* 20 septembre – Le chaperon rouge va battre le grand méchant loup

Qui, hormis ceux qui y participent (et encore …) peut donner du crédit aux déclarations éhontées de la Russie en guerre ? La moitié de la planète n’en a cure et s’intéresse peu aux logorrhées délirantes de la propagande poutinienne. Mais le mensonge prolifère sur les corps meurtris de morts innocents et cela est particulièrement insupportable. Le Kremlin a ainsi démenti, comme lors du massacre de Boutcha, que tout crime de guerre ait pu être commis à Izioum, récemment libérée. Toutes les preuves sont bien visibles et même quantifiables et datées mais, dixit le Kremlin, c’est un  »pur mensonge ». Sur les indications de Kiev, des experts internationaux ont constaté le creusement hâtif de plus de 440 tombes rudimentaires et d’une fosse commune. Mais qu’importe, on s’habitue à cette procédure ‘’miroir’’ imputant systématiquement à l’adversaire  les crimes qu’on a commis contre lui.

Il y a comme une touche supplémentaire de perversion quand les mêmes font arrêter et condamner pour  »haute trahison », par leurs supplétifs séparatistes de Louhansk, un employé de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE). L’Ukrainien Dmitri Chabanov enquêtait sur les parodies de justice pratiquées dans les territoires occupés par l’armée russe. Il est plus que probable qu’il était tombé sur des cas d’exécution arbitraires, sur la base de procès iniques et bâclés. Il était donc de son devoir de faire rapport à l’organisation pan-européenne qui l’avait missionné à cette fin. Il disparaît, accusé d’avoir fourni des  »informations confidentielles » à des services de renseignement étrangers, dont la CIA (les Etats-Unis étant effectivement membres de l’OSCE). Il écope de treize ans de prison dans une geôle russe inaccessible.

La semaine dernière, l’OSCE a condamné les charges placées à l’encontre de deux de ses employés, exigeant leur libération immédiate. Principal acteur de modération des tensions et de règlement des conflits en Europe, elle dénonce bien sûr ces prétendues “poursuites judiciaires sur la base d’accusations montées de toutes pièces’’. Il n’empêche qu’en sa qualité d’arbitre, elle se voit expulsée du ring. Pourra-t-elle rester longtemps encore présente sur les terrains d’affrontement où elle est déployée depuis 2014 ? C’est très peu certain. Cette institution née de la détente des années 1970 risque de disparaître dans le chaos d’une guerre sans ordre du jour ni pourparlers parallèles. Elle serait pourtant indispensable le jour où les canons se tairont et qu’il faudra réapprendre à coexister au sein du Vieux Monde.

La Russie n’est peut-être pas loin de se réveiller en réalisant l’immense gâchis perpétré par Poutine. Une courageuse (et âgée) chanteuse de variété moscovite, Alla Pougatcheva, a franchement dénoncer la guerre, sous l’angle de la jeunesse russe envoyée au casse-pipe et dont on cache aux familles la véritable hécatombe. L’artiste, très populaire, a affirmé que le conflit tuait des soldats pour  »des objectifs illusoires », accablant la population et faisant de la Russie le paria de la Planète. Cette célébrité a, en outre, demandé à être classée, comme son époux comédien, en tant qu’agent étranger comme l’implique l’engagement associatif à l’international. Chapeau, la dame : elle court un risque énorme mais touche le public là où ça fait mal à Poutine.  

Le spectre Poutine va planer sur les débats de l’Assemblée générale des Nations unies, cette semaine. . Comme le relève Le Monde : ‘’ Jamais l’ordre international n’avait paru aussi fracturé, recomposant une nouvelle cartographie des rapports de force’’ dans le monde. La mutation de l’Europe et des Etats Unis n’est pas achevée. Les pays du ‘’Sud’’ évitent de choisir un camp mais s’inquiète fortement des conséquences géopolitiques, alimentaires et énergétiques de la guerre en Ukraine. La majorité s’exaspère que ce conflit absurde dure autant. La Russie est placée sur la défensive face à ce consensus apolitique.

La partie paraît jouable et gagnable par les démocraties.

* 15 septembre – Rejetons de la guerre

Les guerres d’agression font des petits. L’Azerbaïdjan et l’Arménie recommencent leur confrontation armée depuis trois jours. La situation autour du Haut-Karabakh, en grande partie récupéré par Bakou, est de plus en plus tendue alors que le premier des deux républiques ex-soviétiques a lancé une offensive d’artillerie sur son voisin. Une dictature brutale s’en prend, là encore, à une démocratie. Comme toujours, les deux pays s’accusent mutuellement d’avoir lancé les hostilités. En 2020, conformément à un accord de cessez-le-feu, Moscou avait déployé des soldats de maintien de la paix au Nagorny Karabakh, l’enclave de culture arménienne revendiquée par l’Azerbaïdjan comme un de ses territoires éternels. Le conflit ayant fait près de 7000 mort et son armement n’étant pas au niveau de celui adverse, Erevan s’était plus ou moins résignée à cette  humiliation. Le cessez-le-feu de 2020 n’ayant pas débouché sur un accord de paix, les parties restaient dans une situation de conflit larvé… qui s’est donc rallumé.

 En haut de la pyramide belliciste, l’exemple de la ‘’loi des loups’’ est donné par la Russie de Vladimir Poutine. Aux franges du Caucase et de l’Asie centrale, l’impunité tend à s’imposer comme ailleurs, en termes d’invasion, d’annexion de territoires et de frappes militaires sur des populations civiles. L’Azerbaïdjan en 2020 , comme la Russie en Ukraine, s’est d’abord attaqué aux territoires voisins qui lui étaient les plus liés par l’Histoire, la contiguïté géographique ou la culture. Aujourd’hui, Bakou, à l’image de Moscou, est passé à l’expansionnisme  dur, avec malheureusement dans son cas, l’appui du grand allié turc. L’OTAN voit dès lors l’un de ses principaux membres et fournisseur d’armes en Ukraine se compromettre sur ce théâtre traditionnel du grand-turquisme. Ankara agit alors en adversaire de l’Europe et des démocraties.

