Mars 2020, paroxysme d’un siècle super !

Descendez donc la chronologie de mars 2020, ce mois de basculement d’un monde plutôt méchant et médiocre vers l’impensable universel. Vous pouvez aussi remonter le cours « colapsmatique »  des évènements et revivre vos instants de sidération, en commençant ces annales par le bas de page. Vous êtes dans l’Histoire à l’état pur !

Il paraît que 60 % des gens devraient y faire escale

* 31 mars – Et de deux ! Jusqu’alors, le Vieux continent ne comptait qu’une dictature absolue, sans faille, monolithique : le Belarus ou, plutôt, la Biélorussie, sous la férule impitoyable du grandissime Alexandre Loukachenko. On essayait de « n’y penser pas trop » (emprunt à Charles Trenet). Minsk essaime désormais à Budapest, où le quidam-premier ministre, Viktor Orban, débranche les institutions et se fait accorder les pleins pouvoirs, dans tous les domaines et jusqu’à plus soif. Il compte sur le Big brother polonais, Jaroslaw Kaczynski, pour faire veto aux remontrances de l’UE envers son autocratie. Mais Bruxelles, submergée comme Budapest par le Covid-19, a sûrement d’autres chats à fouetter (ceci-dit, je déteste qu’on s’en prenne aux chats). La peste brune se rapproche de nos frontières fermées. Elle n’en contamine pas moins les esprits.

* 30 mars –Damnés de la terre. Manifeste dès les « printemps » des peuples de 2011, l’exode des populations victimisées du Moyen-Orient n’a été perçu par nos autorités et nous-mêmes que quatre ans plus tard, quand la vague a atteint son pic. Depuis, nos dirigeants n’ont eu de cesse de disperser les « mal-venus » dans l’illégalité, la clandestinité, les mesquineries de toutes sortes pour empêcher tout « appel d’air », tout en vantant leur humanité. Ce sont des centaines de milliers de damnés qui se retrouvent privés de tout (car très peu ont été reconduits chez eux : c’est pratiquement impossible). Ils forment un immense réservoir à virus (une méga-bombe !), à désespoir, à maladies physiques et dépressives, à exploitation éhontée. Comme pour les SDF, les prisonniers, les personnes dépendantes, le langage de la commisération et de la bonne conscience crée l’illusion de s’inquiéter pour eux. Faut-il continuer à s’en tenir aux mots insincères ? Dans l’urgence, un double choix s’impose à l’égard des exilés : les garder parmi nous, protéger leur santé == inconditionnellement et sans restriction de droit (séjour, santé, travail, logement, droits sociaux, etc.) = = Cela signifie une régularisation massive exceptionnelle, la mobilisation des ressources nécessaires pour leur accorder une vie digne en Europe. Le Portugal vient d’acter cette option. « Europe, tu as le droit de fermer tes frontières avec les épicentres pour te protéger de la pandémie, mais pas celui se sacrifier ceux qui vivent déjà sur ton sol !  » (la rédaction du blog). Parlons-en aux ministres de l’Intérieur !

* 29 mars – Inertie. L’Europe des empires et de la mondialisation se serait-elle autocentrée au point d’être inconsciente des dangers du monde ? Il y a là matière à réflexion. A l’heure où l’OMS déclarait notre continent ‘’épicentre de la pandémie’’ et que les populations d’Asie se protégeaient avec discipline, notre continent a perdu la guerre contra-épidémique en ‘’fête des Schtroumfs’’, semaines de jeûne collectif, grands matches de football et apéritifs mondains en centre-ville. Personne n‘imaginait vraiment que la menace puisse atteindre notre système de protection sociale, si extensif, si sécurisé. La gestion chinoise de la crise a été vue avec sévérité et, après tout, ce genre de catastrophe moyenâgeuse n’est concevable que dans un pays du tiers-monde. On renâcle toujours, en Occident, à admettre que la Chine nous dépasse dans bien des domaines matériels et technologiques. Le déferlement du corona virus nous dit que nous ne comprenons plus le monde et que nous sommes à la traîne, juste par prétention individualiste, inconscience, rigidité. Et l’Amérique du Nord se montre presque pire que l’Europe à ce jeu-là. Nous avons de bonnes valeurs mais elles sont ruinées par notre incroyable inertie. Une urgence : réapprendre le collectif, se délester de nos confortables certitudes, compter plus sur nous-mêmes, moins sur le ‘’système’’ (qui d’ailleurs godille sérieusement). C’est presque une auto-publicité pour ce blog !

* 28 mars – Rétribution. Plus de 100.000 cas aux Etats-Unis (courbe verticale, tous records battus), flambée quasi-identique en Espagne et, plus récemment, au Royaume Uni, le désespoir en Italie après 19 jours de confinement sans résultat tangible, l’option euthanasique des vieux en Suède et aux Pays Bas : l’Occident est en capilotade, même si l’économie finira par rebondir, après un creux terrible. Mais l’Asie, qui aura infiniment mieux géré la guerre, sortira de ces bouleversements en maître planétaire. Le plus spectaculaire reste le déclassement accéléré, irréversible, des Etats-Unis, contraints même à solliciter la bienveillance et les articles sanitaires de leur rival chinois. D. Trump ravale son chapeau et ses maudits tweets deviennent pâteux, incohérents, insignifiants. Même l’électeur mâle blanc du Middle West va être saisi de doutes et hésiter à le reconduire à l’automne. Ou alors les Républicains sont amputés du cervelet ! Au Royaume Uni, une partie des officiels au sommet, à commencer par l’ineffable Boris, ont contracté le mal. On se retient de penser sournoisement qu’ils sont punis par où ils ont pêché. Non, le blog de l’Ours n’est pas si méchant.

* 27 mars – Apprendre, s’adapter. Il y a 10 ans, sous l’effet d’inondations géantes en Europe et de la crise du H1N1, la Commission européenne avait commandé à Michel Barnier un projet de protection civile continentale. Celui-ci avait élaboré un concept holistique, intégrant les catastrophes naturelles, la mobilisation des réserves humaines, la mise en stock de réserves stratégiques, etc. Il avait inclus le risque épidémique dans ses scenarii. Chapeau ! Qu’en est-il resté ? Rien (classement vertical), car cette sagesse faisait sortir l’UE de son modèle néolibéral tempéré. A-t-on depuis 2011-12 (crise de l’Euro) parfaitement mis en œuvre l’Europe bancaire et le fonctionnement de grande ampleur du Mécanisme de Stabilité financière (MSF) ? Bien des compromis avec l’hubris des banquiers ont été passés, discrètement. Comme pour les masques, les 27 espèrent trop de mécanismes qu’ils n’ont pas su bien préparer. D’ailleurs, avec un effondrement temporaire d’un tiers du PIB, le MSF ne suffira pas à la tâche. Comme en 2011, se pose la question de mutualiser la levée d’emprunts d’Etat pour sauver l’économie, le temps qu’elle rebondisse (les « corona bonds » réclamés par l’Italie). Plutôt mourir ! s’exclament les idéologues.

* 26 mars – Fire ! Aux Etats-Unis, les grandes métropoles démocrates flambent. Les campagnes républicaines, pas (encore ?). Du coup, le peuple trumpiste ne prend pas le virus trop  au sérieux ou imagine que c’est la punition de Dieu contre les Démocrates. Pour leur chef, Dieu c’est le business, la bourse et l’argent. Rien ne doit y faire obstacle et surtout pas le pouvoir des médecins ou la protection des vies non-productives. Ainsi, le Texas adhère à la « herd immunity »  : que tout le monde l’attrape vite, que les vieux et les faibles disparaissent vite et l’économie reprendra vite aussi ! Et le virus est sommé de s’éteindre à Pâques. Pieux espoir de résurrection des affaires ? En fait, on n’est pas loin du crime de génocide envers 80 millions de gens dépourvus.

* 25 mars -Epidémie d’infox. Le président Macron met en garde contre le « flot de fausses informations ». Jean-François Kahn exprime sa réprobation à l’égard des personnes confinées qui, confortablement depuis installées chez elles, stigmatisent les acteurs qui opèrent « au front ». Les crises épidémiques sont un riche terreau pour les fantasmes, les mirages, les accès d’agressivité et le mensonge. Au Moyen-Age, la « main de Dieu » dictait sa vengeance aux hommes. Aujourd’hui, c’est sur les réseaux sociaux que se répand la malfaisance. Personne n’y peut mais. A l’hôpital marseillais de la Timone, un professeur trafique une étude approximative pour faire parler de lui en grand dispensateur de la chloroquine… au mépris de l’approche scientifique qui s’imposerait. Les grands médias lui font une publicité outrancière. La réalité est dure à absorber et elle reste jalonnée de multiples incertitudes. E. Macron est resté très vague sur les mesures en préparation. On peut le comprendre : beaucoup ne veulent pas les connaître. La vérité, elle, n’est ni relative, ni négociable : elle est vitale pour notre humanité. Par temps d’hécatombe, se taire c’est brouiller les esprits, mentir c’est prendre le risque de tuer.

* 24 mars – Les dix plaies d’Egypte ou les douze travaux d’Hercule ? Résumons brièvement le cours de l’histoire du 21 ème siècle : Un attentat monstrueux sur la ville-phare du monde et sur le Pentagone, avec cinq ou six avions remplis de passagers explosant sur des tours, etc. Une croisade de grande ampleur mais absurde, en Afghanistan, finissant en queue de boudin dans une atmosphère de haine de l’Occident. Puis l’invasion d’un pays arabe et laïque par des armées privées confondant service de la démocratie, service du pétrole (station service), délitement de la société et de l’Etat iraquiens. Ensuite, effondrements économiques et financiers en série, avec la crise des subprimes, le krach de 2008, les attaques contre l’Euro à la suite de la débandade grecque. A ce moment-là, le Proche et Moyen-Orient explose, les printemps des libertés dégénérant en supplice des peuples et en flambée terroriste planétaire. Des vagues d’exilés démunis et désespérés fondent sur l’Occident pour être très mal accueillies et susciter agressivité, xénophobie et divers populismes du genre années 1930. L’Europe vacille, refoule, sous-traite aux dictatures les moins scrupuleuses. Dans le monde, les catastrophes liées au dérèglement climatique prennent une proportion inquiétante. Les sociétés se bloquent dans l’isolationnisme et les récriminations sans issue. Trump en profite pour provoquer les peuples qui disposent encore d’une conscience. Il démantèle les structures multilatérales du monde faites pour protéger, agresse et sanctionne amis comme ennemis, privilégie partout l’armement et la force sur la paix et la justice. C’est alors que le coronavirus pointe son nez … Super, le 21 ème siècle !

