* 19 janvier – Covid : quel début de la fin ?

La communauté scientifique internationale paraît divisée sur les chances de sortir à moyenne échéance de la pandémie. Partout, les populations sont usées par deux ans d’épreuves et  d’incertitude et elles sont aux aguets d’une embellie. Non que le monde ne redevienne ‘’normal’’ mais quand même, plus vivable. Aussi, la question de savoir si la cinquième vague sera la dernière possède une portée universelle.

 L’Agence européenne des médicaments (EMA) se montre plutôt optimiste. Elle considère comme probable que la propagation du variant Omicron transforme la pandémie de Covid-19 en une maladie endémique plus bénigne, avec laquelle l’humanité pourrait apprendre à coexister. Ce variant moins virulent mais plus contagieux pourrait favoriser, du fait de ses caractéristiques, l’acquisition d’une immunité collective naturelle, possiblement planétaire. On aurait presque la tentation de frayer joyeusement avec ce virus, en plus de la vaccination, qu’il devienne comme une seconde sorte de grippe (une pathologie sérieuse mais qui n’effraie pas) et puis on passerait à autre chose.  Ça et là, des ministres de la santé évoquent ce scénario idyllique :  le début de la fin ne serait plus très loin !

Le patron de l’OMS, le docteur Tedros Adhanom Ghebreyesus se montrelui, bien plus prudent. Le plus grand échec et la plus grande frustration de son agence est de ne pas avoir pu remonter jusqu’au cas zéro de l’automne 2019, à Wuhan. Après avoir été choyé par le gouvernement de Pékin, l’Ethiopien a été grossièrement abusé et on ne le reprendra pas à évoquer des lendemains qui chantent. Pour lui, le variant Omicron est tout sauf bénin, à en croire le pic d’hospitalisations atteint dans de nombreux pays. Omicron continue de déferler sur la planète. Surtout, il escompte l’apparition de nouveaux variants plus létaux qui pourraient faire retomber toute tentation d’enthousiasme. ‘’ Aucun pays n’est encore sorti d’affaire’’  et il ne faudrait pas crier ‘’ouf !’’ prématurément. Les nouveaux variants… voilà un mauvais tour que peut jouer la nature ! Cette loterie virale est comme un banc de brouillard tombant sur notre avenir. Mais le propre de l’humain est d’espérer, non seulement pour soi-même mais pour autrui. On ne sait rien des possibles prochains variants dans un monde qui lui aussi se métamorphose dangereusement. Mais, Tedros, ne ruinez quand même pas notre besoin bien humain d’espoir !

* 17 janvier – Malade d’être dans le monde

Maudire le drapeau européen, le jour où, la France prenant la présidence de l’UE, il flotte sur la Tour Eiffel ; inspecter un camp de rétention en Grèce pour se féliciter que les retenus soient bien traités comme des prisonniers ; demander à Bruxelles des subsides pour installer des barbelés aux frontières ; se battre pour plus de chauvinisme et d’isolationnisme à courte vue … est-ce vraiment digne du débat de politique extérieure au sein d’une des cinq puissances permanentes du Conseil de sécurité, à l’approche d’une élection présidentielle ? Beaucoup de Français ont un peu honte de l’indigence du débat sur ce que la France peut apporter au monde et sur ce qu’elle en attend. Ce blog aussi. L’Ours cache son museau sous ses grosses pattes.  Et encore ! Si le débat était seulement indigent … Mais il n’y a aucun débat, juste le spectacle d’une citoyenneté étroite, égoïste, rabougrie dans sa cécité.

Les lecteurs de l’Oursgéopolitique la savent trop bien : le monde autour de nous comme chez nous est profondément détraqué. Non pas par une soudaine perspective d’apocalypse, mais par un emballement de crises et de menaces que nous négligeons de reconnaitre et de traiter parce que c’est trop compliqué et parce que notre méfiance en tout nous conduit au déni. La guerre qui menace avec la Russie, en Ukraine, le délitement accéléré de l’Union européenne et son impuissance dans le monde, le retour d’un condominium  de puissances agressives, véritable chance pour l’Otan, l’Hégémonisme sans âme de la Chine et sa propension à l’affrontement, notre marche arrière dans les combats pour sauver le climat et la biodiversité, la disparité face au Covid et à la misère du Nord et du Sud, etc. aucun de ces dossiers majeurs n’intéresse la vie politique française.

Le réveil sera dur, fin avril, lorsque l’élu – plus ou moins nettement – des Français devra brutalement adapter à la réalité du monde son discours électoral forcément démagogique. On taillera dans le vif en nous expliquant alors  que tel ou tel ‘’traitre’’, telle ou telle malchance imprévue viennent effacer nos éphémères rêvasseries.  Pourtant, conduire un débat honnête et lucide sur l’état du pays dans le monde, la paix et la guerre, l’avenir de notre planète, les injustices qui affectent l’humanité (jusque chez nous), serait-ce trop demander ? N’est-ce pas le minimum dû aux citoyens ? Pendant la campagne en Allemagne, un effort a été accompli en ce sens par les partis.*

Alors, incurablement masochiste, la France ?

* 1er décembre – L’Humanité dans sa tanière

L’Ours est dépité. L’avatar plantigrade de ce blog en deviendrait presque déconfit et brumeux. A chaque fois qu’il sort tout heureux de sa tanière, un nouveau variant du virus le contraint à s’y réfugier en panique. Il est las, il perd peu à peu le sens de sa bonne vie animale, en plein air et en compagnie.

