et de la crise du H1N1, la Commission européenne avait commandé à Michel Barnier un projet de protection civile continentale. Celui-ci avait élaboré un concept holistique, intégrant les catastrophes naturelles, la mobilisation des réserves humaines, la mise en stock de réserves stratégiques, etc. Il avait inclus le risque épidémique dans ses scenarii. Chapeau ! Qu’en est-il resté ? Rien (classement vertical), car cette sagesse faisait sortir l’UE de son modèle néolibéral tempéré. A-t-on depuis 2011-12 (crise de l’Euro) parfaitement mis en œuvre l’Europe bancaire et le fonctionnement de grande ampleur du Mécanisme de Stabilité financière (MSF) ? Bien des compromis avec l’hubris des banquiers ont été passés, discrètement. Comme pour les masques, les 27 espèrent trop de mécanismes qu’ils n’ont pas su bien préparer. D’ailleurs, avec un effondrement temporaire d’un tiers du PIB, le MSF ne suffira pas à la tâche. Comme en 2011, se pose la question de mutualiser la levée d’emprunts d’Etat pour sauver l’économie, le temps qu’elle rebondisse (les « corona bonds » réclamés par l’Italie). Plutôt mourir ! s’exclament les idéologues.

* 26 mars – Fire ! Aux Etats-Unis, les grandes métropoles démocrates flambent. Les campagnes républicaines, pas (encore ?). Du coup, le peuple trumpiste ne prend pas le virus trop  au sérieux ou imagine que c’est la punition de Dieu contre les Démocrates. Pour leur chef, Dieu c’est le business, la bourse et l’argent. Rien ne doit y faire obstacle et surtout pas le pouvoir des médecins ou la protection des vies non-productives. Ainsi, le Texas adhère à la « herd immunity »  : que tout le monde l’attrape vite, que les vieux et les faibles disparaissent vite et l’économie reprendra vite aussi ! Et le virus est sommé de s’éteindre à Pâques. Pieux espoir de résurrection des affaires ? En fait, on n’est pas loin du crime de génocide envers 80 millions de gens dépourvus.

* 25 mars -Epidémie d’infox. Le président Macron met en garde contre le « flot de fausses informations ». Jean-François Kahn exprime sa réprobation à l’égard des personnes confinées qui, confortablement depuis installées chez elles, stigmatisent les acteurs qui opèrent « au front ». Les crises épidémiques sont un riche terreau pour les fantasmes, les mirages, les accès d’agressivité et le mensonge. Au Moyen-Age, la « main de Dieu » dictait sa vengeance aux hommes. Aujourd’hui, c’est sur les réseaux sociaux que se répand la malfaisance. Personne n’y peut mais. A l’hôpital marseillais de la Timone, un professeur trafique une étude approximative pour faire parler de lui en grand dispensateur de la chloroquine… au mépris de l’approche scientifique qui s’imposerait. Les grands médias lui font une publicité outrancière. La réalité est dure à absorber et elle reste jalonnée de multiples incertitudes. E. Macron est resté très vague sur les mesures en préparation. On peut le comprendre : beaucoup ne veulent pas les connaître. La vérité, elle, n’est ni relative, ni négociable : elle est vitale pour notre humanité. Par temps d’hécatombe, se taire c’est brouiller les esprits, mentir c’est prendre le risque de tuer.

