* 15 avril – Pensées sombres sur la Mer Noire

La situation continue de se tendre dans l’est de l’Ukraine. Sur la ligne de front du conflit avec les séparatistes prorusses, les incidents armés meurtriers se multiplient depuis plusieurs semaines. La trêve instaurée en 2020 a volé en éclats et ce changement de pied n’a pu être décidé qu’à Moscou. Kiev soupçonne que le Kremlin cherche un prétexte attaquer le Donbass, après que la Russie a massé plus de 80 000 soldats près de sa frontière orientale et en Crimée ,annexée après sa ‘’révolution orange’’ de 2014. Le conflit avait fait, plus de 13 000 morts et d’1,5 million de déplacés dans les territoires ukrainiens frontaliers de Lougansk et Donetsk. L’intensité des combats avait fortement baissé après la signature, au printemps 2015, des accords de Minsk, dont le France, avec l’Allemagne, est garante pour le camp occidental. Aujourd’hui, la boucle est bouclée : le président, Volodymyr Zelensky, en treillis de combat, se rend sur les fortifications, face au dispositif russe, à proximité de Lougansk. Kiev affirme adopter une posture purement défensive et ne pas vouloir tirer la première salve, mais se prépare ostensiblement à subir une offensive militaire imminente.


La dégradation de la trêve a été évoquée au téléphone par Vladimir Poutine avec Angela Merkel, cette dernière engageant le président russe à alléger son dispositif offensif. Pour l’autocrate russe, ce serait au contraire Kiev qui orchestrerait des « provocations visant à aggraver la situation », étant entendu qu’une intervention russe ne serait pas exclue pour ‘’protéger la population (séparatiste) locale’’. Kiev affirme soutenir une solution « politique et diplomatique » pour récupérer les territoires qui lui échappent, mais ne cache aucunement que, face à l’expansionnisme russe, la principale garantie qu’elle recherche serait une adhésion à l’OTAN. Ce serait évidemment une ligne rouge dont le franchissement déchainerait la vengeance de Moscou. Sans risquer de s’engager en ce sens, le président Joe Biden assure néanmoins V. Zelensky de son ‘’soutien indéfectible’’. Il a aussi dépêché deux bâtiments de l’US Navy en mer Noire, dont Moscou cherche à faire un lac intérieur, ciblant en particulier le contrôle du port ukrainien de Marioupol. Les conditions d’une internationalisation du conflit sont donc réunies. Il y a quelque chose d’évocateur du  »couloir de Danzig » ou de  »l’ultimatum sur les Sudètes », dans cette démonstration – très  »années 1930 » – de volonté d’annexion territoriale et d’espace vital ethnolinguistique. Mais ce pourrait être l’occasion, à l’inverse, d’un vaste deal entre Washington et Moscou, dans lequel la population de l’Ukraine n’aurait que marginalement voix au chapitre. On en est là.

* 14 avril – Saucissonner l’adversité stratégique

Relever les défis un par un, selon leur degré d’urgence. Après trois mois passés à la Maison Blanche, le président Biden ne peut guère douter être soumis à des tests. En sus de ceux inhérents à l’instabilité et l’imprévisibilité du système international, il doit éviter les chausse-trappes que lui tendent des grands et moyens acteurs du camp anti-démocratique (ou anti-occidental, ce qui est quasi-synonyme). Poutine, Xi Jinping, Erdogan et les centrales jihadistes l’attendent au tournant : c’est un fait et le chemin est truffé de mines. Un peu dans la précipitation, il vient de réajuster, tout en la confirmant, la retraite de ses troupes d’Afghanistan. Curieux choix que celui de la date : le 11 septembre comme échéance, ce qui revient à caler l’admission d’une défaite sur l’anniversaire du désastre subi y a vingt ans. La dure réalité est qu’il n’y a plus rien d’utile à escompter de cette présence militaire étrangère, vomie par la population. Entre parenthèse, c’est un redoutable signal pour la France au Sahel (et au-delà), qui s’est piégée de façon très comparable et doit fait face aux mêmes ennemis.


