* 26 mai – L’artificier fou

Si en matière de bellicisme, un train en cache souvent un ou plusieurs autres, il y a un pays dont la constance dans l’agressivité ne se dément jamais : la Corée du Nord ermite  du ténébreux Kim Jong-Un. Même la survenue dramatique du COVID ne change rien à cette constante. Malgré le constat de quelque 70 décès ‘’officiels’’ – que les Nations unies corrigent entre 35 000 et 100 000 morts au sein de cette population non vaccinée et particulièrement vulnérable au virus -, le régime de Pyongyang fanfaronne et menace ses ennemis. Car telle est sa nature. Alors que la veille, la propagande locale montrait les rues de la capitale désertes, vidées de leur population, une foule de plusieurs dizaines de milliers de citoyens-robots s’est réunie pour l’enterrement du Maréchal Hyon Chol-chae. Tout tient au symbole du jour et le focus était sur le périple du président Joe Biden en Corée du Sud et au Japon. Kim n’aime pas ça.

Pour ‘’saluer’’ son ennemi préféré,  un missile balistique intercontinental (ICBM) a donc été tiré le 25 mai, couronnant un bouquet d’une de la vingtaine de provocations du même ordre, toutes dédiées à l’Occident exécré et au Conseil de Sécurité des Nations Unies. Ce dernier est fautif d’avoir sanctionné l’inconduite nucléaire totale de ce pays hors-la-loi. Bien entendu (ce n’est pas nouveau) la Mer du Japon en a été la cible et le réceptacle. Faute de pouvoir encore vitrifier les Etats Unis (mais quand-même, Guam et Hawaï), Pyongyang s’applique à démontrer sa capacité à dévaster l’archipel nippon. L’étape d’essai en  cours porterait sur la manœuvrabilité de missiles en vol plané hypersonique. Cette technologie impressionnante, très prisée des dictatures, rendrait quasi-impossible l’interception en vol par des systèmes antimissiles. Ambitieux ! En fait, aucun tir d’essai n’a encore été un succès patent, le second s’étant même perdu à la limite de la stratosphère. Qu’importe, l’artificier est têtu !

La seule bonne réplique à l’agitation nord-coréenne restant le calme et la sobriété de parole, Washington a laconiquement appelé Pyongyang à ‘’s’abstenir de nouvelles provocations et à s’engager dans un dialogue de fond constructif ‘’. ‘’Un message pour Kim ?’’, a-t-on demandé à Joe Biden. La réponse, ‘’Bonjour. Point final’’ a dû frustrer l’intéressé. Les pourparlers entre les deux capitales sont, on le sait, au point mort depuis l’échec du sommet Kim – Trump de 2019, à Singapour. Le Nord-coréen y avait aisément manipulé le populiste à la chevelure orange. Depuis lors, le régime nord-coréen a ignoré toutes les offres de dialogue formulées par Washington, auxquelles manquaient la théâtralité. Se faire voir, voilà l’obsession.

* 25 mai – Stratégie : champignons et tuyaux

Appuiera, n’appuiera pas sur le bouton rouge de la frappe nucléaire ? Poutine joue constamment de la menace en levier de guerre psychologique. Mais il se place lui-même devant un dilemme indigeste. Voici une réponse facile, qui ne nous mènera pas loin : Primo : tout dépendra des circonstances, ce qui présage un passage à l’acte dans l’hypothèse extrême du ‘’dos au mur’’, provoquant un réflexe désespéré. Secundo : tout dépend de la perception qu’aurait le Prince du Kremlin de cette situation sans issue. Ce second facteur est le plus dérangeant : on a du mal à entrer dans les arcanes psychologiques de l’autocrate orgueilleux et cynique, travaillé par la trace qu’il laissera dans l’Histoire. Jusqu’à quel point s’est-il auto-intoxiqué ?

Et, tertio : l’hypothèse à privilégier serait celle d’une attaque ‘’en cocktail’’, combinant l’emploi d’armes tactiques (quelques kilotonnes) contre des concentrations de troupes, en combinaison avec des munitions conventionnelles, ce, afin de créer une incertitude dans la perception du type d’obus ou de missiles mis à feu. Il y ajouterait, discrètement, des agents toxiques biochimiques destinés aux villes qu’il entend vider de leur population.

L’Ours Géo reste serein et positif. Il se refuse, pour l’heure, à imaginer un holocauste nucléaire stratégique (pesant en mégatonnes), dépeuplant l’Europe. Même aux yeux calculateurs de Poutine, ce serait d’une nullité crasse. Les experts occidentaux n’excluent pas tout à fait une première frappe, peu ‘’tueuse’’, sur un site non-habité. Elle viserait à effrayer les populations et à forcer leurs gouvernements à concéder des concessions politique (le renoncement à la restitution du Donbass, par exemple).

Côté occidental, le choix de la riposte ne sera pas dévoilé à l’avance,  »ambigüité stratégique » inhérente à la dissuasion oblige. Une réplique calquée sur l’attaque, en recourant à des armes tactiques de l’OTAN – voire de la France -, ne paraît pas être le scénario retenu par les états-majors politiques et militaires. Sauf, bien sûr, dans le cas improbable d’une première frappe russe ciblée sur des lieux de vie civils. Mais ce joueur d’échec se montrerait-il ‘’primaire’’ à ce point-là ?

Les stratèges américains songeraient plutôt à une contre-attaque conventionnelle de puissance comparable à celle de l’atome tactique. Elle ciblerait des unités militaires, des infrastructures, voire un ou plusieurs sous-marins nucléaires lance-engins de l’Adversaire. L’US Navy affirme pouvoir en réussir la traque : vrai ou subtile effort de déstabilisation ? Plusieurs options ‘’décentralisée’’ consisteraient à ‘’neutraliser’’ (belle expression) quelques groupes navals russes en Méditerranée et jusque dans la base de Tartous sur la côte syrienne, Plus fort encore – si la Turquie y consentait – détruire en Mer Noire le pont  de Kertch reliant le Donbass à la Crimée. Une formule séduisante pour ce blog serait d’appréhender et de coffrer à La Haye les mercenaires Wagner trainant leurs bottes en Afrique : cadeau au tribunal de la CPI.

L’Europe, fille de Vénus, est nettement plus ‘’psy’’ que Mars, qui règne sur le Pentagone. Surtout du côté de Paris et Berlin, on ne cessera jamais d’ausculter à distance la tête glacée de Vladimir-le-terrible. On l’a déjà dit, le tandem ne s’intéresse pas moins à sauvegarder des possibilités de signer un jour la Paix avec lui qu’à gagner la guerre par procuration. A l’exception de la France, les ‘’27’’ n’ont pas d’autre choix que de s’en remettre à l’OTAN, donc pratiquement, à l’Amérique. Pourtant, l’Alliance atlantique n’a guère débattu des mesures de rétorsion concoctées au sein du Comité des plans nucléaires. Elles existent, c’est certain, mais allez savoir tout ce qu’il y a dans ces pochettes surprises !