Voudriez-vous vraiment qu’il jette un œil géopolitique sur ce monde tout détraqué ? Regardez Omicron. On ne sait rien de cet intrus sorti tout droit de la mondialisation. Il semblerait qu’il n’ait encore tué personne mais que sa propagation s’établit entre celle d’une trainée de poudre et celle des médias électroniques. Tout le monde y va de son cri d’alarme si ce n’est de sa version lugubre de l’apocalypse. Israël s’emmure hermétiquement du monde extérieur; le monde extérieur se retranche de l’Afrique australe, terre d’origine du variant. l’Europe commence à nouveau à se claquemurer, chacun y allant de ses quarantaines, ses refoulements, ses tests sériels. Pourtant ne forme-t-elle pas une zone d’habitation homogène, irriguée par un marché unique et capable de mutualiser les politiques de santé, comme on l’a vu pour les vaccins ?

Mais l’obsession de la  »frontière à garder » s’est insinuée dans les esprits et la peur de manquer au sacro-saint  »principe de précaution » (et d’avoir à le payer politiquement) paralyse les politiques. On cherche des parades dans le  »sauve qui peut ! » et le  »chacun pour soi » sans attendre de savoir de quoi – scientifiquement – nous sommes menacés. Certains experts prédisent pourtant que l’avenir du Covid 19 sera de rejoindre la catégorie des rhumes communs. Un tigre de papier. Allez savoir ! Fermez les écoutilles, cadenassez les barrières, posez des barbelés le long des voies de passage ! Sans rien comprendre à rien, nous allons bientôt revêtir la misère et l’opprobre des exilés ballotés aux frontières des riches ? Au passage, en verrouillant tout, quelle masse instable de déboutés, touristes piégés, expatriés et non-vaccinés allons-nous laisser s’agglutiner entre notre périphérie et les filières d’infiltration clandestine ?

L’OMS nous dit – en termes polis – que nous sommes de sacrés imbéciles à vouloir nous cloîtrer hors-le-monde, juste par instinct. Cela n’arrêtera aucun variant, accentuera les déséquilibres entre zones pandémiques et créera artificiellement une multitude de victimes. Les économistes anglo-saxons ajoutent que l’option du repli sur soi est synonyme d’appauvrissement, de pénuries et de chômage. Même si l’on a le culte de la  »préférence nationale », on sait bien que l’autarcie tue les plus faibles, au final.

Alors, l’Ours (toujours déconfit), quelque chose à dire ?

 »Avant de réintégrer tristement ma tanière (ou non), je constate qu’on a raté l’occasion de retourner les solutions de la mondialisation contre ses méfaits globaux. On va subir tous ces variants bizarres, parce qu’on n’a pas su vacciner et protéger les peuples pauvres et mal organisés du Sud. La nature est morale. Elle nous force être tous égaux et justes ou alors, à subir de sa part des tourments sans fin. Mais on n’est pas prêt de se ressaisir….car c’est dans nos têtes  » (pensée brumeuse, puis sommeil de plomb …).

* 9 novembre – La COP nous embrouille

Les constats dressés par le 6 ème rapport du GIEC, les difficultés à mettre en  œuvre le green deal européen, les effets de la reprise économique sur le climat, tous ces signes pointaient une détérioration supplémentaire du climat, au moment où s’ouvrait la COP 26 à Glasgow. Les inquiétudes s’y dissipent avec des promesses, certes bien intentionnées mais un peu vaporeuses et souvent sans lendemain. Des foules énormes se sont réunies autour du site de la conférence pour faire sentir aux gouvernements les pressions des sociétés civiles. Greta Tynberg a, avec son talent habituel, brocardé le ‘’bla-bla-bla’’ des dirigeants du monde. Jamais l’accumulation de gaz à effet de serre dans l’atmosphère n’avait autant progressé d’une année à l’autre (+ 20 %) ni les objectifs de Paris 2015 été rendus aussi inatteignables, tant les retards s’empilent. 2,8 ° de réchauffement supplémentaire, dès 2050, imagine-t-on le prélèvement que ceci implique sur la vie des futures générations ?

Ce qui ne veut pas dire que Glasgow, comme Copenhague auparavant, restera dans les anales comme un coup pour rien. L’orchestration d’une profusion des promesses en jargon incompréhensible, la validation politique solennelle d’idées sans mode opératoire ne sont sans doute qu’une étape fragile vers le futur. Ce n’est pas le bon critère pour mesurer la lutte contre le dérèglement climatique : l’action, seule, permet un bilan. En sus des gouvernements, les collectivités, les citoyens-consommateurs et les entreprises y prennent leur part. On semble attendre des miracles de chaque COP, en prenant leur rôle de fil rouge pour des politiques opérationnelles, de terrain. Le marché du carbone ne décollera pas sans intervention autoritaire dans l’économie. Les retards d’organisation et de financement des exécutifs nationaux et locaux sont tels que l’optimisme a du mal à pointer. En fait, la trajectoire s’éloigne du but. Les émissions de nos ancêtres et celles, actuelles, des ateliers du monde nous plombent un peu plus à chaque COP.

Equilibre carbone (0 émission supplémentaire) en 2050 (UE), 2060 (Chine et Russie) voire 2070 (Inde), mais pourrait-on nous montrer l’adhésion des classes politiques et des populations aux sacrifices que cela implique concrètement ? Comment fera-ton progresser le Moyen Orient, l’Afrique et la quarantaine de pays en guerre ? Ceci dit, l’idée de soutenir le développement décarboné des pays du Sud – la promesse d’au moins cent milliards d’aide publique – reste sur la table, mais repoussée à 2023. On est aujourd’hui à 83 milliards même si l’on tend à inclure dans l’enveloppe une grosse proportion de prêts. De plus, l’aide climatique ne sera-t-elle pas dégrévée de celle destinée directement aux populations ? On se penche sur l’état des océans, de loin le plus grand puits de carbone de la planète mais on aurait dû depuis belle lurette mobiliser une part des armements de pêche pour extraire les continents de plastique qui empoisonnent leurs eaux. Les technologies sont là, mais la volonté manque. L’autre ‘’poumon’’, que constitue les forêts devrait connaître un début de régulation… vers 2030. Que restera-t-il alors des massifs primaires d’Amazonie ou de Kalimantan ou de la taïga sibérienne ?

