L’été géopolitique 2019 – N’espérez aucun répit !

La saison estivale laissera le souvenir de la canicule. Pourtant, l’actualité géopolitique n’a pas connu de pause (d’ailleurs, pourquoi ?) ni de baisse de température.  Si on cherche à dégager quelques tendances de fond, on pourra relever l’angoisse montante des Européens à propos du futur de notre monde ‘’invivable ». Elle contraste avec un reste du monde à la fois optimiste et belliqueux, à l’image du président Trump, de Kim Jong-Un ou de Xi Jinping. Ceux-là sont absorbés dans la recherche de gains stratégiques ou commerciaux. La scène géopolitique projette l’image du monde d’hier, sans pôle et « globalisé », glissant dans une logique de blocs antagonistes, sous l’influence de puissances conquérantes. Quelque chose des impérialismes du 19ème S et des alliances de 1914 est de retour dans l’air du temps, partout sur fond de national-populisme souverainiste. Le désordre international ne contribue pas à maintenir les liens entre les nations qu’il s’agisse du commerce, des mouvements humains, de la recherche de la Paix ou du contrôle des armements que celle-ci implique. J’y ajouterais aussi un certain cosmopolitisme des cultures, qui aide à comprendre notre temps. Sur les multiples foyers de crise et de contentieux, le populisme à courte vue ravive les braises. Mais les prises de conscience des problèmes progressent et elles peuvent aussi faire surgir de nouvelles sagesses.

Un regard sévère sur l’avenir, partagé par beaucoup

1 – La Planète finira-t-elle par se délester de l’Humanité ?

Côté ambiance, des scénarii-catastrophes planaient en préambule du G7 de Biarritz, au terme d’un mois de juillet le plus chaud de l’histoire du monde. La Sibérie et l’Amazonie, nos « poumons », se consumaient. Le dernier rapport du GIEC s’inquiétait de l’état très dégradé des terres. Parviendraient-elles à nourrir le surplus de population attendu ou, autre option, à produire les énergies renouvelables tant espérées ? La jeune Greta, 16 ans, parcourait le Nord de la planète en essemant la grève du vendredi dans les collèges et toute une génération de parents s’introspectait fermement : « avons-nous mal fait ? ». Les piques échangées entre E. Macron et J. Bolsonaro à propos de l’Amazonie en flammes ont donné un tour saisissant à cette confrontation. Maltraitance de la Terre due à notre esprit social et libertaire, « consumériste » et incapable de régulation ? Et les catastrophes s’enchaînaient : ouragans (dont le dernier, dévastateur, aux Bahamas), Ebola, séismes, parasites de l’olivier… Stopper le commerce sauvegarderait-t-il l’environnement ? Ce credo quasi-religieux a mobilisé des foules contre le CETA, avant que cet accord ne soit adopté en France, le 23 juillet, épargnant au pauvre Canada d’être traité comme notre pire ennemi. Les pays du Mercosur ont, eux, vu l’accord de libre-échange négocié depuis 19 ans avec l’UE, bloqué d’adoption par la France pour cause de « tromperie brésilienne ». Utiliser les conventions commerciales pour imposer des conditions écologiques (fidélité à l’accord de Paris – COP-21) ou couper les ponts et opter pour l’autarcie, le débat tend vers la caricature.

2 – Le délire américain, entre Grand-Guignol et avant-goût d’apocalypse

Le côté le plus délirant de la scène mondiale porte un nom : Trump. Le président américain a été à l’initiative contre tout ce qui pourrait nous assurer un avenir relativement protecteur. Si l’OMC existe encore formellement, il a désintégré tous les codes du commerce international, au profit exclusif de « l’arme du rapport de force ». Voisins, alliés comme concurrents se sont pris des taxes pour leur grade (même notre bon vin est ciblé), mais c’est encore, en direction de la Chine et de l’Iran que ces offensives ont été les plus agressives, souvent à la limite du blocus (Iran) ou de l’étouffoir (Chine). Au point que beaucoup s’interrogent sur leurs effets récessifs potentiels, voire sur une dérive militaire dans la gestion des crises : tentative avortée de bombardement par drones sur l’Iran, manœuvres de confiscation de bâtiments de commerce répondant à des sabotages, resserrement des interdictions bancaires et, concernant la Chine, livraison d’armes à Taiwan et même menace de « couler » la place financière de Hongkong ! En revanche, le Groenland plaît à Donald et il propose de l’acheter, au grand effarement des autorités tutélaires, au Danemark. Pour se constituer un arsenal contre la Chine, le 2 août, il jette aux orties le traité INF bannissant les missiles nucléaires de 500 à 5000 km de portée, qui protégeait l’Europe du péril atomique. Sous une pluie d’essais balistiques nord-coréens, il affirme sans fard que « tout va bien avec (son) ami Kim ». Dans la même veine, après un an de négociation secrète avec les Talibans, il congédie ceux-ci à leur arrivée à Camp David et décide de laisser pourrir le conflit d’Afghanistan, dont l’issue dans l’honneur est, pour le coup, un vrai casse-tête. Qu’importe ! Sur le « front électoral », primordial à ses yeux, le milliardaire manie l’insulte raciste contre des élues du Congrès (« retournez d’où vous venez ! »), la soumission des migrants latinos – même, les enfants – à de mauvais traitements, les diktats à ses industriels pour qu’ils désinvestissent en Chine ou fabriquent des véhicules polluants, etc.