L’attrition militaire et la désorganisation que connaît le protecteur traditionnel russe de l’Arménie (en vertu d’une alliance de défense) ont ouvert une fenêtre d’opportunité pour régler des comptes avec Erevan. Moscou appelle au calme mais ne bouge pas ou n’a d’autre choix que de laisser faire. Pour le dictateur azéri, une nouvelle victoire militaire constituerait le plus beau cadeau il puisse offrir à son peuple, pour se maintenir éternellement  à sa tête. Il n’est pas le seul à faire ce calcul.

La présumée ‘’communauté internationale’’ appelle à la « retenue » et à un ‘’règlement pacifique du différend’’, formule consacrée, la plus plate et la plus impuissante qui soit, à laquelle on a recours quand on ne va rien faire. La France préside néanmoins actuellement le Conseil de Sécurité. Lors d’entretiens avec plusieurs dirigeants mondiaux, dont Vladimir Poutine et Emmanuel Macron, Nikol Pachinian, le premier ministre arménien, a appelé la communauté internationale à ‘’réagir’’. Cela n’a galvanisé personne. Emmanuel Macron se serait adressé au président Aliev d’Azerbaïdjan, le priant urgemment de mettre fin aux hostilités, et de revenir au respect du cessez-le-feu. Cela ne va pas effrayer ni convaincre ce dernier, qui sait bien que tout le monde a la tête ailleurs, grâce à la guerre d’Ukraine. Ce nouvel épisode de conflit post-soviétique est donc appelé à se développer.

* 14 septembre – Fin d’omerta ?

En République Française, on ne débat pas de politique extérieure au sein des institutions représentatives de la Nation. C’est comme ça. Pas même d’interventions militaires extérieures : ce n’est pas la coutume. Ceci confère à notre démocratie un caractère d’exception (une exception française de plus !).

 On se souvient de l’omerta qui avait frappé la désastreuse expédition de 2011 en Libye contre  Kadhafi et son régime, en violation du mandat humanitaire de l’ONU. Comment oublier celle, longue et solitaire, au Mali en 2013 pour y bouter l’expansion jihadiste (qui prospère de plus belle !). Rappelons aussi  l’intervention – certes, ponctuelle – de la marine de guerre en renfort du blocus du Yémen en 2015 accompagnée de contrats mirifiques décrochés par les marchands français d’armement à Riad et Abu Dhabi, en soutien à la croisade anti-chiite des émirs. Tout cela n’a eu pour effet que d’accroître encore le supplice des populations civiles yéménites. Au final, il en a résulté aussi une forte présomption de complicité de la France dans ce qui est partout perçu en Occident comme un crime contre l’humanité. Même marginale, ce fut une contribution à la plus grande crise humanitaire du moment. Ce ne fut pas bon pour l’image de la République. Mais, silence dans les travées !…

J’ai moi-même reçu d’un vice-président de la Commission des Affaires étrangères, qui était aussi mon député, la confidence comme quoi, en France, le Législatif souffrait d’être écrasé par l’Exécutif ; qu’il cherchait en vain un droit à l’information et une émancipation mais n’oserait jamais recourir à son droit d’enquête : cela relèverait du régicide. Ainsi, en matière d’opérations extérieures et d’armement, les représentants de la Nation font face à la Monarchie. Et, d’évidence, ils en ont peur, sans pouvoir exprimer ouvertement cet effroi.

Alors, je fais un peu taire l’Ours quand j’apprends, au détour d’une brève de trois lignes, que la Première ministre française prépare un débat à l’Assemblée nationale sur la guerre en Ukraine (et aussi sur les conséquences qu’elle a en France). Il aura lieu au Palais Bourbon le 3 octobre, en application de l’article 50-1 de la Constitution. Dès juillet, Mme Elisabeth Borne en avait émis l’idée. Je n’y avais pas fait vraiment attention sur le coup. Bientôt, nous aurons donc à entendre une déclaration du Gouvernement sur le sujet de la Guerre et de la Paix. Elle sera suivie d’un débat dans l’Hémicycle. Au Sénat, la date du débat n’a pas encore été fixée mais la même séquence est prévue. D’ailleurs, ce n’est pas trop risqué puisque sur la guerre en Ukraine, le gouvernement français a cette fois épousé la bonne cause. Mais quand même : Youpeee !

Merci, Elisabeth, de ton initiative bienvenue et assez audacieuse de la part d’une ancienne préfète ! Prions pour que le débat sur la guerre ne soit pas détourné en un exercice autocentré et nombrilique sur l’inflation et la crise énergétique (des sujets traités – avec raison – partout ailleurs). Rêvons qu’on entende des mots comme ‘’liberté’’ ‘’fraternité’’ ‘’solidarité des démocraties’’ ‘’respect du droit humanitaire et de la Charte des Nations Unies’’, etc.

Si c’est bien le cas, l’Ours et moi on va se mettre à aimer Elisabeth autant qu’on aime déjà Ursula !

* 13 septembre – Bataille de l’énergie

A l’heure ou le front du Nord-Est bascule à l’avantage de l’armée ukrainienne, la Russie offre le spectacle d’une puissance démembrée et pathétique. Des fissures apparaissent dans la dictature de Poutine, qu’elles émanent du camp le plus dur, frustré que les armes russes n’aient pas prévalu plus implacablement (ainsi, il faudrait exécuter les généraux dépassés par ce tournant dans la guerre) comme de certains élus locaux qui lui reprochent d’avoir placé le Pays dans une impasse. La fourniture d’armement, de renseignement et de conseils à la résistance ukrainienne porte ses fruits. Les résultats sont là. Ce n’est sûrement pas le moment de fléchir sur l’autre front principal de la guerre hybride : la bataille de l’énergie.

L’Europe a une occasion en or de se défaire de sa dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie, qui a coupé ses livraisons gazières.  »Il y a une opportunité énorme (…) de se débarrasser une bonne fois pour toutes de la dépendance à l’égard de la Russie, de se débarrasser de ce levier de chantage que la Russie avait sur l’Europe en utilisant l’énergie comme une arme », a dit Antony Blinken Progressivement, les 27 se sont convertis à ce constat. De 40 % environ, cette dépendance a ainsi fléchi autour de 10 %.