* 24 mars – Les dix plaies d’Egypte ou les douze travaux d’Hercule ? Résumons brièvement le cours de l’histoire du 21 ème siècle : Un attentat monstrueux sur la ville-phare du monde et sur le Pentagone, avec cinq ou six avions remplis de passagers explosant sur des tours, etc. Une croisade de grande ampleur mais absurde, en Afghanistan, finissant en queue de boudin dans une atmosphère de haine de l’Occident. Puis l’invasion d’un pays arabe et laïque par des armées privées confondant service de la démocratie, service du pétrole (station service), délitement de la société et de l’Etat iraquiens. Ensuite, effondrements économiques et financiers en série, avec la crise des subprimes, le krach de 2008, les attaques contre l’Euro à la suite de la débandade grecque. A ce moment-là, le Proche et Moyen-Orient explose, les printemps des libertés dégénérant en supplice des peuples et en flambée terroriste planétaire. Des vagues d’exilés démunis et désespérés fondent sur l’Occident pour être très mal accueillies et susciter agressivité, xénophobie et divers populismes du genre années 1930. L’Europe vacille, refoule, sous-traite aux dictatures les moins scrupuleuses. Dans le monde, les catastrophes liées au dérèglement climatique prennent une proportion inquiétante. Les sociétés se bloquent dans l’isolationnisme et les récriminations sans issue. Trump en profite pour provoquer les peuples qui disposent encore d’une conscience. Il démantèle les structures multilatérales du monde faites pour protéger, agresse et sanctionne amis comme ennemis, privilégie partout l’armement et la force sur la paix et la justice. C’est alors que le coronavirus pointe son nez … Super, le 21 ème siècle !

* 23 mars – Mon nombril, ton nombril. Au moins, on ne polémique plus sur la fermeture des frontières en Europe ! Les pays-fondateurs de l’UE les filtrent de façon rigoureuse, les autres se claquemurent. A quoi cela sert, quand le virus est partout et que le système Schengen s’est clos sur lui-même ? A rien, mais les populations ont besoin du « Dr-Père du peuple », qui les rassure en agissant pour eux, serait de façon désordonnée. Piteuse classe politique ! Il est triste que des pays voisins, comme le nôtre, n’aient rien pu faire pour la Lombardie ou pour Madrid. Mais la pénurie règne alentour. La Chine, la Russie et même Cuba sont venus prêter main forte à la vieille Europe. Comme l’Italie, la France a su, au début de l’année, manifester attention et compréhension envers Pékin. C’est un autre monde, sans doute une ligne-force de la nouvelle géopolitique en gestation.

* 22 mars – On sort des lois. Avec un milliard d’êtres humains confinés à travers le monde, les sorties de l’Etat de droit sont devenues la norme. En France, la Parlement adopte l' »état d’urgence sanitaire » qui permet au gouvernement d’agir par décrets et encadre aussi les libertés et acquis sociaux. Reviendra-t-on à « l’état d’avant », qui n’était déjà pas parfait ?

* 21 mars – Bêtise. Contrairement à beaucoup d’autres pays, la France s’est débrouillée pour perdre deux mois dans la mise à disposition des indispensables masques, chirurgicaux et FFP2 (plus protecteurs). La raison en est bien de chez nous : la dictature des comptables, avides de toujours plus d’économies et la préférence sur les médecins que leur accordent les gestionnaires politiques. Après l’alerte H1N1 de 2011 et l’affaire des « vaccins Bachelot » acquis en excès, l’EPRUS, chargée des fournitures médicales stratégiques, a vu son budget réduit de 90 % et ses stocks non-renouvelés à péremption. Un bon conseil de la Cour des Comptes. Puis les masques FFP2 ont été laissés à la seule initiative des employeurs. Enfin les quatre PME françaises productrices de ces articles ont reçu d’énormes commandes de Chine, du Royaume Uni et d’ailleurs, avant que l’autorité sanitaire ne pense à les réquisitionner pour son propre territoire. Rassurez-vous, ce manque grave de discernement sera mis sur le compte de la mondialisation.

* 20 mars – Méli-mélo. La flambée s’amplifie en France où les cas sérieux se compteront rapidement en dizaines de milliers. Les Français ne perçoivent aucune cohérence dans la double instruction : « confinez-vous et travaillez ». 110.000 Français, en rade à l’étranger, font la queue devant les consulats. L’hécatombe se poursuit en Italie (pire qu’en Chine). Les Etats-Unis réagissent en ordre dispersé : la Californie se claquemure, D. Trump ordonne la distribution de chloroquine et de 1000 Mds $ ! En même temps, il tente de faire main basse sur la mise au point d’un vaccin par une équipe du laboratoire Allemand Curevac en vue d’un usage exclusif aux USA. M. Barnier est contaminé, la négociation post-Brexit tousse. L’OMS, paniquée, implore les dirigeants africains de se réveiller face aux prémices d’une catastrophe sanitaire de grande ampleur. Mais, il ‘y a plus de nouveaux cas en Chine, où la production repart. Youpiii !