La France n’a pas tellement brillé jusqu’à présent. Ses résultats en termes d’émissions ont été si mauvais depuis 2015, qu’elle s’est fait épingler par l’Europe et aussi par le tribunal administratif de Paris. Elle ne s’est pas jointe au principal engagement collectif de la COP 26 visant à cesser dès 2022 tout investissement à l’étranger dans les énergies fossiles. Va-t-elle financer quelque infrastructure charbonnière dans les pays encore accrochés aux énergies noires (Etats-Unis, Chine, Russie, Australie… ? )Elle s’est déjà distinguée en réclamant le classement du gaz et celui de l’atome (réintégré pour beaucoup dans la composition du ‘’mix’’ idéal) comme des énergies renouvelables. Le pactole européen du Green deal va bénéficier à la France, à hauteur de 40 milliards. Avec le numérique, il sera consacré aux réseaux d’énergie électrique (10.000 bornes d’alimentation seulement, là où le besoin est d’un million), alors que l’hydrogène vert n’est pas prêt, que les éoliennes à terre sont fortement contestées et, en mer, tardent à se concrétiser, que le solaire régresse et que l’avenir du nucléaire n’en est qu’au stade des débats d’experts. Quant aux économies d’énergie – le principal gisement en réserve – on cherche encore les institutions à même de former les dizaines voire centaines de milliers d’experts à même de réaliser les chantiers de rénovation énergétique des bâtiments. Idem s’agissant des relais de financement-expertise public-privé auprès des collectivités territoriales à même distribuer aux particuliers les subsides de Bruxelles sans engraisser les banques. Tandis que le coq français claudique, le climat reste un problème cumulatif et ne l’attend pas. Rassurez-vous : d’ici la COP 27, ce blog fera tout son possible pour limiter son empreinte carbone.

*** 1er octobre – Torpilles à kangourous

Un mois après le début de la crise des sous-marins entre la France et l’Australie, l’Union européenne annonce le report d’un mois des négociations prévues sur un accord de libre-échange avec l’Australie. La France  a déclaré publiquement qu’elle ne pouvait plus faire confiance au gouvernement australien et elle rencontre une certaine compréhension – pour un temps – du côté de Bruxelles. Le rappel de Jean-Pierre Thébault, l’ambassadeur de France à Canberra rend de toute façon difficile de traiter d’Etat à Etat comme si le contentieux était dépassé. Il n’est pas question, pour l’heure, de son retour au poste, ce qui singularise le froid de Paris avec l’Ile-continent, en comparaison de l’accalmie recherchée avec Londres et Washington. Le temps de l’expiation et de la contrition va durer un peu plus. Naval Group prépare une note ‘’salée’’ au gouvernement australien, en dédommagement de la perte du ‘’contrat du siècle’’.

Par-delà toutes ces manifestations d’humeur, une question ‘’lourde’’ se pose : la reconfiguration générale des alliances, par logique de ‘’blocs’’ géographiques, permet-elle encore de dissocier les intérêts de puissance militaire de ceux du commerce international (et de la libre circulation) ? La logique du libre-échange universel, loi absolue du commerce à la fin du XXème siècle et credo de l’UE, n’est plus ratifiée par les peuples ni par les états-majors. Seules, les grandes entreprises et, évidemment, le secteur de la distribution, n’en démordent pas. Les récentes levées de boucliers contre les projets d’accords négociés de très longue date avec les Etats Unis et le Canada représentent un tournant stratégique. Ces accords ne passent plus. Les relocalisations se multiplient dans le sillage de la crise éco-pandémique, la proximité devient un impératif de sobriété et de santé.

Le monde nouveau se cloisonne en blocs culturels et militaires. Citons la guerre froide économique et technologique sino-américaine, les nouvelles routes de la soie chinoises destinées à escamoter l’OMC et les structures universelles du commerce, la constitution d’un bloc géant (sans les Etats Unis) en Asie-Pacifique, dont on voit bien qu’il se ferme à l’Europe (cf. la déconvenue concernant les sous-marins).

Tout indique qu’il nous faudra bientôt renoncer au steak de kangourou !

* 8 septembre – Dérèglement climatique, des problèmes multiples et imbriqués

Va-t-on tenir la COP26 de Glasgow en novembre, alors que la planète est dans les tourments du Covid, surtout le Sud ? On a vu les fortes hypothèques que le virus a fait peser sur les jeux olympiques et para-olympiques au Japon et on est en droit de se demander s’il ne faudrait pas mettre l’ensemble du système multilatéral sur zoom ou autre mode de visioconférence. Au beau milieu d’images d’inondations et d’incendies géants, les experts de l’ONU ont actualisé le 9 août leurs perspectives climatiques, très sombres. Sept ans après leur dernier rapport et au cœur des vacances d’été, le GIEC se fait plus alarmant et précis que jamais sur l’état du dérèglement climatique et ses causes. Le processus de réchauffement court plus vite (d’au moins une décennie) qu’on l’avait calculé ; Les progrès des politiques de prévention ont été contrés par la relance économique ; Il faut s’attendre avant la fin du siècle à 3, 5 ° de plus qu’au début du 20e (déjà 1,4° avéré) et, à ce rythme, une bonne partie de la planète ne sera plus viable pour l’Homme. Arrêtez le ban : sueur d’angoisse !

Il serait suicidaire de négliger ce rapport. Cela crève les yeux, l’urgence climatique doit mobiliser de façon prioritaire l’énergie et les ressources des gouvernements comme des populations du monde. Surtout, cela doit se faire partout à travers le Globe, vraiment partout ! La résorption de la pandémie constitue une sorte de test-amont de nos capacités d’acteurs à nous organiser collectivement, autour d’une quête de salut collectif. Elle exige un changement radical de nos comportements à court-moyen terme (et au-delà ?). La prévention et l’adaptation aux catastrophes climatiques, fonctionne de la même façon que le combat contre le virus COVID, mais du court au plus long terme. Il serait absurde n’en voir qu’une des deux.

