* 13 janvier – « Bla bla bla…, biodiversité

Le commentaire lapidaire de Greta Thunberg quant au ‘’One Planet Summit » de Paris sur la biodiversité, résume bien la version ‘’verre vide’’ de cet évènement. Emmanuel Macron, qui en a eu l’initiative, s’est, lui, épanché sur la version ‘’verre qu’on remplit peu à peu’’. En fait, l’idée d’une nécessaire bonne volonté collective pour préserver les innombrables espèces en danger a été déclinée de gauche à droite et de haut en bas. Qui, d’ailleurs, s’opposerait à une relance tous azimuts de la diplomatie verte, dont l’hôte du sommet s’est voulu l’incarnation ? Qui nierait, par ailleurs, que les dangers du non-respect du vivant et des dérèglements environnementaux contribuent à déclencher ou à aggraver des pandémies ? Il est, en effet, paradoxal que la crise du Covid ait éclipsé les alertes parentes et connexes touchant au monde du vivant. La conférence a traité quatre thèmes : protection des écosystèmes terrestres et marins ; promotion de l’agroécologie ; mobilisation des financements ; lien entre déforestation, préservation des espèces et santé humaine. Bien !


Il reste que les participants n’ont pas détaillé leurs belles promesses ni mis d’argent sur la table pour la cause de la survie de l’’’Humanité animale et végétale’’. Ils se sont penchés, pour la beauté du geste, sur le projet de « grande muraille verte » anti- désertification dans onze pays bordant le Sahara. Même en l’absence de la FNSEA, la France a simplement tu la réintroduction des néonicotinoïdes et du glyphosate dans l’agriculture nationale et européenne. Trop ‘’clivant’,’ sans doute. La ‘’réconciliation des défis’’ chantée par l’organisateur et applaudie par le secrétaire général des Nations Unies, aurait elle quelque chose à voir avec une certaine réconciliation, rêvée à l’horizon de 2022, autour de celui que les électeurs percevraient alors comme ‘’l’Homme des grands défis globaux à venir ?’’ Non non, non (bla bla bla), il ne s’agit que de sauver l’Humanité, vous-dis-je !

* 2 novembre – Lutter pour le climat

Brèves des jours précédents

Pierre Larrouturou, rapporteur général du budget de l’Union au Parlement européen a entamé une grève de la faim depuis une bonne semaine. Le député européen affilié au groupe des Socialistes et Démocrates veut, par ce geste, attirer l’attention des institutions européennes sur les opportunités manquées affectant le projet de budget qui sera voté dans les prochaines semaines et qui définira la perspective financière européenne pour la période 2021-2027. 
Il réclame une rallonge substantielle (50 milliards €/ an) de la part consacrée à la lutte contre le dérèglement du climat. L’effort de court terme accompli sur le plan de relance a, en effet, conduit à réduire les ressources de ce chapitre sur le plus long terme, dans le cadre du budget septennal. Le rapporteur demande qu’y soit associé un plan d’adaptation sociale ambitieux. Pour se faire, plutôt que de ‘’tirer’’ à l’infini sur les ressources des marchés financiers, il revendique l’instauration, à partir de 2024, de la taxe sur les transactions financières (TTF), souhaitée au-delà même de la gauche, depuis des décennies (la fameuse taxe ‘’Tobin’’, des années 1970-80). La majorité des eurodéputés se sont ralliés à cet outil financier. Il devrait rapporter quelque 50 milliards d’euros chaque année.

Pour Larrouturou, » ce n’est qu’une fois tous les sept ans qu’on va déterminer s’il y a de l’argent pour le climat, pour la santé, pour la recherche, ou encore pour les réfugiés, le budget européen n‘étant plus discuté par la suite ». D’où l’urgence à agir et le choix d’une certaine dramatisation des enjeux. ‘’Si, pendant sept ans, il n’y a pas d’argent pour isoler les maisons ou développer les transports en commun, c’est foutu’’. ‘’Pour simplement acheter de quoi manger, il faut acquitter 5,5% de TVA, mais si on va acheter des actions et des obligations sur les marchés financiers, la taxe, alors, c’est 0%.’’. En supposant qu’on paie 0,1%, et 0,01% de taxe sur les obligations ou le trading à haute fréquence, ça ferait rentrer 50 milliards de recettes en plus, chaque année, sans demander un centime au citoyen’’. Mais, note-t-il,  »avec le projet proposé par la France, ce sont 99% des transactions qui ne seraient pas taxées ! ». Autant dire que l’adoption d’une ressource et donc d’un plan d’action efficaces est bloquée par Paris. Le rapporteur propose une coopération renforcée entre pays-membres adoptant la taxe sur les transactions financières. Ceux qui taxeraient la spéculation apporteraient cette ressource à l’UE qui, en échange, les dispenserait de rembourser le plan d’urgence de 390 milliards € voté en juillet. D’autres gisements fiscaux sont aussi à exploitables parallèlement, telle, la taxe sur les plastiques non-recyclés (7 mds de rendement par an).
Au lendemain de la Convention citoyenne sur le climat, ce débat essentiel pour notre avenir est pourtant très peu couvert par les médias et par la classe politique. Dommage !

* 14 octobre – Stop Covid

Brèves des jours précédents

Les ministres des Affaires européennes se sont accordés pour mettre en place une carte de l’ensemble des pays de l’UE, avec un code couleurs en fonction des niveaux de risques COVID : vert, orange, rouge et gris. Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) publiera chaque semaine une carte de la situation pour l’ensemble des territoires de l’Union. Cela apportera-t-il un peu d’ordre et de coordination, alors que la pandémie connaît une forte reprise que l’on qualifie désormais de ‘’deuxième vague’’ ? Plus de 6,5 millions de cas de Covid-19 et quelque 240 000 morts sont recensés en Europe, selon le décompte  de l’AFP. Dix mois après l’arrivée du virus, cette cartographie commune est enfin disponible, mais elle suscite déjà les réticences de plusieurs États membres.

Le classement des zones sera défini en fonction du nombre de nouveaux cas notifiés pour 100 000 habitants au cours des deux dernières semaines et du taux de positivité des tests. Une quatrième couleur (gris) marquera les zones dans lesquelles les données restent insuffisantes, notamment lorsque la pratique des tests de dépistage sera jugée trop faible. Les résultats des tests seront mutuellement reconnus et des exemptions de quarantaine seront appliquées pour un certain nombre de fonctions ou professions essentielles. De même, seront instaurés des procédures d’information mutuelle à court délai et un formulaire européen unique à remplir aux frontières. Les personnes provenant des zones de couleur orange, rouge ou grise pourront être soumises à quarantaine ou à des tests. S’agissant des zones vertes, aucune mesure ne sera imposée. Dans tous les cas, les voyageurs intra-européens ne devront pas être refoulés aux frontières, comme le fait la Hongrie, même si quelques exceptions ont été concédées à ce pays, à la République Tchèque, à la Pologne et à la Slovaquie.