* 23 mars – Mon nombril, ton nombril. Au moins, on ne polémique plus sur la fermeture des frontières en Europe ! Les pays-fondateurs de l’UE les filtrent de façon rigoureuse, les autres se claquemurent. A quoi cela sert, quand le virus est partout et que le système Schengen s’est clos sur lui-même ? A rien, mais les populations ont besoin du « Dr-Père du peuple », qui les rassure en agissant pour eux, serait de façon désordonnée. Piteuse classe politique ! Il est triste que des pays voisins, comme le nôtre, n’aient rien pu faire pour la Lombardie ou pour Madrid. Mais la pénurie règne alentour. La Chine, la Russie et même Cuba sont venus prêter main forte à la vieille Europe. Comme l’Italie, la France a su, au début de l’année, manifester attention et compréhension envers Pékin. C’est un autre monde, sans doute une ligne-force de la nouvelle géopolitique en gestation.

* 22 mars – On sort des lois. Avec un milliard d’êtres humains confinés à travers le monde, les sorties de l’Etat de droit sont devenues la norme. En France, la Parlement adopte l' »état d’urgence sanitaire » qui permet au gouvernement d’agir par décrets et encadre aussi les libertés et acquis sociaux. Reviendra-t-on à « l’état d’avant », qui n’était déjà pas parfait ?

* 21 mars – Bêtise. Contrairement à beaucoup d’autres pays, la France s’est débrouillée pour perdre deux mois dans la mise à disposition des indispensables masques, chirurgicaux et FFP2 (plus protecteurs). La raison en est bien de chez nous : la dictature des comptables, avides de toujours plus d’économies et la préférence sur les médecins que leur accordent les gestionnaires politiques. Après l’alerte H1N1 de 2011 et l’affaire des « vaccins Bachelot » acquis en excès, l’EPRUS, chargée des fournitures médicales stratégiques, a vu son budget réduit de 90 % et ses stocks non-renouvelés à péremption. Un bon conseil de la Cour des Comptes. Puis les masques FFP2 ont été laissés à la seule initiative des employeurs. Enfin les quatre PME françaises productrices de ces articles ont reçu d’énormes commandes de Chine, du Royaume Uni et d’ailleurs, avant que l’autorité sanitaire ne pense à les réquisitionner pour son propre territoire. Rassurez-vous, ce manque grave de discernement sera mis sur le compte de la mondialisation.

* 20 mars – Méli-mélo. La flambée s’amplifie en France où les cas sérieux se compteront rapidement en dizaines de milliers. Les Français ne perçoivent aucune cohérence dans la double instruction : « confinez-vous et travaillez ». 110.000 Français, en rade à l’étranger, font la queue devant les consulats. L’hécatombe se poursuit en Italie (pire qu’en Chine). Les Etats-Unis réagissent en ordre dispersé : la Californie se claquemure, D. Trump ordonne la distribution de chloroquine et de 1000 Mds $ ! En même temps, il tente de faire main basse sur la mise au point d’un vaccin par une équipe du laboratoire Allemand Curevac en vue d’un usage exclusif aux USA. M. Barnier est contaminé, la négociation post-Brexit tousse. L’OMS, paniquée, implore les dirigeants africains de se réveiller face aux prémices d’une catastrophe sanitaire de grande ampleur. Mais, il ‘y a plus de nouveaux cas en Chine, où la production repart. Youpiii !

* 19 mars – Le banquier aime les faux-cils. Selon une analyse des financements des 35 principales banques d’investissement (JP Morgan Chase en tête, mais aussi Wells Fargo, Citi, Bank of America…) réalisée par une alliance d’ONG anglo-saxonnes, un tiers de leurs interventions est concentré dans la prospection et l’exploitation des énergies fossiles. La flambée a été déclenchée par l’accord de Paris… et pan pour le climat ! On peut parier que, au moment où l’urgence est sanitaire et l’attention de tous tournée vers le virus, certains en profitent pour défaire l’urgence climatique et tirer un chèque sur la planète… et ses habitants.

* 18 mars – De quoi gloser d’autre ? Au Royaume Uni, le Pr Neil Ferguson (Imperial College), spécialiste de la modélisation des épidémies, fait la prévision suivante : quelles que soient les stratégies, le virus aura des répercussions « profondes » et les mesures en cours ne préviendront pas un éventuel rebond de l’épidémie. L’option du « laisser-faire » se traduirait par 510 000 morts au Royaume Uni (pareil, en France), avec un pic de mortalité fin mai début juin. De quoi tourner bourrique ! Faudrait-il lancer une grande campagne de formation aux professions numériques et à la permaculture ? … remettre en chantier les politiques sociales, réintroduire l’humanisme dans nos lectures et nos pratiques ?… initier les gens à l’art et à l’artisanat ? Ce serait mieux que de s’armer jusqu’aux dents, comme aux Etats-Unis.

* 17 mars – C’est le bazar ! L’épidémie tourne, chacun son tour : l’Europe est le nouvel épicentre, l’Asie est en train d’en sortir; l’Afrique et le Moyen-orient y rentrent. L’Amérique en connaît les prémices. Dans tous les cas, la portée universelle du virus déclenche un rétrécissement du monde à l’échelon local. La géopolitique peut rendre compte de cette prédominance du « act local », elle hésite à en prédire les conséquences à moyen-long terme. « Think global » résonne en synonyme de l’OMS, seule institution a encore exercer un soupçon de gouvernance mondiale. Le G 7 se réunit… sous présidence Trump ! Il n’y a plus grand chose à coordonner, plus de confiance pour partager et interagir de façon positive. Même l’Europe, Schengen en berne, devient, pour le coup, une forteresse étanche. Le monde de demain, en convalescence, connaîtra d’énormes divergences sur les leçons à tirer de l’épreuve.

 * 16 mars – Sauve qui peut ! Un monde hystérique et barricadé ! En France, on se demande pourquoi on a été voter hier et s’il y aura un second tour aux municipales, tant le confinement chez soi semble proche et inévitable. Aux Etats-Unis, le virus est amical pour les Républicains mais létal pour les Démocrates. Les « rapatriés » d’Europe sont parqués en files serrées dans les aéroports US. Bonjour les dégâts ! En Corée, les sectes évangéliques continuent pieusement à contaminer leurs membres. Le Maghreb et le Moyen-Orient se coupent du monde. L’Afrique est gagnée par la peur. L’Europe est, pour un temps, « l’épicentre » et, en son sein, l’Italie, « l’œil du cyclone ». Comment vont donc survivre les SDF, les exilés, les pauvres ?

* 15 mars – Peau de l’ours trop vite vendue. Bibi Netanyahou aura tout fait pour s’accrocher au pouvoir malgré son inculpation par la justice israélienne. Le coronavirus lui permet même de repousser l’échéance de son jugement. Mais, voilà son score aux élections n’aboutit pas à sa désignation par le président. Benny Gantz recueille trois sièges de plus et sera appelé à former la coalition de gouvernement. Netanyahou est l’un des politiciens les plus impopulaires de la planète, même si sa base populaire reste  solide, comme celle de son comparse D. Trump.

* 14 mars – Sauve qui peut ! 124 pays atteints, 140.000 personnes contaminées, tous les continents touchés par la pandémie, le monde se cloisonne derrière des frontières fermées, éclaté en millions de micro-sociétés soupçonneuses et autocentrées. La sécurité humaine, dans un contexte d' »ultra-interdépendance », nécessiterait solidarité et coordination planétaire, mais les politiques sont accablés par leur propre incapacité à agir sur ce plan. Comme le dit B Badie, « la puissance subit quand la faiblesse gouverne ». Assiste-t-on à une résurgence du social en même temps qu’à la propagation des populismes chauvins ? L’un est central dans la remise en cause à venir de la folie néolibérale, les autres sont susceptibles de renforcer le règne absolu des marchés d’un blindage totalitaire éminemment protecteur pour le big business.

* 13 mars – Le coronavirus est un salopard d’étranger ! On s’en doutait bien, Trump (« les Européens l’introduisent par incompétence »), les services chinois (« c’est la CIA qui a créé ce virus »), les Tchèques, les Slovaques et autres amis polonais (pensant sans doute à un mauvais coup des Turcs) ferment leurs frontières. D’autres les filtrent  »à la gueule du client ». La mondialisation est sérieusement contaminée et la santé mentale en pâtit. Du coup, c’est partout la dégringolade des bourses (-12 % pour le CAC 40) et le spectre d’un krach, si l’économie s’arrête. Dr Macron ne cède pas à l’épidémie d’imbécillité. Quatre mesures : mettre la population vulnérable à l’abri, interrompre la transmission via les établissements scolaires tout en organisant une garde des enfants, lisser le pic épidémique  pour gérer l’afflux des malades en s’appuyant sur la médecine de ville; les indemniser. Un constat émerge : un monde ouvert ne devrait pas suivre la loi de la jungle mais celle des solidarités humaines.

* 12 mars – UE, go (stay) home ! Très fort. Coronavirus oblige, D. Trump interdit pour un mois tout voyage de l’Europe vers les Etats Unis, exception faite via le Royaume Uni ou l’Irlande ou retour d’Américains chez eux. Dans un premier temps, les échanges de biens étaient aussi frappés, mais la bourde a été corrigée. Seules les personnes, donc, sont toxiques. Pratiquement, les voyageurs vers le Nouveau Monde vont contourner l’interdit en passant par Londres, Dublin ou Montréal, au risque de contaminer un peu plus ces destinations. La Californie, face à l’Asie, est déjà contagieuse. L’approche isolationniste paraît totalement illusoire pour un pays-continent, première économie du monde.

