* 15 mars – Stress nucléaire

Mururoa et Fangataufa ne sont pas des souvenirs heureux pour la Polynésie française. Aériens puis souterrains, les tirs d’essais nucléaires – essentiels pour développer la dissuasion – ont toujours pris localement la forme d’un diktat militaire couvert par le secret d’Etat. La population y a été exposée, sans information suffisante et dans la hantise qu’on lui mente. Ceci ne pouvait que lui faire ressentir la dureté de sa condition de ‘’paramètre marginal’’, voire, d’un point de vue politique, son statut ‘’colonial’’. Evoquant l’essai ‘’Centaure’’ de 1974 – très puissant et auquel la santé des habitants a été particulièrement exposée – le leader indépendantiste Oscar Temaru et d’autres élus appellent les Polynésiens à manifester contre « les 193 crimes » (autant d’essais) commis par l’État français, entre 1966 et 1996. Ce sera le 17 juillet, probablement dans l’indifférence de la métropole, mais, localement, un traumatisme comme celui-ci mobilise les esprits, plus que le Covid, évidemment.

Une enquête publiée par Disclose, hier, évalue la radioactivité subie par certains Polynésiens « deux à dix fois supérieure » aux estimations diffusées par le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) concernant les six essais nucléaires les plus contaminants. Alors, mensonge d’Etat, les données moins alarmistes diffusées jusqu’à présent ?… ou embrouille politicienne sur le seuil de sévérité de l’irradiation ? On ne va pas trancher ce débat sans argument scientifique fiable, mais l’angoisse des 110.000 compatriotes ultramarins concernés par ces faits anciens et à nouveau exposés à cette hantise, est bien réelle et demande des réponses.  »Je ne pouvais pas imaginer qu’un président de la République pouvait nous mentir et nous tromper », a réagi Gaston Flosse, président de la Polynésie française à l’époque, réputé proche de Jacques Chirac. La frénésie avec laquelle, la France a repris ses essais en 1995, contre la volonté quasi-unanime de la communauté internationale – pour franchir l’étape ultime ouvrant la voie à la conception par simulation des armes stratégiques futures – donne une idée de la priorité stratégique que représentait la mise au point de ces armes, ‘’quoi qu’il en coûte’’… aux populations exposées. La France est restée en selle en tant que puissance nucléaire, actrice de l’équilibre global. C’est un fait. Mais les Polynésiens sont en droit d’exiger du CEA et de la communauté de Défense des réponses précises, techniques et réellement fiables et surtout vérifiables sur le sujet. » La France éprouve souvent un peu de malaise à faire face à son passé.

* 09 mars – Mutually assured (digital) destruction

L’ère de la guerre hybride où nous entrons (une multiplicité d’opérations de nuisance et d’incapacitation non-signées) ouvre un large boulevard aux agressions numériques. Comme le jeu de la dissuasion nucléaire, les micro-attaques coordonnées prennent en otage des institutions et ceux qui les dirigent, mais aussi très largement, les infrastructures et les services publics indispensables à la population. Pour être diffuses et mystérieuses, ces attaques n’en sont pas moins léthales et exigent, comme l’équilibre de la terreur nucléaire (MAD, en anglais), une stratégie de riposte et de dissuasion.
Des hackers chinois, sans doute paraétatiques, auraient mis hors d’usage, chaque jour au cours des derniers mois, des milliers d’ordinateurs appartenant à divers types d’organisations américaines, dont des écoles, des PME, des administrations locales, des cabinets d’avocats, des associations, etc. et même des commissariats. Cela a fait au moins 30 000 victimes, au total. Ils exploiteraient dans ce but, des failles techniques de la messagerie Outlook. L’an dernier, ce sont des trolls Russes qui ont mis sur écoute des services de l’Administration fédérale. Dans un second temps, la messagerie américaine avait été attaquée un peu partout dans le monde par des effectifs humains de la taille d’une vaste armée. A quoi cela sert-il d’éparpiller les attaques ponctuelles à l’aveuglette plutôt que de se concentrer sur les cibles les plus ‘’juteuses’’ à espionner ? Simplement à maximiser la sensation de menace, à créer un climat d’appréhension inhibant le fonctionnement du pays et sapant la confiance dans ses capacités. Le timing ne doit rien au hasard : il s’agit d’affaiblir et de décrédibiliser la gouvernance de Joe Biden et de son administration. En janvier déjà, le ‘’cracking’’ du logiciel américain Solarwinds, largement utilisé par le secteur étatique, avait permis à des hackers, russes, d’espionner des ministères américains pendant plusieurs semaines.

