* 20 avril – Diplomatie du silence des cimetières

Il y aurait, face au scrutin présidentiel français, 10 millions de malheureux qui ne se reconnaissent pas dans l’un ou l’autre des camps en présence. D’ailleurs, l’Ours à lunettes qui s’agite à l’intérieur de ce blog me paraît un peu morose sur le plan partisan. Il suit habituellement deux principes contradictoires :

(1) considérer la politique intérieure et l’action extérieure d’un pays comme formant un tout indissociable. (2) et ne pas trop s’aventurer dans les arcanes du militantisme partisan et toutes ces choses qui fâchent. Comme toute règle française s’impose essentiellement par l’existence d’exceptions, alors il transgresse.

Le Monde a titré : ‘’Marine Le Pen projette une diplomatie à l’opposé de celle d’Emmanuel Macron’’. Le Blog de l’Ours n’est pas sûr que les penchants de politique étrangère de cette dame et de ce monsieur traduisent fidèlement ceux – assez émotionnels – des électeurs français. Que ceux-ci trouvent le monde trop global, trop fracturé ou dangereusement complexe, on ne les a pas habitués, pour autant, à exprimer leurs convictions sous forme de programme, dans un domaine aussi ‘’régalien’’. D’ailleurs, à l’heure d’introduire leur bulletin dans l’urne, qui penserait à faire son régal du régalien (sinon l’Ours) ?

La candidate à la présidentielle prône la diplomatie du silence et de l’action confidentielle, proche de la définition, très régalienne, du putsch. C’est précisément le style de gouvernance autoritaire auquel les historiens imputent la première guerre mondiale. Mauvais présage, donc. Elle a présenté un programme de politique internationale que l’on pourrait décrire comme un brouillard autarcique, en rupture avec les principaux préceptes qui, depuis le Moyen-Age ont tenté d’apporte un peu d’ordre et quelques espoirs de paix et de démocratie. Une vraie Marine de guerre. Si on devait la voir barrer à la passerelle, cette ‘’diplomatie du silence’’ tonnerait comme un canon, à travers la planète.

Premier coup de gros calibre : l’amitié et même l’alliance qu’elle avait nouées avec Vladimir Poutine seraient confirmée ‘’dès un traité de paix signé entre la Russie et l’Ukraine ». Cette  »opération (de destruction) spéciale » sur le voisin et sa population ne serait donc qu’une innocente chamaillerie, une simple parenthèse vite refermée par une réconciliation scellée dans les bonnes formes diplomatiques. Croit-elle vraiment à l’imminence d’une si belle ‘’happy end’’ sur les rives du Dniepr ? A-t-elle juste oublié que la Russie de Poutine règle ses comptes non seulement avec l’Ukraine (pays qui, selon l’ami Vlad, n’existerait pas mais aussi avec 500 millions d’Européens ‘’ennemis’’ qu’il veut soumettre à son obsession impériale ? Nul doute que la dame adopterait bien vite la conception de la neutralité super-conciliante envers l’Est, que la Finlande récuse et que l’Ukraine voudrait encadrer de vraies et solides garanties. La France de Marine adopterait, seule, la posture de la ‘’bonne Ukraine de Ouest’’, telle qu’on la dicte au Kremlin. Au conseil de sécurité de l’ONU, elle s’alignerait amicalement sur Moscou, pour traiter de la guerre ou de la paix.

Il en serait ainsi, pour un autre motif : qu’elle serait sortie de sa propre initiative, du volet militaire de l’Alliance atlantique. Partant, elle aurait donc renoncé à la défense de l’Europe, telle que le Continent la conçoit, et à la sienne propre, devenue impossible. Aucune vision autonome de ce côté-là, l’alliance avec la Russie reprenant la main sur sa diplomatie, dès que le fût des canons aurait tant soi peu refroidi. D’ailleurs, bonne fille, la France s’attellerait à une troisième alliance, entre la Russie et l’OTAN, cette fois. Il n’y aurait plus qu’à renvoyer les Américains chez eux, comme l’ont fait les braves barbus afghans. Une fois l’Europe ‘’réarrimée à la Russie’’, une ère de paix s’ouvrirait, au soleil de laquelle l’Union Européenne – pas question de la quitter, rassure-t-elle – se disloquerait rapidement autour d’une France exécrée, coupable toutes les méfiances et désordres qu’on imagine.

Cette mutation de la France-puissance en une ‘’hyper-Hongrie’’(sensiblement plus  »illibérale » et xénophobe que celle de Budapest), ne briserait pas, selon la rhétorique RN, le duo franco-allemand. Simplement, il faudrait cesser tout ‘’aveuglement à l’égard de Berlin’’ (et de son chancelier rouge). On arrêterait aussitôt tout échange politico-militaire et toute coopération de défense avec les Rhénans maudits. Ajoutez à cela des expulsions à tour de bras de membres de familles étrangères séparées ou de couples mixtes, la fin des naturalisations et de la nationalité par droit du sol, enfin, la remise en cause du droit communautaire et du droit humanitaire, etc., Plutôt qu’un rayonnement de la France dans le monde, s’imposera sa forte imprégnation idéologique par la préférence nationale, rabougrie, allant de pair avec un mépris assumé des institutions (dont la Constitution et le Parlement) et, pour tout dire, un hubris de diplomatie provocatrice. Cela ne pourrait qu’isoler la France et l’abaisser à l’international. Tous les ingrédients de la politique intérieure de la dame sont là et transpirent de son plan d’action extérieure. Point de barrière entre l’ordre intérieur et l’action extérieure, répétons le !

Pour qui aime la fermer et aller mourir à la guerre (sans broncher), le bulletin doit aller à la ‘’diplomatie silencieuse (et l’action confidentielle)’’.

* 14 avril – Diplomatie du charter

Il y aurait une campagne, en France, et – tiens donc ! – on y parlerait, pour une fois, de politique étrangère. Pour commencer, de  »l’Etranger », en oubliant un peu que tout un chacun est l’étranger de presque tous les autres. Mais,  »l’Etranger » constitue le socle solide des vieilles allergies gauloises. S’il n’est pas blond aux yeux bleus et bien doté de fortune, on en profitera pour se défouler largement sur les loosers misérables, qui ont été assez stupides pour se laisser chasser de chez eux par la faim, la guerre ou la dictature. Notons l’accord significatif des deux candidats en lice pour le top office pour embarquer les déboutés de l’asile ou du marché du travail à bord de bétaillères volantes :livraison en vrac aux autorités de là-bas, au Sud.

