L’Année passée, pour vous mettre en pétard !

Voilà encore une idée tordue. Depuis avril, on s’est embêté, moi et l’autre, à tenir au quotidien, la quintessence philosopho-géopolitique de l’actualité terrienne. Notre dispositif furtif de reconnaissance faciale l’indique sans aucun doute possible : tu as généralement snobé notre rubrique « Brèves du jour » et ses révélations exclusives, lui préférant les grands médias : 2,07 lecteurs fidèles, en incluant l’Ours et moi-même !

Alors, on ressert la sauce, pour que tu puisses, cher lecteur, vérifier à quel point nos prophéties étaient justes, en particulier au niveau philosophique. A la fin de chaque période de décryptage du monde, un lien hypertexte renvoie aux mois précédents. Pour qui parviendra au bout, un abonnement gratuit pour les dix prochaines décennies ! Vous voilà fin-prêt pour 2020: portez-vous bien !

La rédaction plantigrado-cromagnonne du blog

Bonne Année, en faisant gaffe quand même !

Brèves (Le point géopolitique du jour)

* 31 décembre – Bévue de la Saint Sylvestre. En réponse à une attaque terroriste contre une base américaine en Iraq, Washington lance des bombardements massifs mal-ciblés, provoquant de nombreuses victimes civiles. Pour la rue irakienne, déjà remontée contre ses dirigeants de Bagdad et contre l’Iran, c’en est trop. L’Amérique se disqualifie. Son ambassade est assiégée par la foule.

* 30 décembre V2 en cadeaux. Pyongyang a promis à D. Trump un « cadeau de Noël », du style « test de missile stratégique longue portée ». Kim Jong-un a adressé aux Etats Unis un ultimatum d’ici la fin de l’année, pour qu’ils changent d’attitude à l’égard de l’arsenal nucléaire de son pays. Sans rapport : à Moscou, on vante la mise en oeuvre de « l’arme absolue » :  l’Avangard, qui vole à Mach 20 et jusqu’à Mach 27, serait capable de changer de cap et d’altitude. Selon M. Poutine, il pourrait contourner tous les systèmes antimissiles existants. Si vous dites « relance de la course aux armements », vous êtes un Poutinophobe primaire. On attend de vous que vous ayez la trouille, c’est tout.

* 29  décembre Idlib (Syrie) : un collectif citoyen s’exprime dans Le Monde. Extraits: « Au nord de la Syrie, un déluge de bombes s’abat sur des millions de civils rassemblés dans la région d’Idlib. Ces déplacés (…) ont fui les affrontements qui ravagent la Syrie depuis 2011, ou ont été conduits de force dans cet espace devenu piège de masse. Ce ne sont pas des victimes collatérales : ils sont visés comme tels par le régime. Ils se retrouvent pris au piège entre les djihadistes et les bombardements du régime de Bachar Al-Assad appuyé par l’armée de Poutine. Des coordonnées d’hôpitaux transmises par l’ONU, l’aviation russe a fait bon usage, bombardant soixante structures (médicales)…

Nos dirigeants européens ont lâché tous leurs leviers d’action au profit de la Russie et des voisins régionaux : Iran et Turquie. Les appels à la trêve formulés publiquement par le président français à Brégançon ont été balayés en direct et tout aussi publiquement par Poutine.La non-application des décisions internationales a permis à Bachar Al-Assad de contourner les sanctions économiques en captant l’aide humanitaire, de plus en plus monopolisée à des fins claires : continuer la guerre … jusqu’à extinction totale. Le récent veto de la Russie et de la Chine à l’ONU aggrave le tout en empêchant l’aide transfrontalière. Cette débâcle est aussi la nôtre : c’est celle de notre monde, de l’idée de monde humain ». Rien à ajouter. 