Cette campagne hostile ne cherche à convaincre personne des mérites de V. Poutine ou de Xi Jingping, mais simplement à semer la confusion, accessoirement, à pratiquer de futurs chantages. C’est ensuite aux politiques d’Etat des adversaires de Washington de tester alors la détermination des gouvernements occidentaux, dès lors qu’ils pourront s’engager dans des tractations discrètes avec un adversaire fatigué, un peu comme le serait, face au toréador, un taureau de l’arène transpercé de banderilles. Moscou se doute que Joe Biden sera ‘’plus dur à cuire’’, dans le partenariat bilatéral, que ne l’était Donald Trump. Pékin, de son côté, n’anticipe aucune baisse dans la tension ‘’systémique’’ avec Washington. Vengeance par anticipation ou travail de sape, les cyberattaques sont un acte de guerre ‘’soft’’ très pervers.

La Maison Blanche programme dans l’urgence une réunion des agences gouvernementales pour mettre au point des parades et des traitements. Dans l’immédiat, les dégâts opérés obligent les administrateurs de réseaux numérique à identifier les victimes et à tenter de nettoyer toutes les traces, un peu comme on décontamine une population contaminée par l’atome. C’est fastidieux et très chronophage. Dès que possible, il faudra s’atteler au risque systémique de la cyber-guerre, tant celle-ci exploite l’extrême vulnérabilité à un petit nombre de logiciels de la très forte dépendance des entreprises et de services publics. Il est probable que pour créer une forme de dissuasion par ‘’Mutually Assured Digital destruction’’ (MAD), l’appareil de défense américain en viendra à développer une capacité offensive égale ou supérieure à celles auxquelles il est confronté. Cette forme de prolifération n’épargnera pas l’Europe.

*13 février – Meuh ! En 2021, les pays Vache qui rit ouvrent les bras au Buffle de métal, selon  le roulement du zodiac bouddhique. N’en faisons pas tout un fromage. Que cette Lune toute nouvelle apporte à tous l’énergie et la force agricole qui revigore les esprits !

Associé à la Terre, au conservatisme, à l’agriculture, au travail, à la rigueur, à la patience, le buffle est persévérant… mais pas fulgurant. Sa couleur dominante est le blanc. Réputé sage, protecteur, endurant, sûr de lui et patient, il serait aussi, selon la tradition, têtu, peu réactif, mutique et parfois jalouxQuant au Métal, il est synonyme d’intégrité et de justesse.

L’année 2020 avait enclenché un nouveau cycle et reseter l’ensemble de nos systèmes. 2021 doit alors être une année de (re)construction, qui pousse à construire à l’instinct vers de l’inconnu. Elle nous met dans une posture de patience et induit une notion de lenteur dans le quotidien. Tout va progresser à petits pas, quitte à se tromper. et à devoir ajuster. Depuis l’an dernier, on sait déjà où on ne veut plus aller. L’important est de définir dans quelle direction on va (lentement) cheminer. Le Métal va permettre d’ajuster : il découpe les limites. En termes géopolitiques : ne pas viser trop loin, savoir quel nouveau modèle et quel équilibre explorer, tenir compte des pesanteurs de l’Histoire et des sociétés humaines, renoncer aux ruptures ou évolutions brutales comme aux percées conceptuelles trop soudaines. Surtout, bien se reconnecter à des peuples avec qui l’on partage les mêmes valeurs, le respect du vivant, la foi en l’Humain. 祝你牛年快乐 (Bonne Année du Buffle !)

* 11 février – Bitcoin

Comment Kim Jong-Un, qui règne sur une  »économie-hermite », dramatiquement dénuée de cash, parvient-il à financer ses missiles et ses ogives ? Ce sont, avec le ginseng, les seuls produits exportables par la Corée du Nord. On se souvient que l’appareil militaire démesuré de ce pays et sa diplomatie ont longtemps été sous perfusion des revenus de trafics internationaux. Le cash était colporté par des valises diplomatiques, par ailleurs pleines à craquer d’alcools et de tabac de contrebande. Depuis, la dictature s’est modernisée. Donc, point de surprise à voir Pyongyang adhèrer avec passion au Bitcoin, au point d’avoir dérobé 300 millions de dollars de cette cryptomonnaie au cours des derniers mois. Les blockchains censées rendre les transactions infalsifiables ont bel et bien été contournées par les trolls de Kim.