J’ai eu l’expérience de gérer les droits de survol et d’escale des charters affrétés, sous Jean-Louis Debré, par le ministère de l’Intérieur. Les vols partaient vers des pays pour la plupart sub-sahariens. La place Beauvau dressait, certes les listes de malheureux, et enfournait en carlingue ces perdants du jeu de l’oie, avec deux policiers d’escorte chacun pour  »retour à la case (départ) ». Le coût de ces voyages était astronomique. Mais, ces Messieurs les préfets ne négociaient point avec les gouvernements concernés. C’était au petit rigolo de service du Quai d’Orsay de téléphoner aux excellences de ces pays pour solliciter le droit de poser les avions-paniers à salade français dans leurs aéroports exotiques.  »De quelle nature est la cargaison de l’aéronef ? » . Réponse :  »Ben, heu, c’est du coke en stock, comme dirait Tintin… ce serait à vous, on vous le rend avec toutes nos excuses ».

Vous devinez bien la suite. Contrairement aux vols commerciaux civils régulés par des conventions d’application permanente et générale, les charters d’Etat doivent se soumettre, au cas par cas, au régime d’autorisation par l’Etat de destination. Souverain, celui-ci me répondait le plus souvent :  »Pour l’avion c’est oui, mais pour sa cargaison (humaine), demandez à votre ministre de l’Intérieur qu’il appelle notre président ». Le charter se posait, était aussitôt entouré d’un cordon armé. Le contrôle aérien local lui commandait de repartir une fois le plein fait, sans laisser descendre ses passagers. Les policiers français balançaient alors leur cargaison vivante, avec ou sans passerelle, mais pas sans brutalité. Ensuite, je savais que la France-Afrique se déclencherait tardivement et j’imaginais que le viol de souveraineté et les mauvais traitement trouvaient réparation sous une forme de passe-droit ou une autre. La mode actuelle est au codéveloppement : la moindre aide publique à ces pays doit être proposée selon les exigences de la police française, autorité suprême de notre politique extérieure.

Quand l’affaire était menée sur les lignes commerciales d’Air France, des révoltes de passagers outrés par le spectacle et des refus d’embarquement de la part des équipages mettaient le vol en suspens. S’il avait quand même lieu, l’ensemble des passagers pouvaient se trouver empêché de sortir de l’appareil, une fois à destination. Finalement, on les bloquait au Nord, ils nous empêchaient de quitter la carlingue, au Sud, la réciprocité était assurée, qui reste le principe de base des relations extérieures.

A quelques nuances, près qui moderniseraient les détails du récit, ce sont ces scènes qu’il va falloir revivre. Quelqu’un au Nord s’est-il jamais mis dans la tête des opinions publiques africaines ? Ce comportement méprisant a de quoi faire détester la France, même s’il ne dissuadera jamais d’en faire sa destination, au prix d’une incroyable galère et d’y tenter une vie nouvelle. Il est malsain de laisser diffuser l’image d’une France, terre de miel et de lait, néanmoins habitée par des racistes et des policiers violents. Marianne n’est plus du tout populaire au Sahel. L’accueil des Ukrainiens dans l’Hexagone n’est contesté par personne, mais c’est le contraste de traitement réservé aux uns et aux autres qui interpelle. Il n’est pas conforme à la constitution française, ni à la Déclaration universelle des droits de l’Homme, qui toutes deux requièrent l’égalité en droit et en dignité entre les nationaux, les résidents et les fugitifs. De nombreuses personnalités africaines l’ont rappelé récemment, que l’on n’a pas voulu écouter.

Etonnez-vous que les voix de 41 Etats, parfaitement respectables, du monde émergent aient manqué à l’Assemblée générale des Nations Unies pour condamner l’agression et les atrocités en Ukraine !

* 11 avril – Quel état du monde, demain ?

Comment décrire la possible débandade du monde de  »l’après-mondialisation » ? On ne pourra pas faire revivre les excellentes chroniques d’André Fontaine, reflets d’une autre époque. Essayons de taire nos sensibilités en prenant quelque distance d’avec la dramaturgie russe actuelle.

Dans quel état archaïque, néanmoins inédit et dangereux, le monde est-il désormais embarqué à notre cor défendant ? Est-ce une époque qui n’a pas encore de nom (Thanatocène) ? La question russe a toujours été source de tracas pour l’Occident. Le retour de Moscou à une posture agressive et même guerrière crée une lourde hypothèque sur l’avenir du régime Poutine comme sur celui du Nord de la planète. ‘’Cet homme ne peut pas rester au pouvoir !’’, la supposée gaffe de Joe Biden est en fait pétrie de bon sens. Plus qu’à la médiocre performance de la seconde armée du monde, l’incertitude tient surtout à l’apathie du peuple russe. Il se réveillera, mais pas nécessairement sous la bannière de la démocratie pacifique. La surenchère nationaliste pourrait tout aussi bien saisir la scène moscovite et conduire au rejet de l’Autocrate-Espion, dès  lors qu’il se révèlera perdant. L’instinct de vengeance de la base populaire et militaire pourrait lui survivre pour des décennies. A échéance perceptible, la cassure être les deux hémisphères du monde industrialisé s’en trouvera béante.

– L’offensive russe contre l’Ukraine réveille l’Occident de la torpeur qui l’engourdissait depuis vingt ans. Les vieilles démocraties réalisent être les cibles haïes du régime de Poutine, ce qu’elles avaient refusé de voir depuis la fin de la guerre froide. Elles perçoivent soudain un risque d’écroulement de tous les progrès du système international qu’avait engrangés les institutions multilatérales au cours de la seconde moitié du XXeme siècle : sortie du condominium bipolaire de la guerre froide; avancées du droit et de la justice internationaux; consolidation de l’Union européenne depuis la chute du Mur et le Traité de Lisbonne; expansion (modérée) du modèle démocratique et de l’Etat de droit; recul de la faim et de la maladie dans le monde émergent; mondialisation présumée porteuse de paix et de stabilité par la vertu des interdépendances liant les sociétés entre elles; révolution numérique censée éloigner les populations de l’ignorance et des théâtres de conflit.

