* 21 janvier – Feu d’artifice et marche au grand galop

Aucun temps mort. Joe Biden, tout juste investi, s’engage dans une course folle contre l’urgence. Pandémie, crise économique, injustices raciales et sociales, il s’attaque aux dégâts les plus criants et les plus rapidement réparables du gouvernement Trump, de même qu’à la crise économique et sanitaire. Une première rafale de 17 décrets accompagne son entrée à la Maison Blanche. Le 46 ème président se fixe comme cap de rétablir l’Amérique en elle-même et aussi la place de son pays dans le monde : ‘’permettre au pays d’avancer’’, dit-il sobrement.
C’est d’abord, reprendre le contrôle sur la pandémie laquelle vient de dépasser le total cumulé de 400 000 morts et le seuil d’un million de nouveaux cas constatés par semaine. Le masque va devenir une obligation fédérale et un sujet de coopération entre les états. Des centres de tests et de vaccination vont s’ouvrir à travers le Pays.
Ensuite, maintenir l’économie la tête hors de l’eau : dix millions d’emplois ont été perdus. Avec la coopération du congrès, Biden lance un plan de 1 900 milliards de dollars pour sortir les Etats-Unis de leur plus grave récession depuis 1929. Comme en Europe, un plan d’investissements suivra pour relancer la croissance. En attendant, des soutiens d’urgence seront distribués aux catégories sociales les plus affectées : chèques aux familles, fonds pour rouvrir les écoles, liquidités pour les petites entreprises, aide alimentaire renforcée, etc.
Sur les projets de sa diplomatie, il offre un gage immédiat dont il sait la forte valeur symbolique : la réintégration des Etats Unis dans l’accord de Paris sur le climat. Le projet alaskan d’oléoduc Keystone et les forages dans le grand Nord seront eux, bloqués, au moins pour un temps. Un tournant décisif est pris. Sur le plan du droit des étrangers aussi, un des décrets lève l’interdiction d’entrée sur le territoire ciblant les nationaux de cinq Etats à majorité musulmane et les mineurs étrangers isolés obtiendront à nouveau les ressources pour vivre et travailler sur place.


Comment rompre de façon nette avec l’héritage de Donald Trump tout en ménageant le camp adverse (qu’il ne considère pas comme tel), ulcéré et porté aux pires excès ? L’équation tient du tour d’équilibrisme, mais qui douterait que ce président ‘’bon papa’’, sensible et empathique, possède à un haut point les qualités humaines requises ? Le chemin promet cependant d’être long et semé d’embuches. Par contraste avec l’administration népotique de D.Trump, de conception dogmatique plutôt qu’experte et figée dans la figure du riche mâle blanc dominateur, Joe Biden a forgé son cabinet à l’image de l’Amérique d’aujourd’hui, en posant deux principes cardinaux : compétence et diversité humaine. Sans tomber dans l’angélisme, cette bonne entrée en matière lui apporte un capital de réussite appréciable, sinon forcément suffisant. Tous nos vœux !

* 18 janvier – Gueule du Loup

« J’ai pleinement le droit de rentrer chez moi ! ». Mais, ‘’chez lui’’, les autorités ont tenté au moins deux fois de l’assassiner, allant jusqu’à l’asperger d’un violent poison neurologique sorti de leur arsenal militaire. A peine rétabli de cette monstrueuse attaque, l’opposant russe Alexeï Navalny quitte son le sanctuaire berlinois où a été soigné son empoisonnement au Novitchok, pour se jeter délibérément dans la gueule du loup. Insondable sens du martyr, qui reste un mystère pour les Occidentaux ou volonté de passer dans l’Histoire en émouvant l’âme russe tourmentée ? Résultat (annoncé par avance) : il est interpellé à l’aéroport Cheremetievo de Moscou, dès l’arrivée de son vol. De même, soixante-cinq de ses alliés, dont sa directrice de campagne, à Moscou et à Saint-Pétersbourg. Ceci confirme bien l’objectif de V. Poutine, qui est d’éradiquer son opposition politique. Dès l’annonce de son retour au pays, le dissident, champion de l’anti-corruption, s’était attiré les mises en garde des autorités. Il serait aussitôt arrêté, prétendument pour avoir violé les conditions d’une peine de prison avec sursis prononcée en 2014 (face à l’entreprise Yves Rocher).

En Russie, il est de bon ton d’aller pointer poliment au commissariat chargé de vous liquider physiquement. En tout cas, on est fortement sanctionné de ne pas pouvoir le faire. Et, ce, en particulier, quand la police insiste pour vous expédier ad patres. Toute une logique … Moscou refuse – cela fait sens – d’ouvrir une enquête sur sa tentative d’assassinat d’Etat, arguant d’un refus de l’Allemagne de lui communiquer les données en sa possession. Mais, depuis que Berlin lui a transmis des éléments d’enquête judiciaire – notamment des échantillons de sang et de tissus – Moscou est singulièrement aphone.