L’incertitude autour d’une riposte française autonome – selon quel mode ? – peut renforcer la main européenne. Au détail près toutefois que si par malheur la dissuasion échouait, une montée des enchères face à la Russie supposerait une ferme propension au suicide (vengé) de la population civile hexagonale. Efficaces, les champignons stratégiques français ne donnent pas le temps de finir d’avaler l’omelette. Un plan parallèle ou alternatif est cité, qui consisterait à démonter les oléoducs et gazoducs russes desservant l’Europe. Ceci paraitrait plus approprié comme réponse à un blocus du gaz. D’ailleurs, que ferait-on de tous ces tuyaux : des affuts de canon, des orgues géantes, où des gazoducs tournés vers l’Amérique ? Si, parmi vous, quelqu’un pouvait tuyauter l’Ours …

* 24 mai – L’Eurasie des trains cachés

En Eurasie, la guerre se décline le plus souvent au pluriel. Aujourd’hui, Taïwan ne serait elle pas l’Ukraine du Parti Communiste chinois ? En géopolitique, on s’attend toujours à ce qu’un train (visible) en cache un autre (qui surgit derrière). Souvenons nous des deux guerres d’annexion de la Pologne, en 1939, fruit du pacte Molotov-Ribbentrop ; de l’offensive de MacArthur sur l’archipel nippon provoquant l’entrée en guerre de la Russie contre le Japon et l’installation d’un régime stalinien à Pyongyang ; de la piteuse expédition de Suez, en 1956, ouvrant la voie à la ‘’normalisation’’ de la Hongrie par l’Armée rouge ; des crises simultanées du blocus de Berlin et du détroit de Taiwan ; enfin, de la guerre française d’Indochine, qui a vu la France incapable d’envoyer plus qu’un maigre bataillon en Corée, etc.

Dans cette logique, lors du lancement de ‘’l’opération militaire spéciale’’ contre l’Ukraine, les états-majors alliés se sont d’emblée inquiétés d’une possible connivence russo-chinoise autour d’une agression parallèle de leurs deux entités ‘’rebelles’’, soutenues par l’Occident. A l’image des grandes manœuvres russes autour de l’Ukraine (depuis novembre 2021), les incursions agressives, aériennes et maritimes, de l’Armée populaire de Libération dans l’espace de l’ancienne Formose portaient à craindre le pire : deux fronts simultanés, face à deux grandes puissances nucléaires !

La forte proximité de Xi Jinping avec Vladimir Poutine, affichée lors des Jeux olympiques d’hiver de Pékin, avait alimenté, au moment de l’attaque russe, la hantise d’un parallélisme de conflits taïwano-ukrainien. Pourtant, et alors qu’on n’y pensait plus guère, le président Joe Biden vient d’assurer que les États-Unis défendraient Taïwan si la Chine entreprenait d’aller plus loin que ‘’flirter avec le danger’’. Sortie de l’ambigüité stratégique, marge de souplesse préservée par Washington et alerte rouge dans l’antre électronique de l’Ours Géo ! Des cataclysmes nouveaux et imprévus sont-ils sur le point de surgir au 4ème mois de  »l’opération spéciale » (signée d’un Z : soit encore un parallèle et une oblique ) ?

Interrogé sur le sujet en octobre 2021, l’Oncle Joe Biden avait assumé ‘’un engagement américain en ce sens’’, ps une intervention, pour corriger, le lendemain, ‘’ne pas vouloir s’engager sur la voie d’une guerre froide avec Pékin’’ et ‘’ne pas croire qu’une telle guerre puisse éclater’’. D’ailleurs,  »il n’y aurait aucune raison pour que cela se produise ». Plus encore, son administration avait cru devoir rectifier le tir en recadrant cet engagement aux seuls moyens de défense requis par Taipeh, dans le droit fil du ‘’Taiwan Relation Act’’ de 1979. Donc, comme en Ukraine : ne pas intervenir directement mais armer son allié d’une capacité défensive suffisante pour tenir le coup. Revenant vingt jours plus tard sur le sujet – qui, visiblement, le travaille – le locataire de la Maison Blanche en a rajouté une couche, dans le souci d’apaiser l’Oncle XI : ‘’Nous n’encourageons pas l’indépendance. Nous les encourageons à faire exactement ce que prévoit le Taïwan Act’’. On ne saurait être plus clair, zigzags en plus.

Mais voilà qu’à l’issue d’un périple à Séoul et à Tokyo, Joe Biden prend tout le monde à rebrousse-poil, en affirmant mordicus que les États-Unis défendront Taïwan contre toute éventuelle attaque continentale : ‘’Nous étions d’accord avec la politique d’une seule Chine, nous l’avons signée’’ (de fait, elle n’implique pas nécessairement un régime politique unique, totalitaire)… ‘’L’idée que Taïwan puisse être prise par la force n’est tout simplement pas appropriée’’ a-t-il asséné, le 23 mai, au côté du premier ministre japonais Fumio Kishida. ‘’Ce serait = = une autre action similaire à ce qui s’est passé en Ukraine = =’’. Nous y sommes : c’est la théorie d’un train visible en cachant un autre, pas moins dangereux !

Ce revirement d’attitude n’est sans doute pas uniquement explicable par les manœuvres d’intimidation menées actuellement autour de l’île nationaliste par les militaires continentaux : incursions aériennes dans la zone d’identification de défense aérienne taïwanaise ou manœuvres aéronavales à portée de canon du littoral de l’Ile. Alors, par quoi d’autre expliquer le raidissement américain ? Tout d’abord, l’heure est à l’affirmation du leadership US en Asie orientale : le Japon est prié de protéger, avec sa flotte militaire, les arrières d’une intervention américaine ; l’Australie, d’armer des sous-marins nucléaires dans les détroits ; l’Inde de prendre ses distances avec la Russie, etc. On a dépassé le stade de la diplomatie ‘’molle’’ du soft power : le Chef prépare ses troupes. On pourrait aussi creuser du côté du déficit de consensus américain au sein du Congrès, l’option générale de fermeté envers la Chine contrastant avec la charge polémique d’une décision anticipée de la Cour suprême touchant au droit à l’avortement.

N’excluons pas qu’il y ait encore quelque autre motif, que nous ignorions. Xi Jinping aurait-il tiré des leçons de l’aventure russe et dans quel sens ? Celui de la modération de ses élans guerriers ou, au contraire, de l’incitation à passer à l’acte rapidement ? Il ne faut pas nécessairement privilégier l’option la plus noire. Attendons un peu, nous finirons par savoir…

* 23 mai – La potence et la pitance

 Ce n‘est pas la troisième guerre mondiale, encore moins le retour de la guerre froide. Nous (pays occidentaux) ne sommes pas belligérants. Nous sommes protagonistes d’une guerre de prétérition et d’exclusion d’un type nouveau. Le conflit n’est pas seulement entre la Russie (et la Biélorussie), d’un côté, l’Ukraine et les membre de l’Alliance atlantique, de l’autre : il est mondialisé. ‘’Mondialisé’’ ne veut pas dire ‘’mondial’’, la nuance a son importance. Les pays occidentaux ne sont pas suivis par les Etats émergents, qui ne leur sont pas ‘’alliés’’ et dont ils n’épousent pas (ou très mollement) la cause. Du point de vue stratégique, la moitié de l’humanité en nombre d’individus ne suit pas l’Ouest et s’abstient de sanctionner Moscou. La riposte à l’agression de l’Ukraine vise une exclusion de la Russie du système mondial multilatéral, économique, culturel et sportif. Cette stratégie consiste à ‘’user l’agresseur’’ et à l’appauvrir économiquement. Elle est, assurément, bien calibrée comme réponse à une ‘’guerre hybride’’ polyforme conduite par une puissance nucléaire (inattaquable sur le plan militaire) insérée dans la mondialisation, où se situe donc sa vulnérabilité.