Alerte ! Car le Royaume-casemate s’exprime aussi via des attaques informatiques sans aucune modération. Entre autres exploits, Pyongyang est soupçonné d’avoir dérobé, en 2016, 81 millions de dollars à la Banque centrale du Bangladesh (BCB) et, en 2017, 60 millions de dollars à la banque taïwanaise, Far Eastern International. La liste est bien plus longue. Plus efficace que la contrebande et les produits frelatés, ce type d’agressions permet de financer les programmes nucléaires et balistiques interdits. L’ONU vient de publier sur la question un rapport édifiant. Sur la carte mondiale du crime organisé, qui avoisine 20 % du PIB global (on n’en saura jamais le montant caché exact), la ‘’République démocratique populaire’’ pèse de tout son poids. Elle constitue un exemple inquiétant de symbiose des criminalités : terreur et assassinat comme mode de gouvernance, chantage à la guerre nucléaire comme diplomatie, exportation de technologies interdites comme activité marchande, trafics commerciaux en tous genre, cyber-terrorisme, pour le plaisir et pour l’argent … enfin, recours massif au bitcoin (volé), la monnaie sans maître ni loi, créée par une mafia pour être utilisée par les mafias et par quelques gogos.

L’homme le plus riche du monde n’est certes pas criminel et on aurait du mal à le penser naïf. Pourtant, le fondateur et patron de Tesla annonce avoir investi 1,5 milliard de dollars dans le Bitcoin. Lui ne le vole pas. Il ouvre du même coup à  sa clientèle la possibilité de payer, au moins en partie, avec la ténébreuse cryptomonnaie. Du coup, le Bitcoin cartonne à 37 000 euros et il progresse de 1 100 % en un an, remplissant les poches de Kim Jong-Un, des Totorino et autres Escobar de la planète et, bien sûr, celles d’Elon Musk lui-même. Bravo, merci et encore ! Grâce au génial concepteur, les maîtres-chanteurs, ravisseurs, tueurs à gage et autres coupeurs de jarrets de la planète -sans oublier les super-dictateurs -vont rouler quasi-gratuitement en Tesla roadster à 215.000 € (une belle caisse).

* 01 février – Méchante jungle exotique

Le monde sans foi ni loi du Covid ne cesse de nous abreuver d’évènements tordus. En Birmanie, la nuit a vu s’abattre un black out des télécoms sur Rangoun et Naypyidaw (la nouvelle capitale, isolée de tout) : les forces armées, championnes du monde de la dictature militaire sur quatre décennies, (re)saisissaient le pouvoir, pouvoir qu’en fait elles n’avaient jamais totalement abandonné aux civils. Leur putsch est devenu clair, lorsqu’a été arrêtée Aung San Suu Kyi, la cheffe de facto du gouvernement birman. Celle-ci retourne brutalement à sa triste et historique condition initiale, celle de grande résistante passive de la Nation. Selon la direction de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND), la prix Nobel 1991 de la Paix exhorte la population à ne pas accepter le coup d’État. Mais que faire face aux détenteurs de la force ? L’enlèvement et la mise en détention du gouverneur de Rangoun, de leaders d’opinion, d’artistes et de nombreux responsables politiques de zones de minorités ethniques accrédite l’identité de l’ennemi des généraux : les citoyens qui pensent et qui créent.

Dans la foulée, le commandant en chef de l’armée de terre a décrété l’état d’urgence, pour une durée d’un an, afin de ‘’préserver la stabilité de l’État’’. A l’échéance, se tiendraient , dit-il, de nouvelles élections générales ‘’ libres et équitables’’. Le général Min Aung Hlaing s’énervait depuis quelque temps, menaçant même de ‘’révoquer’’ la constitution du pays. C’est tout dire. En fait, les militaires ont perdu les législatives de novembre, remportées très largement par le parti d’Aung San Suu Kyi. Ils accusent, à rebours, la commission électorale d’avoir laissé passer des irrégularités. ‘’Nous mettrons en place une véritable démocratie multipartite’’, proclame un communiqué des prétoriens sur leurs pages Facebook. Venant de la narco-mafia qu’est Tatmadaw (la junte birmane), uniquement apte à confisquer la démocratie et légèrement fascisante, qui plus est – les Rohingyas expulsés au Bangladesh ne le démentiront pas – ce programme apparait comme un monument de tartuferie. L’allusion au corona virus comme facteur justificatif est bien conforme à l‘opportunisme des autocraties. Mais pour le malheur de la junte, dénoncer la dictature en Birmanie ne pose pas autant de problèmes de conscience aux Etats occidentaux que de mettre sur le sellette, par exemple, les dirigeants de la Chine (le meilleur soutien de la jute birmane, par ailleurs). Beaucoup remercieront le général Min de leur offrir une bonne conscience sur un plateau d’argent.