Une fois soldée la Bérézina dans le bourbier afghan, Washington ne tarde pas à ‘’engager’’ ceux de ses adversaires avec qui des tractations sont encore possibles. En-haut de la liste figure Vladimir Poutine. L’autocrate ‘’tueur’’ (selon les dires récents de Biden) a ainsi reçu un appel de sa part et, pas trop vexé de sa qualité d’assassin, a dit bien vouloir se prêter au jeu des tractations entre ‘’grands’’, un statut essentiel pour son aura nationale. Prêts à se parler pour le bien de « la sécurité mondiale »- un concept plus policier que celui de ‘’stabilité internationale ‘’ ou de ‘’paix mondiale’’- les deux hommes d’Etat ont commencé à discuter de la situation en Ukraine, alors que le regain des échauffourées et la concentration de forces russes à la frontière font redouter une relance de la guerre au Donbass.
Joe Biden a proposé à son interlocuteur-adversaire de tenir, au cours des prochains mois, une rencontre au sommet dans un pays tiers. L’espoir serait de passer de la nouvelle guerre froide, bien engagée, à une ‘’relation stable et prévisible entre les deux puissances ». Pas un partenariat, donc, mais une détente. Poutine doit encore confirmer, mais la seule perspective d’une redéfinition des relations russo-américaines a de quoi donner la migraine au troisième larron : la Chine de Xi Jinping. Les relations entre Moscou et Washington sont aujourd’hui minées par des confrontations sectorielles autour de l’Ukraine, de la Syrie, des ingérences électorales, de la cyber guerre, du développement d’armes nouvelles, d’opérations d’espionnage et d’autres mauvais procédés. Contenir ces animosités au sein d’un tout ‘’gérable’’ ferait beaucoup pour dissiper le cauchemar stratégique que constituerait une alliance sino-russe ferme et solide, face au camp occidental.

*13 avril – Qui paie l’impôt s’enrichit

Géopolitique, la taxation des firmes géantes ? Absolument : c’est l’un des rares leviers de pouvoir des Etats sur ces puissantes entreprises hégémoniques qui font la pluie et le beau temps à travers la planète. Depuis des décennies, l’Europe rêve – sans vraiment passer à l’acte – d’un monde où le système de de règles fiscales serait, sinon commun, en tout cas largement partagé pour ce qui est des gros contributeurs : ceux qui se jouent des frontières et des législations pour minimiser leurs impôts.

Ce ‘’level playing field’’, aujourd’hui l’administration Biden s’y attelle, dans un esprit de progressiste qui évoque le New Deal de Roosevelt. Janet Yellen, secrétaire au Trésor de Joe Biden, a ainsi défendu une concurrence fiscale équitable entre les multinationales de la planète : ‘’Ceci permettrait aux Etats de remplir leurs missions sans que le dumping fiscal planétaire ne tarisse leurs ressources financières’’… ‘’Nous travaillons avec les pays du G20 pour convenir d’un taux d’imposition mondial minimum sur les sociétés, qui puisse arrêter la course vers le bas’’. Dans cette logique, elle considère positivement le processus initié au sein de l’OCDE et que l’Europe ne parvient plus à faire avancer.
Cette prise de position encourageante intervient après que Joe Biden a lancé, à Pittsburgh, un gigantesque plan de relance économique de 2 200 milliards de dollars, qui sera abondé par la hausse de la taxation des entreprises de 21 % à 28 %. C’est aussi un élément central de la politique sociale des Démocrates, visant à rééquilibrer la dépense publique au profit des classes populaires. Ce programme requiert une contribution fiscale accrue des entreprises, le strict contraire de la politique ‘’pro-business’’ menée par D. Trump. Il prévoit de doubler la taxation forfaitaire des bénéfices réalisés par les multinationales hors du territoire des Etats-Unis, sans péréquation possible par le biais d’un quasi-paradis fiscal (à chaque pays, son dû fiscal ira en proportion de la valeur ajoutée générée sur son territoire).

Bien sûr, la fin des exceptions, échappatoires et autres paradis d’optimisation fiscale ne surviendra pas en un seul printemps – la résistance à l’impôt promet d’être être colossale – mais, au moins, la voie est ouverte. Comme le dit Biden : ‘’un pompier et un enseignant payent 22 % d’impôt. Amazon et 90 autres grandes entreprises ne payent pas un cent. Je vais mettre un terme à cela.’’ C’est dire, au passage, que les pernicieux GAFA seront aussi mis dans la boucle, une avancée que le gouvernement français souhaite par-dessus tout. Les paradis fiscaux et le big business qui les abreuvent privent les braves gens d’Occident de 1000 milliards $ de recettes ainsi détournées chaque année de la justice sociale ou du combat climatique. Si le virus n’était pas là, il devrait y avoir bal dans nos rues !

* 12 avril – Barbichette nucléaire

Le monde de la prolifération et des armes de destruction massive ne connait ni la transparence ni la négociation de bonne foi. Face au risque – avéré ou non – de l’emploi des technologies de double-usage (de recherche scientifique ou d’attaque de grande intensité), la règle reste la ruse et le recours aux sanctions. Parmi les installations suspectes observées avec attention, celle de centrifugation de l’uranium, à Natanz en Iran, est assurément l’un des sites les plus critiques de la planète. Demeuré secret pendant de longues années, il s’est extrait, étape après étape, des contrôles exercés par l’AIEA et ses inspecteurs. Sa production d’uranium enrichi à 20 % et plus dépasse de loin le seuil destiné à un usage civil, sans avoir encore atteint celui autorisant la production de combustible fissile militaire, en clair : de bombes A. Mais on s’en rapproche.


