Moins de commerce, moins de civilisation ?

 Une étude intéressante du Centre d’Etudes Prospectives et d’Informations Internationales (CEPII) nous invite à considérer le déclin tendanciel du commerce, non pas comme inhérent au « système » (kesako, le « Système ?»), mais comme appelant un  »correctif » – même, une « réinvention » – de la mondialisation. Son cours est perturbé par le populisme et les replis isolationnistes.  »L’Economie mondiale 2020 – Ralentissement sous haute tension » comme s’intitule cette étude, fait bizarrement l’impasse sur les menaces pesant sur l’écosystème planétaire. Elles sont pourtant largement perçues, en Europe, comme résultant de la consommation simultanée de « plusieurs  planètes ». Cette année, le Jour du dépassement est tombé fin-juillet. La vrille ne serait pas étrangère aux activités du commerce, à la production gaspilleuse soutenant « l’hyper consommation », aux transports internationaux multiples et polluants, toutes choses dictées par la gloutonnerie insatiable du marketing et des réseaux numériques. La vision classique du CEPII n’en reste pas moins intéressante, en tant qu’analyse étayée par des chiffres.

Faudra bien s’adapter !

Elle reflète l’appréciation sévère que plusieurs institutions sérieuses portent sur les dérives toxiques du « business global marchand ». Rappelons que les fluctuations de celui-ci, à la hausse comme à la baisse, ont un impact en gros cinq fois plus fort sur la croissance (et donc sur l’emploi) que les variations de la consommation des ménages. L’Allemagne et la Chine, plus dépendantes de leur commerce extérieur, encaissent évidemment plus mal que le Japon ou les Etats Unis, relativement auto-suffisants. Comme de coutume, la France occupe une position médiane et elle réagit avec une certaine inertie à la conjoncture.

Que nous dit le CEPII ? D’abord que le système multilatéral destiné à réguler les échanges s’effrite rapidement. Les grandes offensives actuelles de D. Trump contre à peu près tous les partenaires des Etats Unis, mais plus particulièrement contre la Chine, ont mis l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) hors-jeu, peut être même en état de mort physiologique. Les pays ciblés se sont soumis au même diktat du traitement bilatéral et ils court-circuitent les institutions protectrices, les codes de conduite comme les pannels d’arbitrage. Coup de balai, donc, ce que le langage académique du CEPII exprime ainsi : « Les cadres de pensée et les schémas institutionnels de la mondialisation chancellent, sans que de nouveaux ne se dessinent encore clairement ». A en croire que le rapport de force n’aurait pas constitué le cadre de relations dans toutes les périodes troublées !

Depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, la moyenne des taxes américaines appliquées sur les importations chinoises a ainsi bondi de 3,1 % à 21,2 %, selon les calculs du Peterson Institute for International Economics. L’incertitude, générée par la confrontation commerciale, financière et technologique sino-américaines dissuade les investisseurs d’opérer et elle prélèvera bientôt sa dîme sur la croissance globale. Le recours tous azimuts aux sanctions économiques à visées géopolitiques (Iran, Chine, Russie, Vénézuéla…) y ajoute ses effets déstabilisants. Lors du G7 de Biarritz, les sept – ou, plutôt, les six autres puissances économiques majeures – ont clairement exprimé ce souci. Les disputes commerciales touchent tous les voisins des Etats Unis (le Mexique, mis sous pression ; le Canada traité avec un certain mépris) mais potentiellement aussi l’Europe (les véhicules allemands, les vins français…), laquelle verra, de plus, ses échanges fortement affectés par le Brexit. Déjà l’économie allemande s’essouffle. Comme si cela ne suffisait pas, le Japon, toujours un peu révisionniste aux entournures, attaque sur son voisin coréen en le privant du statut de partenaire privilégié. Partout le protectionnisme, voire l’autarcie, reviennent en vogue et ce, par réflexe nationaliste plus que par angoisse écologique. Pourtant le commerce et même le tourisme ont un rapport étroit avec la stabilité du monde et la Paix (voir l’article du blog sur l’angoisse écologique). Partant de tels prémices, est-il encore décent de faire de la prospective ?

-L’OMC franchit le pas en prédisant une contraction du commerce mondial de quelque 17 %, accompagnée d’un recul du produit intérieur brut mondial d’environ 2 %, si le climat actuel de politisation du commerce devait perdurer jusqu’en 2022. Par pudeur, l’Organisation honnie des Américains omet de mentionner le moyen-terme, selon que la Maison blanche sera républicaine ou démocrate. « Même si aucune monnaie ne semble en mesure de le remplacer comme devise de référence, une moindre prédominance du dollar pourrait laisser place à une régionalisation du système monétaire, qui elle-même aurait des conséquences commerciales profondes ». Récession, insolvabilité du Sud, appauvrissement, flambée populiste, guerres ? Il ne fera pas bon être petit et sans monnaie ni armée forte, dans quelques années.  En attendant, les panels multilatéraux d’arbitrage des différends n‘existeront sans doute plus dès l’an prochain si, comme en menace Washington, le renouvellement de leurs membres, en décembre, devait être bloqué. La nouvelle Commission européenne, composée le 10 septembre, va se trouver face à un défi. Son commissaire au commerce, Phil Hogan, parviendra-t-il à remplir la mission impossible qu’il reçoit de lancer le chantier d’une réforme de l’OMC ? Ou devra-t-il, par réalisme, se rabattre sur un triste ajustement des 27 à la foire d’empoigne générale qui émerge ?

De ce qui précède, vous remarquerez que le « correctif » prescrit pour la mondialisation sombre dans un flou total. Disons qu’il reste à en inventer complètement les recettes. Il y a 20 ans, Hubert Védrine préconisait de « civiliser la mondialisation ». Avec quelques doutes en tête sur l’avenir du « Système », on cherche un avis éclairé sur le thème «Comment endiguer la dé-civilisation du monde» ? A vos plumes !

L’été géopolitique 2019 – N’espérez aucun répit !

La saison estivale laissera le souvenir de la canicule. Pourtant, l’actualité géopolitique n’a pas connu de pause (d’ailleurs, pourquoi ?) ni de baisse de température.  Si on cherche à dégager quelques tendances de fond, on pourra relever l’angoisse montante des Européens à propos du futur de notre monde ‘’invivable ». Elle contraste avec un reste du monde à la fois optimiste et belliqueux, à l’image du président Trump, de Kim Jong-Un ou de Xi Jinping. Ceux-là sont absorbés dans la recherche de gains stratégiques ou commerciaux. La scène géopolitique projette l’image du monde d’hier, sans pôle et « globalisé », glissant dans une logique de blocs antagonistes, sous l’influence de puissances conquérantes. Quelque chose des impérialismes du 19ème S et des alliances de 1914 est de retour dans l’air du temps, partout sur fond de national-populisme souverainiste. Le désordre international ne contribue pas à maintenir les liens entre les nations qu’il s’agisse du commerce, des mouvements humains, de la recherche de la Paix ou du contrôle des armements que celle-ci implique. J’y ajouterais aussi un certain cosmopolitisme des cultures, qui aide à comprendre notre temps. Sur les multiples foyers de crise et de contentieux, le populisme à courte vue ravive les braises. Mais les prises de conscience des problèmes progressent et elles peuvent aussi faire surgir de nouvelles sagesses.