Mais il y a aussi un vrai danger de ‘’fausse route’’, à perdre, dans une sorte de simplification affolée, toute notion des problématiques connexes qui constituent des obstacles préalables : la perte de la Paix et de la stabilité (les guerres font barrage à toute action régulatrice), les populismes, chauvinismes et démocratures (incluant la xénophobie et aussi une partie des réseaux sociaux qui visent à nous rendre, en grand nombre, aveugles aux réalités) ; la préférence des marchés pour l’hyper-consumérisme et le ‘’toujours plus’’ ; les tensions induites par l’exacerbation des inégalités sociales (elles sont des germes de conflit), l’échec des politiques de développement (même cause et mêmes effets), l’illettrisme et les faiblesses des systèmes éducatifs (sans citoyens formés, aucune mobilisation effective). Mieux qu’un plan, il faudrait un monde bien préparé et ouvert pour combattre efficacement les plus grosses calamités : si l’on réglait 80 % de ces questions  »connexes », il deviendrait possible d’avancer sur le terrain du climat comme sur celui de l’immunité planétaire. A 20% de succès seulement, la cause serait perdue et notre attention se disperserait vite vers toutes sortes de fantasmes, de peurs et de haines… jusqu’à ce que 80% d’entre nous tombent finalement dans une forme de psychose (elle progresse déjà) ou de guerre.

Un deuxième volet du rapport du GIEC, concernant cette fois les impacts du dérèglement et l’adaptation, est prévu pour février 2022. Il montrera plus en détail comment la vie sur Terre risque d’être inéluctablement transformée d’ici trente ans. Il faut garder le moral, c’est la seule façon d’être efficace. Charles Trenet chantait ‘’y’a d’la joie !’’

* 30 juillet – Dépassement dangereux (sans visibilité)

Hier  marquait le « jour du dépassement ». Boum ! Nous revoilà vivant à crédit de la planète, qui elle-même a les poches vides et tire une bouille de malade. A partir d’aujourd’hui toute ressource naturelle biologiques ou minérale que l’on arrache à Gaia menace son futur – et le nôtre – car elle ne pourra pas la régénérer dans l’année suivante. Elle va donc s’étioler, maigrir, tousser, se rabougrir, peut être déposer son bilan. Il faudrait 1,7 Terre pour subvenir aux besoins de la population mondiale de façon durable : 70% de dette irremboursable sur la nature. Après avoir exceptionnellement reculé en 2020 à cause ou grâce à l’effondrement économique provoqué par la pandémie de coronavirus, notre hyperconsommation insensée rejoint les sommets de 2019 et reprend son cours insensé. En 1970, on ne s’en inquiétait pas : le jour fatidique tombait le 29 décembre. Puis ce fut le 4 novembre, en 1980 ; le 11 octobre, en 1990 ; le 23 septembre en 2000 ; le 7 août, en 2010. Bientôt la faillite dès janvier ?

Deux principaux facteurs  jouent dans cette marche vers l’abîme : l’augmentation de 6,6 % de notre empreinte carbone par rapport à 2020 et la diminution de 0,5 % de la biocapacité forestière mondiale. Pour WWF, cette baisse de nos défenses écologiques doit beaucoup à la déforestation galopante de l’Amazonie, dont Jaïr Bolsonaro se montre si fier. Elle tient largement aussi à nos niveaux irresponsables de consommation de produits neufs, là où la durabilité de nos achats ou l’autoconsommation nous apporterait un confort équivalent, sans gâcher les ressources terrestres. La principale certitude est dans notre incapacité à bien gérer les écosystèmes (séquestration du CO2, régénérescence des forêts et des bosquets, recyclage des déchets, rétablissement des modes naturels de culture sans intrants chimiques, arrêt de la bétonisation des sols, urbanisme  plus respectueux de la nature, etc.). Tout cela est formidablement simple à expliquer et atrocement difficile à mettre en œuvre.  Beaucoup d’experts pensent qu’on n’y arrivera jamais, du fait du facteur politique et humain. Surtout au niveau global, où elle prend tout son sens, l’écologie bute sur les nationalismes égoïstes, sur les idéologies agressives, sur l’apathie des masses, sur le soupçon (avéré) que comme toute activité politique, celle-ci est pipée par des dirigeants sans scrupules ou sans inspiration et que certains citoyens vont devoir y sacrifier plus que d’autres. Alors, là, plutôt la mort par la sécheresse (ou les inondations) que de céder à autrui un soupçon de ses acquis sacrés ! L’inégalité des contraintes entre les groupes sociaux se retrouve au niveau des pays (je ne parle pas des Etats) : certains sont déjà dans la pire des panades, d’autres hésitent encore à ouvrir les yeux. Les intersocialités du monde n’ont pas même été capables de produire un texte de convention sur les millions de réfugiés climatiques (bientôt des centaines de millions) en quête d’un refuge où la vie soit possible.

Essayons de conclure simplement quant à la nécessité de progresser sur trois axes : d’abord sur le plan local, où il nous faut adopter un meilleur respect de la nature et une plus grande sobriété des comportements consommateurs. Puis l’international, où il est essentiel de revenir au multilatéralisme, à la coopération, à la coordination des politiques, à la paix (plus de quarante conflits ouverts actuellement) dont la paix civile et l’état de droit international : pas de progrès en vue à moins de ‘’poussées’’ populaires dans ces différents domaines, trop souvent considérés comme l’apanage des gouvernements. Enfin, bien sûr, s’interroger sur les responsabilités systémiques des agents économiques, à commencer par les stratégies prédatrices des très grandes entreprises, appuyées par la finance, par le marketing (abrutissant), le formatage de l’humanité et de la nature  au moyen des réseaux et des outils numériques. Les gouvernements possèdent une capacité de régulation qui est nécessaire pour guérir la planète de façon rationnelle. Leur capacité à exprimer l’intérêt général perçu et validé par leurs citoyens, est tout aussi essentielle. Tout est relationnel, rien n’est idéologique : à méditer, en août, sur la plage !