Il tombe sous le sens que l’Europe soit le champ désigné du combat commun contre le virus, d’autant plus que ce cadre tient compte de la variété des situations dans les territoires. La France aurait particulièrement pesé pour la mise en place de cette politique commune. Le parallèle s’impose avec l’action contre le dérèglement du climat, celles en faveur de la paix, de la justice, du développement, etc. Il est triste que les freins à l’action protectrice de l’Union – qui n’est pas parfaite – viennent toujours, en sous-main, de l’égoïsme de tel ou tel Etat et renforcent de façon paradoxale les tendances europhobes dans l’air du temps.

2020, Année du Coronavirus

Cet article reprend et étoffe une brève du blog, en date d’hier;

Ne voit rien, n’entend rien, n’absorbe pas le virus par la bouche – Remerciements à Plantu

 Survient soudain le Coronavirus, en Chine, et l’OMS patauge dans ses prescriptions, enserrée dans le bras de fer politique entre son siège et les Etats concernés. C’est précisément pour ménager l’égoïsme des Etats que les urgences d’intérêt général (santé, climat, alimentation, réfugiés,  enfance…) sont confiées à des agences multilatérales, sans réelle autorité sauf celle de se laisser malmener par les puissants. A quand un Conseil de sécurité sociale, humanitaire et environnementale, délibérant à la majorité, comme son homologue politico-militaire de New-York?  Du temps de Jacques Chirac, le quai d’Orsay avait poussé cette idée. J’ai eu l’occasion de la développer dans divers fora. Le Grand Jacques l’avait fait sienne dans son discours au monde tout au moins, sans doute sans grande illusion .

J’ai vécu la propagation-éclair l’infection pulmonaire SRAS à Canton, à la veille du Nouvel An de février 2003.  C’est de cette ville qu’elle est partie. Je l’avais moi-même contractée, le mois précédant, sous une forme bénigne mais persistante. Informé du coronavirus par un médecin gabonais diplômé de la faculté de médecine locale (notre unique correspondant médical dans cette ville de 12 millions d’âmes), j’ai lancé l’alerte dans la communauté expatriée. Puis, lorsque Chinois comme étrangers se sont retrouvés bloqués en quarantaine, j’ai mis en ligne la rubrique internet qui a maintenu le lien au sein de la communauté étrangère et avec mes collègue de Hongkong, lesquels se savaient menacés à court terme (et, effectivement…).

Le SRAS élégant

– Les autorités locales du Guangdong et de Canton ont  disparu, de février à mai : bureaux vides, téléphones débranchés. Les édiles locales consommaient volontiers des animaux exotiques vendus sur le marché-zoo alimentaire du quartier de Qing Ping et s’en vantaient même. Ces messieurs ont réapparu, fin-mai, pour un congrès « triomphal » de leur branche provinciale du Parti. Je m’y suis rendu, à leur « invitation », silencieux et porteur d’un masque. Les mandarins rouges ont vu rouge. Ils ignoraient pourtant que le masque est une courtoisie prophylactique pour autrui et non pas une protection pour soi-même ! Mais l’ustensile ne faisait pas macho et faisait même mauvais genre alors que la priorité du moment allait au retour des investisseurs français, attendus, avec leurs capitaux, par l’industrie locale (en contrepartie des délocalisations de nos entreprises). Leur obsession était en effet que, l’on garde un secret étanche sur la pandémie, pour sauvegarder à tout prix la manne des investissements occidentaux. Inutile précaution, alors que les média de la planète titraient sur le SRAS en Chine !

– A Paris, le ministère de la Santé interdisait que l’on corresponde avec les consulats de la zone infectée et les 5000 Français pris au piège. Cela a été expliqué, à distance, à mon épouse, rentrée à la hâte à Paris avec notre fils, lycéen. Là d’où elle venait, personne n’aurait d’ailleurs pris le risque de lui parler face à face, à cause des postillons. Surtout, éviter que ne soit demandé un rapatriement ou, pire, un épidémiologiste français, voire même la venue en Chine d’un spécialiste de l’OMS, ce qui aurait vexé, assurément, la Cité Interdite ! Pas un message, donc, pas un conseil ou à fortiori un encouragement, de la part de l’Ambassadeur de France à Pékin, entre février et juin, en réponse à mes points de situation quotidiens. J’avais, en fait, commis deux crimes passibles du silence hiérarchique, celui qui tue une carrière : mentionner le SRAS allait dissuader J-P Raffarin, alors premier ministre, d’effectuer une visite officielle importante  à Pékin, une ville contaminée bien plus tard. Paradoxalement, on ne m’avais pas mis au courant de ce projet de déplacement officiel et je ne l’ai découvert qu’à travers les média. L’Amba voyait dans ce contretemps SRAS un vrai « sabotage » voulu par ma personne (inventeur du coronavirus) et Paris lui laissait la main puisqu’il était l’Ambassadeur et pouvait à sa guise harceler l’Elysée au téléphone. Mon second acte de trahison est un drame interne : j’avais adressé directement à l’OMS les observations des rares médecins expatriés, souvent australiens, sur la maladie et l’OMS m’en avait remercié, de sorte que la tutelle hiérarchique du Quai d’Orsay s’en trouvait court-circuitée  ! C’est parfois dans des disputes hiérarchiques picrocholines que notre diplomatie se délecte, quand la vie de milliers de Français de Chine était en danger.

– Deux membres de mon équipe consulaire avaient contracté le virus et en restaient sérieusement sonnés. Le plus dur pour eux était l’absence d’écoute française sur ce qu’il leur arrivait : était-ce mortel ?… et le mur de silence dans lequel nous enfermait le « système France », pas loin de faire une croix sur ses lointains administrés perdus. En juin, nous étions enfin à l’abri du virus, mais pas totalement rassurés : la maladie quittait Canton, Nanning, Xiamen, Fuzhou, Hainan, etc., en même temps qu’elle s’accrochait à Hongkong  et se propageait vers le Nord de la Chine, jusqu’à Pékin. Dans la capitale, certains collègues se mettaient à paniquer et n’ont pas, bien sûr, remercié qu’on redirige immédiatement vers eux le médecin militaire français parvenu au consulat général de Canton, bien après la bataille.