3 – Le nationalisme obtus, plus contagieux qu’Ebola

La xénophobie, le protectionnisme et le nationalisme ne sont pas l’apanage d’un seul pays et l’été 2019 a illustré une propension croissante à la création de conflits, dans d’autres régions du monde. Bien qu’e principe pacifique, la grande offensive de Pékin sur les nouvelles routes de la Soie fait peur, tout en créant des opportunités. Les pays africains ont été particulièrement ciblés par cette invite à sortir du système multilatéral pour prospérer dans l’orbite chinoise. Certains laissent percevoir de la prudence, à l’image des états européens, exception faite de la Grèce, de l’Italie et de l’Europe centrale. Quelques jours après avoir célébré, au château de Chantilly, son partenariat stratégique avec la France, l’Indien Narendra Modi met fin brutalement à l’autonomie du Jammu-Cachemire, ce territoire musulman revendiqué par le Pakistan depuis la partition de 1947 et dont la population se retrouve en quasi-rétention. Islamabad ne manquera pas de riposter par le biais des groupes d’insurgés soutenus à distance. La Birmanie achève de barricader au Bangladesh ses Rohingyas. L’ASEAN, prudente, maintient un fer au feu avec la Chine et l’autre avec les Etats Unis (manœuvres communes). Mais le clash de valeurs le plus spectaculaire concerne Hongkong, dont la population est en ébullition depuis février contre la « mainmise continentale » (de Pékin) sur la vie politique locale. Centré initialement sur une volonté unanime de résistance à un projet de loi liberticide (possible déportation des suspects vers la justice communiste), l’indignation s’est mue en dénonciation des ingérences du PC chinois mennaçant les garanties d’autonomie complète (un pays – deux systèmes) accordées pour 50 ans lors de la dévolution du territoire à la Chine, en 1997. En réponse à la brutalité montante de la police et à la surdité politique du gouvernement hongkongais (qui confirme son inféodation à Pékin), la tension monte, avec son cortège de violences, à l’approche du 1er octobre, la date célébrant le 70ème anniversaire de la fondation de la RPC, à l’occasion de laquelle les dirigeants du PCC ne peuvent se permettre de perdre la face. Or, Hongkong est le poumon financier de la Chine et son plus grand port….

4 – Vers une guerre entre les USA et l’Iran ?

Sur arrière-plan de confrontation entre sunnites et chiites, des deux côtés, on s’y est préparé. Washington, en sortant de l’accord nucléaire de Vienne de 2015, seule piste praticable pour calmer le jeu de la prolifération nucléaire (et balistique), sans perte de face … mais aussi, en sanctionnant personnellement les dirigeants iraniens (confiscation des comptes bancaires) et, surtout, en bloquant tout commerce avec Téhéran en vertu de la « loi du dollar », qui bannit l’usage de cette devise pour toute transaction. Les Européens ont bien tenté, par le mécanisme de troc INSTEX de desserrer un peu le collet mais leurs entreprises, très respectueuses du Trésor américain, n’ont pas suivi. En pleine bataille d’arraisonnement de pétroliers et de tir de drones dans le golfe d’Ormuz, un ultimatum a été lancé aux Européens par le président Rohani : rétablir le commerce sous 60 jours. Le délai passé, les mollahs en viennent à se désengager par étapes de leurs obligations aux termes de l’accord nucléaire : les centrifugeuses tournent à nouveau à plein. Un peu plus au Sud du Golfe, au Yémen, la population continue de subir les bombardements aériens saoudiens et les chars emirati, avec, dans les deux cas, la très probable utilisation d’armes françaises, car, faute d’être sunnite, l’industrie de défense du Pays de Voltaire se montre foncièrement anti-chiite. La confusion règne entre alliés arabes opposés aux Houtis chiites : Riyad veut punir, nettoyer et réinstaller le président Radhi, « dégagé » par la population. Abu Dhabi cherche à s’octroyer une emprise sur le terrain, au Sud, en s’appuyant sur des milices indépendantistes ou autres. Les deux capitales laissent Daech et Al Qaeda prospérer. Rien de sérieux à signaler sur la Syrie : Idlib, une province de 3, 5 millions d’habitants – surtout des déplacés de guerre – est soumise par les troupes de Damas et l’aviation russe à blocus et à un déluge continu de bombes, mais les démocraties d’Occident ne s’en préoccupent guère. Accessoirement, la Turquie menace d’ouvrir – en direction de l’Europe – les vannes des quelque trois millions de réfugiés syriens sur son territoire, si on ne laisse pas son armée constituer, en Syrie, un glacis de 30 à 40 km de profondeur, tout au long de sa frontière sud (de peuplement kurde). L’entité autonome kurde YPG, qui a libéré la population des bandes de Daech, avec des appuis aériens occidentaux, est clairement en ligne de mire. A l’approche d’élections qui seront difficiles pour B. Netanyahou, Israël envoie aussi son aviation bombarder, en Syrie – mais aussi en Iraq et au Liban – tout ce que l’Iran compte comme éléments armés et associés dans la Région. Il est vrai que l’axe de pénétration que Téhéran tisse patiemment jusqu’à la Méditerranée constitue une vraie menace pour l’Etat hébreu. La prétention d’annexer un tiers de la Cisjordanie vise, elle, à plaire à la majorité de l’électorat, farouchement opposée à une paix en Palestine.