Les ministres européens de l’énergie se sont mis d’accord sur une série de mesures d’urgence pour enrayer l’envolée des prix du gaz et de l’électricité. Les Européens ont fixé l’objectif de se défaire de leur dépendance à l’égard des hydrocarbures russes tout en évitant de se retrouver en situation de crise énergétique. De grosses concessions ont du être faites à l’Europe orientale du charbon de même qu’à la Hongrie du très poutinien Viktor Orban. La France et l’Allemagne ont passé entre elles un marché de solidarité : gaz français (les réserves sont pleines) contre électricité allemande. Le projet de la Commission consistant à plafonner le prix du gaz russe en fixant un tarif au-dessus duquel Moscou ne pourrait plus le vendre aux Européens. L’objectif est explicite : il s’agit de réduire les revenus du Kremlin, a affirmé la présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen. En retour, Vladimir Poutine s’est employé à couper purement et simplement le robinet des fournitures à l’UE.

L’énergie russe doit désormais se retourner vers la Chine et les pays d’Asie pour obtenir de nouveaux débouchés. Il est vrai qu’elle bénéficie de prix de marché portés haut par la conjoncture. En attendant, l’industrie russe s’en trouve fortement désorganisée, incapable même de produire des automobiles.

D’une certaine façon, la fin par attrition de cette guerre injuste, oeuvre d’une dictature brutale et parnoïaque, est en vue. Il n’y a plus qu’à espérer un retournement prochain de la conjoncture sur les marchés de l’énergie (et dans l’esprit des Russes) que la débandade soit complète.

* 7 septembre – La matrice du monde à l’image du climat

Les Etats Unis, la Chine et l’Europe, les trois principaux moteurs de l’économie mondiale se grippent en même temps. Le repli de chacun sur soi et contre les autres porte en fait un nom : le déclin du cadre multilatéral des relations internationales. On perd tout ce qui nous permettrait de vivre ou de circuler sans crainte sur la planète en échappant à la Loi de la jungle. Cette matrice est composée des instruments juridiques régissant les relations entre les acteurs internationaux, des autorités et agences supra-nationales structurant des régions (UE, ALENA, Communauté andine, Ligue arabe, etc..) ou des activités fonctionnelles (Croix rouge, G 8, OPEP, OMC, OCDE, Nations Unies et leurs organes spécialisés, etc.).

Du fait de son rôle de forum global de la paix, de la coopération, du développement et de la sécurité juridique, l’ONU en constitue le chapeau. Mais, quels acteurs, quels Etats le respectent encore vraiment, à l’heure des plus graves menaces contre la Paix depuis 1945 ? Aucun. La paralysie désespérante du Conseil de Sécurité – due aux blocages russe et chinois, mais tout autant à l’absence de réforme en son sein – a anihilé toute capacité à servir d’intermédiaire dans les conflits et d’aiguillon dans la résolution des menaces globales. Le système mondial est fantômatique et la Loi de la jungle revient en force.

La stabilité du monde et la justice des hommes jouissaient des meilleurs chances lorsque toutes ses structures agissent comme lubrifiant des contradictions et des chocs planétaires. On pouvait alors espérer des marchés qu’ils convertissent cette stabilité en croissance, un autre mode de désarmement des tensions. Aujourd’hui, les marchés se cassent en blocs régionaux. Leur fonctionnement vise le plus souvent au rapport de forces voire à la domination. Les sanctions sont reines, les règles, caduques.

La matrice du monde fonctionne en fait à rebours, en grande partie parceque les Etats et leurs citoyens tentent d’échapper aux règles de la coexistence multilatérale, préférant servir leurs bases populaires, voire les fantasmes populistes en vogue. Chaque gain se fait aux dépens de publics étrangers, ce qui relance les conflictualités en boucle… Ce phénomène est illustré par la crise de l’énergie, en partie alimentée par la guerre en Ukraine (en fait l’offensive russe contre l’Occident) et par la politisation du commerce, mais aussi en partie, par la spéculation d’entreprises dénuées de toute conscience sociale.

L’inflation actuelle devient systémique et elle s’emballe par anticipation d’un futur supposé pire encore : va-t-elle muer en récession globale, cet hiver ? Va-t-on avoir froid, connaître des rationnements, voir notre pouvoir d’achat fléchir et le train de vie de l’Etat, grêvé par l’explosion du coût des filets sociaux ? Va-t-on refuser le prélèvement nécessaire au rétablissement de notre capacité de défense, à l’heure où des millions d’hommes libres sont massacrés, déportés, esclavagisés et où nous sommes nous-mêmes menacés d’holocauste ? La conférence de revue sur la non-prolifération nucléaire avait déjà tourné à l’échec au printemps.

Dans le court terme, on assiste au rush gazier de l’Occident sur l’Arabie et la Qatar, l’Algérie, … à l’heure où Gazprom coupe les vannes à grand renfort de mises en scène tragicomiques. Mettre la main sur de nouveaux gisements d’énergie implique moultes complaisances et courbettes envers des émirs, gourmands en armement et, par ailleurs assez méprisants des droits humains. Cela confirme au passage le biais pro-sunnite de la classe politique en Occident, plus portée à fustiger le radicalisme de l’Iran chiïte qu’à rechercher la coexistence des deux écoles de l’Islam.

Le jihadisme des principales multinationales terroristes, continue de progresser en Afrique sub-saharienne. Il se rapproche irrémédiablement des régions côtières. Les victimes civiles sont nombreuses au Mali (en dépit ou plutôt à cause de la présence des mercenaires Wagner) et au Burkina Fasso. La Minusma se heurte, à son tour, à l’agressivité des dirigeants de Bamako. Ceux-ci se lancent dans des campagnes de diffamation manifestement téléguidées par Moscou. Poutine ou l’émir de Daech, maître de l’Afrique ? Cela jetterait plus d’un milliard d’humains dans un abîme de souffrance.