– Le coronavirus recommence à jouer des siennes, cette fois depuis la métropole de Wuhan, place forte du constructeur automobile PSA et de la coopération universitaire française dans l’Empire du Milieu. Le virus aurait été activé par la consommation de viande de chauve-souris (certes, on entre dans l’Année de la Souris !). « A mon époque », on maudissait plutôt la civette de l’Himalaya et le pangolin du Bas-Congo. Dans les métropoles, le régime chinois a obtenu sur un claquement de doigt le remplacement de millions de deux-roues par des scooters électriques, plus chers. Mais il n’arrive pas à mettre à l’index les gibiers exotiques totalement sauvages, coûteux et infestés pour y substituerde la viande d’élevage saine et contrôlable.

Va-t-on finir par apprendre, en Chine comme en France ? BONNE ANNEE DU RAT !

Coupable !

Autre coupable : la civette himalayenne !

Encore plus coupable : Pangolin du Bas-Congo !

Moins de commerce, moins de civilisation ?

 Une étude intéressante du Centre d’Etudes Prospectives et d’Informations Internationales (CEPII) nous invite à considérer le déclin tendanciel du commerce, non pas comme inhérent au « système » (kesako, le « Système ?»), mais comme appelant un  »correctif » – même, une « réinvention » – de la mondialisation. Son cours est perturbé par le populisme et les replis isolationnistes.  »L’Economie mondiale 2020 – Ralentissement sous haute tension » comme s’intitule cette étude, fait bizarrement l’impasse sur les menaces pesant sur l’écosystème planétaire. Elles sont pourtant largement perçues, en Europe, comme résultant de la consommation simultanée de « plusieurs  planètes ». Cette année, le Jour du dépassement est tombé fin-juillet. La vrille ne serait pas étrangère aux activités du commerce, à la production gaspilleuse soutenant « l’hyper consommation », aux transports internationaux multiples et polluants, toutes choses dictées par la gloutonnerie insatiable du marketing et des réseaux numériques. La vision classique du CEPII n’en reste pas moins intéressante, en tant qu’analyse étayée par des chiffres.

Faudra bien s’adapter !

Elle reflète l’appréciation sévère que plusieurs institutions sérieuses portent sur les dérives toxiques du « business global marchand ». Rappelons que les fluctuations de celui-ci, à la hausse comme à la baisse, ont un impact en gros cinq fois plus fort sur la croissance (et donc sur l’emploi) que les variations de la consommation des ménages. L’Allemagne et la Chine, plus dépendantes de leur commerce extérieur, encaissent évidemment plus mal que le Japon ou les Etats Unis, relativement auto-suffisants. Comme de coutume, la France occupe une position médiane et elle réagit avec une certaine inertie à la conjoncture.

Que nous dit le CEPII ? D’abord que le système multilatéral destiné à réguler les échanges s’effrite rapidement. Les grandes offensives actuelles de D. Trump contre à peu près tous les partenaires des Etats Unis, mais plus particulièrement contre la Chine, ont mis l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) hors-jeu, peut être même en état de mort physiologique. Les pays ciblés se sont soumis au même diktat du traitement bilatéral et ils court-circuitent les institutions protectrices, les codes de conduite comme les pannels d’arbitrage. Coup de balai, donc, ce que le langage académique du CEPII exprime ainsi : « Les cadres de pensée et les schémas institutionnels de la mondialisation chancellent, sans que de nouveaux ne se dessinent encore clairement ». A en croire que le rapport de force n’aurait pas constitué le cadre de relations dans toutes les périodes troublées !

Depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, la moyenne des taxes américaines appliquées sur les importations chinoises a ainsi bondi de 3,1 % à 21,2 %, selon les calculs du Peterson Institute for International Economics. L’incertitude, générée par la confrontation commerciale, financière et technologique sino-américaines dissuade les investisseurs d’opérer et elle prélèvera bientôt sa dîme sur la croissance globale. Le recours tous azimuts aux sanctions économiques à visées géopolitiques (Iran, Chine, Russie, Vénézuéla…) y ajoute ses effets déstabilisants. Lors du G7 de Biarritz, les sept – ou, plutôt, les six autres puissances économiques majeures – ont clairement exprimé ce souci. Les disputes commerciales touchent tous les voisins des Etats Unis (le Mexique, mis sous pression ; le Canada traité avec un certain mépris) mais potentiellement aussi l’Europe (les véhicules allemands, les vins français…), laquelle verra, de plus, ses échanges fortement affectés par le Brexit. Déjà l’économie allemande s’essouffle. Comme si cela ne suffisait pas, le Japon, toujours un peu révisionniste aux entournures, attaque sur son voisin coréen en le privant du statut de partenaire privilégié. Partout le protectionnisme, voire l’autarcie, reviennent en vogue et ce, par réflexe nationaliste plus que par angoisse écologique. Pourtant le commerce et même le tourisme ont un rapport étroit avec la stabilité du monde et la Paix (voir l’article du blog sur l’angoisse écologique). Partant de tels prémices, est-il encore décent de faire de la prospective ?

-L’OMC franchit le pas en prédisant une contraction du commerce mondial de quelque 17 %, accompagnée d’un recul du produit intérieur brut mondial d’environ 2 %, si le climat actuel de politisation du commerce devait perdurer jusqu’en 2022. Par pudeur, l’Organisation honnie des Américains omet de mentionner le moyen-terme, selon que la Maison blanche sera républicaine ou démocrate. « Même si aucune monnaie ne semble en mesure de le remplacer comme devise de référence, une moindre prédominance du dollar pourrait laisser place à une régionalisation du système monétaire, qui elle-même aurait des conséquences commerciales profondes ». Récession, insolvabilité du Sud, appauvrissement, flambée populiste, guerres ? Il ne fera pas bon être petit et sans monnaie ni armée forte, dans quelques années.  En attendant, les panels multilatéraux d’arbitrage des différends n‘existeront sans doute plus dès l’an prochain si, comme en menace Washington, le renouvellement de leurs membres, en décembre, devait être bloqué. La nouvelle Commission européenne, composée le 10 septembre, va se trouver face à un défi. Son commissaire au commerce, Phil Hogan, parviendra-t-il à remplir la mission impossible qu’il reçoit de lancer le chantier d’une réforme de l’OMC ? Ou devra-t-il, par réalisme, se rabattre sur un triste ajustement des 27 à la foire d’empoigne générale qui émerge ?

De ce qui précède, vous remarquerez que le « correctif » prescrit pour la mondialisation sombre dans un flou total. Disons qu’il reste à en inventer complètement les recettes. Il y a 20 ans, Hubert Védrine préconisait de « civiliser la mondialisation ». Avec quelques doutes en tête sur l’avenir du « Système », on cherche un avis éclairé sur le thème «Comment endiguer la dé-civilisation du monde» ? A vos plumes !