* 11 mars – Eternité. Après l’adoption de sa réforme constitutionnelle par les députés, Vladimir Poutine revient à brûle-pourpoint sur son intention initiale. Il invite la Cour constitutionnelle à trancher s’il pourra se présenter à un 5 ème mandat présidentiel, en 2024. Sera-ce conforme à la loi fondamentale ? Les citoyens approuveront-ils sans restriction, lors du référendum du 22 avril ?La réponse est dans la question et dans l’affirmation que le pouvoir « vertical » de l’’’  Homme fort providentiel ‘’ (actuel) est encore indispensable à la Russie. Celui-ci ne fait aucun mystère de son désir de postuler un 5ème mandat, quitte à remettre à zéro le compteur plafonnant à deux les mandats présidentiels.

Par chance, il a la haute main sur l’ordre constitutionnel et sur la machine électorale. Qui plus est, il s’est assuré qu’aucun rival n‘émerge face à lui : l’électeur russe ne dispose pas de plan B. Le Maître-Espion devrait donc réapparaître, tel le phénix, en 2024 pour veiller sur l’ordre et la loi russes jusqu’en 2036. Sauf facéties de la loi biologique … Est-ce que cela choque quelqu’un ?

* 10 mars – Fièvre. La grippe ne grippe pas l’économie mondiale. Le Covid-19, si. La bourse et les marchés en général sont les plus formidables amplificateurs de panique. Ils ont vécu lundi l’un de leurs pires moments, avec l’effondrement des indices et des cours du pétrole (décision saoudienne de brader le brut : le Brent chute de 21 %), la perspective d’une baisse marquée des taux d’intérêt, le spectre autoréalisateur d’une nouvelle récession économique, un trou d’air dans les échanges, autant de facteurs qui, pour certains, présagent une réédition de la crise de 2008. Le contraste est frappant avec le souci pour la santé d’autrui, qui n’est pas aussi fort. L’épidémie devient pandémie, ce que les marchés financiers détestent. Mais comme le souligne l’OMS, ce pourrait être la première pandémie dont la coordination mondiale vienne à bout, tant la mobilisation s’avère plus sérieuse que pour l’Ebola (cantonné à l’Afrique centrale), le chikungunia ou la dengue.

– En France, la reprise économique est trop fragile pour survivre à l’épreuve. Dégrèvements fiscaux, report de charges sociales, recours au chômage partiel, indemnisation des personnes confinées, on s’emploie à calmer les entreprises et la population avec des adjuvants à effet limité. Priorité va à l’ordre public et à la tenue des élections. En fait, le pays ne dispose pas de marges budgétaires suffisantes pour relancer l’activité en grand. Les moyens de l’Europe seront plus que jamais nécessaires.

*9 mars – Para bellum! (si vis sestertii $€£). Sur la période 2013-2017, les ventes d’armes dans le monde ont augmenté de 10 % en volume par rapport au quinquennat 2008-2012. La France a  augmenté  ses ventes à 81 pays de 27 %,beau record qui lui a permis d’augmenter à 6,7  !% sa part de marché , selon le rapport de l’Institut international de recherche pour la paix de Stockholm (Sipri).  Elle a ainsi supplanté l’Allemagne pour devenir le troisième exportateur mondial. (n° 1 : USA avec 34 % de part de marché – n° 2 : Russie : 22 % – n ° 4 :  RFA – n° 5  : Chine, également cinquième importateur mondial. L’Inde est le premier importateur mondial et l’Egypte le premier client de Paris ( 37 % des commandes de ce pays, devant les USA et la Russie). Près de 9 % des armes françaises exportées le sont à destination de la Chine comme 40 % de la technologie made in France de double usage. On ne va pas succomber à la naïveté : un monde sans marché régulé de l’armement serait plus instable et plus sournois encore. Equiper des démocraties alliées ou amies, c’est contribuer à l’équilibre et préserver la paix. OK. Mais avez-vous envie, dans un tel contexte, de confier à la DGA  et à ses partenaires industriels la politique extérieure du Pays ?

* 8 mars – Journée de la Femme. Condamnée à mort pour ‘’blasphème’’, en 2010, la chrétienne pakistanaise Asia Bibi a été reçue par E. Macron, à l’occasion de la parution de son livre ‘Enfin libre !’ Elle lui a exprimé le souhait d’obtenir l’asile en France. Cette ouvrière agricole doit tout son malheur à avoir osé demander un verre d’eau à des femmes musulmanes particulièrement méprisantes à son égard. Sortie des couloirs de la mort huit ans plus tard, sous la pression de l’opinion occidentale, elle s’était réfugiée au Canada, mais sans bénéficier de la protection internationale. Le blasphème est un sujet incendiaire au Pakistan, où de simples médisances entraînent des lynchages judiciaires. Ses compatriotes continuent à exiger sa mort. Mais les autorités d’Islamabad sont embarrassées par l’image ténébreuse qui colle à leur pays. La France ne court pas grand risque, mais, pour une fois, elle satisfait à son devoir humanitaire. Elle pourrait aussi accorder l’asile au courageux sonneur d’alerte américain, Edgard Snowden.

* 7 mars -Tribune intéressante dans le Monde: « le coronavirus met au jour toute une série de phénomènes associés à la mondialisation ». Non qu’il soit produit par la « chaîne de valeur globale », mais son expansion dans 90 pays doit beaucoup à celle-ci. Le foyer initial, Wuhan, est un maillon majeur de l’industrie mondiale (plus de 20 Mds d’investissement des multinationales), qui entretient, de ce fait, un hub majeur de transports domestiques et à l’international (4 Mds de voyages par an). Les transmigrations l’ont introduit en Amérique du Nord. L' »explosion » du tourisme chinois, en Europe, que ce soit directement (Lombardie, Vénétie…) ou via la contamination des aéroports (Oise). Les voyageurs – notamment, les croisiéristes, les voyageurs aériens (4,5 Mds  /an) et les migrants – se retrouvent à la fois vulnérables et suspects. Une autre filière secondaire s’est fait jour dans le secteur évènementiel : pèlerinages internationaux (la ville sainte de Qom a infecté l’Iran; les célébrations d’une église évangélique, la Corée et l’Alsace); rassemblements sportifs, salons professionnels (plus de 10.000 /an), évènements culturels, etc. En « feuilletonnant », heure par heure, le décompte des morts et des malades, les media en surmultiplient l’impact émotionnel, ce qui propage le « sauve qui peut » et la psychose de l’effondrement, dans l’économie et dans la vie publique. En France, 1700 personnes décèdent chaque jour, de toutes les causes imaginables dont la grippe, infiniment peu, du coronavirus. Mais la panique peut tout désorganiser et s’avérer tueuse.

* 6 mars – Couleuvres. Combien de temps, l’arrangement russo-turc, négocié à Moscou, contiendra-t-il l’intervention turque dans la poche de résistance d’Idlib, au nord-ouest de la Syrie ?  Simple ébauche de cessez-le -feu en trois points, il n’est pas fait pour durer sur le terrain, mais pour sauver la face d’Erdogan quelque temps. Il instaure un corridor de 12 kilomètres de large le long de la route reliant Lattaquié à la Turquie, qui sera conjointement patrouillé par les deux pays. Le retour des populations déplacées et l’aide humanitaire devront être ’’ facilités, dans la mesure du possible’’. En fait, aucune procédure de mis à l’abri n’est d’actualité. En attendant, la progression des forces de Damas est actée et les rebelles comme leur parrain turc perdent du terrain. Le sort de l’autoroute M5 non- mentionné, pourrait sous-entendre qu’Ankara –  décidément en mauvaise posture – devra digérer sa déconfiture. Rien n’est dit, en particulier, du sort des postes militaires turcs encerclés par les troupes de Damas. Moscou tente de ménager un peu la face d’Erdogan et d’éviter toute confrontation directe, de crainte que la Turquie ne ferme le Bosphore à sa marine et n’empêche ses avions militaires de transiter par l’espace aérien turc. Malgré leur rivalité en Syrie (et en Libye), les deux pays souhaitent continuer à coopérer contre l’Occident dans de nombreux domaines, dont l’énergie. Les compatriotes d’Erdogan vont-ils digérer l’humiliation militaire ?

* 5 mars – CPI. La Cour pénale internationale décide l’ouverture d’une enquête pour crimes de guerre en Afghanistan, qui concerne des militaires américains. Mme Bensouda, à la tête du Ministère public, paraît vouloir précipiter les procédures pour crime de guerre au moment où les forces américaines évacuent à la hâte le pays, plongé dans la guerre civile.  L’enquête concernera tous les belligérants : talibans, armée afghane ou troupes de la coalition internationale. Parmi les alliés, la pratique tortionnaire au sein des prisons secrètes de la CIA concentre les griefs et promet de susciter de fortes tensions entre La Haye et Washington. Les États-Unis ont mené une offensive depuis 13 ans pour éviter d’e arriver là. Les juges vont être interdits de visa ou pire.  Le gouvernement afghan aussi s’affiche opposé à l’ouverture d’enquêtes, insistant que sa justice nationale peut suffire à la tâche. Les Talibans, pas vraiment au courant, n’en ont cure, sous-traitant la Justice à Allah, qui ne les contrarie jamais.

* 4 mars – Victoire dans l’opprobre. Déjà enkystés dans la culture et la psychologie de guerre, l’électeur israélien-type cautionne volontiers le délit de corruption de la part de ses dirigeants.  »Bibi » Netanyahou sort vainqueur du 3ème scrutin législatif dans son pays, en moins d’un an, même si le Likoud ne se maintient qu’à quelques sièges de la majorité. Il lui faudra débaucher un appoint dans les petits partis confessionnels radicaux. Sans jouer aux donneurs de leçon – la démocratie est aussi malmenée, chez nous – on peut s’interroger sur la compatibilité à terme d’une ancienne culture démocratique avec une préférence populaire marquée pour la guerre et la discrimination. Les Palestiniens, démunis de leurs terres et de leurs droits, persécutés au quotidien, achetés à vil prix par le plan de paix de Trump, doivent-ils, en plus, applaudir ?