La parenthèse de l’après-guerre froide s’était refermée le 11 septembre 2001. Vingt et un ans plus tard, les réminiscences de la seconde guerre mondiale ont fait fortement ébranlé les démocraties, mais elles seules. L’héroïsme des défenseurs de l’Ukraine et le charisme de V. Zelensky à plaider leur cause auprès des Occidentaux ont galvanisé les démocraties comme jamais par le passé. S’y est ajoutée la sidération face à la sauvagerie comportementale de la soldatesque russe, cause d’une tragédie humanitaire sans précédent. L’unité politique occidentale (européenne, transatlantique et bipartisane aux Etats-Unis) résistera-t-elle à l’épreuve du temps ?

– L’issue de la confrontation dépendra pour une grande part de l’attitude ambivalente  de la Chine, entre alliance idéologique avec Poutine et contre l’Occident et partenariat de raison avec l’Ouest, dans la sphère économique. Autre facteur à observer de près, la soudaine et impressionnante unité d’action de l’Union européenne (rejointe par le Royaume Uni) passera-t-elle le cap de la mobilisation sans retomber dans les anciennes ornières des chipoteries sur les accès nationaux aux énergies, le coût d’une défense collective, l’OTAN, la dette, les transitions, etc ? Ces choix pèseront sur l’issue du ’’conflit d’un autre âge’’ (le 19 ème siècle) déclenché autour de l’Ukraine. Dans la durée, on peut avoir quelques craintes. Cette guerre va durer, les Occidentaux y seront de plus en plus impliqués. La mondialisation cèdera-t-elle alors la place à un cloisonnement en blocs, hostiles sur fond de nouveau système mondial dégradé, qui ne sera en fait  »mondial » que par ses tensions et ses inégalités.

Le retour de la menace russe sur le continent n’a pourtant pas (encore) dissipé l’attrait de la dictature populiste ni les fantasmes xénophobes et autarciques. Le premier tour des présidentielles françaises paraît, à ce point de vue, immune de toute réflexion sur le populisme et ses vertiges guerriers. Marquée par toutes les tares du siècle passé, la guerre livrée aux démocraties aura forcément, sur le long terme, des retombées géostratégiques imprévues. Le recours à l’atome, tant craint mais plus probable, serait de nature à dessiner une future carte du monde entièrement centrée sur le Sud de la planète et sur des régimes politiques ‘’tribaux’’ très musclés. Certains en viendraient à s’affronter autour des dépouilles pantelantes du Nord.

La généralisation des sanctions, de plus en plus dures, le plus vaste et rigoureux programme jamais mis en œuvre entre Etats rétrécit l’espace de collaboration indispensable à un retour de la Paix. Cela a commencé par une confiscation étendue des actifs financiers de l’Etat agresseur, se poursuit par une assistance militaire et logistique croissante fournie – hors OTAN – aux combattants ukrainiens, jusqu’à la saisie des juridictions internationales compétentes en matière de crimes de guerre.  Sous la pression de l’opinion publique, les grandes entreprises, se sont résignées à suivre plus ou moins volontairement le mouvement, en se séparant de leurs actifs en Russie.

Certains spécialistes des relations internationales parlent de ‘’géopolitisation de la mondialisation’’, ce qui n’est pas très précis. Au minimum, les Nations Unies, l’OMS et les traités de libre-échange, la justice internationale, les doits humains et le régime de non-prolifération seraient éjectés du tableau. Le coût de la guerre ainsi que l’impact des sanctions sur l’économie mondiale va accentuer l’inflation, la crise énergétique et alimentaire, et fragmenter les marchés. En termes de guerre ou de paix, le recentrage du système international autour des nouvelles puissances émergentes (Chine, Inde, Brésil, Turquie, Arabie saoudite, Israël, Iran…) et le déclin corolaire des ‘’anciens Grands’’ livrera le monde à une suite de querelles entre régimes autoritaires.

Il faut la gagner vite, cette fichue guerre d’Ukraine… et surtout proprement !

* 24 mars – Le coût (coup ?) de la résistance

Kiev tient bon et, avec un soutien crescendo de l’Occident, l’Ukraine s’installe dans une résistance durable à l’Agresseur. Le conflit, lancé par Vladimir Poutine il y a juste un mois, va durer pour empêcher qu’on aboutisse à la paix injuste des cimetières. La guerre joyeuse n’existant pas, elle engendrera des coûts douloureux pour tous. C’est déjà la cas pour les Ukrainiens, dont les sacrifices immenses nous sautent littéralement aux yeux. Mais les  »coups des coûts » concerneront inévitablement les Européens des confins de la Mer Noire ou des Balkans et, enfin, les pays de l’Union européenne en situation d’être le pilier de la résistance. Que sont-ils prêts à concéder en confort, niveau de vie, effort de défense, tranquillité à la survie de leurs voisins, à la résistance de Kiev, pour la sauvegarde de leurs libertés démocratiques chèrement acquises et toujours fragiles ?

Hier, le président Zelensky s’est adressé à l’Assemblée nationale française, comme il le fait jour après jour au démocraties occidentales. Il semble admettre que, sauf à déclencher une déflagration mondiale, l’arme principale à retourner contre Poutine est l’assèchement total et rapide de l’économie de guerre russe par voie de blocus et d’isolement. La stratégie des Etats-soutiens de l’Ukraine reste pourtant hésitante et, pour le moins contradictoire matière de commerce. Zelensky demande que l’ensemble de l’approvisionnement européen en gaz et pétrole russe soit coupé, ce qui priverait l’Agresseur de près d’un milliard de dollars par jour. Il exige que les entreprises occidentales installées en Russie cessent d’être  »sponsors » de l’offensive de l’armée russe. Citant les grands groupes français investisseurs dans le pays de l’Ours, il met l’U.E – dont la France – face à la responsabilité de traduire pleinement les mots par des actes courageux.