Sur ce plan, les Occidentaux sont suractifs à la manœuvre. On n’a jamais tapé aussi fort, de toute l’histoire contemporaine, avec les artilleries économique, financière, judiciaire, le blocus technologique et le boycott commercial, l’interdiction des médias ‘’protagonistes’’, les restrictions à la circulation, les mesures ciblées individuelles, la paralysie des liaisons aériennes, les confiscations et, bien sûr, les livraisons d’armes à l’Ukraine dont la part d’engagement américaine compte déjà en centaines de milliards de dollars (au moins, cinq fois plus que tous les alliés réunis). Mais ils ne rallient le reste du monde pas à leurs sanctions et les trous sont nombreux dans la raquette, à commencer par l soutien chinois au régime russe.

Les Russes, placés sur la défensive, ripostent avec les atouts commerciaux limités qui sont les leurs. Ils recourent traditionnellement à l’arme énergétique, gênante à court terme, mais qui, au fond, stimule la nécessaire transition  écologique dans ce domaine.

Venant d’un bord ou de l’autre, les coups de serpe infligés aux marchés sont prodigieusement coûteux. Pour la Russie, par définition, mais en fait pour tous les acteurs économiques, compte tenu de l’impact de ces effets collatéraux, hautement perturbateurs, sur les marchés mondiaux. Le nombre de biens agricoles ou industriels en situation – présente ou prochaine – de pénurie est tel que l’économie mondiale, relancée après la pandémie, rentre en phase d’inflation et de ralentissement, la spirale de stagflation augurant, un peu partout, de répercussions longues et socialement explosives. C’est la seconde crise de l’offre créée par des politiques humaines depuis la précédente crise du Covid. Pour la partie la plus pauvre du monde émergent, l’effet indirect des sanctions signifie même la perspective de famines et de désordres sociaux dans le cours de l’année. Le Sri Lanka vient d’établir le modèle de la faillite par dépendance extérieure et aucun continent n’en réchappera.

C’est précisément par ce type de conséquences que le conflit en Ukraine est mondialisé, sans constituer pour autant une guerre mondiale. Il ne faut donc pas rester sourd à l’exaspération et à l’inquiétude de nombreux dirigeants du Sud qui craignent la survenance de révoltes sociales autour du pain, du prix des denrées alimentaires ou de l’énergie. Quand en plus, la gouvernance est médiocre, la crise constitue l’amorce d’une descente aux enfers.

Ce blog accorde de la crédibilité à la théorie des ‘’intersocialités’’ (la scène internationale animée par des contradictions sociales et inter-sociétés et non pas par un monopole des Etats en la matière), développée par le professeur Bertrand Badie. En résumé, cet éminent enseignant en sciences politiques, perçoit trois traits nouveaux dans la guerre par proxy et par exclusion livrée à l’agresseur russe :

1 – Poutine s’est enfermé dans un schéma, franchement archaïque, de conquête territoriale par la force 100 % militaire. Il ruse, ne se fie qu’à lui-même et ne se laisse pas entamer par les sanctions ni par l’isolement. En bon dictateur, il juge que la société ruse ‘’suivra’’ bon an, mal an. Sur ce point, la ‘’perception du Prince’’ devrait s’avérer faussée. Il n’avait pas pressenti le patriotisme ukrainien ni le réflexe unitaire des Occidentaux. La myopie est un handicap e stratégie.

2 – Les Occidentaux et leur réflexe d’Alliance autour des Etats Unis donnent à l’Oncle Sam une forte prééminence sur l’Union Européenne. C’est un peu un retour en arrière, mais rien d’autre ne s’avère efficace sur le plan militaire. Paris et Berlin sont soucieux de sauvegarder des canaux pour conclure, un jour, la Paix. De ce fait, le tandem franco-allemand se voit contré par les Européens de l’Est, pour qui ‘’l’heure est au combat défensif, pas à la négociation’’. Ils marchent au pas cadencé derrière Washington. Des frictions apparaissent, en perspective…

3 – L’issue de ce nouveau type de guerre ne se trouve pas dans‘’ la bataille décisive’’, mais bien dans la capacité de résilience et de cohésion des sociétés (dont les forces combattantes). De ce point de vue, nous avons surtout à craindre la ‘’colère du Sud’’, où domine la perception de l’Europe, des Etats Unis et du G7 comme ‘’Club néo-colonialiste, accaparant les ressources et l’argent’’. Le phénomène des migrations reste le principal mode d’ajustement dont on y dispose face aux détraquements de notre monde, forgé par le Nord. Dommage que les sociétés émergentes aient si peu de compassion et de solidarité envers les Ukrainiens ! Mais, que voulez-vous, nous (Occident) sommes aussi loin de la perfection.

* 4 mai – Diversion extrême-orientale

Il y a un mois, plusieurs navires militaires russes avaient été repérés au sud-est du cap Soya, au nord d’Hokkaido. A l’issue d’exercices en mer d’Okhotsk, ces bâtiments lance-missiles et de transport de matériel militaire avaient franchi le détroit de Tsugaru entre Hokkaido et Honshu. Certains ont alors procédé à des tirs de missiles sur Etorofu et  Kunashiri, deux îles Kouriles du Sud occupées par la Russie en 1945, fermement  revendiquées par Tokyo. En plein conflit sur la Mer d’Azov, où elle a perdu un croiseur anti-aérien et un navire de transport, détruits par les forces ukrainiennes, la marine russe adopte une posture d’intimidation à l’égard du Japon. Comme pour signifier à Tokyo, qui s’est aligné sur les sanctions occidentales,  qu’elle est à même de mener bataille sur deux fronts, simultanément, aux antipodes. Déjà, au pic de la guerre froide (qui fut chaude dans cette région lors du conflit coréen), les Forces d’Auto-défense japonaises s’étaient trouvées confrontées à la perspective d’un débarquement de l’Armée rouge à Hokkaido (paradoxalement la  »bombe » d’Hiroshima et Nagasaki a levé cette hypothèque).

La 7e flotte américaine mène, certes, toujours  des exercices aux côtés des Forces maritimes japonaises d’autodéfense, mais Washington et Tokyo doivent compter, en plus, avec les provocations nucléaires et balistiques de la Corée du Nord. Pyongyang a procédé à 15 tirs de missiles depuis le début de l’année et un septième essai nucléaire pourrait intervenir bientôt. Les Etats Unis sont aussi confrontés aux prétentions de l’Armée populaire de Libération chinoise de faire de la mer du Japon, comme de celle de Chine du Sud, une mer fermée interdite aux marines occidentales. Tout cela fait déjà beaucoup.

L’USS Abraham Lincoln et son groupe aéronaval croisent dans ce théâtre de tensions. Escadres américaine et japonaise face à la flotte russe d’Extrême Orient : la mer du Japon pourrait devenir le front de diversion d’un conflit européen qui s’étendrait depuis la mer d’Azov et la Mer Noire jusqu’à celle du Japon.