5 – En Afrique, un face à face stoïque de la bonne et de la mauvaise gouvernance

– Dans ce tableau général d’une « Asie qui brûle », l’Afrique s’en tire-t-elle mieux ? Comme les étudiants Hongkongais, les jeunesses du Soudan, d’Algérie et de Tunisie expriment une volonté exemplaire de refuser l’injustice et l’oppression des grands dirigeants corrompus. A Khartoum, au lendemain d’un Tiananmen sanglant le 3 juillet, les militaires – qui ont renversé le général Al Bechir – se sont ressaisis et ont fini par accepter une transition vers la démocratie de trois ans, partagée entre eux-mêmes et la société civile. L’Ethiopie a exercé ses bons offices. Une belle victoire, quoi que très fragile. En Algérie, l’après Bouteflika s’annonce sous des auspices comparables, : la population et la jeunesse en particulier ont manifesté leur ferveur démocratique et leur attachement aux libertés sans être contrés par les Islamistes, la corruption est sanctionnée, une transition est annoncée mais l’arrestation de certains démocrates et l’autoritarisme du Chef d’Etat-major, actuellement aux mannettes rend circonspect. En Tunisie, la classe politique a bien réagi à la disparition du président Beji Caïd Essebsi, un grand acteur de la révolution démocratique. On peut gager que le modèle tunisien, unique au sein du monde arabe, est en train de prendre racine. La prédiction inspire de l’optimisme, en même temps qu’elle illustre le rêve éternel de liberté et de dignité, qui n’a pas perdu son attrait, du fait de l’urgence climatique.

– Ailleurs, sur le continent noir : expansion inquiétante des zones d’exactions jihadistes à travers le Sahel et l’Afrique centrale (où les attentats jihadistes se multiplient aussi), pandémie d’Ebola qui s’étend, forêts tropicales qui partent en fumée, nouvelle vague de violences xénophobes dans les townships d’Afrique du Sud, départ de centaines de milliers de candidats à la traversée vers l’Europe, promis à des supplices en Libye ou à se noyer en Méditerranée, à portée de navires européens désormais interdits de tout secours en mer. Matteo Salvini n’aura constitué que la partie émergée, très visible, de cet iceberg d’hostilité et de déni du droit humanitaire.

– A courte portée de la Tunisie démocratique, l’anarchie libyenne fait tache. Après avoir bénéficié de soutiens militaires français, le « maréchal » Haftar met la région de Tripoli sous siège et à feu et à sang. Les milices s’en donnent à cœur joie : exactions économiques, pillages, torture et racket des exilés subsahariens (bombardés jusque dans les centres d’hébergement), tandis que l’Europe continue sa distribution de subsides à qui voudra bien endiguer le flux des Africains. Là aussi, le chaos général bénéficie aux mouvements jihadistes qui prospèrent là où les Etats dysfonctionnent ou n’existent plus.

6 – L’Europe, cahin-caha, sur une pente glissant vers l’insignifiance

Certes, tout n’a pas empiré sur le Vieux Continent. La France a eu le mérite de tenter une discrète opération pour désamorcer la bombe américano-iranienne, mais elle n‘avait pas le poids requis. Elle occupe le haut du pavé climatique et environnemental tout en ayant perdu beaucoup de son poids géopolitique, scientifique et humanitaire ou moral. Paris a occupé, pendant l’été, une place d’importance compte tenu des difficultés intérieures qui affectaient ses partenaires européens et de l’ambiance prévalente de repli sur soi. Sa diplomatie s’efforce à rééquilibrer la relation avec la Russie et à recréer, avec le « président-ennemi de tous les régimes libéraux », des éléments de convergence et de complémentarité (d’où la visite de V. Poutine au fort de Brégançon, avant le G 7). Elle espère que, ce faisant, l’Europe et la Russie pourront prévenir le risque de se voir éclipsées par le nouveau duopole sino-américain. L’idée de sauver, au passage, quelques lambeaux de l’ordre multilatéral, qui gageait la Paix, n‘est pas absente du raisonnement, même si, pratiquement, on ne peut aller loin sans l’aval des autres. Ce nouvel état d’esprit, auquel Poutine se prête pour le moment (qu’aurait-il à y perdre ?), favorise la recherche d’une solution en Ukraine. L’élection à Kiev d’un nouveau président, plus pragmatique y contribue positivement et, ainsi, des échanges de prisonniers ont été amorcés. On parle un peu du Moyen-Orient, où les deux grands acteurs sont empêtrés et pourraient vouloir conclure sur un plan politique. Reste le déploiement en cours de missiles nucléaires ciblés sur les villes européennes. Décidé en juillet, il ne favorisera pas la confiance.