* 28 décembreNouveau lâchage. D’après le New York Times, Washington se prépare à une forte réduction de son engagement militaire en Afrique (actuellement, 7 000 soldats en zone subsaharienne et en Somalie). Ce pourrait entraîner un retrait complet du Niger, du Tchad et du Mali, incluant la fermeture de la base de drones d’Agadez, au Niger. Le Pentagone préfère se concentrer sur les défis stratégiques que posent la Chine et la Russie. Après le lâchage des Kurdes de Syrie, ce serait un coup bas, porté cette fois à l’engagement de la France au Sahel. Pour certaines missions opérationnelles et pour l’encadrement du G 5, Paris reste en effet dépendant d’un appui américain. A l’heure où la jonction se fait entre le Maghreb islamique, au Nord, et Boko Haram, au Sud, le Sahel, investi par les groupes jihadistes, relève de ces « guerres sans fin » dont D. Trump veut se débarrasser. De son côté, Berlin renâcle à s’engager plus franchement.

* 27 décembrePied de nez à l’Occident. L’Iran, la Chine et la Russie engagent des exercices navals conjoints – en principe « non-offensifs » – dans l’océan Indien et le golfe d’Oman. Pendant quatre jours, il s’agit de « montrer que l’Iran ne peut être isolé ». Ces manœuvres interviennent sur fond de fortes tensions dans le Golfe, depuis le torpillage, par Washington, de l’accord sur le nucléaire iranien et le rétablissement de sanctions contre l’économie de la République islamique. L’engagement de la Chine aux côtés de la Russie traduit un durcissement collectif envers l’Occident

* 25 décembre. Douce nuit … Sainte nuit…

* 26 décembreGuerres spasmodiques. Deux attaques jihadistes das la région d’Arbinda, au Burkina Faso : nombreuses victimes civiles et militaires.

– Selon le président turc, Erdogan, le Parlement d’Ankara votera en janvier une motion décidant l’envoi de troupes en Libye. Elles interviendront en soutien du gouvernement d’union nationale (GNA), reconnu par l’ONU, face aux forces Khalifa Haftar, l’homme fort de l’est libyen, courtisé par la France. Où sont les bons, où sont les méchants ?

* 24 décembreMenaces d’apatridie. Après ce qui arrive aux Rohingyas, les 200 millions de musulmans d’Inde ont motif à s’inquiéter, de même que le Pakistan et le Bangladesh. La loi sur la nationalité, adoptée le 11 décembre, palie aux lacunes de l’état-civil indien en omettant simplement toute  »régularisation » pour les mahométans (contrairement aux autres minorités religieuses). La protestation est vive, et la répression a déjà fait 25 morts. Narendra Modi tente de se dédouaner de son virulent nationalisme hindou en « assurant » que  ceux qui peuvent prouver l’indianité de leurs ancêtres échapperont à l’apatridie (et l’expulsion ?). Mission impossible et propos hypocrites. Que reste-il de la laïcité de la « plus grande démocratie du monde » ?

* 23 décembreFacétie de l’Histoire. Mort subite du général Gaïd Salah, Chef d’Etat-major, « homme fort » du pouvoir militaire algérien. Une promotion inespérée pour le nouveau président mal élu, d’emblée libéré de son « tuteur » ? Une opportunité pour le mouvement populaire hirak ? Restez fidèle au blog pour obtenir la vraie réponse !

– La France va créer en Côte d’Ivoire une académie anti-terroriste pour l’Afrique de l’Ouest : renseignement, conduite des opérations, défense des institutions. Ce ne sera pas l’équivalent africain de l’ex-Ecole des Amériques, à Panama, mais ce ne sera pas non plus une assurance contre la torture. De son côté, Barkhane se dote de drones tactiques armés (pilotés localement) : contrôle renforcé des mouvements des jihadistes (bien !) ET possibilité d’exécuter, sans combat ni procédure judiciaire, plus d’ennemis ciblés (!) 

* 22 décembre – Emancipation. En Afrique francophone, l’Eco, indexé à l’Euro, va remplacer le Franc CFA. Les huit pays de l’actuelle zone franc en Afrique de l’Ouest couperont, dès 2020, tout lien technique avec le Trésor français. Ils géreront eux-mêmes leurs dépôts, la France n’offrant des garanties qu’en cas de crise monétaire. L’Eco pourrait à terme être assis sur un panier de devises. C’est la fin d’un anachronisme à la fois politique (rétablir un symbole de souveraineté africaine) et technique (c’est la BCE de Francfort, non la Banque de France, qui gère la devise utilisée en France). L’arrimage est redéfini mais pas rompu. La situation monétaire de l’Afrique centrale reste à préciser.