Il y a quelques années, un virus ‘’patient’’, distribué sur des clés USB hors-circuit verrouillé de l’installation elle-même, avait fini par mettre à bas son système informatique, retardant d’un an le programme iranien. Compliments d’Israël et des Etats Unis, associés. En juillet 2020, l’usine d’assemblage de centrifugeuses plus puissantes a été frappée par une mystérieuse explosion : nouveau retard, sans doute du fait des mêmes commanditaires. Hier, l’usine a connu un accident majeur d’alimentation électrique. Selon l’organisation iranienne de l’énergie atomique, aucune victime ne serait à déplorer. Les autorités de Téhéran ont néanmoins conclu à un « sabotage d’origine terroriste » (l’adjectif désignant communément tout ce qui leur est hostile). Est-il besoin d’attendre les résultats de l’enquête, dont on devine facilement les coupables pressentis ?


La veille, les autorités nucléaires iraniennes venaient de lancer de nouvelles cascades de centrifugeuses beaucoup plus performantes, prohibées par l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien. Le président Hassan Rohani avait salué la mise en route des nouveaux ateliers d’assemblage de Natanz, ordonnant dans la foulée la mise en service de trois nouvelles installations en cascade. Il ‘y a pas de hasard ou de coïncidence en la matière : deux constats s’imposent :
– l’Iran ne s’arrêtera pas dans sa quête du seuil nucléaire militaire, ce seuil n’impliquant pas la mise en batterie de missiles armés, mais la possibilité d’y parvenir rapidement en cas de crise critique. Donc, une possibilité de bascule stratégique plutôt qu’une exhibition précoce de l’arme ‘’à la nord-coréenne’’.
-La petite guerre – très réelle – autour des installations, notamment de celle de Natanz, n’est compréhensible qu’à la lumière de grandes manœuvres géopolitiques en cours. En signalant envisager de réintégrer l’accord de 2015 = = sous conditions = = les Etats Unis forcent l’Iran à se réengager aussi sur le terrain politique et diplomatique. Dans les tractations en cours avec les Cinq du Conseil de sécurité, l’Europe joue les intermédiaires de bons offices et les Américains campent en coulisse. Il s’agit de désigner un coupable : ce sera soit, celui qui s’entête à lâcher sur le Moyen-Orient les démons de la prolifération, soit celui qui sanctionne aveuglement une population civile éprouvée par ses sanctions. Aucun des deux camps ne peux renoncer à ses objectifs stratégiques ultimes, d’autant plus que les logiques d’opinion intérieures ne leur pardonneraient aucun écart. Reste la simultanéité des concessions ou semi-concessions. Washington désamorcerait un peu les sanctions et réintègrerait – pas trop officiellement – l’accord. Téhéran accepterait de parler à nouveau des contrôles de l’AIEA, étant entendu que les progrès récents réalisés dans ses programmes ne seraient pas remis en cause…Hyper complexe, dans les faits comme dans leur perception médiatique. C’est bien un combat de boucs qui se tiennent par la barbichette !

* 8 mars – Bruit de bottes de glace

Une agitation mystérieuse trouble l’univers glacé de l’Arctique. Entre Mourmansk et l’Alaska, la Russie est à la manœuvre depuis 2016 et sa flotte du Nord se cuirasse sous un réseau d’installations navales et aériennes endurcies et plus ou moins secrètes. Certaines infrastructures ont été réactivées de la période soviétique, d’autres sont nouvelles et censées abriter de redoutables système d’armes ‘’imparables’’, tels des drones ‘’nucléaires’’. CNN a diffusé quelques images du dispositif russe renforcé, qui devient bien visible et, au moins en partie, opérationnel. C’est une façon, pour le Pentagone, de faire partager aux Occidentaux son souci face à la militarisation de l’Océan (encore un peu) glacial, au-delà du détroit de Béring, à proximité des côtes américaines. Washington dresse un parallèle avec l’accaparement, par Pékin, des eaux de la Mer de Chine orientale et méridionale. Un clash est possible.


-L’activisme russe est-il destiné à grignoter de l’espace stratégique ? Dans ce cas, est-ce pour disposer d’un cluster rapproché d’armes nucléaires à même de menacer, à très court préavis, des objectifs stratégiques sur le territoire américain ? Un couperet au-dessus de l’Alaska et des territoires canadiens du Nord-Ouest.
-Hypothèse alternative : la marine russe serait persuadée que sa flotte du Nord, qui embarque la principale composante de l’arsenal nucléaire russe, serait ciblée de façon critique par les contre-systèmes américains et donc trop vulnérable. Son ‘’blindage’’ par toute une série d’abris et de caches viserait alors à renforcer ses chances de survivre à une frappe ‘’préemptive’’ des Etats Unis. Les nouveaux drones ‘’invincibles’’ déployés ces derniers mois pourraient n’être nucléaires qu’au niveau de leur seule propulsion. Ils constitueraient surtout un dispositif d’observation et de brouillage pour protéger les sous-marins russes.
-Troisième hypothèse, cumulable avec les précédente : l’Ours russe voudrait s’imposer, au plan économique aussi, en maître de la navigation commerciale et de l’exploitation des ressources, le long de la route arctique du Nord-Est. Ce scénario est très plausible mais il ne requiert pas particulièrement des armes extraordinaires et des sites de lancement secrets pour sa mise en oeuvre. Donc, une tentative ‘’à la chinoise’’ d’accaparer le contrôle d’un espace maritime plus large (ou ‘’à la turque’’, pour reprendre le contrôle du Bosphore) n’expliquerait pas tout.