Un regard sévère sur l’avenir, partagé par beaucoup

1 – La Planète finira-t-elle par se délester de l’Humanité ?

Côté ambiance, des scénarii-catastrophes planaient en préambule du G7 de Biarritz, au terme d’un mois de juillet le plus chaud de l’histoire du monde. La Sibérie et l’Amazonie, nos « poumons », se consumaient. Le dernier rapport du GIEC s’inquiétait de l’état très dégradé des terres. Parviendraient-elles à nourrir le surplus de population attendu ou, autre option, à produire les énergies renouvelables tant espérées ? La jeune Greta, 16 ans, parcourait le Nord de la planète en essemant la grève du vendredi dans les collèges et toute une génération de parents s’introspectait fermement : « avons-nous mal fait ? ». Les piques échangées entre E. Macron et J. Bolsonaro à propos de l’Amazonie en flammes ont donné un tour saisissant à cette confrontation. Maltraitance de la Terre due à notre esprit social et libertaire, « consumériste » et incapable de régulation ? Et les catastrophes s’enchaînaient : ouragans (dont le dernier, dévastateur, aux Bahamas), Ebola, séismes, parasites de l’olivier… Stopper le commerce sauvegarderait-t-il l’environnement ? Ce credo quasi-religieux a mobilisé des foules contre le CETA, avant que cet accord ne soit adopté en France, le 23 juillet, épargnant au pauvre Canada d’être traité comme notre pire ennemi. Les pays du Mercosur ont, eux, vu l’accord de libre-échange négocié depuis 19 ans avec l’UE, bloqué d’adoption par la France pour cause de « tromperie brésilienne ». Utiliser les conventions commerciales pour imposer des conditions écologiques (fidélité à l’accord de Paris – COP-21) ou couper les ponts et opter pour l’autarcie, le débat tend vers la caricature.

2 – Le délire américain, entre Grand-Guignol et avant-goût d’apocalypse

Le côté le plus délirant de la scène mondiale porte un nom : Trump. Le président américain a été à l’initiative contre tout ce qui pourrait nous assurer un avenir relativement protecteur. Si l’OMC existe encore formellement, il a désintégré tous les codes du commerce international, au profit exclusif de « l’arme du rapport de force ». Voisins, alliés comme concurrents se sont pris des taxes pour leur grade (même notre bon vin est ciblé), mais c’est encore, en direction de la Chine et de l’Iran que ces offensives ont été les plus agressives, souvent à la limite du blocus (Iran) ou de l’étouffoir (Chine). Au point que beaucoup s’interrogent sur leurs effets récessifs potentiels, voire sur une dérive militaire dans la gestion des crises : tentative avortée de bombardement par drones sur l’Iran, manœuvres de confiscation de bâtiments de commerce répondant à des sabotages, resserrement des interdictions bancaires et, concernant la Chine, livraison d’armes à Taiwan et même menace de « couler » la place financière de Hongkong ! En revanche, le Groenland plaît à Donald et il propose de l’acheter, au grand effarement des autorités tutélaires, au Danemark. Pour se constituer un arsenal contre la Chine, le 2 août, il jette aux orties le traité INF bannissant les missiles nucléaires de 500 à 5000 km de portée, qui protégeait l’Europe du péril atomique. Sous une pluie d’essais balistiques nord-coréens, il affirme sans fard que « tout va bien avec (son) ami Kim ». Dans la même veine, après un an de négociation secrète avec les Talibans, il congédie ceux-ci à leur arrivée à Camp David et décide de laisser pourrir le conflit d’Afghanistan, dont l’issue dans l’honneur est, pour le coup, un vrai casse-tête. Qu’importe ! Sur le « front électoral », primordial à ses yeux, le milliardaire manie l’insulte raciste contre des élues du Congrès (« retournez d’où vous venez ! »), la soumission des migrants latinos – même, les enfants – à de mauvais traitements, les diktats à ses industriels pour qu’ils désinvestissent en Chine ou fabriquent des véhicules polluants, etc.

3 – Le nationalisme obtus, plus contagieux qu’Ebola

La xénophobie, le protectionnisme et le nationalisme ne sont pas l’apanage d’un seul pays et l’été 2019 a illustré une propension croissante à la création de conflits, dans d’autres régions du monde. Bien qu’e principe pacifique, la grande offensive de Pékin sur les nouvelles routes de la Soie fait peur, tout en créant des opportunités. Les pays africains ont été particulièrement ciblés par cette invite à sortir du système multilatéral pour prospérer dans l’orbite chinoise. Certains laissent percevoir de la prudence, à l’image des états européens, exception faite de la Grèce, de l’Italie et de l’Europe centrale. Quelques jours après avoir célébré, au château de Chantilly, son partenariat stratégique avec la France, l’Indien Narendra Modi met fin brutalement à l’autonomie du Jammu-Cachemire, ce territoire musulman revendiqué par le Pakistan depuis la partition de 1947 et dont la population se retrouve en quasi-rétention. Islamabad ne manquera pas de riposter par le biais des groupes d’insurgés soutenus à distance. La Birmanie achève de barricader au Bangladesh ses Rohingyas. L’ASEAN, prudente, maintient un fer au feu avec la Chine et l’autre avec les Etats Unis (manœuvres communes). Mais le clash de valeurs le plus spectaculaire concerne Hongkong, dont la population est en ébullition depuis février contre la « mainmise continentale » (de Pékin) sur la vie politique locale. Centré initialement sur une volonté unanime de résistance à un projet de loi liberticide (possible déportation des suspects vers la justice communiste), l’indignation s’est mue en dénonciation des ingérences du PC chinois mennaçant les garanties d’autonomie complète (un pays – deux systèmes) accordées pour 50 ans lors de la dévolution du territoire à la Chine, en 1997. En réponse à la brutalité montante de la police et à la surdité politique du gouvernement hongkongais (qui confirme son inféodation à Pékin), la tension monte, avec son cortège de violences, à l’approche du 1er octobre, la date célébrant le 70ème anniversaire de la fondation de la RPC, à l’occasion de laquelle les dirigeants du PCC ne peuvent se permettre de perdre la face. Or, Hongkong est le poumon financier de la Chine et son plus grand port….

4 – Vers une guerre entre les USA et l’Iran ?