*  21 décembre Saut périlleux, yeux bandés. Westminster adopte largement la « Loi de séparation » qui formalise la demande britannique de Brexit. L’opposition s’étant effondrée, Johnson est désormais tout-puissant, même si la moitié des Britanniques ne voulaient pas de lui. Bruxelles et les pays-membres de l’UE prendront acte, sans doute avant février. Affaire classée ? Non. Quel avenir attend, en effet, le Royaume Uni, voisin malgré lui de l’UE et qui s’est enfermé dans une vision populiste à courte vue ? L’électeur -type britannique n’en sait rien et préfère ignorer les conséquences de ses choix. Avec l’année ou plus de tractations difficiles qui s’annonce pour restaurer un semblant de partenariat avec le Continent, il va, plus que jamais, haïr Bruxelles. Triste absence de sens stratégique. L’électeur européen a le droit, lui, de décrypter son futur et d’y participer.

* 20 décembre Ingratitudes  croisées. A E. Macron, déplorant l’hostilité des populations sahéliennes envers Barkhane, Mahamadou Issoufou, président du Niger, rétorque :  » Les populations ne comprennent pas que la communauté internationale se détourne de la situation dans .. le Sahel… cette absence de solidarité… elles savent sa responsabilité dans la situation actuelle. Il ne faut jamais l’oublier, c’est quand même la communauté internationale qui a créé le chaos en Libye. Ce qui se passe dans le Sahel est une des conséquences du chaos libyen !… A plusieurs reprises, nous avons demandé à ce que la force conjointe du G5 Sahel … soit mise sous chapitre VII de la Charte des Nations unies. On nous l’a refusé… que la Minusma soit placée sous un mandat plus fort, plus robuste que le maintien de la paix. Là, également, nous ne l’obtenons pas. Nous avons besoin de plus de Barkhane… de plus d’alliés. Parce que ceux qui critiquent la présence française ou la présence des alliés dans le Sahel oublient que, sans l’intervention Serval, le Mali serait aujourd’hui sous le contrôle des terroristes ! Peut-être que le Niger aussi » ! Bien vu.

* 19 décembre – « Potus » incriminé. Aux Etats Unis, la Chambre des représentants  adopte, par 230 voix contre 197, l’acte d’accusation de Donald Trump, l’homme le plus puissant du monde : abus de pouvoir et obstruction du Congrès. Le 3ème procès en destitution de l’histoire américaine s’ouvrira au Sénat, au printemps. Les Républicains font bloc derrière le président, dénonçant un « coup d’État masqué ». Pour les Démocrates, Nancy Pelosi évoque la menace que fait peser Donald Trump sur la démocratie. A ce stade, n’importe quel autre pays sombrerait dans la guerre civile. Pour le temps qu’il restera en place, quel sort, le Zeus du tweet – narcissique et outrancier dans la vengeance, comme il l’est – va-t-il faire subir au (détestable) « reste du monde » ?

* 18 décembre Méchants poissons. L’OTAN s’inquiète de l’activité sous-marine russe en Arctique, Baltique, Mer Noire et Méditerranée. La flotte du Nord, basée à Mourmansk, déploie de façon continue, dix bâtiments de ce type dont huit à propulsion nucléaire. La Mer de Barents, rendue accessible par la fonte des glaces, est particulièrement « fréquentée ». Elle ouvre la voie à des ressources naturelles auparavant difficilement exploitables.  La Norvège s’est plainte au ministre russe, S. Lavrov, de cette ruée, face à laquelle l’OTAN veut renforcer ses moyens de détection. Depuis l’annexion de la Crimée, on spécule beaucoup sur les axes de progression du nouveau « glacis » stratégique de Moscou. La démonstration de force tient, en partie seulement, à la nécessité de tester des nouveaux systèmes d’arme. En fait, l’encerclement de l’Europe n’est pas que naval : il inclut aussi un arsenal renaissant d’euro-missiles, un soutien actif aux démocratures contre les institutions démocratiques, un grignotage territorial le long de la Mer noire, la cyber-guerre, l’achat de personnalités politiques, bref la « guerre hybride ».