Paranoïa russe classique, expansionnisme économique ou bluff affuté, la recherche par Moscou d’une capacité de menace renforcée sur l’espace nord-ouest américain pourrait aussi bien constituer les prémices d’un grand marchandage sur la militarisation de l’Arctique. L’administration Biden vient de valider la prolongation de l’accord New Start sur les ogives et leurs lanceurs. Poutine sait sans doute que son pays n’a plus les moyens économiques d’une course aux armements débridée avec son grand rival stratégique. Il pourrait dès lors tenter de geler, à un niveau avantageux pour lui, les dispositifs militaires dans le Grand Nord, quitte à en rabattre un peu à propos de ses nouvelles ‘’armes imparables’’.

* 5 avril – Justice sans punition

Joe Biden se montre particulièrement actif à ‘’réparer l’Amérique’’, dans la phase initiale de son mandat et tant que sa très courte majorité sénatoriale le lui permettra. Parmi les décisions iniques de son prédécesseur sur lesquelles il entend revenir, l’offensive de D. Trump contre la justice internationale, en juin 2020, compte parmi les plus exécrables. Il vient de mettre fin, le 2 avril, aux sanctions lancées contre la Cour pénale internationale (CPI), notamment celles ciblées contre sa procureure, Fatou Bensouda.
Ces sanctions avaient choqué beaucoup d’observateurs de la scène internationale, attachés aux idéaux de justice et d’incrimination des crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Elles constituaient une attaque contre tout ceux qui tiennent à la compétence universelle de certains tribunaux comme un outil indispensable contre l’impunité générale. Elles revenaient à torpiller les possibilités de rétablir la Paix dans les conflits les plus destructeurs et à entretenir un désir de vengeance inassouvie chez les victimes.


Antony Blinken a annoncé la levée des sanctions imposées à Fatou Bensouda, dans le cadre de son enquête visant à déterminer si les forces américaines ont commis des crimes de guerre en Afghanistan. Phakiso Mochochoko, le chef de la division de la compétence, de la complémentarité et de la coopération de la CPI, est également retiré de la liste noire des magistrats à humilier. La juridiction de La Haye a sobrement salué « une nouvelle phase dans l’engagement commun à lutter contre l’impunité’’. Aimable de sa part et non-polémique. Malgré ses convictions multilatéralistes, Joe Biden a confirmé que Washington s’opposerait à toute enquête de la CPI sur des faits reprochés à des personnels américains, c’est-à-dire nationaux d’un État non-signataire du Traité de Rome de 1996. Du moins, « en l’absence de saisine du Conseil de sécurité des Nations unies ». Vu les possibilités de blocage au niveau de cette instance, ce n’est donc pas pour demain.

Le poids de l’institution militaire et de ses relais d’opinion dans la classe politique est assurément trop lourd pour qu’un homme de bonne volonté – serait-il président – puisse ouvertement le défier. Le constat n’est pas très différent, en France, où différents préjudices subis par des populations civiles réémergent aussi dans l’actualité. La décision américaine – mi-chèvre mi-choux – convient manifestement au ministre Jean-Yves Le Drian, qui a salué une ‘’ excellente nouvelle pour tous ceux qui sont engagés au service de la lutte contre l’impunité, du multilatéralisme et d’un ordre international fondé sur la règle de droit »… néanmoins, en ménageant un peu nos soldats en Afrique ?
Vingt ans d’intervention armée en Afghanistan, dont une séquence menée en coalition hétéroclite, une part assumée par des ‘’mercenaires’’ et une autre, par des drones, ne pouvaient qu’entraîner de graves entorses au droit humanitaire, quelles que soient les précautions prises sur le terrain. La faute primordiale est à rechercher du côté du flou accompagnant la définition de l’ennemi et des objectifs militaires dans leur dimension politique et à une stratégie totalement ‘’étrangère’’ à la population. Il y a des leçons à en tirer.

*24 mars – UE – Chine : regards obliques

Avis de tempête sur les relations entre Pékin et l’Union Européenne ? Coup sur coup les ambassadeurs chinois en France, en Belgique, en Allemagne et au Danemark ont été convoqués. Le Quai d’Orsay a dénoncé pour sa part les « propos inacceptables » de l’ambassadeur de Chine, Lu Shaye, à l’encontre de parlementaires et d’un chercheur français ( »petite frappe, hyène courante »). Convoqué, le représentant de la Chine a omis de se déplacer, évoquant des « problèmes d’agenda ». Il a été enjoint – publiquement – de respecter la règle diplomatique en la matière.

