* 22 septembre – Les barrières se lèvent, les murs demeurent

L’interdiction de voyager aux États-Unis, en vigueur depuis mars 2020, va être levée le 1er novembre, pour les nationaux européens et chinois. Bonne nouvelle ! Liée à la pandémie de Covid-19, la fermeture des frontières avait été décidée par Donald Trump et n’aurait dû durer que trente jours. Il est vrai que le pays a été particulièrement éprouvé par la pandémie : plus de 600.000 décès à ce jour. Sa fermeture au monde extérieur aura duré vingt mois. Cela se compare au recroquevillement de la Chine à l’intérieur de ses frontières, toujours en vigueur. Pour les voyageurs arrivant aux États-Unis, bientôt plus de quarantaine mais la présentation d’une preuve qu’ils sont vaccinés, un test négatif, le traçage par les compagnies aériennes et le port du masque.

Les Européens réalisent-ils leur chance de vivre sur un continent où, moyennant quelques contrôles, la circulation est possible ? Les temps sont durs, mais quand même un peu moins pour certains.

Les habitants du Vieux monde sont davantage vaccinés que les Américains. Le maintien du « travel ban » leur restait en travers de la gorge, alors que l’Union européenne et le Royaume Uni accueillent librement les visiteurs d’Outre-Atlantique, moyennant les formalités sanitaires qui sont désormais d’usage. L’absence de réciprocité devenait difficile à justifier et l »interdiction de voyage était d’autant plus troublante que Washington pratiquait, par dérogation, un régime de libre-accès sans restriction en faveur certains États pourtant submergés par la crise sanitaire et pour certains investisseurs. Dans un second temps (quand ?) les frontières américaines devraient s’ouvrir à l’Inde et au Brésil.

En revanche la circulation des pauvres et des exilés n’est pas près de se libéraliser. Joe Biden annonce la dispersion et le refoulement de dizaines de milliers d’Haïtiens massés sous un pont, à la frontière du Texas. La France des jours de campagne électorale entonne à nouveau le  »fais-moi peur » du  »grand remplacement », même si les arrivées d’exilés et autre  »sans papier » fléchissent et leur nombre reste insignifiant : pas même 1 % de sa population. La circulation humaine sur la planète se rétablira bientôt, mais entre le Nord… et le Nord. Idem pour la sortie de Covid !

* 21 septembre – Le  »Machin » et les machines de guerre

Premier jour de l’automne, moment des discours rituels à New York des dirigeants de la planète devant l’Assemblée générale des Nations Unies. Tout le monde s’en fout ! Et depuis pas mal de temps ! Les grands du monde sont en général polis (pas tous) mais la bienveillance n’est plus de notre époque et la Paix n’est plus à leur programme. Est-ce toujours cette ONU crée à San Francisco, au sortir de le seconde guerre mondiale, dans l’allégresse des peuples fatigués des affrontements ? Répond-t-elle toujours au besoin d’arbitrage des différends par le droit international et au devoir moral de les résoudre pacifiquement ? Papa (ou Grand Papa) y a cru. Le général de Gaulle a, lui, moqué le  »Machin », en bon souverainiste (l’ONU avait été sévère avec la France coloniale) et pour faire un bon mot. On oublie un peu vite que, sans les Nations Unies, la prolifération des armes nucléaires et la course quantitative aux armements militaires auraient atteint le stade de l’holocauste. ous ne serions pas là. Aussi, que jusqu’à des temps récents, le  »machin » new-yorkais est parvenu à prévenir des conflits dès leur phase initiale et à éteindre des guerres parties pour durer toujours. Il a établit des droits sans lesquels toute humanité se serait évanouie de l’espèce humaine. La réalité est que les membres de ce conseil, censé veiller sur la bonne marche du monde, ne méritent pas (ou plus) l’honneur de la fonction qui leur incombe.

Les cinq membres permanents ne représentent plus depuis longtemps la société internationale telle qu’elle fonctionne. Ils s’entendent plus ou moins pour bloquer toute réforme qui légitimerait leur monopole. Aucune crise majeure depuis celle de Syrie, en 2011, n’a pu se dénouer à New York faute de possibilité d’entente entre les  »grands ». La Russie de Poutine allume tous les incendies qu’elle peut dans les arrières cours de ses adversaires stratégiques. Elle pratique une guerre hybride menaçante et débarque en Afrique avec ses mercenaires Wagner. La Chine de XI Jinping se taille un empire sur les mers du Sud et se montre encline à lancer, pour la conquête de Taiwan, un conflit potentiellement mondial. Les Etats Unis de Joe Biden retombent dans l’unilatéralisme de Trump et tentent de refaire leur prestige et leur cohésion interne en affrontant le Dragon chinois. Le Royaume Uni se vend à qui veut bien, pourvu que ce ne soit pas l’Europe. La France se repaît de ses désaccords avec l’oncle Sam, parle fort sur l’avenir de l’Europe sans se faire entendre ni dissiper les soupçons à son endroit. Sa diplomatie de puissance moyenne, à assise économique limitée, est devenue parcellaire : elle n’est plus à l’échelle du monde.

Collectivement, le 15 du Conseil utilisent ce forum pour couvrir ceux de leur camp qui se sont mis en position d’agresseur, pour punir les protagonistes d’en face (qui les sanctionneront à leur tour)… et pour bloquer toute tentative de résolution des conflits. Même la pandémie qui a ravagé tous les pays dans une simultanéité sans précédent, n’a pas vu ces garants de la bonne marche du monde se réunir, encore moins décider une trêve des combats. C’est ainsi qu’on a abandonné aux armes de leurs assaillants des populations déjà victimes du virus. Pire, encore, de nouveaux conflits ont éclaté. Citons seulement l’Arménie/Azerbaïdjan, les zones kurdes de Syrie, la Libye envahie de l’extérieur, l’Ethiopie, le grignotage du Donbass qui a repris en Ukraine et les opérations au Sahel qui se sont étendues à de nouveaux pays, en se rapprochant du littoral du Golfe de Guinée, La note à payer (par les populations) pour toutes ces défaillances du système multilatéral est simplement effroyable.