Selon un communiqué des services pénitentiaires, Alexeï Navalny « restera en détention jusqu’à la décision du tribunal » sur son cas. On imagine déjà le style du tribunal. Même si 20 % seulement des Russes – essentiellement des jeunes citadins – connaissent et approuvent les actions de Navalny, son succès auprès des générations montantes, capables de ‘’repolitiser’’ l’électorat russe apathique, est perçu comme un défi intérieur insupportable, par la dictature vieillissante de Poutine. La France, les États-Unis ainsi que l’Union européenne appellent Moscou à une « libération immédiate ». Sans illusion aucune. Les dossiers de contentieux sont si nombreux avec la Russie et la crainte d’une confrontation de grande ampleur avec elle, si omniprésente que nos dirigeants vont surtout devoir trouver des mots nobles pour magnifier ce sacrifice un peu fou. Soutenons plutôt, et discrètement, la société civile biélorusse, en attendant que sa voisine russe se réveille, d’elle-même.

*16 janvier – Armin d’outre-Rhin

Alors que la chancelière Angela Merkel, à la tête du gouvernement fédéral allemand depuis 2005, terminera son dernier mandat en septembre, son parti, l’Union chrétienne-démocrate (CDU), vient de porter à sa tête Armin Laschet, 59 ans, par une majorité de 521 voix sur ses 1 001 délégués. Ce modéré, fidèle parmi les fidèles de la chancelière, ancien journaliste et ministre-président du land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, incarne la continuité. Centriste, européen mais aussi atlantiste, il est rassurant pour les partenaires de l’Allemagne, sans qu’on ait encore éprouvé ses talents d’homme d’Etat.

Trois hommes s’affrontaient : outre Armin Laschet, le très conservateur Friedrich Merz et l’expert en politique étrangère Norbert Röttgen. L’élection, faisait suite à la démission d’ Annegret Kramp-Karrenbauer, longtemps « dauphine » d’Angela Merkel mais écartée faute de s’être imposée. L’échéance avait été repoussée à plusieurs reprises en raison de l’épidémie et le scrutin s’annonçait très ouvert et difficile à pronostiquer. Laschet va donc mener la coalition CDU-CSU aux élections législatives du 26 septembre. S’il gagne, il pourrait devenir le futur chancelier. Néanmoins, un tel enchaînement n’est pas encore assuré. C’est en effet le président de la CSU, Markus Söder, qui serait le favori des urnes pour succéder à Merkel. Peu charismatique, Armin Laschet jouit d’une cote basse de 28 %, selon un sondage ZDF publié hier. Avec 54 %, Markus Söder, le principal opposant à la ligne Merkel et ancien ministre de l’Environnement et des Finances se tient en embuscade, pour le cas où le nouveau patron de la CDU, ne démontrait pas suffisamment l’étoffe d’un gagnant face au candidat SPD.
Le jeu politique allemand est finalement assez simple. Il ne risque guère de voir s’effondrer les partis traditionnels, même si les Verts devraient s’étoffer pour devenir, plus qu’un parti d’appoint, la troisième composante stable des coalitions de gouvernement. C’est plutôt au niveau des personnalités et des tempéraments qu’une marge d’incertitude subsiste. L’élément personnel reste également cardinal dans toute stratégie de tandem avec Paris. Par contraste, la France paraît jouer son avenir de façon moins conventionnelle, imprévisible, peut-être plus imaginative. Quoique la roulette russe ait déjà été inventée…

* 13 janvier – « Bla bla bla…, biodiversité

Le commentaire lapidaire de Greta Thunberg quant au ‘’One Planet Summit » de Paris sur la biodiversité, résume bien la version ‘’verre vide’’ de cet évènement. Emmanuel Macron, qui en a eu l’initiative, s’est, lui, épanché sur la version ‘’verre qu’on remplit peu à peu’’. En fait, l’idée d’une nécessaire bonne volonté collective pour préserver les innombrables espèces en danger a été déclinée de gauche à droite et de haut en bas. Qui, d’ailleurs, s’opposerait à une relance tous azimuts de la diplomatie verte, dont l’hôte du sommet s’est voulu l’incarnation ? Qui nierait, par ailleurs, que les dangers du non-respect du vivant et des dérèglements environnementaux contribuent à déclencher ou à aggraver des pandémies ? Il est, en effet, paradoxal que la crise du Covid ait éclipsé les alertes parentes et connexes touchant au monde du vivant. La conférence a traité quatre thèmes : protection des écosystèmes terrestres et marins ; promotion de l’agroécologie ; mobilisation des financements ; lien entre déforestation, préservation des espèces et santé humaine. Bien !