– Le choc qui disqualifiera l’Europe a pour nom « Brexit ». Lancé par le referendum de juin 2016, sur fond de fureur populiste à l’égard des institutions de Bruxelles et des Européens de l’Est, jugés envahissants, le divorce d’avec le continent était devenu la quadrature du cercle sous T. May. Toutes les options étaient bloquées. Après que ses inspirateurs se sont emparés des leviers du Royaume, Boris Johnson en tête de proue, un bras de fer hargneux s’en est suivi avec le Parlement de Westminster. Ce dernier a infligé, à l’ancien maire de Londres, une belle brassée de camouflets, récusant son projet de « hard Brexit », sans accord avec l’UE, impérativement au 31 octobre (six motions sur six votées contre lui). N’en doutons pas, la suite de cette féroce bagarre fera les bons feuilletons de l’automne, mais elle achèvera aussi de projeter, à travers le monde, l’image d’une Europe en déclin et peut-être même en décomposition. Certes, c’est exagéré. Sans doute, les Etats Unis – si Trump est réélu fin-2020 -, les légions de hackers du Kremlin, Facebook et les investisseurs « routes de la soie » sauront profiter de l’aubaine. Pourtant, l’Union a plutôt bien tenu le coup face aux coups de boutoir britanniques. A la date de la rupture annoncée (aussi, celle célébrant Halloween), elle mettra en place une nouvelle équipe dirigeante, présidée – pour ce qui est de la Commission – par U. van der Leyen, ancienne ministre de la défense d’Allemagne, réputée avoir l’esprit géopolitique. Autre acquis immédiat : le reflux des personnalités populistes. En Italie, M. Salvini est tombé, après avoir essayé d’accaparer le pouvoir par la voie plébiscitaire. Le piège s’est refermé sur lui et Rome devrait retrouver, pour un temps, le chemin de Bruxelles. En Hongrie, en République tchèque (où elle a chassé un premier ministre corrompu), en Pologne, à un moindre degré, des oppositions se font entendre plus fort face aux dirigeants autoritaires. Irait-on jusqu’à espérer, si les attentats poursuivent leur déclin actuel, que les questions bien réelles concernant les nouvelles migrations, le climat, la défense et le « soft power » de l’Europe, la sécurité financière, la sécurité numérique, le développement durable, l’avenir de nos libertés, etc. soient saisies à bras le corps par une Europe suffisamment unie pour aller de l’avant. Rendez-vous au début-2020 !

Grand méchant coyote (US) et grand méchant ours (Russe) fourbissent leurs calibres nucléaires : feu sur la bergerie européenne ?

Ceux qui ont connu les années 1980 de la « Détente » agonisante, se souviennent qu’ils avaient furieusement milité contre l’installation en Europe des missiles américains Pershing. Ces armes nucléaires de portée intermédiaire, limitée de 500 à 5500 km, étaient vouées à un règlement de comptes entre les deux « super-grands » d’alors, sur leur théâtre d’affrontement européen. A raison, cela faisait horreur à la jeunesse citoyenne et pacifiste : combien de millions d’Européens risquaient de s’en trouver condamnés, tôt ou tard, à la vitrification subite ou à une leucémie lente, sans savoir exactement d’où et sur l’ordre de qui l’holocauste leur tomberait sur la tête ? Elle oubliait seulement, cette belle jeunesse, que du côté de l’Oural, des milliers d’euromissiles SS 20 soviétiques ciblaient l’Europe occidentale, sans qu’on en ait guère dit mot ! L’équilibre de la terreur s’est finalement rétabli, de part et d’autre, en dépit des manifestations immenses contre l’administration Reagan et c’est probablement à cela que l’on doit trois résultats bénéfiques : l’absence de folie aventuriste à l’Ouest comme à l’Est, la survie de l’Union européenne et, en 1987, le Traité sur les Forces Nucléaires Intermédiaires (FNI ou les « euromissiles »), qui plafonne et régule le déploiement de ces armes de destruction massive. N’en déplaise aux partisans du désarmement dans le déséquilibre, la stabilité s’est maintenue, jusqu’en 2019 en tout cas … mais pas beaucoup plus, on peut le craindre.