On a aujourd’hui l’impression que le seul et dernier membre du Conseil de Sécurité serait … le secrétaire général de l’Organisation. Profond et pathétique, le plaidoyer d’Antonio Gutterres pour un retour au mode multilatéral, pour la préservation de la paix et de la stabilité, mais aussi pour soigner la détresse humanitaire de centaines de millions de gens, n’est guère repris dans les médias : ce ne serait rien d’autre que le blabla bien pensant habituel. Au Conseil, se succèdent les empoignades et les coalitions agressives. A l’idéal humaniste et pacifique des pères fondateurs de 1945 fait suite une machinerie à régler des comptes, parfois même à légitimer des machines de guerre. Ce blog tient des exemples précis à votre disposition. Mais, encore une fois, qui se soucie de ce que des Etats-vampires aient vider l’Organisation des Nations Unies de son sang ? Avons nous vu des foules à Paris, Pékin, Moscou ou New York manifester pour la Paix ? Avons nous vu des partis politiques inscrire le mot  »Pax » dans leurs priorités programmatiques ? N’entendons-nous pas d’innombrables voix bien intentionnées appeler à des jours nouveaux, climatiques, écologiques, éducatifs, sanitaires, de justice sociale, de développement, etc., sans trop réaliser que, sans la paix – et la stabilité corollaire -, rien de tout cela ne pourra se faire, même pour quelques » happy few ».

*26 juillet – Faisons tout pour être espionné

Il y a l’espionnage à sensation et la petite routine moucharde des entreprises et des réseaux. Seule, la première fait le buzz… et encore ! Amnesty International, l’ONG de défense des droits humains, partie au consortium de médias sur le logiciel espion Pegasus, appelle à un renforcement des règles et des contrôles de la cyber-criminalité et, dans l’immédiat, à l’instauration d’un moratoire sur la vente et l’utilisation des technologies de surveillance. Il en va de la survie de la démocratie et de nos libertés fondamentales. La société israélienne NSO, qui a conçu le logiciel, ‘’est une entreprise parmi d’autres. Il s’agit d’un secteur dangereux qui opère depuis trop longtemps à la limite de la légalité » (litote), déplore l’ONG. Le consortium Forbidden Stories et Amnesty se sont procuré une liste de 50 000 numéros de téléphone, ciblés par les clients de NSO depuis 2016 en vue d’une possible surveillances. Introduit dans un smartphone, le logiciel Pegasus récupère nos messages, photos, contacts, nous géolocalise, décrypte nos messages chiffrés et active à distance micros et caméra : 180 journalistes, 600 personnalités politiques (dont treize chefs d’Etat ou de gouvernement) , 85 militants des droits humains de même que 65 chefs d’entreprise ont été ciblés au Maroc, en Arabie saoudite, aux Emirats, au Mexique, en Hongrie et même au plus haut niveau de l’Etat et du gouvernement, en France…ceci, à l’initiative de gouvernements courtisés par celui d’Israël…


L’avertissement est grave et solennel. Mais il y a d’autres mouchaards, peu connus mais du même tabac. Allez donc voir les sites Amnesty Report, Refugee International, Euro News ou encore CNN 24-7. Une seule visite sur leur page d’accueil provoque l’installation du virus Candiru sur votre système d’exploitation. Si vous vous voyez plutôt Big Brother, achetez- plutôt cette appli sur internet, à une autre entreprise israélienne. Vous ne serez pas déçu : il possède toutes les fonctionnalités de Pegasus et il vous permettra de terroriser la planète et d’abattre quelques démocraties … si vraiment tel est votre plus grand désir (et votre inquiétante psychose). Il y a toute une forêt de la cybersurveillance derrière l’arbre Pegasus , des milliers d’outils qui permettent d’espionner tout ce qui passe dans un téléphone portable ». En plus, l’usage en est simplissime (mais pas donné). Ces espions, à la pointe de la technique, utilisent des vulnérabilités technologiques des smartphones iPhone et Android – encore inconnues des fabricants. Les enteprises du secteur achètent à des hackers les failles mises à jour sur un ‘’marché des vulérabilités informatiques’’, pour le moins louche. Le crime organisé y croise les entrepreneurs les plus cyniques, par l’entremise de pirates sans scrupule et de gouvernements policiers. Ainsi, tout le monde se réunit sous l’étendard de l’argent sale et des coups louches.


Mais à bien y penser et au niveau du quotidien, nos multiples cartes de fidélité dans les magasins, les coockies qu’on nous impose sur internet, les fonctionnalités discrètes de nos cartes bancaires, la caméra-globe fixée sur le lampadaire de rue, le GPS de notre téléphone ou de notre véhicule, les formulaires de satisfaction, les publicités invasives, nos multiples passages dans les réseaux sociaux (et je ne citerai pas l’innocent ‘’Linky’’) font le même travail, à notre petite échelle de citoyen-consommateur lambda. Ils espionnent = individuellement = des milliards de braves gens. Sommes-nous des pommes ? On devrait exiger d’être informés de tout ce ‘’big data’’ extrait de nos vies. Si on ne le fait pas, c’est parce que l’on ne sait pas faire face au ‘’big business’’. On sent bien que le ‘’système’’ vit d’argent, de marketing et de domination numérique et qu’ilse fiche bien de nous, ses produits. Il est plus fort que nous. En tout cas, à court terme.