Les tirs de missiles russes hypersoniques ‘’Kalibr’’ dans son environnement immédiat ont de quoi rendre l’archipel nippon nerveux. Pour rendre plus explicites encore ses intentions inamicales, Moscou a mis fin, depuis l’invasion de l’Ukraine, aux discussions bilatérales sur un Traité de paix entre les deux puissances visant à clore le passif de la seconde guerre mondiale. Le fond d’hostilité demeure. Tokyo n’a jamais été si proche de l’Alliance atlantique.

Palpable en Europe, en Afrique, dans le Pacifique, la menace russe n’est pas qu’une affaire régionale. De l’attitude de la Chine et de l’Inde peut dépendre que la guerre ne s’étende pas de l’Europe à l’Eurasie entière. Les offensives de diversion, d’ouverture d’un  »front secondaire » tournent souvent au pugilat général. Cette bonne vieille brute de Lavrov aime évoquer la  »troisième guerre mondiale » à nos portes. Alors, n’y croyons pas !

* 3 mai – Age d’or et gueule de bois

Adios, interdépendance ! Une lourde Interrogation plane sur l’avenir du XXIe siècle : la globalisation des marchés va-t-elle survivre aux antagonismes et conflits stratégiques qui surgissent un peu partout ? Pourra-t-elle résister à l’hostilité croissante entre la Chine et les Etats-Unis, dans leur quête du leadership/ de l’hégémonie, à la guerre en Europe et, plus généralement, au retour de l’ultranationalisme  et des protectionnismes ? La presse anglosaxonne – celle de la globalisation – ressasse son inquiétude. La réponse doit être prudente mais pessimiste : l’unité économique du Globe a vécu. Mais on n’a pas encore inventé le ‘’système d’après’’. On tâtonne, on s’énerve ….

Après la chute du mur de Berlin, on s’accordait à penser que liberté politique et libre-échange allaient en couple, se renforçant l’une l’autre. Pour un temps, ça a marché.  »Dans les années 1990, le nombre de pays convertis à la démocratie progressait, les barrières tarifaires diminuaient et les porte-conteneurs sillonnaient les océans » (dixit the Economist). Nostalgie, quand tu nous tiens…

Mais, depuis plus de dix ans, les chocs se sont multipliés. Crise financière de 2008 ; Brexit ; échecs enregistrés par Barack Obama dans la création de deux grands ensembles de libre-échange, l’un de part et d’autre de l’Atlantique Nord, l’autre dans le Pacifique ; élection de Donald Trump et début de bataille tarifaire entre Washington et Pékin ; pandémie ; guerre en Ukraine, s’ajoutant à l’épidémie de Covid-19. Les sociétés occidentales sont désormais vent debout contre le libre-échange, par vision écologique ou par chauvinisme. Retour dans son ‘’chez soi’’, rétrécissement du champ conscient, divergence des politiques étatiques, cet enchaînement infernal donne un coup d’arrêt à l’internationalisation des échanges : tant pis pour Ricardo et pour la théorie des avantages comparatifs : mieux vaut produire à la maison et consommer sur place, même si c’est plus cher.

En Asie, la plus vaste zone de libre-échange du monde, le Partenariat régional économique global (Regional Comprehensive Economic Partnership, RCEP) est entrée en vigueur le 1er janvier 2022. Celle-ci sonne le glas du système ‘’quasi-universel’’ construit autour du Gatt puis de l’OMC, dans ‘’l’esprit des institutions onusiennes’’. Pékin avait déjà créé une banque de refinancement réservée à l’Asie. Dans tous les cas, l’obsession américaine de ‘’contourner la Chine’’ possède sa part de responsabilité dans ce compartimentage en  »clusters » régionaux qui s’installe.

Avec la guerre en Ukraine et les sanctions contre la Russie, de nombreuses chaînes de fabrication en Europe de l’Est mais aussi à travers le monde se voient durablement perturbées. La raréfaction des énergies fossiles, du bois, du sable, le crack du colza, le renchérissement des céréales et de la plupart des matières premières, le désinvestissement occidental en Russie et même en Chine, l’étranglement des transports internationaux, se surajoutent aux stigmates du Covid, tels la ré-internalisation des productions stratégiques et pharmaceutiques, la pénurie en micro-processeurs, la crise du tourisme international, pourtant l’activité mondiale la plus évidente, et depuis février une guerre sur les devises et une forte dépression de l’investissement, du fait des sanctions ou du risque lié à la distance. Ajoutons y le  »bashing » de l’aviation civile. Funeste liste symptomatique d’une régression des échanges alors que nous voilà face à une perspective de stagflation… donc de tensions sociales …de pulsions populistes sur les thèmes de la souveraineté des peuples et de la préférence qu’ils s’arrogent… Halte au feu des égoïsmes !

Pour quelque temps encore, le commerce international s’alimentera à la relance post-Covid. Mais après ? The Economist, encore, s’interroge : ‘’ Est-il raisonnable pour les sociétés libres d’entretenir des relations économiques avec des autocraties qui, telles la Chine et la Russie, violent les droits de l’homme, font régner l’insécurité et s’avèrent plus menaçantes à mesure qu’elles s’enrichissent ? Quelque chose s’est brisé en route et on n’a plus confiance en personne. Le niveau d’hostilité entre les deux des grands blocs de puissance actuels – l’ensemble occidental et le couple sino-russe – va-t-il rester compatible avec la poursuite d’une politique d’échanges, même limités entre les continents ? L’Eurasie pourrait bien devenir un champ de mines hérissé de barbelés. La problématique ‘’guerre – commerce – rapport de force nucléaire donne le vertige. Alain Frachon en tire une leçon qui évite les hypothèses les plus extrêmes : ‘’ Nous allons vers un monde où les divisions économiques seront le reflet des divisions politiques’’. Ca va être sportif …

* 27 avril – Malbrough s’en va-t-en guerre

La guerre s’étend rapidement, c’est incontestable. Quelle guerre ?

(1) Celle commencée par une agression gratuite contre l’Ukraine, qui se reconcentre sur le Donbass et le littoral de la Mer noire jusqu’aux frontières de la Moldavie. (2) Celle qui conduit Moscou à bombarder les entrepôts d’armes livrées à Kiev, lesquels incluent désormais des blindés, de l’artillerie lourde, des drones, des missiles et des radars… peut être même quelques avions de combat Mig 29. (3) Celle qui coupe brutalement les livraisons de gaz à la Pologne et à la Bulgarie pourtant dépendantes à 90 % du fournisseur russes. (4) Celle qui voit ‘’disparaitre’’ soudainement des oligarques et chefs militaires russes atterrés, comme nombre de leurs compatriotes, par la fuite en avant de Poutine et qui cherchent à s’évader de l’étouffoir. (5) Celle, enfin, qui se joue dans les médias pour brouiller les esprits … 

Un brouillard mental se lève autour de l’Ukraine : sommes-nous sur le point, comme Serguei Lavrov nous en accuse, de lancer pour ce pays une troisième guerre mondiale, nous autres Occidentaux qui répétions en chorus ‘’ne pas vouloir mourir pour Kiev’’ ?