Cette guerre à nos portes en dit long sur la  »conscience citoyenne » de nos entreprises. Il est clair que, sans l’énorme pression des médias et de la société civile, la CAC 40 et ses homologues européens n’auraient pas bougé d’un pouce. En défaut de conscience civique, seules les lois du marketing peuvent atteindre nos capitaines d’industrie. En caricaturant : si les consommateurs écœurés ne manifestaient pas une certaine prédisposition à boycotter leurs produits et à siffler leurs pubs, rien ne leur causerait du souci. Partisans du  »on ne fait pas de politique (seulement, de l’argent) » , ils s’ajustent sans y penser à celle des dictateurs.

Voyez tel grand cimentier au Moyen-Orient qui a  »salarié » des jihadistes criminels de guerre. Ou encore un grand pétrolier tricolore opérant en Birmanie, qui a bénéficié du servage et se perd aujourd’hui en concussion avec des narco-généraux assassins de leur peuple. Nous voyons le même protéger son juteux commerce gazier avec la Russie, en nous parlant du pétrole qu’il arrêterait d’acheter en 2023. Hors-sujet, de la pure infox ! Un troisième, royalement installé sur le marché du bricolage, nous prie de lui f..tre la paix, idiots que nous sommes, qui risquerions de précipiter sa nationalisation par Poutine (pour lui, le vrai sujet se limite à ça). Un quatrième, qui vend 600.000 véhicules locaux par an et moins de cent milles badgées de son logo, continuera à fabriquer et à vendre ces dernières. Dans les années 1940, il avait plus qu’un peu travaillé pour la Wehrmacht. et la liste est longue : 700 firmes françaises en Russie …

Pour ces champions français, la Paix n’est pas un but primordial, la démocratie génère plutôt un surcoût qu’une motivation. Le marketing règne en maître et la Bourse veille. On a le droit de se demander s’ils sont des amis de la Démocratie et de la Justice à travers le monde. Au-delà, la question est posée : ces grandes entreprises joueront elles jamais le jeu dans le combat qui nous attend contre le dérèglement du climat ? Dans sa candeur, Adam Smith imaginait que les lois du marché fonctionneraient bien, parce que les acteurs économiques seraient, par culture et par définition, attachés à la vertu. Pauvre Adam…

23 mars – Paix injuste

L’armistice du 22 juin 1940, signé en forêt de Compiègne entre le Troisième Reich allemand, représenté par le général Keitel, et le dernier Gouvernement de la Troisième République, représenté par le Général Huntziger, avait suspendu les hostilités ouvertes par la déclaration de guerre de la France envers l’Allemagne du 3 septembre 1939. Bien, bien… Il mettait surtout un terme prématuré à la bataille de France, déclenchée le 10 mai 1940 par une agression de l’Allemagne nazie, marquée par la fuite de l’armée anglaise et son rembarquement à Dunkerque puis par la chute de Paris, déclarée ville ouverte le 14 juin. Etait-ce une négociation diplomatique dans les règles ou, plus simplement, une capitulation devant la force, avec la dose de lâcheté que cela comporte ? Le président ukrainien, Vlodymyr Zelensky devrait-il en faire son modèle pour sortir des hostilités armées avec la Russie et  »adopter la voie d’une solution politique à la crise » ?

En tant qu’ex-diplomate enfin libre, je ne peux que partager une préférence pour le règlement politique des conflits, dont on espère parfois = naïvement =, qu’il ouvrira la voie à un traitement humanitaire des souffrances infligées. Mais, dans le cas qui nous préoccupe, je sais que les plénipotentiaires du Maître du Kremlin n’ont comme ceux du Maître de Berlin en 1940 qu’une seule obsession : casser le pays envahi et si possible sa population, au coût le plus bas possible pour l’Agresseur. Les protocoles mis à la signature des diplomates vont juste permettre de finir le travail que les chars n’auront pas encore terminé. La prise en compte du sort des civils et des prisonniers sera juste un tissus de mensonges bien vite foulé aux pieds. La leçon est hyper-simple : L’Agresseur veut imposer une paix injuste, une soumission au verdict des armes, une forme de suicide national et, cela, avec les formes sophistiquées (et trompeuses) de la diplomatie d’Etat à Etat. La forme (faussement civilisée) et le fond (sauvage).

En fait, aucune paix ne dure sans justice et sans humanité. C’est pour cette raison que les démocraties de taille humaine ne se font pas la guerre. Et pour que la Justice et la Démocratie survivent, pour que le monde reste vivable (on pense là aussi au climat), la résistance à l’Oppresseur est la seule voie qui tienne la route et qui prépare un  »monde d’après » digne du genre humain.

Le président Zelensky ajoute à ces fondamentaux un talent prononcé pour la communication. Il faut bien constater qu’il parvient à galvaniser son peuple par ses messages, simples et forts. Ses visio-conférences avec les nations qui, de par le monde, soutiennent sa cause sont une chambre d’écho formidable auprès des populations étrangères. On est dans la guerre ou juste à côté mais le moral tient bon, ce qui n’est pas le cas des soldats russes désorientés et mal nourris. La guerre psychologique est déjà gagnée et elle arme les dirigeants ukrainiens dans la partie de bras de fer diplomatique qu’ils ont acceptée d’engager avec les chefs du Kremlin. On ne peut pas dire que le maréchal Pétain, naïvement perçu en sauveur par les Français à l’heure de l’armistice, ait galvanisé quoi que ce soit ou vraiment qui que ce soit. Kiev c’est autre chose que Vichy !

C’est sans doute du fait de ce soutien énorme à sa cause que Zelensky a pu s’aventurer dans le jeu dangereux et subtil des concessions proposées à l’Ennemi, autour de la table des négociations. Bien sûr, ces éléments d’une solution politique ne seraient actés qu’en retour d’une trêve des armes et d’un retrait des forces russes (et syriennes). Mais reconnaître que l’heure n’est pas à une intégration de son pays dans l’OTAN ni même à une rapide insertion au sein de l’Union Européenne constitue une concession énorme aux buts de guerre russes. Proposer de négocier un statut  »à part » pour la Crimée et les deux oblasts séparatistes du Donbass frise même la glissade vers une capitulation partielle totalement, prescrite par la constitution du Pays et par ses engagements internationaux. Alors, va-t-on vers une partition entre zones occupée et non-occupée comme dans la France de 1940 ?