* 23 juillet – Lubies circulaires

Revoilà l’ineffable Boris Johnson ! A l’automne 2019, après avoir fait lanterner Bruxelles deux ans et demi, il avait validé de sa main le ‘’protocole irlandais », une clause centrale et hyper-sensible du projet d’accord post-Brexit définissant l’avenir des relations UE – Royaume Uni. Londres s’était officiellement félicitée de cet accomplissement. Le but était d’éviter le retour d’une frontière terrestre de l’Ulster avec la République d’Irlande, comportant le risque d’une rupture du Traité du Vendredi saint de 1998, garant d’une paix retrouvée mais qui restait fragile. Entré en vigueur début 2021, ce protocole régit désormais le statut dual de l’Irlande du Nord : politiquement, la province de l’Ulster reste une partie constituante inaliénable du Royaume-Uni, dont la souveraineté n’est pas limitée. En matière de commerce extérieur, elle consent cependant à s’aligner sur les normes du marché intérieur de l’UE. C’était la seule façon de maintenir ouverte la frontière entre les deux Irlande, tout en évitant une entrée massive, par voie de de fraude et contrebande, de biens interdits ou tout au moins d’origine non-contrôlée dans l’aire de consommation des  »27 ». Ingénieux, ce compromis avait permis de surmonter le plus haut obstacle rencontré dans le cours la négociation et de maintenir la paix civile irlandaise.


Mais, depuis le début de cette année, Le gouvernement de Sa Majesté rechigne à mettre en œuvre ses engagements et à procéder aux contrôles douaniers prévus. Sur le départ en vacances, comme son Parlement qui entre en récession, Boris Johnson, signifie tout de go à Bruxelles, vouloir renégocier – dans son ensemble – le protocole nord-irlandais : énorme frappe de boulet de canon dans un jeu de quilles bien rangé. Sans entrer dans la polémique, Maros Sefcovic, vice-président de la Commission européenne, a sobrement répliqué :  »Nous n’accepterons pas une renégociation du protocole ». On doit s’attendre à une guerre d’usure, tant que Johnson restera en mesure de piloter en mode girouette la diplomatie de son pays. Le dispositif de contrôle des marchandises dans les ports de Mer d’Irlande ne constitue pourtant aucunement une frontière. Il n’a pas d’incidence sur la libre-circulation des personnes. Mais, Westminster veut considérer que si. La formule qui permet de sauver le commerce dans les règles établirait, selon le Premier ministre  »une frontière », à l’intérieur du Royaume. A partir de là, la souveraineté britannique serait entravée de façon (acceptée mais) inacceptable. Quant aux Irlandais, qu’ils s’affrontent donc entre eux, les Conservateurs de Londres n’en ont cure !


Où est passé le respect du droit et de la parole donnée ? Où se situe aussi l’intérêt de l’Ulster, celui du Royaume Uni et celui des Britanniques amenés à s’ajuster sans cesse à ce Brexit en grands zigzags ? L’essence de la souveraineté veut que l’application souveraine et librement consentie du droit et des engagements contractés s’intègre dans la souveraineté de l’Etat contractant. Un peu de réflexion s’imposerait sur la conception johnsonienne, pleine de cynisme, du  »grand large ». Chacun peut voir qu’elle dessert l’image du Royaume Uni dans le monde. Dommage !

* 20 juillet – Une caméra dans le burger et le chop-suey. Les États-Unis et leurs alliés – l’Union européenne, le Canada, l’Australie, le Royaume-Uni, la Nouvelle-Zélande – accusent la Chine d’avoir mené et de poursuivre des cyberattaques de grande ampleur, qui menaceraient leur sécurité nationale et celle de leurs entreprises. En fait, tout l’Occident fait chorus – ce qui marque un précédent – concernant les activités informatiques malveillantes menées depuis le territoire chinois, en fait un phénomène ancien mais qui s’amplifie vite. A la différence du contentieux de cyber-guerre ouvert avec la Russie (dans lequel le Kremlin est seulement appelé à contrôler ses hackers), c’est la responsabilité étatique directe de la RPC qui est mise en cause. Washington dénonce des agissements ‘’irresponsables, perturbateurs et déstabilisants’’ sponsorisé par le ministère chinois de la Sécurité d’Etat (le cœur de l’appareil répressif chinois) et qualifie ‘’d’écosystème’’ les pratiques de piraterie encouragées et ancrées dans les comportements. Pratiquement, des officines privées de type ’’corsaire’’ seraient commanditées et rétribuées pour mener ces attaques et opérations d’espionnage à grande échelle. Dans le seul secteur des entreprises américaines, le coût du préjudice se compterait en milliards de dollars, chaque année. Pour ne citer que le cas de Microsoft, les attaques lancées en mars dernier auraient touché un millier d’établissements clients ou liés au géant de la microinformatique.


L’enquête n’étant pas terminée. Les Occidentaux en sont encore à organiser leur protection de façon autant que possible coordonnée. La riposte pourrait suivre. On doit bien reconnaître que cette affaire tombe à pic, alors que l’administration Biden déploie de grands efforts pour rassembler sous son aile un front de résistance voire de ‘’roll back’’ face à l’hégémonisme de plus en plus agressif de l’équipe dirigeante pékinoise. Les faits sont peu contestables, mais le choix du moment et de la manière de les annoncer suscitent une atmosphère d’alerte. Les alliés vont se réveiller. Accessoirement, faire étalage des misères subies par les entreprises du GAFAM participe aussi à une gestion d’image, alors que ces grands prédateurs viennent d’échapper à l’impôt européen (en attendant un régime fiscal à venir ou pas au sein de l’OCDE). Sans doute, par un effet fortuit, l’attention se détourne aussi un peu du scandale de cyber-espionnage du siècle ouvert par les révélations concernant Pegasus, le logiciel espion absolu généreusement distribué par la diplomatie israélienne à ses nouveaux alliés.


Ce qu’il nous reste à faire ? Ecraser nos téléphones et ordinateurs au pilon, couper tout contact avec la finance et l’économie, manger les légumes bio de nos potagers, négocier un armistice entre le restaurant chinois et le MacDo du coin, qui tous deux s’évertuent à nous épier et à nous compromettre. C’est une conception élargie, très nécessaire, de la distanciation sociale.

* 9 juin – Tirez sur l’ambulance !