Sur arrière-plan de confrontation entre sunnites et chiites, des deux côtés, on s’y est préparé. Washington, en sortant de l’accord nucléaire de Vienne de 2015, seule piste praticable pour calmer le jeu de la prolifération nucléaire (et balistique), sans perte de face … mais aussi, en sanctionnant personnellement les dirigeants iraniens (confiscation des comptes bancaires) et, surtout, en bloquant tout commerce avec Téhéran en vertu de la « loi du dollar », qui bannit l’usage de cette devise pour toute transaction. Les Européens ont bien tenté, par le mécanisme de troc INSTEX de desserrer un peu le collet mais leurs entreprises, très respectueuses du Trésor américain, n’ont pas suivi. En pleine bataille d’arraisonnement de pétroliers et de tir de drones dans le golfe d’Ormuz, un ultimatum a été lancé aux Européens par le président Rohani : rétablir le commerce sous 60 jours. Le délai passé, les mollahs en viennent à se désengager par étapes de leurs obligations aux termes de l’accord nucléaire : les centrifugeuses tournent à nouveau à plein. Un peu plus au Sud du Golfe, au Yémen, la population continue de subir les bombardements aériens saoudiens et les chars emirati, avec, dans les deux cas, la très probable utilisation d’armes françaises, car, faute d’être sunnite, l’industrie de défense du Pays de Voltaire se montre foncièrement anti-chiite. La confusion règne entre alliés arabes opposés aux Houtis chiites : Riyad veut punir, nettoyer et réinstaller le président Radhi, « dégagé » par la population. Abu Dhabi cherche à s’octroyer une emprise sur le terrain, au Sud, en s’appuyant sur des milices indépendantistes ou autres. Les deux capitales laissent Daech et Al Qaeda prospérer. Rien de sérieux à signaler sur la Syrie : Idlib, une province de 3, 5 millions d’habitants – surtout des déplacés de guerre – est soumise par les troupes de Damas et l’aviation russe à blocus et à un déluge continu de bombes, mais les démocraties d’Occident ne s’en préoccupent guère. Accessoirement, la Turquie menace d’ouvrir – en direction de l’Europe – les vannes des quelque trois millions de réfugiés syriens sur son territoire, si on ne laisse pas son armée constituer, en Syrie, un glacis de 30 à 40 km de profondeur, tout au long de sa frontière sud (de peuplement kurde). L’entité autonome kurde YPG, qui a libéré la population des bandes de Daech, avec des appuis aériens occidentaux, est clairement en ligne de mire. A l’approche d’élections qui seront difficiles pour B. Netanyahou, Israël envoie aussi son aviation bombarder, en Syrie – mais aussi en Iraq et au Liban – tout ce que l’Iran compte comme éléments armés et associés dans la Région. Il est vrai que l’axe de pénétration que Téhéran tisse patiemment jusqu’à la Méditerranée constitue une vraie menace pour l’Etat hébreu. La prétention d’annexer un tiers de la Cisjordanie vise, elle, à plaire à la majorité de l’électorat, farouchement opposée à une paix en Palestine.

5 – En Afrique, un face à face stoïque de la bonne et de la mauvaise gouvernance

– Dans ce tableau général d’une « Asie qui brûle », l’Afrique s’en tire-t-elle mieux ? Comme les étudiants Hongkongais, les jeunesses du Soudan, d’Algérie et de Tunisie expriment une volonté exemplaire de refuser l’injustice et l’oppression des grands dirigeants corrompus. A Khartoum, au lendemain d’un Tiananmen sanglant le 3 juillet, les militaires – qui ont renversé le général Al Bechir – se sont ressaisis et ont fini par accepter une transition vers la démocratie de trois ans, partagée entre eux-mêmes et la société civile. L’Ethiopie a exercé ses bons offices. Une belle victoire, quoi que très fragile. En Algérie, l’après Bouteflika s’annonce sous des auspices comparables, : la population et la jeunesse en particulier ont manifesté leur ferveur démocratique et leur attachement aux libertés sans être contrés par les Islamistes, la corruption est sanctionnée, une transition est annoncée mais l’arrestation de certains démocrates et l’autoritarisme du Chef d’Etat-major, actuellement aux mannettes rend circonspect. En Tunisie, la classe politique a bien réagi à la disparition du président Beji Caïd Essebsi, un grand acteur de la révolution démocratique. On peut gager que le modèle tunisien, unique au sein du monde arabe, est en train de prendre racine. La prédiction inspire de l’optimisme, en même temps qu’elle illustre le rêve éternel de liberté et de dignité, qui n’a pas perdu son attrait, du fait de l’urgence climatique.

– Ailleurs, sur le continent noir : expansion inquiétante des zones d’exactions jihadistes à travers le Sahel et l’Afrique centrale (où les attentats jihadistes se multiplient aussi), pandémie d’Ebola qui s’étend, forêts tropicales qui partent en fumée, nouvelle vague de violences xénophobes dans les townships d’Afrique du Sud, départ de centaines de milliers de candidats à la traversée vers l’Europe, promis à des supplices en Libye ou à se noyer en Méditerranée, à portée de navires européens désormais interdits de tout secours en mer. Matteo Salvini n’aura constitué que la partie émergée, très visible, de cet iceberg d’hostilité et de déni du droit humanitaire.

– A courte portée de la Tunisie démocratique, l’anarchie libyenne fait tache. Après avoir bénéficié de soutiens militaires français, le « maréchal » Haftar met la région de Tripoli sous siège et à feu et à sang. Les milices s’en donnent à cœur joie : exactions économiques, pillages, torture et racket des exilés subsahariens (bombardés jusque dans les centres d’hébergement), tandis que l’Europe continue sa distribution de subsides à qui voudra bien endiguer le flux des Africains. Là aussi, le chaos général bénéficie aux mouvements jihadistes qui prospèrent là où les Etats dysfonctionnent ou n’existent plus.

6 – L’Europe, cahin-caha, sur une pente glissant vers l’insignifiance

Certes, tout n’a pas empiré sur le Vieux Continent. La France a eu le mérite de tenter une discrète opération pour désamorcer la bombe américano-iranienne, mais elle n‘avait pas le poids requis. Elle occupe le haut du pavé climatique et environnemental tout en ayant perdu beaucoup de son poids géopolitique, scientifique et humanitaire ou moral. Paris a occupé, pendant l’été, une place d’importance compte tenu des difficultés intérieures qui affectaient ses partenaires européens et de l’ambiance prévalente de repli sur soi. Sa diplomatie s’efforce à rééquilibrer la relation avec la Russie et à recréer, avec le « président-ennemi de tous les régimes libéraux », des éléments de convergence et de complémentarité (d’où la visite de V. Poutine au fort de Brégançon, avant le G 7). Elle espère que, ce faisant, l’Europe et la Russie pourront prévenir le risque de se voir éclipsées par le nouveau duopole sino-américain. L’idée de sauver, au passage, quelques lambeaux de l’ordre multilatéral, qui gageait la Paix, n‘est pas absente du raisonnement, même si, pratiquement, on ne peut aller loin sans l’aval des autres. Ce nouvel état d’esprit, auquel Poutine se prête pour le moment (qu’aurait-il à y perdre ?), favorise la recherche d’une solution en Ukraine. L’élection à Kiev d’un nouveau président, plus pragmatique y contribue positivement et, ainsi, des échanges de prisonniers ont été amorcés. On parle un peu du Moyen-Orient, où les deux grands acteurs sont empêtrés et pourraient vouloir conclure sur un plan politique. Reste le déploiement en cours de missiles nucléaires ciblés sur les villes européennes. Décidé en juillet, il ne favorisera pas la confiance.

