* 6 février – Le droit a la dent dure

Coïncidence : plusieurs faits d’actualité viennent rappeler que, même en période de pandémie, les traités peuvent exercer leurs effets de façon inattendue. La principale ‘’surprise’’ tient à la décision, sans préavis, des procureurs de la Cour Pénale Internationale (CPI) de La Haye. Les territoires que les Nations Unies qualifient d’ ‘’occupés’’ par Israël tombent sous la juridiction de la Cour. Donc, les crimes de guerre ou crimes contre l’humanité qui y sont commis peuvent être instruits et jugés par celle-ci. On se doutait bien, à la Haye, que ceci ferait enrager M. Netanyahou. Peu de doute cependant sur le fait que les Etats-Unis – qui, comme l’Etat Hébreu, refusent la compétence de la CPI – feraient barrage à cette décision. Il n’empêche qu’à l’occasion de sa présence en Europe ou en Australie, etc., un Israélien (ou un Palestinien) suspecté pour des faits commis en Cisjordanie, à Gaza ou Jérusalem-Est pourrait être retenu pour enquête. D’ailleurs la seule infamie d’une suspicion de crime de masse peut être dévastatrice au plan politique, avant même que quiconque soit déféré devant un juge. La CPI confirme qu’elle est bien un formidable instrument au service d’un comportement civilisé des puissants du monde. C’est aussi un mécanisme de sauvegarde des valeurs les plus sacrées du droit. Une question, toutefois : ‘’pourquoi ne pas étendre sa juridiction à tous les territoires occupés reconnus comme tels : le Donbass et la Crimée, l’Abkhazie géorgienne, Chypre-Nord, la zone kurde de Syrie, les enclaves du Ladakh, les îlots de Mer de Chine du Sud, etc.


L’immunité diplomatique est souvent perçue comme un gadget désuet hérité du monde ancien. Elle vaut surtout comme règle de réciprocité, qui contraint à un minimum de relation pacifique les Etats intéressés à participer au ‘‘grand jeu’’ géopolitique, tout en restant tentés d’éliminer leurs concurrents de l’échiquier. Reste alors la négociation entre protagonistes protégés par un statut égal. Téhéran invoque cette immunité au bénéfice d’un de ses conseillers d’ambassade à Vienne, poseur de bombes, qui préparait en 2008 un attentat, à Villepinte, contre un rassemblement d’opposition iranien (avec de nombreux invités non-iraniens). Avec sa bande, il a été jugé et condamné par un tribunal d’Anvers. L’immunité comme argument d’impunité constitue un déni violent du droit, une tentative de légitimation juridique du terrorisme particulièrement malhonnête. On en avait fait l’expérience à Paris lorsqu’un diplomate irakien avait froidement assassiné un policier français pour se réclamer immédiatement d’un privilège d’impunité. L’impunité est une notion inhérente à l’anarchie ou au gangstérisme pur et dur. La CPI devrait le rappeler régulièrement. Elle le fait sans doute. Selon la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques de 1961, qui régit ce statut, la responsabilité individuelle d’un diplomate commence à un niveau très bas : propos sur la voie publique, respect de son bail de locatif, conformité à la réglementation sociale et sanitaire, obéissance au code de la route (dont le stationnement). C’est la norme, en tout cas, lorsqu’il s’agit du représentant d’un Etat décent et civilisé. Tous ne répondent pas à cette définition, bien que tous entretiennent des diplomates à l’étranger. Endosser le métier ne rend aucunement solidaire d’autres étrangers qui le portent en mafieux et se comportent en criminels, bien au contraire !

Quant aux trois diplomates européens basés à Moscou, soudainement expulsés par le gouvernement Poutine, leur intérêt pour le sort de ce pauvre Alexeï Navalny – parfaitement conforme à leur mission – n’est pas la cause directe de leurs déboires. Comme tous représentants de démocraties dans une autocratie sans état de droit, ils savaient bien que lorsque le climat politique russe tournerait à l’aigre, on s’en prendrait à eux. Ils y étaient préparés et, dans une certaine mesure, l’acceptaient à l’avance. Ils servent en fait de marqueur météo : le pouvoir russe voulait faire savoir que son humeur tournait à l’orage (le syndrome de l’Ours grognon). Il vaut mieux ça qu’un lancer de missile balistique, après tout.

* 5 février – ‘’L’Affaire du siècle »

Le qualificatif paraît pompeux, mais il s’agit d’un pas symbolique qui pourrait faire bouger les données du problème. Le tribunal administratif de Paris vient d’incriminer l’État français d’inaction climatique. Ce sont des décennies de double langage et de négligence qui ont été jugées et cette condamnation morale comporte au moins deux dimensions : une critique systémique sur l’incapacité des institutions politiques à tenir leurs engagements et aussi une valeur de précédent à l’international. Ce n’est pas un cas unique de ‘’judiciarisation de l’urgence climatique’’, mais les ONG saluent cette victoire pour le moins inattendue « dans un pays de hiérarchie verticale comme la France. Le tribunal accorde un délai de deux mois au Gouvernement pour qu’il accorde ses actes à ses propres décisions politiques. Hormis ce devoir de suivi opérationnel, il ne pourra pas dicter ses propres exigences, du fait de la séparation des pouvoirs.