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Ma déclaration universelle des droits de l’Homme (« je vous aime, je vous aime, moi non plus ! »)

René Cassin et Eleanore Roosevelt, lors de l’adoption

La façon dont n’a pas été célébré, ce 10 décembre, le 70 ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme confirme, après des déferlement de violence, que ce socle des libertés fondamentales de l’Humanité, au mieux, n’intéresse plus. Au pire, il est devenu la marque d’un monde disparu. Foin d’utopie universelle (deux mots suspects)! Oublions la fraternité des peuples, chacun doit rester coincé sur son bout d’asphalte, dans sa rage victimaire, et imposer sa loi, jusqu’à tout sacrifier : ne pas dialoguer, ne rien lâcher, surtout !

J’exagère un brin. Dans certaines de nos villes, des gens plus humains, vêtus de jaune, ont rallié les marches pour le climat et ont « verdi », non sans discernement, leurs préoccupations initiales dans celles de l’Humanité. Lire la suite

Les gilets jaunes, archétype des confrontations mondiales ?

Réincarnation des sans-culottes ?
The Gilets jaunes, (yellow vests) are anti-globalisation and furious

Je suis loin d’approuver BHL sur tout, mais je dois dire que son récent discours devant le CRIF, concernant le phénomène des « gilets jaunes », est assez convainquant. Ce type de révolte « à la base » est un classique de l’histoire de France : les pantalons rayés des sans-culotte de juillet 1789 préfiguraient bien nos gilets fluo d’aujourd’hui. Justement insatisfaits de l’état du Royaume, ils tendent, comme on dit, à « péter les plombs » et s’en prennent à tout ce qui paraît injuste, dans leur représentation enfantine de la chose publique. Cela justifie à leurs yeux un vrai passage à l’acte. « Libératrice », la violence leur ferme aussi tout horizon. Elle les confronte à des tyrannies un peu fantasmées et, dans leur spontanéité, ils font erreur sur leurs cibles : déjà, ce pauvre gouverneur Delaunay et la quinzaine de fils à papa enfermés à la Bastille en 1789, n’étaient pas vraiment le cœur arrogant de l’ancien régime. On a fait comme si. Même méprise chez les « boulangistes » en 1879, chez les « ligueurs » en 1934, chez les « bonnets rouges », il y a peu.

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Prince-héritier, où ce qu’il est le corps ? (sur l’air d' »Artur qu’est-ce t’as fait du corps », chanté par Reggiani)

L’Ourson géo n’a pas été très politique, récemment. Il était en contemplation devant un petit être humain – une toute petite sirène – née dans la tanière: « quelle merveille, se disait-il, en réalisant que lui, l’Ourson, était bien gros désormais pour inspirer un tel diminutif affectueux. Le miracle de la vie qui éclot rend plus insoutenable encore les atteintes haineuses à d’autres vies, des vies qui ne demandaient qu’à prospérer au bonheur. Jamal Khashoggi, le journaliste saoudien au franc-parler, chroniqueur au Washington Post, assassiné par les autorités de son pays à Istambul, le 2 octobre, personnifie bien la victime qui accable ses bourreaux. N’en déplaise à la Délégation Générale aux Armements(DGA), qui révère le Prince-héritier commanditaire de l’affaire comme son meilleur client et à, l’export, on sait bien que le client est roi.

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Hulot en dissidence, Macron en terrain miné, M. Toulemonde en prostration : rentrée agitée ?


La transition écologique n’est pas en marche – illustration du Monde

Il faut dire que les temps ont changé (publié chez Albin Michel – août 2018)
Présentant son dernier ouvrage sur France Inter, l’économiste Daniel Cohen constatait sans plaisir un haut degré de «désocialisation» dans les strates populaires françaises. Un changement du monde, parmi d’autres, qui nous parle.

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Ce qui me trompe (Kim-Trump) me tient en alerte (nucléaire)

Bonjour aux géostratèges chevronnés ! L’Ourson a suivi avec délectation les amours subites de Kim Jong-Un et de POTUS Trump, à Singapour. Jadis, on chantonnait, à propos de cette rutilante Cité-Etat : « Le crocodile, il est malade … Il est malade, à Singapour… Il faut qu’il mange de la salade … S’il ne veut pas mourir un jour ».

Prémonitoire ! … à contempler la bouille rayonnante du camarade Kim (qui fume du H, question bombe atomique) et l’air méchant et renfrogné de l’Homme à la houpette orange, il n’y a pas photo : on saisit lequel est le crocodile car on a déjà une certaine expérience de ses salades !

Make America great again !

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Asile et Migrations – Version Palais Bourbon et version RAMY

Le radeau de Lampédusa, Lanzarote, Museo Atlantico, 2016

Le présent blog ne parle pas beaucoup du projet de loi sur l’asile et les migrations. Ce n’est pas par manque de motivation mais plutôt par distanciation d’avec les nombreux angles morts, fausses pistes, leurres et évitements que révèle le travail du Législateur : on nous mène en bateau !
La preuve par le barreau de Paris : L’asile, un droit en danger : une analyse du barreau de Paris

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Mai 2018 : permettez moi un grand coup de pessimisme géopolitique