Il nous reviendrait de fournir à l’Ukraine des garanties bilatérales de sécurité et de défense suffisamment costaudes et étayées par des forces (européennes, hors OTAN), elles-mêmes stationnées sur son territoire et imbriquées dans son dispositif de défense. On ne doit rien concéder sur le plan territorial qui ne soit contrôlé étroitement par l’OSCE sur le terrain et validé par les Nations Unies. Il est également exclu de modifier quoi que ce soit, au niveau d’une conférence de la Paix, sans une ratification préalable, claire et majoritaire par le peuple ukrainien, dans le respect de sa démocratie. Si ces trois garanties sont réunies, la négociation politique ne se limitera pas à un trompe-l’œil pour parvenir à une paix injuste. Mais ce ne sera pas gagné d’avance non plus.

* 16 mars – L’Evangile selon Vladimir

 »Aimez vos ennemis ». On ne lira jamais cela dans l’Evangile selon Vladimir. Le  »toujours pire » qu’il affectionne ne laisse entrevoir aucune trace d’humanité, seulement un orgueil démesuré emprunt de malfaisance. Face à la destruction qu’il incarne, que pourrait-on faire qui soit moral (voire de légal) afin de soutenir l’Ukraine ?

Avant tout, il faudrait protéger le président Zelensky et son gouvernement. Les dirigeants ukrainiens semblent prêts à aller jusqu’au sacrifice personnel, à succomber héroïquement sur le Champ d’Honneur. Mais, lorsque le moment ultime viendra, la survie sur la terre d’Europe d’un gouvernement ukrainien en exil sera politiquement trop cruciale pour qu’ils s’exposent à la mort. Si leur chute advenait en l’absence d’une formule de continuité hors de leurs frontières, elle débouchait sur un dangereux vide de pouvoir. Une administration  »Quisling » (ou Laval), illégitime, les remplacerait, à la botte de l’occupant. Celle-ci devrait d’emblée être sanctionnée en usurpatrice et expulsée du système international. Parallèlement, organiser politiquement les opposants russes – par exemple à Paris – insufflerait du courage à leurs concitoyens résistant encore dans la  »prison. des peuples ». C’est un minimum sur le plan légal.

Exclure la Russie des Nations Unies ouvrirait des possibilités pour aller plus loin. Notamment, pour amener Poutine et ses proches à répondre personnellement de leurs crimes et pour permettre alors aux Russes d’organiser leur avenir, en retournant sous la Charte de l’ONU et sous l’Etat de droit. L’Assemblée générale des Nations Unies n’a pas explicitement ce pouvoir, à l’heure qu’il est, mais des précédents existe (guerre de Corée et vote de l’AG pour une intervention militaire) et les juristes sauraient trouver des biais pour contourner le veto russe, dans l’hypothèse d’une demande politique fortement majoritaire.

 Dans la gamme ‘’flexion de muscles’’, que Vladimir décrypte bien, il serait légitime et légal de  »bloquer » les groupes armés étrangers ou non constitués, complices de crimes de guerre aux côtés de la soldatesque russe. Les nervis syriens de Bachar, qui ont massacré leurs concitoyens, n’ont aucun droit à débarquer, armés, en Europe pour recommencer partout Alep. Dans le ciel du Proche-Orient, les avions qui les transportent sur le front ukrainien pourraient bien disparaître des radars en cours de route. Sans regret aucun. De même, le mercenariat étant, comme la piraterie, prohibé par le droit international, les tueurs de Wagner à l’international – qui ne valent pas mieux – pourraient trouver le chemin des tribunaux, si on les y aidait un peu. On commencerait par l’Afrique sub-saharienne, où le rapport de forces ne leur est pas si favorable. Et il y a toujours, bien sûr, les livraisons d’armes, la guerre électronique, le renseignement et … chuuut ! … les opérations spéciales (pas celles de Vladimir), les sanctions, la guerre des médias déjà gagnée …

Au total, donc, rien d’illégal, ni rien qui implique de pénétrer en force sur le champ de bataille ukrainien. Juste des signaux bien clairs. Ils disent que les Occidentaux présumés ‘’dégénérés’’ sont quand même à prendre au sérieux. D’ailleurs, aucun terrorisme – même proclamé ‘’chrétien’’ – n’est plus vivable ou plus acceptable qu’un autre. C’est l’évangile de l’Ours. Une jolie chanson pour conclure :

* * * * * * * * *

Quand les hommes vivront d’amour
Il n’y aura plus de misère
Les soldats seront troubadours
Mais nous, nous serons morts mon frère

Dans la grande chaîne de la vie
Où il fallait que nous passions
Où il fallait que nous soyons
Nous aurons eu la mauvaise partie

Quand les hommes vivront d’amour
Il n’y aura plus de misère
Les soldats seront troubadours
Mais nous nous serons morts, mon frère

Dans la grande chaîne de la vie
Pour qu’il y ait un meilleur temps
Il faut toujours quelques perdants
De la sagesse ici bas c’est le prix

Quand les hommes vivront d’amour
Il n’y aura plus de misère
Les soldats seront troubadours
Mais nous nous serons morts, mon frère

(1978 Raymond Levesque – Robert Charlebois)

* 14 mars – A chaque jour suffit sa peine

Tout en nous invitant à rester lucide et responsable face à la tragédie que vivent les Ukrainiens, Mathieu nos recommande, au chapitre 6, verset 34, de ne pas présumer sottement de la capacité de nos psychés à encaisser les chocs et à réagir avec discernement (une des plus grande qualité intellectuelle qui soit). Il n’y a aucune honte à trouver le blog de l’ours géopolitique bavard, trop spéculateur et même un rien présomptueux. Nul n’est contraint d’absorber la moutarde forte avec une cuiller à soupe. Nous sommes tous différents, notamment dans notre sensibilité à la douleur et à l’inconnu (et aussi à la moutarde). Personne n’est obligé de peser les chances que, depuis son bunker à bulbe doré,  »Vlad le Vitrificateur » déclenche ou non les feux de l’apocalypse nucléaire, biologique ou chimique.