Ce jugement n’en est pas moins révolutionnaire. D’abord, il rompt avec une forme de respect complaisant de la justice administrative à l’égard du ‘’Dieu-Etat’’. Il adopte un type de délibéré qui évoquerait plutôt la justice (indépendante) du Siège. Il vient sanctionner tout ce que n’a pas été fait, notamment sous Emmanuel Macron. Surtout, il place l’Etat et la société civile, représentée par cinq ONG, sur un strict plan d’égalité. Enfin, il laisse entrevoir une possible extension d’une telle démarche judiciaire à d’autres domaines de la gouvernance : les libertés, les droits sociaux opposables, la sécurité, l’asile, etc. tous domaines où les actes et leurs résultats ne se conforment pas toujours à la parole publique. Le double langage est une forme de médiocrité très pratiquée en politique, où la ‘’com’’ est trop généralement perçue comme dispensant des actes, l’effet de court terme visé comme plus ‘’payant’’ électoralement que la mobilisation de moyens et la détermination, dans la durée. Ainsi, parmi 165 Etats étudiés, le Financial Times place cette année la France dans la catégorie ‘’démocraties déficientes’’, une dégradation forte sur un an, qui repousse la Patrie des Lumières dans se sombres ténèbres fort loin de la Norvège (° 1). Le pire est que les citoyens s’accoutument et se soumettent à la ligne de fracture entre le boniment et l’action concrète, sans trop s’offusquer de cette forme de duplicité, voire de tromperie, dans le (dys)fonctionnement de la démocratie. Tout cela serait ‘’dans l’ordre des choses’’, suppose-t-on. Car la question touche aussi à la psychologie citoyenne : un gouvernement qui promettrait peu mais tiendrait parole aurait-il sa chance, dans une élection, face à des concurrents mythomanes, qui savent enjôler les imaginations ? Il y a une décennie, la réponse aurait été non. Aujourd’hui : plutôt oui, c’est à craindre.


Le gouvernement a jusqu’au 19 février pour lui fournir les preuves de la réalité de son action contre le réchauffement climatique. Un second ‘’round’’ se jouera en appel, lors de la prochaine audition du Conseil d’État, laquelle conditionnera le jugement définitif du tribunal administratif de Paris. Le Conseil d’État dira alors s’il valide les réponses apportées par le gouvernement ou si, au contraire, il ordonne à celui-ci de revoir la mise en œuvre de ses politiques bâclées ou oubliées. Les associations ont eu l’intelligence de fixer à un €uro symbolique la réparation du préjudice. Comme prix fixé à la sincérité de la lutte climatique et à la démocratie, ce simple €uro pourrait changer la face du Pays et au-delà.

* 04 janvier – L’Europe à la matraque


Quand les frontières se ferment, singulièrement celles de l’Europe, est-il encore besoin d’y poster une police anti-immigration ? Depuis sa création, en 2004, l’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes – Frontex – n’a cessé de durcir son action, sans justification légale pour ce faire. Forte d’un effectif tendant vers 10 000 hommes et d’un budget pluriannuel de 5,6 milliards, Frontex a progressivement cessé d’apporter secours aux groupes humains en danger, sur terre comme sur mer, et elle se consacre surtout à refouler les nouveaux arrivants, en tous cas plus qu’à organiser leur accueil et à les canaliser vers des procédures d’asile ou de séjour. Cette implication dans la pratique du ‘’pushback’’, en violation de la convention de Genève sur les réfugiés de 1951, est tout simplement dénuée d’un minimum décent de comportement humaniste. Les faits émergent peu à peu comme un scandale communautaire, les refoulements illégaux entachant l’image des institutions européennes au point de créer un malaise. De plusieurs enquêtes, diligentées par l’Office de lutte antifraude de l’Union et par la Commission, ressort la mise en cause d’un mode de fonctionnement de l’Agence assez chaotique, incarné par son directeur, Fabrice Leggeri. Frontex s’en voit contrainte à arrêter ses opérations en Hongrie, du fait de sa collusion avec la police hongroise. Ses agents contrevenaient au droit européen en commettant des ‘’bavures euro-policières’’, en quelque sorte.

La Cour de justice de l’Union européenne a d’ailleurs condamné Budapest sous ce chef d’accusation, le17 décembre 2020, pour 50 000 refoulements opérés vers la Serbie, depuis 2016. La Commissaire aux affaires intérieures, Ylva Johansson, s’attelle, en conséquence, à un projet de réforme incluant la nomination de trois sous-directeurs et la création d’un système de surveillance des droits humains. Aux Nations Unies, l’UNHCR a évoqué, le 28 janvier, ‘’un droit d’asile menacé en Europe’’, sur la base des nombreux rapports lui parvenant, établissant des violences aux frontières de l’Union. Outre la Hongrie, la Grèce, la Croatie, l’Italie ou la Slovénie sont également mises en cause pour s’être livrées à des opérations de ‘’pushback’’ sur des milliers de personnes innocentes. Au-delà du cas posé par Frontex, on attend encore la définition d’un pacte migratoire européen comportant la refonte des règles de l’asile et l’instauration d’un devoir de solidarité respecté entre Etats-membres. La négociation bloque, malgré l’utilisation d’un simulateur censé aider chaque Etat à déterminer le niveau qui lui serait raisonnablement imputable dans la répartition des flux de réfugiés. Le fait est que le facteur de blocage est principalement d’ordre idéologique, identitaire et souverainiste, notamment dans l’Est européen. Que peuvent gagner ces pays, à long terme, à s’enferrer dans un déni du monde tel qu’il est ?