* 19 mars – Le banquier aime les faux-cils. Selon une analyse des financements des 35 principales banques d’investissement (JP Morgan Chase en tête, mais aussi Wells Fargo, Citi, Bank of America…) réalisée par une alliance d’ONG anglo-saxonnes, un tiers de leurs interventions est concentré dans la prospection et l’exploitation des énergies fossiles. La flambée a été déclenchée par l’accord de Paris… et pan pour le climat ! On peut parier que, au moment où l’urgence est sanitaire et l’attention de tous tournée vers le virus, certains en profitent pour défaire l’urgence climatique et tirer un chèque sur la planète… et ses habitants.

* 18 mars – De quoi gloser d’autre ? Au Royaume Uni, le Pr Neil Ferguson (Imperial College), spécialiste de la modélisation des épidémies, fait la prévision suivante : quelles que soient les stratégies, le virus aura des répercussions « profondes » et les mesures en cours ne préviendront pas un éventuel rebond de l’épidémie. L’option du « laisser-faire » se traduirait par 510 000 morts au Royaume Uni (pareil, en France), avec un pic de mortalité fin mai début juin. De quoi tourner bourrique ! Faudrait-il lancer une grande campagne de formation aux professions numériques et à la permaculture ? … remettre en chantier les politiques sociales, réintroduire l’humanisme dans nos lectures et nos pratiques ?… initier les gens à l’art et à l’artisanat ? Ce serait mieux que de s’armer jusqu’aux dents, comme aux Etats-Unis.

* 17 mars – C’est le bazar ! L’épidémie tourne, chacun son tour : l’Europe est le nouvel épicentre, l’Asie est en train d’en sortir; l’Afrique et le Moyen-orient y rentrent. L’Amérique en connaît les prémices. Dans tous les cas, la portée universelle du virus déclenche un rétrécissement du monde à l’échelon local. La géopolitique peut rendre compte de cette prédominance du « act local », elle hésite à en prédire les conséquences à moyen-long terme. « Think global » résonne en synonyme de l’OMS, seule institution a encore exercer un soupçon de gouvernance mondiale. Le G 7 se réunit… sous présidence Trump ! Il n’y a plus grand chose à coordonner, plus de confiance pour partager et interagir de façon positive. Même l’Europe, Schengen en berne, devient, pour le coup, une forteresse étanche. Le monde de demain, en convalescence, connaîtra d’énormes divergences sur les leçons à tirer de l’épreuve.

 * 16 mars – Sauve qui peut ! Un monde hystérique et barricadé ! En France, on se demande pourquoi on a été voter hier et s’il y aura un second tour aux municipales, tant le confinement chez soi semble proche et inévitable. Aux Etats-Unis, le virus est amical pour les Républicains mais létal pour les Démocrates. Les « rapatriés » d’Europe sont parqués en files serrées dans les aéroports US. Bonjour les dégâts ! En Corée, les sectes évangéliques continuent pieusement à contaminer leurs membres. Le Maghreb et le Moyen-Orient se coupent du monde. L’Afrique est gagnée par la peur. L’Europe est, pour un temps, « l’épicentre » et, en son sein, l’Italie, « l’œil du cyclone ». Comment vont donc survivre les SDF, les exilés, les pauvres ?

* 15 mars – Peau de l’ours trop vite vendue. Bibi Netanyahou aura tout fait pour s’accrocher au pouvoir malgré son inculpation par la justice israélienne. Le coronavirus lui permet même de repousser l’échéance de son jugement. Mais, voilà son score aux élections n’aboutit pas à sa désignation par le président. Benny Gantz recueille trois sièges de plus et sera appelé à former la coalition de gouvernement. Netanyahou est l’un des politiciens les plus impopulaires de la planète, même si sa base populaire reste  solide, comme celle de son comparse D. Trump.