* 3 mars – Grand Turc (tueur). Pour le président turc, le déferlement sur l’Europe de « millions » de migrants depuis son pays constitue un arsenal de chantage pour faire plier son grand voisin. Les rescapés du drame syrien, privés de protection, ne seraient bons qu’à servir de bélier pour déstabiliser directement la Grèce et la Bulgarie. Derrière ses déclarations contradictoires, R.T. Erdogan considère l’UE comme méprisable et manipulable. Recroquevillée dans ses peurs depuis la « crise migratoire » de 2015, celle-ci s’est précipitée dans la dépendance du dictateur d’Ankara, en lui confiant, en mars 2016, contre compensation financière, une mission d’endiguement de l’exode syrien. Ce pacte avec le diable, contraire au droit international et à l’humanité, entache le bilan d’Angela Merkel. Poursuivant ses humeurs conquérantes, Erdogan s’est débarrassé, dans la foulée, de la présence militaire occidentale dans le nord de la Syrie. Il entend annexer et repeupler ces territoires à sa façon (en chassant les Kurdes). S’en sont suivies trois offensives militaires, une crise de confiance au sein de l’OTAN, une confrontation directe avec les forces de Damas, la provocation de la plus terrible crise humanitaire du siècle à Idlib, face à l’aviation russe. L’essaimage de guerres atteint maintenant la Libye, où l’intervention turque contribue à précipiter l’échec de la médiation des Nations-Unies (démission ce jour du médiateur).

Dénoncer le fauteur de guerres, bloquer sa course folle, ne serait-ce pas la solution de bon sens ?

* 2 mars – Jihadisme français. Quelques dizaines de jihadistes français seraient engagées dans la bataille d’Idleb. Une vidéo montre trois de ces combattants servant une mitrailleuse, qui s’expriment entre eux en français.  Sous les ordres d’un recruteur français, les combattants initialement affiliés à Al Qaida, auraient constitué un camp politiquement autonome à la frontière turco-syrienne. Femmes et enfants seraient également avec eux.

– L’armée turque encerclée par les troupes syriennes dans la même zone, passe à l’offensive.

* 1er mars 2020 – Marée humaine. Erdogan le fait : « ouvrir les vannes de l’Europe » aux réfugiés entassés dans les camps de Turquie. Ils sont déjà nombreux à franchir la Mer Egée. La police grecque tente de les refouler. L’Agence Frontex se mobilise dans le même but (indigne). Pour satisfaire ses buts de guerre, le président turc fait chanter l’UE, qui en 2016 avait commis la folie de s’en remettre à lui. La pandémie ne va pas faciliter l’accueil de tous ces malheureux. Et que dire de ceux, aussi nombreux, qui sont déjà en Europe, mais qui sanctionnés par la police, chassés par les préfectures, privés de toute ressource pour survivre, vont affronter et transmettre le virus dans la clandestinité, sans pouvoir se faire soigner. Aux deux bouts de la chaîne migratoire, l’égoïsme est un tueur.

Remèdes prophylactiques

Idleb, capitale de l’inhumanité

Bachar : « On se retrouve, après une page de négociations ». Dessin de Chappatte (Suisse), publié dans Le Temps le 14 mars 2016

Tombée dans l’oubli, à l’heure du « tout-pandémique », la région syrienne d’Idleb (3,5 millions d’habitants) est soumise par le régime de Bachar al-Assad à une offensive militaire acharnée visant à reconquérir l’ultime bastion tenu par des rebelles, pour une bonne part jihadistes. La guerre de reconquête est menée, on le sait, avec le soutien de l’aviation russe, à qui revient le privilège d’effectuer les plus gros bombardements (écoles, hôpitaux, etc.). En trois mois, les combats ont fait près d’un million de déplacés civils, un bien triste « record ». L’offensive a, par ailleurs, provoqué des accrochages meurtriers entre soldats syriens et mercenaires (également jihadistes) envoyés par la Turquie. Celle-ci occupe une large bande territoriale du nord de son voisin pour la « nettoyer » de ses habitants Kurdes, qui ont été des alliés efficaces de la coalition internationale contre Daech puis ont été froidement abandonnés par l’Occident, depuis lors. Elle a fermé sa frontière contre laquelle les survivants fuyant l’offensive de Bachar et de Poutine se trouvent bloqués dans la souricière. Pas simples, ni glorieuses, ces calamités en mille-feuilles …

On est donc dans le plus grand drame humanitaire du Siècle et voilà qu’une vingtaine de soldats turcs vient d’être tuée dans les frappes aériennes qui dévastent la région. Ces pertes s’inscrivent dans une spirale d’affrontement entre Ankara et le régime de Damas, appuyé par Moscou.  De déséquilibré, le néo-sultan Erdogan en devient fou-furieux, son immense susceptibilité paraissant blessée. Une riposte militaire est décidée, au moins contre Damas sinon contre son mentor russe (qui tente, en vain, de calmer le jeu, double jeu en ce qui le concerne).

Le comble : Ankara fait appel à la solidarité atlantique et demande l’instauration d’une zone de non-survol, oubliant avoir trahi l’OTAN par ses comportements offensifs, ses achats d’armes antiaériennes et ses tractations cyniques… avec Moscou ! Pour faire bonne mesure, une fois de plus, la menace est lancée d’ouvrir « les vannes » aux réfugiés entassés sur son territoire, pour submerger l’Europe. On devrait suspendre la Turquie de l’Alliance atlantique en attendant qu’elle s’achète une conduite et la boycotter sur le plan de la défense européenne. Et, pourquoi pas, sanctionner un gouvernement-voyou. Malheureusement, l’Europe, claquemurée dans ses doutes et ses craintes,  est comme absente du monde. Malheureusement aussi, D. Trump ne pense que du bien de son homologue turc et même l’encourage à persévérer… Ce réflexe d’appuyer »l’allié » turc est franchement mal inspiré. Est-ce uniquement parce que la Russie sévit du côté adverse ou, aussi, la marque d’une sorte d’affinité entre potentats populistes ?

(article tiré des brèves du jour)

Quelques questions géopolitiques pour 2020

Ours astrologue – Merci à « l’astrologie amérindienne » (blog de Chloé)

Ursula van der Leyen, la nouvelle patronne de la Commission de Bruxelles, aime à décrire celle-ci comme « géopolitique ». En Allemagne et en France, mais aussi dans les « démocratures », on se gave volontiers de ce terme, qui fait référence à une qualité de lucidité (analyser le monde et les opportunités de son système de pouvoir, de transactions et de conflits) et traduit un certain dynamisme à entreprendre. La chose la moins géopolitique serait, par exemple, le principe de précaution. Mais qu’en est-il des valeurs, celles qui vont de l’humanité palpitante, à l’indifférence polie et, au delà, tendent vers la nuisance égoïste ou la prédation féroce ? C’est simple : toutes peuvent se décliner à la sauce géopolitique, sans exception. Voyez l’histoire du 20 ème siècle !

En effet, cette discipline est carrément obtuse en matière de cœur et d’idéaux. Elle permet au bourreau aussi bien qu’à ses victimes de s’orienter au mieux de ses intérêts, craintes ou fantasmes, dans le maquis piégé de la « communauté internationale ». Elle ignore l’individu lambda et ses aspirations profondes ou ne les prend en compte que si la frustration (ou l’exaltation) porte Quidam à faire basculer des empires.

Un conseil affectueux aux géopolitologues : allez vous frotter aux gens, aimez-les ou détestez-les, aimez ou détestez aussi ce que révèlent vos analyses savantes, forgez-vous des convictions ailleurs que dans les atlas et l’infographie ! Bref, soyez votre propre personnage-citoyen international, pulsez !

Ceci dit – essentiellement pour me disculper – quel œil faudrait-il ouvrir sur l’actualité à venir, en 2020 ? Pas celui des réseaux d’infox, bien sûr, mais pas uniquement, non plus, celui des médias. Ils sont certes essentiels à l’information mais leur constance varie au gré des priorités du moment et de l’attractivité toute temporaire du sujet « vendeur ». Voici donc un petit échantillon de questions sur lesquelles on serait en droit d’être éclairé. Certaines resteront dans les nimbes :

La Syrie et l’Irak. Que va faire Bachar de sa victoire contre son peuple? L’Irak (comme le Liban) pourra-t-il trouver un équilibre démocratique hors de tout asservissement à l’Iran ? 4 Mns d’exilés syriens pourront-ils jamais rentrer chez eux, sans risque ni préjudice ? La CPI pourra-t-elle juger un jour les coupables de crimes contre l’humanité ? Les jihadistes européens vont-ils être renvoyés chez eux, faute de juridiction tierce qui leur soit applicable ? Nous en parlera-t-on ? Daech et Al Qaïda se refont-elles une santé au grand Moyen-Orient, comme on le voit surtout en en Afrique Sub-saharienne, ce, en profitant de la débandade occidentale ? Les Kurdes seront-ils durablement damnés et abandonnés ? La guerre des Sunnites contre les Chiïtes va-t-elle finir par tout préempter en générant du  terrorisme de part et d’autre ? Comment cela se répercutera-t-il en  France ? Paris va-t-elle cesser de vendre des armes dans les Etats du Golfe, qui répandent les hostilités à la ronde  ? La France a-t-elle encore une politique arabe et iranienne visible et compréhensible ?

 

L’Iran : La politique de Trump va-t-elle précipiter l’accession de Téhéran à l’arme nucléaire et, plus directement, celle de l’Arabie saoudite à cette arme ? Ira-t-on alors vers un affrontement généralisé, conventionnel et nucléaire, de l’Egypte jusqu’à l’Afghanistan, susceptible d’embraser ensuite l’Inde face au Pakistan, la Turquie, la Russie, etc.