* 25 janvier – Bunkerisation

Comme ses voisines, la France se referme, dans la crainte de la 3ème vague pandémique, celle qu’attisent les variants plus pathogènes du Covid. Ceci est sanitairement compréhensible, du moins sur la durée strictement nécessaire. Dans l’ambiance d’appréhension pour soi-même, il n’est donc pas étonnant que l’attention du public se détourne des questions migratoires. Au même moment, le nombre des personnes déplacées des conflits dans le monde tend vers 100 millions (et ne parlons pas des réfugiés climatiques !) et une pandémie de misère et de précarité s’ajoute à la confusion globale. Elle accroît la détresse des exilés parvenant en Europe ou déjà condamnés à y errer dans la clandestinité. Mais comment s’est soldée en France la première année de la pandémie, lorsque l’Europe n‘était pas encore hermétiquement close ? Cédons la parole à la Cimade, sur la base des statistiques de 2020 du Ministère de l’Intérieur français. Derrière le bilan officiel, l’ONG protectrice des populations déracinées constate la poursuite d’une politique migratoire restrictive et implicitement déshumanisée, dans le sens du o-respect des droits humains fondamentaux :


‘’Si les baisses spectaculaires(des migrations et demandes d’asile) s’expliquent en grande partie par la crise sanitaire, les atteintes aux droits des personnes étrangères sont quant à elles imputables à la poursuite d’une politique migratoire restrictive. Les exemples de violations manifestes des droits constatées par nos équipes en 2020 ne manquent pas :
Ainsi, le nombre de visas délivrés est passé de 3,5 millions à 712 000 (soit moins 79,7%), le nombre de premiers titres de séjour de 277 406 à 220 535 (soit une baisse de 20,5%) et le nombre de demandes d’asile enregistrées de 143 000 à 93 000 (soit une chute de 35%). Derrière ces chiffres, La Cimade a constaté la persistance, et parfois l’aggravation, des violations des droits fondamentaux des personnes étrangères en 2020, en métropole comme en Outre-mer.  Pour lever le voile sur la réelle situation vécue par les personnes migrantes et réfugiées en 2020, elle a publié, dans un communiqué de presse, ses observations, fruit de travaux d’accompagnement des personnes étrangères sur le terrain, de collecte d’informations et de plaidoyer réalisés par nos équipes.
• Aux frontières, les violations des droits se sont poursuivies tout au long de l’année. Les privations de liberté ont continué dans des conditions indignes. Et les autorités françaises ont aussi continué à refouler des personnes, notamment vers l’Italie, même lorsque ce pays était l’un des épicentres de la pandémie;
• La fermeture complète des préfectures puis leur réouverture partielle, associée à la difficulté pour obtenir un rendez-vous sur internet et à l’obligation de déposer des demandes de façon dématérialisée, a conduit à cette chute du nombre de titres de séjour délivrés. Malgré les très fortes mobilisations pour demander une large régularisation, le gouvernement est resté sourd à ces revendications; 
• En Outre-mer, en raison d’un dispositif d’accueil des personnes demandant l’asile totalement défaillant, des centaines de personnes vivent actuellement dans des campements;
• Les centres de rétention ont été maintenus ouverts et les personnes enfermées n’ont pas été libérées. Les conditions sanitaires n’y étaient pourtant pas assurées et plusieurs clusters y ont été décelés tout au long de l’année. 
Ces observations ont malheureusement toujours cours au moment où vous lisez ce message ».