* 03 février. Le marché persan

L’arrivée de Joe Biden aux affaires modifie la donne de la prolifération au Moyen-Orient. Va-t-on sortir de la partie folle au bord du gouffre jouée par la précédente administration face à l’Iran ? Le risque de guerre n’est pas encore dissipé, mais comme  une envie de dialogue se manifeste après quatre ans. Washington attend un signal de Téhéran,  – c’est bien le moins – qui manifesterait au moins une intention de retour aux disciplines nucléaires de l’accord à six, signé en juillet 2015 et dénoncé par D. Trump trois ans plus tard. Cette approche prudente se justifie par la dureté offensive des ayatollahs sur le sujet, autant que par l’ampleur des transgressions accumulées par l’industrie nucléaire iranienne depuis 2018. De plus, faute de droits civiques, le public iranien s’accroche à un credo nationaliste basique : l’Iran est entouré de voisins en guerre et en bute à l’hostilité de l’Amérique, d’Israël et du monde arabe. Accéder à l’arme nucléaire, dans de telles conditions, apparait comme de la légitime défense. La Corée du Nord y est d’ailleurs, parvenue.

Après une phase initiale de contact sur le thème ‘’après vous… vous, d’abord’’, Téhéran entrouvre la porte à une approche synchronisée avec les Etats-Unis visant à rétablir l’accord de 2015. Son ministre des affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, avance l’idée que l’Union européenne pourrait ‘’chorégraphier’’ les pas à amorcer de part et d’autre pour parvenir à ce but. Cet appel du pied à une médiation européenne est à la fois une opportunité immense pour l’UE de se remettre en selle dans la région et une responsabilité écrasante, compte tenu de la hauteur des enjeux (paix ou guerre nucléaire risquant de dégénérer sur une très grande échelle) et de l’état actuel, plutôt frileux et étriqué de la diplomatie des 27 dans les contextes Covid et post-Brexit. Un échec possible de cette médiation serait accablant pour l’Europe. Mais, il est vrai qu’elle se trouve à mi-distance des acteurs principaux du conflit, que ceux-ci jouent plus gros qu’elle et que son devoir est tout simplement là.

* 02 février – Vodka dans le gaz

En chantier sous la mer Baltique, le gazoduc Nord Stream 2 reliera sur 1200 km la Russie à l’Allemagne. L’ouvrage, d’un coût de 12 milliards d’euros, est en phase finale de réalisation. Gazprom en a financé la moitié, complétée par cinq entreprises européennes, dont Engie. Selon les plans, Nord Stream 2 devrait entrer en service en 2022, échéance à laquelle il doublera les capacités de Nord Stream 1, déjà en opération. Ses 55 milliards de mètres cubes de débit pèseront lourd dans l’avenir énergétique de l’Europe. Autant dire qu’à l’heure où beaucoup s’interrogent sur la pertinence d’investissements géants dans l’énergie fossile, il constitue, pour Moscou, un levier majeur pour consolider son emprise énergétique sur le Nord de l’Europe occidentale.


Par rapport à cet état des lieux gênant, comment situer les réactions qu’ont provoquées l’empoisonnement au Novitchok de l’opposant russe Alexeï Navalny, son arrestation au retour dans son pays, la répression aveugle à laquelle se trouvent confrontés, dans plus de cent villes russes, des dizaines de milliers de manifestants courageux et pacifiques, protestant sous le mot d’ordre légitime de l’anticorruption ? Doit-on renoncer à ce coûteux projet déjà réalisé à 90 % et perdre l’investissement qu’on y a mis ? Devrait-on, d’ailleurs, s’abonner éternellement au gaz naturel russe, voire au gaz tout court quelle que soit sa source ? Doit-on inverser le levier de contrainte et mettre en difficulté l’industrie = et la politique = de la Russie ? Devrait-on alors politiser les fourniture de matières premières, au risque de déclencher une guerre de blocus et toute une série de représailles ? Un abandon de ce projet aurait en effet de graves conséquences pour Moscou, dont l’économie dépend fortement de ses exportations de gaz.