 

La Russie : quelle gestion pour le glacis qu’elle s’est composé dans le monde arabe et quid du risque d’affrontement avec la Turquie ? L’avenir du plan de déstabilisation de l’Europe, la capacité de menace induite par les nouveaux euromissiles, les missiles hypersoniques et autres armes « absolues » brandies par V. Poutine, comme Adolphe en son temps. L’utilisation du levier de la fourniture de gaz à l’Europe centrale. Le plan de Moscou sur l’Ukraine (Donbass) mais aussi sur la Moldavie, les deux provinces annexées de Georgie, son action anti-Baltes depuis l’enclave de Kaliningrad. La perpétuation du pouvoir sans partage de V. Poutine et la tentation de jonction stratégique avec la Chine face à l’Occident amorphe.

 

La recherche de solutions aux affrontements en Libye et au Yémen, où la France pêche en eau trouble et n’assume pas ses responsabilités de puissance permanente du Conseil de Sécurité. Sa solitude au Sahel, qui promet d’être « l’Afghanistan des Français », l’opération  Barkhane suscitant la méfiance de ses alliés comme des bénéficiaires.

 

L’Europe, avec une année entière – voire bien plus – absorbée par les tractations post-Brexit. Quelle progression dans les méandres de la politique commune d’asile et quelles alternatives à l’externalisation du refoulement, confiée à des entités sulfureuses du Sud de la Méditerranée ? La prise de conscience ou non du besoin impérieux d’une défense autonome à la hauteur des défis et de son coût. La résilience à une nouvelle crise monétaire et la capacité de la zone €uro à y faire face (budget commun et règles bancaires). La mobilisation (ou non) de moyens financiers suffisants pour amorcer les transitions énergétique et agricole. La consolidation des institutions et la participation plus grande des citoyens. L’Europe sociale, etc. (j’en passe …)

 

Les Etats-Unis  : jusqu’à quel Point laissera-t-on D. Trump détruire le système international en suscitant l’extinction du droit, les affrontements et les injustices ? Destitution ou pas de l’intéressé, les dégâts faits seront-ils réparables ? L’isolationnisme restera-t-il durablement l’orientation centrale de la politique extérieure américaine… avec néanmoins des épisodes dangereux d’emploi bref et massif de la force et une fixation hostile sur la Chine. Comme ennemi n° un de l’Islamisme politique, les Etats-Unis vont-ils contribuer involontairement à stimuler le jihadisme à travers le monde ?

 

Les inconnues les plus significatives touchent à l’ordre multilatéral (celui-là même que Trump veut détruire). Le blog vous assommera avec ça après le Nouvel An. En attendant, ouvrez l’œil et le bon ! Les neurones font le meilleur des casques !

Précurseurs en géopolitique : les Rois-mages

Géo-espace : L’Europe veut rester dans la course

Publié le  24/11/2019 par l’AFP & France 24 (avec nos remerciements)

Près de 14,3 milliards d’euros sont demandés aux ministres des 22 Etats membres de l’ESA, réunis mercredi et jeudi à Séville (Espagne) pour choisir les programmes spatiaux des trois prochaines années. Soit 4 milliards de plus que le budget alloué à l’agence lors de la précédente réunion du même type, en 2016. Cette enveloppe s’ajoutera à la contribution de l’Union européenne déjà votée (16 milliards d’euros sur sept ans).

« Il y a une volonté de faire plus, d’avoir un programme scientifique plus ambitieux, et de développer nos infrastructures à la hauteur de nos ambitions », explique à l’AFP Philippe Willekens, porte-parole de l’ESA. Car dans un milieu « extrêmement changeant, l’Europe doit faire attention à rester leader là où elle l’est, et continuer à conquérir de nouveaux marchés », ajoute-t-il.

La conférence de Séville « peut marquer soit le sursis, soit le sursaut de l’Europe spatiale », a averti le patron d’Ariane group, André-Hubert Roussel, devant les parlementaires. Ces dernières années, le Vieux continent a enchaîné les succès: mission de Thomas Pesquet à bord de l’ISS, GPS européen Galileo, construction d’Ariane 6, souligne l’Institut Montaigne… Mais sa position de leadership « est aujourd’hui menacée » alors que la compétition mondiale s’amplifie, avec une remontée en puissance des Etats-Unis et de la Chine, qui se traduit par des investissements publics massifs.

« L’Europe possède des atouts mais n’a pas les avantages structurels américains ou chinois », qui ont notamment des programmes spatiaux militaires ambitieux. « Elle a le même problème depuis le début: qu’est-ce qui justifierait de dépenser plus dans l’espace ? », pointe Isabelle Sourbès-Verger, du CNRS.

– Un lanceur réutilisable ? L’équilibre traditionnel se voit en outre chamboulé par l’explosion du nombre d’acteurs privés (dont les « GAFA » du spatial, Space X en tête) qui constitue la révolution du « New Space » et s’accompagne de la multiplication des satellites miniatures et leurs applications (météorologie de l’espace, géolocalisation, objets connectés, véhicules autonomes…).

Or l’Europe pourrait ne pas être assez compétitive pour capter ces nouveaux marchés, craignent des experts. En cause notamment: le futur lanceur Ariane 6, principal accès européen à l’espace. Son modèle économique actuel, estime la Cour des comptes, « présente des risques » face à la concurrence féroce de l’américain Space X, qui a ravi en 2017 à Arianespace sa position de leader mondial sur le marché des satellites en nombre de lancements. La firme d’Elon Musk a fortement baissé ses coûts en développant un lanceur réutilisable, tandis que les Européens, qui n’y ont pas cru au départ, « n’ont à ce stade développé que des briques technologiques permettant, à terme, d’acquérir » cette technologie du recyclable, écrit la Cour.

Mais le PDG d’Arianespace, Stéphane Israël, assure qu’Ariane 6 n’est que « le début d’une histoire » et son chantier « ouvre un cycle d’innovations« , a-t-il dit à l’AFP. Ariane 6, dont le vol inaugural est prévu en 2020, ne sera néanmoins compétitive dans la durée qu’avec des cadences de lancement élevées, ce qui suppose des « commandes institutionnelles nombreuses », prévient Stéphane Israël. Space X, rappelle-t-il, remplit 80% de son carnet de commandes avec l’Etat américain, à qui il vend « deux fois plus cher qu’au marché ».

Sur ce point, le patron d’Arianespace se montre confiant au vu du soutien récemment apporté par Emmanuel Macron et Angela Merkel au « principe de préférence européenne concernant les lanceurs ». Principe également défendu par un groupe de travail du Sénat français, qui appelle l’Europe à développer un lanceur réutilisable. « Mais attention, l’espace n’est pas un secteur commercial comme un autre; faire de l’argent avec un lanceur, c’est ambitieux », relève Isabelle Sourbès-Verger.

Le spatial européen reste « atypique », et le Vieux continent, qui ne peut rivaliser avec les 21 milliards de dollars de budget annuel de la Nasa, doit selon la chercheuse continuer « à trouver des projets originaux et développer ses points d’excellence », notamment dans la science, comme les missions d’exploration des ondes gravitationnelles, du régolithe à la surface de la Lune, ou les lunes glacées de Jupiter.

Nota : la géopolitique couvre, de longue date, la dimension spatiale

BreakPshiiit ! (la géopolitique du Brexit)

Quitter le bord, OK, mais pour atterrir où ?

Nos amis britanniques sont-ils heureux ou tout au moins soulagés de rompre avec l’Union Européenne ? S’ils l’étaient, ceci justifierait, quoi qu’on en pense, les errements récents de leur classe politique. Mais, à l’heure où le Parlement et le gouvernement dressés l’un contre l’autre se neutralisent mutuellement et l’Histoire s’embrouille autour de trahisons et de subterfuges surréalistes, aspirent-ils à autre chose qu’à mettre « l’affaire » derrière eux » pour n’y plus penser ?

1 – Après trois années de doute, d’information faussée, de fantasmes collectifs d’invasion ou de rêve d’un retour glorieux au magister impérial, l’usure des nerfs a prélevé sa dîme sur les esprits. La polémique a divisé jusqu’à l’intérieur des familles et la lassitude générale engendre un fatalisme à courte vue : s’extraire, au plutôt, de toutes ces misères et s’engager dans l’inconnu, sans trop penser, pour l’instant, ni au passé, ni à l’avenir.

– Parmi les mille et une raisons de l’allergie du Royaume à l’égard de Bruxelles, la plus patente, lors du référendum de 2016, concernait la présence au sein de cette société d’assez nombreux travailleurs détachés de pays européens de l’Est et, qui plus est, pour certains, « papistes » par conséquent assimilés aux coloniaux irlandais, si mal aimés des Anglais (cas des Polonais, Hongrois, Slovaques… un peu moins, des Français et des Italiens). Cette présence, au titre de la libre- circulation des personnes dans le Marché interne européen, a contribué à la prospérité et à l’équilibre presque-parfait du marché de l’emploi îlien. Ces malvenus ne demandent qu’à rentrer chez eux, une fois un pécule constitué pour leurs vieux jours, mais, que voulez-vous, avec le syndrome du plombier polonais, la xénophobie voire le racisme ont gagné la population plus soudainement qu’en France.

– Le même type de rejet culturel avait déjà conduit à faire du Calaisis français un barrage étanche contre les demandeurs d’asile venant du Sud. Contrairement à la France, où le phénomène progresse sans surgir, ce malaise d’identité a rapidement envahi la psyché d’une majorité de Britanniques. Guidés par leurs media, ils en ont directement imputé la faute aux (infâmes) directives bruxelloises.