* 14 mars – Sauve qui peut ! 124 pays atteints, 140.000 personnes contaminées, tous les continents touchés par la pandémie, le monde se cloisonne derrière des frontières fermées, éclaté en millions de micro-sociétés soupçonneuses et autocentrées. La sécurité humaine, dans un contexte d' »ultra-interdépendance », nécessiterait solidarité et coordination planétaire, mais les politiques sont accablés par leur propre incapacité à agir sur ce plan. Comme le dit B Badie, « la puissance subit quand la faiblesse gouverne ». Assiste-t-on à une résurgence du social en même temps qu’à la propagation des populismes chauvins ? L’un est central dans la remise en cause à venir de la folie néolibérale, les autres sont susceptibles de renforcer le règne absolu des marchés d’un blindage totalitaire éminemment protecteur pour le big business.

* 13 mars – Le coronavirus est un salopard d’étranger ! On s’en doutait bien, Trump (« les Européens l’introduisent par incompétence »), les services chinois (« c’est la CIA qui a créé ce virus »), les Tchèques, les Slovaques et autres amis polonais (pensant sans doute à un mauvais coup des Turcs) ferment leurs frontières. D’autres les filtrent  »à la gueule du client ». La mondialisation est sérieusement contaminée et la santé mentale en pâtit. Du coup, c’est partout la dégringolade des bourses (-12 % pour le CAC 40) et le spectre d’un krach, si l’économie s’arrête. Dr Macron ne cède pas à l’épidémie d’imbécillité. Quatre mesures : mettre la population vulnérable à l’abri, interrompre la transmission via les établissements scolaires tout en organisant une garde des enfants, lisser le pic épidémique  pour gérer l’afflux des malades en s’appuyant sur la médecine de ville; les indemniser. Un constat émerge : un monde ouvert ne devrait pas suivre la loi de la jungle mais celle des solidarités humaines.

* 12 mars – UE, go (stay) home ! Très fort. Coronavirus oblige, D. Trump interdit pour un mois tout voyage de l’Europe vers les Etats Unis, exception faite via le Royaume Uni ou l’Irlande ou retour d’Américains chez eux. Dans un premier temps, les échanges de biens étaient aussi frappés, mais la bourde a été corrigée. Seules les personnes, donc, sont toxiques. Pratiquement, les voyageurs vers le Nouveau Monde vont contourner l’interdit en passant par Londres, Dublin ou Montréal, au risque de contaminer un peu plus ces destinations. La Californie, face à l’Asie, est déjà contagieuse. L’approche isolationniste paraît totalement illusoire pour un pays-continent, première économie du monde.

* 11 mars – Eternité. Après l’adoption de sa réforme constitutionnelle par les députés, Vladimir Poutine revient à brûle-pourpoint sur son intention initiale. Il invite la Cour constitutionnelle à trancher s’il pourra se présenter à un 5 ème mandat présidentiel, en 2024. Sera-ce conforme à la loi fondamentale ? Les citoyens approuveront-ils sans restriction, lors du référendum du 22 avril ?La réponse est dans la question et dans l’affirmation que le pouvoir « vertical » de l’’’  Homme fort providentiel ‘’ (actuel) est encore indispensable à la Russie. Celui-ci ne fait aucun mystère de son désir de postuler un 5ème mandat, quitte à remettre à zéro le compteur plafonnant à deux les mandats présidentiels.

Par chance, il a la haute main sur l’ordre constitutionnel et sur la machine électorale. Qui plus est, il s’est assuré qu’aucun rival n‘émerge face à lui : l’électeur russe ne dispose pas de plan B. Le Maître-Espion devrait donc réapparaître, tel le phénix, en 2024 pour veiller sur l’ordre et la loi russes jusqu’en 2036. Sauf facéties de la loi biologique … Est-ce que cela choque quelqu’un ?