Damas sous feux croisés

En écoutant les news ce matin, je sentais les missiles iraniens et israéliens me frôler l’occiput. Je me suis dit qu’il devrait être fortement décommandé de relire l’apocalypse de l’apôtre Jean. Plus l’incandescente scène mondiale revêt un manteau crépusculaire, plus on doit – croyez-moi – s’efforcer de s’extraire des prophéties. Cela, de crainte qu’on les amène à s’autoréaliser finalement. Le principe de Günther Anders énonce que plus c’est menaçant, plus c’est réel, moins on veut le voir. Mais là, j’ouvre un cas particulier : non, Trump n’est pas (tout à fait) l’Antéchrist ! Non, Bibi Nétanyahou n’est pas (totalement) l’Archange de la fin des temps ! Non, l’ayatollah Khamenei n’est pas précisément un avatar du grand prêtre Caïphe, qui décréta la passion du Sauveur ! Oublions ça. Lire la suite

Refuser les « rafles » et le bannissement des exilés, par fidélité à notre devise nationale

Le pire les attend chez nous …

En novembre 2017, 470 associations et collectifs d’aide aux migrants ont lancé l’initiative d’Etats généraux des migrations. La « France qui accueille » espère se faire entendre, face à la politique de persécution des victimes et des désespérés. Le gouvernement de la France, comme l’Europe, se sont jusqu’à présent soustraits à tout appel au dialogue citoyen sur le sujet. Pour la première fois depuis 2008, Amnesty International, le Secours catholique, la Croix-Rouge française, Médecins du monde mais aussi le Gisti ou Emmaüs International se regroupent pour réclamer une autre politique, transparente et conforme aux valeurs de notre pays. Alors que le gouvernement a entamé l’examen de son projet de loi « asile et immigration », la mobilisation de cette France fraternelle va revêtir des formes concrètes et visibles : pétitions, chroniques, actions de terrain pacifiques sur la place publique. Lire la suite

Asile : un droit en danger – Une analyse du barreau de Paris

Touche pas à mon paradis !

Le projet de loi « Asile effectif et migrations maîtrisées« , à l’examen du gouvernement n’est pas axé sur l’essentiel. Globalement « à côté de la plaque », il contient quelques mesures positives, à côté d’autres, plus nombreuses, attentatoires aux droits humains, à ceux de la défense et aux libertés civiles. Voici, en premier lieu, ce qu’il ignore :

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Faire la bombe : apocalypses du temps jadis ou de demain matin ?

« Rocket man » et sa bombe H

Sincèrement, merci au « bien-aimé » maréchal KIM Jong Un et à l’ineffable Donald Trump pour avoir remis « La Bombe » à l’ordre du jour. L’engin atomique s’entend. Prenons par exemple la « big tsar » de 75 Mgt dont l’explosion sur le Champs de Mars de Paris propagerait son souffle mortel jusqu’à la porte de Brandebourg de Berlin (pauvres Belgique et Luxembourg, au passage !). Angoissés de l’évolution erratique du climat, nous avions presqu’oublié la persistance du cauchemar nucléaire, foi de Dr Folamour ! Les deux Ubu Roi coréen et américain nous ramènent à son actualité. Celle, exhumées de décennies lointaines, quand des « patriotes » souverainistes et grandiloquents se menaçaient mutuellement d’effacer leurs populations de la surface de la planète. Ces deux-là l’ont fait, hier !

1 – Toute archaïque et « décalée » qu’elle soit, la Bombe H (et les missiles associés) du Nord-Coréen en dit long sur notre monde de 2017, alors que, paradoxalement, un tout nouveau « traité d’interdiction des armes nucléaires » est ouvert aujourd’hui à la signature des Etats. Devant l’A.G. Onusienne à New-York, Emmanuel Macron a bien fait de remiser au « Vieux monde » les deux protagonistes précités. A fortiori, d’insister sur ce que la stabilité, la justice et la paix procèdent de l’ordre multilatéral, celui qui est le mieux adapté au règlement des problèmes du monde. On voudrait ne connaître que des nations adultes, capables de composer entre elles et de respecter le droit, sans pour autant desservir les intérêts de leurs populations, bien au contraire ! Triste à dire : l’horizon crépusculaire de la Guerre « tiède » (on a vu deux menaces d’utilisation de l’arme atomique et deux millions de morts dans les années 1950-53, durant la guerre de Corée) pourrait être celui vers lequel la scène mondiale régresse à grande vitesse. Et la paix des Nations-unies, empreinte de bon sens, telle qu’imaginée en 1945, ferait désormais figure de rêve chimérique… En d’autres termes, le risque d’un holocauste nucléaire serait plus fort que la probabilité de voir les puissance nucléaire mettre effectivement en œuvre le traité de désarmement nucléaire promu par l’ICAN (International Campaign to Abolish Nuclear Weapons) et plusieurs petites nations pacifiques et assurément éthiques. Leur initiative ne peut qu’être louée, mais la réalité est ailleurs, hélas !