– Un paramètre majeur de ce basculement tient à la presse dite tabloïde, lue par M. Tout-le-monde, qui cultive une solide tradition d’Europhobie et de mauvaise foi. Elle n’a jamais vraiment reconnu que le Royaume Uni était, des 28 membres de l’UE, celui qui bénéficiait de dérogations sur mesures pour à peu près toutes les politiques communautaires (budgétaires, monétaires, sociales, agricoles, frontalières, etc.). L’Europe est davantage perçue comme abritant des « monstres », tels, la Commission, le Parlement et la Cour de justice européenne. Les media populaires ont a aussi beaucoup vendu l’idée passéiste que « l’Empire » et le reste du monde attendaient l’émancipation britannique pour créer un pôle majeur dans les affaires du monde. L’archaïsme (« salafisme » occidental ?) paraît une folie, en ces temps où le monde occidental, celui du libre-échange et de l’entreprise globale, se replie dans sa coquille protectionniste et souverainiste, au constat – comme le fait le Moyen-Orient – de son rapide déclin dans les équilibres mondiaux. Ce recul appelle malheureusement des ingérences extérieures et pas seulement dans nos élections. Vu d’ailleurs, les Britanniques – à l’exception bien sûr des milieux d’affaires et des citadins éclairés – n’ont pas perçu l’époque qui est la nôtre et le risque encouru à cheminer seul, petit, sans boussole ni voisins.

2 – Pour les Etats-Unis, la Chine et pour l’Inde, en effet, voire pour Singapour ou la Malaisie, un portail va s’ouvrir sur une mine d’opportunités en termes de prise de possession d’actifs économiques et de technologies britanniques. La transformation des îles en plateforme de pénétration financière et commerciale, en contournement des règles et des taxes européennes, devrait créer frictions et méfiance là où l’alignement des normes avait, jusqu’ici, parfaitement servi les succès de la City. D’ailleurs, si l’idée est bien d’abolir toutes les règles et contraintes bancaires au profit d’un néocapitalisme sauvage du type « Singapour sur Tamise », la méfiance risque de changer de rive de la Manche et d’éloigner les Européens de la place financière pourtant la plus performante du monde.

– La dépendance élevée vis-à-vis de l’oncle Sam (ou Donald), seule alternative à l’U.E – mais dans les pires circonstances – que puisse se permettre un Royaume Uni sans amarre, impliquera la conversion la plus totale à la loi des marchés, avec un coup social élevé prévisible pour les classes laborieuses britanniques, déjà peu gâtées. Pour l’Ecosse mais éventuellement aussi pour le Pays de Galles et l’Irlande du Nord, le coût payé à l’unité du Royaume pourrait atteindre l’insupportable. Vu du monde émergent, le Brexit – s’il a lieu – signera l’effondrement de l’influence de l’Europe dans le système mondial. Si ce n’est dans l’immédiat, le Royaume pourrait se fissurer à terme, voire se recroqueviller sur la seule Angleterre.

3 – Le Royaume Uni a beau être le berceau de la démocratie parlementaire occidentale – un siècle avant la France – il n’apparaît pas particulièrement prémuni contre le populisme, une dérive d’opinion touchant tout l’Occident, mais plus ancrée dans la tradition française que dans la sienne, laquelle est tournée vers une forme d’inter-communautarisme de l’indifférence. Ce même populisme est en train de détruire un édifice politique, jadis exceptionnel, mais devenu passablement archaïque (comme aux Etats-Unis) et sans repère écrit (la constitution républicaine d’Oliver Cromwell, au 17ème siècle, ayant laissé les pires souvenirs à ses contemporains). Politiquement, le Royaume ne s’est jamais approprié les institutions continentales, même si les parlementaires britanniques à Strasbourg ont généralement brillé par leur talent de négociateurs. Héritiers du postulat « the Sovereign in his/her Parliament », les sujets britanniques se sont habitués à ce que le pouvoir législatif finisse par incarner, seul, les fonctions de l’Exécutif, en s’attribuant des pouvoirs exorbitants et solitaires, le moindre n’ayant pas été de réduire les pouvoirs du monarque à une coquille politique vide, sans avoir laisser émerger une réelle souveraineté populaire, que les partis n‘ont pas vocation à incarner. Le référendum de juin 2016, outil peu usuel au Royaume Uni, aura été une sorte d’exception, introduisant une tension entre les partis (le peuple) et leur représentation parlementaire (la souveraineté). Les sujets britanniques, surtout les « remainers », se sont alors exprimés sur la place publique, comme rarement auparavant, mettant en lumière la fracture du peuple en deux camps antagonistes.

Par inconscience du problème, la classe politique s’est limitée à être servile à l’égard des milieux les plus démagogues et des bourreurs de crâne irresponsables en tous genres, sans proposer sa propre vision de l’avenir. Le Parlement se bat, lui, essentiellement pour ses prérogatives. Les électeurs cherchent une sortie du tunnel dans un épaisse pénombre. La démocratie anglaise a décliné au fil des trois dernières années et se met entre parenthèse, comme le montre les coups de force, complots et trahisons, de toutes parts, pour forcer le cours de la vie publique. Ceci ne va pas aider le reste de l’Europe, relativement plus stable et peut-être plus unie jusqu’à présent (?), à maîtriser ses propres démons internes.

4 – Pour l’heure, qui s’intéresse encore à la défense de valeurs communes européennes – bien réelles – au point de vouloir protéger les Kurdes, de parler d’une seule voix à la Chine ou de compenser la démence de plus en plus patente de Donald Trump ? Que restera-il- demain du partenariat stratégique liant la France au Royaume Uni – seul élément rapidement mobilisable du système de défense européen – quand les classes politiques, insensibles aux intérêts communs, pousseront le « blame game » (culpabiliser l’autre pour se dédouaner soi-même) jusqu’à l’hystérie ? Pourra-t-on coordonner le déploiement des moyens nucléaires des deux pays, voire leur action au Conseil de Sécurité ? Face au déploiement d’Euromissiles russes visant les cités et les infrastructures du Continent, Londres ne va-t-elle pas s’aligner sur l’indifférence et la vacuité américaine ? Quelle chance aura la Politique européenne de Sécurité et de Défense d’intervenir et de peser, sans la Grande Bretagne, avec l’inertie que l’on sait chez nos partenaires de l’Union ?

L’Europe va perdre de sa substance vitale et, il va sans dire, de sa légitimité internationale. Si on peut comprendre l’impatience de certains d’en ‘’finir avec le Brexit’’, on a tout motif à vouloir connaître, dès à présent, la nouvelle donne des relations euro-britanniques, avec laquelle il va falloir vivre tant bien que mal les prochaines décennies. Dans un divorce décent et indolore, on fixe des règles pour l’avenir en même temps qu’on solde le passé. Là, nenni, et cette incertitude s’ajoute à l’autre (quand, le Brexit ?), alors qu’on aurait pu négocier successivement et rapidement le divorce et l’entente future. Un mauvais présage…

L’été géopolitique 2019 – N’espérez aucun répit !

La saison estivale laissera le souvenir de la canicule. Pourtant, l’actualité géopolitique n’a pas connu de pause (d’ailleurs, pourquoi ?) ni de baisse de température.  Si on cherche à dégager quelques tendances de fond, on pourra relever l’angoisse montante des Européens à propos du futur de notre monde ‘’invivable ». Elle contraste avec un reste du monde à la fois optimiste et belliqueux, à l’image du président Trump, de Kim Jong-Un ou de Xi Jinping. Ceux-là sont absorbés dans la recherche de gains stratégiques ou commerciaux. La scène géopolitique projette l’image du monde d’hier, sans pôle et « globalisé », glissant dans une logique de blocs antagonistes, sous l’influence de puissances conquérantes. Quelque chose des impérialismes du 19ème S et des alliances de 1914 est de retour dans l’air du temps, partout sur fond de national-populisme souverainiste. Le désordre international ne contribue pas à maintenir les liens entre les nations qu’il s’agisse du commerce, des mouvements humains, de la recherche de la Paix ou du contrôle des armements que celle-ci implique. J’y ajouterais aussi un certain cosmopolitisme des cultures, qui aide à comprendre notre temps. Sur les multiples foyers de crise et de contentieux, le populisme à courte vue ravive les braises. Mais les prises de conscience des problèmes progressent et elles peuvent aussi faire surgir de nouvelles sagesses.

Un regard sévère sur l’avenir, partagé par beaucoup

1 – La Planète finira-t-elle par se délester de l’Humanité ?

Côté ambiance, des scénarii-catastrophes planaient en préambule du G7 de Biarritz, au terme d’un mois de juillet le plus chaud de l’histoire du monde. La Sibérie et l’Amazonie, nos « poumons », se consumaient. Le dernier rapport du GIEC s’inquiétait de l’état très dégradé des terres. Parviendraient-elles à nourrir le surplus de population attendu ou, autre option, à produire les énergies renouvelables tant espérées ? La jeune Greta, 16 ans, parcourait le Nord de la planète en essemant la grève du vendredi dans les collèges et toute une génération de parents s’introspectait fermement : « avons-nous mal fait ? ». Les piques échangées entre E. Macron et J. Bolsonaro à propos de l’Amazonie en flammes ont donné un tour saisissant à cette confrontation. Maltraitance de la Terre due à notre esprit social et libertaire, « consumériste » et incapable de régulation ? Et les catastrophes s’enchaînaient : ouragans (dont le dernier, dévastateur, aux Bahamas), Ebola, séismes, parasites de l’olivier… Stopper le commerce sauvegarderait-t-il l’environnement ? Ce credo quasi-religieux a mobilisé des foules contre le CETA, avant que cet accord ne soit adopté en France, le 23 juillet, épargnant au pauvre Canada d’être traité comme notre pire ennemi. Les pays du Mercosur ont, eux, vu l’accord de libre-échange négocié depuis 19 ans avec l’UE, bloqué d’adoption par la France pour cause de « tromperie brésilienne ». Utiliser les conventions commerciales pour imposer des conditions écologiques (fidélité à l’accord de Paris – COP-21) ou couper les ponts et opter pour l’autarcie, le débat tend vers la caricature.