L’été géopolitique 2019 – N’espérez aucun répit !

La saison estivale laissera le souvenir de la canicule. Pourtant, l’actualité géopolitique n’a pas connu de pause (d’ailleurs, pourquoi ?) ni de baisse de température.  Si on cherche à dégager quelques tendances de fond, on pourra relever l’angoisse montante des Européens à propos du futur de notre monde ‘’invivable ». Elle contraste avec un reste du monde à la fois optimiste et belliqueux, à l’image du président Trump, de Kim Jong-Un ou de Xi Jinping. Ceux-là sont absorbés dans la recherche de gains stratégiques ou commerciaux. La scène géopolitique projette l’image du monde d’hier, sans pôle et « globalisé », glissant dans une logique de blocs antagonistes, sous l’influence de puissances conquérantes. Quelque chose des impérialismes du 19ème S et des alliances de 1914 est de retour dans l’air du temps, partout sur fond de national-populisme souverainiste. Le désordre international ne contribue pas à maintenir les liens entre les nations qu’il s’agisse du commerce, des mouvements humains, de la recherche de la Paix ou du contrôle des armements que celle-ci implique. J’y ajouterais aussi un certain cosmopolitisme des cultures, qui aide à comprendre notre temps. Sur les multiples foyers de crise et de contentieux, le populisme à courte vue ravive les braises. Mais les prises de conscience des problèmes progressent et elles peuvent aussi faire surgir de nouvelles sagesses.

Un regard sévère sur l’avenir, partagé par beaucoup

1 – La Planète finira-t-elle par se délester de l’Humanité ?

Côté ambiance, des scénarii-catastrophes planaient en préambule du G7 de Biarritz, au terme d’un mois de juillet le plus chaud de l’histoire du monde. La Sibérie et l’Amazonie, nos « poumons », se consumaient. Le dernier rapport du GIEC s’inquiétait de l’état très dégradé des terres. Parviendraient-elles à nourrir le surplus de population attendu ou, autre option, à produire les énergies renouvelables tant espérées ? La jeune Greta, 16 ans, parcourait le Nord de la planète en essemant la grève du vendredi dans les collèges et toute une génération de parents s’introspectait fermement : « avons-nous mal fait ? ». Les piques échangées entre E. Macron et J. Bolsonaro à propos de l’Amazonie en flammes ont donné un tour saisissant à cette confrontation. Maltraitance de la Terre due à notre esprit social et libertaire, « consumériste » et incapable de régulation ? Et les catastrophes s’enchaînaient : ouragans (dont le dernier, dévastateur, aux Bahamas), Ebola, séismes, parasites de l’olivier… Stopper le commerce sauvegarderait-t-il l’environnement ? Ce credo quasi-religieux a mobilisé des foules contre le CETA, avant que cet accord ne soit adopté en France, le 23 juillet, épargnant au pauvre Canada d’être traité comme notre pire ennemi. Les pays du Mercosur ont, eux, vu l’accord de libre-échange négocié depuis 19 ans avec l’UE, bloqué d’adoption par la France pour cause de « tromperie brésilienne ». Utiliser les conventions commerciales pour imposer des conditions écologiques (fidélité à l’accord de Paris – COP-21) ou couper les ponts et opter pour l’autarcie, le débat tend vers la caricature.

2 – Le délire américain, entre Grand-Guignol et avant-goût d’apocalypse

Le côté le plus délirant de la scène mondiale porte un nom : Trump. Le président américain a été à l’initiative contre tout ce qui pourrait nous assurer un avenir relativement protecteur. Si l’OMC existe encore formellement, il a désintégré tous les codes du commerce international, au profit exclusif de « l’arme du rapport de force ». Voisins, alliés comme concurrents se sont pris des taxes pour leur grade (même notre bon vin est ciblé), mais c’est encore, en direction de la Chine et de l’Iran que ces offensives ont été les plus agressives, souvent à la limite du blocus (Iran) ou de l’étouffoir (Chine). Au point que beaucoup s’interrogent sur leurs effets récessifs potentiels, voire sur une dérive militaire dans la gestion des crises : tentative avortée de bombardement par drones sur l’Iran, manœuvres de confiscation de bâtiments de commerce répondant à des sabotages, resserrement des interdictions bancaires et, concernant la Chine, livraison d’armes à Taiwan et même menace de « couler » la place financière de Hongkong ! En revanche, le Groenland plaît à Donald et il propose de l’acheter, au grand effarement des autorités tutélaires, au Danemark. Pour se constituer un arsenal contre la Chine, le 2 août, il jette aux orties le traité INF bannissant les missiles nucléaires de 500 à 5000 km de portée, qui protégeait l’Europe du péril atomique. Sous une pluie d’essais balistiques nord-coréens, il affirme sans fard que « tout va bien avec (son) ami Kim ». Dans la même veine, après un an de négociation secrète avec les Talibans, il congédie ceux-ci à leur arrivée à Camp David et décide de laisser pourrir le conflit d’Afghanistan, dont l’issue dans l’honneur est, pour le coup, un vrai casse-tête. Qu’importe ! Sur le « front électoral », primordial à ses yeux, le milliardaire manie l’insulte raciste contre des élues du Congrès (« retournez d’où vous venez ! »), la soumission des migrants latinos – même, les enfants – à de mauvais traitements, les diktats à ses industriels pour qu’ils désinvestissent en Chine ou fabriquent des véhicules polluants, etc.