L’Ours, ça lui clarifie la tête mais, à d’autres, pas. L’important est de ne pas se mentir à soi-même et de s’ajuster, pas à pas = un peu, chaque jour = au cours horrible des choses. Le coq écervelé chante une trompeuse invincibilité guerrière ; l’autruche, le confort du trou de sable où elle enfouit sa tête. Le corbeau ouvre le bec, tout hébété, et laisse tomber son fromage. Le pigeon croit tout ce qu’on lui dit. Le merle et la pie font dans l’infox à fond. Les moineaux s’affolent en tournant autour de l’arbre. L’aigle et la buse fondent sur leurs proies. Merci Mathieu, merci La Fontaine !

Voilà  »Vlad le Vilain » qui vous accuse de tous les sales coups de la terre : vous êtes nazi, terroriste infiltré dans un hôpital, caché derrière un bouclier humain; vous attaquez de l’étranger une terre russe prétendument nommée  »Ukraine », vous massacrez des civils à tours de bras, bombardez des corridors d’évacuation humanitaires, préparez depuis votre cambuse des armes interdites, etc., etc. … C’est simple : il vous dit ce qu’il a l’intention de faire de vous et vous livre un échantillon de sa  »belle » mentalité. C’est le syndrome de la cour de récré :  »si tu ne me files pas tes billes, je te les fait manger et je dis à la maîtresse que tu voulais me les faire manger ». Ca demande une petite gymnastique de l’esprit mais ça permet de décrypter le coup d’après.

Le coup d’après pourrait avoir à faire avec les armes de destruction massive, toutes formellement prohibées par le droit de la guerre, mais néanmoins libéralement diffusées au sein d’armées comme celles de Russie ou de Syrie. Le bas de gamme, s’est le chimique, avec tous ses inconvénients (météo incertaine, vent qui tourne, bourrasques …). Il reste que, sur une très grande surface, ce type de produits binaires (stockés dans deux flacons puis léthales dès que mélangés) est tout à fait efficace pour exterminer les populations civiles des faubourgs ou centres-villes. Souvenez vous de la Syrie de  »Bachar le chimique » et du recul de l’Amérique, en 2013, lors de la multiplication de ce type d’attaques contre la population. Russes et Syriens ont intégré le crime contre l’humanité dans leur doctrine de guerre et ils disposent en quantité du gaz et des poudres du genre Novitchok.

Un peu plus  »premium » en gamme est l’arme bio (prononcer  »bi-o » comme  »billaud »). Quelques gouttes dans l’eau potable ou dans le potage suffisent pour anéantir une population citadine. C’est tout aussi prohibé par une convention des Nations Unies et contrôlé dans le commerce civil par un  »régime australien » particulièrement vigilant. Mais, un petit flacon par million d’habitants, ça se cache aisément au fond d’une poche. De plus, c’est inodore et ça ne se diffuse pas dans l’air : indétectable ! Enfin, comme Pékin accusant les Américains d’avoir créé le Covid, vous pouvez toujours prétendre que c’est  »l’autre en face » qui l’a fait. C’est ce que Vladimir est en train de dire, d’ailleurs, pour le VX ou l’anthrax.

Si vous disposez déjà d’un siège permanent au Conseil de sécurité ou voulez simplement abattre le système des Nations Unies, les accords de contrôle des ogives et des vecteurs, multiplier votre capacité en euromissiles capables de destruction immédiate de Paris, Londres, Berlin, Varsovie, Rome, Madrid, etc. , etc. appuyez sur le bouton rouge, tout en dénonçant ces capitales nazies qui fomentaient une attaque nucléaire contre vous mais, surtout, frappez le premier, par surprise ! Plus de problème de climat car plus de vie humaine cqfd. C’est la grande classe que pourrait bientôt atteindre la mise en centrifugation du cerveau bouillonnant de  »Vlad l’Apocalypse ». Le problème avec cette drogue qu’est le pouvoir absolu, c’est qu’il faut sans cesse en augmenter la dose et qu’il n’y a pas de sevrage.

Incroyable, après l’horreur qu’on a vue et celle qu’on devine déjà un peu : certains chez nous préfèreraient l’apocalypse à la démocratie !

* 9 mars – Le droit, notre garde-fou

La brève d’hier parlait des  »jeux pernicieux » du dictateur russe avec la vie de civils innocents. Le nombre de conflits violents déclenchés de son fait depuis sa trouble accession au pouvoir, en 2000, est tel que l’on y voit une vocation à la cruauté. Ceci, toujours pour des gains prédateurs sous-tendus par un nationalisme paranoïaque (à divers degrés le nationalisme, comme on le dit,  »c’est la haine »). La dénonciation de son profond mépris pour le droit international humanitaire n’est pas nouvelle. Il agit donc en pleine connaissance de cause, en pleine jouissance de son pouvoir meurtrier absolu.

L’intervention militaire elle-même de la Russie contre l’Ukraine constitue une agression, au sens du droit international. À cela s’ajoute le fait que les comportements russes relèvent, dans beaucoup de cas, de violations des lois et coutumes de la guerre, définies par les Conventions de Genève et de la Haye. Elles incluent des attaques délibérées et des frappes aveugles sur des populations civiles. La prohibition de ces crimes porte aussi sur l’utilisation d’armes non discriminantes (ne faisant aucune distinction entre des cibles civiles et militaires).

Le droit international humanitaire, issu du droit de la guerre, considère comme civil toute personne ne participant pas aux hostilités. Les journalistes, le corps médical et les aumôniers qui interviennent dans les zones de combat (sans arme) restent des civils.  Un militaire sorti des hostilités, est lui aussi considéré comme civil, dès lors qu’il capitule ou est invalidé sur le champ de bataille. Les maisons, les immeubles, les hôpitaux, les écoles, les lieux de cultes, les bâtiments administratifs et tout ce qui fait partie du quotidien de la population sans revêtir de rôle militaire doit aussi être protégé, selon ce droit très ancien développé au fil des conflits.