– Le choc qui disqualifiera l’Europe a pour nom « Brexit ». Lancé par le referendum de juin 2016, sur fond de fureur populiste à l’égard des institutions de Bruxelles et des Européens de l’Est, jugés envahissants, le divorce d’avec le continent était devenu la quadrature du cercle sous T. May. Toutes les options étaient bloquées. Après que ses inspirateurs se sont emparés des leviers du Royaume, Boris Johnson en tête de proue, un bras de fer hargneux s’en est suivi avec le Parlement de Westminster. Ce dernier a infligé, à l’ancien maire de Londres, une belle brassée de camouflets, récusant son projet de « hard Brexit », sans accord avec l’UE, impérativement au 31 octobre (six motions sur six votées contre lui). N’en doutons pas, la suite de cette féroce bagarre fera les bons feuilletons de l’automne, mais elle achèvera aussi de projeter, à travers le monde, l’image d’une Europe en déclin et peut-être même en décomposition. Certes, c’est exagéré. Sans doute, les Etats Unis – si Trump est réélu fin-2020 -, les légions de hackers du Kremlin, Facebook et les investisseurs « routes de la soie » sauront profiter de l’aubaine. Pourtant, l’Union a plutôt bien tenu le coup face aux coups de boutoir britanniques. A la date de la rupture annoncée (aussi, celle célébrant Halloween), elle mettra en place une nouvelle équipe dirigeante, présidée – pour ce qui est de la Commission – par U. van der Leyen, ancienne ministre de la défense d’Allemagne, réputée avoir l’esprit géopolitique. Autre acquis immédiat : le reflux des personnalités populistes. En Italie, M. Salvini est tombé, après avoir essayé d’accaparer le pouvoir par la voie plébiscitaire. Le piège s’est refermé sur lui et Rome devrait retrouver, pour un temps, le chemin de Bruxelles. En Hongrie, en République tchèque (où elle a chassé un premier ministre corrompu), en Pologne, à un moindre degré, des oppositions se font entendre plus fort face aux dirigeants autoritaires. Irait-on jusqu’à espérer, si les attentats poursuivent leur déclin actuel, que les questions bien réelles concernant les nouvelles migrations, le climat, la défense et le « soft power » de l’Europe, la sécurité financière, la sécurité numérique, le développement durable, l’avenir de nos libertés, etc. soient saisies à bras le corps par une Europe suffisamment unie pour aller de l’avant. Rendez-vous au début-2020 !

Rapport du Haut Conseil pour le climat : un aperçu de notre avenir

En plein cœur de la crise des gilets jaunes, après avoir écouté les suggestions et demandes de think tank et organisations français, le Président de la République a installé le 27 novembre 2018 un conseil d’experts chargé d’apporter un éclairage indépendant sur la politique du gouvernement en matière de climat. Ce Haut Conseil pour le Climat (HCC) a été officiellement créé par décret le 14 mai 2019, et a rendu, le 25 juin, son premier rapport au gouvernement Agir en cohérence avec les ambitions. Ce texte, conforme au dernier rapport du GIEC est assez décoiffant.  Il appel, ainsi, à des ruptures économiques, sociales, culturelles, techniques pour  se donner les moyens d’atteindre l’objectif climatique fixé par les Nations à la COP-15 de Copenhague: ne pas dépasser 2°C d’élévation de la température planétaire relativement à période pré-industrielle.

Les carottes bretonnes sont des puits de carbone !

 

Le rapport concerne les objectifs de neutralité carbone en 2050, portés par la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC). Ces conclusions sont sans appel : « La France n’est pas sur une trajectoire compatible avec ses engagements ». Les experts expliquent que l’objectif de neutralité carbone en 2050 est techniquement réalisable mais implique une transformation profonde de l’économie et de la société. Pour cela, ils donnent plusieurs grandes lignes à suivre :

1 Assurer la compatibilité des lois et grands projets nationaux structurants avec la Stratégie Nationale Bas Carbone. Soumettre toute initiative à un budget carbone annuel.

2 Renforcer les instruments des politiques climatiques (taxes, quota, subventions…). L’empreinte carbone des Français a augmenté de 20 % en 20 ans. La désindustrialisation en est une cause majeure, si on comptabilise le CO2 lié aux importations, déjà plus important que le CO2  »domestique » 6,6 t par habitant sur 11 t au total ). La politique de relocalisation en France des unités de production s’impose. De même, l’électrification des transports, de l’industrie et de l’agriculture via le recours aux énergies nouvelles, qui nécessite, en pré-requis la création de vastes réseaux d’infrastructures de production et de distribution d’énergie. En sens inverse, cessation de toute subvention aux énergies carbonées.

3 – Identifier et mettre en place les changements structurels nécessaires pour préparer l’économie et la société française à la neutralité carbone (agriculture, urbanisme, aménagement du territoire, éducation). Préserver les puits de carbone.

4 – Assurer une transition juste. La sobriété consumériste doit être engagée au niveau des classes fortunées, les plus engagées dans l’hyper-consommation et l’effet d’imitation autour d’elles. La transition n’est efficace qu’à partir d’une réduction des inégalités. Partage de l’effort de l’Etat avec les entreprises, les contribuables, les collectivités, l’UE.

  1. Articuler la Stratégie Nationale Bas Carbone à toutes les échelles : niveaux de revenu et de protection sociale, disparités géographiques, entreprises et particuliers, dans un souci d’équité.
  2. Evaluer systématiquement l’impact en émissions de gaz à effet de serre des politiques et mesures, dès l’amont mais aussi en aval.
  3. Renforcer le projet de Stratégie Nationale Bas Carbone révisé, en tenant compte des échanges et des transports internationaux

Si la France veut atteindre ces objectifs de neutralité carbone en 2050, elle doit donc engager une série de transformations socio-économiques et structurelles majeures. La politique climatique doit dépasser son format sectoriel : chaque loi et projet doivent être discutés sous le spectre de la Stratégie Nationale Bas Carbone, qui doit être inscrite dans la loi afin de devenir contraignante. C’est de la bonne architecture de ce dispositif, du réglage au bon niveau d’incitation ou de contrainte de chaque instrument, de leur évolution dans le temps,
de leur compatibilité avec des objectifs de justice sociale et de transparence que dépendra le succès de la lutte contre le changement climatique.

(sources diverses : HCC – Ecrits de Mme Corinne Le Quéré – Pacte Finance-Climat)

ours polaires sur un iceberg

source : overblog (deux cousins de l’Ours, gênés aux entournures)

Le protectionnisme supplantera-t-il le libre-échange, à la faveur de l’angoisse climatique ?

Colère populaire contre l’accord de libre-échange conclu avec le Mercosur, en marge du G 20 d’Osaka. Citoyens vent-debout contre l’approbation gouvernementale du Traité CETA, libéralisant les échanges avec le Canada (et soumis à ratification parlementaire, le 17 juillet). Bouderie unanime à l’égard du récent Traité de même nature passé avec le Japon. Méfiance extrême envers les négociations entamées avec Singapour et la Thaïlande… le libre échange a franchement mauvaise presse dans notre pays.