2 – Le délire américain, entre Grand-Guignol et avant-goût d’apocalypse

Le côté le plus délirant de la scène mondiale porte un nom : Trump. Le président américain a été à l’initiative contre tout ce qui pourrait nous assurer un avenir relativement protecteur. Si l’OMC existe encore formellement, il a désintégré tous les codes du commerce international, au profit exclusif de « l’arme du rapport de force ». Voisins, alliés comme concurrents se sont pris des taxes pour leur grade (même notre bon vin est ciblé), mais c’est encore, en direction de la Chine et de l’Iran que ces offensives ont été les plus agressives, souvent à la limite du blocus (Iran) ou de l’étouffoir (Chine). Au point que beaucoup s’interrogent sur leurs effets récessifs potentiels, voire sur une dérive militaire dans la gestion des crises : tentative avortée de bombardement par drones sur l’Iran, manœuvres de confiscation de bâtiments de commerce répondant à des sabotages, resserrement des interdictions bancaires et, concernant la Chine, livraison d’armes à Taiwan et même menace de « couler » la place financière de Hongkong ! En revanche, le Groenland plaît à Donald et il propose de l’acheter, au grand effarement des autorités tutélaires, au Danemark. Pour se constituer un arsenal contre la Chine, le 2 août, il jette aux orties le traité INF bannissant les missiles nucléaires de 500 à 5000 km de portée, qui protégeait l’Europe du péril atomique. Sous une pluie d’essais balistiques nord-coréens, il affirme sans fard que « tout va bien avec (son) ami Kim ». Dans la même veine, après un an de négociation secrète avec les Talibans, il congédie ceux-ci à leur arrivée à Camp David et décide de laisser pourrir le conflit d’Afghanistan, dont l’issue dans l’honneur est, pour le coup, un vrai casse-tête. Qu’importe ! Sur le « front électoral », primordial à ses yeux, le milliardaire manie l’insulte raciste contre des élues du Congrès (« retournez d’où vous venez ! »), la soumission des migrants latinos – même, les enfants – à de mauvais traitements, les diktats à ses industriels pour qu’ils désinvestissent en Chine ou fabriquent des véhicules polluants, etc.

3 – Le nationalisme obtus, plus contagieux qu’Ebola

La xénophobie, le protectionnisme et le nationalisme ne sont pas l’apanage d’un seul pays et l’été 2019 a illustré une propension croissante à la création de conflits, dans d’autres régions du monde. Bien qu’e principe pacifique, la grande offensive de Pékin sur les nouvelles routes de la Soie fait peur, tout en créant des opportunités. Les pays africains ont été particulièrement ciblés par cette invite à sortir du système multilatéral pour prospérer dans l’orbite chinoise. Certains laissent percevoir de la prudence, à l’image des états européens, exception faite de la Grèce, de l’Italie et de l’Europe centrale. Quelques jours après avoir célébré, au château de Chantilly, son partenariat stratégique avec la France, l’Indien Narendra Modi met fin brutalement à l’autonomie du Jammu-Cachemire, ce territoire musulman revendiqué par le Pakistan depuis la partition de 1947 et dont la population se retrouve en quasi-rétention. Islamabad ne manquera pas de riposter par le biais des groupes d’insurgés soutenus à distance. La Birmanie achève de barricader au Bangladesh ses Rohingyas. L’ASEAN, prudente, maintient un fer au feu avec la Chine et l’autre avec les Etats Unis (manœuvres communes). Mais le clash de valeurs le plus spectaculaire concerne Hongkong, dont la population est en ébullition depuis février contre la « mainmise continentale » (de Pékin) sur la vie politique locale. Centré initialement sur une volonté unanime de résistance à un projet de loi liberticide (possible déportation des suspects vers la justice communiste), l’indignation s’est mue en dénonciation des ingérences du PC chinois mennaçant les garanties d’autonomie complète (un pays – deux systèmes) accordées pour 50 ans lors de la dévolution du territoire à la Chine, en 1997. En réponse à la brutalité montante de la police et à la surdité politique du gouvernement hongkongais (qui confirme son inféodation à Pékin), la tension monte, avec son cortège de violences, à l’approche du 1er octobre, la date célébrant le 70ème anniversaire de la fondation de la RPC, à l’occasion de laquelle les dirigeants du PCC ne peuvent se permettre de perdre la face. Or, Hongkong est le poumon financier de la Chine et son plus grand port….

4 – Vers une guerre entre les USA et l’Iran ?

Sur arrière-plan de confrontation entre sunnites et chiites, des deux côtés, on s’y est préparé. Washington, en sortant de l’accord nucléaire de Vienne de 2015, seule piste praticable pour calmer le jeu de la prolifération nucléaire (et balistique), sans perte de face … mais aussi, en sanctionnant personnellement les dirigeants iraniens (confiscation des comptes bancaires) et, surtout, en bloquant tout commerce avec Téhéran en vertu de la « loi du dollar », qui bannit l’usage de cette devise pour toute transaction. Les Européens ont bien tenté, par le mécanisme de troc INSTEX de desserrer un peu le collet mais leurs entreprises, très respectueuses du Trésor américain, n’ont pas suivi. En pleine bataille d’arraisonnement de pétroliers et de tir de drones dans le golfe d’Ormuz, un ultimatum a été lancé aux Européens par le président Rohani : rétablir le commerce sous 60 jours. Le délai passé, les mollahs en viennent à se désengager par étapes de leurs obligations aux termes de l’accord nucléaire : les centrifugeuses tournent à nouveau à plein. Un peu plus au Sud du Golfe, au Yémen, la population continue de subir les bombardements aériens saoudiens et les chars emirati, avec, dans les deux cas, la très probable utilisation d’armes françaises, car, faute d’être sunnite, l’industrie de défense du Pays de Voltaire se montre foncièrement anti-chiite. La confusion règne entre alliés arabes opposés aux Houtis chiites : Riyad veut punir, nettoyer et réinstaller le président Radhi, « dégagé » par la population. Abu Dhabi cherche à s’octroyer une emprise sur le terrain, au Sud, en s’appuyant sur des milices indépendantistes ou autres. Les deux capitales laissent Daech et Al Qaeda prospérer. Rien de sérieux à signaler sur la Syrie : Idlib, une province de 3, 5 millions d’habitants – surtout des déplacés de guerre – est soumise par les troupes de Damas et l’aviation russe à blocus et à un déluge continu de bombes, mais les démocraties d’Occident ne s’en préoccupent guère. Accessoirement, la Turquie menace d’ouvrir – en direction de l’Europe – les vannes des quelque trois millions de réfugiés syriens sur son territoire, si on ne laisse pas son armée constituer, en Syrie, un glacis de 30 à 40 km de profondeur, tout au long de sa frontière sud (de peuplement kurde). L’entité autonome kurde YPG, qui a libéré la population des bandes de Daech, avec des appuis aériens occidentaux, est clairement en ligne de mire. A l’approche d’élections qui seront difficiles pour B. Netanyahou, Israël envoie aussi son aviation bombarder, en Syrie – mais aussi en Iraq et au Liban – tout ce que l’Iran compte comme éléments armés et associés dans la Région. Il est vrai que l’axe de pénétration que Téhéran tisse patiemment jusqu’à la Méditerranée constitue une vraie menace pour l’Etat hébreu. La prétention d’annexer un tiers de la Cisjordanie vise, elle, à plaire à la majorité de l’électorat, farouchement opposée à une paix en Palestine.

5 – En Afrique, un face à face stoïque de la bonne et de la mauvaise gouvernance

– Dans ce tableau général d’une « Asie qui brûle », l’Afrique s’en tire-t-elle mieux ? Comme les étudiants Hongkongais, les jeunesses du Soudan, d’Algérie et de Tunisie expriment une volonté exemplaire de refuser l’injustice et l’oppression des grands dirigeants corrompus. A Khartoum, au lendemain d’un Tiananmen sanglant le 3 juillet, les militaires – qui ont renversé le général Al Bechir – se sont ressaisis et ont fini par accepter une transition vers la démocratie de trois ans, partagée entre eux-mêmes et la société civile. L’Ethiopie a exercé ses bons offices. Une belle victoire, quoi que très fragile. En Algérie, l’après Bouteflika s’annonce sous des auspices comparables, : la population et la jeunesse en particulier ont manifesté leur ferveur démocratique et leur attachement aux libertés sans être contrés par les Islamistes, la corruption est sanctionnée, une transition est annoncée mais l’arrestation de certains démocrates et l’autoritarisme du Chef d’Etat-major, actuellement aux mannettes rend circonspect. En Tunisie, la classe politique a bien réagi à la disparition du président Beji Caïd Essebsi, un grand acteur de la révolution démocratique. On peut gager que le modèle tunisien, unique au sein du monde arabe, est en train de prendre racine. La prédiction inspire de l’optimisme, en même temps qu’elle illustre le rêve éternel de liberté et de dignité, qui n’a pas perdu son attrait, du fait de l’urgence climatique.

– Ailleurs, sur le continent noir : expansion inquiétante des zones d’exactions jihadistes à travers le Sahel et l’Afrique centrale (où les attentats jihadistes se multiplient aussi), pandémie d’Ebola qui s’étend, forêts tropicales qui partent en fumée, nouvelle vague de violences xénophobes dans les townships d’Afrique du Sud, départ de centaines de milliers de candidats à la traversée vers l’Europe, promis à des supplices en Libye ou à se noyer en Méditerranée, à portée de navires européens désormais interdits de tout secours en mer. Matteo Salvini n’aura constitué que la partie émergée, très visible, de cet iceberg d’hostilité et de déni du droit humanitaire.

– A courte portée de la Tunisie démocratique, l’anarchie libyenne fait tache. Après avoir bénéficié de soutiens militaires français, le « maréchal » Haftar met la région de Tripoli sous siège et à feu et à sang. Les milices s’en donnent à cœur joie : exactions économiques, pillages, torture et racket des exilés subsahariens (bombardés jusque dans les centres d’hébergement), tandis que l’Europe continue sa distribution de subsides à qui voudra bien endiguer le flux des Africains. Là aussi, le chaos général bénéficie aux mouvements jihadistes qui prospèrent là où les Etats dysfonctionnent ou n’existent plus.