* 29 juin – L’écho … vide de la solidarité des peuples

Le virus nous laisse un répit en France, tant mieux, mais il continue néanmoins à muter. Certains de nos voisins subissent déjà durement l’expansion rapide du variant Delta. Dans le monde émergent et en particulier en Afrique, un nouveau pic pandémique affecte les populations bien plus sévèrement que les vagues précédentes. Avons-nous motif à nous attarder dans l’insouciance, comme si le monde était cloisonné entre des régions (relativement) épargnées et d’autres, abandonnées à leur sort. Tant que le hiatus de santé Nord-Sud perdurera, que le virus du Covid mutera là où la pandémie est improprement combattue, personne ne sera à l’abri d’un effet boomerang peut-être sans fin. Bien sûr on le sait, mais cela ne veut pas dire qu’on est prêt à venir au secours de l’Afrique, du Mexique, du Bangladesh, etc.

Première question : Covax, le dispositif que les Nations Unies ont mis en place pour vacciner les populations du Sud a-t-il failli ? Covax, en tant que réseau d’institutions et d’établissements proposant une solution vaccinale universelle, a livré 87 millions de doses à 131 pays. Pour presque cinq milliards de Terriens démunis, on reste loin du compte. Il s’agit pourtant de la distribution de vaccins la plus importante jamais réalisée dans l’Histoire. Ainsi, par rapport à la pandémie H1N1 de 2009, Covax a fourni sept fois plus de doses et répondu 2,5 fois plus vite aux besoins de quatre fois plus de pays. En avril 2020, le dispositif a été lancé et ses coleaders – l’OMS, le Cepi et le Gavi – ont été immédiatement opérationnels. Dès juin 2020, la garantie de Gavi-Covax-AMC a d’emblée financé l’accès gratuit aux vaccins, dans 92 pays à faible revenu. Comme  »bureaucratie », on a vu pire. De plus, Covax n’est pas le seul mécanisme d’acheminement des serums vers le monde émergent, puisque le G 7, la Chine et l’Inde ( jusqu’à récemment), ont engagé des distributions gratuites, non sans escompter quelques bénéfices politiques en retour, ce qui est de bonne guerre.


On constate pourtant une distribution particulièrement inégale du vaccin : 1 % seulement des populations des pays les plus pauvres est à ce jour protégé, contre un ratio de 50 % dans les pays développés. La question se pose donc de devoir vacciner les populations à risque partout dans le monde, plutôt que tout le monde dans une minorité de pays. Ce serait aussi une façon de limiter les mutations du virus liées aux pathologies mal soignées. Mais, d’évidence, ne pas vacciner les jeunes Européens pour mieux protéger les personnes vulnérables en Afrique aboutirait à braquer l’humeur populaire, au Nord, contre le Continent noir. Les peurs et les préjugés existent partout et on ne peut en faire totalement abstraction.


Au milieu de ce mois, 60 millions de doses seulement ont été acheminées dans 80 pays. Une goutte d’anticorps dans un océan de virus. On n‘a pas encore vu la couleur du milliard de doses annoncé par le Club des nations les plus industrialisées (le G 7) et par des grandes fondations privées. En fait, en additionnant les engagements pris au cours des dernières semaines, on pourrait financer la vaccination de 1,8 milliard d’êtres humains, soit un tiers en moyenne des nationaux concernés. Mais les doses ‘’prépayées’’ que les pays bénéficiaires sont appelés à commander directement auprès des laboratoires n’ont pas encore été fabriquées et ne le seront pas avant quelques mois, alors qu’il y a urgence. ’’Big pharma’’ peine à augmenter sa production, destinée, au départ, aux seuls pays solvables (du Nord) comme le stipulaient les contrats de l’an dernier. Trop tard ! De plus, la décision du gouvernement indien de conserver pour sa population toute sa production nationale a fortement amputé le stock vaccinal physiquement disponible pour le Sud. Ne taisons pas non plus certains doutes de l’OMS sur les vaccins chinois. Il ne reste alors, pour booster le flux des doses, que la solution d’un prélèvement sur les stocks nationaux déjà constitués au Nord. Une ponction politiquement délicate, même si la France, par exemple, propose de mobiliser à cette fin 8% de son stock. L’a-t-elle fait, d’ailleurs ?


Alors que la pandémie progresse rapidement dans le Sud, laissant entrevoir des millions de morts – dont une proportion plus grande de jeunes – et qu’elle fragilise la vie de milliards de pauvres, on se retrouve sans solution pratique. L’idée de traiter comme un bien public à la disposition de tous les formules des vaccins pourrait aider à combattre une pandémie future, si l’industrie pharmaceutique devait s’y plier. Mais, en l’absence d’un environnement industriel solide et développé, sans professionnels bien formés (ce qui prend des années), elle a peu de chance de provoquer une décentralisation planétaire de la production. Pour l’instant, ce n’est qu’un vœu pieux. Aussi, chaque jour où on laisse la contagion progresser sans réponse industrielle adaptée, la mortalité globale s’emballe et cause des pertes énormes pour des économies locales dont dépend la survie de milliards d’individus… et bien sûr, cela va entretenir l’effet boomerang sur les pays riches. Tous sauvés ou personne…


D’où une série d’interrogations : les promesses mirobolantes des pays du Nord n’ont-elles pas été faites trop tard pour se concrétiser à temps (sans doute, les vaccins arriveront en masse à partir de septembre) ? Les laboratoires portent-ils une part de responsabilité, en étant incapables de produire suffisamment pour l’humanité entière, même lorsqu’ils sont payés pour cela ? Peut-on attendre de populations riches traumatisées par la maladie COVID qu’elles partagent équitablement leurs stocks avec des inconnus lointains ? Les pays récipiendaires sont-ils tous en mesure d’assurer la logistique et l’administration du vaccin sur leurs territoires ? Sur ce dernier point, on peut s’émouvoir de plusieurs situations où l’on a vu des doses à deux semaines de leur péremption ne pas même être déballées… un grand gâchis.
Tirer les leçons de nos difficultés à assumer une solidarité mondiale impliquerait de concentrer, au plus haut niveau, la détermination politique comme les moyens de prévoir et d’agir au sein d’une autorité également mondiale. Celle-ci devrait s’imposer aux Etats et aux marchés. On pense à ce projet-fantôme de ‘’Conseil de sécurité économique, social (dont la dimension sanitaire) et écologique’’, dont on a rêvé dans les années 1990. On en aurait besoin maintenant.