« Après la multiplication des propos inacceptables tenus publiquement par l’ambassade de Chine ces derniers jours, y compris sous la forme d’insultes et de menaces à l’encontre de parlementaires et d’un chercheur français, nous rappelons les règles élémentaires consacrées par la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques qui s’attachent au fonctionnement d’une ambassade étrangère, notamment s’agissant de sa communication publique ». « L’ambassade est invitée à s’y conformer strictement ». « Ni la France, ni l’Europe ne sont des paillassons’’. De tels rappels à l’ordre et aux bons usages – largement répercutés par les médias – constituent en soi une réprimande sévère. L’ambassadeur LU, un des ‘’loups guerriers’’ de Xi Jinping, s’était déjà fait épingler pour sa sortie, en avril 2020, sur le personnel médical français censé ‘’avoir déserté les EHPAD et laissé mourir leurs pensionnaires’’. Curieux registre diplomatique, qui renoue avec la propagande des années 1960 ! LU reprendra l’attache du Quai mais, selon l’Ambassade, ce sera pour dénoncer les sanctions imposées par l’UE et les  »questions liées à Taïwan ». A pique envoyée sur le devoir de courtoisie, contre-pique pour culpabiliser l’adversaire. Le Quai estime que l’ambassadeur se déchaîne ‘’pour plaire à ses autorités’’, plutôt que par souci de la relation bilatérale.

La crise diplomatique entre Pékin et l’Union européenne se cristallise désormais sur les sanctions de représailles (interdiction de visa) contre 10 personnalités européennes – dont l’eurodéputé français Raphael Glucksman. Ils sont coupables d’avoir dénoncé les violations massives des droits humains dont est victime la communauté Ouïghoure du Turkestan oriental (Xinjiang). Cette dénonciation, dans le sillage de prises de position américaines très fermes, a conduit Bruxelles à sanctionner symboliquement (le symbole est une arme politique) quatre dirigeants responsables de la répression au Xinjiang.

Les droits humains sont un devoir de justice. Mais celui-ci implique un regard constant et identique sur les régions et les pays où ils sont transgressés, ceci, toujours sur la base des droits et libertés fondamentaux (Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948) ou/et du droit international humanitaire. Tout en approuvant l’UE sur le fond, on peut s’interroger sur l’opportunisme du choix du moment. En supposant que D. Trump serait parvenu à se maintenir à la Maison Blanche, son jugement sur la question Ouïghoure aurait été identique. Mais alors l’Europe ne l‘aurait pas relayé. La solidarité transatlantique reprend force – tant mieux – et l’on peut comprendre que cela dérange certains dirigeants, à Pékin, géopolitique oblige.

* 23 mars – Bibi barbotte

 »Occupez-vous de la vie des Juifs, pour tout ce qui est extérieur, ne pensez pas, laissez-moi cogner nos ennemis ». Ce pourrait être la devise de Benjamin Netanyahu, alors que quelque 6,5 millions d’Israéliens sont appelés aux urnes pour des quatrièmes élections législatives en deux ans. Toutes les formules de coalition gouvernementale ont été essayées et usées prématurément par celui qui domine la vie politique et militaire de l’Etat hébreux depuis deux décennies. L’opposition est en miettes. Au pouvoir sans discontinuer depuis 2009, il fait face cette fois-ci à un nouvel adversaire peu dangereux, en la personne de Yaïr Lapid, un ancien ministre des Finances à la tête du parti centriste Yesh Atid. Il n’a qu’un rôle de ‘’faire-valoir’’. Le Likoud conservateur gagnera de toute façon en voix, mais sans obtenir une majorité à lui seul. On peut se demander quelle nouvelle formule baroque de gouvernement multipartite Bibi va sortir de son chapeau. Une hypothétique alliance alternative, sans lui, est assez improbable en tout cas. L’intense campagne de vaccination de la moitié de la population constitue son viatique électoral. elle lui sert de pare-feu, pour faire oublier sa piteuse situation judiciaire personnelle, celle du premier chef de gouvernement aux affaires dans l’histoire d’Israël à être inculpé (pour corruption et favoritisme), dans l’exercice de ses fonctions. En soi, une anomalie et un scandale.

Lassés par ces élections en rafale, les Israéliens veulent avant tout la stabilité politique et éviter un cinquième scrutin législatif, dans les mois qui viennent. On les comprend. Mais, hormis une minorité infime de ‘’partisans de la Paix’’, ils ont cessé de s’intéresser aux enjeux que le monde extérieur attache à la politique d’Israël, en particulier à la question de l’avenir des Palestiniens (qui n’en n’ont plus guère). Néanmoins, les manifestations se succèdent contre l’impétrant. Elles ont réuni 50.000 citoyens, hier. S’il gagne encore, à 71 ans et malgré son usure, Netanyahou composera sans eux sa coalition hétéroclite – avec l’extrême droite – sans avoir à se soucier de l’opinion publique : elle est ‘’débranchée’’.