– La France et beaucoup d’autres pays aimeraient voir Donald et Jong Un se calmer un peu. Mais personne ne dispose du levier miraculeux pour ce faire, même la Chine, l’Europe, encore moins M. Antonio Guterres, le secrétaire général de la « Grande maison de verre ». La temporalité dans laquelle baignent les Q.I mentaux de Trump et de Kim (s’ils disposent toutefois de plus qu’une moelle épinière) est celle d’un monde archaïque et violent. Dans un tel contexte, qui oserait baisser sa garde nucléaire ?

2 – Mais les choses sont plus complexes. Constater l’efficacité passée de la dissuasion est un chose. Dénoncer comme immoral le concept de destruction mutuellement assurée et redouter un nouvel Hiroshima en pire en est une autre, entièrement fondée. Alors, quoi ! On sort du cauchemar ou on s’y mure « douillettement » ? Dans le nucléaire stratégique, tout est en fait paradoxal : les niveaux de raisonnement et de perception s’excluent comme l’huile et l’eau. Aucun angle est en soi faux, mais la grande image est inaccessible. Les acteurs sont fuyants.

– Rappelons que l’Histoire – celle de ce second conflit mondial – a accouché de cette arme génocidaire. On n’effacera jamais ce legs, qui pose la question de la lourde responsabilité de la science vis-à-vis de la survie humaine.

L’occasion d’entamer un désarmement nucléaire global a sans doute été perdue dans les années 1990. Après la chute du mur de Berlin, les arsenaux de chacune des deux super-puissances d’alors ont été ramenés à 1900 ogives montées sur des lanceurs plus 4 à 5.000 « en stock » et encore 6 à 7000 « promises à démantèlement et destruction ». Un progrès incroyable sur les années 1960 ! Actuellement, il en reste en gros 15.400 à travers le monde. Imaginez que ce stock ait été réduit à quelques centaines, même un ou deux milliers de têtes : un bond décisif aurait pu être accompli vers un désarmement général, par étapes : quelques centaines d’ogives conservées pour les Super-grands, quelques dizaines pour la France, le Royaume Uni, la Chine, Israël, l’Inde et le Pakistan. A l’époque, entre Eltsine, Bush-le père, JIANG Zemin, Mitterrand, la confiance était bien meilleure.

– On aurait dû aller plus loin, tout simplement parce que le Traité de Non-prolifération de 1968, dans lequel beaucoup voient encore la clé de voûte de la stabilité mondiale, obligeait les puissances détentrices, au titre de son article 6, à désarmer, non pas d’un coup (c’eût étét un coup de poker sur notre survie) mais par étapes. En contrepartie, les Etats non-dotés s’engageaient à ne pas développer l’arme et à ne pas l’acquérir. Enfin, chaque Etat-membre de l’ONU s’est ensuite engagé à filtrer soigneusement ses exportations de technologie nucléaire et balistique civiles de façon à absolument éviter toute prolifération militaire par le biais du commerce entre entreprises. Pour la France, une stricte suffisance a été recherchée. Paris a démantelé la composante terrestre de son arsenal atomique (adieu, Pluton et Hades !), réduit la composante aérienne (missiles ASLP) et limité à quatre bâtiments sa composante océanique, aujourd’hui le pilier central de sa dissuasion. Ce faisant, son arsenal a été réduit d’environ 500 têtes à plus ou moins 250. Ce n’est pas rien. Ses dirigeants étaient-ils décidés, ainsi qu’on l’affirme à posteriori, à entrer dans les négociations de contrôle et de réduction des arsenaux nucléaires, aux côtés des deux super-puissances ? Leur sincérité est fonction d’homme et de calcul politique. Mais dans un rapport initial de force de 250 à 7000, la France n’avait aucune chance de pouvoir sauvegarder un équilibre stable et son indépendance, aux étapes suivantes du processus.

3 – Rien du dispositif d’ensemble n’a été respecté : Israël, malgré les termes ambigus dont elle use à propos de son arsenal, dispose aujourd’hui d’une capacité à dévaster les pays arabes autour d’elle. Elle a été en partie armée par la France, au cours des années 1950. Les pays arabes, eux, se sont dotés, tout aussi clandestinement et de façon tout aussi illégale, d’arsenaux chimiques et balistiques. On parle des « armes de destruction massive (ADM) du Pauvre ». Des pays industriels, tels l’Allemagne, ont fait preuve de négligence, notamment à l’égard de l’Irak (que la France armait, par ailleurs, contre l’Iran). Nous ne sommes pas parvenus à régler le lancinant contentieux israëlo-arabe, seule voie possible pour rétablir un minimum de confiance au Proche Orient et y favoriser un désarmement bio-chimique comme nucléaire. Saddam avait interrompu, au bord du gouffre, son aventure nucléaire mais il a utilisé les armes chimiques contre des militaires et des civils. Bachar et son père, aussi, en Syrie. L’Iran, gazé par Saddam, s’est attelé à développer sa bombe atomique. Les six puissances « tutélaires » du TNP l’ont convaincue de suspendre, pour 10 ans, la production d’explosif militaire fissile, en échange d’une levée progressive des sanctions internationales imposées par l’ONU. L’AIEA, l’agence de l’Energie atomique de Vienne, constate que Téhéran se conforme à ses engagements tout en poursuivant ses activités balistiques. Mais les Etats-Unis de Donald Trump veulent dénoncer l’accord de juillet 2015, si péniblement obtenu. Ils menacent à présent la République islamique (comme la Corée du Nord) de leur gros bâton.