6 – L’Europe, cahin-caha, sur une pente glissant vers l’insignifiance

Certes, tout n’a pas empiré sur le Vieux Continent. La France a eu le mérite de tenter une discrète opération pour désamorcer la bombe américano-iranienne, mais elle n‘avait pas le poids requis. Elle occupe le haut du pavé climatique et environnemental tout en ayant perdu beaucoup de son poids géopolitique, scientifique et humanitaire ou moral. Paris a occupé, pendant l’été, une place d’importance compte tenu des difficultés intérieures qui affectaient ses partenaires européens et de l’ambiance prévalente de repli sur soi. Sa diplomatie s’efforce à rééquilibrer la relation avec la Russie et à recréer, avec le « président-ennemi de tous les régimes libéraux », des éléments de convergence et de complémentarité (d’où la visite de V. Poutine au fort de Brégançon, avant le G 7). Elle espère que, ce faisant, l’Europe et la Russie pourront prévenir le risque de se voir éclipsées par le nouveau duopole sino-américain. L’idée de sauver, au passage, quelques lambeaux de l’ordre multilatéral, qui gageait la Paix, n‘est pas absente du raisonnement, même si, pratiquement, on ne peut aller loin sans l’aval des autres. Ce nouvel état d’esprit, auquel Poutine se prête pour le moment (qu’aurait-il à y perdre ?), favorise la recherche d’une solution en Ukraine. L’élection à Kiev d’un nouveau président, plus pragmatique y contribue positivement et, ainsi, des échanges de prisonniers ont été amorcés. On parle un peu du Moyen-Orient, où les deux grands acteurs sont empêtrés et pourraient vouloir conclure sur un plan politique. Reste le déploiement en cours de missiles nucléaires ciblés sur les villes européennes. Décidé en juillet, il ne favorisera pas la confiance.

– Le choc qui disqualifiera l’Europe a pour nom « Brexit ». Lancé par le referendum de juin 2016, sur fond de fureur populiste à l’égard des institutions de Bruxelles et des Européens de l’Est, jugés envahissants, le divorce d’avec le continent était devenu la quadrature du cercle sous T. May. Toutes les options étaient bloquées. Après que ses inspirateurs se sont emparés des leviers du Royaume, Boris Johnson en tête de proue, un bras de fer hargneux s’en est suivi avec le Parlement de Westminster. Ce dernier a infligé, à l’ancien maire de Londres, une belle brassée de camouflets, récusant son projet de « hard Brexit », sans accord avec l’UE, impérativement au 31 octobre (six motions sur six votées contre lui). N’en doutons pas, la suite de cette féroce bagarre fera les bons feuilletons de l’automne, mais elle achèvera aussi de projeter, à travers le monde, l’image d’une Europe en déclin et peut-être même en décomposition. Certes, c’est exagéré. Sans doute, les Etats Unis – si Trump est réélu fin-2020 -, les légions de hackers du Kremlin, Facebook et les investisseurs « routes de la soie » sauront profiter de l’aubaine. Pourtant, l’Union a plutôt bien tenu le coup face aux coups de boutoir britanniques. A la date de la rupture annoncée (aussi, celle célébrant Halloween), elle mettra en place une nouvelle équipe dirigeante, présidée – pour ce qui est de la Commission – par U. van der Leyen, ancienne ministre de la défense d’Allemagne, réputée avoir l’esprit géopolitique. Autre acquis immédiat : le reflux des personnalités populistes. En Italie, M. Salvini est tombé, après avoir essayé d’accaparer le pouvoir par la voie plébiscitaire. Le piège s’est refermé sur lui et Rome devrait retrouver, pour un temps, le chemin de Bruxelles. En Hongrie, en République tchèque (où elle a chassé un premier ministre corrompu), en Pologne, à un moindre degré, des oppositions se font entendre plus fort face aux dirigeants autoritaires. Irait-on jusqu’à espérer, si les attentats poursuivent leur déclin actuel, que les questions bien réelles concernant les nouvelles migrations, le climat, la défense et le « soft power » de l’Europe, la sécurité financière, la sécurité numérique, le développement durable, l’avenir de nos libertés, etc. soient saisies à bras le corps par une Europe suffisamment unie pour aller de l’avant. Rendez-vous au début-2020 !

Grand méchant coyote (US) et grand méchant ours (Russe) fourbissent leurs calibres nucléaires : feu sur la bergerie européenne ?

Ceux qui ont connu les années 1980 de la « Détente » agonisante, se souviennent qu’ils avaient furieusement milité contre l’installation en Europe des missiles américains Pershing. Ces armes nucléaires de portée intermédiaire, limitée de 500 à 5500 km, étaient vouées à un règlement de comptes entre les deux « super-grands » d’alors, sur leur théâtre d’affrontement européen. A raison, cela faisait horreur à la jeunesse citoyenne et pacifiste : combien de millions d’Européens risquaient de s’en trouver condamnés, tôt ou tard, à la vitrification subite ou à une leucémie lente, sans savoir exactement d’où et sur l’ordre de qui l’holocauste leur tomberait sur la tête ? Elle oubliait seulement, cette belle jeunesse, que du côté de l’Oural, des milliers d’euromissiles SS 20 soviétiques ciblaient l’Europe occidentale, sans qu’on en ait guère dit mot ! L’équilibre de la terreur s’est finalement rétabli, de part et d’autre, en dépit des manifestations immenses contre l’administration Reagan et c’est probablement à cela que l’on doit trois résultats bénéfiques : l’absence de folie aventuriste à l’Ouest comme à l’Est, la survie de l’Union européenne et, en 1987, le Traité sur les Forces Nucléaires Intermédiaires (FNI ou les « euromissiles »), qui plafonne et régule le déploiement de ces armes de destruction massive. N’en déplaise aux partisans du désarmement dans le déséquilibre, la stabilité s’est maintenue, jusqu’en 2019 en tout cas … mais pas beaucoup plus, on peut le craindre.

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Ma déclaration universelle des droits de l’Homme (« je vous aime, je vous aime, moi non plus ! »)

René Cassin et Eleanore Roosevelt, lors de l’adoption

La façon dont n’a pas été célébré, ce 10 décembre, le 70 ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme confirme, après des déferlement de violence, que ce socle des libertés fondamentales de l’Humanité, au mieux, n’intéresse plus. Au pire, il est devenu la marque d’un monde disparu. Foin d’utopie universelle (deux mots suspects)! Oublions la fraternité des peuples, chacun doit rester coincé sur son bout d’asphalte, dans sa rage victimaire, et imposer sa loi, jusqu’à tout sacrifier : ne pas dialoguer, ne rien lâcher, surtout !

J’exagère un brin. Dans certaines de nos villes, des gens plus humains, vêtus de jaune, ont rallié les marches pour le climat et ont « verdi », non sans discernement, leurs préoccupations initiales dans celles de l’Humanité. Lire la suite

Les gilets jaunes, archétype des confrontations mondiales ?

Réincarnation des sans-culottes ?
The Gilets jaunes, (yellow vests) are anti-globalisation and furious

Je suis loin d’approuver BHL sur tout, mais je dois dire que son récent discours devant le CRIF, concernant le phénomène des « gilets jaunes », est assez convainquant. Ce type de révolte « à la base » est un classique de l’histoire de France : les pantalons rayés des sans-culotte de juillet 1789 préfiguraient bien nos gilets fluo d’aujourd’hui. Justement insatisfaits de l’état du Royaume, ils tendent, comme on dit, à « péter les plombs » et s’en prennent à tout ce qui paraît injuste, dans leur représentation enfantine de la chose publique. Cela justifie à leurs yeux un vrai passage à l’acte. « Libératrice », la violence leur ferme aussi tout horizon. Elle les confronte à des tyrannies un peu fantasmées et, dans leur spontanéité, ils font erreur sur leurs cibles : déjà, ce pauvre gouverneur Delaunay et la quinzaine de fils à papa enfermés à la Bastille en 1789, n’étaient pas vraiment le cœur arrogant de l’ancien régime. On a fait comme si. Même méprise chez les « boulangistes » en 1879, chez les « ligueurs » en 1934, chez les « bonnets rouges », il y a peu.

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Prince-héritier, où ce qu’il est le corps ? (sur l’air d' »Artur qu’est-ce t’as fait du corps », chanté par Reggiani)

L’Ourson géo n’a pas été très politique, récemment. Il était en contemplation devant un petit être humain – une toute petite sirène – née dans la tanière: « quelle merveille, se disait-il, en réalisant que lui, l’Ourson, était bien gros désormais pour inspirer un tel diminutif affectueux. Le miracle de la vie qui éclot rend plus insoutenable encore les atteintes haineuses à d’autres vies, des vies qui ne demandaient qu’à prospérer au bonheur. Jamal Khashoggi, le journaliste saoudien au franc-parler, chroniqueur au Washington Post, assassiné par les autorités de son pays à Istambul, le 2 octobre, personnifie bien la victime qui accable ses bourreaux. N’en déplaise à la Délégation Générale aux Armements(DGA), qui révère le Prince-héritier commanditaire de l’affaire comme son meilleur client et à, l’export, on sait bien que le client est roi.

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Hulot en dissidence, Macron en terrain miné, M. Toulemonde en prostration : rentrée agitée ?


La transition écologique n’est pas en marche – illustration du Monde

Il faut dire que les temps ont changé (publié chez Albin Michel – août 2018)
Présentant son dernier ouvrage sur France Inter, l’économiste Daniel Cohen constatait sans plaisir un haut degré de «désocialisation» dans les strates populaires françaises. Un changement du monde, parmi d’autres, qui nous parle.

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Ce qui me trompe (Kim-Trump) me tient en alerte (nucléaire)

Bonjour aux géostratèges chevronnés ! L’Ourson a suivi avec délectation les amours subites de Kim Jong-Un et de POTUS Trump, à Singapour. Jadis, on chantonnait, à propos de cette rutilante Cité-Etat : « Le crocodile, il est malade … Il est malade, à Singapour… Il faut qu’il mange de la salade … S’il ne veut pas mourir un jour ».

Prémonitoire ! … à contempler la bouille rayonnante du camarade Kim (qui fume du H, question bombe atomique) et l’air méchant et renfrogné de l’Homme à la houpette orange, il n’y a pas photo : on saisit lequel est le crocodile car on a déjà une certaine expérience de ses salades !

Make America great again !

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