Il reste que les participants n’ont pas détaillé leurs belles promesses ni mis d’argent sur la table pour la cause de la survie de l’’’Humanité animale et végétale’’. Ils se sont penchés, pour la beauté du geste, sur le projet de « grande muraille verte » anti- désertification dans onze pays bordant le Sahara. Même en l’absence de la FNSEA, la France a simplement tu la réintroduction des néonicotinoïdes et du glyphosate dans l’agriculture nationale et européenne. Trop ‘’clivant’,’ sans doute. La ‘’réconciliation des défis’’ chantée par l’organisateur et applaudie par le secrétaire général des Nations Unies, aurait elle quelque chose à voir avec une certaine réconciliation, rêvée à l’horizon de 2022, autour de celui que les électeurs percevraient alors comme ‘’l’Homme des grands défis globaux à venir ?’’ Non non, non (bla bla bla), il ne s’agit que de sauver l’Humanité, vous-dis-je !

* 12 janvier – Partenaires contre les illuminés du monde

Dopés par la fin pitoyable du mandat de D. Trump, les régimes voyous ciblés par Washington peaufinent leur vengeance. Téhéran fait monter en régime ses centrifugeuses pour porter à 20% le taux d’enrichissement de son combustible nucléaire, une cote mal taillée, supérieure à une utilisation civile mais aussi bien en deçà d’un usage militaire efficace. L’aile dure du régime des Mollahs adopte une posture triomphale, plus belliciste que jamais. Il est vrai qu’avant de quitter la Maison Blanche, le président calamiteux doit éprouver in peto quelque tentation de ‘’frapper un dernier coup’’ contre les Pasdarans. Inscrire les Houtis du Yémen sur la liste du terrorisme international (et Cuba, tant qu’à faire) constitue déjà un message d’au revoir mais cela reste loin du but.

A Pyongyang, devant le 8e congrès du Parti des Travailleurs, Kim Jong-Un annonce le prochain lancement d’un sous-marin nucléaire à même de ‘’subvertir’’ les Etats-Unis (comprendre : frapper de ses missiles nucléaires une ou plusieurs mégapoles américaines). L’Oncle Sam est ‘’le plus grand obstacle à notre révolution et notre plus grand ennemi’’. Pour se rendre suffisamment menaçante, la Corée du Nord va s’appliquer à développer davantage sa technologie nucléaire et, notamment, à produire des ogives nucléaires légères et miniaturisées transportables en ‘’bouquet’’, par ses lanceurs à longue portée Nodong. Le point d’impact potentiel dépasserait la cible actuelle de Hawaï, étirant la portée des frappes jusqu’à Los Angeles, voire plus loin. Tel est le point d’aboutissement des relations  »affectueuses » établies lors du sommet de Singapour Trump-Kim en 2017. Entre insultes et poignées de mains, aucun progrès substantiel n’a été enregistré. La mollesse des positions de Washington n’a nullement empêché cette dérive tumultueuse de Pyongyang, qui se considère gagnante au jeu des initiatives provocatrices et tumultueuses entretenant la tension. Joe Biden est bien instruit de cet échec et il ne choisira pas le ton de l’apaisement face au voyou nucléaire. Le nouveau président est déjà qualifié par la Maison Kim de ‘’chien enragé’’, qu’il faudra ‘’battre à mort’’.

Tout ce qu’il y a de dictatorial ou de malfaisant sur la planète va s’empresser de tester les nerfs de l’administratio démocrate entrante. Heureusement, J. Biden s’entoure, pour la politique extérieure, d’une équipe de professionnels accomplis, de bon sens et particulièrement bien disposée à coopérer avec les Européens. L’Amérique se sait moins forte, moins respectée du monde et les nouveaux venus devraient moins insister à imposer leur leadership de principe. C’est un bon point de départ pour établir un partenariat des démocraties, respectueux des projets des uns et des autres. ‘’UE, précise nous vite quel est donc ton projet !’’

* 11 janvier – Trump : censure ou procès ?

Les démocrates s’apprêtent à voter une résolution demandant au vice-président de démettre Donald Trump de ses fonctions pour incapacité. Il est moins que probable que Mike Pence coopère de plein gré à cette seconde tentative de destitution de son patron, laquelle, tout comme la première il y a un an, est peu susceptible de recueillir l’accord de 60 % des sénateurs américains. Après quatre années de présidence barbare, s’achevant dans la pure délinquance, plusieurs questions de principe se posent pour remettre les institutions des Etats Unis sur de bons rails et assurer un consensus minimum sur les règles du jeu démocratiques.