Après une décennie de guerres et de massacres en Syrie, l’accès des organisations humanitaires aux victimes est en passe d’être totalement fermé. MSF sonne l’alerte, alors que se pose au sein du Conseil de sécurité des Nations Unies la question du dernier point de passage ouvert pour alimenter et soigner la population d’Idlib. Il s’agit du seul gouvernorat syrien à ne pas être (encore) tombé sous la férule violente de Bachar et de ses alliés russes et iraniens. Le sas de Bab al-Hawa est actuellement l’unique ligne de vie praticable pour quatre millions de civils, pour la plupart des déplacés. Si l’approvisionnement s’arrête, faute d’un accord à New York, les médecins qui les soignent, dans le cadre des agences mandatées par l’ONU – et qui ne disposent que d’un stock éphémère de médicaments – ne pourront plus rien pour eux. Les maladies et les épidémies, notamment le virus COVID 19, toucheront cette population cernée de toutes parts par les belligérants. Beaucoup ont déjà été déplacés une dizaine de fois et ils n’ont plus ‘’d’ailleurs’’ où se réfugier.

C’est donc, ni plus ni moins, la survie de ces malheureux que dictera la décision de laisser ou non à Damas un accès exclusif à ces populations, qui sont précisément ses victimes. En 2020, le mécanisme d’aide transfrontalière des Nations Unies avait été interrompu à la demande du régime de Bachar, au point d’entrée frontalier d’Al-Yarubiya ouvrant l’accès au nord-est de la Syrie, via l’Irak. Aucune campagne contre le virus du COVID n’a pu y être conduite. S’y ajoutent les ports d’entrée de Bab al-Salama et d’Al-Yarubiyah, au Nord. Au total, trois des quatre couloirs ont été fermés. Selon les agences de l’ONU, dans le reste de la Syrie, le prix du panier alimentaire a augmenté de plus de 220% alors que 80% de la population reste sous le seuil de pauvreté et que 90% des enfants dépendent désormais de l’aide humanitaire.

Etrange mélange que la situation syrienne actuelle, patchwork de crimes de guerre poursuivis à bas bruit , de confiscations du patrimoine immobilier et de l’économie par des courtisans et des chefs de guerre, de fuite éperdue des populations ‘’ciblées’’ dans les derniers réduits encore disponibles, de stationnement militaire  »d’alliés » étrangers, de sanctions économiques qui s’ajoutent à la misère des Syriens et empêchent toute reconstruction. On n’y distingue que la projection factice du ‘’triomphe’’ d’un régime baasiste qui se permet même la tenue d’ élections tronquées, mais ne tient debout que par les armes et la diplomatie des Russes.

L’absence d’humanité tient, à Moscou, à Téhéran comme à Bachar, de marqueur géopolitique congénital. Le ‘’grand frère russe’’ veut faire valider, par la communauté internationale, la souveraineté de son protégé sur l’ensemble du territoire syrien, sous contrôle de l’armée de Bachar et aussi bien, sous celui des rebelles. A partir de là, il fermera totalement le pays aux yeux et aux mains tendues de l’extérieur. Bachar, lui, aura les mains libres. Qu’importe le nombre de morts innocents ! En échange de cette victoire contre son peuple, le maître de Damas rétribue Poutine en lui offrant une base navale en mer libre, à Tartous, en Méditerranée orientale (un site bien plus stratégique que ses ports militaires en Mer Noire). De là, ne doutons pas que l’Europe constituera une de ses cibles.


Il y eut un temps où le stratégique (brutal) et l’humanitaire (réparateur) cheminaient séparément. Les acteurs des deux secteurs s’ignoraient. Avec la montée des totalitarismes guerriers et leurs alliances contre la civilisation humaine, l’Humanitaire devient, au mieux, une victime de chantages ou, dans le pire des cas, il est éliminé (comme, d’ailleurs, le droit international humanitaire) du champ des opérations. Indignons-nous !

* 8 juin – Jeu de moustiques

 »Se préparer à la guerre des drones : un enjeu stratégique ». Sous cet intitulé, un rapport de la commission de la Défense du Sénat français modifie radicalement la perception des enjeux militaires. Selon ses recommandations, la France devrait étoffer massivement son parc de drones. Les aéronefs sans pilote, adverses ou sans maîtres connus, constituent désormais une menace pour la population et pour le territoire national : multiplication des intrusions, tentatives d’incursion au sein de sites stratégiques, espionnage… Sur le territoire français, quelque deux millions et demi de ces avions-robots sont couramment en opération, comportant une grande majorité d’engins privés de tous gabarits. Vont s’y ajouter, dans moins de cinq ans, des nuées de taxis volants robotisés. A cette échelle, une police des survols est indispensable comme aussi la mise au point de parades contre les activités illégales sans cesse plus nombreuses, que cette ruche génère.

Le ministère des Armées déploie une protection anti-drones sur les sites militaires et autour de certaines infrastructures stratégiques. Le ministère de l’Intérieur n’est pas en reste et il s’équipe pour une très large gamme de missions de contrôle. Le grand banditisme comme les grosses entreprises de service ne manqueront pas de suivre le mouvement, si ce n’est déjà fait.
D’après le rapport cité en introduction, clairement inspiré par les stratèges des Armées, l’utilisation intensive du drone s’impose sur les théâtres militaires : ‘’ Plusieurs conflits récents – la guerre de l’an dernier au Haut-Karabagh, mais aussi les combats de septembre 2019 en Libye et la campagne turque dans le nord de la Syrie (mars 2020) – ont été caractérisés par une utilisation massive de drones tactiques et de petits drones’’. Ceci, avec d’impressionnants succès ! Leur mode opérationnel suit des méthodes innovantes pour remplir de nouvelles tâches : guidage de tirs d’artillerie, dispersion de leurres, vols d’attaque en essaims, opérations kamikaze pour pénétrer et détruire les défenses adverses. On pourrait y ajouter les fonctions ‘’épandage d’armes de destruction massive chimiques ou biologiques » et  »assassinats ciblés », mais ce sont là des missions rôdées depuis belle lurette.