Ours poussant son charriot

Le libre-échange, un ogre hors-sol qui dévore la planète 

– Ses détracteurs avancent des d’arguments à la fois pertinents et un peu trop auto-centrés : le libre-échange (en fait l’ensemble du commerce entre les nations) détruit les normes écologiques et sociales. Il enrichit les multinationales et trompe les attentes des consommateurs. Il hypertrophie l’usage des transports ‘’sales’’ comme le bateau et l’avion et génère des empreintes carbone qui polluent l’atmosphère. Il cautionne les politiques – souvent mauvaises – de dirigeants « exotiques » qui attisent notre méfiance. Ce refus instinctif est le credo commun des deux extrêmes du spectre politique. Ainsi, Donald Trump se montre monstrueusement agressif à l’égard des produits étrangers qui rentrent aux Etats-Unis, au point de systématiser le chantage aux taxes et les listes noires. Marine Le Pen ne parle plus trop de « préférence nationale » mais en défend toujours l’idée, mordicus. L’extrême gauche, insoumise ou trotskiste, se retrouve dans cette mouvance isolationniste, qui conduit toujours à privilégier le rapport de force et à court-circuiter les préalables de paix et de dialogue. Beaucoup d’entre nous, se rangent à cette opinion, sans trop savoir pourquoi. C’est « l’air du temps », voilà tout !.

– Même quand un produit importé est tenu de satisfaire nos normes phytosanitaires, médicales, nutritionnelles, sécuritaires ou écologique – et ceci, contrôle à l’appui – on n’empêchera jamais le consommateur patriote, aiguillonné par les professionnels du secteur, de penser que le bœuf canadien ou brésilien reste aux hormones et aux antibiotiques ou que les fleurs de l’Amazonie sont cultivées sur des terres déboisées, arrachées aux Indiens et parsemées de pistes pour avions gros-porteurs polluants. Méfiance ! Nous sommes excellents dans la citation de motifs pour rejeter les intrus dangereux. Nous  nous exprimons moins sur les « dégâts collatéraux » provoqués par nos propres exportations, et sur le tort qu’elles causent à autrui. Même lorsqu’il s’agit d’armes françaises, exportées pour être employées contre des populations civiles, dans des conflits qui nous échappent, il n’y a qu’une petite minorité de citoyens à s’en offusquer. Combien de nos farouches isolationnistes à l’importation sont également opposés à nos exportations d’armement ?

Les gestionnaires mondialistes, dépourvus d’âmes (CO2, mon amour…)

L’apologie du libre-échange pour le libre échange est, elle, égoïste et outrancière. Les deux premiers projets d’accord cités remontent à presque deux décennies, un indice de ce que la balance des avantages et des inconvénients a évolué. Au fil des remises en cause de nos écosystèmes physique et mental issus du XXème siècle, la perception des précautions indispensables pour prévenir une dérive du commerce mondial a nécessairement changé. Ainsi, la spécialisation internationale du travail, ressort classique de la compétitivité, n’est plus acceptée :  elle est, au mieux, subie comme inhérente au ‘’système’’. Mais le « système » a mauvaise mine, dorénavant. Les délocalisations ont traumatisé les Français. Non qu’elles s’avèrent toutes nuisibles, notamment, lorsqu’elles ouvrent à nos entreprises de nouveaux marchés en associant leur base sociale française à cette expansion.

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Biodiversité : rien à carrer des pandas !

Fanny Agostini (merci, Fanny !)
L’Ours a  »liké » à donf !

C’est une opportunité qui ne se présente pas deux fois : il m’est donné la chance de visiter la zoothèque secrète du Muséum d’Histoire Naturelle de Paris. Dans les soubassements du musée, à l’abri des regards, j’arpente les allées d’un coffre fort méconnu du grand public.

La collection parisienne renferme des milliers de spécimens naturalisés dont certains sont des holotypes (spécimens ayant permis de décrire l’espèce) datant du dix-septième siècle. Entre les panthères d’Anatolie, les tamanoirs d’Amérique du Sud et les paradisiers de Nouvelle-Guinée, je me prends pour une darwinette du 21ème siècle à la rencontre d’un patrimoine naturel aussitôt découvert aussitôt perdu.

Oui, parce que nous sommes actuellement en crise… une de plus me direz-vous ! Non, non celle-ci c’est bien l’ultime, la crise du vivant ou la sixième extinction de masse – comme vous préférez. Celle qui par notre négligence risque de nous emporter avec elle tel un fossoyeur fossoyé. Tous les animaux que je vois immobiles, immortalisés par l’habileté des taxidermistes, ne sont en fait pas immortels du tout. .. Pour beaucoup d’entre eux, c’est déjà trop tard, ils ont été rayés de la surface de la terre.
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Sciences : tenir compte du décalage astrologique


L’Ourson Géo ayant bien lorgné dans sa lunette, est au regret de vous faire savoir que les dates régissant les signes du Zodiac sous lequel vous êtes né ne correspondent plus à l’éphéméride zodiacale actuelle, ce, depuis plusieurs siècles. Si, par exemple, vous vous croyez Gémeaux, erreur: vous êtes en fait Taureau !
Les signes zodiacaux ont été déduits des constellations traversées par le soleil, selon une trajectoire circulaire qu’on a appelé « Zodiac ». Vers le Vème siècle avant J-C, la répartition de l’année en 12 secteurs couvrant chacun 30° d’arc sur l’écliptique de la voûte céleste a ordonné une classification en 12 signes du Zodiac. Tous les astrologues l’ont prise comme postulat pérenne, pour prédire notre avenir. Lire la suite

Le retour du « J’ai dit » : Géo-la-science

Le Yéti est un ours plus humain que l’Homme

Le Yéti n’a rien d’abominable – c’était un ours !
Une nouvelle analyse de reliques de la créature mythique du Tibet et de l’Himalaya montre une noble ascendance ursidée (Le Monde du 29-11-2017)

Salut à tous ! Je suis rentré au blog, après un long périple, depuis les Rockies jusqu’aux Pyrénées. Le préfet de Pau m’a même consigné dans un tronc d’arbre, parce que, soit disant, « quelqu’un aurait pu mettre un engin explosif dans ce gros ours en peluche » (je ne suis même pas gros, mais honnêtement nourri, nuance!). J’ai rencontré un tas de copains à fourrure, chemin faisant. Tiens, parlons de mon abominable pote tibétain des neiges, le Yéti. Il est très admiré par les amateurs de cryptozoologie et le Monde en a parlé avec respect (article d’avant-hier). En 2014, l’analyse de ses poils a démontré qu’il avait pour origine une espèce hybride d’ours polaire et d’ours brun. Des prélèvements supposés venir de Bigfoot, l’équivalent américain du Yéti (mais avec un accent texan pas distingué) ont fait apparaître des traces génétiques de raton laveur, d’humanoïde, de vache et très très peu, vraiment presque rien d’ours noir : fichu « melting pot » américain !