L’abandon des priorités de la transition climatique saute aux yeux, alors qu’un été caniculaire et enflammé suivi d’immenses innondations (le Pakistan est en perdition) rappelle à tous l’acuité de la crise climatique. A deux mois de la COP 27 à Charm-el-Cheikh, l’Occident boude la conférence préparatoire consacrée à l’adaptation consacrée au contient africain. L’Afrique est frappée plus durement que d’autres, par un défi qui dépasse ses capacités et sa médiocre gouvernance. Dans le même ordre d’idées, la conférence internationale sur le haute mer a également jeté l’éponge, en raison de la cassure de la communauté mondiale.

La communauté internationale, kesako ? Plus encore que l’ONU, elle recouvre tous les égoïsmes et toutes les démissions. Autant dire qu’elle est, sur un plan opérationnel, moribonde, incapable de répondre aux grandes urgences et de travailler au rétablissement de la Paix. Ceux, dont les médias, qui l’invoquent à tort et à travers sont des naïfs ou des hypocrites impénitents. Le multilatéral avait constitué un vrai trésor au cours des anées 1990. Des murailles de confiance, de coopération et d’ouverture pourraient, dans l’avenir, remettre le train mondial sur de bons rails. Mais probablement pas sans un réveil assez brutal.

* 6 septembre – L’autre épidémie va bien, merci.

En août, l’épidémie de bellicisme a prospéré : après avoir officiellement recensé 4,8 millions d’infections pour seulement 74 morts, la Corée du Nord a annoncé en avoir fini avec la pandémie de Covid-19. Aux dires de Kim Yo-jong, l’influente sœur du dictateur, le virus aurait été introduit par des tracts portés par des ballons gonflables. La contamination de la prison-ermite serait surtout imputable à ces slogans politiques. Kim Jung-un menace en conséquence Séoul de représailles militaires. Dans cet esprit, des essais de nouveaux types de missiles balistiques se poursuivent aussi, en Mer Jaune. Un des objectifs est de se donner les moyens de frapper Hawaï ou la Californie.

Evoquant des attaques préparées par des milices pro-iraniennes, notamment le Djihad islamique et ses brigades Al Qassam, Israël a lancé une nième offensive ‘’préventive’’ contre l’enclave palestinienne de Gaza (bilan : une quarantaine de morts) : il n’y a que par la guerre que les deux camps extrêmes parviennent à nourrir leur popularité partisane auprès de leur public. Leurs intérêts antagonistes convergent, un grand classique des relations internationales.

En Irak, pays sans gouvernement 10 mois après les élections, la mouvance pro-iranienne et les réformateurs sont mis en difficulté par les partisans du chef religieux Moqtada Al-Sadr (faussement démissionnaire),. Ceux-ci occupent les sièges des institutions de pouvoir et exigent un gouvernement à leur convenance.

Autour de Tripoli, les deux camps lybiens recommencent à en découdre pour le contrôle de la capitale.

En Ethiopie, le conflit s’est rallumé aux frontières du Tigré, replongeant les populations du Nord dans la pénurie et la misère. Les rebelles ont fait main basse sur les moyens du PAM. Après cinq mois de trêve, le conflit dégénère à nouveau.

Le Rwanda profite de la confusion générale pour réactiver ses milices tutsi en RDC. Le sinistre M 23 répand barbarie dans les deux Kivu. Derrière cette terreur, il facilite la mainmise (le pillage ?) rwandaise sur les richesses minéralières congolaises : Kigali devient le 3ème ‘’producteur’’ mondial de Cobalt et Cotran, des ressources pourtant absentes de son sous-sol.

Les exilés se bousculent sur la route des Balkans et pour traverser la Manche, se heurtant à des politiques de refoulement de plus en plus assumées et illégales.

A Rome, la perspective d’élection d’un gouvernement néo-fasciste conduit par Georgia Meloni, contribue à faire dévisser l’€uro, car elle annonce de nouveaux spasmes pour l’Europe. Jusqu’à Liz Truss, nouvelle première ministre britannique, qui s’est demandé si E. Macron ne serait pas, après tout, l’ennemi de son pays (!). Elle promet de détruire les accords post-Brexit et de jouer la cofrontation avec l’U.E. On le voit, le populisme imbécile prospère sur toute la planète …

La revendication par les Etats-Unis de la frappe aérienne qui, à Kaboul a tué Ayman al-Zawahiri, successeur de Ben Laden à la tête d’Al-Qaida et dernier concepteur vivant des attentats du 11 septembre 2001, met en lumière la sinistre persistance de l’implantation terroriste en pays Taliban. L’opération américaine alimente la fureur au sein de la comète islamiste. Elle incite à un parallèle, dans le camp chiite, avec la violente agression dont a été victime, le 12 août, l’auteur des  ‘’Versets sataniques’’, Salman Rushdie. La fatwa lancée en 1979 par le défunt ayatollah Ruolah Khomeini a gardé son pouvoir assassin.

En contre-point, la visite du président français en Algérie cherche les formes d’un rabibochage ponctuel. Il y a peu encore, Paris privait les Algériens de visas pour contraindre leur gouvernement à reprendre ses nationaux expulsés de France. Les clameurs d’affection françaises ont malgré tout un parfum de gaz, énergie dont l’Europe est fébrilement en quête. Paris va céder un peu de son levier de torsion sur les visas étudiants et professionnels. Rien, donc, de très cohérent sur le moyen – long terme, mais un progrès d’ambiance toujours bon à prendre.

Bientôt, un quatrième tableau de l’actualité en août. Donc, comme dirait l’orchestre de Ray Ventura :  »tout va très bien, Mme la Marquise ! »

* 28 juillet – Un accueil à la hauteur des enjeux

Dans l’esprit des Ukrainiens exilés, la France ne figure pas très haut au palmarès des pays d’accueil. Au cours des premières semaines du conflit, la SNCF a acheminé 10 000 d’entre eux, en transit vers l’Espagne, alors que 15 000 autres entraient par leurs propres moyens, via les Alpes maritimes, également pour rejoindre l’Espagne. Affectée, dans leur pays, d’un manque de notoriété regrettable, la France n’était pas leur destination première. Aussi, l’effectif accueilli a longtemps plafonné autour de 50 000 personnes. A titre de comparaison, la Pologne accueille près de 1,2 million d’Ukrainiens ; l’Allemagne, 800 000 ; l’Espagne, 140 000 ; et le Royaume-Uni, 86 000. Les flux se sont rééquilibrés avec la redistribution qui s’opère au sein des pays de l’Union européenne, notamment du fait des arrivées récentes depuis l’Allemagne et l’Italie.