* 10 mars – Fièvre. La grippe ne grippe pas l’économie mondiale. Le Covid-19, si. La bourse et les marchés en général sont les plus formidables amplificateurs de panique. Ils ont vécu lundi l’un de leurs pires moments, avec l’effondrement des indices et des cours du pétrole (décision saoudienne de brader le brut : le Brent chute de 21 %), la perspective d’une baisse marquée des taux d’intérêt, le spectre autoréalisateur d’une nouvelle récession économique, un trou d’air dans les échanges, autant de facteurs qui, pour certains, présagent une réédition de la crise de 2008. Le contraste est frappant avec le souci pour la santé d’autrui, qui n’est pas aussi fort. L’épidémie devient pandémie, ce que les marchés financiers détestent. Mais comme le souligne l’OMS, ce pourrait être la première pandémie dont la coordination mondiale vienne à bout, tant la mobilisation s’avère plus sérieuse que pour l’Ebola (cantonné à l’Afrique centrale), le chikungunia ou la dengue.

– En France, la reprise économique est trop fragile pour survivre à l’épreuve. Dégrèvements fiscaux, report de charges sociales, recours au chômage partiel, indemnisation des personnes confinées, on s’emploie à calmer les entreprises et la population avec des adjuvants à effet limité. Priorité va à l’ordre public et à la tenue des élections. En fait, le pays ne dispose pas de marges budgétaires suffisantes pour relancer l’activité en grand. Les moyens de l’Europe seront plus que jamais nécessaires.

*9 mars – Para bellum! (si vis sestertii $€£). Sur la période 2013-2017, les ventes d’armes dans le monde ont augmenté de 10 % en volume par rapport au quinquennat 2008-2012. La France a  augmenté  ses ventes à 81 pays de 27 %,beau record qui lui a permis d’augmenter à 6,7  !% sa part de marché , selon le rapport de l’Institut international de recherche pour la paix de Stockholm (Sipri).  Elle a ainsi supplanté l’Allemagne pour devenir le troisième exportateur mondial. (n° 1 : USA avec 34 % de part de marché – n° 2 : Russie : 22 % – n ° 4 :  RFA – n° 5  : Chine, également cinquième importateur mondial. L’Inde est le premier importateur mondial et l’Egypte le premier client de Paris ( 37 % des commandes de ce pays, devant les USA et la Russie). Près de 9 % des armes françaises exportées le sont à destination de la Chine comme 40 % de la technologie made in France de double usage. On ne va pas succomber à la naïveté : un monde sans marché régulé de l’armement serait plus instable et plus sournois encore. Equiper des démocraties alliées ou amies, c’est contribuer à l’équilibre et préserver la paix. OK. Mais avez-vous envie, dans un tel contexte, de confier à la DGA  et à ses partenaires industriels la politique extérieure du Pays ?

* 8 mars – Journée de la Femme. Condamnée à mort pour ‘’blasphème’’, en 2010, la chrétienne pakistanaise Asia Bibi a été reçue par E. Macron, à l’occasion de la parution de son livre ‘Enfin libre !’ Elle lui a exprimé le souhait d’obtenir l’asile en France. Cette ouvrière agricole doit tout son malheur à avoir osé demander un verre d’eau à des femmes musulmanes particulièrement méprisantes à son égard. Sortie des couloirs de la mort huit ans plus tard, sous la pression de l’opinion occidentale, elle s’était réfugiée au Canada, mais sans bénéficier de la protection internationale. Le blasphème est un sujet incendiaire au Pakistan, où de simples médisances entraînent des lynchages judiciaires. Ses compatriotes continuent à exiger sa mort. Mais les autorités d’Islamabad sont embarrassées par l’image ténébreuse qui colle à leur pays. La France ne court pas grand risque, mais, pour une fois, elle satisfait à son devoir humanitaire. Elle pourrait aussi accorder l’asile au courageux sonneur d’alerte américain, Edgard Snowden.