* 23 juin 2021 – Chaque fraction de degré nous ramollit

Plus 1,5 par rapport à l’ère préindustrielle, on y sera dès demain. Le rapport que le GIEC publiera en février 2022 est plus alarmiste que sa précédente prospective de 2014. En substance, la limite sera franchie d’ici 2025 et on rentrera alors dans une forme plus violente de chaos climatique, un état de non-retour, aux conséquences imprévisibles, en tout cas incontrôlable, ‘’pendant des siècles’’. Un peu comme si, en termes astronomiques, on poursuivait en voiturette plastique un voyage cosmique au-delà de Jupiter. L’accord de Paris déboucherait donc, selon ces prévisions, sur un échec collectif. ‘’La vie sur Terre peut se remettre d’un changement climatique majeur en évoluant vers de nouvelles espèces et en créant de nouveaux écosystèmes’’, avance le résumé technique du futur rapport. ‘’L’humanité ne le peut pas’’. Aïe, aïe, aïe, c’est bien du sort de l’humanité qu’il s’agit (pas de la Terre) ! Or, les climatologues estiment devoir, dès à présent, abaisser le seuil sous lequel le réchauffement global pourrait être encore ‘’encaissé’’ par la société humaine : 1,1 ° aurait été la ‘’vraie’’ ligne rouge à ne pas franchir.

Pour la biodiversité, ce serait déjà trop tard : ’ les conditions de vie vont changer au-delà de la capacité de certains organismes à s’adapter’’. La menace sera extrême, notamment, sur récifs coralliens essentiels à la vie d’un-milliard de riverains  des océans ou d’îliens. Les peuples des régions arctiques pourraient aussi disparaître en même temps que leurs écosystèmes. L’alimentation verra ses ressources contraintes sous l’effet des aléas climatiques, dans toutes les régions du monde. D’ici dix ans, jusqu’à 80 millions d’humains  supplémentaires rejoindront les cohortes de la sous-nutrition et 130 millions sombreront dans la pauvreté extrême. La hausse du niveau de la mer s’accompagnera de vagues de submersion, à l’origine – comme la sécheresse – de vagues de migrations croissantes. Avec 1,5°C de hausse de température, 350 millions de citadins de plus subiront des pénuries d’eau, surtout par temps de canicule. En termes géographiques (cela mériterait d’être plus finement analysé), des régions comme l’Est du Brésil, l’Asie du Sud-Est, la Chine centrale et presque toutes les zones côtières pourraient être frappées de poly-catastrophes simultanées : canicules, sécheresses, cyclones, incendies, inondations, épidémies de toutes sortes. S’y ajoutent les désastres provoqués par l’Homme, telle la dégradation en savane de l’Amazonie, l’ex-poumon du monde.

‘’Chaque fraction de degré compte’’, face aux dégâts qui s’annoncent. Après vous avoir efficacement glacé le sang – la pédagogie fonctionne sans doute à ce prix – le GIEC se fait un peu souriant, in fine : ‘’L’humanité peut encore orienter sa destinée vers un avenir meilleur en prenant aujourd’hui des mesures fortes pour freiner l’emballement de la deuxième moitié du siècle’’. Ouf ! ‘’Nous devons redéfinir notre mode de vie et de consommation’’. On y court ! Ah, on, j’oubliais : on y court plus. On y courait au pire de la pandémie, quand on chantait en chœur le ‘’monde de demain’’. Belle envie de s’investir dans l’avenir ! Où est-elle passée ? Voyez comme ceux qui nous guident préfère désormais parler de fric et de ‘’tout-sécuritaire’’ ! Fermez le ban !

* 14 juin – Le bon climat du Sommet

Après la pandémie, la Chine (surtout, elle), la Russie, la démocratie, les engueulades intra-européennes sur le respect de la frontière de l’UE avec l’Irlande du Nord, le G7 s’est attelé à l’urgence climatique en conclusion du sommet de Carbis Bay. L’enjeu est primordial, mais, dans l’immédiat, il s’agit de rehausser le prestige du Royaume-Uni-hôte. Faute de gérer correctement les suites du Brexit, Boris Johnson tente de relever la tête en s’emparant d’un sujet conforme à l’option du ‘’grand large’’ dont il se réclame. Ainsi, son pays accueillera en novembre la conférence de suivi de l’ONU sur le Climat (COP26). Selon lui, il existe ‘’une relation directe entre la réduction des émissions, la restauration de la nature, la création d’emplois et la garantie d’une croissance économique à long terme ». On peut cependant s’interroger sur le type de croissance que promettent ses options ultra-libérales et sur l’aptitude des grandes entreprises mondiales à pratiquer la vertu d’un tel schéma vert. A l’initiative de Londres, le G7 devrait aussi plancher sur un plan mondial de création d’infrastructures, visant à relancer la croissance verte du ‘’Sud’’. Un grand programme d’investissement dans les énergies renouvelables et dans les technologies propres va être lancé. Ce projet se présente comme une réplique aux « Nouvelles routes de la soie », que Pékin tisse pour étendre son expansion économique mondiale. Emulation, concurrence ou clash en vue ?