Les questions se précipitent au sein de l’Union européenne, mettant en jeu des intérêts de natures différentes.
Car la pression monte et plusieurs Etats-membres demandent désormais l’abandon du projet, surtout ceux d’Europe de l’est, qui redoutent cette emprise russe sur la Baltique… et sur Berlin. Bien avant l’affaire Navalny, les États-Unis et une partie des Européens se méfiaient déjà d’une dépendance croissante vis-à-vis du gaz russe. Le Parlement européen a ainsi voté l’arrêt du chantier, sans détenir de pouvoir de décision en la matière. L’Allemagne se trouve au cœur des transactions privées pour la réalisation de Nord Stream 2, car il y va de son approvisionnement stratégique, à un niveau qui crée réellement une dépendance. Elle aurait les pires difficultés à se dégager de ses obligations contractuelles et à se tourner vers d’autres sources. Par la voie de sa diplomatie, Paris l’y incite néanmoins, créant les conditions d’une controverse au sein de l’UE. Il n‘aurait sans doute pas fallu laisser Engie s’aventurer dans ce guêpier mais investir plutôt dans le développement d’énergies nouvelles. On aurait pu aussi anticiper le vieillissement agressif et rigide du régime Poutine. Si l’insouciance et les bénéfices (et aussi l’influence personnelle d’un ex-chancelier allemand) ont acté ces mauvais choix stratégiques, il est temps pour l’Europe de trouver un message commun adapté aux peines endurées par les Russes – mais aussi par les Biélorusses – en évitant l’affrontement imbécile autant que ‘’la paix pour le gaz’’. De nouveaux accords de Helsinki ?

* 30 janvier – Sables mouvants libyens

La nouvelle administration démocrate de Joe Biden demande à la Turquie et à la Russie de retirer leurs forces de Libye : militaires comme mercenaires ‘’ recrutés, financés, déployés et soutenus » par ces pays. Il s’agit de sauvegarder l’accord de cessez-le-feu conclu entre belligérants, le 23 octobre. Aux termes de ce texte, les troupes étrangères et mercenaires devaient avoir quitté la Libye sous trois mois. Or, l’échéance du 23 janvier, est passée sans aucune amorce de désengagement et les mercenaires occupent toujours la Libye. Aux Nations Unies, l’ambassadeur américain par intérim, Richard Mills, a enjoint ces deux puissances régionales ainsi que les Emirats Arabes Unis, de respecter la souveraineté libyenne et de cesser immédiatement toute intervention armée. Il sera intéressant d’observer, en particulier, comment réagira le dictateur turc, Erdogan à ce rappel à la loi. L’Egypte n’était pas loin non plus d’intervenir du côté de Khalifa Haftar. Comme l’Europe, les Etats Unis vont encaisser des coups à s’engager sur ce dossier piégé. Vont-ils faire montre d’autorité, là où le vieux monde s’est empêtré ?


La mise en garde américaine est claire et elle dissipe le flou qui entourait la politique américaine sur la Libye. Celle-ci était généralement perçue comme traduisant la volonté de désengagement de Washington de la région. D. Trump s’était égaré, un temps, à soutenir le seigneur de la guerre de Benghazi, aux dépens du Gouvernement d’union nationale (GNA) de Fayez El-Sarraj, il est vrai légèrement islamiste. Puis, le plan américain était devenu indécryptable, inexistant. En décembre, les Nations unies estimaient à 20.000 environ le nombre de mercenaires et militaires étrangers déployés sur le territoire libyen, au sein de dix bases d’opération majeures.
K. Haftar est soutenu par les Emirats Arabes Unis, l’Egypte et la Russie (dont le groupe ‘’privé’’ Wagner), alors que le GNA est appuyé militairement par la Turquie et des rebelles syriens transférés de Syrie. Haftar a été longtemps l’interlocuteur préféré de la France, mais ce fait s’est totalement effacé des esprits, tout comme l’origine de la guerre de 2011, livrée à Kadhafi, sans mandat pour se faire. Passons. Après en avoir quelque peu malmené la symétrie, Paris demande désormais un strict respect de l’embargo onusien sur les armes imposé aux belligérants depuis 2011. Ankara déploie des drones en vertu d’un accord militaire signé avec le GNA, que le Parlement turc a prolongé le 22 décembre pour 18 mois. Cet embargo continue d’être violé au quotidien, avec des vols d’avions-cargos au profit des deux camps. Mais, malgré tout, le cessez-le-feu tient encore, d’après l’émissaire par intérim de l’ONU, Stéphanie Williams. Sous son égide, des pourparlers entre parties libyennes devraient reprendre à Genève, dans les prochains jours. Les frères ennemis envisageraient de tenir des élections le 24 décembre, avec l’aide de l’Organisation mondiale. Il est grand temps de laisser les Libyens ouvrir une porte de sortie de cette guerre civile fortement  »internationalisée ».