* 17 décembreBourbier sahélien. Les Etats Unis entretiennent la même nervosité que la France face à la dégradation de la sécurité au Sahel, où les dirigeants du G 5 échouent à « traiter les causes du conflit ». En réponse à l’appel des présidents africains à davantage de coopération internationale, Washington souligne avoir déjà fourni (en vain ?) une aide de plus de 5,5 mds, en 2017-2018. Or,  le conflit n’a reçu qu’une réponse militaire, qui reste loin de la « gouvernance inclusive » – la satisfaction des besoins essentiels – dont devrait bénéficier toutes les communautés de la Région. Suit la critique du peu de zèle du gouvernement malien à appliquer les accords de paix d’Alger, qu’il a signés en 2015.

La rogne est bien identique à celle exhalée par E. Macron, « convoquant » les présidents africains à Pau (ce sera le 13 janvier). S’aligner sur le mépris de Trump pour les Etats africains serait une erreur psychologique. Même fondée, la stigmatisation n’opère pas.

* 16 décembre1/4 bonne. Le Mécanisme inclusif du  Carbone (MIC) sera le fer de lance du Green New Deal (Pacte vert) européen. Mais, pour rendre compatible cette approche de la compensation carbone avec les règles de non-discrimination de l’OMC, le chemin va être tortueux et la contestation inévitable. Le concept, inspiré des bourses de compensation sur les marchés et aux frontières, s’appliquera aux biens massivement échangés, à contenu élevé en carbone et pas trop composites (ce serait trop complexe). Pour prévenir son contournement, il implique que les productions délocalisées hors-UE soient taxées sur leur différentiel de carbone par rapport aux mêmes produits manufacturés en Europe.

Taux de culpabilité (émissions CO2) : Europe = 9,6 % – Asie= 47,2 %, dont 29,6 % pour la Chine – États-Unis= 15 % – Amérique centrale et du Sud= 3,7 % – Afrique= 3,3 % – Moyen-orient= 6,4% – Océanie= 1,3 %.

* 15 décembrePersistance du « système ». Plus que la médiocrité de la participation, on retiendra du vainqueur de la présidentielle algérienne, Abdelmadjid Tebboune, qu’il incarne « le système » dénoncé par la population. Le général Gaïd Salah, dont il est le patron, restera l’Homme fort, autoritaire et omniprésent. Principal protecteur de l’ex-président Bouteflika, pourfendeur de la mafia des renseignements, accusateur de ses adversaires militaires empêtrés dans mille affaires de corruption, il tient le Pays et son nouveau président. Comment tournera le face-à-face de ce « système, » à la façade rénovée mais persistante, avec le mouvement Hirak, mobilisé pour un vrai changement ?

* 14 décembre Lendemain de scrutin. Au Royaume Uni, les Conservateurs modèrent leur langage europhobe, tandis que les Travaillistes, grands perdants, se déchirent (les Lib-dem disparaissant, eux, du radar). Par contraste, le SNP écossais et les catholiques d’Irlande du Nord ont le vent en poupe, ce qui laisse présager leur évolution centrifuge. A. Merkel s’inquiète de la prochaine présence aux frontières de l’UE d’un champion de la dérégulation « sauvage ». Personne ne souligne que l’étape de la renégociation de quelques 600 accords sectoriels passés entre la Grande Bretagne et l’Europe sera bien plus complexe, longue et tendue que celle de l’accord de Brexit.

* 13 décembre Verdir l’avenir. Après un jeudi noir, un vendredi vert : dans le cadre de sa perspective budgétaire 2021-2027, le Conseil européen adopte le Pacte vert anticipant d’importants moyens financiers (1000 milliards sur 20 ans ?). On attend beaucoup de la nouvelle Commission, sur ce plan. Que feront les lobbies ?

* 12  décembre Jeudi noir. Mauvaises nouvelles en cascade : B Johnson donne au Royaume Uni une majorité parlementaire écrasante pour « faire le Brexit » fin-janvier (déconfiture pour Corbyn qui partira, résistance renforcée des nationalistes écossais, jubilation de D. Trump). L’Europe va souffrir.