Le seuil des 100 000 Ukrainiens accueillis en France  a été franchi, fin-juin. Les arrivées se poursuivent actuellement au rythme de 300 personnes chaque semaine. Presque la moitié des arrivants s’est fixée en région PACA, avec une forte concentration sur Nice.

L’Etat raisonne essentiellement en termes de capacité d’hébergement disponible.  Près de 30.000 exilés ont trouvé un toit désigné par la puissance publique (appartements, dortoirs, Samu social, centres de vacances, navire-hôtel …) et 26.000, dans le réseau de  »l’hébergement citoyen », qui n’est pas précisément recensé. Cela fait 56.000 personnes logées au total, dont 18 000 enfants scolarisés. Pour les 45.000 d’entre eux ne figurant sur aucun registre d’adresses, on ignore en fait où ils se trouvent. La débrouille les a éparpillés dans la vaste nature (une image, s’agissant d’une dispersion surtout urbaine). Les étrangers ne sont pas plus contrôlés que cela, lorsqu’ils disposent d’un véhicule.

Quelque 60.000 d’entre eux chercheraient ou auraient déjà trouvé un emploi, souvent sous-qualifié par rapport à leur bagage professionnel. Très peu (moins d’un millier de foyers) ont sollicité des prestations familiales. En septembre, lors du renouvellement de leur autorisation provisoire de séjour de six mois, l’Etat espère améliorer sa connaissance de leur situation et mieux cerne leurs projets et leurs besoins.

Car les ex-résidents d’Ukraine sous protection temporaire ont un haut fonctionnaire spécialement désigné pour gérer leur dispositif d’accueil, en la personne du préfet Joseph Zimet. Celui-ci pilote une cellule interministérielle de crise et dispose d’un budget d’hébergement. Le problème le plus immédiat tient au fléchissement du parc de logements avec l’arrivée des vacanciers estivants. Sans oublier que deux millions de résidents français attendent un logement et souvent depuis longtemps. Les préfectures se tournent désormais vers les villes moyennes, libres de tout afflux touristique, pour mobiliser les 7 500 logements sociaux manquants dans l’immédiat. Ces destinations inconnues des familles ukrainiennes ne les attirent guère : elles préfèreraient rester en terrain connu. L’existence d’un tissus associatif actif peut, néanmoins, contribuer à les rassurer. Mais où sont les bénévoles en été ?

Par ailleurs, M. le Préfet a pu favoriser un assouplissement de la politique vis-à-vis des quelque 3500 étudiants non-ukrainiens (dont un contingent d’Africains francophones) ayant fui la guerre. Ceux dont le projet universitaire n’aura pas convaincu seront pourtant énergiquement ‘’invités’’ à  rejoindre leur pays d’origine. Un poids, deux mesures …

La rencontre des cœurs et des esprits se passe mieux désormais. Les Ukrainiens ont vite réalisé que l’hospitalité des Français était meilleure que ne le laissait entendre le souci très commenté de leur président de ‘’ne pas humilier la Russie’’. 84 % des déplacés interrogés estiment avoir trouvé leur destination fixe jusqu’à un retour espéré au pays. C’est un bon score, d’autant plus que la mobilité restante tient surtout à de brefs allers et retours en Ukraine, en fonction des déplacements du front. Il n’était pas évident, pour beaucoup, que la guerre serait longue et leur désir de rentrer au plus tôt, à ce point contrarié. Aussi, certains ont encore psychologiquement du mal à se mettre au français, ce qui constitue leur principal handicap dans l’accès à l’emploi. Pour eux, cela reviendrait un peu à capituler linguistiquement et à se résigner à un exil durable. Il faut les comprendre. Le préfet Zimet ne doute pas qu’à l’été 2023, ils seront encore parmi nous.

On ne sait plus trop ce qu’il faut leur souhaiter, sinon notre pleine et amicale solidarité. Pensons donc à eux pendant ces longues semaines d’estivage, pendant lesquelles la vie s’arrête. Nos vacances ne seront pas moins agréables si nous veillons à les rendre, aussi, un peu utiles. L’Ours vous embrasse. On se retrouve à la rentrée !

(Nota : les données sont extraites d’un article du Monde – les commentaires sont de l’Ours)

* 25 juillet – Odessa : feu sur le Cuirassé Potemkine !

Sitôt conclu, sitôt violé : tel est le triste sort de l’accord humanitaire et commercial de trois mois que les Nations Unies avait arraché, le 22 juillet, aux protagonistes du conflit en Ukraine. Le dernier mot a été donné aux missiles russes de type Kalibr qui, dans les heures suivantes, ont frappé le grand port stratégique du sud, d’importance cruciale pour l’exportation des céréales en Mer Noire. Le mépris de la partie russe pour le droit international et pour toutes formes d’engagement n’est plus à démontrer. Rétrospectivement, la présence de Sergueï Choïgou, le ministre russe de la Défense, à la cérémonie de signature d’Istanbul tenait soit, du syndrome de pagaille soit, du complot machiavélique. Des dissensions et des manipulations pourraient s’être fait jour au sein du Kremlin : le mystère est épais. Que Lavroff ait affirmé, devant son collègue égyptien, que son pays  »n’y était pour rien » pour être aussitôt démenti par un porte-parole du Kremlin vantant la précision de ces tirs  »réussis » contre des cibles militaires, tout cela dit quelque chose sur la cohésion actuelle du pouvoir russe. Pour couronner le tout, la même source promet aux pays d’Afrique que le blé de Russie ne leur manquera pas. Comme si celui d’Ukraine était déjà perdu.