* 29 janvier – Le monde dans une seringue

Les Nations Unies, avec le programme Covax, l’Europe des 27 aussi, n’ont produit que des velléités de solidarité sanitaire. Mais, fi du multilatéralisme, l’heure est à marquer des points en poussant des intérêts égoïstes. L’avenir de la population, de l’économie, des élections : ces enjeux positionnent les nations en concurrentes, face au virus. Alors que la menace est globale et indivisible, la difficulté à percevoir un salut commun ravive les réflexes de chacun pour soi. La course aux vaccins illustre tristement ce cloisonnement du monde. Au jeu de la mise sur le marché et de la production de masse, les États-Unis (vaccins Pfizer et Moderna), le Royaume-Uni (vaccin AstraZeneca), la Chine (vaccins Sinopharm et Sinovac) et la Russie (vaccin Spoutnik-V) sont gagnants. Après avoir calculé large, lors de son appel à fournisseurs, l’Union européenne vit douloureusement sa pénurie de vaccins, liée aux aléas de la production… ou de la distribution. Tous les producteurs approchés ont fait défaut, partiellement ou totalement. De plus, la transparence et la philanthropie ne sont pas les qualités premières des laboratoires pharmaceutiques. l’UE cherche alors des fautifs : on esquive la vérité, on règle publiquement des comptes pour parer à tout soupçon. La propagation plus rapide des variants du Covid, dont les mutations vont forcément se multiplier, accroît le stress chez les décideurs et l’angoisse chez les gens.

Pour ce qui est de vacciner les populations, Israël détient le pompon, avec un tiers déjà immunisé. Au Royaume-Uni, Boris Johnson mise sur la disponibilité des doses pour démontrer que, grâce au Brexit, le Royaume-Uni protège mieux la population que ses homologues continentaux. Ces derniers ont usé la patience et la résignation des populations et cherchent des repoussoirs dans les erreurs des voisins. Leur rapidité à délivrer le vaccin dictera largement leurs chances de réélection , au risque de négliger les libertés et les autres formes de détresse humaine. Comment agir alors ‘’par-delà les frontières’’ ? Au contraire, on se claquemure à l’intérieur de celles-ci.

La géopolitique vaccinale a redessiné les blocs que l’on croyait disparus. Les Etats occidentaux ont acheté 90 % des doses des deux vaccins américains et sont fermés au reste du monde. Cela crée une rancune bien compréhensible dans les pays du Sud. Dans l’autre camp et face à ce repli égoïste, la Russie et, plus encore, la Chine gagnent en termes de sphère d’influence et de parts de marché, en proposant des solutions adaptées au monde émergent.  »Un parfum de Guerre froide’’, dira-t-on. Mobilisons vite la médecine de la Paix !

* 28 janvier – Etat comptable, sans état d’âme

Afin de « réexaminer » la décision prise sous la présidence Trump, l‘administration Biden suspend certaines ventes de munitions de précision à l’Arabie saoudite et celles de chasseurs F-35 aux Emirats arabes unis. Le département d’Etat américain précise qu’il s’agit de s’assurer que ces ventes d’armement répondent aux objectifs stratégiques du Gouvernement. Présentée comme une mesure de routine administrative, cette décision représente en fait un tournant politique spectaculaire. Ces contrats ‘’récompensaient’’, en effet, la reconnaissance par Abu Dhabi de l’Etat d’Israël et le rapprochement amorcé entre Riyad et Jérusalem.
Prôné de longue date par le Parti démocrate, le tournant n’en est pas moins spectaculaire dans sa signification stratégique. Les deux capitales du Golfe, jusqu’alors très étroitement alliées aux Etats-Unis (et à la France), se voient publiquement désavouées dans leur façon de mener l’expédition militaire au Yémen, face aux rebelles Houtis (chiites). La prolongation du conflit depuis plus de cinq ans, dans des conditions effroyables, entache la légitimité des soutiens occidentaux et mobilise les opinions publiques, indignées par ce scandale. A son arrivée aux affaires, le secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, s’était prononcé pour « mettre fin » au soutien américain. Joe Biden s’engage donc dans un réexamen stratégique couvrant aussi les politiques étrangère et industrielle (quel revers cinglant pour le lobby militaro-industriel !). Recherche-t-il une levée de l’assujettissement des Etats Unis à une cause qui n’est pas la leur (l’hégémonie sunnite), ou une mise en garde à de ‘’bons clients’’ un peu trop associés, à divers niveaux, à la menace de l’islamisme prosélyte, ou encore un signal positif de basse intensité à destination de l’Iran, dans le but d’amorcer un dialogue ? On pourrait tout aussi bien y voir un sursaut de conscience face au drame humanitaire que vivent les Yéménites, à fortiori quand il résulte de la volonté de princes adeptes du gouvernement par l’assassinat.

Dans tous les cas, ce geste courageux fait ressortir la position rigide et opportuniste de la France qui, dans ce drame du Moyen Orient, ne cherche qu’à tirer des profits pour son industrie d’armement nationale, surtout lorsque l’Amérique se désengage. Ce volet mis à part, ses intérêts stratégiques sont strictement les mêmes que ceux mis en avant par la nouvelle administration de Washington. Dans la vieille monarchie républicaine, le seul fait de manifester une sensibilité sur un contrat export sulfureux vous range au nombre des ‘’séparatistes’’, fauteurs de désindustrialisation et de chômage de masse. Autant fermer le Quai d’Orsay.