C’est aussi un peu le cas d’Israël, par rapport à la nouvelle administration américaine. Certes, il n’est pas question d’abandonner un allié traditionnel, mais les dirigeants américains n’ont plus envie de se faire sans cesse manipuler comme l’administration Trump a bien voulu l’être. A l’époque du milliardaire narcissique, sa base évangélique et réactionnaire s’est peu à peu substituée, comme lobby d’Israël, à la communauté juive américaine, qui penche plutôt du côté démocrate. Il devient donc plus difficile pour Jerusalem de s’appuyer ouvertement sur les adversaires Républicains radicaux de Joe Biden. Tel est pris qui croyait prendre.

* 22 mars – Facture du passé pour l’Afghanistan

Alors que l’administration Biden est en plein réexamen de l’accord conclu avec les Talibans à Doha, en 2020, par l’équipe de Donald Trump, le secrétaire américain à la Défense, Lloyd Austin, se rend de façon inopinée à Kaboul. Il va rencontrer le président Ashraf Ghani et le nouveau chef d’état-major de l’armée, le général Yassin Zia, tout juste nommé ministre de la Défense par intérim. Washington veut se donner de la marge en se limitant, pour l’heure, à indiquer que toutes les options restent sur la table concernant un retrait des forces américaines. Sous médiation qatarie, des négociations de paix avaient été engagées à Doha, le 12 septembre dernier, entre le gouvernement afghan et le mouvement taliban, avec le soutien des États-Unis. Officiellement c’était pour mettre fin à 42 ans de conflit armé et échanger des prisonniers. En fait, l’objectif était de limiter les risques d’un désengagement américain accéléré, une opération créant un état de grande vulnérabilité pour les troupes partantes.

Prévu pour le premier mai, aux termes de l’accord précité, un tel retrait, .sur fond d’effondrement de l’armée afghane face aux Talibans, est jugé « difficile » – en fait très problématique – par l’administration démocrate. Tenir le délai reviendrait à ‘’lâcher’’ le fragile et artificiel gouvernement de Kaboul. Ce serait donc signer une défaite assez comparable à l’infamante chute de Saïgon en 1975. Jouer les prolongations ouvrirait un boulevard à des attaques talibanes contre l’arrière-garde américaine, avec la perspective d’un retrait dans la violence, impliquant des pertes humaines. Rester sur place impliquerait de se donner les moyens d’un nouveau ‘’surge’’ (envoi de renforts massifs censés retourner rapidement la situation militaire), ce qui paraît irréalisable et serait de toute façon inacceptable par l’opinion américaine.

Les Talibans campent en posture de riposte et mettent en garde les Etats Unis contre les conséquences d’un non-respect du calendrier. Souhail Shaheen, un membre de leur équipe de pourparlers, annonce explicitement une reprise de leur offensive, en tel cas.

L’Afghanistan est en guerre depuis 2001, lorsqu’une coalition militaire internationale dirigée par Washington a renversé le régime des Talibans, au motif de son association, à l’époque, avec Al-Qaïda. Le groupe jihadiste avait revendiqué les attentats du 11 septembre à New-York et à Washington. Avec le recul de l’Histoire, comme tout ceci paraît aujourd’hui, lointain, mal conçu et effroyablement mal géré ! Les vrais responsables du 11 septembre se sont rapidement repliés sur le Pakistan et l’Arabie saoudite, avant d’essemer le monde musulman. La seconde invasion de l’Irak, en 2003, a achevé de fondre l’Afghanistan au sein d’un vaste monde islamique en pleine incandescence, à une nuance près : l’intervention sans fin de l’OTAN dans ce petit pays teigneux a pris, au fil du temps, l’aspect d’une occupation par les Croisés. L’Alliance atlantique s’est fourvoyée hors de son champ d’intervention pour complaire à l’impulsivité émotive des Américains, au lendemain des terribles attentats. Depuis, l’Amérique a retrouvé un cerveau et même un certain bon sens. Mais l’énorme gâchis commis par les prédécesseurs de Joe Biden sera bien difficile à réparer. Bonne chance  au missionnaire de Washington !

* 19 mars – Biden et Xi : tout se dire ?

Coup sur coup, la giclée envoyée à la face de  »Poutine, le tueur’’, puis une explication des gravures, peu aimable, avec les locataires de la Cité interdite. Joe Biden entend se faire respecter et il commence très fort. Le retour de l’Amérique sur la scène mondiale se fait avec fracas. C’est le prix que le président américain attache au rétablissement de la crédibilité de son pays, le fameux ‘’leadership’’. Conçus comme une prise de la température bilatérale entre ‘’adversaires systémiques’’- sur la base du rapport de forces – les entretiens d’Anchorage, conduits par le secrétaire d’État Antony Blinken et son collègue conseiller pour la Sécurité nationale, Jake Sullivan, avec les deux principaux architectes de la diplomatie chinoise, ont été marqués par une tonalité ‘’franche’’, selon la graduation synonyme d’absence totale d’aménité et d’entente entre les parties.