-Le blog de l’Ours Géo ajoute : Prévoit-on de vacciner nos SDF dont plus d’un quart sont des étrangers à la rue, ne maîtrisant pas ou mal notre langue et coupés de tout environnement sanitaire ? En continuant à enfermer ces personnes dans des centres de rétention hygiéniquement malsains, veut on = sciemment = les exposer au Covid ? Conçus pour quelques jours de transit ces lieux dénués d’infrastructures de séjour sont devenus des clusters. On y croupit désormais misérablement faute de pouvoir expulser qui que ce soit où que ce soit. La France ne vaut elle pas mieux que ça ?

* 8 janvier – Les abois du Capitole

Selon leur ancrage démocratique ou autoritaire, les dirigeants du monde réagissent avec effroi ou avec sarcasme au raid des partisans de Donald Trump sur le Congrès américain. On peut, de fait, y voir l’échec pathétique d’une attaque brouillonne contre les institutions de la plus éminente démocratie de la planète ou, au contraire, le signe du déclin inexorable de l’hyper-puissance donneuse de leçons. Les deux interprétations ont leur part de vérité, mais il est clair que l’affrontement entre Américains reste latent et que l’épreuve de force va se poursuivre entre les héritiers de l’œuvre des Pères-fondateurs et les milieux blancs déclassés, agités par la fureur populiste. Les uns fondent leurs convictions politiques sur le respect des institutions et des libertés civiques, les autres, sur une prise de possession directe et le spectacle du  »légitime défoulement populaire’’ contre tous les sujets de leur méfiance. Avant de ranger ces derniers parmi les ennemis de la démocratie, il faudrait déjà les inciter à en exprimer, au-delà des slogans fantasmés, leur conception des remèdes à la crise, ce, dans l’ordre politique rationnel.


Nous venons de faire, en France, l’expérience d’un long conflit interne assez comparable. Personne ne nie la montée des populismes un peu partout en Occident, exacerbée par des décennies de méfiance entre gouvernants et gouvernés. Etait-ce le sens de cette bannière étoilée, placée en toile de fond de l’intervention à chaud du président Macron sur l’incident du Capitole ? Faisons mine de croire que c’était bien le cas :  »Français et Américains, nous sommes sur la même galère, comme à la fin du 18ème siècle, et l’on va devoir ramer longtemps ». Des deux côtés de l’Atlantique, des peurs bien réelles accompagnent l’émergence économique de nations (surtout asiatiques) plus performantes ou plus agressives, le déclassement social, la révolution numérique tueuse d’emploi, l’alarmisme mensonger des réseaux sociaux, sans oublier une myriade d’angoisses fantasmées qui trouvent malheureusement un écho médiatique disproportionné. La pandémie constitue un riche terreau, à cet égard. Sans trop idéaliser Joe Biden, il nous faudra observer comment il va tenter de réparer le tissu américain. Il n’est pas exclu qu’il marque quelques points là où la défiance sociale reste la dominante en politique française. Il faut être deux – dirigeants et population – pour danser le menuet, mais c’est toujours à ceux qui ont appris la danse qu’il revient de guider les premiers pas.

* 27 octobre – Inch’Allah, Donald !

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* 27 octobre – Inch’Allah, Donald ! Continuons notre petit tour d’horizon des coins du monde où l’on souhaite la réélection du président Trump. Le Golfe en est un, en dépit des mesures d’interdiction de territoire adoptée par l’administration républicaine contre des pays musulmans.

C’est en Arabie que Donald Trump a choisi d’aller pour son premier voyage officiel à l’étranger, en mai 2017. A Riyad, le nouveau président s’est livré à une attaque virulente contre l’Iran, ‘’suppôt du terrorisme ‘’, pour le plus grand bonheur du roi Salmane et de son trouble héritier, le prince Mohammed ben Salmane (MBS). Le royaume d’al-Saoud a passé illico 380 milliards de dollars de contrats avec Washington, dont 110 milliards pour l’armement. A partir de là, on a ignoré, à Washington, ce qu’il peut y avoir d’injuste ou de cruel dans la conduite du Royaume. De sorte que les dirigeants saoudiens se sentent intouchables et bénéficiaires d’impunité. Et ceci, quand bien même, trois ans plus tard, les contrats mirobolants annoncées par le milliardaire misanthrope se sont évaporés, beaucoup ne se résumant qu’à de vagues lettres d’intention sans suite.