– Participation piteuse (39,9 %) à la présidentielle algérienne, boudée par une majorité d’électeurs qui voudraient « sortir le sérail ». Le second tour et sa suite s’annoncent houleux, ce qui impactera la France.

– 71 militaires nigériens tués par les Jihadistes à Inates. Report de la convocation des présidents sahéliens à Pau, l’intervention dans la région tournant à « un Afghanistan en Afrique ».

* 11 décembre Pax. Le prix Nobel de la Paix est remis au premier ministre éthiopien, Abi, pour son rôle dans l’apaisement du conflit avec l’Érythrée. Son homologue d’Asmara, « infréquentable », n’est pas associé à la distinction. Polémique autour du lauréat du Prix Nobel de littérature, Peter Handke. Les liens de l’auteur autrichien avec les nationalistes serbes génocidaires refont surface. Deux membres du comité Nobel démissionnent. A quoi exactement servent les prix Nobel ?

* 10 décembreJournée internationale des droits de l’Homme. Publication de l’acte d’accusation de D. Trump (obstruction du Congrès, corruption …). Comparution de Aung San Suu kyi à la Cour Pénale internationale (génocide des Rohingyas). Refus populaire, en Algérie, d’une présidentielle dans l’entre-soi des anciens notables. Très modestes résultats du sommet, en « format Normandie », sur l’Ukraine (quelques échanges de prisonniers). Quant au Proche et Moyen-orient …

* 9 décembreTractations. Journée internationale de lutte contre la corruption. Coïncidence : la Russie dénoncée par le mouvement olympique pour falsification « étatique » de ses contrôles antidopage. Le « super-manipulateur », V. Poutine, rencontre aujourd’hui V. Zelenski, son homologue ukrainien, à Paris, sous les bons offices de Mme Merkel et M. Macron. Moscou veut faire lever les sanctions mais rester au Donbass. Kiev paraît trop fragile pour faire rétablir sa souveraineté. Néanmoins, mieux vaut faire parler les chefs que les canons et l’Europe peut mieux faire que le brutal chantage de D. Trump sur le pauvre président ukrainien.

– Retour (discret) à Paris des onze jihadistes français et familles expulsés par la Turquie.

* 8 décembreConventions de Genève. A Zurich, échange de prisonniers, un contre un, entre Etats-Unis et Iran. Merci à la Suisse. C’est bien une preuve de pragmatisme entre deux Etats qui se considèrent manifestement en guerre.

* 7 décembreTrahisons à la pelle. Le lâchage des Kurdes de Syrie ne suffisait pas. C’est au tour du gouvernement afghan, installé par la coalition occidentale. Lors de son premier déplacement en Afghanistan, D. Trump confirme la reprise des négociations avec le mouvement islamiste afghan.  » Les talibans veulent un accord, et nous les rencontrons ». Quelques semaines plus tôt, Washington avait pris la décision inverse. Le porte-parole taliban indique, pour sa part, qu’il est « beaucoup trop tôt » pour considérer toute reprise des négociations : normal, ceux-ci tiennent le pays, sauf la capitale. La curieuse décision, évocatrice de la fin du Sud-Vietnam, est intervenue la veille de la décision de convoquer, à Oslo, une conférence sur le sort de l’Afghanistan. Devant le président afghan, Ashraf Ghani, médusé, Trump a réitéré sa volonté d’accélérer son désengagement militaire. Le nombre de soldats américains descendra de 13 000 à 8 600, puis..  »on pourra aller beaucoup plus loin ». Un allié et protecteur fiable et conséquent, dans une guerre déjà perdue, il est vrai…

 * 5 décembre – Blabla insipide. Le 70 ème anniversaire de l’OTAN s’achève, près de Londres, sur des conclusions insignifiantes. Mais, au moins, ses dirigeants ont-ils fait allusion à leurs contradictions . L’Alliance conserve-t-elle des valeurs démocratiques communes, une vision partagée des menaces, des règles décisionnelles adaptées ? En attendant, elle empile ses divergences et ses ennemis extérieurs : la Russie de Poutine, les jihadistes, le terrorisme en général … et même la Chine.