Les chefs d’Etat ou de gouvernement des ‘’sept’’ affirment vouloir stopper le recul de la biodiversité d’ici 2030. L’objectif serait de protéger au moins 30% des terres et des mers. En l’état, c’est une ‘’idée’’, pas encore un plan. De son côté, Londres dévoile un fonds de 582 millions d’€uros, destiné à la préservation des océans et des écosystèmes marins dans le monde émergent. Le concert occidental va aussi réitérer son engagement à réduire de 50% les émissions de gaz à effet de serre, d’ici 2030, et à cesser, dès cette année, les aides publiques aux centrales à charbon. Ces mesures s’inscrivent dans l’objectif ancien de limiter l’augmentation des températures en dessous de 1,5°C, par rapport à l’ère préindustrielle. La question est toujours : ‘’cela suffira-t-il pour nous mettre à l’abri d’une perte de contrôle dévastatrice sur les dérèglements climatiques, qui menacerait progressivement de rendre impossible la vie sur Terre ?’’. La réponse est toujours : ‘’non’’.

Ces initiatives collectives – qui n’expriment que de louables intentions – fournissent au moins quelque matière aux médias. Mais l’élément saillant de cette semaine bien chargée restera la présence forte du président Biden, très actif à démontrer à quel point ‘’America is back’’ et qu’elle peut compter sur ses alliés. L’isolement caractéristique de l’ère Trump est terminé. Derrière la bonhommie de Joe Trump, chacun tentera de percevoir si l’heure est au leadership ou bien au partenariat. Emmanuel Macron s’y est essayé devant l’intéressé, tout sourire mais silencieux. Le ‘’Club des riches’’ se montre d’autant plus actif qu’il s’était mis en sourdine ce dernières années. Est-t-il pour autant réellement entreprenant ? Oui, si l’on en croit sa volonté de parler en ‘’directoire des démocraties occidentales (auquel le Japon est agrégé). En tout cas, le climat s’est installé dans la sphère des intérêts géostratégiques traités à 7, même si la réalisation de plans performants n‘est pas encore avérée. Les ONG n‘ont pas été entièrement convaincues par les annonces de résultats à venir, mirobolants mais par des approches ‘’molles’’. Elles manifestent, comme il se doit, leur scepticisme. Le bon climat du Sommet va-t-il nous porter au sommet du combat pour le climat ?

* 24 mai – A quand la bataille de l’Arctique?

Ce blog a précédemment traité des deux dérives qui compromettent les  fragiles équilibres naturels de l’Arctique : d’une part, l’exploitation économique, rendue possible par le réchauffement climatique, laquelle menace  l’écosystème fragile de la Région; D’autre part, la militarisation de ce continent et de ses eaux adjacentes (désormais libres l’été), qui dessine une aire de rivalités géopolitiques. Il est donc logique que le Conseil de l’Arctique, qui s’est tenu le 20 mai à Reykjavik, en Islande, a débouché sur une déclaration prônant la préservation de la paix et la lutte contre le réchauffement climatique. Dalida chanterait ‘’Paroles, paroles, paroles …’’ tant cette rhétorique pieuse n’a pour but que d’occulter les tensions et désaccords persistants entre membres de ce  Forum de coopération économique. Le Conseil a été désarmé, au fil des décennies par les convoitises et les rivalités d’Etats qui le traversent.

Ce forum intergouvernemental regroupe, depuis 1996, les pays riverains, nordiques, nord-américains et la Russie ainsi que des observateurs intéressés. Il n’avait pas été créé pour régler des questions géostratégiques. Pourtant, des relents de Guerre froide s’y manifestent. Faute de mieux, on y forge des ententes de façade qui ne sont qu’un tribut creux rendu aux grands principes sans lendemain. Antony Blinken, avec une franchise bien américaine, a dénoncé ‘’l’augmentation de certaines activités militaires dans l’Arctique ». Chacun aura reconnu l’empreinte lourde de la Russie, qui, de son côté, martèle que l’Arctique constitue pour elle ’’une zone d’influence légitime’’ et dénonce dans la foulée « l’offensive » occidentale dans la région’’.

A partir des 14 bases militaires qu’elle a construites ou modernisées, l’armée russe multiplie les gesticulations militaires, allant jusqu’à simuler des attaques aériennes contre les réseaux radar de l’OTAN et à effectuer des opérations aéroportées massives au-delà du cercle polaire. Il s’agit de démontrer sa capacité de projection stratégique dans des conditions climatiques extrêmes. En face, l’Alliance atlantique montre aussi les dents en augmentant la fréquence de ses manœuvres défensives. L’exercice « Trident Juncture » conduit en 2018, avait bénéficié d’une génération de forces d’ampleur inégalée, mobilisant 29 Etats membres rejoints par la Suède et par la Finlande. Moscou l’avait très mal pris. L’objectif à atteindre, de part et d’autre, serait désormais une invasion réalisable sous 48 heures.

Moscou contrôle de facto le passage du Nord-est, tant pour l’utilisation des brise-glace que sur le plan militaire. Les russes y ont introduit la flotte commerciale chinoise qui s’impose comme la plus grosse ‘’utilisatrice’’ et acquitte d’importantes redevances. L’expansionnisme russo-chinois se tourne désormais vers le passage du Nord-ouest, moins accessible du fait des milliers d’archipels qui barrent la navigation, mais néanmoins praticable l’été depuis, quelques années. Ces eaux et territoires canadiens restent isolés et très peu peuplés. Ceci constitue le maillon faible du dispositif de l’Alliance. Même avec l’appui des Etats Unis, ces territoires sont quasiment indéfendables. Ottawa en a pris conscience depuis une quinzaine d’années et s’efforce d’établir des ports défensifs en eaux profondes, au moins en certains points du passage, et d’y maintenir quelques effectifs humains, sous des latitudes invivables.