Quand Riyad, à la tête d’une coalition militaire sunnite a envahi le Yémen pour y traquer les miliciens chiites (supposés proches de l’Iran), D. Trump a fait veto, à trois reprises, aux résolutions du Congrès visant à suspendre les livraisons d’armes à l’Arabie saoudite et aux Emirats. De même, lors du meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, le 2 octobre 2018 au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, le prince MBS a bénéficié de la mansuétude entière du président américain, qui n‘a pas hésité à récuser les preuves à charge avancées par sa CIA.
Alors, quand, lorsqu’en novembre 2019 (débat de la primaire démocrate), ils entendent, Joe Biden semoncer Riyad, et parler, s’il est élu, de ‘’mettre fin à la vente de matériel militaire utilisé pour tuer des enfants’’, et même de  »faire payer le prix’’ … à ‘’ l’État paria’’ des Saoud, comme un seul homme, l’Arabie et les Emirats Unis votent Trump.

Voilà ce qu’on appelle partager les mêmes valeurs et s’y tenir !

* 26 octobre -Conflit cultuel

L’hommage national rendu à l’enseignant assassiné à Conflans rassemble, derrière la voix de leur président, une immense majorité des Français qui adhèrent aux valeurs de la République. Dans le monde musulman, qui compte la même proportion de braves gens qu’ailleurs, certains leaders d’opinion ont cédé à la tentation d’en faire une offense à l’égard des musulmans. E. Macron se voit stigmatisé par eux comme ‘’raciste’’ (quel rapport ?) et ses propos distinguant, comme il se doit, l’‘’islamisme politique’’ de l’Islam en général sont perçus comme une attaque déguisée contre l’Oumma. Le quiproquo n‘est pas nouveau. Il remonte au malaise social et existentiel des sociétés arabo-musulmanes dans ces dernières décennies autant qu’aux racines de  »l’incompréhensible » laïcité française. Sans être un fin linguiste, on imagine que la traduction arabe de  »musulman » et  »islamiste » aboutit à une synonymie parfaite, dans les esprits.

Les politiques antimusulmanes de l’administration Trump (le ‘’Muslim ban’’, l’anglo-américain ne faisant pas dans la nuance sémantique) et la montée du ressentiment des Européens, au fil des agressions jihadistes, créent un contexte délétère. Les médias du Moyen-Orient, intellectuellement éloignés des lumières et obsédés par ‘’l’islamophobie’’ (définition ?), ajoutent leur touche de désinformation et de haine vendeuse. Il sont donc peu à avoir perçu et respecté le deuil moral des Français. Qu’importe ! Selon qu’on remonte à l’expansion mahométane du 7ème siècle, aux croisades médiévales  – deux épisodes d’une violence comparable – à la seconde guerre d’Iraq ou aux attentats de 2015, les perspectives se confrontent. L’origine des contradictions est polémique et la machine à slogans primaires, inhérente aux totalitarismes, envahit et brouille les esprits.

Dans le Golfe, par ailleurs très friand des armes françaises, les petits cousins des émirs défilent en brandissant l’image d’un président français transpercé de balles. Wahabites ou Frères musulmans, ils ont décrété le boycott des produits français, au nom d’on ne sait trop quel rapport entre ‘la vache qui rit’’ et les caricatures du Prophète (ladite vache dessinée par Benjamin Rabier constituant elle-même une caricature de bovidé, il est vrai). Renchérissant sur l’analyse nombriliste d’Al Azhar, l’Organisation de la Conférence islamique – qui incarne, dans cette région, la synthèse des autocraties populistes – met en garde la France : risque de graves conséquences dans la relation franco-islamique ! Quid du sens de ce curieux attelage entre un pays juridique et une pratique religieuse insaisissable, qui se montre aux Français profondément divisée et très diversement interprétée jusqu’au sein-même des familles ? Comment l’OCI caractérise t’elle les musulmans de France – français ou islamiques ? – lorsqu’elle s’évertue à rendre les deux termes antinomiques. Cette antinomie proclamée – formellement en vertu du  »respect dû à chaque religion » – n’est-elle pas, en réalité, rien d’autre que de l’huile intentionnellement versée sur les braises ? Sous cet angle, le jihad anti-français cacherait une course à l’assujetissement communautaire des citoyens français musulmans à des pouvoirs autocratiques étrangers… la création de toutes pièces d’une Cinquième colonne…