D’abord, bien marquer les désaccords et confirmer la largeur du fossé. « Nous allons discuter de nos profondes inquiétudes au sujet des actes de la Chine s’agissant du Xinjiang, (le sort des Ouïgours), de Hong Kong, de Taïwan, des cyberattaques contre les États-Unis et de la coercition économique contre nos alliés … Chacun de ces actes menace l’ordre fondé sur des règles qui garantit la stabilité mondiale », a martelé A. Blinken. Dénonçant la ‘’mentalité de guerre froide’’, Yang Jiechi a riposté, fidèle à son bréviaire : « La Chine est fermement opposée aux ingérences américaines dans les affaires intérieures de la Chine… et nous prendrons des mesures fermes en réponse’’.

Le climat de nouvelle Guerre froide s’est épaissi au fil des décennies. Il s’était figé en bras de fer commercial et technologique, assez brouillon, sous la présidence de D. Trump. Mais, pour son successeur, la raideur américaine doit être mobilisatrice de la communauté internationale. Washington veut désormais sortir du ‘’duel de cow-boy à la sortie du saloon. Il ambitionne une approche plus collective, plus multilatérale, en sa qualité de ‘’chef de file’’ (des nations libres), bien entendu. Pour cela, il fera fond sur les défis globaux à relever. On s’achemine à donc, à nouveau, vers une compétition – peut-être, une confrontation – idéologique entre blocs. Ce choix imposé d’un camp ou d’un autre reviendra à inhiber toute initiative tierce d’apaisement des tensions. La France, en particulier, a horreur du caporalisme (choisissez votre camp et tenez y vous !). Elle se méfie de la moralisation politique du bien, du mal et du devoir d’agir. Aux Etats-Unis, au contraire, la traduction en termes de valeurs sociétales des objectifs de politique extérieure fait le plein des voix et des votes. L’histoire ne repasse pas les plats, on le sait. La salve initiale tirée sur la Chine n’exclut pas des arrangements  plus pragmatiques, par la suite. Washington ne souhaite sûrement pas casser le mécanisme du Conseil de Sécurité ni bloquer la résolution des crises régionales. Mais Paris ferait bien de calibrer soigneusement son rôle (et celui de l’Europe) dans la partie de catch qui s’engage entre les deux Goliath du Globe.

* 18 mars – Plus dur que Raspoutine !

Un tueur, Poutine ? Oui, et il devra payer un jour le prix de ses actes. Voilà un constat factuel, incontestable, qui n’a rien d’un dérapage ni d’une provocation. La cohorte des personnes assassinées sur ordre du Kremlin est là pour en attester devant nos yeux. Les  »convenances diplomatiques » sont à jeter au feu, dès que la Vérité et la Justice » l’exigent. Autant que Bachar lui-même, bien plus que les généraux birmans et même que les geôliers chinois, le Maître du Kremlin règne depuis l’an 2000 par l’assassinat. Il s’est hissé au pouvoir en attisant une seconde guerre – dévastatrice – contre les Tchétchènes. Cette agression délibérée et calculatrice contre une partie de son propre peuple fait penser à un génocide semi-collectif (les Slaves non-Tchétchènes qui ont tenté de défendre le droit ou rendu compte, en tant que journalistes, ont été froidement liquidés avec les autres). Poutine poursuit ses opposants pour les exécuter – y compris par la voie chimique – jusque sur le territoire européen. Il fait abattre un ancien premier ministre devant son palais et joue au jeu de massacre avec les derniers journalistes indépendants. Intervenant militairement en Syrie, il utilise les coordonnées géographiques déposées à l’ONU – celles des hôpitaux et des infrastructures civiles – pour faire massivement tomber la mort sur la population depuis le ciel… Et la liste des incriminations pénales ne s’arrête pas là.

Alors, la question de George Stephanopoulos, journaliste vedette de la chaîne américaine ABC, était toute en fausse candeur… et la réponse du président des Etats-Unis affiche l’honnêteté de la clarté : « Oui », a-t-il acquiescé. Peut-on imaginer plus grande incitation au meurtre que s’il, par prudence, il avait dit ‘’Non’’ ?
Coup au but ! Moscou prend la mouche et annonce le rappel pour consultations de son ambassadeur aux Etats-Unis Anatoli Antonov. Cela veut dire que la diplomatie du Kremlin est ‘’tombée sur un os’’ et qu’elle en est déstabilisée (et pas seulement vexée). La sérénité affichée à Washington, l’amène, au contraire, Biden à ne pas réciproquer : avantage d’image. Pout transformer l’essai, il faudra maintenir la sévérité du regard américain tout promouvant une relation de travail qui corresponde aux responsabilités et aux intérêts – ceux qui sont légitimes – des deux capitales. Répondant à Moscou, Washington a ainsi affiché une coopération sans réserve quant à la prolongation de l’accord START sur les forces nucléaires intercontinentales. Mais, parallèlement, le gouvernement américain a annoncé qu’il étendait ses restrictions d’exportation de produits sensibles vers la Russie en réponse à l’utilisation d' »armes chimiques « contre les opposants. Il faut deux jambes pour marcher.