Sympathique ou cauchemardesque, le drone tactique armé ‘’préfigure les conflits civils comme internationaux de demain’’. Il faudra à l’autorité nationale prendre le train en marche ou se faire déborder. ‘’Depuis 2019, un rattrapage capacitaire est en cours : les forces armées françaises disposeront de plusieurs milliers de drones d’ici 2025, contre quelques dizaines seulement il y a quatre ans’’. De fait, l’an dernier, 58% des frappes effectuées par le dispositif Barkhane au Sahel l’ont été par des drones armés américains Reaper et une bonne part du reste par d’autres, israéliens. Les armées sont également friandes de petits drones dits ‘’de contact’’ : nano drones ‘’Drop’’, micro drones NX 70 ou encore micro drones Anafi (au total, plus de 350 ont été commandés, livrables en 2025). A moyen terme, un partenariat triangulaire France, Allemagne, Italie prendra le relai dans le cadre du programme Eurodrone. On sera alors de plein pied dans l’ère des lasers aéroportés.

Le document-cadre du Sénat n’aborde pas une question éthiquement sensible : celle de l’attribution à ces méchants moustiques d’une capacité d’intelligence artificielle. Celle-ci les rendrait à même d’agir de façon totalement autonome, en particulier dans le choix et le ‘’traitement’’ des cibles. Il y a cinq ans, le chef d’état-major des Armées s’était solennellement engagé à ne jamais laisser un drone voler sans un pilote humain pour le téléguider et contrôler sa mission. La doctrine restera-t-elle inchangée ? Elle se fait discrète, en tout cas. En sus des Occidentaux, Israël, la Chine, la Turquie et l’Iran comptent s’équiper et exporter largement ces oiseaux de mauvaise augure et, surtout, aller jusqu’au bout de leur potentiel technologique. Ils sont à la fois bon marché, sacrifiables, utilisables en myriades de tous les formats (de l’insecte à l’avion de ligne) et ils peuvent devenir  »intelligents ». Il est clair qu’on ne pourra leur affecter des armées de pilotes humains rassemblés dans des halls d’opérations vastes comme des stades de football. L’intelligence artificielle seule, pourra accomplir la tâche, tout en exonérant l’Humain de toute responsabilité. Elle deviendra qu’on le veuille ou non un choix obligé. Malgré le danger induit pour les institutions, pour la paix et pour les libertés, il est assez probable que, si la hiérarchie militaire française estime impérative l’option de l’A.I., l’opinion et la classe politique la valideront aussi. A fortiori, si était mis en exergue le recours à des technologies françaises. On fabriquera dans la foulée des androïdes-diplomates pour – à leur façon – calmer le jeu.

Des gens mourront sans qu’on sache trop, combien, qui, où et pourquoi ni où se situe le droit, faute de pouvoir maitriser les algorithmes déchainés, livrés à eux-mêmes.

* 6 juillet – Macho et cambrioleur

Après les sorties de Donald Trump et de Benjamin Netanyahou, c’est lui qui incarne le pire populisme macho en Occident. Avant lui, Luiz Inácio Lula da Silva s’était fait pincer pour s’être fait offrir un toit, qu’il n’avait pas les moyens d’acquérir par lui-même. Puis, sa dauphine, Dilma Rousseff, s’était empêtrée dans une mauvaise présentation statistique. On s’étonnait presque de la sévérité des magistrats brésiliens et de la rigueur du jugement populaire. Et voilà qu’un militaire enrichi, brutal et raciste est porté au pinacle de la présidence, en janvier 2019, par une marée de citoyens enthousiastes.


Avez-vous cru un instant que Jaïr Bolsonaro, l’ennemi des femmes, des autochtones, des pauvres et de l’écologie en Amazonie serait un ‘’grand président’’ ? Dans l’affirmative, cessez immédiatement de lire ce blog et branchez-vous sur des jeux en ligne ! L’histoire a continué exactement comme on pouvait s’y attendre : catastrophe sanitaire sans nom, la Covid niée puis favorisée par une non-gestion abjecte ; inquiétude de la planète entière quant à la déforestation accélérée du ‘’poumon du monde’’ ; pauvreté galopante, discrimination tous azimuts des populations fragiles, etc.

Aujourd’hui, il est  »seulement » soupçonné d’avoir couvert une tentative de corruption au sein de son gouvernement, dont il était précisément informé. Le délit porte sur un achat massif de vaccins indiens anti-Covid-19, Covaxin, qui ne sont d’ailleurs pas homologués au Brésil. Le ministère de la Santé, dont il a changé le titulaire à quatre reprises en pleine pandémie, fonctionne comme un énorme cluster de corruption. Concussion, prévarication, mensonge, tromperie … D’autres fautes pénales plus graves émergeront par la suite.


Le vent tourne soudain et le héros macho, souvent crâneur et grossier, prête le flanc à des manifestations de mécontentement populaire et à de multiples accusateurs : la Cour suprême devra bientôt statuer sur ‘’l’Affaire’’ et permettre au non au Parquet d’entamer des poursuites contre lui. En théorie, une procédure de destitution provisoire (pour six mois, le temps d’un procès) pourrait s’ensuivre. Mais la Cour suprême devrait alors trouver le soutien des deux tiers des voix de la Chambre des députés, ce qui paraît très improbable : le ‘’Président-Voleur’’ y dispose en effet d’une solide majorité parlementaire. On a vu comment Trump, aux Etats Unis avait facilement déjoué le piège du Congrès.

Alors, pour quand l’éviction de ce ‘’champion aux mains propres’’, porté au pouvoir par les foules pour éradiquer sans pitié la magouille ? Il semble en tout cas très mal parti pour se faire réélire, en octobre 2022, face à Lula. Osera-t-on encore parler de ‘’mains propres’’ pendant la campagne électorale ? Est-ce que le populisme crée, même dans les sociétés les plus sympathiques, cette forme d’infantilisme aveugle que certains confondraient (à tort) avec de la bêtise ? Elle paraît un peu décevante, la démocratie au Brésil ! La délinquance des hommes providentiels s’oublie très vite, même si on omet aussi de la leur pardonner : on n’y pense plus, c’est tout … et le cycle recommence.