3 – Le nationalisme obtus, plus contagieux qu’Ebola

La xénophobie, le protectionnisme et le nationalisme ne sont pas l’apanage d’un seul pays et l’été 2019 a illustré une propension croissante à la création de conflits, dans d’autres régions du monde. Bien qu’e principe pacifique, la grande offensive de Pékin sur les nouvelles routes de la Soie fait peur, tout en créant des opportunités. Les pays africains ont été particulièrement ciblés par cette invite à sortir du système multilatéral pour prospérer dans l’orbite chinoise. Certains laissent percevoir de la prudence, à l’image des états européens, exception faite de la Grèce, de l’Italie et de l’Europe centrale. Quelques jours après avoir célébré, au château de Chantilly, son partenariat stratégique avec la France, l’Indien Narendra Modi met fin brutalement à l’autonomie du Jammu-Cachemire, ce territoire musulman revendiqué par le Pakistan depuis la partition de 1947 et dont la population se retrouve en quasi-rétention. Islamabad ne manquera pas de riposter par le biais des groupes d’insurgés soutenus à distance. La Birmanie achève de barricader au Bangladesh ses Rohingyas. L’ASEAN, prudente, maintient un fer au feu avec la Chine et l’autre avec les Etats Unis (manœuvres communes). Mais le clash de valeurs le plus spectaculaire concerne Hongkong, dont la population est en ébullition depuis février contre la « mainmise continentale » (de Pékin) sur la vie politique locale. Centré initialement sur une volonté unanime de résistance à un projet de loi liberticide (possible déportation des suspects vers la justice communiste), l’indignation s’est mue en dénonciation des ingérences du PC chinois mennaçant les garanties d’autonomie complète (un pays – deux systèmes) accordées pour 50 ans lors de la dévolution du territoire à la Chine, en 1997. En réponse à la brutalité montante de la police et à la surdité politique du gouvernement hongkongais (qui confirme son inféodation à Pékin), la tension monte, avec son cortège de violences, à l’approche du 1er octobre, la date célébrant le 70ème anniversaire de la fondation de la RPC, à l’occasion de laquelle les dirigeants du PCC ne peuvent se permettre de perdre la face. Or, Hongkong est le poumon financier de la Chine et son plus grand port….

4 – Vers une guerre entre les USA et l’Iran ?

Sur arrière-plan de confrontation entre sunnites et chiites, des deux côtés, on s’y est préparé. Washington, en sortant de l’accord nucléaire de Vienne de 2015, seule piste praticable pour calmer le jeu de la prolifération nucléaire (et balistique), sans perte de face … mais aussi, en sanctionnant personnellement les dirigeants iraniens (confiscation des comptes bancaires) et, surtout, en bloquant tout commerce avec Téhéran en vertu de la « loi du dollar », qui bannit l’usage de cette devise pour toute transaction. Les Européens ont bien tenté, par le mécanisme de troc INSTEX de desserrer un peu le collet mais leurs entreprises, très respectueuses du Trésor américain, n’ont pas suivi. En pleine bataille d’arraisonnement de pétroliers et de tir de drones dans le golfe d’Ormuz, un ultimatum a été lancé aux Européens par le président Rohani : rétablir le commerce sous 60 jours. Le délai passé, les mollahs en viennent à se désengager par étapes de leurs obligations aux termes de l’accord nucléaire : les centrifugeuses tournent à nouveau à plein. Un peu plus au Sud du Golfe, au Yémen, la population continue de subir les bombardements aériens saoudiens et les chars emirati, avec, dans les deux cas, la très probable utilisation d’armes françaises, car, faute d’être sunnite, l’industrie de défense du Pays de Voltaire se montre foncièrement anti-chiite. La confusion règne entre alliés arabes opposés aux Houtis chiites : Riyad veut punir, nettoyer et réinstaller le président Radhi, « dégagé » par la population. Abu Dhabi cherche à s’octroyer une emprise sur le terrain, au Sud, en s’appuyant sur des milices indépendantistes ou autres. Les deux capitales laissent Daech et Al Qaeda prospérer. Rien de sérieux à signaler sur la Syrie : Idlib, une province de 3, 5 millions d’habitants – surtout des déplacés de guerre – est soumise par les troupes de Damas et l’aviation russe à blocus et à un déluge continu de bombes, mais les démocraties d’Occident ne s’en préoccupent guère. Accessoirement, la Turquie menace d’ouvrir – en direction de l’Europe – les vannes des quelque trois millions de réfugiés syriens sur son territoire, si on ne laisse pas son armée constituer, en Syrie, un glacis de 30 à 40 km de profondeur, tout au long de sa frontière sud (de peuplement kurde). L’entité autonome kurde YPG, qui a libéré la population des bandes de Daech, avec des appuis aériens occidentaux, est clairement en ligne de mire. A l’approche d’élections qui seront difficiles pour B. Netanyahou, Israël envoie aussi son aviation bombarder, en Syrie – mais aussi en Iraq et au Liban – tout ce que l’Iran compte comme éléments armés et associés dans la Région. Il est vrai que l’axe de pénétration que Téhéran tisse patiemment jusqu’à la Méditerranée constitue une vraie menace pour l’Etat hébreu. La prétention d’annexer un tiers de la Cisjordanie vise, elle, à plaire à la majorité de l’électorat, farouchement opposée à une paix en Palestine.

5 – En Afrique, un face à face stoïque de la bonne et de la mauvaise gouvernance

– Dans ce tableau général d’une « Asie qui brûle », l’Afrique s’en tire-t-elle mieux ? Comme les étudiants Hongkongais, les jeunesses du Soudan, d’Algérie et de Tunisie expriment une volonté exemplaire de refuser l’injustice et l’oppression des grands dirigeants corrompus. A Khartoum, au lendemain d’un Tiananmen sanglant le 3 juillet, les militaires – qui ont renversé le général Al Bechir – se sont ressaisis et ont fini par accepter une transition vers la démocratie de trois ans, partagée entre eux-mêmes et la société civile. L’Ethiopie a exercé ses bons offices. Une belle victoire, quoi que très fragile. En Algérie, l’après Bouteflika s’annonce sous des auspices comparables, : la population et la jeunesse en particulier ont manifesté leur ferveur démocratique et leur attachement aux libertés sans être contrés par les Islamistes, la corruption est sanctionnée, une transition est annoncée mais l’arrestation de certains démocrates et l’autoritarisme du Chef d’Etat-major, actuellement aux mannettes rend circonspect. En Tunisie, la classe politique a bien réagi à la disparition du président Beji Caïd Essebsi, un grand acteur de la révolution démocratique. On peut gager que le modèle tunisien, unique au sein du monde arabe, est en train de prendre racine. La prédiction inspire de l’optimisme, en même temps qu’elle illustre le rêve éternel de liberté et de dignité, qui n’a pas perdu son attrait, du fait de l’urgence climatique.

– Ailleurs, sur le continent noir : expansion inquiétante des zones d’exactions jihadistes à travers le Sahel et l’Afrique centrale (où les attentats jihadistes se multiplient aussi), pandémie d’Ebola qui s’étend, forêts tropicales qui partent en fumée, nouvelle vague de violences xénophobes dans les townships d’Afrique du Sud, départ de centaines de milliers de candidats à la traversée vers l’Europe, promis à des supplices en Libye ou à se noyer en Méditerranée, à portée de navires européens désormais interdits de tout secours en mer. Matteo Salvini n’aura constitué que la partie émergée, très visible, de cet iceberg d’hostilité et de déni du droit humanitaire.