Le gouvernement de Kiev avait mis en garde contre ce genre de provocations. Sa méfiance paraît amplement justifiée, même s’il reste conscient de l’impérieuse nécessité pour lui de  »sortir » les quelque 20 millions de tonnes de blé actuellement bloqués dans ses silos : il va falloir y faire entrer les 40 Mt de la moisson en cours. Vladimir Poutine est accusé d’avoir ‘’craché au visage’’ de l’ONU et de la Turquie. Le reproche ne devrait pas trop gêner l’intéressé. Aucune confiance n’étant plus possible, il va être ardu de reprendre le fil de l’opération.  »céréales » Sans doute était-ce l’objectif premier de l’attaque. Celle-ci a été condamnée ‘’sans équivoque’’ par Antonio Guterres, qui avait consacré tous ses efforts au sauvetage des céréales ukrainiens, dans l’espoir d’approvisionner des pays pauvres. Que peut-il faire de plus, sinon repasser la question des responsabilités au Conseil de sécurité, lequel, paralysé par le veto russe, ne pourra rien décider. L’Union africaine, qui venait juste de se féliciter de l’accord d’urgence alimentaire en est aussi pour son argent et voit le continent noir rebasculer dans la perspective d’une famine.

La réforme du système de veto au Conseil de sécurité est une nécessité absolue pour rétablir la Paix. Ce système d’impunité totale des  »Grands », censé assurer leur coopération dans le règlement des crises, favorise au contraire les agressions impunies. La mécanique du système international a complètement changé depuis 1945. Coincée entre deux protagonistes figés dans la défiance, l’ONU est mise en face de responsabilité qui dépassent sa Charte et son mandat.

Il faudrait lui apporter le soutien public des citoyens du Nord comme du Sud et bien sûr le concours des gouvernements, devenu lacunaire. Le geste agressif commis contre Odessa est un coup porté aux intérêts des humains, de part et d’autre de l’Equateur : une urgence globale.

* 15 juillet – Le jour de résilience est arrivé

Emmanuel Macron a brièvement abordé la situation stratégique en Europe, à l’occasion de l’interview qu’il a donnée à l’occasion du 14 juillet. Bien qu’aujourd’hui ce soit vendredi, jour où l’Ours Géo fait habituellement la sieste, le fait mérite un petit commentaire. Pour une fois, il sera plutôt positif.

Les esprits simples auront retenu que la France n’est pas en guerre contre la Russie. Croyez vous ? En fait, le Chef de l’Etat a précisé qu’elle n’était pas dans une posture de confrontation militaire directe avec l’armée de Poutine… mais bien dans une guerre hybride que nous livre la Russie.

Reprenons les choses calmement : la République est bien en guerre  »par procuration » et  »par livraisons d’armes » contre les envahisseurs de l’Ukraine. Protagoniste actif, elle assume le risque de se voir absorbée dans la bataille, aux côtés de l’OTAN, si la confrontation devait se généraliser. Non pas qu’elle le souhaite, mais le choix est entre ce risque bien réel et un écrasement des libertés et de l’état de droit en Europe. La démocratie a le droit de se défendre avec des canons. Vous pouvez ne pas être du tout d’accord avec cette interprétation. Consulter alors d’autres blogs, sans poster de commentaire sur celui de l’Ours.

La guerre hybride, elle, est bien directe et elle prend l’Europe pour cible. Nous sommes depuis un bail sur le front de la cyber-guerre et de la manipulation médiatique russe. Nos positions d’influence en Afrique et dans le monde émergent sont attaquées, parfois à grands renforts de montages grossiers, comme ce prétendu charnier humain, cadeau des mercenaires de Wagner, supposé  »laissé par les forces de Barkhane », au Mali. Lorsqu’il s’agit seulement de continuer à alimenter par un corridor humanitaire les civils assiégés d’Idlib, en Syrie, Moscou jubile de bloquer l’action du Conseil de sécurité. Même chose dès que l’on essaie de faire sortir le blé des silos ukrainiens, par la Mer Noire pour nourrir les pauvres.

Le président français à trouvé curieux que les médias taisent la coupure du gaz russe à l’Europe, via le gazoduc North Stream. la fermeture des vannes est en cours. Cependant, on préfère attendre qu’elle soit totale pour en parler. La remarque présidentielle paraît fondée. Son auteur a eu le bon sens d’inviter les consommateurs français à faire des efforts de sobriété et de résilience. Excellent réflexe ! Mais il manque manifestement une clé de répartition des économies à faire, des sacrifices à consentir. Le  »QuiFaitQuoi » des sacrifices n’est pas qu’une question de modalité : la domination des choix industriels sur la justice sociale n’est plus acceptable pour beaucoup de citoyens. Voilà un sujet de politique intérieure+extérieure qui mériterait d’être porté devant l’Assemblée  »ingouvernable » issue des législatives du mois dernier. Hop ! Retour à une sieste peu-émettrice en carbone …

* 14 juillet – Philippines : le retour du mort-vivant

Réincarnation d’un fantôme ou restauration d’une dynastie kleptomane ? Trente-six ans après l’effondrement de la dictature de Ferdinand Marcos (senior), en février 1986, ‘’Bongbong’’ – de son nom officiel Ferdinand Marcos junior (64 ans) – a été investi le 30 juin à la présidence de la République des Philippines. Elu avec 58,7 % des suffrages, un score confortable, il s’est appuyé sur la ‘’nostalgie du dictateur’’ pour gravir les échelons politiques : gouverneur de province, député, puis sénateur…

Le nouveau Chef de l’Etat est un avatar, presqu’un sosie, de sa brute corrompue de père. C’est en invoquant sa mémoire qu’il a réalisé l’obsession de son clan familial de reprendre le pouvoir. Ferdinand senior, à qui il voue un culte, est mort en exile à Hawaï, sans avoir rendu de comptes pour ses nombreux crimes de sang, dont celui du sénateur Benigno Aquino, le plus populaire de ses opposants d’alors. Avec son épouse, Imelda (la mère du nouveau président), ils avaient siphonné de ses richesses la nation-archipel. ,En février 1986, la ‘’Révolution jaune’’ de la jeunesse et des démocrates philippins les avait vus s’enfuir piteusement aux Etats Unis. La presse locale avait visité, par la suite, le palais présidentiel de Malacañang pour y découvrir les monceaux de paires de chaussures et de toilettes luxueuses accumulés par Imelda, au milieu de liasses de dollars oubliées en vrac dans leur fuite éperdue. En Occident, l’on aura surtout retenu ces images d’extravagance presque comiques. Et pourtant, …