Ursula van der Leyen s’inquiète de l’avant- projet finlandais de budget pluriannuel de l’UE. On verdira un peu quelques programmes existants, mais rien qui amorce une transition écologique.

* 4 décembre Agir et laisser causer! D Trump trouve que Macron est « méchant ». S’interroger sur l’objet de l’OTAN serait une grave marque « d’irrespect ». De plus, mal gérée comme elle l’est – du fait du désordre des gilets jaunes – l’économie française  e arriverait à piller fiscalement les autres pays (c’est la taxation des GAFAM) et devrait donc être sanctionnée. Sa pensée pâteuse ouvre à la France une voie pour mettre au débat les finalités de l’OTAN, traditionnellement limitées au seul leadership américain. Nos autres alliés ont été tout aussi contrariés par les propos trop cassants du Président sur la « mort cérébrale de l’OTAN ». Mais D. Trump est manifestement incapable, soit de satisfaire, soit d’étouffer la demande de clarté, qui est réelle. E. Macron gagnerait à moins claironner tout en poursuivant son approche dynamique de façon plus discrète : acquérir une main européenne renforcée sur les moyens de l’OTAN comme sur sa stratégie, mais surtout pas, surtout pas le dire !

* 3 décembreLes Etats-Unis commettent une bourde en menaçant le statut économique privilégié de Hongkong, comme si l’exécutif local était seul et totalement responsable de la révolte dans la population de l’ancienne colonie britannique. Assez naïvement, le Congrès soutient les étudiants, non pas dans leur cause face à l’emprise de Pékin, mais dans leurs actions débridées. Celles-ci, en réponse à une répression sans âme ni sens politique, ont dérapé dans la violence. Ce n’est pas ce qu’il faudrait retenir du mouvement démocratique. Punir Hongkong en ménageant Pékin (Trump marque un respect suspect à l’égard de Xi Jinping), ce serait participer à un transfert de sa substance économique et financière vers Shanghai, Shenzhen (les métropoles « soumises ») et Singapour, la « complaisante ». Pratiquement ce serait faire le jeu stratégique du pouvoir pékinois en neutralisant Hongkong et donc ouvrir la voie à la « reconquête » militaire de Taïwan. Alors que s’ouvre un sommet de l’OTAN, sur fond de « sanctions économiques pour tous », l’Amérique se montre aussi obtuse envers la démocratie en Europe qu’en Asie.

* 2 décembre – Chat échaudé. Le ministère français de la défense renonce à livrer à la Libye les six  vedettes rapides de 12 mètres promises : ne pas rééditer le scandale des armes lourdes françaises utilisées au Yémen contre les populations civiles . En Libye, on trouve des militaires et des équipements français (dont des missiles américains exclusivement réservés aux armées françaises), dans les deux camps de la guerre civile. Nos ingénieurs de l’armement ont bien du admettre qu’aux mains de milices trafiquantes, racistes et esclavagistes, ces navires n’allaient pas servir des buts acceptables. En 2011, la France de N. Sarkozy avait joué un rôle trouble dans le chaos libyen puis sahélien, favorisant la diffusion des armes et de la violence. L’externalisation hors d’Europe du (mauvais) « traitement » des exilés subsahariens atteint une limite.

* 1er décembre –  De profundis. Pour le dictateur Erdogan, c’est E. Macron qui serait « en état de mort cérébrale ». On connaissait des cas de « mort grave » mais celui-là tient bien la forme. De telles outrances sont dangereuses : elles empoisonnent les relations et n’aideront pas l’Alliance atlantique à « ressusciter », éventuellement en laissant la Turquie sur la marge. La Turquie, autant que Trump et Poutine, est d’ailleurs à la source du débat sur la défense européenne. Elles peuvent noircir l’image de la Turquie, en laissant dans l’ombre les millions d’honnêtes citoyens turcs, pacifiques et amicaux, et la compassion due aux  nombreuses victimes d’Erdogan.