Cette stratégie de communautarisation des Européens musulmans est, pour une part, téléguidée par des Etats maghrébins voisins et conservateurs, plutôt en bons termes avec Paris. Mais aussi, par des démocratures orientales qui baignent dans la haine de l’Occident. Les propos outrageants tenus par le sultan Erdogan à l’encontre du Chef d’Etat français, à la suite, toujours, de l’hommage rendu à Samuel Paty, donnent à voir une forme très crue et politiquement signée de ce travail de sape depuis l’intérieur. Le despote, ami des frères musulmans et de Daech, est déjà engagé dans cinq guerres pour rétablir  »la grandeur ottomane ». Il veut beaucoup de mal à la France, depuis qu’il a raté l’option d’une intégration à l’Europe. Un clash armé serait assez de son goût pour rallier les croyants à lui. Il n’est pas exclu que ses tentatives d’allumer chez nous des foyers de guerre civile, comme il en suscite chez lui, exprime – de façon consciente ou non – sa volonté mégalomane de gloire dans la vengeance.

*5 octobre – Sam, grand malade

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*5 octobre – Sam, grand malade. « J’ai beaucoup appris sur le Covid, je l’ai appris en faisant l’expérience moi-même, c’est l’école de la vie ». « Ce n’est pas ce qu’on lit dans les livres, et je comprends ça, et c’est quelque chose de très intéressant ». Le président américain peut-il vraiment apprendre de la vie ? Hospitalisé avec les symptômes du virus, on le projette dans les médias, tandis qu’il multiplie les tweets et les apparitions-surprises à bord de sa limousine. Pour l’humanité commune, la maladie relève de la vie intime. Mais, lui, figure au nombre des puissants perpétuellement mis en scène et dont on cache les déboires derrière un épais brouillard d’infox. Les Français se souviennent des fins de règne obscures des présidents Pompidou et Mitterrand.

Avec D. Trump, sous traitements à l’hôpital (même s’il claironne sa sortie imminente), c’est la géopolitique du monde en suspens. Elle se perd en rumeurs et en interrogations. Pour certains régimes s’est ouverte une fenêtre d’opportunité pour agir dans le vide de présence au monde des Etats-Unis. Avant même les malheurs du bouillant septuagénaire, la Turquie, Israël et la Russie ont déjà bien profité du repli sur soi des Etats-Unis et de leur moindre capacité à réagir. On pourrait aussi spéculer sur le moment choisi par l’Azerbaïdjan pour se lancer à la reconquête du haut Karabakh. L’énorme incertitude qui affecte les élections américaines – et singulièrement, le scrutin présidentiel – conjointement à l’anticipation générale d’une période de désordre durable au niveau de la première puissance occidentale, déstabilisera-t-elle plus encore l’état du monde ? On pourrait, au contraire, la voir comme une opportunité pour promouvoir un cours des choses plus conforme au droit, à la justice et aux défis urgents de notre époque, réalités que les Etats-Unis ne savent plus prendre en compte.

* 3 octobre – Mercenaires à vendre !

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Syrie, Libye, zone kurde irakienne, eaux territoriales cypriotes et maintenant Haut Karabah ! Se dirige-t-on vers une nouvelle escalade par proxy, du fait de l’hubris de tel ou tel dictateur ‘’à l’ancienne’’?  Il est confirmé de source française que des miliciens syriens pro-Ankara ont été déployés ces dernières semaines dans les montagnes de cette dernière région, pour épauler l’Azerbaïdjan face aux séparatistes arméniens. Selon l’observatoire syrien des droits de l’Homme (à Londres), vingt-huit d’entre eux auraient déjà péri sur le terrain. Emmanuel Macron a dénoncé leur présence comme mercenaires dans les rangs azeri. Ils qui auraient été recrutés au sein de milices opérant dans la région d’Alep. Plutôt que le jihad, c’est l’argent turc et la logistique turque en Libye qui les a acheminés vers Bakou.