Il y a quand même un peu de ça, semble-t-il, lorsque Antony Blinken et Austin Lloyd, les chefs de la diplomatie et de la défense des Etats-Unis, paradent à Kiev avec Volodymyr Zelensky en affirmant fièrement que « L’Ukraine croit clairement qu’elle peut gagner et c’est aussi le cas de tout le monde ici. Nous allons continuer à remuer ciel et terre pour pouvoir les satisfaire’’.  Les livraisons d’armes gagnent en volume comme en puissance (cinquante blindés anti-aériens ‘Guepard’ allemands, douze canons de 155mm français ‘César’, drones turcs en sus de l’arsenal lourd et du renseignement américains).  Même si cela reste loin de l’effort quantitatif de Washington, la participation européenne est adaptée au plan qualitatif à la grande bataille qui s’engage au Sud-est. En Bulgarie, les détachements pilotés par le Royaume Uni sont sur le qui-vive, alors que  les troupes russes se rapprochent. De même, en Roumanie, les militaires français stationnés à la frontière de la Moldavie pourraient avoir à faire face à l’armée russe stationnée, juste un peu plus à l’est, en Transnistrie occupée. Mais tout cela, contrairement à ce qu’affirme certains esprits faibles ou rusés, ne fait pas de l’Occident un ‘’cobelligérant’’, une puissance ‘’en guerre contre la Russie’’.

Certains de nos politiciens ou de nos médias oublient un peu vite le droit de défense légitime – et collectif – qu’ouvre une agression caractérisée comme l’a subie l’Ukraine. Aussi longtemps qu’elle n’aura pas été remplacée, la Charte des Nations Unies reste la règle cardinale en matière de guerre et de Paix. Son Chapitre VII prévoit, en cas d’agression et de menace à la Paix, des mesures coercitives. Le Conseil peut alors recourir à des mesures militaires ou non militaires pour maintenir ou rétablir la paix et la sécurité internationales. La guerre de Corée a été menée sur cette base juridique par les forces des Nations Unies. Les casques bleus ont aussi recouru à la force, dans la guerre de Bosnie.

L’article 51 de la Charte prévoit le droit de légitime défense individuelle = = ou collective = =, dans le cas d’une agression armée contre un Membre de l’Organisation des Nations Unies.

L’agression et l’identité de l’agresseur – la Russie – ont été constatées par l’Assemblée générale des Nations Unies. Ceci, même à deux occasions successives. Dès lors, l’Ukraine ne doit pas être considérée comme belligérante à parité de responsabilité avec la Russie. Kiev – et elle seule – use de son droit à défendre sa souveraineté et son intégrité territoriale, conformément à la Charte. Même en cas de violation du droit humanitaire de la part de ses défenseurs, son droit à l’auto-défense reste irrévocable (ce qui n‘exonère pas les auteurs d’avoir à rendre des comptes). D’ailleurs, en sa qualité de démocratie, le pays agressé manifeste un comportement général conforme à l’état de droit et au respect des civils.

Moscou, de son côté, transgresse  toutes les normes admises du droit et de la civilisation. Mettre au ban ce comportement, stopper cette agression ne sont possibles que par un usage croissant de la force, au service du droit.  C’est le principe de la défense collective, celui qui guide l’action actuelle des démocraties. Mais il n’y aura jamais de paix juste si le bluff de Lavrov sur ‘’une troisième guerre mondiale’’ devait paralyser le devoir de défense collective de l’Ukraine. Le risque à prendre existe, c’est vrai, mais éviter une ‘’paix injuste’’ représente un pari nécessaire sur l’avenir. Ni l’Europe ni les Etats Unis ne sont ‘’cobelligérants’’. Mais ils sont totalement dans les règles internationales dans leur rôle de ‘’co-défenseurs’’.

* 21 mars – La momie passera-t-elle au bio ?

La momie de Staline règne toujours sur un cimetière des peuples. Après ce week-end jalonné de massacres des innocents à travers les cités d’Ukraine, systématiquement détruites par la soldatesque de Poutine, comment pourrait-on se détacher du drame infligé à toute une population ? On assiste à de nouveaux Guernica (ou Alep, ou Oradour) dans Marioupol, Kharkov, Mykolaïv, Kiev, bientôt Odessa, etc. Les habitants sont chassés sous les bombes ou ensevelis sous les obus. Ce ‘’toujours pire’’ advient au lendemain d’une condamnation de l’offensive russe par la Cour Internationale de Justice. Comme pour narguer celle-ci,  puisque, dans la glaçante et insondable doxa du chef de guerre, le glaive décapite la loi et égorge la morale.

La semaine va être consacrée, du côté ‘’civilisé’’ du monde, à toute une série de réunions urgentes, à l’ONU, l’OTAN, l’Union européenne, etc. Tout le monde a compris que Vladimir Poutine s’en fout éperdument et qu’au contraire, il essaiera de forcer la marche de ses troupes, engluées dans les boues du dégel. Mais, pour brandir bien haut sa proie, il doit chercher, chez ses rares alliés, des troupes en renfort, des armes pour refourbir ses arsenaux, un soutien à son intendance. De ce fait, la Chine se retrouve sans l’avoir voulu, en ligne de mire et amenée à dresser un rideau de fumée devant ses intentions.

Etouffer par tous les moyens possibles la machine de guerre russe, c’est possible mais s’avère trop lent pour sauver des vies. Il faudra bien aussi  »user » la majeure partie d’une population, dont le nationalisme chauvin et l’isolement mental ont secrété la dictature de cet ‘’homme fort’’  et qui fait consubstantiellement corps avec lui (les gens conscients, eux, s’en vont). Le seul plan B concevable consisterait en une confrontation frontale, rapidement synonyme d’un holocauste nucléaire. Aucun esprit sensé ne veut en prendre le risque.

Pour repeupler l’Ukraine par une population exogène russophone, à lui soumise (le grand remplacement), va-t-il aller jusqu’à l’emploi d’armes strictement prohibées ? Les bombes à fragmentation et les mines, qui appartiennent à cette catégorie, sont déjà d’usage courant dans son armée. La mise en alerte de crise de l’arsenal stratégique russe ouvre aussi bien la voie à l’introduction d’armes chimiques ou biologiques dans l’offensive contre les villes.

L’arme biologique n’est pas nécessairement la plus tueuse, mais c’est la plus vicieuse. Pas d’explosion, pas de vecteur visible, pas d’odeur mais une paralysie mortelle que l’on ne voit pas venir. Du temps où elle était soviétique, l’Ukraine a développé ce type d’armes pour l’Armée rouge, puis elle a dû les transférer à Moscou, lors de l’implosion de l’URSS. Mais les laboratoires et les laborantins sont restés sur place et l’Occident s’en est bien sûr inquiété. En 1993, Kiev a conclu un accord  avec les Etats-Unis – renouvelé en 2005 – par lequel était encadré et financé une ‘’mise au repos’’ de ces capacités ainsi que des solutions de ‘’recasement’’ pour les techniciens concernés. Le même dispositif a été activé avec la Russie, mais celle-ci a triché et caché ses stocks biologiques et chimiques. Elle est donc toujours susceptible de passer à l’acte. Comme de règle, dans une présentation FSB des choses, le régime moscovite commencerait par accuser les gardiens américains des accords et leurs partenaires ukrainiens ‘’nazis’’ de s’apprêter à attaquer la Russie avec ces armes abominables … pour mieux les utiliser lui-même, le premier. Un peu comme l’histoire du passant qui hurle ‘’au voleur’’ pour mieux détrousser les badauds …

* 17 mars – Le monde méli-mélo

Comme pour le COVID, les bouleversements provoqués à travers le monde par l’agression russe en Ukraine nous incitent à tenter d’imaginer  »le jour d’après ». Quand les armes se seront tues (ou quand le virus sera apprivoisé, à l’instar de la grippe), faudra-t-il croire naïvement que, par enchantement, la Paix (ou la Santé) reviendra, comme avant ?