* 27 janvier – Oui à l’équilibre stratégique ; non aux coups bas

Joe Biden n’a pas perdu de temps pour évoquer avec Vladimir Poutine les sujets qui fâchent. Dans le sillage de sa mise au point avec la Chine (cf. brève d’hier), il engage un dialogue avec Vladimir Poutine, mi-critique, mi-coopératif. Il s’agit de sortir de la ‘’non-stratégie’’ russe de son prédécesseur, faite d’ambiguïté langagière et de passivité, presque complaisante, dans l’action. Le nouveau président clarifie la donne : les sujets d’équilibre stratégique n’attendent pas, notamment ceux touchant aux armes nucléaires et à la prolifération. Au téléphone, les deux dirigeants ont ainsi fait état d’un « accord de principe » entre eux sur deux dossiers sensibles.

Ils convergent tout d’abord sur la volonté de renouveler pour cinq ans l’accord New Start (Strategic Arms Reduction Treaty) qui expirera le 5 février. Il s’agit d’une urgence absolue. Ce Traité de 2020 est le pilier de l’équilibre intercontinental. Il limite à 700 le nombre de lanceurs stratégiques déployés et à 1 550 celui des ogives nucléaires dont ils sont équipés. S’y ajoute un protocole d’inspection et de vérification. L’accord de principe conclu au téléphone donnera lieu sous peu à formalisation par la voie diplomatique. C’est une heureuse nouvelle pour le monde.

-Même volonté d’apaisement de la part de Joe Biden, relativement à l’accord international de 2015 sur le nucléaire iranien. Washington souhaite le réintégrer et fermer la parenthèse ouverte par Trump en 2018, mais en évitant de concéder unilatéralement. Poutine protège, du moins en apparence, l’intransigeance du régime des mollahs et invite son interlocuteur à lever ses sanctions, sans condition ni contrepartie (ce que le Congrès n‘accepterait pas). Faire preuve de souplesse mais pas de naïveté et garder la face : la Russie ne jouera pas les bons intermédiaires sans quelque forme de rétribution.

En matière de coopération diplomatique, secteur où la relation passée s’apparentait à un jeu de dupes, J. Biden tient à se montrer ferme. Concernant l’Ukraine, il réaffirme un ‘’ferme soutien à la souveraineté de Kiev, face à l’agression persistante de la Russie ». Il dénonce aussi l’empoisonnement puis l’arrestation d’Alexeï Navalny et, de même les cyberattaques – attribuées aux trolls russes – sur les institutions d’Etat de Washington Il évoque aussi certaines informations comme quoi la Russie aurait payé des « primes » à des Talibans pour tuer des soldats américains en Afghanistan. La maison Blanche se fend, au passage, d’une mention de la protection des intérêts de ses alliés contre les mauvais coups de la Russie. Décidemment, les tergiversations rageuses de l’époque Trump ne sont plus de saison. America seems to be back…

* 25 janvier – Bunkerisation

Comme ses voisines, la France se referme, dans la crainte de la 3ème vague pandémique, celle qu’attisent les variants plus pathogènes du Covid. Ceci est sanitairement compréhensible, du moins sur la durée strictement nécessaire. Dans l’ambiance d’appréhension pour soi-même, il n’est donc pas étonnant que l’attention du public se détourne des questions migratoires. Au même moment, le nombre des personnes déplacées des conflits dans le monde tend vers 100 millions (et ne parlons pas des réfugiés climatiques !) et une pandémie de misère et de précarité s’ajoute à la confusion globale. Elle accroît la détresse des exilés parvenant en Europe ou déjà condamnés à y errer dans la clandestinité. Mais comment s’est soldée en France la première année de la pandémie, lorsque l’Europe n‘était pas encore hermétiquement close ? Cédons la parole à la Cimade, sur la base des statistiques de 2020 du Ministère de l’Intérieur français. Derrière le bilan officiel, l’ONG protectrice des populations déracinées constate la poursuite d’une politique migratoire restrictive et implicitement déshumanisée, dans le sens du o-respect des droits humains fondamentaux :


‘’Si les baisses spectaculaires(des migrations et demandes d’asile) s’expliquent en grande partie par la crise sanitaire, les atteintes aux droits des personnes étrangères sont quant à elles imputables à la poursuite d’une politique migratoire restrictive. Les exemples de violations manifestes des droits constatées par nos équipes en 2020 ne manquent pas :
Ainsi, le nombre de visas délivrés est passé de 3,5 millions à 712 000 (soit moins 79,7%), le nombre de premiers titres de séjour de 277 406 à 220 535 (soit une baisse de 20,5%) et le nombre de demandes d’asile enregistrées de 143 000 à 93 000 (soit une chute de 35%). Derrière ces chiffres, La Cimade a constaté la persistance, et parfois l’aggravation, des violations des droits fondamentaux des personnes étrangères en 2020, en métropole comme en Outre-mer.  Pour lever le voile sur la réelle situation vécue par les personnes migrantes et réfugiées en 2020, elle a publié, dans un communiqué de presse, ses observations, fruit de travaux d’accompagnement des personnes étrangères sur le terrain, de collecte d’informations et de plaidoyer réalisés par nos équipes.
• Aux frontières, les violations des droits se sont poursuivies tout au long de l’année. Les privations de liberté ont continué dans des conditions indignes. Et les autorités françaises ont aussi continué à refouler des personnes, notamment vers l’Italie, même lorsque ce pays était l’un des épicentres de la pandémie;
• La fermeture complète des préfectures puis leur réouverture partielle, associée à la difficulté pour obtenir un rendez-vous sur internet et à l’obligation de déposer des demandes de façon dématérialisée, a conduit à cette chute du nombre de titres de séjour délivrés. Malgré les très fortes mobilisations pour demander une large régularisation, le gouvernement est resté sourd à ces revendications; 
• En Outre-mer, en raison d’un dispositif d’accueil des personnes demandant l’asile totalement défaillant, des centaines de personnes vivent actuellement dans des campements;
• Les centres de rétention ont été maintenus ouverts et les personnes enfermées n’ont pas été libérées. Les conditions sanitaires n’y étaient pourtant pas assurées et plusieurs clusters y ont été décelés tout au long de l’année. 
Ces observations ont malheureusement toujours cours au moment où vous lisez ce message ».