* 2 juillet – Couper le courant, cesser les barbituriques

Il n’y a pas à philosopher sur ce point : l’action s’imposait : l’administration Biden vient d’imposer un moratoire sur les exécutions fédérales, le temps de réexaminer les politiques et procédures en matière de peine capitale. Elle s’inquiète de l’aspect « arbitraire » de cette forme de punition barbare, assimilable à la torture et aussi de son « impact disproportionné sur les personnes de couleur ». Elle se soucie également des exonérations dont bénéficient les condamnés qui en seraient passibles mais se voient protégés par leur argent et leurs  »super-avocats ». Elle aurait pu aussi bien mettre en avant l’ inefficacité prouvée de la peine capitale en matière de dissuasion pénale et la fréquence choquante des erreurs judiciaires irréparables qui l’accompagnent. Espérons qu’après ce moratoire intervienne une abolition en bonne et due forme, en conformité avec le protocole additif à la convention des Nations Unies sur les droits politiques et civils.

Donald Trump avait rétabli cette pratique abjecte mais assez populaire et même populiste, à laquelle la justice fédérale n’avait plus eu recours durant sept décennies. Ce niveau de juridiction n’intervient, en règle générale, que dans les affaires de trafic de drogue, de terrorisme ou d’espionnage. Trump avait fait procéder en peu de temps à une série de 13 exécutions au sein du pénitencier fédéral de l’Indiana. Tuer sans provoquer un temps interminable de souffrance et d’agonie n’est même plus à la portée du bourreau et les hésitations entre l’électricité et les barbituriques ont multiplié les exemples d’horreur dans les états non-abolitionnistes. Pour ne pas rabaisser la juridiction d’Etat à la Loi du Talion, il fallait couper court sans délai. Malheureusement, aux Etats Unis, la justice de droit local reste prédominante en nombre de cas judiciaires traités et rétrograde dans la moitié des Etats fédérés : elle assassine, à l’occasion, parce que simplement cela plait bien à l’électorat et donc aux élus.


Encore merci à Papy Joe de rétablir de la décence, du moins au niveau fédéral. Le recul de la peine de mort est bien engagé dans le reste de son pays. L’espoir est là que les Etats Unis parviennent à effacer un jour une facette rebutante de leur identité intérieure comme internationale.

* 30 juin 2021 – Prix Nobel de la Guerre

Il y a un an encore, l’Ethiopie était le miracle de l’Afrique. Cet ancien empire chrétien de 110 millions d’âmes, héritier de la Reine de Sabah et du Négus, s’était réconcilié avec l’Erythrée voisine qui s’était séparée de lui au début des années 1990, au terme d’une guerre intestine longue et cruelle. Grâce à la paix, à l’investissement chinois, à l’habilité à gouverner d’Abiy Ahmed, un premier ministre adulé par les médias, le Pays s’était constitué une base industrielle performante, très admirée en Afrique. Ahmed, qui plus est, incarnait une rupture salutaire avec la main mise – 27 ans durant – de la minorité tigréenne sur le pouvoir. Forte de six pourcents seulement de la population, cette dernière s’était aliénée le reste du pays par sa pratique de la ségrégation ethnique et son comportement hautain. L’activisme du nouveau leader audacieux, libéral et réformiste était récompensé, il y a deux ans, par le prix Nobel de la Paix. Ce prix, souvent conféré trop tôt, ne porte pas toujours chance…

Le conflit qui s’est déclaré dans les dernières semaines de 2020 au Tigré, à l’initiative de cette minorité politiquement ‘’dépossédée’’ du nord de l’Ethiopie (le long de la frontière érythréenne), débouche sur un gâchis sans nom. Loin d’user de la diplomatie d’un ‘’nobelisé’’ face à cette nouvelle tentative de sécession au sein de  l’Empire, l’ancien colonel des services de renseignement a retrouvé des réflexes de chef de guerre sans scrupule, un tantinet mégalomane et faussement messianique. Déterminé à soumettre l’ethnie coupable, il a répondu par l’occupation militaire du Tigré. Il a mobilisé dans cette aventure des milices ethniques adverses de même que – une folie ! – les troupes de l’ex-ennemi. érythréen.

Seules quelques ONG ayant encore accès au terrain, l’expédition punitive s’est faite à huis clos. Elle a tourné au carnage et laissé des stigmates indélébiles de massacres, de pillages et de viols. Rien n’aurait pu mieux souder la résistance des six millions de Tigréens, sous l’étendard du TPLF, le parti armé combattant pour leur indépendance. Après deux millions de paysans déplacés par les combats, des milliers de morts retrouvés dans des fosses communes (nettoyage éthique ?), d’énormes destructions d’infrastructures, le point de non-retour a été franchi. Même Abiy Ahmed semble prendre la mesure de ce désastre humain, sous l’angle de ce qu’il dénonce comme une ‘’épidémie de violences sexuelles’’. Mais il n’a que des mots creux à y opposer. A moins de son anéantissement par la force armée, la révolte du Tigré persistera donc. Les autorités d’Addis-Abeba ont décrété hier un « cessez-le-feu unilatéral et inconditionnel » au Tigré « , tandis que les miliciens indépendantistes reprenaient, le même jour leur capitale régionale de Mekele. Les rebelles proclament leur détermination à « intensifier » les combats au-delà de leur territoire. La guerre des mots n’y changera rien. Le Conseil de sécurité, comme toujours divisé, restera impuissant.