* 7 mars -Tribune intéressante dans le Monde: « le coronavirus met au jour toute une série de phénomènes associés à la mondialisation ». Non qu’il soit produit par la « chaîne de valeur globale », mais son expansion dans 90 pays doit beaucoup à celle-ci. Le foyer initial, Wuhan, est un maillon majeur de l’industrie mondiale (plus de 20 Mds d’investissement des multinationales), qui entretient, de ce fait, un hub majeur de transports domestiques et à l’international (4 Mds de voyages par an). Les transmigrations l’ont introduit en Amérique du Nord. L' »explosion » du tourisme chinois, en Europe, que ce soit directement (Lombardie, Vénétie…) ou via la contamination des aéroports (Oise). Les voyageurs – notamment, les croisiéristes, les voyageurs aériens (4,5 Mds  /an) et les migrants – se retrouvent à la fois vulnérables et suspects. Une autre filière secondaire s’est fait jour dans le secteur évènementiel : pèlerinages internationaux (la ville sainte de Qom a infecté l’Iran; les célébrations d’une église évangélique, la Corée et l’Alsace); rassemblements sportifs, salons professionnels (plus de 10.000 /an), évènements culturels, etc. En « feuilletonnant », heure par heure, le décompte des morts et des malades, les media en surmultiplient l’impact émotionnel, ce qui propage le « sauve qui peut » et la psychose de l’effondrement, dans l’économie et dans la vie publique. En France, 1700 personnes décèdent chaque jour, de toutes les causes imaginables dont la grippe, infiniment peu, du coronavirus. Mais la panique peut tout désorganiser et s’avérer tueuse.

* 6 mars – Couleuvres. Combien de temps, l’arrangement russo-turc, négocié à Moscou, contiendra-t-il l’intervention turque dans la poche de résistance d’Idlib, au nord-ouest de la Syrie ?  Simple ébauche de cessez-le -feu en trois points, il n’est pas fait pour durer sur le terrain, mais pour sauver la face d’Erdogan quelque temps. Il instaure un corridor de 12 kilomètres de large le long de la route reliant Lattaquié à la Turquie, qui sera conjointement patrouillé par les deux pays. Le retour des populations déplacées et l’aide humanitaire devront être ’’ facilités, dans la mesure du possible’’. En fait, aucune procédure de mis à l’abri n’est d’actualité. En attendant, la progression des forces de Damas est actée et les rebelles comme leur parrain turc perdent du terrain. Le sort de l’autoroute M5 non- mentionné, pourrait sous-entendre qu’Ankara –  décidément en mauvaise posture – devra digérer sa déconfiture. Rien n’est dit, en particulier, du sort des postes militaires turcs encerclés par les troupes de Damas. Moscou tente de ménager un peu la face d’Erdogan et d’éviter toute confrontation directe, de crainte que la Turquie ne ferme le Bosphore à sa marine et n’empêche ses avions militaires de transiter par l’espace aérien turc. Malgré leur rivalité en Syrie (et en Libye), les deux pays souhaitent continuer à coopérer contre l’Occident dans de nombreux domaines, dont l’énergie. Les compatriotes d’Erdogan vont-ils digérer l’humiliation militaire ?

* 5 mars – CPI. La Cour pénale internationale décide l’ouverture d’une enquête pour crimes de guerre en Afghanistan, qui concerne des militaires américains. Mme Bensouda, à la tête du Ministère public, paraît vouloir précipiter les procédures pour crime de guerre au moment où les forces américaines évacuent à la hâte le pays, plongé dans la guerre civile.  L’enquête concernera tous les belligérants : talibans, armée afghane ou troupes de la coalition internationale. Parmi les alliés, la pratique tortionnaire au sein des prisons secrètes de la CIA concentre les griefs et promet de susciter de fortes tensions entre La Haye et Washington. Les États-Unis ont mené une offensive depuis 13 ans pour éviter d’e arriver là. Les juges vont être interdits de visa ou pire.  Le gouvernement afghan aussi s’affiche opposé à l’ouverture d’enquêtes, insistant que sa justice nationale peut suffire à la tâche. Les Talibans, pas vraiment au courant, n’en ont cure, sous-traitant la Justice à Allah, qui ne les contrarie jamais.