En fait, le dérèglement du climat – quatre fois plus rapide et plus important au pôle Nord qu’ailleurs sur le globe – crée un bouleversement géostratégique majeur doublé d’une aubaine économique. Avec la hausse des températures, la banquise d’été aura totalement disparu d’ici 2030, ouvrant des parcours maritimes bien plus court entre l’Europe à l’Asie : moins d’un mois au lieu d’un mois et demi par la route habituelle via le canal de Suez. De plus, le sous-sol de l’Arctique regorge de minerais exploitables : nickel, plomb, zinc, uranium, platine, terres rares, et il contiendrait 22 % des réserves mondiales d’hydrocarbures non encore découvertes. Voilà qui aiguise les appétits et pourrait justifier des différends sur la délimitation des zones économiques exclusives, voire des opérations d’appropriation comme le Chine en fait au-delà de sa mer adjacente !

La Russie compte bien faire quadrupler sur les quatre prochaines années son eldorado gazier du Pôle. Et accroître d’autant, également, le volume marchand en transit, pour une bonne part, en partenariat avec la Chine. Celle-ci lui fournira les capitaux et sera comme chez elle en matière de navigation. Le groupe français Total s’est associé à ce montage, non sans prendre des risques politiques à terme. En effet, depuis plusieurs années, Pékin s’impose progressivement en partenaire économique et scientifique dominant et affirme un intérêt jaloux pour l’eldorado situé à 1 400 km de ses côtes les plus proches . La Russie pourrait s’en inquiéter un jour. Une station scientifique chinoise a été construite au débouché du passage Nord-Est, sur l’archipel norvégien du Svalbard. Tous les pions sont en place pour un grand jeu de géopolitique polaire.

* 17 mai – L’adieu au monde d’avant

C’est avec l’administration Biden que Paris pourrait tenter de relancer le débat sur la gouvernance mondiale post-Covid (synthèse d’une tribune, dans Le Monde, de Michel Duclos, conseiller spécial à l’Institut Montaigne).


Les préoccupations américaines concernant le climat et la lutte contre les inégalités rejoignent actuellement celles de la France. Dans le pays de Voltaire, on se soucie plus qu’ailleurs des méfaits du système international ‘’globalisé’’. Lors de la dernière édition du Forum de Paris pour la Paix, en novembre 2020, le président Macron avait proposé le lancement d’un débat international sur l’organisation du monde après le Covid-19. Pour leur part, les Etats Unis sont en chantier de ‘’réparation’’, après quatre années passées à déconstruire le système multilatéral, les mécanismes de paix et d’alliance. En réintégrant l’accord de Paris et l’Organisation mondiale de la Santé, ils ont repris l’initiative et rendu une chance à des projets novateurs, tel l’Accélérateur ACT destiné à partager mondialement les outils de lutte contre le Covid ou la taxation des sociétés multinationales. Ils font désormais leur toute une série de paradigmes dont la paternité était plutôt européenne, sans remonter à de plus lointaines origines rooseveltiennes, sous le New Deal. Ensemble, les deux pays peuvent caresser l’idée, un tantinet messianique, de définir un ‘’consensus de Paris’’ sur un système mondial économique et de retour à la Paix.


Les deux gouvernements ont pris du recul par rapport à l’époque Reagan – Thatcher et ses recettes néo-libérales forcenées : privatisations, tyrannie de l’équilibre budgétaire, déréglementations financière et autres, croissance économique destructrice de l’écosystème, effacement de l’Etat, etc. Les temps post-Covid appellent des orientations différentes, permettant de faire face à des défis nouveaux : la lutte contre le changement climatique, la réduction des inégalités, la protection des citoyens et des entreprises contre les catastrophes et les prédateurs. Pourtant, le débat (à peine) esquissé par le président français n’a pas décollé, ce, pour au moins deux raisons : la difficulté à mener un projet prospectif, alors que la pandémie n’a pas fini de bouleverser le cours du monde ; et le rayonnement soudain de la nouvelle administration démocrate, qui affaiblit d’autant l’aura et l’audience du locataire de l’Elysée.


Va-t-on pour autant vers une sorte de concurrence affûtée entre l’Ancien et le Nouveau Monde autour des nouvelles recettes de la gouvernance en démocratie ? Le constat est plutôt celui du soin que prend Washington de ne pas se couper, sur ces questions, de ses alliés européens. L’Amérique est, avant tout, focalisée sur sa rivalité systémique avec la Chine, mais elle souhaite se prémunir de l’isolement et de l’unilatéralisme, là où elle peut jouer en coalition. Voilà une évolution positive. En sens inverse, pourquoi Paris se priverait-il de l’opportunité de porter, avec Washington, le débat sur une nouvelle donne de la gouvernance ? Il ne s’agirait pas d’imposer, mais de formuler, en concertation, des préceptes adaptés à l’avenir. Les matières à traiter sont multiples et complexes, concernant l’adaptation des institutions et leur résilience, la régulation des finances – dont la taxe Carbone aux frontières – , l’invasion de la vie privée par les technologies, la relance du développement, de l’éducation, la maîtrise de la démographie, les flux migratoires, la consolidation du droit, etc. A l’image des citoyens réunis pour élaborer une stratégie sur le climat, on pourrait assembler un collège d’experts pour défricher le terrain, sujet par sujet, et objectiver les obstacles à surmonter. Les conclusions de cette commission viendraient ensuite alimenter le travail engagé dans de nombreuses enceintes internationales, au sein du système des Nations-Unies comme en dehors.


Ainsi, dès le sommet du G7 qui s’ouvrira le 11 juin à Carbis Bay (Angleterre), les présidents français et américain pourraient proposer cette commission internationale sur les lignes directrices d’une gouvernance globale renouvelée. Un premier bilan d’étape interviendrait à l’occasion du Forum de Paris, en novembre. Il associerait Mario Draghi au pilotage de l’initiative, puisque le président du conseil italien préside le G20 cette année et que l’objectif visé est celui d’une concertation à l’échelon mondial.