Le cadre de la légalité américaine diffère sensiblement des systèmes de pouvoir français et européens. Pourtant, en termes de principes de justice et de jeu politique, ce qui a profondément troublé les Américains pourrait nous affecter tout aussi bien, si la vague populiste devait déferler de notre côté de l’Atlantique, avec la même force destructrice. La prise d’assaut du Capitole n’est d’ailleurs pas si différente de ce à quoi les Français ont assisté, il y a un an, à l’Arc de triomphe de l’Etoile, devant le ministère du Porte-parole ou encore autour de préfectures assiégées (dont une incendiée).
Sanctionner politiquement ou déférer devant la Justice ? Les démocrates de la Chambre des représentants penchent pour une destitution expresse, avec ou sans l’entremise du vice-président. Ils en ont le droit, mais en user est pour le moins paradoxal à neuf jours de la fin du mandat Trump. On est là dans le symbole : une fin politiquement ignominieuse constitue, plus qu’une petite vengeance (compréhensible), un moyen radical d’écarter le milliardaire toxique de la vie politique, à l’avenir. Un point marqué sur l’échiquier politique mais aussi une sanction partisane, qui confortera les 75 millions de partisans de Trump dans un soutien insensé à leur ‘’héros-martyre’’. En tel cas, le mandat de Joe Biden commencerait dans une confrontation sans fin et le soupçon persisterait dans le public, peu indulgent envers Washington, pas trop ému de l’assaut sur le Capitole et, par tempérament, enclin à voir un règlement de compte partisan dans une sanction des élus contre le premier d’entre eux.

Avec sagesse, Joe Biden préfère prendre une certaine distance. Il a confortablement gagné l’élection contre le président sortant et il perçoit désormais son intérêt à  »calmer le jeu’’ pour plus vite réparer quatre années de dégâts. Faudrait-il alors passer l’éponge et renvoyer gentiment le Misanthrope à son golf de Largo del Mar ? Sûrement pas. Parmi ses victimes figure la Justice américaine. Celle-ci est à même de faire la part des actes relevant de ses prérogatives et impliquant son immunité fonctionnelle et, d’autre part, sur plainte des victimes, de ses biais personnels délictuels, ceux l’ayant porté à des transgressions sexuelles, fiscales, à la mise en danger intentionnelles de personnes par discrimination, négligence ou racisme, etc. On dit qu’une douzaine de chefs d’inculpation seraient déjà prêts. Les procès subséquents ne déstabiliseraient pas l’Exécutif qui va se mettre en place et comporteraient des vertus pédagogiques pour les citoyens, souvent moins crispés par l’autorité de Justice que par celle du Congrès. Il faut espérer pour ce peuple divisé que la réparation s’effectuera selon cette voie. Avec toutefois deux questionnements pour l’avenir : cette justice très professionnelle voit sa qualité excessivement dictée par la fortune que les justiciables lui consacrent. Ceci devrait évoluer. La Constitution de Philadelphie et ses amendements accumulent les archaïsmes et les distorsions de représentativité. Que leurs populations se comptent en 100.000 ou en dizaines de millions, chaque état détient de la même façon deux sièges au Sénat. L’élection par blocs régionaux des grands électeurs ne comprend aucun correctif à même d’assurer une concordance avec les intentions de vote individuelles des électeurs. C’est la ‘’question fédérale’’ et elle sape la légitimité des institutions. Ce refus fondateur de considérer le jeu politique comme national et homogène conduit à lui préférer un dédale de procédures locales disparates, dans l’idée que le localisme mettrait le pays à l’abri de la tyrannie. Trump est pourtant la preuve vivante que ce n‘est pas le cas.

* 9 décembre – Chacun pour soi, les riches d’abord !

Le nationalisme vaccinal tant redouté est à l’œuvre et la solidarité face au virus disparait de l’ordre du jour global. ‘’Je veux que les fabricants de vaccins priorisent leurs livraisons et le fassent à travers le programme Covax’’, insiste le docteur Ghebreyesus, de l’Organisation mondiale de la santé. Celle-ci relève que parmi les 42 pays qui ont lancé des campagnes de vaccination massives, seuls six sont de revenu moyen. L’OMS a pourtant garanti au monde émergent deux milliards de doses de vaccins au titre de son programme Covax. Mais ce programme est sapé par les initiatives des pays riches visant à s’approvisionner directement auprès de fabricants, sur lesquels ils disposent de leviers de contrôle. Les pays-membres de l’UE s’étaient pourtant engagés à ne pas faire transaction derrière le dos de la Commission. Aucun engagement ne tient alors qu’ils se retrouvent sur la sellette face à des opinions publics en proie à la panique. De ce fait, mécaniquement, les prix évoluent à la hausse et l’accès se complique pour les Etats moins puissants. Ils seront réorientés au mieux vers les vaccins russe ou chinois. Des surplus de doses sont commandés ou stockés par certains pays riches, ce, jusqu’à la Commission européenne qui entend s’assurer d’une quote-part supplémentaire de 300 millions de doses à prélever sur le plan de production à venir. L’OMS a beau appeler à l’équité et au partage, à son message ne répond qu’un écho vide…