Non , bien sûr ! Pour l’Occident, le fil-conducteur aura glissé d’une guerre par procuration – sans la  »faire » au sens strict, mais en l’alimentant par tous les canaux possibles – à une sorte de pénombre brumeuse. Les relations Est-Ouest croupiront dans un mélange d’hostilité, de méfiance et de rancœur tumultueuse, à travers une Europe cloisonnée en blocs autarciques et furieusement nationalistes. Sur une plus grande échelle, ce sera les Balkans au lendemain de la guerre de Bosnie, incapables de tourner la page. S’ouvrira alors une ère de confrontation molle, à mi-chemin entre  »drôle de guerre » et  »guerre froide parsemée de pics de crise ». Même à supposer qu’on aura heureusement pas atteint le stade terrifiant de la conflagration nucléaire, le nombre de morts et de victimes accumulés de part et d’autre rendra la réconciliation impossible avant longtemps. Et si Vladimir Poutine ou un de ses clones trônait encore au Kremlin ? Une Russie, même saignée à mort et demandant l’armistice, continuerait à dominer un immense espace stratégique au cœur du continent euro-asiatique, avec un mauvais état d’esprit. Ses blessures lui dicteraient une envie de vengeance. Celle-ci pourrait même engouffrer son  »mentor » chinois dans diverses formes de confrontation réellement mondiale, sans que Pékin l’ait voulu, du moins au départ.

Dans cette  »opération militaire spéciale » en Ukraine (son nom officiel), les démocraties pourraient perdre beaucoup, elles aussi. Tout d’abord, le système des Nations Unies, ses agences spécialisées (développement, faim et agriculture, télécoms, culture, petite enfance, droits humains, climat et biodiversité, etc.). Tout cela n’y survivrait sans doute pas. L’OMS et la régulation du commerce international n’aurait plus aucun objet. Tous les pays industrialisés seraient, au bout de quelques mois, quelques années, appauvris, déstabilisés économiquement et socialement. Privé de blé, de maïs et aussi d’attention, beaucoup d’Etats émergeants connaîtraient la famine et ne seraient plus aidés contre les calamités naturelles. Il est probable que l’Afrique noire sombrerait dans une anarchie sanglante, celle où le grand Moyen-Orient se trouve déjà.

Il est nécessaire de revenir sur un point : le pays le plus peuplé du monde, champion du commerce extérieur et des réserves de change, devrait impérativement assumer ses responsabilités face à la marche chaotique du monde. Ceci implique clarté et franchise quant à ses intentions. Et ce ne sont pas vraiment les qualités innées de Xi Jinping. En livrant à Moscou les blindés, les drones d’attaque, l’attirail de guerre électronique que Poutine lui demande avec insistance (y compris les lignes de crédit afférentes), le Parti communiste chinois se donnerait les moyens de rendre plus cruelle et plus durable encore cette guerre injuste en Ukraine. L’ambigüité chronique du régime chinois l’amène à soutenir totalement Poutine dans son discours intérieur (une  »alliance dure comme le roc »), tout en menant un jeu assez trouble, sur la scène internationale. Probablement, le Bureau politique a relève avec irritation la suite d’erreurs tactiques et de fautes d’analyse qui embourbe le dictateur du Kremlin dans un conflit suicidaire. Et il est tout aussi probable que la direction chinoise y voit également une aubaine pour lui marchander son aide et exiger en retour d’importantes contreparties s’il veut qu’on lui maintienne la tête hors de l’eau, sans plus. Pékin cherche à contrer discrètement les sanctions qui frappe la Russie, sans s’exposer aux mêmes punitions et sans rompre avec ses clients d’Occident. Le beurre et l’argent du beurre et la duplicité en sus !

Lors d’une récente rencontre sino-américaine entre conseillers de haut niveau, Yang Jiechi et Jack Sullivan se sont entendus sur un seul point : il faut continuer à se parler. Sur le fond, Washington a fait passer sans ménagement le message suivant :  »si vous décidez de compenser les pertes de la Russie, vous vous exposerez vous aussi aux mêmes sanctions qu’elle ». De son côté, Yang a disserté, de façon filandreuse, sur  »la nécessité de prendre en compte les contextes historiques en Europe et en Asie ». Tiens, tiens,… il serait donc question de mettre dans la balance les cas parallèles de l’Ukraine et de Taiwan ! … ces deux rejetons d’empires dont ils se sont émancipés ! Plus précis, le Global Times de Pékin martèle que  »Washington n’a pas le droit de dicter à Pékin une conduite sur la Russie et l’Ukraine » … ni  »de renoncer à livrer des armes à Moscou ou à tout ce qui pourrait dégrader ses relations avec la Russie ». C’est bien plus clair : l’Ukraine est passée aux pertes et profits. Aussi, le prochain bras de fer va tourner autour de la proposition peu aimable  »si tu nuis à la Russie, je nuirai à Taiwan » … à ceci près, évidemment, que Taiwan n’a jamais agressé personne.

* 2 mars – Le germe du mal

Si l’on vivait encore dans le monde d’hier, on parlerait du dernier rapport du GIEEC sur le climat. Dans celui d’aujourd’hui, la folie furieuse d’un dictateur russe nous rappelle que sans un minimum de stabilité de la géopolitique planétaire, il est simplement impossible de s’atteler aux autres défis majeurs qui nous assaillent. L’amont de notre futur s’appelle  »la fureur de Poutine ». C’est comme ça.

Le dictateur sanguinaire a manqué sa blitzkrieg contre les Ukrainiens. Il pense devoir faire feu de tout bois : dépêcher, dans ce pays  »ex-frère », les tueurs tchétchènes du satrape Kadirov; parachuter des troupes aéroportées sur des quartiers d’habitation; y répandre ses  »saboteurs »; bombarder les immeubles et les infrastructures civiles (comme il l’avait fait à Grozny et à Alep); appeler l’armée de Biélorussie à sa rescousse; y installer ses missile stratégiques et en menacer le monde libre … Le point Godwin (en venir à une comparaison avec Hitler, par facilité sémantique) n’est plus plus si outrancier que jadis, le concernant.

Il s’acharne d’autant plus que sa tentative folle anéantit son image et surtout son pays. Avant même d’avoir produit leur effet d’attrition, les sanctions d’un l’Occident, pour une fois unanime, provoquent des effets tectoniques sur l’économie russe. Même les Suisses et les Monégasques se sont alignés. Les Etats Unis collent aux mesures prises par Bruxelles, en laissant aimablement à l’UE le soin d’occuper l’avant-scène mondiale de cette guerre essentiellement européenne. Beau fair-play de la part des analystes qui ont été les plus lucides sur le désastre qui nous attendait. On oubliera les hésitations d’Obama sur la Syrie, le retrait peu glorieux d’Afghanistan, la  »kremlinophylie » brouillonne de D. Trump. La crédibilité américaine est de retour. Partant, l’Alliance atlantique se montre, comme l’Union européenne, plus forte et plus soudée que jamais.