Sans doute faudrait-il y ajouter quelques articles concernant l’arme nucléaire, envisagée sous un angle offensif (pour une première frappe multiple dans un pays non-en-guerre ou non-belligérant). L’atome, plus que tout autre type de feu ne distingue aucune catégorie humaine parmi ses cibles et anéantit tout. Certes, il ‘y a pas de  »gendarme » dans le système international qui soit capable d’arrêter l’offensive de la deuxième armée du monde, nucléarisée qui plus est. Néanmoins, il serait concevable de créer une coalition à l’échelle du monde pour exclure l’agresseur de toute forme de coopération, d’échanges, de jouissance de droits.

En janvier 1943, la conférence de Casablanca avait rassemblé les démocraties autour d’une vision du droit qui s’et concrétisée fin 1944 avec l’Organisation des Nations Unies. Aujourd’hui, les nations de l’Occident resserrent les rangs face à l’agression frappant l’Ukraine. Il faut aller plus loin et penser, au plus tôt, au  »coup d’après ». Sans doute serait-il nécessaire de renforcer considérablement l’autorité propre des Nations Unies sur les Etats qui la composent (pour sortir de la situation inverse actuelle). Le droit de veto permanent et définitif accordé aux cinq vainqueurs de 1945 = dont la Russie et la Chine = n’est plus justifiable. Ad minima, l’Assemblée générale de New York, renforcée et dotée de nouveaux pouvoirs d’urgence, pourrait, dans ce schéma, destituer un Etat recourant à la terreur contre les populations civiles. En aucun cas, une fois exclu de l’ONU, le coupable ne pourrait faire entendre sa voix, tout au moins avant d’avoir admis sa faute et indemnisé ses victimes.

Nous ne sommes plus en 1944-45 : ce sont les enfants à naître dans ce monde de la guerre du 21 ème siècle, potentiellement plus destructrice que la seconde guerre mondiale, qu’il nous faut protéger. Une démocratie de portée universelle, ancrée dans un droit humanitaire plus exigeant et dotée de toute la gamme de forces que les défis imposent, est-ce un rêve plus fou que celui caressé à Casablanca, il y a huit décennies ?

* 19 janvier – Covid : quel début de la fin ?

La communauté scientifique internationale paraît divisée sur les chances de sortir à moyenne échéance de la pandémie. Partout, les populations sont usées par deux ans d’épreuves et  d’incertitude et elles sont aux aguets d’une embellie. Non que le monde ne redevienne ‘’normal’’ mais quand même, plus vivable. Aussi, la question de savoir si la cinquième vague sera la dernière possède une portée universelle.

 L’Agence européenne des médicaments (EMA) se montre plutôt optimiste. Elle considère comme probable que la propagation du variant Omicron transforme la pandémie de Covid-19 en une maladie endémique plus bénigne, avec laquelle l’humanité pourrait apprendre à coexister. Ce variant moins virulent mais plus contagieux pourrait favoriser, du fait de ses caractéristiques, l’acquisition d’une immunité collective naturelle, possiblement planétaire. On aurait presque la tentation de frayer joyeusement avec ce virus, en plus de la vaccination, qu’il devienne comme une seconde sorte de grippe (une pathologie sérieuse mais qui n’effraie pas) et puis on passerait à autre chose.  Ça et là, des ministres de la santé évoquent ce scénario idyllique :  le début de la fin ne serait plus très loin !

Le patron de l’OMS, le docteur Tedros Adhanom Ghebreyesus se montrelui, bien plus prudent. Le plus grand échec et la plus grande frustration de son agence est de ne pas avoir pu remonter jusqu’au cas zéro de l’automne 2019, à Wuhan. Après avoir été choyé par le gouvernement de Pékin, l’Ethiopien a été grossièrement abusé et on ne le reprendra pas à évoquer des lendemains qui chantent. Pour lui, le variant Omicron est tout sauf bénin, à en croire le pic d’hospitalisations atteint dans de nombreux pays. Omicron continue de déferler sur la planète. Surtout, il escompte l’apparition de nouveaux variants plus létaux qui pourraient faire retomber toute tentation d’enthousiasme. ‘’ Aucun pays n’est encore sorti d’affaire’’  et il ne faudrait pas crier ‘’ouf !’’ prématurément. Les nouveaux variants… voilà un mauvais tour que peut jouer la nature ! Cette loterie virale est comme un banc de brouillard tombant sur notre avenir. Mais le propre de l’humain est d’espérer, non seulement pour soi-même mais pour autrui. On ne sait rien des possibles prochains variants dans un monde qui lui aussi se métamorphose dangereusement. Mais, Tedros, ne ruinez quand même pas notre besoin bien humain d’espoir !

* 17 janvier – Malade d’être dans le monde

Maudire le drapeau européen, le jour où, la France prenant la présidence de l’UE, il flotte sur la Tour Eiffel ; inspecter un camp de rétention en Grèce pour se féliciter que les retenus soient bien traités comme des prisonniers ; demander à Bruxelles des subsides pour installer des barbelés aux frontières ; se battre pour plus de chauvinisme et d’isolationnisme à courte vue … est-ce vraiment digne du débat de politique extérieure au sein d’une des cinq puissances permanentes du Conseil de sécurité, à l’approche d’une élection présidentielle ? Beaucoup de Français ont un peu honte de l’indigence du débat sur ce que la France peut apporter au monde et sur ce qu’elle en attend. Ce blog aussi. L’Ours cache son museau sous ses grosses pattes.  Et encore ! Si le débat était seulement indigent … Mais il n’y a aucun débat, juste le spectacle d’une citoyenneté étroite, égoïste, rabougrie dans sa cécité.