De fait, des atrocités sont le fait des deux bords :  ceux qui défendent leur territoire et ceux qui combattent pour l’intégrité de l’Ethiopie. A l’extérieur, la communauté internationale – Chine, Russie, Israël et États du Golfe exceptés – instruit plutôt le procès d’Abiy Ahmed. Les Etats-Unis, qui sont de longue date liés à leurs ‘’alliés’’ tigréens, s’y montrent même virulents. Pourtant, sous l’ancien dirigeant tigréen Zenawi, courtisé par Washington, comme sous Ahmed aujourd’hui, l’Ethiopie n’a rien connu d’autre que la dictature. C’est donc uniquement en fonction de leurs intérêts stratégiques que les puissances se déterminent à son propos. Se concentrera-t-on un jour sur la prévention du basculement aussi rapide d’un pays viable et fonctionnel de la paix civile vers la guerre ethnique la plus barbare ? Il faudrait cesser de chercher des ‘’bons’’ ou des ‘’alliés’’ quand il n’y a plus que des tueurs et des victimes, dans chacun des camps en présence.

* 29 juin – L’écho … vide de la solidarité des peuples

Le virus nous laisse un répit en France, tant mieux, mais il continue néanmoins à muter. Certains de nos voisins subissent déjà durement l’expansion rapide du variant Delta. Dans le monde émergent et en particulier en Afrique, un nouveau pic pandémique affecte les populations bien plus sévèrement que les vagues précédentes. Avons-nous motif à nous attarder dans l’insouciance, comme si le monde était cloisonné entre des régions (relativement) épargnées et d’autres, abandonnées à leur sort. Tant que le hiatus de santé Nord-Sud perdurera, que le virus du Covid mutera là où la pandémie est improprement combattue, personne ne sera à l’abri d’un effet boomerang peut-être sans fin. Bien sûr on le sait, mais cela ne veut pas dire qu’on est prêt à venir au secours de l’Afrique, du Mexique, du Bangladesh, etc.

Première question : Covax, le dispositif que les Nations Unies ont mis en place pour vacciner les populations du Sud a-t-il failli ? Covax, en tant que réseau d’institutions et d’établissements proposant une solution vaccinale universelle, a livré 87 millions de doses à 131 pays. Pour presque cinq milliards de Terriens démunis, on reste loin du compte. Il s’agit pourtant de la distribution de vaccins la plus importante jamais réalisée dans l’Histoire. Ainsi, par rapport à la pandémie H1N1 de 2009, Covax a fourni sept fois plus de doses et répondu 2,5 fois plus vite aux besoins de quatre fois plus de pays. En avril 2020, le dispositif a été lancé et ses coleaders – l’OMS, le Cepi et le Gavi – ont été immédiatement opérationnels. Dès juin 2020, la garantie de Gavi-Covax-AMC a d’emblée financé l’accès gratuit aux vaccins, dans 92 pays à faible revenu. Comme  »bureaucratie », on a vu pire. De plus, Covax n’est pas le seul mécanisme d’acheminement des serums vers le monde émergent, puisque le G 7, la Chine et l’Inde ( jusqu’à récemment), ont engagé des distributions gratuites, non sans escompter quelques bénéfices politiques en retour, ce qui est de bonne guerre.


On constate pourtant une distribution particulièrement inégale du vaccin : 1 % seulement des populations des pays les plus pauvres est à ce jour protégé, contre un ratio de 50 % dans les pays développés. La question se pose donc de devoir vacciner les populations à risque partout dans le monde, plutôt que tout le monde dans une minorité de pays. Ce serait aussi une façon de limiter les mutations du virus liées aux pathologies mal soignées. Mais, d’évidence, ne pas vacciner les jeunes Européens pour mieux protéger les personnes vulnérables en Afrique aboutirait à braquer l’humeur populaire, au Nord, contre le Continent noir. Les peurs et les préjugés existent partout et on ne peut en faire totalement abstraction.


Au milieu de ce mois, 60 millions de doses seulement ont été acheminées dans 80 pays. Une goutte d’anticorps dans un océan de virus. On n‘a pas encore vu la couleur du milliard de doses annoncé par le Club des nations les plus industrialisées (le G 7) et par des grandes fondations privées. En fait, en additionnant les engagements pris au cours des dernières semaines, on pourrait financer la vaccination de 1,8 milliard d’êtres humains, soit un tiers en moyenne des nationaux concernés. Mais les doses ‘’prépayées’’ que les pays bénéficiaires sont appelés à commander directement auprès des laboratoires n’ont pas encore été fabriquées et ne le seront pas avant quelques mois, alors qu’il y a urgence. ’’Big pharma’’ peine à augmenter sa production, destinée, au départ, aux seuls pays solvables (du Nord) comme le stipulaient les contrats de l’an dernier. Trop tard ! De plus, la décision du gouvernement indien de conserver pour sa population toute sa production nationale a fortement amputé le stock vaccinal physiquement disponible pour le Sud. Ne taisons pas non plus certains doutes de l’OMS sur les vaccins chinois. Il ne reste alors, pour booster le flux des doses, que la solution d’un prélèvement sur les stocks nationaux déjà constitués au Nord. Une ponction politiquement délicate, même si la France, par exemple, propose de mobiliser à cette fin 8% de son stock. L’a-t-elle fait, d’ailleurs ?


Alors que la pandémie progresse rapidement dans le Sud, laissant entrevoir des millions de morts – dont une proportion plus grande de jeunes – et qu’elle fragilise la vie de milliards de pauvres, on se retrouve sans solution pratique. L’idée de traiter comme un bien public à la disposition de tous les formules des vaccins pourrait aider à combattre une pandémie future, si l’industrie pharmaceutique devait s’y plier. Mais, en l’absence d’un environnement industriel solide et développé, sans professionnels bien formés (ce qui prend des années), elle a peu de chance de provoquer une décentralisation planétaire de la production. Pour l’instant, ce n’est qu’un vœu pieux. Aussi, chaque jour où on laisse la contagion progresser sans réponse industrielle adaptée, la mortalité globale s’emballe et cause des pertes énormes pour des économies locales dont dépend la survie de milliards d’individus… et bien sûr, cela va entretenir l’effet boomerang sur les pays riches. Tous sauvés ou personne…