L’auteur a analysé les ADN soigneusement conservés dans un pot de miel : douze échantillons d’ours asiatiques et neuf de yétis. J’ai constaté que tous renvoient à des espèces nobles d’ursidés. Le fémur sur lequel il a travaillé (photo : fémur de Yeti GEOscoop2018) ne permet aucun doute, à cet égard. L’analyse génétique révèle ainsi toute la magnificence du grand ours brun tibétain. La légende est donc vérifiée scien-ti-fi-que-ment. Yeah, T !

A part ça, l’ourson serai assez content d’être de retour à temps pour les marchés de Noël, quand il fait un peu moins chaud. Il semble que mon humain ait bossé la géopolitique – non sans peine – pendant ma vadrouille. « Comme vous, je ne lis jamais sa prose, trop longue et trop concentrée. Mais il faut que vous sachiez qu’elle ne m’engage pas, moi. Quand je tiens la plume ou défonce le clavier, je le fais savoir ».

Vous voudriez tout savoir sur Noël, n’est-ce pas ?
Et bien voilà : Au VIe siècle, le moinillon Denis le Petit, un historien, entretenait un doute sur le calendrier grégorien. Pour régler sa clepsydre aux petits oignons, il rechercha quand exactement le temps de notre ère avait commencé. Pour lui, c’était l’année où Jésus était né. Après de savants calculs, Denis le Petit en a fixé l’origine en l’an 1. On a alors décalé d’une année la liturgie des églises et les programmes télé. Aujourd’hui on pense que le moine a fait une petite erreur de calcul, et qu’en fait, Jésus a dû naître 6 ou 7 ans avant sa naissance.

Quant au 25 décembre, il a été choisi dès le IVe siècle. De nombreuses fêtes populaires étaient célébrées en décembre, au moment du solstice d’hiver. Sapiens était dans la stupide idée de conjurer le froid et la nuit. A Rome, du 17 au 24 décembre, on fêtait ainsi les Saturnales, en l’honneur de Saturne, le dieu des semailles et de la fertilité. En Orient, le culte de Mithra, divinité de la lumière, voulait que l’on sacrifiât, le 25 décembre, un jeune taureau, pour célébrer la naissance du dieu solaire. Au Tibet, c’était les ursinales. Et l’on trouve des traces de fêtes similaires chez les Teutons, les Celtes et les Vikings. Le jour du solstice d’hiver si, en effet, l’on entre véritablement dans l’hiver, c’est aussi le moment où les jours commencent à rallonger, le soleil renaît… « Et comme l’ours de la crèche, mes ancêtres ont toujours aimé célébrer ça. Moi,aussi »!

Comment la débâcle de la banquise flingue le climat (et inversement)

Banquise et éléments géophysiques de l'Arctique - Pascal Orcier 2015

Banquise et éléments géophysiques de l’Arctique – Pascal Orcier

Réchauffement ou changement climatique voire « syndrôme de la météo folle » : comment un cycle funeste s’est-il enclenché aux pôles planétaires et pourquoi pourrait-il nous être fatal dans quelques générations à peine ? Chacun a sa représentation mentale du thriller polaro-climatique, souvent, approximative : l’ours blanc, naufragé dépité, dérivant sur son petit morceau d’iceberg… Justement, « Arctos » signifiant « ours », en grec, l’Arctique est étymologiquement et fondamentalement « oursien ». Lire la suite

Recycler : est-ce vraiment efficace ?

L’économie circulaire peut mener en bateau…

L’ourson a glané une chronique intéressante, quelque part dans le grand Nord-Ouest, vers le Lac du Poisson. C’est Philippe qui la lui a confiée. Si vous croyez en l’économie circulaire à l’échelle planétaire, et bien, vous avez tout faux !
* * * *

Alors que nous sommes de plus en plus nombreux à trier nos déchets et à les amener dans un centre de recyclage, savons-nous ce qu’ils deviennent par la suite? Est-ce vraiment un bon geste pour l’environnement?

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Survire à la conflagration

Décidément, l’Ourson Géo abuse des titres ésotériques et inquiétants…
Vous souvenez-vous d’ « Ali le Chimique », ce fidèle serviteur de Saddam Hussein ? Les Allemands (groupe chimique BASF) n’étaient pas finots, en 1988, de lui avoir vendu certains précurseurs chimiques qui lui ont servi à gazer à mort plusieurs milliers de Kurdes, à Halabja, de même que certaines populations chiites du Sud, en diverses occasions.

– Mais, passons vite au nucléaire. Qui donc a donné l’arme nucléaire – officieuse – à Israël ? On dira Guy Mollet, pour ne pas pointer « le gouvernement de la France ». En effet, l’Hexagone est un membre actif et respecté du Nuclear Supplyers Group (NSG), lequel assure le contrôle le plus strict sur ce type d’exportation high-tech, précisément, pour empêcher toute prolifération vers le secteur militaire. Que dire alors, en Irak, de l’épisode « Osirak » qui vit, en juin 1981, un réacteur nucléaire tout neuf, de technologie française, bombardé et détruit (ouf !), par les avions Israéliens : il vaut mieux se faire platement oublier sur ce coup-là, tant le pays natal n’a franchement pas été clair.

Il y a toujours pire, certes, tel le cas de ce M. Abdul Khader Khan, père de la Bombe pakistanaise (1998). Ce retraité du nucléaire devint, dans les décennies suivantes, tenancier d’une superette H (bradant la bombe H). Une réduction de 20 % était consentie quand la charge militaire n’était plus de toute première fraîcheur mais toujours « consommable ». Le brave homme, héros national adulé, avait vendu à Mouammar Kadhafi, à Kim Il-Sung et à quelques autres la « mort en fusion », en kit, avec missiles, avec rabais. Comme Saddam Hussein, Kadhafi a rendu ses jouets, peu avant de se faire repérer par l’armée de l’air française en octobre 2011, puis « débiter » au sol, en fines lamelles, comme on sait.

– Entre-temps, Kim, fils et successeur de Kim, lui-même fils et successeur du Kim précédent, avait appris la leçon du possesseur d’arsenal: ne jamais mollir ! On s’attend à tout moment à ce qu’il teste sa 6 ème bombe expérimentale, en même temps qu’il essaime dans l’azur, par grappes de cinq ou six, ses lanceurs Taepo-dong, à même de livrer « la charge » sur Guam, Hawaï ou sur la Californie, sans négliger la Corée du Sud et le Japon « ennemis ». La 7ème ogive restera-t-elle sagement stockée dans un silo, avant que le Dieu vivant, Kim Jong-Un, n’enfonce négligemment le bouton, dans un moment de susceptibilité ?

– Le super-marché pakistanais détient l’arsenal indiqué pour vitrifier l’Inde et une bonne moitié de notre planète. Mais il se montre bien plus sage et courtois, en ne nous menaçant pas, matin, midi et soir de vitrification collective. Ne parlons pas de l’Inde, nucléarisée par « contournement du droit », mais tellement respectable, par ailleurs, qu’il serait indécent de le lui rappeler.