La suite : https://oursongeopolitique.blog/1-c-breves-dhier-septembre-octobre-novembre-2019/?p

Extinction rébellion des classes moyennes

Article de Nicolas Baverez, dans Le Point – Novembre 2019. Une fois n’est pas coutume, l’Ours emprunte un article qui l’a convaincu au point qu’il regrette de ne pas l’avoir écrit lui-même. Reconnaissance à Nicolas Baverez, qui articule avec talent sociologie et géopolitique.

Réincarnation des sans-culottes ?
Les classes moyennes modestes se rebellent aux quatre coins du monde (illustration Ours)

Du Chili à Hongkong, d’Alger à Barcelone, le désespoir gronde et marque un tournant historique, notamment pour les démocraties. Il devra être entendu. Dans la continuité du mouvement des gilets jaunes, qui surplombe désormais le quinquennat d’Emmanuel Macron et a enterré ses velléités de réforme de la France, l’insurrection des classes moyennes se mondialise

Hongkong traverse depuis cinq mois une crise sans précédent, qui voit quelque 200 000 jeunes manifestants conduire une guérilla urbaine pour dénoncer le total-capitalisme chinois et exiger le départ de Carrie Lam, cheffe de l’exécutif aux ordres de Pékin.

– Au Chili, qui se considérait comme une oasis de stabilité au milieu des désordres de l’Amérique latine, l’augmentation du ticket de métro a déclenché des émeutes qui ont fait une vingtaine de morts et jeté dans les rues de Santiago plus de 1,2 million de personnes, y compris dans les quartiers favorisés, imposant la déclaration de l’état d’urgence et le déploiement de l’armée, pour la première fois depuis 1987 et la dictature de Pinochet.

– L’Equateur a connu des émeutes sanglantes et les protestations se multiplient en Argentine face à la chronique du retour annoncé des péronistes au pouvoir. En Bolivie, la déclaration de la victoire d’Evo Morales dès le premier tour de l’élection présidentielle, alors qu’un référendum de 2016 lui interdisait de se présenter à un quatrième mandat, a déclenché une grève générale. Au Liban, 1,3 million de personnes sur les 4 millions que compte le pays, toutes communautés confondues, se sont mobilisées le 18 octobre pour exiger le retrait de la taxe sur les appels via les messageries Internet, protester contre la corruption endémique qui ronge le pays et demander la réforme de l’Etat confessionnel.

– En Irak, la population s’est soulevée, au prix de plus de 200 morts, pour dénoncer la corruption et la confiscation du pouvoir par les chiites. A Alger, les manifestations du vendredi se poursuivent de manière pacifique, en dépit du durcissement de la répression, pour obtenir la fin de la dictature militaire dirigée par le chef d’état-major des armées, Ahmed Gaïd Salah.

– En Espagne, Barcelone vit au rythme des manifestations de masse et des émeutes urbaines depuis la condamnation de neuf dirigeants indépendantistes à des peines de neuf à treize ans de prison par la Cour suprême. 

Ces mouvements restent très divers et hétérogènes, dans leur nature et leur origine comme dans leurs aspirations : la lutte pour la démocratie à Hongkong ou à Alger, la dénonciation de la structure communautaire des institutions au Liban ou en Irak, la justice sociale au Chili. Mais il existe aussi des facteurs communs tant dans leur forme que dans leurs causes. 

– Plusieurs lignes de fracture. Tout d’abord, il s’agit d’une insurrection des classes moyennes, éduquées et urbanisées, et notamment de la jeunesse. Elle s’inscrit dans la durée et s’exprime par une violence radicale, sauf en Algérie. Elle n’est pas structurée autour de leaders, d’organisations ou d’un programme d’action, mais se catalyse de manière horizontale à partir des réseaux sociaux. Pour toutes ces raisons, ces mouvements fluides et radicaux restent insaisissables, difficiles à réprimer autant qu’à désarmer politiquement.