On ne peut s’empêcher de penser à la façon dont ce type de mercenaires – sans insignes – se sont emparés de la Crimée en 2014 et ont organisé le soulèvement du Donbass. La projection de guerriers stipendiés fait partie de la panoplie des régimes autocratiques. Russie comme Turquie y recourent, de la même façon, avec une grande compréhension pour l’autre », même quand leurs intérêts nationaux entrent en conflit. Il s’agit dans les deux cas de conduire des stratégies revanchardes voire irrédentistes : reconstituer, pan après pan, leur glacis historique, sans en revendiquer l’intention ni la responsabilité directe. Celle-ci revient à des vassaux plus ou moins manipulés ou demandeurs. Il reste que de la Géorgie (2008) ou la Moldavie asservie, la Syrie – jusqu’aux territoires kurdes nettoyés ethniquement à la frontière turque – les populations ‘’invasives’’ ne s’y trompent pas et affichent leur loyauté politique à l’ ‘’homme fort’’ qu’elles savent derrière la manœuvre. Avec la prolifération des populismes, celle des mercenariats…

Aux Etats-Unis, D. Trump célèbre l’anniversaire de la piteuse et scélérate expédition de la Baie des Cochons à Cuba (1960), l’archétype de l’agression déguisée. L’Amérique du Sud a connu de nombreux épisodes de guerre par proxy. Le plus célèbre aura été la création des ‘’Contras’’ face au régime guévariste du Nicaragua. Lors du second conflit irakien, la formule a mué en un déploiement ouvert et assumé d’armées privées (Blackwater, Halliburton, etc). Leur ’’avantage’’ de n’être soumises à aucun code éthique ni juridique, ni même médiatique, les désignait pour le ‘’sale boulot’’. Leurs méfaits ont contribué au rejet par les Irakiens de leur ‘’libérateur’’ occidental. La liste des conflits mercenarisés n’en finit pas. Sans accabler la France ni remonter aux temps lointains de  Bob Denard,  il faut bien reconnaitre que les ‘’contrats de service’’ de la DCI (Société de services de la Défense), qui accompagnent les marchés d’armements hors-OTAN tombent, pour certains, juridiquement, dans cette catégorie prohibée par le droit international. C’est le cas, par exemple, lorsqu’ils prévoient que les conseillers techniques, experts divers ou techniciens détachés provisoirement des Armées sont appelés à servir les systèmes d’armes qu’ils installent, dans certaines circonstances. Mais comme ces clauses sont cachées au public et au Parlement et que l’on n’envahit pas nos voisins, il n’y a heureusement aucun écho populiste à en redouter.

* 2 octobre – Géopolitique par la barbichette

Brèves des jours précédents

Chypre a finalement accordé son feu vert à une prise de décision du Conseil européen sur la Biélorussie et cessé de bloquer l’adoption de sanctions contre le régime de Loukachenko. Ainsi vont les marchandages au sein d’une structure collective comme celle des  »27 », où les egos nationaux conditionnent l’issue des débats. Nicosie exigeait que soit préalablement actée une condamnation de la prospection gazière ‘’musclée’’ que mène la marine turque dans sa zone économique exclusive et ses eux territoriales. Ce qui a été fait. Par conséquent, les avoirs financiers en Europe d’une quarantaine de dirigeants biélorusses – hormis Loukachenko lui-même – impliqués dans le trucage de l’élection présidentielle et la répression des manifestations populaires (pacifiques) seront gelés.

Cela ne va pas vraiment loin mais, symboliquement, marque une attention et un jugement européen sur le drame qui se déroule à Minsk. Angela Merkel a pu parler d’un « signal important » – en fait, ‘’minimum’’’ – vers ceux qui se mettent en travers de la démocratie. Le recours massif à la torture aurait dû être fortement dénoncé. La Grande-Bretagne et le Canada avaient, eux, franchi le pas bien avant. Le message reste un peu brouillé par l’imbrication des mesures sans rapport visant respectivement Minsk et Ankara.

De son côté, le président turc, Erdogan, a été invité à « saisir l’offre » (de négociations ?) des dirigeants européens’’, lesquels sont convenus de juger « avant la fin de l’année si des développements positifs ont été enregistrés », dixit Charles Michel. « Si Ankara poursuit ses actions illégales, nous utiliserons tous les instruments à notre disposition », prévient Ursula von der Leyen, Il semble en fait que la relation avec la Turquie se discutera de façon plus conséquente au sein de l’Alliance atlantique, où rien n’est gagné par avance, vu l’inconséquence des Etats-Unis. Quant aux Biélorusses, dont la dirigeante morale a reçu, de façon opportune, la visite du président français, ils doivent se dire que l’UE ne déploie pas ‘’le grand arsenal’’ pour eux. Elle tourne plutôt son regard vers Moscou, un regard excessivement géopolitique. Pour la cause de la liberté d’un peuple d’Europe, on aimerait entendre les autres peuples d’Europe s’exprimer fortement.