Le travail de recadrage du partenariat devra prendre soin de ne pas faire basculer la Russie dans l’étreinte de la Chine, si puissante qu’elle pourrait l’assujettir à Xi Jinping. Nous vivons un épisode passionnant dans l’évolution de l’équilibre mondial : géopolitique, pandémie et valeurs peuvent tout changer, tandis que, temporairement, la suprématie des marchés balbutie.

* 13 mars – Back to the universal jungle

‘’America is back’’. Célébré de toutes part, le retour au monde des Etats Unis, sous le gouvernement de Joe Biden est, certes, réjouissant, mais l’état du monde ne suit pas les hauts et les bas de la politique américaine. Le monde se replie sur ces égoïsmes nationaux et, depuis l’attentat de Manhattan, le multilatéralisme décline. Le retour de la plus grande puissance dans les instruments du droit international ne constitue donc pas une assurance que le droit va désormais primer sur le désordre général des relations entre Etats. Réintégration de l’accord de Paris sur le climat et d’organisations internationales, telle l’OMS, tentatives de relance de l’accord nucléaire à six avec l’Iran, prolongation de l’accord de 1987 sur les arsenaux nucléaires russe et américains, recours à des forums régionaux, tels l’OTAN ou le Quad, pour stabiliser les points chauds du globe, tout cela est bel et bon mais ne va pas pour autant enrayer l’inexorable déclin du multilatéralisme et encore moins assurer la paix et le développement universels. Et pas même suffire à surmonter collectivement le Covid ou le dérèglement du climat. On doit malheureusement se rallier au constat dressé sur le sujet par la revue Questions internationales dans un récent dossier.


Les grands traités universalistes signés depuis le début du 21ème siècle, tels la COP21 sur le climat (2015), le traité sur l’interdiction des armes nucléaires (TIAN) de 2017, le pacte mondial pour les migrations (Marrakech, 2018), ont été élaborés sur des principes très louables. Pourtant leur proportion de ‘’wishful thinking’’ (méthode Coué) qu’ils recèlent s’accroît sans cesse aux dépens de leur opérabilité-même. Les objectifs nobles et les recommandations de bon sens n’ont plus beaucoup d’influence, quand les parties signataires sont ‘’invitées’’ et non plus ‘’obligées’’ de s’engager dans l’action concrète. Le multilatéralisme s’est adapté à sa propre érosion. Il se fait désormais léger et superficiel. Il vise plus à rebooster le moral des honnêtes gens épris de paix et de justice qu’à édicter des normes de portée générale. La raison en est bien sûr qu’il faut taire l’épidémie de défiance et de chauvinisme dénaturant les Etats, cause première de l’impotence de ce que certains veulent encore désigner comme ‘’la communauté internationale’’. Washington – comme Paris – ont bien conscience de cette réappropriation du monde par les nationalismes, qu’ils soient isolationnistes, identitaires ou hégémoniques et, d’ailleurs, les capitales occidentales n’en sont pas elles-mêmes exemptes. La machinerie onusienne et son secrétaire général subissent, à leur cor défendant, leur dépossession et en plus, ils en sont rendus coupables par les opinions populistes. Le Covid-19, qui confronte l’humanité entière, au même moment et à la même menace, exigerait une réponse globale. Mais la pandémie n’a pas eu le pouvoir de remettre à flot le multilatéralisme. Aucun conflit n’a été  »gelé » par la crise sanitaire. Pas plus que l’invocation de la Déclaration universelle des droits de l’homme, l’un des piliers absolus de l’ONU, ne parvient à faire sanctionne les pratiques les plus inhumaines et les plus condamnables des Etats, petits ou grands. Depuis quatre décennies, les égoïsmes des ‘’Grands’’ comme ceux des ‘’Moyens’’ bloquent toute révision de la Charte des Nations-Unies et privent de légitimité le Conseil de sécurité dans son rôle de régulateur de la Paix. La règle égalitaire de cette institution – un siège une voix – comme le rôle de tuteur du monde accaparé par les Cinq puissances permanentes détentrices du véto ont créé tant d’impasses, de frustrations et de petites vengeances que les mécanismes de résolution des crises ne fonctionnent plus. L’universalisme garde une triste chance : celle de se réaliser dans la Loi de la jungle.