* 4 mars – Victoire dans l’opprobre. Déjà enkystés dans la culture et la psychologie de guerre, l’électeur israélien-type cautionne volontiers le délit de corruption de la part de ses dirigeants.  »Bibi » Netanyahou sort vainqueur du 3ème scrutin législatif dans son pays, en moins d’un an, même si le Likoud ne se maintient qu’à quelques sièges de la majorité. Il lui faudra débaucher un appoint dans les petits partis confessionnels radicaux. Sans jouer aux donneurs de leçon – la démocratie est aussi malmenée, chez nous – on peut s’interroger sur la compatibilité à terme d’une ancienne culture démocratique avec une préférence populaire marquée pour la guerre et la discrimination. Les Palestiniens, démunis de leurs terres et de leurs droits, persécutés au quotidien, achetés à vil prix par le plan de paix de Trump, doivent-ils, en plus, applaudir ?

* 3 mars – Grand Turc (tueur). Pour le président turc, le déferlement sur l’Europe de « millions » de migrants depuis son pays constitue un arsenal de chantage pour faire plier son grand voisin. Les rescapés du drame syrien, privés de protection, ne seraient bons qu’à servir de bélier pour déstabiliser directement la Grèce et la Bulgarie. Derrière ses déclarations contradictoires, R.T. Erdogan considère l’UE comme méprisable et manipulable. Recroquevillée dans ses peurs depuis la « crise migratoire » de 2015, celle-ci s’est précipitée dans la dépendance du dictateur d’Ankara, en lui confiant, en mars 2016, contre compensation financière, une mission d’endiguement de l’exode syrien. Ce pacte avec le diable, contraire au droit international et à l’humanité, entache le bilan d’Angela Merkel. Poursuivant ses humeurs conquérantes, Erdogan s’est débarrassé, dans la foulée, de la présence militaire occidentale dans le nord de la Syrie. Il entend annexer et repeupler ces territoires à sa façon (en chassant les Kurdes). S’en sont suivies trois offensives militaires, une crise de confiance au sein de l’OTAN, une confrontation directe avec les forces de Damas, la provocation de la plus terrible crise humanitaire du siècle à Idlib, face à l’aviation russe. L’essaimage de guerres atteint maintenant la Libye, où l’intervention turque contribue à précipiter l’échec de la médiation des Nations-Unies (démission ce jour du médiateur).

Dénoncer le fauteur de guerres, bloquer sa course folle, ne serait-ce pas la solution de bon sens ?

* 2 mars – Jihadisme français. Quelques dizaines de jihadistes français seraient engagées dans la bataille d’Idleb. Une vidéo montre trois de ces combattants servant une mitrailleuse, qui s’expriment entre eux en français.  Sous les ordres d’un recruteur français, les combattants initialement affiliés à Al Qaida, auraient constitué un camp politiquement autonome à la frontière turco-syrienne. Femmes et enfants seraient également avec eux.

– L’armée turque encerclée par les troupes syriennes dans la même zone, passe à l’offensive.

* 1er mars 2020 – Marée humaine. Erdogan le fait : « ouvrir les vannes de l’Europe » aux réfugiés entassés dans les camps de Turquie. Ils sont déjà nombreux à franchir la Mer Egée. La police grecque tente de les refouler. L’Agence Frontex se mobilise dans le même but (indigne). Pour satisfaire ses buts de guerre, le président turc fait chanter l’UE, qui en 2016 avait commis la folie de s’en remettre à lui. La pandémie ne va pas faciliter l’accueil de tous ces malheureux. Et que dire de ceux, aussi nombreux, qui sont déjà en Europe, mais qui sanctionnés par la police, chassés par les préfectures, privés de toute ressource pour survivre, vont affronter et transmettre le virus dans la clandestinité, sans pouvoir se faire soigner. Aux deux bouts de la chaîne migratoire, l’égoïsme est un tueur.

Remèdes prophylactiques