Les experts peinent à évaluer la capacité réelle de production de l’industrie pharmaceutique mondiale. L’heure est à la conquête de parts de marché sur un secteur de consommation qui s’annonce durablement lucratif. De trop nombreux acteurs différents, dont une myriade de sous-traitants soumis à un partage complexe du travail s’y imbriquent. De plus, la concurrence acharnée pour l’accès aux substances actives et aux adjuvants crée de multiples goulots d’étranglement. Ne devrait-on pas partager les formules vaccinales et les rendre génériques afin d’activer les chaines des laboratoires qui n’ont pas sorti leur propre vaccin mais gardent des ressources et une capacité de production inutilisées ? Epineuse question financière, il est vrai. La recherche d’une formule orale du vaccin, particulièrement adaptée aux pays émergents, est, elle, quasiment abandonnée. Plus grave, les perspectives prometteuses concernant l’élaboration d’un traitement curatif du Covid (travaux de l’Institut Pasteur, notamment) se sont perdues dans l’obsession générale pour le préventif. En fait, les médias semblent ne pas pouvoir maintenir l’attention durable nécessaire sur plus d’un sujet. Enfin, on ignore encore si les vaccins sont interchangeables. Pourtant, déjà, certains pays en font le pari. Certains sérums seront efficaces pour traiter les formes les plus sévères, d’autres pour endiguer la contamination, d’autres encore seront adaptés à une catégorie particulière de patients. Mais, alors que l’apparition de souches variantes crée une panique (médiatique), les précautions tendent à perdre toute pertinence. Dans quelques années ou avant, l’on risque de réaliser que la pandémie est restée récurrente au Nord car elle n’a pas été correctement traitée au Sud. La cause : un égoïsme souverain à courte-vue et un déficit d’autorité de l’OMS. Ils confèrent au marché un pouvoir de régulation faussé, inéquitable, inégal.

* 6 janvier – Georgia on my mind

La Géorgie, état conservateur s’il en est, produit une ‘’resucée’’ des élections américaines du 3 novembre. L’enjeu, cette fois, est la majorité au sein du Sénat de Washington. L’objectif, qui se joue à un siège près, est vital pour mettre en mesure la future administration Biden de simplement gouverner, alors que le pays sort de l’ère Trump fragilisé dans ses institutions et totalement déboussolé. Et c’est bien parti, à en juger par les résultats de ce matin, quasi-complets. Candidat démocrate issu de l’ancienne paroisse de Martin-Luther King, le pasteur baptiste Raphael Warnock, remporte l’un des deux sièges en jeu, une grande première dans ce fief sudiste dont il sera le premier sénateur afro-américain. L’autre siège, que se disputent le démocrate Jon Ossof et le républicain David Perdue, paraît devoir revenir au premier. On doit s’attendre à un barrage de contestation des résultats mais, au-delà, ce serait pour Joe Biden une seconde victoire et peut-être la perspective d’un effilochage du Parti républicain, tel que Trump l’a soumis à sa personne. Le recours du président sortant à des procédés électoraux de plus en plus transgressifs et autoritaires ne l’a visiblement pas servi. Une partie du public trumpiste, démobilisée, n’a pas répondu à l’appel des urnes.

Le Congrès sortant doit maintenant valider les résultats des élections du 3 novembre. En sa qualité de président du sénat sortant, le terne Mike Pence se voit publiquement intimer l’ordre d’y faire obstacle par tous les moyens. Le vice-président de D. Trump sait bien qu’il va perdre tout crédit personnel dans cette manœuvre vengeresse de sabotage. Mais son président veut, jusqu’au bout, exhumer toute sa toxicité, au point qu’on s’interroge sur son départ effectif de la Maison Blanche, le 20 janvier. Faudra-t-il que la police déloge le squatter manu militari ? Il faut bien avouer que dans la longue litanie des élections gâchées en Afrique, on ne trouve rien d’aussi indécent que Trump. La grande différence réside dans la foi d’une majorité de citoyens Américains dans leurs institutions démocratiques et dans leur résilience à l’épreuve du populisme. Une belle leçon, utile au monde.