Les ovations enthousiastes et émues faites au président ukrainien à Paris, Bruxelles, Washington, etc. traduisent la dimension très forte de la victoire morale (et politique) des démocraties sur l’agresseur. L’Occident agit dans le cadre de l’article 51 de la Charte des Nations Unies, laquelle ouvre des moyens collectifs pour contrer l’agression. Envoyer des Mig à l’aviation ukrainienne dont le matériel a été détruit, des missiles anti-char à ses fantassins, ce n’est pas rien. C’est d’abord légal – et même les neutre européens, Finlande, Suède, Autriche, le font – mais ce n’est pas tout. Bien que cela ne change pas radicalement un rapport de forces trop inégal, cette aide contribuera à galvaniser la résistance d’un peuple sachant pouvoir compter sur un grand arrière. Il va pouvoir, au moins, entretenir une guérilla. Autre booster du moral des citoyens de la  »petite Russie », la mobilisation humanitaire s’annonce extraordinaire. L’immense exode des femmes et enfants fuyant les combats évoque la France de 1940. La volonté d’aider dépasse largement le cercle de la diaspora ukrainienne de par le monde. Elle mobilise fortement les sociétés civiles démocratiques et bénéficie de fonds considérables des institutions européennes. Poutine nous pensait incapables de solidarité. Belle erreur !

Mais sur quels buts s’acharne-t-il donc, avec sa brutalité absolue ? Il devra peut-être un jour s’en expliquer devant un tribunal russe ou international. Visiblement, il s’identifie à un nouveau Pierre le Grand, alors qu’il se comporte en Ivan le Terrible voire en comploteur imberbe (Raspoutine/ Rase-Poutine – Bôf !). Faire la jonction d’un grand Donbass plus étendu avec ses armées de Transnistrie moldave (un autre territoire occupé, au Sud de la Mer noire); Enlever au passage le port de Marioupol constitue pour lui un objectif stratégique minimum. La Mer d’Azov deviendrait alors un lac russe fermé et la Mer noire un littoral à dominante russe.

Pourtant, à écouter son charabia idéologique  »culturaliste » (conférence de presse du 24 février), on ne peut douter de sa volonté de détruire = aussi = les institutions démocratiques de l’Ukraine. De même, – sans s’engager militairement – celles de l’Europe occidentale. Il a commencé le travail depuis une décennie et pousse aussi loin qu’il le peut les feux de la désinformation, de la confusion et des actions déstabilisatrices.

Sa névrose de la vengeance contre l’Occident (1991: implosion de l’URSS) sous-tend ses actes de politique extérieure. Elle lui sert aussi d’exutoire politique à l’intention d’une population russe – celle  »d’en-bas » – vouée à une stagnation assez misérable et sensible au chauvinisme. En arriver à menacer du feu nucléaire les voisins européens signe la démence d’un homme aux abois (point de Godwin : les V1, les V2, les armes secrètes du Reich). Aux antipodes de la dissuasion, Poutine considère alors les armes stratégiques comme des outils pour sanctuariser des invasions extérieures. Même Kim Jong-Un n’avait pas osé aller si loin !

Chez lui, on retrouve le tropisme culturel du  »peuple destiné à dominer » et des  »moujiks » idiots (et autres Occidentaux dégénérés), qui appellent sur eux la soumission. La Russie  »éternelle » et ses  »frontières historiques », les Nazis qui tiennent l’Europe, le  »génocide » des Russes ici et là, tout ce fatras montre un esprit binaire et fermenté accro à la philosophie toxique de Samuel Huntington dans son fameux  »Clash des civilisations ». Sauf, qu’avant qu’il ne s’en mêle, Russes et Ukrainiens partageaient la même histoire, la même culture, les mêmes gênes et même un bon degré de fraternité. Aujourd’hui, les premiers massacrent les seconds. Va-t-il falloir repenser plus finement la  »menace islamique » et le fumeux  »islamo-gauchisme », qui ont tant agité nos esprits faibles, comme si, à lui seul, l’islam politique constituait la source de tous nos maux ? En attendant, la Russie n’est pas un rempart, elle est complètement sortie du monde chrétien (un jour, elle y reviendra), elle est La Guerre, La Destruction, La Subversion … le germe du mal, à nos portes.

* 9 février – La guerre des neurones

Dans la crise à multiples tiroirs qu’a ouverte Vladimir Poutine, le mérite revient sûrement à Emmanuel Macron de tenter une ‘’désescalade’’ vers un retour à la négociation. Bien sûr, l’option n’est pas encore levée d’une action militaire offensive de la Russie contre l’Ukraine ou contre tout maillon sensible de ce qu’elle estime être son glacis stratégique de droit (‘’l’étranger proche’’). Le risque de guerre demeure, alimenté par l’imprévisibilité de l’autocrate rigide et vieillissant, par son interprétation archaïque – metternichienne – du rapport de forces entre les Etats (pour lui : entre armées), sa quête pathétique du mérite, devant l’Histoire, d’œuvrer à un rétablissement de la puissance impériale russo-soviétique, alors que les Russes souffrent de régression économique et de pauvreté mais cherchent, il est vrai, un exutoire. Tant que chacun des problèmes posés n’aura pas été résolu, rien n’aura été réglé.

Quelques remarques  »psy », néanmoins, desquelles on pourra puiser un semblant d’espoir :

– Tout froid calculateur qu’il est, Poutine tient à garder la face. Il n’a rien dit au président français qui pourrait injurier le choix d’une solution diplomatique. Il donne même à penser qu’il pourrait – à la marge – sortir de son  chantage : ‘’la soumission ou la guerre !’’. Depuis plus d’un mois qu’il congèle aux frontières de l’Ukraine des corps d’armée coûteux à maintenir mobilisés et usés par leur position statique, il ne leur a pas donné l’ordre de passer à l’offensive. Le pari occidental sur le temps qui, peu à peu, émousse son animosité pourrait être le bon ;

– Du point de vue européen, on assiste à un resserrement des liens. Le triangle de Weimar est reconstitué avec une Pologne qui met de l’eau dans son vin (démantèlement prochain de sa cour disciplinaire de justice) et resserre les rangs. Paris et Berlin se coordonnent sur une stratégie de retour à la diplomatie et font la navette entre Moscou et Washington. Apaiser les frustrations fantasmatiques et fascisantes des uns, retenir les autres de débouler dans le saloon européen, un gros calibre à la main. On voit la ligne de partage. D’évidence, tous les européens ne sont pas encore sur cette ligne d’équilibre et certains même se méfient du jeu de concessions qu’ouvrira potentiellement le choix du dialogue. Mais, à part les deux trublions populistes – Viktor Orban et Boris Johnson – les dirigeants du Vieux Continent taisent leurs doutes et leurs critiques. L’Europe donne une certaine impression d’exister. C’est déjà quelque chose vu les circonstances ;

– Vu de l’autre côté de l’Atlantique, le réflexe consiste à brandir le gros bras de l’OTAN comme mode de dissuasion pour stopper les velléités folles de l’empire russe face à l’Ukraine. Il y a consensus entre Démocrates et Républicains, ce qui est rare. Les intentions sont certes sincères mais peu subtiles et le refus d’entrer dans la psyché complexe de Vladimir Poutine (c’est essentiel) ne concourt pas à une solution sur le fond. Ni Joe Biden, ni l’Amérique en général n’ont grand-chose à gagner sur la scène européenne, qu’ils voudraient bien lâcher au profit du théâtre chinois. Ils y ont des comptes plus ‘’sérieux’’ à régler. Cela donne provisoirement une marge d’action accrue à la Chine. Car c’est à Poutine que l’Amérique doit d’avoir à se réinvestir militairement en Europe et d’y être appelée pour traiter entre les deux ‘’Super-grands’’ (avec une petite omission de la Chine). Washington a été pris de cours, mais ses affidés au sein de l’Alliance – secrétaire général en tête – s’empressent de verser de l’huile sur le feu. Pourtant, avec une certaine finesse, Biden accepte de laisser agir, en première ligne, ses alliés européens. Certes, le mandat de confiance ne sera ni éternel, ni inconditionnel, mais il rend possible une certaine de replacer sur un plan politique le règlement de la crise, avec une marge de souplesse.