Ce soulèvement des classes moyennes s’enracine dans plusieurs lignes de fracture. En premier lieu, leur paupérisation et leur désintégration avec le blocage de la mobilité sociale, notamment en Amérique latine, qui connaît une nouvelle décennie perdue avec une croissance limitée à 0,2 % – contre 5,9 % en Asie et 3,2 % en Afrique –, ou au Liban, où le taux de chômage atteint 30 %. Ensuite, dans les pays prospères, la montée des inégalités de revenu et de patrimoine, indissociable du capitalisme de prédation qui sévit en Chine mais aussi au Chili, où 1 % de la population possède 25 % des richesses. Ces inégalités sont aggravées par la polarisation des territoires, qui va de pair avec des difficultés d’accès à l’éducation, à la santé ou à des retraites décentes, mais aussi à l’eau, à l’électricité ou aux transports. La situation est particulièrement critique dans le domaine du logement du fait des bulles immobilières, alimentées par les politiques monétaires expansionnistes et qui entraînent l’expropriation d’une partie de la population : à Hongkong, un emplacement de parking s’est vendu 970 000 dollars, tandis que les prix de l’immobilier se sont envolés de 150 % en dix ans à Santiago du Chili. Enfin, la perte totale de confiance dans les dirigeants et les institutions politiques, aggravée par la corruption – à l’image des scandales Petrobras et Odebrecht en Amérique latine –, encourage le basculement dans le désespoir et la violence. 

Point de rupture. La révolte mondiale des classes moyennes n’est pas sans rappeler celle de la jeunesse en 1968. Après les étudiants allemands en 1967, la France affronta la révolution de mai, qui faillit emporter la Ve République, tandis que les Etats-Unis s’enfonçaient dans l’émeute après l’assassinat de Martin Luther King et qu’enflait la mobilisation contre la guerre du Vietnam, que les étudiants japonais exigeaient la fermeture des bases américaines dans l’archipel, que le Mexique massacrait les manifestants sur la place des Trois-Cultures, que le printemps de Prague était étouffé par l’invasion de la Tchécoslovaquie, dans la nuit du 20 au 21 août, par 500 000 soldats des forces du pacte de Varsovie. 

En 1968 comme aujourd’hui, les objectifs des manifestants étaient très variés, voire opposés de part et d’autre du mur de Berlin. A l’ouest, une jeunesse, fascinée par la révolution et le maoïsme, fustigeait la société de consommation et les libertés bourgeoises ; à l’est, des adultes risquaient leur vie pour échapper au totalitarisme soviétique et pour accéder à la démocratie, à l’économie de marché et à l’Europe. Mais dans les deux blocs, la protestation marquait un point de rupture, actant la clôture du cycle de la reconstruction et de l’après-Seconde Guerre mondiale d’un côté, la faillite du socialisme et de l’économie planifiée de l’autre. 

– Des modèles caducs. La rébellion actuelle des classes moyennes marque aussi un tournant historique, notamment pour les démocraties, dont elles constituent le socle sociologique et politique. Leur décomposition, sous l’effet de la mondialisation, de l’ubérisation et de la robotisation, représente une menace majeure pour la survie de la liberté politique et de l’économie de marché. La violence reste condamnable mais le désespoir qu’elle exprime doit être entendu. La solution n’est pas dans la répression ou dans le pourrissement, option retenue par la plupart des pouvoirs contestés qui n’ont pas vu monter la colère. Les mesures d’urgence pour annuler les hausses de taxes, rétablir la justice fiscale, améliorer l’accès aux services de base, lutter contre la corruption, normaliser le statut des gouvernants sont indispensables et bienvenues. Mais elles ne suffiront pas.

Le modèle de la mondialisation libérale comme le total-capitalisme chinois sont désormais caducs. La crise appelle des politiques radicalement nouvelles, notamment au sein des démocraties, pour rendre confiance et espoir aux classes moyennes : le respect du principe « un homme, une voix » et l’encadrement strict du pouvoir économique dans les élections ; la restauration de l’impartialité de l’Etat et du jeu des contre-pouvoirs, qu’il s’agisse de la justice, des banques centrales ou des médias ; un nouveau pacte économique et social au service d’une croissance inclusive et durable ; la régulation du capitalisme de rente et de prédation, qui impose notamment la réintégration du secteur numérique dans l’Etat de droit ; la garantie de l’accès à l’éducation, à la santé et aux services de base en tout point du territoire ; le réinvestissement massif dans la sécurité intérieure et extérieure. Pour désarmer la révolte des classes moyennes et les réconcilier avec la liberté, il faut redonner sens à l’idée de progrès.