Les lecteurs de l’Oursgéopolitique la savent trop bien : le monde autour de nous comme chez nous est profondément détraqué. Non pas par une soudaine perspective d’apocalypse, mais par un emballement de crises et de menaces que nous négligeons de reconnaitre et de traiter parce que c’est trop compliqué et parce que notre méfiance en tout nous conduit au déni. La guerre qui menace avec la Russie, en Ukraine, le délitement accéléré de l’Union européenne et son impuissance dans le monde, le retour d’un condominium  de puissances agressives, véritable chance pour l’Otan, l’Hégémonisme sans âme de la Chine et sa propension à l’affrontement, notre marche arrière dans les combats pour sauver le climat et la biodiversité, la disparité face au Covid et à la misère du Nord et du Sud, etc. aucun de ces dossiers majeurs n’intéresse la vie politique française.

Le réveil sera dur, fin avril, lorsque l’élu – plus ou moins nettement – des Français devra brutalement adapter à la réalité du monde son discours électoral forcément démagogique. On taillera dans le vif en nous expliquant alors  que tel ou tel ‘’traitre’’, telle ou telle malchance imprévue viennent effacer nos éphémères rêvasseries.  Pourtant, conduire un débat honnête et lucide sur l’état du pays dans le monde, la paix et la guerre, l’avenir de notre planète, les injustices qui affectent l’humanité (jusque chez nous), serait-ce trop demander ? N’est-ce pas le minimum dû aux citoyens ? Pendant la campagne en Allemagne, un effort a été accompli en ce sens par les partis.*

Alors, incurablement masochiste, la France ?

* 20 décembre – Des floppées de vœux négatifs

Le plein de tuiles pour les nuisibles, en 2022 !

Une fois les vœux affectueux envoyés à ceux qui nous sont chers, sachons enchaîner sur les vœux négatifs. Célébrons les vicieux, les fourbes, les pervers, les affreux absolus et les traitres en leur adressant, en une rafale sèche mais conclusive, nos anti-vœux d’exécrable Année 2022 !

Surtout n’attendez pas, de la part de ce blog, régulièrement suivi par une petite dizaine de lecteurs égarés et infidèles (join the gang !), qu’il vous dresse une liste nominative, détaillée et exhaustive. A chacun, sa sélection ! Il faut bien aussi laisser leur boulot à la Cour Pénale Internationale, au Chaudron de Belzébuth comme au Tribunal du Père.
Tout d’abord, j’omettrai prudemment de vous désigner ceux des membres de la classe politique, médiatique, bancaire, etc. qui échapperont au grognement empoisonné de l’Ours : on les compte sur les doigts de la main. Par contre, je traiterai le cas de tous les autres. Mais, j’ajoute, sans malice aucune, que les citoyens ont, par négligence et loi de l’évolution, la société médiocre qu’ils méritent. Ainsi fonctionne l’effet-miroir…

Alors, allons y en vrac :

* Un sincère vœu négatif pour nos amis, les dictateurs sanguinaires, chefs de katiba et directeurs de camps de torture, avec l’espoir brûlant au cœur que les vagues 5, 6 et 7 du COVID en viendront à bout l

* Un séjour gratuit en prison, à La Haye (en face de la CPI), pour le moustachu Aleksander Loukachenko !

* Un retour gratuit en France, pour la colonie de vacances camembert bloquée dans les camps kurdes d’Irak. Bienvenue au Pays, menottes aux poignets : cela soulagera un peu nos alliés peshmergas !

* Une pensée toxique pour quelques « papas-dictateurs » africains, qui bidouillent et rebidouillent leur constitution pour se sur-bidouiller eux-mêmes au pouvoir. Qu’ils entrevoient l’état pathétique de leurs concitoyens agressées par le djihadisme, la mauvaise gouvernance et la misère. Qu’ils en cauchemardent chaque nuit et qu’ils dégagent en 2022 !

* Bons vœux de retour au goulag, les poches vides, pour les militaires sans insignes du groupe Wagner ! La dose de vodka qui dissout la rate pour notre bienfaiteur au Kremlin !

* Que le général émirati qui prend la tête d’Interpol avec du sang sur les mains avale son étoile de shérif !

* Courte vie au Parti !

* Une montée d’allergie pour l’état d’urgence en Hexagonie (pays fictif, bien sûr) : que l’exception devenue la règle et l’état de droit érigé en l’étale du Roy ne survivent pas à l’Année du Tigre. Qu’un état d’amour perpétuel entre les citoyens à béret ridiculise tous le chefs !

* Une pensée particulière pour le distingué corps préfectoral. Qu’il échoue à traquer les individus  »migrants » ou  »fraternels », brassés par la débâcle du monde ! Que les envahisseurs soient autorisés à bosser pour notre PIB et à cotiser pour nos retraites. Qu’ils nous invitent bientôt à partager, en voisins, leur couscous au manioc ou leurs tripes-chili ! » Triple ration de harissa pour les haineux xénophobes !

* Que le fantôme de Schengen ressurgisse de sa tombe et fasse péter murs et barrières : libre circulation, bienvenue chez nous et la tournée pour tous ! Voyez la tête que feront les gens  »de souche » ! Hé, hé !

* Une franche pensée assassine (eh, oui !) pour le Connardo-virus, le moustique Tigre, la souche humaine anti-vaccinale, la pandémie de trouille abêtissante. Idem pour la larve éradicatrice de l’olivier, le H5 N1, la crise de foie du lendemain de réveillon, la théorie des complots et la paranoïa, en général !

* Des redressements fiscaux musclés et une mise en liberté très surveillée pour les patrons du GAFAM, démantèlement  »numérique » de leur cartel à la clé. Que Zuckerberg soit remplacé par Snowden !

* Que les travailleurs de la chimio-agriculture consomment – une fois n’est pas coutume – leurs fruits et leurs légumes vésicants, juste pour voir (pour le SAMU, faites le 15 !)

* Une bonne inondation du domicile, pour ceux qui se contre-fichent des émissions de GES, de la finitude de la Planète et de la disparition du vivant : qu’ils barbottent tristement !

L’Ours m’indique que j’ai oublié plein de mauvais sujets (les tueurs de plantigrades dans le Pyrénées, par exemple). Mais, l’essentiel est dit et vous m’avez compris… Alors :

L’Ours a de gros doutes sur la conduite du monde

Des fêtes très  »spéciales » pour les concernés précités et, encore et encore pour eux, tous mes vœux négatifs pour le siècle à venir !