* 5 janvier – Election, piège à stabilisation

En Centrafrique, comme on pouvait l’anticiper, les élections présidentielle et législatives s’avèrent un vrai naufrage, en dépit d’une participation présumée de 76 % (en fait, de 37 % de l’électorat inscrit). Neuf candidats à la présidentielle saisissent l’autorité en charge des élections (ANE) contre une série d’irrégularités graves ayant entaché le premier tour du scrutin du 27 décembre. La principale fraude tient au recours massif à un mode dérogatoire de scrutin, limité par le code électoral à quelques cas précis (fonctionnaires en mission). La production à très grande échelle de certificats signés par l’ancienne présidente de l’ANE a conduit au de détournement de la loi. Globalement, la moitié de l’électorat a été privé de tout vote direct. De plus, en raison du contexte d’insécurité, à peine une moitié des centres de vote avait pu ouvrir, alors que des groupes armés menaçaient la capitale, Bangui.
L’Autorité Nationale des Elections affirme néanmoins la validité, de l’élection et la victoire, dès le premier tour, du président sortant, Faustin Archange Touadéra, avec 54 % des suffrages. La proclamation des résultats interviendra sous deux semaines. Les opposants dénoncent, quant à eux, une mascarade et demandent à examiner les registres de dérogation tenus dans chaque bureau de vote. Dans ce contexte d’anarchie armée et de violence, on peut en effet s’interroger sur le sens de ces scrutins.

A travers le pays, les combats reprennent un peu partout. Depuis le 19 décembre, une coalition de groupes rebelles, qui occupe les deux tiers du territoire, mène une offensive initialement destinée à perturber l’organisation des élections présidentielle et des législatives mais qui vise désormais plus loin. Les autorités soupçonnent l’ancien président Bozizé d’en être l’instigateur. Dans tous les cas, celui-ci a fait voler en éclats l’accord de stabilisation politique signé par les acteurs politiques en février 2019.Une douzaine de seigneurs de la guerre s’en prend en particulier aux implantations de l’armée centrafricaine. Ils ont notamment saisi la ville de Baboua à la frontière du Cameroun et celle de Bangassou, dans le sud-est. Ces prédateurs tentent désormais d’investir les villes de Grimari, Damara (fief du président sortant) et de Getwa. Beaucoup d’habitants ont du se réfugier en RDC. La MINUSCA parait totalement dépassée par la situation sécuritaire et les Nations Unies, qui ont tenu mordicus à la tenue de ces scrutins, se trouvent prises à leur propre piège.
Depuis 2013, la Centrafrique est ravagée par une guerre civile, après qu’une coalition de groupes armés à dominante musulmane, la Seleka, a renversé le régime du président François Bozizé. La France avait envoyé un contingent militaire dans le cadre de l’opération Sangaris. Celle-ci s’est avéré inadaptée à la reconstruction de l’Etat, prérequis absolu au retour d’un minimum d’ordre. L’effectif militaire été rapatrié discrètement en octobre 2016. Lors des élections, Paris s’est symboliquement contenté de faire survoler Bangui par quelques avions militaires. Comme d’autres pays voisins, le gouvernement de la Centrafrique continue d’échapper à toute légitimité démocratique et à l’état de droit. On n’ose à peine imaginer le boulevard ainsi ouvert aux entreprises séparatistes ou même terroristes. Ce n’est pas un ‘’ventre mou’’ au cœur de l’Afrique, mais un sinistre abcès, porteur de contagion, un vrai virus de la guerre.

* 4 janvier – Parler à ses ennemis

Cinquante-cinq vies prélevées par la guerre du Sahel sur le contingent français de Barkhane, dont cinq au cours de la semaine passée. Les Français et leurs media ressentent de l’émotion mais ne cherchent pas encore à traduire celle-ci en prise de position politique. Bien sûr, les temps difficiles que ou vivons ne portent pas particulièrement à s’investir dans les opérations extérieures. Mais, huit ans de combats acharnés, sans rapport de forces clair, sans stratégie d’ensemble notamment sociale et politique, sans aucun résultat d’étape : il y aurait de quoi s’affoler ! L’engagement de nos militaires est une prérogative strictement présidentielle, ce qui est largement compris dans la culture française comme un domaine réservé blindé par le secret. Dans le même ordre d’idées, les ventes d’armes à des dictatures exotiques sont en principe tabou mais voilà qu’à la suite de campagnes d’opinion menées par des ONG, l’Assemblée nationale cherche à s’en saisir pour information – et implicitement aussi, pour enquête. Il est à parier que le même timide réveil va s’opérer concernant ‘’l’Afghanistan de la France’’, déjà dans l’impasse, à terme dans la déroute. Depuis quelques jours, des éditoriaux posent la question de cette opération militaire quasi en solo (en fait, dépendante du soutien américain en termes de renseignement), objet d’un évitement de la part de nos alliés européens (merci, quand même aux quelques Estoniens des forces spéciales !) et surtout totalement stérile en termes de ressaisissement des populations et de ralliement à leurs autorités nationales.