– Quel flagrant échec pour l’Occident ! Quelle fuite en avant des acteurs régionaux ! Si l’on excepte la Libye, qui, en 1998 a rendu son arsenal nucléaire (comme l’Afrique du Sud, l’Ukraine et la Biélorussie)- mais cela n’a pas porté chance à Khadafy, en 2011 – la prolifération de ces armes de destruction massives concerne actuellement quelque vingt-cinq pays ! Les Nations Unies recensent huit puissances- dotées car elles ne sont pas libres de dénoncer. Cette réalité de plus de 25 apparaît si l’on comptabilise Israël et tous les pays dits « du seuil », c’est à dire capables d’assembler ce type d’armes en quelques semaines. Ayant tout préparé à cette fin, ils se gardent bien de les exhiber ou même de reconnaître les posséder, en violation du droit international. Pire encore, contrairement à la France, ces pays fraudeurs ont, eux, de vrais ennemis qu’ils voudraient anéantir. Ils ne visent pas tant une posture avantageuse qu’une possibilité de première frappe contre ceux-ci (Pakistan -> Inde ; Corée du Nord → Etats Unis, Japon et Corée du Sud ; Iran → Israël, Arabie Saoudite, Turquie-> ses voisins). Au final, les pays menacés d’une frappe par surprise ont intérêt à s’en prémunir en développant leur propre capacité de seconde frappe (avec un arsenal suffisamment fort pour résister et répliquer à une attaque). Ne doutons pas que le Japon, la Corée du Sud, l’Arabie Saoudite, l’Irak, l’Egypte aient en tête quelques idées de cet ordre.
Le monde n’a plus rien à voir avec les deux blocs disciplinés et ordonnés de la guerre froide. A elles deux, Washington et Moscou auraient pu nous libérer du cauchemar. Cela n’a pas été fait. Que dire des nébuleuses terroristes qui ambitionnent, elles aussi, de s’approprier l’Arme d’extermination ? Et du crime organisé pur ? Nous nous accrochons encore – désespérément – aux règles du TNP, déjà très impopulaires parmi les pays non-dotés et contestées par eux, en espérant cacher le fait que ce traité prend l’eau de tous bords. Dénoncé, en 2003, par Pyongyang, qui y était partie, il a subi une première estocade et en connaîtra d’autres. Aujourd’hui, le Roi est presque nu. Le dire tout haut ne ferait que précipiter sa déchéance.
Alors, l’autre traité, le tout nouveau interdisant les armes nucléaires, pourrait-il en prendre le relais ?

– Assurément pas, car il ne pourra pas produire les transitions indispensables et n’obtiendra donc pas l’adhésion des puissances légales ou clandestines. Même si elle est simplette, la métaphore du saloon illustre cette faille : lassé des bagarres à l’intérieur de son établissement, le tenancier fait voter à l’unanimité de ses clients l’interdiction d’y introduire toute arme à feu : dorénavant on les déposera à l’entrée. Mais un cow-boy calculateur et mal-intentionné introduit son calibre en cachette. Au premier mot qu’il juge déplacé à son égard, il dégaine et tue tout le monde, sans avoir pris lui-même aucun risque. Les armes de destruction massive – pas seulement les armes nucléaires – que l’on cache sont celles qui seront utilisées le jour où les voisins détestés auront désarmé. La préservation de l’équilibre à la baisse, dans la transparence, est vitale. Ce n’est nullement le mauvais prétexte que l’on soupçonnerait emprunté à des chefs militaires belliciste : c’est une des conditions de notre survie. La survenance, non-anticipée par les acteurs, d’une rupture dudit équilibre ouvrirait une opportunité d’agression sans réplique et des réactions en chaîne, par le jeu des alliances. Comme les « binômes maudits » sont désormais nombreux, aucun gendarme mondial ne parviendra à s’assurer préalablement de la bonne foi, voire de la santé mentale, de toutes les parties prenantes.

– Sommes-nous passés à côté, une fois pour toute, d’une fenêtre d’opportunité pour libérer l’humanité (pas la planète, qui s’en moque) d’une grave menace créée par l’Homme contre l’Homme ? Aucune raison de s’en féliciter. Ni de célébrer la « victoire du réalisme sur l’éthique ». Ce serait indécent, triste et irresponsable. Rien n’est jamais scellé pour toujours. Employons-nous déjà à recréer, étape après étape, une vraie communauté internationale, bâtie sur la confiance et les progrès du droit. Les citoyens du monde devront s’y impliquer. C’est le vœu caressé par les humanistes atterrés d’un 21 ème siècle inquiétant, mais qui a du temps devant lui.