-Le blog de l’Ours Géo ajoute : Prévoit-on de vacciner nos SDF dont plus d’un quart sont des étrangers à la rue, ne maîtrisant pas ou mal notre langue et coupés de tout environnement sanitaire ? En continuant à enfermer ces personnes dans des centres de rétention hygiéniquement malsains, veut on = sciemment = les exposer au Covid ? Conçus pour quelques jours de transit ces lieux dénués d’infrastructures de séjour sont devenus des clusters. On y croupit désormais misérablement faute de pouvoir expulser qui que ce soit où que ce soit. La France ne vaut elle pas mieux que ça ?

* 22 janvier – Selon qui vous précède je saurai qui vous sourit

Joe Biden entre en scène en président ‘’normal’’ et même ‘’réparateur’’. On lui fait donc bon accueil, à l’exception de ceux pour qui l’Amérique restera de toute façon l’ennemi nécessaire. Figure politique familière pour ses concitoyens, perçu comme prévisible et rassurant par le monde extérieur, il est aussi porteur d’un message moral sur le traumatisme vécu par son pays. ‘’Papy Joe’’ fait un peu penser à notre regretté Stéphane Hessel. Mais on ne discerne pas encore si ce personnage aimable incarnera une vision traditionnelle du pouvoir, modérée et pateline, ou un puissant renouveau politique. A l’échelle internationale, la prestation de serment de l’ancien vice-président et sénateur du Delaware suscite des réactions sans surprise. Si les alliés des États-Unis, tels que l’Union européenne ou le Canada, affichent un net soulagement teinté d’enthousiasme, les rivaux de la première puissance mondiale se montrent sentencieux voire ouvertement sceptiques.

Une vague d’optimisme se lève chez les alliés traditionnels des États-Unis, qui chantent un « nouveau départ » ou une ‘’aube nouvelle’’ (Commission européenne), pour lesquels ils s’affirment disponibles. Même Boris Johnson – il y a peu encore, tancé par J. Biden pour son approche dangereuse du Brexit – s’affiche soudain « impatient de travailler » avec lui, quoi que peut-être un peu moins que son voisin irlandais, désormais épaulé par un puissant allié. En style formel et distancé, le président français limite les amabilités à l’expression de ‘’meilleurs vœux de succès’’, le minimum poli – et un peu étrange – en la circonstance. Pour Charles Michel (Conseil Européen), il est « temps de revenir aux convictions, au bon sens et de moderniser la relation » et tout aussi bien de ‘’construire ensemble un nouveau pacte fondateur ». L’OTAN entonne une partition de même facture, en saluant l’ouverture d’un ‘’nouveau chapitre de l’Alliance atlantique ». Un vrai enjeu va pouvoir être traité par le Pacte occidental avec une fenêtre d’opportunité pour bâtir un partenariat stratégique égalitaire, tout en se conformant au mode d’action extérieur de chacun. Car ils resteront différents. Comme toujours, Angela Merkel trouve les mots sobres et justes pour l’exprimer. Justin Trudeau, souvent humilié par le passé, est aux anges de voir le Canada rétabli au rang des partenaires que Washington considèrera à nouveau. La satisfaction est, de même, maximale en Amérique latine, un continent particulièrement maltraité et discriminé par le président sortant aux lourds préjugés ethniques. D’où l’accueil enthousiaste du projet ambitieux de réforme de l’immigration, qui sera bientôt soumis au Congrès, prévoyant la régularisation par étapes des quelque 11 millions de sans-papiers. De même, le soulagement des Haïtiens ou Mezzo-Américains accueillis à titre humanitaire, dont le droit au séjour va être rétabli. Certaines puissances régionales sont logiquement satisfaites d’anticiper une réémergence du précieux contrepoids américain face à leurs principaux rivaux régionaux. C’est le cas de l’Inde, confrontée à la Chine, du Japon, inquiet de l’évolution incontrôlée de son voisin nord-coréen, sans doute des pays d’Asie du Sud-Est qui comptent sur Washington, sans s’en prévaloir ouvertement, pour contenir les ambitions stratégiques de Pékin.