La longue histoire de la FrançAfrique montre malheureusement le peu d’efficacité des politiques d’aide au développement à construire des nations structurées autour d’une conscience citoyenne partagée. La souveraineté obsessionnelle prônée par des dirigeants indifférents au prérequis de la cohésion sociale conduit à l’implosion des structures étatiques dès que les armes s’en mêlent. L’histoire commune est parsemée d’épisodes dictant à Paris un soutien complaisant et inconditionnel à des régimes sans assise populaire, voire méprisant ouvertement leurs populations, cela, au nom de l’impératif illusoire de la stabilité. Cette-stabilité est déjà perdue au Mali, au Niger, au Burkina Faso et le cercle s’élargit indépendamment des hauts faits militaires sur le terrain. Prises en étau, les sociétés penchent de plus en plus du côté des agitateurs extérieurs affiliés d’Al Qaïda et de Daech, qui savent attiser la révolte. Ainsi, on les distancie de l’ancien maître colonial français, perçu – non sans raison – comme un ennemi de l’Islam (cf. l’actualité interne et les médias nationaux).

Que faire, face aux cousins des Talibans, pour ne pas s’enliser dans un scénario à l’afghane ? Les dirigeants africains, Mali en tête, envisagent de prendre langue avec l’ennemi, ce qui, d’un point de vue politique sinon moral, ne manque pas d’une certaine pertinence, du moins à long terme. Paris feint d’être révulsé. Certes, le scénario afghan n‘est pas un remède. Peu de temps passera avant que les Talibans ne chassent le régime ‘’pro-occidental’’ de Kaboul, qu’ils s’emparent à nouveau du pays et martyrisent encore leurs concitoyens. Ceux du Sahel, que nous taxons de ‘’terroristes’’ – un raccourci de propagande situant le niveau de violence mais pas les atouts et les motivations – devraient être sérieusement répertoriés et sondés. Les services doivent avoir une petite idée sur le sujet, mais les Français ignorent quels éléments armés seraient ‘’récupérables’’ et quelle recomposition politique ceci entrainerait. Le mieux serait que les régimes africains, conscients de ce que leurs armées ne sont pas d’une grande utilité et que les militaires français ne produiront pas de miracle, s’attèlent sérieusement à la recherche d’un dialogue politique et social avec ceux d’en face, triés sur le volet. Même là, les ressentiments, les discriminations l’absence de culture citoyenne et les mauvaises habitudes perdureront comme autant d’écueils. On sera seulement passé d’un modèle afghan à un risque de pourrissement, à la colombienne. Mais l’Europe pourrait alors contribuer à consolider les sociétés africaines, par son soft power, plus puissant que le poids de ses armes.

* 30 décembre – Cap sur 2021 !

L’Ours n’est pas connu pour sa clairvoyance prospective, même lorsqu’il chausse ses lunettes et savoure à petites gorgées son thé bio. La rédaction du blog est bien consciente que ce serait abuser de la confiance de ses chers lecteurs que de prétendre annoncer 2021 dans les détails. On va se contenter de choses basiques.
Tout d’abord, les paradoxes ont la vie dure. Les peuples souffrent, les dictateurs se décomposent. L’année qui s’en va s’était ouverte sur un grand mouvement d’émancipation des peuples privés de la démocratie. Du Soudan à l’Algérie, de l’Irak à la Thaïlande, ils nous rappellent que ces valeurs européennes de liberté, de représentativité et de justice que nous avons plus ou moins chassées de nos esprits (au profit de la protection et du tout-sécuritaire) restent un phare pour l’humanité. La magnifique résistance de l’Amérique démocrate à la toxicité du mandat de Donald Trump a conduit à une première victoire sur le mal populiste. Joe Biden, dont on attend des myriades de miracles, projette une première lueur d’espoir sur l’an qui vient. En Europe, le soulèvement pacifique du peuple biélorusse contre la tyrannie devrait nous remobiliser solidairement. L’obstacle géopolitique qu’y oppose le Kremlin est pour une bonne part contournable, l’Ukraine et la Géorgie l’ont démontré. De plus, l’humeur n’est plus aux élargissements aventureux de l’OTAN ou de l’UE. La volonté politique, la confiance dans les valeurs démocratiques ont singulièrement faibli dans l’Union européenne, que l’on voit de moins en moins fidèle aux valeurs universelles de la DUDH de 1948. Les ventes d’armes en Arabie saoudite, aux Emirats et à diverses autocraties manifestent un repli mercantile de la politique extérieure. L’absence de réaction forte à l’asservissement de Hongkong, résultat d’une violation patente des traités par la RPC, ne se limite pas, à cet égard, à une décolonisation ratée de plus. C’est un renoncement au droit international et aux droits humains en particulier. Un réveil des consciences est nécessaire et possible, dès lors que la pandémie et surtout l’appauvrissement des économies auront dissipé leurs effets et que nous serons capables de renouer avec nos valeurs intrinsèques.