Avec ses allures d’ex-fils à Papa, ‘’Bongbong’’ est également un allié de son prédécesseur, le sinistre Rodrigo Duterte, grand maître des exécutions extrajudiciaires. Sara Duterte, la fille du sortant, exerce auprès de lui la vice-présidence. Aussi, ses intentions et tentations de ‘’flash back’’ inquiètent. Choisira-t-il la continuité dans le déni démocratique, la répression de l’opposition et de la société civile ou sera-t-il capable d’adopter une gouvernance plus raisonnable ? Se remplira-t-il les poches avec tout ce qui vaut cash dans l’économie philippine ? Pour l’heure, il ne cherche même pas à rompre avec la réputation de tueur acquise par son prédécesseur. Il a au contraire affirmé vouloir s’opposer à une enquête de la Cour pénale internationale (CPI) sur la guerre sanglante menée par Rodrigo Duterte contre les dealers de drogue. Celle-ci a surtout sacrifié beaucoup d’innocents. Mauvais début, donc …

Les turpitudes de la vie politique à Manille ne se résument pas à ces épisodes de crapulerie exotique, sur fond de décors de cocotiers. Les Philippines constituent un maillon essentiel dans les stratégies adverses que conduisent Washington et Pékin en ‘’Indo – Pacifique’’ (version US) / Mer de Chine – version RPC). A l’investiture de Bongbong, Oncle Sam a délégué l’époux de sa vice-présidente, Kamala Harris. C’est un signe, aimable mais prudent, des bonnes dispositions de Washington à son égard. En règle générale, l’on préfère renouer gentiment avec une ancienne colonie un peu égarée. Après avoir joué la provocation permanente à l’égard de l’ex-colonisateur américain, Rodrigo Duterte avait fini par mettre de l’eau dans sa bière San Miguel. L’accord bilatéral de stationnement militaire (visiting forces agreement), avait été reconduit, non sans péripéties, en 2021, permettant aux forces US d’accéder à la base navale Subic Bay et aux autres infrastructures militaires philippines.

Manille a aussi mis fin, le 23 juin, à ses pourparlers avec Pékin en vue d’une exploration commune des réserves gazières et pétrolières… dans la zone économique exclusive des Philippines.

La RPC ne se considère jamais comme battue d’avance. Le vice-président Wang Qishan a assisté à la cérémonie d’investiture. L’argent chinois peut ouvrir des chemins dans cet archipel pauvre. La Chine ‘’rouge’’ pratique d’autant plus l’entrisme que la communauté d’affaires chinoise de Manille est très liée à Taiwan. La marine chinoise et les chalutiers du Continent (en fait, une milice armée) n’hésitent pas à bousculer leurs faibles homologues philippins et à les déloger, notamment de l’archipel des Spratleys (Nansha, pour les Chinois). Il y a peu, ils ont fait usage du canon pour faire déguerpir les Philippins de la petite île de Scarborough, qui leur était pourtant reconnue en droit.

C’est à Bongbong qu’incombe désormais la tache de gérer la géopolitique. On peut prédire que celle-ci déterminera sa cote de popularité à l’international, plus sûrement que sa médiocrité pressentie en matière de droits humains ou démocratiques. Ainsi va le monde …

* 7 juillet – Marmousets perdus

La France vient de rapatrier trente-cinq enfants français retenus depuis quatre ans dans les camps des prisonniers jihadistes au nord-est de la Syrie. Ils sont environ deux cents, croupissant dans les prisons de Roj et d’Al-Hol, dans des conditions sanitaires honteuses. De plus, les autorités Kurdes avouent ne pas pouvoir assurer leur sécurité. Ce rapatriement (partiel) au bercail inclut également seize mères considérées comme complices de Daech. Les mineurs ont été remis aux services chargés de l’aide à l’enfance (ASE) et les mères, aux autorités judiciaires. Leur retour au pays est un sujet d’embarras intense pour le gouvernement français, en particulier vis-à-vis de son opinion publique, qui leur est hostile.

-Officiellement, la guerre de la coalition internationale contre Daech au Levant s’est achevée, il y a quatre ans, avec la chute présumée du Califat islamique. C’est le temps qu’il a fallu à la France pour se préoccuper de ses nationaux demeurés sur place. La précédente opération de transfert aérien remontait à deux ans auparavant. Mais en fait, le 3 février de cette année, Joe Biden annonçait la disparition dans un bombardement, du second Emir, un dénommé Abou Ibrahim Hashimi Al Qurashi. Il paraît peu judicieux d’occulter la résurgence de Daech au Levant, laquelle nourrit aussi toute une série de groupe armés franchisés en Afrique. Une bonne partie des jihadistes de première génération a pris la tangente et échappé à ses gardiens Kurdes. Les femmes et les enfants qui moisissent encore dans les camps, la haine au ventre, sont donc susceptibles d’être ‘’recyclés’’ dans de nouvelles opérations terroristes, pourquoi pas contre leur pays d’origine ….

– Le comité des droits de l’enfant de l’ONU a dénoncé les conditions de vie ‘’épouvantables’’ dans les camps kurdes, mettant la vie des détenus en danger. Fin avril, Claire Hédon, défenseure des Droits, avait exhorté le gouvernement à procéder au rapatriement général ‘’dans les plus brefs délais’’ de tous les enfants. Elle  invoque aujourd’hui  leur intérêt supérieur à ne pas être séparés de leurs mères.  La Cour européenne des droits de l’Homme a été saisie.

Les associations familiales, la Ligue des droits de l’Homme et Amnesty International ainsi que diverses personnalités appellent à ce que l’on rapatrie d’urgence ces enfants français et leurs mères, détenus hors de toute justification légale. Elles ont reçu le soutien de certaines des victimes de l’attentat du 13 novembre 2015. En plein procès, le symbole était fort.