– Respect à part, on craindrait plus les arrières-pensées de l’Arabie Saoudite, absorbée comme elle l’est dans une lutte à mort, contre l’Iran, pour la domination de la région et de sa branche de l’Islam. Riyad compte beaucoup sur le petit frère pakistanais pour faire donner la  »bombe islamique » (sunnite), face à celle des ayatollahs (chiites). Cette dernière n’est peut-être pas encore opérante, mais Téhéran pourrait achever de la bricoler en quelques mois, au cas où… En attendant, l’une et l’autre capitales ne répugneraient pas à traiter chimiquement les perturbateurs qui les gênent : houthis du Yémen, s’agissant du Roi Salman; Armée libre syrienne et tout ce qui gravite autour, pour les pasdarans iraniens. Une somme de déflagrations à anticiper… pas loin de nous autres.

– Mais, j’oubliais : la Turquie, ex-démocratie « boostée » en califat, aux prises avec tous ses voisins, surtout avec les ethnies non-turques ou non-sunnites, cèdera-t-elle, à son tour, à la tentation d’utiliser des armes interdites contre tous ces importuns ? Le Sultan, dont l’autorité confine au divin, ne plaisante jamais avec ses voisins. Imaginons que, par inadvertance, le Syrien Bachar l’irrite au moyen de quelques aérosols de V-X ou de sarin. Il est plus que probable qu’en retour, Damas se prendrait prestement quelque volée d’ogives sur le nez. De quoi amener les armées américaine et russe, guerroyant sur le sol de ce malheureux pays, à se frotter l’une à l’autre assez méchamment. Après un ou deux porte-avions coulé(s), d’un côté (un nouveau Pearl Harbor !), et une ou deux bases militaires – dont Tartous – réduite(s) en cendres, de l’autre (cynique agression occidentale !), l’OTAN – tremblotante – appelée à la rescousse, la Chine pariant sur le pire et bloquant à cette fin le Conseil de Sécurité, Poutine blessé au tréfonds de son machisme géostratégique, Trump savourant, par avance, une « victoire totale, par l’assèchement du marigot moyen-oriental » (bon pour sa réélection, en 2020), les Européens terrés au fond de leurs caves à vin et en proie à une méchante déprime… où irait-on ? L’Ourson Géo se refuse à en dire plus car, en toutes circonstances, l’espoir doit persister.

Après quelques « échanges » de mauvaises substances, quelle ampleur pourrait atteindre la fuite effrénée, vers notre Europe – intacte – des exilés, désespérés, gazés, vitrifiés et torturés de tous horizons ? Réponse : des millions ¤, des dizaines de millions ¤, des centaines de millions ¤, des milliards ¤ ? (prière de cocher la case appropriée, pour édifier l’Ourson)…

– En fait, chers amis, les armes de destruction massive (ADM) – nucléaires – chimiques – biologiques – machines-outils et réacteurs biochimiques conçus pour (re)produire ces armes hors-la-loi – forment une seule et même famille abominable. Pour cette raison, dans la doctrine de la France, une agression chimique ou biologique de grande intensité appellerait une riposte nucléaire immédiate. L’inverse est tout aussi possible, dans le mode opératoire d’autres pays. Signalons que, sous parrainage russe et après avoir déjà – oh combien ! – pêché, le régime syrien s’est, depuis 2013, « volontairement » et officiellement rangé des brancards, dépouillé de ses armes interdites, détruites en se plaçant sous l’autorité du Traité d’interdiction contrôlé depuis La Haye. Petit mensonge,… ou grand crime potentiel contre l’humanité ?

Plus de 25 pays de par le monde, sur au moins trois continents, ont atteint le « seuil » nucléaire,, ce qui leur permettrait de détruire totalement un adversaire et sa population, dès une première frappe unique, en misant sur l’effet de surprise. Quant au nombre de pays dotés d’un arsenal chimico-biologique – les « armes nucléaires du pauvre », strictement prohibées par les Traités – il est certainement bien plus élevé. Pour tout aggraver, en matière d’ADM, les pays et les groupes armés vont généralement par binômes, déchirés par des haines séculaires.

– A Khan Cheikhoun, Bachar al Assad vient encore de gazer un village de sa propre population : quelques combattants, beaucoup de civils dont des femmes, des vieux et des enfants. Certains observateurs – très naïfs ou mal informés – clament « en quoi ces morts du fait d’armes chimiques devraient nous émouvoir plus que ceux, plus nombreux, victimes de balles, de couteaux, de bombes ou de la torture ? ». Et les mêmes de ruminer : « que fait donc la communauté internationale !? ». RIP.

La réponse se trouve dans les précédents paragraphes (relecture possible, si vous vous étiez assoupi). La morale comme la voix de notre conscience dénoncent ces morts atroces comme pareillement insupportables. Mais, en outre, se joue la question de la survie de l’humanité. Celle-ci nous impose de ne pas nous aventurer, même « innocemment », dans la spirale incontrôlable des armes de destruction massive. Ce serait un cercle vicieux sans fin, jusqu’à l’extinction d’Homo sapiens de la surface du Globe.

Sous nos yeux : les Syriens. Par-delà : la population terrienne dans son ensemble, exposée à l’enchaînement des déflagrations en une immense conflagration. En termes seulement quantitatifs, un tel emballement évoque une vertigineuse montée des destructions, un génocide à acteurs multiples ! Ceci justifie amplement que soit tracée, dans l’ordre universel, une ligne rouge et surtout pour qu’on s’y tienne. On attend des citoyens conscients d’un tel enjeu une forte détermination à réagir, en exigeant fermement que le droit prévale et par la force bien ajustée, si nécessaire. Pour s’y préparer, chacun devrait s’endurcir mentalement, comme on le fait déjà par rapport au risque terroriste « classique ». Entrevoir l’impensable et le décortiquer contribue à le prévenir et à l’éviter, sans se laisser intoxiquer par les partis-pris du moment et par les justifications partisanes. La vigilance mise au service du droit pour la survie des humains commence par un œil exigeant, braqué sur la complexité du monde, averti et qui cherche à voir loin.

Alertez les collapsologues !

– Moi : « impossible de le désincruster du fond de sa tanière ! Depuis le 20 janvier et l’investiture de l’autre Ubu-Roi américain, il s’y terre en me tournant le dos, il grogne sourdement et horriblement et il ne veut plus voir personne. Depuis ce jour maudit, je m’interdis de prononcer le nom de  »Donald » et pour rien au monde ne ferais non plus mention de Riri, Fifi et Loulou (Picsou Trump ?) dans mon argumentation géopolitique. Vous n’imaginez pas le nombre de pots de miel bio dont j’ai du jalonner, pour l’Ourson Géo, le chemin du retour à son clavier. De mauvaise grâce, il frappe de ses lourdes paluches les touches de son AZERTY pour nous exploser son analyse à la gu…. ».

Ourson Géo : « Oh ça va, toi, ne me dis surtout pas que la grande famille des plantigrades aurait pu élire un  »mal-léché » comme ce Trump tordu. Y faut être un simple humain, qui plus est populiste, étroit d’esprit, pulsif, looser et lobotomisé du disque dur, pour aller aussi loin dans la co….ie : pas de quoi être fier d’être bipède ! A partir de ce jour, je marche à quatre pattes, pour qu’on ne confonde pas avec quelqu’un de la triste espèce humaine ».