D’autres acteurs, plus ou moins en froid avec l’Occident, portent d’emblée un regard dur sur le nouvel arrivant. La Russie ‘’attend un travail plus constructif’’ des Etats Unis en matière de contrôle des armements stratégiques (un sujet urgent), étant entendu qu’une amélioration des relations dépendra de la « volonté politique » du nouveau président. L’Iran, jubilant du départ piteux de D. Trump, déclare que « la balle est dans le camp » de Joe Biden en ne laissant rien percer quant à l’échange de concessions à laquelle l’invitent ses nouveaux interlocuteurs américains. Son ennemi juré, l’Arabie du prince Mohammed Ben Salmane (MBS) fait patte douce tout en souhaitant tout la malédiction possible à l’impétrant, qui a dit souhaiter lever le secret (du rapport de la CIA) sur les responsabilités au plus haut niveau dans l’assassinat à Istamboul du journaliste Khashoggi. Hypocrite à son habitude, le premier ministre israélien appelle à un ‘’renforcement’’ de son alliance militaire avec Washington, qui a pourtant culminé à un point jamais vu auparavant, tandis que son adversaire palestinien tente de raccrocher comme il peut l’Autorité de son pays à un dialogue avec Washington, ‘’au nom de la paix et la stabilité dans la région et dans le monde ». Sans doute, sans grande illusion.


Les premiers pas de la nouvelle administration américaine vont être intensément observés. Deux paramètres à avoir en tête : 1 – il n’est plus possible, même pour les Etats-Unis, d’agir à l’international sans prendre pleinement en compte la scène politique interne du pays. 2 – Les évolutions de la politique extérieure de l’administration entrante seront le fait des circonstances mais aussi le fruit des affinités et des alliances scellées dès les premiers jours. Ce blog aimerait que la France se constitue, sans arrière-pensée, un capital de sympathie à la Maison Blanche. Il s’avérera précieux dans l’avenir, en particulier pour assumer sereinement nos différences.

* 21 janvier – Feu d’artifice et marche au grand galop

Aucun temps mort. Joe Biden, tout juste investi, s’engage dans une course folle contre l’urgence. Pandémie, crise économique, injustices raciales et sociales, il s’attaque aux dégâts les plus criants et les plus rapidement réparables du gouvernement Trump, de même qu’à la crise économique et sanitaire. Une première rafale de 17 décrets accompagne son entrée à la Maison Blanche. Le 46 ème président se fixe comme cap de rétablir l’Amérique en elle-même et aussi la place de son pays dans le monde : ‘’permettre au pays d’avancer’’, dit-il sobrement.
C’est d’abord, reprendre le contrôle sur la pandémie laquelle vient de dépasser le total cumulé de 400 000 morts et le seuil d’un million de nouveaux cas constatés par semaine. Le masque va devenir une obligation fédérale et un sujet de coopération entre les états. Des centres de tests et de vaccination vont s’ouvrir à travers le Pays.
Ensuite, maintenir l’économie la tête hors de l’eau : dix millions d’emplois ont été perdus. Avec la coopération du congrès, Biden lance un plan de 1 900 milliards de dollars pour sortir les Etats-Unis de leur plus grave récession depuis 1929. Comme en Europe, un plan d’investissements suivra pour relancer la croissance. En attendant, des soutiens d’urgence seront distribués aux catégories sociales les plus affectées : chèques aux familles, fonds pour rouvrir les écoles, liquidités pour les petites entreprises, aide alimentaire renforcée, etc.
Sur les projets de sa diplomatie, il offre un gage immédiat dont il sait la forte valeur symbolique : la réintégration des Etats Unis dans l’accord de Paris sur le climat. Le projet alaskan d’oléoduc Keystone et les forages dans le grand Nord seront eux, bloqués, au moins pour un temps. Un tournant décisif est pris. Sur le plan du droit des étrangers aussi, un des décrets lève l’interdiction d’entrée sur le territoire ciblant les nationaux de cinq Etats à majorité musulmane et les mineurs étrangers isolés obtiendront à nouveau les ressources pour vivre et travailler sur place.


Comment rompre de façon nette avec l’héritage de Donald Trump tout en ménageant le camp adverse (qu’il ne considère pas comme tel), ulcéré et porté aux pires excès ? L’équation tient du tour d’équilibrisme, mais qui douterait que ce président ‘’bon papa’’, sensible et empathique, possède à un haut point les qualités humaines requises ? Le chemin promet cependant d’être long et semé d’embuches. Par contraste avec l’administration népotique de D.Trump, de conception dogmatique plutôt qu’experte et figée dans la figure du riche mâle blanc dominateur, Joe Biden a forgé son cabinet à l’image de l’Amérique d’aujourd’hui, en posant deux principes cardinaux : compétence et diversité humaine. Sans tomber dans l’angélisme, cette bonne entrée en matière lui apporte un capital de réussite appréciable, sinon forcément suffisant. Tous nos vœux !