– A courte portée de la Tunisie démocratique, l’anarchie libyenne fait tache. Après avoir bénéficié de soutiens militaires français, le « maréchal » Haftar met la région de Tripoli sous siège et à feu et à sang. Les milices s’en donnent à cœur joie : exactions économiques, pillages, torture et racket des exilés subsahariens (bombardés jusque dans les centres d’hébergement), tandis que l’Europe continue sa distribution de subsides à qui voudra bien endiguer le flux des Africains. Là aussi, le chaos général bénéficie aux mouvements jihadistes qui prospèrent là où les Etats dysfonctionnent ou n’existent plus.

6 – L’Europe, cahin-caha, sur une pente glissant vers l’insignifiance

Certes, tout n’a pas empiré sur le Vieux Continent. La France a eu le mérite de tenter une discrète opération pour désamorcer la bombe américano-iranienne, mais elle n‘avait pas le poids requis. Elle occupe le haut du pavé climatique et environnemental tout en ayant perdu beaucoup de son poids géopolitique, scientifique et humanitaire ou moral. Paris a occupé, pendant l’été, une place d’importance compte tenu des difficultés intérieures qui affectaient ses partenaires européens et de l’ambiance prévalente de repli sur soi. Sa diplomatie s’efforce à rééquilibrer la relation avec la Russie et à recréer, avec le « président-ennemi de tous les régimes libéraux », des éléments de convergence et de complémentarité (d’où la visite de V. Poutine au fort de Brégançon, avant le G 7). Elle espère que, ce faisant, l’Europe et la Russie pourront prévenir le risque de se voir éclipsées par le nouveau duopole sino-américain. L’idée de sauver, au passage, quelques lambeaux de l’ordre multilatéral, qui gageait la Paix, n‘est pas absente du raisonnement, même si, pratiquement, on ne peut aller loin sans l’aval des autres. Ce nouvel état d’esprit, auquel Poutine se prête pour le moment (qu’aurait-il à y perdre ?), favorise la recherche d’une solution en Ukraine. L’élection à Kiev d’un nouveau président, plus pragmatique y contribue positivement et, ainsi, des échanges de prisonniers ont été amorcés. On parle un peu du Moyen-Orient, où les deux grands acteurs sont empêtrés et pourraient vouloir conclure sur un plan politique. Reste le déploiement en cours de missiles nucléaires ciblés sur les villes européennes. Décidé en juillet, il ne favorisera pas la confiance.

– Le choc qui disqualifiera l’Europe a pour nom « Brexit ». Lancé par le referendum de juin 2016, sur fond de fureur populiste à l’égard des institutions de Bruxelles et des Européens de l’Est, jugés envahissants, le divorce d’avec le continent était devenu la quadrature du cercle sous T. May. Toutes les options étaient bloquées. Après que ses inspirateurs se sont emparés des leviers du Royaume, Boris Johnson en tête de proue, un bras de fer hargneux s’en est suivi avec le Parlement de Westminster. Ce dernier a infligé, à l’ancien maire de Londres, une belle brassée de camouflets, récusant son projet de « hard Brexit », sans accord avec l’UE, impérativement au 31 octobre (six motions sur six votées contre lui). N’en doutons pas, la suite de cette féroce bagarre fera les bons feuilletons de l’automne, mais elle achèvera aussi de projeter, à travers le monde, l’image d’une Europe en déclin et peut-être même en décomposition. Certes, c’est exagéré. Sans doute, les Etats Unis – si Trump est réélu fin-2020 -, les légions de hackers du Kremlin, Facebook et les investisseurs « routes de la soie » sauront profiter de l’aubaine. Pourtant, l’Union a plutôt bien tenu le coup face aux coups de boutoir britanniques. A la date de la rupture annoncée (aussi, celle célébrant Halloween), elle mettra en place une nouvelle équipe dirigeante, présidée – pour ce qui est de la Commission – par U. van der Leyen, ancienne ministre de la défense d’Allemagne, réputée avoir l’esprit géopolitique. Autre acquis immédiat : le reflux des personnalités populistes. En Italie, M. Salvini est tombé, après avoir essayé d’accaparer le pouvoir par la voie plébiscitaire. Le piège s’est refermé sur lui et Rome devrait retrouver, pour un temps, le chemin de Bruxelles. En Hongrie, en République tchèque (où elle a chassé un premier ministre corrompu), en Pologne, à un moindre degré, des oppositions se font entendre plus fort face aux dirigeants autoritaires. Irait-on jusqu’à espérer, si les attentats poursuivent leur déclin actuel, que les questions bien réelles concernant les nouvelles migrations, le climat, la défense et le « soft power » de l’Europe, la sécurité financière, la sécurité numérique, le développement durable, l’avenir de nos libertés, etc. soient saisies à bras le corps par une Europe suffisamment unie pour aller de l’avant. Rendez-vous au début-2020 !

Rapport du Haut Conseil pour le climat : un aperçu de notre avenir

En plein cœur de la crise des gilets jaunes, après avoir écouté les suggestions et demandes de think tank et organisations français, le Président de la République a installé le 27 novembre 2018 un conseil d’experts chargé d’apporter un éclairage indépendant sur la politique du gouvernement en matière de climat. Ce Haut Conseil pour le Climat (HCC) a été officiellement créé par décret le 14 mai 2019, et a rendu, le 25 juin, son premier rapport au gouvernement Agir en cohérence avec les ambitions. Ce texte, conforme au dernier rapport du GIEC est assez décoiffant.  Il appel, ainsi, à des ruptures économiques, sociales, culturelles, techniques pour  se donner les moyens d’atteindre l’objectif climatique fixé par les Nations à la COP-15 de Copenhague: ne pas dépasser 2°C d’élévation de la température planétaire relativement à période pré-industrielle.

Les carottes bretonnes sont des puits de carbone !

 

Le rapport concerne les objectifs de neutralité carbone en 2050, portés par la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC). Ces conclusions sont sans appel : « La France n’est pas sur une trajectoire compatible avec ses engagements ». Les experts expliquent que l’objectif de neutralité carbone en 2050 est techniquement réalisable mais implique une transformation profonde de l’économie et de la société. Pour cela, ils donnent plusieurs grandes lignes à suivre :

1 Assurer la compatibilité des lois et grands projets nationaux structurants avec la Stratégie Nationale Bas Carbone. Soumettre toute initiative à un budget carbone annuel.