– Maintenant, au niveau géopolitique (il chausse ses lunettes),  »oublie une bonne fois pour toutes la parenthèse 1945 – 2016 ».  »Plus d’Etat sans frontière, surtout pas de commerce d’une frontière à l’autre, pas de migrants latinos ni de réfugiés syriens, ni de Mahométans en général; pas de loi, pas de droit, pas de régulation, exit l’ONU, adieu les accords internationaux, l’UE et l’OTAN (même bazar !). Il y a d’un côté Trump, sa petite famille népotique, ses trumpetts de la renommée, les tontons-flingueurs de Goldmann & Sachs, le lobby du pétrole visqueux (au département d’Etat et à l’Environnement, comme il se doit), les  »guys » avec leurs  »big guns » … et de l’autre, les méchants (ceux qui n’aiment pas Trump et que Trump n’aime pas) : tous les autres. Le but final, c’est de buter tous les méchants,  »jusque dans les ch..ttes », comme dirait l’ami Poutine. Pour le milliardaire-fraudeur-fiscal-président, les méchants sont tous des démocrates arabes, tchétchènes sinisés ou des Européens mous en sursis ! La géopolitique, c’est devenu noir ou blanc, hyper-facile. Il ne reste plus qu’à lire la date de l’apocalypse, au fond du pot de miel. Ne soyez pas impatients, ça viendra vite ».

– L’éditeur : je lui dis sa vérité : « Géo, sans vouloir te vexer, tu as été plus subtil que ça, par le passé ».
– Lui : « j’ai beau être encore jeune, j’ai l’impression d’avoir travaillé pour rien à la recherche d’un monde apaisé ». Alors, si tu y tiens, prenons les choses par degré de gravité (tout est grave) :

1 / Sur sept milliards d’être humains, 50,07 % sont des femmes. Il me semble qu’elles se sont trouvé un formidable ennemi commun. Le type est plus que misogyne, obscène. DSK n’est qu’un satyre en petits chaussons, en comparaison. Plus de trois milliards de femmes finiront par l’emporter. Mais combien de guerres et de massacres entre-temps ?

2 / Pour bien tous nous ratiboiser, rien de tel que l’éclatement de la bulle financière. Elle s’annonce plus grosse, plus joufflue qu’en 2007, tant les banques centrales se sont vautrées dans le « quantitative easing ». Adieu, loi Dodd-Frank, à fond la caisse la spéculation, mettez-vous en plein les fouilles, vous les golden boys du top 1 %, puis BOOOOM !!!!! : plus d’argent, plus d’eau, plus d’électricité, plus d’essence, plus de miel, plus rien à becqueter.

3 / Avant même que Marine ne s’en mêle, on va voir les effets du racisme et des discriminations : des milliards de braves gens humiliés criant vengeance, Daech and Co sauvés et requinqués par un round inespéré contre l’Oncle Donald (celui qui a flingué Sam, auquel ils assimilent d’ailleurs la gente européenne, humains et ours confondus). BOOOM !!!! les tours tombent, les avions pleuvent, les couteaux s’aiguisent, les camions dévalent les trottoirs. La moitié de la planète bombardée en représailles, incluant le Mexique, la R.P. de Chine, l’Afrique et le département 93…

4 / La guerre en Mer de Chine puis dans tout le Pacifique, en Afrique et un peu partout. M. XI Jinping ne rigole pas avec le dogme « une seule Chine » et son pays dépend deux fois plus du commerce mondial que la France. Le jour où la surtaxe américaine de 35 % lui tombe dessus – comme sur le Mexique – il pointera toutes ses fusées depuis les îlots artificiels des Spratleys et entamera le blocus de Taiwan. Après un ou deux porte-avions américains coulés (pour la plus grande jubilation des internautes chinois), vous voyez le tableau ! L’OTAN et l’armée européenne d’opérette appelées à la rescousse…

5 / Grâce à l’exploitation éhontée du pétrole bitumineux-shisteux de fond de cuve, la température du Globe a augmenté de 2° en l’espace d’un an ! Des convois de pétroliers crasseux fendent les eaux libres, tièdes et polluées de l’Arctique, parsemées de cadavres d’ours blancs noyés et de momies de phoques plastifiées … Deux cent millions de Bangladais barbotent, tant bien que mal, sur le grand estuaire inondé, mourant de soif dans l’eau sale. Les îles du Pacifique et de l’Océan indien (sauf le haut des volcans) ont disparu de la carte, comme d’ailleurs la Camargue, la côte charentaise et New-York. Trump a disparu, après avoir siphonné les fonds de la Réserve fédérale…

6 / Inspiré par la Horde d’Or de Genghis Khan et comptant sur la compréhension de son ami Donald (et la disparition tragique de l’ONU), Vladimir a réunifié le Moyen-Orient utile sous la botte de ses cosaques. Rencontrant quelques résistances populaires en Ukraine comme en Pologne et dans ses toutes nouvelles dépendances rhénanes et franciliennes, mises en coupe réglée par des politiciens locaux tout acquis à sa cause, il menace d’exécuter 2000 touristes américains si on ne lui accorde pas prompto le bénéfice d’un méga-plan Marshall. Kim Jong-Eun exige pour lui une somme au moins égale, faute de quoi sa bombe H « socialiste » frappera « là où il le faut » (sic).

– Géo : « J’ai encore une demi-douzaine de scénarios Trump à vous asséner, si vous en voulez, tout de suite ou pour les jours qui viennent » (Note de l’éditeur : j’ai ramené l’Ourson géo dans son antre, avec une infusion de camomille et un oreiller bien doux. Je pense que ça suffira pour cette fois-ci).

… à suivre …
rien-a-cirer

trump-garde-frontiere

De la transformation des uns par les autres comme solution empirique

Alliance Ours-Chien

Notre petit monde d’empathie et de jouissance se voit défier au combat par la barbarie du « vaste monde ». Nous ne sommes pas adaptés aux circonstances nouvelles et ne savons plus en quoi croire, en qui faire confiance.
Le point 0, pour la génération qui s’efface, ce fut les camps de concentration.
Au sortir de ce point d’horreur absolue du XXème Siècle, les acteurs de l’après-guerre ont aspiré à son exact antithèse : hédonisme et satiété consumériste, amour libertaire et universel, interdiction d’interdire : les bandes de jeunes, la culture ‘’jeune – rock’’, les hippies, mai 1968, la mise au rancart des racismes et des identités, les droits de l’Homme et la démocratie participative, le commerce tous azimuts et la permissivité, une paix bancale assurée par la dissuasion nucléaire et la partition du monde en blocs … la révolution informatique a capté toute ces évolutions, en fusionnant au sein du même cyber espace mondial et du ‘’peer to peer’’ vieilles cultures institutionnelles et nouvelles contre-cultures émergentes. Les communautés créées par les hippies sont devenues virtuelles mais innombrables et bien vivantes sur les réseaux sociaux et les supports cryptés. Lire la suite