D’où une série d’interrogations : les promesses mirobolantes des pays du Nord n’ont-elles pas été faites trop tard pour se concrétiser à temps (sans doute, les vaccins arriveront en masse à partir de septembre) ? Les laboratoires portent-ils une part de responsabilité, en étant incapables de produire suffisamment pour l’humanité entière, même lorsqu’ils sont payés pour cela ? Peut-on attendre de populations riches traumatisées par la maladie COVID qu’elles partagent équitablement leurs stocks avec des inconnus lointains ? Les pays récipiendaires sont-ils tous en mesure d’assurer la logistique et l’administration du vaccin sur leurs territoires ? Sur ce dernier point, on peut s’émouvoir de plusieurs situations où l’on a vu des doses à deux semaines de leur péremption ne pas même être déballées… un grand gâchis.
Tirer les leçons de nos difficultés à assumer une solidarité mondiale impliquerait de concentrer, au plus haut niveau, la détermination politique comme les moyens de prévoir et d’agir au sein d’une autorité également mondiale. Celle-ci devrait s’imposer aux Etats et aux marchés. On pense à ce projet-fantôme de ‘’Conseil de sécurité économique, social (dont la dimension sanitaire) et écologique’’, dont on a rêvé dans les années 1990. On en aurait besoin maintenant.

* 24 juin 2021 – Pomme-dépit

Les Hongkongais s’amassent devant les kiosques pour acquérir le dernier numéro du quotidien Apple Daily, contraint par Pékin de disparaître, sous le coup de la loi sur la sécurité nationale. Celle-ci leur a été imposée de l’extérieur, il y a un an. Soutien du mouvement prodémocratie et auteur de critiques de bon sens à l’égard des dirigeants chinois, l’Apple Daily était en ligne de mire. Le Parti communiste continental n’a eu qu’à évoquer sa loi sur sa loi liberticide pour contraindre le titre à disparaître. Les principaux dirigeants de la Pomme ont été arrêtés et ses employés mis à pied. Les engagements solennels pris par la RPC en 1994 (50 ans sans toucher aux institutions locales) ont été, une fois de plus, transgressés.


Le tabloïd est mort et, au moins, on sait qui il servait et qui l’a tué. Dans celle que l’on dénomme, sans rire, une ‘’Région administrative spéciale’’, la liberté de penser, celle de la presse, l’état de droit sont couramment piétinés par une autorité de fait étrangère à la vie des Hongkongais et à leur identité. Même si leur pays domine le commerce mondial et nous tient tous par la barbichette, il faut cesser de faire semblant de croire à la parole des dirigeants chinois et à leurs fières promesses sur la scène mondiale. Ils n’ont jamais été éduqués au droit. Hors nécessité commerciale, leur régime ne l’enseigne pas et ne le reconnait pas. Beaucoup de régimes militaires africains font mieux en la matière. C’est plutôt, de leur point de vue, une composante de la dialectique, l’art, au Pouvoir d’imposer sa raison en toute chose en invoquant des arguments pseudo- juridiques (mal) ficelés pour faire taire toute critique. Leur justice est politique et fonctionne par la peur, sans respect de la constitution du Pays et du droit reconnu. Les suspects politiques sont jugés à huis clos. On punit les importuns et les indésirables parce qu’ils gênent les dynasties régnantes. Imaginez que ce modèle s’applique un jour à la France ou à l’Europe !


Hongkong est traitée par le Régime, depuis sa fondation, en ‘’putain de l’Occident’’. Pas plus que pour les Taiwanais, les souverains de la Cité interdite ne ressentent la moindre affinité, le plus minime sentiment d’appartenance, de compassion ou de solidarité pour les Hongkongais. Ils veulent simplement ‘’casser’’ mentalement cette population rétive, éduquée aux préceptes et au mode de vie occidentaux, lui imposer une société de surveillance et d’endoctrinement (les Hongkongais étant ‘’subversifs’’), enfin, mettre totalement la main sur la poule aux œufs d’or dont leurs familles se gobergent. De fait, la loi sur la sécurité nationale sert aussi à confisquer des biens et à démanteler des groupes locaux en bourse. L’installation en périphérie d’effectifs de l’Armée populaire de Libération augmente encore la cohorte des gloutons.


Sommes-nous encore choqués par ce Tiananmen du droit et des libertés, dont les prémices remontent à plusieurs années ? Les premiers coups de force nous ont profondément heurtés, mais le pouvoir pékinois a l’habileté d’opérer par vaguelettes successives et de compter sur le temps long pour désarmer notre sensibilité, rapidement fatiguée et sollicitée sur bien d’autres fronts (la pandémie, le climat, la situation sociale, la relance de la croissance, le Brexit,…). L’Apple Daily était accusé d’avoir publié une série d’articles et d’éditoriaux qui, selon la police, appelaient à des sanctions internationales contre la Chine. Réagir par des sanctions reviendrait donc, pour les pays libres, à accréditer la thèse de la propagande pékinoise sur l’existence d’un complot de ‘’puissances antichinoises’’ dont le quotidien sanctionné aurait été l’instrument. Habile ! En fait, bien que les Hongkongais nous ressemblent beaucoup, nous ne sommes plus au rendez-vous de leur conscience. Et encore moins tournés vers les Ouïgours, Kazakhs et Tibétains qui, eux, nous ressemblent moins, mais ont quand même besoin de nous pour entretenir la flamme de leur dignité humaine.

Il ‘est plus acquis que Hongkong garde, dans ses conditions, une aura financière ou économique, malgré ses liens étroits avec la province ‘’hyper-industrielle’’ du Guangdong (province de Canton). La mégapole de huit millions d’âmes glisse vers le bas des classements. Notre attention sera, une nouvelle fois, détournée quand la menace sera redirigée sur Taiwan, dont la conquête par la force est la marotte des dirigeants suprêmes de la Chine. La fin-mai a vu une sorte de répétition générale d’un plan d’invasion, avec des centaines d’intrusions aériennes et navales dans l’espace de cette démocratie de 25 millions d’âmes. Les Taiwanais ont compris ce qui les attend et qu’ils ne seront pas traités en ‘’compatriotes’’ (le langage officiel) mais bien en ennemis.