2 Renforcer les instruments des politiques climatiques (taxes, quota, subventions…). L’empreinte carbone des Français a augmenté de 20 % en 20 ans. La désindustrialisation en est une cause majeure, si on comptabilise le CO2 lié aux importations, déjà plus important que le CO2  »domestique » 6,6 t par habitant sur 11 t au total ). La politique de relocalisation en France des unités de production s’impose. De même, l’électrification des transports, de l’industrie et de l’agriculture via le recours aux énergies nouvelles, qui nécessite, en pré-requis la création de vastes réseaux d’infrastructures de production et de distribution d’énergie. En sens inverse, cessation de toute subvention aux énergies carbonées.

3 – Identifier et mettre en place les changements structurels nécessaires pour préparer l’économie et la société française à la neutralité carbone (agriculture, urbanisme, aménagement du territoire, éducation). Préserver les puits de carbone.

4 – Assurer une transition juste. La sobriété consumériste doit être engagée au niveau des classes fortunées, les plus engagées dans l’hyper-consommation et l’effet d’imitation autour d’elles. La transition n’est efficace qu’à partir d’une réduction des inégalités. Partage de l’effort de l’Etat avec les entreprises, les contribuables, les collectivités, l’UE.

  1. Articuler la Stratégie Nationale Bas Carbone à toutes les échelles : niveaux de revenu et de protection sociale, disparités géographiques, entreprises et particuliers, dans un souci d’équité.
  2. Evaluer systématiquement l’impact en émissions de gaz à effet de serre des politiques et mesures, dès l’amont mais aussi en aval.
  3. Renforcer le projet de Stratégie Nationale Bas Carbone révisé, en tenant compte des échanges et des transports internationaux

Si la France veut atteindre ces objectifs de neutralité carbone en 2050, elle doit donc engager une série de transformations socio-économiques et structurelles majeures. La politique climatique doit dépasser son format sectoriel : chaque loi et projet doivent être discutés sous le spectre de la Stratégie Nationale Bas Carbone, qui doit être inscrite dans la loi afin de devenir contraignante. C’est de la bonne architecture de ce dispositif, du réglage au bon niveau d’incitation ou de contrainte de chaque instrument, de leur évolution dans le temps,
de leur compatibilité avec des objectifs de justice sociale et de transparence que dépendra le succès de la lutte contre le changement climatique.

(sources diverses : HCC – Ecrits de Mme Corinne Le Quéré – Pacte Finance-Climat)

ours polaires sur un iceberg

source : overblog (deux cousins de l’Ours, gênés aux entournures)

Le protectionnisme supplantera-t-il le libre-échange, à la faveur de l’angoisse climatique ?

Colère populaire contre l’accord de libre-échange conclu avec le Mercosur, en marge du G 20 d’Osaka. Citoyens vent-debout contre l’approbation gouvernementale du Traité CETA, libéralisant les échanges avec le Canada (et soumis à ratification parlementaire, le 17 juillet). Bouderie unanime à l’égard du récent Traité de même nature passé avec le Japon. Méfiance extrême envers les négociations entamées avec Singapour et la Thaïlande… le libre échange a franchement mauvaise presse dans notre pays.

Ours poussant son charriot

Le libre-échange, un ogre hors-sol qui dévore la planète 

– Ses détracteurs avancent des d’arguments à la fois pertinents et un peu trop auto-centrés : le libre-échange (en fait l’ensemble du commerce entre les nations) détruit les normes écologiques et sociales. Il enrichit les multinationales et trompe les attentes des consommateurs. Il hypertrophie l’usage des transports ‘’sales’’ comme le bateau et l’avion et génère des empreintes carbone qui polluent l’atmosphère. Il cautionne les politiques – souvent mauvaises – de dirigeants « exotiques » qui attisent notre méfiance. Ce refus instinctif est le credo commun des deux extrêmes du spectre politique. Ainsi, Donald Trump se montre monstrueusement agressif à l’égard des produits étrangers qui rentrent aux Etats-Unis, au point de systématiser le chantage aux taxes et les listes noires. Marine Le Pen ne parle plus trop de « préférence nationale » mais en défend toujours l’idée, mordicus. L’extrême gauche, insoumise ou trotskiste, se retrouve dans cette mouvance isolationniste, qui conduit toujours à privilégier le rapport de force et à court-circuiter les préalables de paix et de dialogue. Beaucoup d’entre nous, se rangent à cette opinion, sans trop savoir pourquoi. C’est « l’air du temps », voilà tout !.

– Même quand un produit importé est tenu de satisfaire nos normes phytosanitaires, médicales, nutritionnelles, sécuritaires ou écologique – et ceci, contrôle à l’appui – on n’empêchera jamais le consommateur patriote, aiguillonné par les professionnels du secteur, de penser que le bœuf canadien ou brésilien reste aux hormones et aux antibiotiques ou que les fleurs de l’Amazonie sont cultivées sur des terres déboisées, arrachées aux Indiens et parsemées de pistes pour avions gros-porteurs polluants. Méfiance ! Nous sommes excellents dans la citation de motifs pour rejeter les intrus dangereux. Nous  nous exprimons moins sur les « dégâts collatéraux » provoqués par nos propres exportations, et sur le tort qu’elles causent à autrui. Même lorsqu’il s’agit d’armes françaises, exportées pour être employées contre des populations civiles, dans des conflits qui nous échappent, il n’y a qu’une petite minorité de citoyens à s’en offusquer. Combien de nos farouches isolationnistes à l’importation sont également opposés à nos exportations d’armement ?

Les gestionnaires mondialistes, dépourvus d’âmes (CO2, mon amour…)

L’apologie du libre-échange pour le libre échange est, elle, égoïste et outrancière. Les deux premiers projets d’accord cités remontent à presque deux décennies, un indice de ce que la balance des avantages et des inconvénients a évolué. Au fil des remises en cause de nos écosystèmes physique et mental issus du XXème siècle, la perception des précautions indispensables pour prévenir une dérive du commerce mondial a nécessairement changé. Ainsi, la spécialisation internationale du travail, ressort classique de la compétitivité, n’est plus acceptée :  elle est, au mieux, subie comme inhérente au ‘’système’’. Mais le « système » a mauvaise mine, dorénavant. Les délocalisations ont traumatisé les Français. Non qu’elles s’avèrent toutes nuisibles, notamment, lorsqu’elles ouvrent à nos entreprises de nouveaux marchés en associant leur base sociale française à cette expansion.

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Biodiversité : rien à carrer des pandas !

Fanny Agostini (merci, Fanny !)
L’Ours a  »liké » à donf !

C’est une opportunité qui ne se présente pas deux fois : il m’est donné la chance de visiter la zoothèque secrète du Muséum d’Histoire Naturelle de Paris. Dans les soubassements du musée, à l’abri des regards, j’arpente les allées d’un coffre fort méconnu du grand public.