– En France, les familles concernées réclament le rapatriement de leurs petits-enfants, neveux ou nièces. Le gouvernement est confronté, du fait de son immobilisme, à l’activisme du Collectif des familles unies regroupant les familles des individus capturés en zone irako-syrienne. Ces familles se battent pour faire appliquer le droit international. L’opération réalisée pour les trente-cinq enfants leur a donné un peu d’espoir. Mais, alors que la France dispose de toutes les infrastructures pour accueillir ces enfants  »perdus », le porte-parole du Collectif, Thierry Roy, s’indigne de ce que perdure dans les camps la présence de cent cinquante petits Français, avec leurs mères. Pourquoi ne pas avoir mis à profit l’avion destiné aux trente-cinq pour rapatrier tout le monde ?

– Par réticence à trancher, la France se rend donc coupable de faire obstacle au retour de ses nationaux passibles de condamnation pour des crimes contre l’humanité. Le lien de nationalité ne se renie pas, en démocratie. Il y a quatre ans, la coalition militaire anti-Daech n’avait pas non plus voulu ni vraiment essayé de mettre en place une juridiction internationale à même de juger ces présumés terroristes, dont aucune juridiction nationale ne voulait se saisir. Aussi les a-t-on relégués aux Kurdes. Ceux-ci, attaqués par la Turquie d’Erdogan et les Syriens de Bachar, auraient mieux à faire que de garder des camps pour se protéger des menaces auxquelles ils font face. On ne les remercie même pas. Il importe avant tout de ne pas froisser les citoyens occidentaux les plus méfiants ou ignorants des choses du droit. Plus dure que ses voisins européens, la France est, à cet égard un cas en Occident.

– L’Allemagne et la Suède rapatrient les enfants de leurs ressortissants jihadistes ; la France s’en tient au mieux à la politique du cas par cas. La Belgique s’est résolue, fin juin, à rapatrier la quasi-totalité de ses enfants ‘’perdus’’, dont il ne reste que cinq sur place. Agir ou pas constitue juste une question de courage politique. Faire les choses à moitié pour ne pas avoir à défendre de principes, est-ce bien une politique ?

* 6 juillet – La paille et la poutre de Birmanie

Âgée de 77 ans, Aung San Suu Kyi, dirigeante plébiscitée par les urnes, vient d’être incarcérée dans un complexe pénitentiaire de Naypyidaw, la capitale sans vie construite par les militaires birmans. On lui reproche l’usage d’un talkie-walkie et d’autres crimes  »majeurs » aussi invraisemblables :  »incitation à la violence »,  »violation des règles sanitaires liées au Covid-19 »,  »infraction à la loi sur les télécommunications ». Ajoutez-y, récemment, ‘’faits de corruption’’ – un travers plutôt caractéristique des narco-généraux birmans – qui lui vaut cinq années d’incarcération supplémentaires, par décision administrative. On la menace à présent d’un nouveau procès à huis clos, pour aggraver encore la peine de onze ans à laquelle les brutes en uniforme l’avaient condamnée.

A l’issue de son éviction par une junte putschiste, le 1er février 2021, la lauréate du prix Nobel 1980 avait été assignée à résidence dans un lieu tenu secret. Elle n‘en est sortie que pour assister à son procès-fleuve. Aujourd’hui, elle se retrouve dans une cellule, loin de Rangoun et inaccessible à ses proches. Elle pourrait avoir à subir des dizaines d’années d’incarcération supplémentaires. C’est dire à quel point sa seule existence rend nerveux ses juges galonnés. Ceux-ci annoncent rétablir l’exécution des condamnés à mort (suspendues depuis les années 1980), en particulier pour les minorités ethniques. En tout, 69 autres personnes condamnées à la peine capitale depuis le coup d’Etat de février 2021, se trouvent dans le couloir de la mort. Tel est le tableau d’ambiance générale au ‘’Myanmar’’: kaki et mortifère.

Le général Min Aung Hlaing et sa junte peinent à résorber le soulèvement armé des étudiants et des minorités ethniques, dont ils ont eux-mêmes attisé les flammes. Evaluées à plusieurs milliers de combattants, les Forces de Défense Populaires incarnent la résistance armée à cette junte détestée. Les PDF agissent sous la tutelle de guérillas ethniques combattues par le  »centre », un phénomène chronique de la vie birmane. Au total, 135 minorités non-birmanes sont officiellement recensés sur un territoire de 676 578 km². Avec la saison des pluies, défavorable aux opérations militaires sur le terrain, l’offensive conduite contre ces communautés va se faire moins efficace. Comme on l’a vu en 2015, il n’est pas totalement exclu que d’autres chefs militaires se résignent un jour à ‘’remettre en piste’’ Aung San Suu Kyi et sa Ligue Nationale pour la Démocratie, sur un constat d’échec complet de la junte actuelle à tenir le pays.

Le renom de la ‘’Dame de Rangoun’’ a été sérieusement entaché, alors qu’elle était conseiller d’Etat (première ministre). En 2017, elle n’a pas fait obstacle aux exactions perpétrées par Tatmadaw (l’Armée) à l’encontre de la minorité Rohingya, une ethnie musulmane de l’État de Rakhine, traditionnellement discriminée. Elle s’est incontestablement laissée entrainée par le chauvinisme de la majorité bouddhiste du pays. L’exode forcé au Bangladesh de centaines de milliers de Rohingyas reste impardonnable, mais la complaisance entretenue envers ce crime humanitaire doit être imputée à l’ensemble de la communauté ethnique birmane.

Les Etats-membres de l’Association des Nations d’Asie du Sud-Est (ASEAN, en sigle anglais), à laquelle appartient la Birmanie, n’ont jamais tenté d’infléchir cette dictature inefficace : souveraineté et non-ingérence font loi. De même, les sociétés pétrolières étrangères bénéficiant de concessions locales, telles que Total. Il n’y a donc rien à attendre de l’extérieur.

Pour que la Birmanie reprenne ses esprits, il faudra sortir Aung San Suu Kyi de sa cellule de prison et y mettre, à sa place, les officiers félons. Ce sera la tâche de la résistance populaire ou, plus probablement, de jeunes colonels cabrés contre les vieux généraux imbéciles.