– Le gouvernement de Kiev préfère aussi la voie diplomatique, mais il s’enferme dans son inhibition à reconnaitre tout statut à ses adversaires séparatistes pro-russes, comme le prévoyait les accords de Minsk. Le président Zelensky  manœuvre en modèle de patience et de sobriété, se gardant de donner tout mauvais prétexte à une attaque contre son pays. Mais, osera-t-il braver la rigidité de son opinion public ? En admettant que la crise ne se développe pas seulement ‘’autour de l’Ukraine’’ mais, plus largement, entre la Russie et l’Occident, il lui faudrait n’entretenir qu’une ambition ‘’raisonnable’’ pour l’Ukraine. Vu le contexte géographique et historique, cela consisterait en ce que sa sécurité et sa souveraineté soient collectivement garanties, serait-ce à un certain niveau de concessions faites aux deux bords. Appelons cela des ‘’gages’’ ou ‘’éléments d’architecture sécuritaire’’, sans nier que ceux-ci incorporeraient aussi une petite dose de d’auto-contrôle stratégique. Le modèle qu’a élaboré la Finlande face à l’URSS durant la guerre froide est plus que convainquant en termes de libertés et de services utiles rendus à la paix. Il faut considérer, non pas ce que Moscou voulait faire de ce pays nordique mais sa bonne santé démocratique, ses libertés civiles et sa libre contribution à la stabilité de l’Europe. Laissons donc de côté le terme inutilement offensant de ‘’finlandisation’’.

Si la guerre, comme la prônait Sun Zi (ou Sun Tseu), est avant tout une question de tactique, donc un jeu psychologique, l’évitement de la guerre procède plus encore d’interactions complexes entre les psychologies de quelques décideurs. La géopolitique se mitonne dans les têtes, pas dans les chars. A part le cas – très hypothétique – d’une première frappe nucléaire réussie, sans réplique, les jeux dits à somme nulle n’existent pas. L’idée-même que le gros lot puisse être remporté par le fauteur de guerre ne reflète rien d’autre que la vue trouble d’un esprit névrosé.

* 3 février – Le Tigre chinois et la gouvernance du monde

Qui gouverne le monde en 2022 ? La question agite autant Pékin que Washington, Tokyo, Paris ou Bruxelles. Sur une bonne partie de la planète, le nouvel an chinois a ouvert l’année, le 1er février, sous la bannière du Tigre. Selon l’astrologie chinoise, ce tigre-là sera d’eau, fuyant, non-maîtrisable, plein d’imprévisibilité. Dans l’imagerie populaire chinoise, il est vieux mais redoutable, avec des dents et des griffes aiguisées.

De quoi glacer le sang qui, en Occident, au Japon ou en Inde, assiste à l’irresistible ascension du géant asiatique sur la scène mondiale. Où cela va-t-il s’arrêter ? Pékin plastronne en accueillant les jeux olympiques d’hiver, dans un pays dompté par le dressage de ses minorités et la ‘’société de surveillance’’ pour tous (les yeux du Tigre). A l’international, l’Empire fait de plus en plus peur et considère ses voisins insoumis – à commencer par Taiwan – comme des rebelles à punir, comme il l’a fait avec les Hongkongais. Revenu à une conception dichotomique et idéologique du monde – celle de Xi Jinping – le Parti paraît prêt à beaucoup sacrifier à sa suprématie éternelle et au triomphe de son chef, lors de son prochain congrès, en octobre. Une guerre extérieure ‘’patriotique’’, n’est pas l’option la plus probable, mais elle deviendrait envisageable si la population se mettait à renâcler. L’appel à la fibre nationaliste fonctionnerait alors à plein pour éluder des tensions internes.

Pourtant, le spectre de la récession globale due à la pandémie de COVID s’éloigne. Mais les crises prochaines s’annoncent en cascade, les anciennes n’étant pas résolues (Syrie, Liban, Biélorussie, Sahel et Afrique occidentale, Caucase, Corée du Nord…) et celles qui ressurgissent, dans le cas de la Russie face à l’OTAN, se font plus pressantes. La pandémie mondiale a entaché l’image de la Chine, qui s’obstine à nier son rôle initial dans l’apparition du virus, ce qui la pousse à imposer plus durement son autorité aux autres. Pour elle, l’Occident, en déclin, n’est plus un obstacle. Il est promis à la dégénérescence et à un effacement de la carte du monde. La Russie est, elle, perçue comme un comparse pour précipiter le phénomène plutôt que comme un allié de long terme. Pékin va observer les gesticulations militaires du Kremlin en pesant ses propres intérêts géostratégiques. Quant aux Etats-Unis, les ferments de division au sein de leur société n’ont pas échappé aux stratèges chinois. L’Amérique de Joe Biden clame son leadership sur l’Ouest mais, politiquement, elle est affaiblie. Après le désastre qu’elle a subi à Kaboul, elle ne peut plus vraiment se lancer dans des interventions de ‘’shérif de la planète’’, même si elle en a encore les moyens matériels. Washington ne se laissera pas entraîner dans une guerre pour défendre l’intégrité de l’Ukraine et sans doute pas même dans de grands efforts pour palier l’impuissance de l’Europe.

Dans un tel contexte, le droit international et les institutions multilatérales ont perdu toute influence : le  Tigre peut bondir sur qui il veut, comme et quand il le veut, il n’y a pas de dompteur. A ses yeux, la crise de la gouvernance mondiale devrait aboutir à l’effacement complet des institutions de l’ONU. En Asie, elle a commencé à les remplacer par d’autres, régionales, placées sous sa main. Populismes et nationalismes nationaux substitueront la Loi de la Jungle à ce qui fut, deux générations durant, le socle commun de la Paix et de la sécurité mondiale.

Pour Pékin, l’hégémonie du plus puissant reste compatible avec les dividendes de la mondialisation. Il y  une grande part d’aveuglement dogmatique dans cette euphorie de puissance orwellienne. La frénésie d’un dirigeant-tigre qui se croit tout puissant. Un risque sérieux existe à sous-estimer les résistances du monde extérieur au ‘’grand rêve chinois’’ de l’Oncle XI.

Que les jeux d’hiver commencent dans leur bulle sanitaire ! Bonne Année du Tigre et qui vivra verra !