La collection parisienne renferme des milliers de spécimens naturalisés dont certains sont des holotypes (spécimens ayant permis de décrire l’espèce) datant du dix-septième siècle. Entre les panthères d’Anatolie, les tamanoirs d’Amérique du Sud et les paradisiers de Nouvelle-Guinée, je me prends pour une darwinette du 21ème siècle à la rencontre d’un patrimoine naturel aussitôt découvert aussitôt perdu.

Oui, parce que nous sommes actuellement en crise… une de plus me direz-vous ! Non, non celle-ci c’est bien l’ultime, la crise du vivant ou la sixième extinction de masse – comme vous préférez. Celle qui par notre négligence risque de nous emporter avec elle tel un fossoyeur fossoyé. Tous les animaux que je vois immobiles, immortalisés par l’habileté des taxidermistes, ne sont en fait pas immortels du tout. .. Pour beaucoup d’entre eux, c’est déjà trop tard, ils ont été rayés de la surface de la terre.
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Sciences : tenir compte du décalage astrologique


L’Ourson Géo ayant bien lorgné dans sa lunette, est au regret de vous faire savoir que les dates régissant les signes du Zodiac sous lequel vous êtes né ne correspondent plus à l’éphéméride zodiacale actuelle, ce, depuis plusieurs siècles. Si, par exemple, vous vous croyez Gémeaux, erreur: vous êtes en fait Taureau !
Les signes zodiacaux ont été déduits des constellations traversées par le soleil, selon une trajectoire circulaire qu’on a appelé « Zodiac ». Vers le Vème siècle avant J-C, la répartition de l’année en 12 secteurs couvrant chacun 30° d’arc sur l’écliptique de la voûte céleste a ordonné une classification en 12 signes du Zodiac. Tous les astrologues l’ont prise comme postulat pérenne, pour prédire notre avenir. Lire la suite

Le retour du « J’ai dit » : Géo-la-science

Le Yéti est un ours plus humain que l’Homme

Le Yéti n’a rien d’abominable – c’était un ours !
Une nouvelle analyse de reliques de la créature mythique du Tibet et de l’Himalaya montre une noble ascendance ursidée (Le Monde du 29-11-2017)

Salut à tous ! Je suis rentré au blog, après un long périple, depuis les Rockies jusqu’aux Pyrénées. Le préfet de Pau m’a même consigné dans un tronc d’arbre, parce que, soit disant, « quelqu’un aurait pu mettre un engin explosif dans ce gros ours en peluche » (je ne suis même pas gros, mais honnêtement nourri, nuance!). J’ai rencontré un tas de copains à fourrure, chemin faisant. Tiens, parlons de mon abominable pote tibétain des neiges, le Yéti. Il est très admiré par les amateurs de cryptozoologie et le Monde en a parlé avec respect (article d’avant-hier). En 2014, l’analyse de ses poils a démontré qu’il avait pour origine une espèce hybride d’ours polaire et d’ours brun. Des prélèvements supposés venir de Bigfoot, l’équivalent américain du Yéti (mais avec un accent texan pas distingué) ont fait apparaître des traces génétiques de raton laveur, d’humanoïde, de vache et très très peu, vraiment presque rien d’ours noir : fichu « melting pot » américain !

L’auteur a analysé les ADN soigneusement conservés dans un pot de miel : douze échantillons d’ours asiatiques et neuf de yétis. J’ai constaté que tous renvoient à des espèces nobles d’ursidés. Le fémur sur lequel il a travaillé (photo : fémur de Yeti GEOscoop2018) ne permet aucun doute, à cet égard. L’analyse génétique révèle ainsi toute la magnificence du grand ours brun tibétain. La légende est donc vérifiée scien-ti-fi-que-ment. Yeah, T !

A part ça, l’ourson serai assez content d’être de retour à temps pour les marchés de Noël, quand il fait un peu moins chaud. Il semble que mon humain ait bossé la géopolitique – non sans peine – pendant ma vadrouille. « Comme vous, je ne lis jamais sa prose, trop longue et trop concentrée. Mais il faut que vous sachiez qu’elle ne m’engage pas, moi. Quand je tiens la plume ou défonce le clavier, je le fais savoir ».

Vous voudriez tout savoir sur Noël, n’est-ce pas ?
Et bien voilà : Au VIe siècle, le moinillon Denis le Petit, un historien, entretenait un doute sur le calendrier grégorien. Pour régler sa clepsydre aux petits oignons, il rechercha quand exactement le temps de notre ère avait commencé. Pour lui, c’était l’année où Jésus était né. Après de savants calculs, Denis le Petit en a fixé l’origine en l’an 1. On a alors décalé d’une année la liturgie des églises et les programmes télé. Aujourd’hui on pense que le moine a fait une petite erreur de calcul, et qu’en fait, Jésus a dû naître 6 ou 7 ans avant sa naissance.

Quant au 25 décembre, il a été choisi dès le IVe siècle. De nombreuses fêtes populaires étaient célébrées en décembre, au moment du solstice d’hiver. Sapiens était dans la stupide idée de conjurer le froid et la nuit. A Rome, du 17 au 24 décembre, on fêtait ainsi les Saturnales, en l’honneur de Saturne, le dieu des semailles et de la fertilité. En Orient, le culte de Mithra, divinité de la lumière, voulait que l’on sacrifiât, le 25 décembre, un jeune taureau, pour célébrer la naissance du dieu solaire. Au Tibet, c’était les ursinales. Et l’on trouve des traces de fêtes similaires chez les Teutons, les Celtes et les Vikings. Le jour du solstice d’hiver si, en effet, l’on entre véritablement dans l’hiver, c’est aussi le moment où les jours commencent à rallonger, le soleil renaît… « Et comme l’ours de la crèche, mes ancêtres ont toujours aimé célébrer ça. Moi,aussi »!

Comment la débâcle de la banquise flingue le climat (et inversement)

Banquise et éléments géophysiques de l'Arctique - Pascal Orcier 2015

Banquise et éléments géophysiques de l’Arctique – Pascal Orcier

Réchauffement ou changement climatique voire « syndrôme de la météo folle » : comment un cycle funeste s’est-il enclenché aux pôles planétaires et pourquoi pourrait-il nous être fatal dans quelques générations à peine ? Chacun a sa représentation mentale du thriller polaro-climatique, souvent, approximative : l’ours blanc, naufragé dépité, dérivant sur son petit morceau d’iceberg… Justement, « Arctos » signifiant « ours », en grec, l’Arctique est étymologiquement et fondamentalement « oursien ». Lire la suite