Constatons pour nous en réjouir que, les autocrates ont encore plus mal géré la pandémie et ses conséquences que les politiciens occidentaux. Ces derniers ont été sauvés par la répartition équilibrée des pouvoirs et par la transparence des affaires publiques, lesquelles ont permis les réajustements et les correctifs indispensables. Lui-même malade, Poutine essaye de cacher l’ampleur de la catastrophe sanitaire russe. Son agressivité guerrière s’en trouve émoussée et il doit compenser en surenchérissant par la cyber-guerre et l’assassinat. R.T. Erdogan ruine son pays en même temps qu’il en décime l’élite. Il a gagné trois guerres contre les Kurdes, l’opposition libyenne de Haftar et l’Arménie, mais il commence à faire patte douce quant à ses prétentions sur les ressources de la Méditerranée orientale, tant l’économie turque se retrouve à bout de souffle. Même Xi Jinping a senti passé le vent du boulet au début de l’épidémie de Covid 19, après qu’on se soit aperçu qu’il avait caché au monde la réalité, telle qu’à Wuhan, pendant au moins trois mois, ce qui n’a pas manqué de susciter une suspicion à l’international. Il est vrai que d’offensives de propagande sanitaire en offensives sur les nouvelles routes de la soie, la Chine a réussi le tour de force opportuniste de s’imposer en moteur principal des affaires géopolitiques du monde. Aux côtés des Ouighours, les Tibétains et les avocats et les blogueurs chinois en paient le prix fort. L’affichage de l’hégémonisme et de la puissance stratégique mettra-t-il en danger l’état de droit et le multilatéralisme que Pékin veut abattre, tout en prétendant y adhérer ? C’est un enjeu sur une décennie entière et il pourra être mesuré dans la croisade mondiale qui s’est mise en branle sur la sauvegarde de la biodiversité et du climat. Bonne Année !

* 2 novembre – Lutter pour le climat

Brèves des jours précédents

Pierre Larrouturou, rapporteur général du budget de l’Union au Parlement européen a entamé une grève de la faim depuis une bonne semaine. Le député européen affilié au groupe des Socialistes et Démocrates veut, par ce geste, attirer l’attention des institutions européennes sur les opportunités manquées affectant le projet de budget qui sera voté dans les prochaines semaines et qui définira la perspective financière européenne pour la période 2021-2027. 
Il réclame une rallonge substantielle (50 milliards €/ an) de la part consacrée à la lutte contre le dérèglement du climat. L’effort de court terme accompli sur le plan de relance a, en effet, conduit à réduire les ressources de ce chapitre sur le plus long terme, dans le cadre du budget septennal. Le rapporteur demande qu’y soit associé un plan d’adaptation sociale ambitieux. Pour se faire, plutôt que de ‘’tirer’’ à l’infini sur les ressources des marchés financiers, il revendique l’instauration, à partir de 2024, de la taxe sur les transactions financières (TTF), souhaitée au-delà même de la gauche, depuis des décennies (la fameuse taxe ‘’Tobin’’, des années 1970-80). La majorité des eurodéputés se sont ralliés à cet outil financier. Il devrait rapporter quelque 50 milliards d’euros chaque année.

Pour Larrouturou, » ce n’est qu’une fois tous les sept ans qu’on va déterminer s’il y a de l’argent pour le climat, pour la santé, pour la recherche, ou encore pour les réfugiés, le budget européen n‘étant plus discuté par la suite ». D’où l’urgence à agir et le choix d’une certaine dramatisation des enjeux. ‘’Si, pendant sept ans, il n’y a pas d’argent pour isoler les maisons ou développer les transports en commun, c’est foutu’’. ‘’Pour simplement acheter de quoi manger, il faut acquitter 5,5% de TVA, mais si on va acheter des actions et des obligations sur les marchés financiers, la taxe, alors, c’est 0%.’’. En supposant qu’on paie 0,1%, et 0,01% de taxe sur les obligations ou le trading à haute fréquence, ça ferait rentrer 50 milliards de recettes en plus, chaque année, sans demander un centime au citoyen’’. Mais, note-t-il,  »avec le projet proposé par la France, ce sont 99% des transactions qui ne seraient pas taxées ! ». Autant dire que l’adoption d’une ressource et donc d’un plan d’action efficaces est bloquée par Paris. Le rapporteur propose une coopération renforcée entre pays-membres adoptant la taxe sur les transactions financières. Ceux qui taxeraient la spéculation apporteraient cette ressource à l’UE qui, en échange, les dispenserait de rembourser le plan d’urgence de 390 milliards € voté en juillet. D’autres gisements fiscaux sont aussi à exploitables parallèlement, telle, la taxe sur les plastiques non-recyclés (7 mds de rendement par an).
Au lendemain de la Convention citoyenne sur le climat, ce débat essentiel pour notre avenir est pourtant très peu couvert par les médias et par la classe politique. Dommage !