Biodiversité : rien à carrer des pandas !

Fanny Agostini (merci, Fanny !)
L’Ours a  »liké » à donf !

C’est une opportunité qui ne se présente pas deux fois : il m’est donné la chance de visiter la zoothèque secrète du Muséum d’Histoire Naturelle de Paris. Dans les soubassements du musée, à l’abri des regards, j’arpente les allées d’un coffre fort méconnu du grand public.

La collection parisienne renferme des milliers de spécimens naturalisés dont certains sont des holotypes (spécimens ayant permis de décrire l’espèce) datant du dix-septième siècle. Entre les panthères d’Anatolie, les tamanoirs d’Amérique du Sud et les paradisiers de Nouvelle-Guinée, je me prends pour une darwinette du 21ème siècle à la rencontre d’un patrimoine naturel aussitôt découvert aussitôt perdu.

Oui, parce que nous sommes actuellement en crise… une de plus me direz-vous ! Non, non celle-ci c’est bien l’ultime, la crise du vivant ou la sixième extinction de masse – comme vous préférez. Celle qui par notre négligence risque de nous emporter avec elle tel un fossoyeur fossoyé. Tous les animaux que je vois immobiles, immortalisés par l’habileté des taxidermistes, ne sont en fait pas immortels du tout. .. Pour beaucoup d’entre eux, c’est déjà trop tard, ils ont été rayés de la surface de la terre.
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Ma déclaration universelle des droits de l’Homme (« je vous aime, je vous aime, moi non plus ! »)

René Cassin et Eleanore Roosevelt, lors de l’adoption

La façon dont n’a pas été célébré, ce 10 décembre, le 70 ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme confirme, après des déferlement de violence, que ce socle des libertés fondamentales de l’Humanité, au mieux, n’intéresse plus. Au pire, il est devenu la marque d’un monde disparu. Foin d’utopie universelle (deux mots suspects)! Oublions la fraternité des peuples, chacun doit rester coincé sur son bout d’asphalte, dans sa rage victimaire, et imposer sa loi, jusqu’à tout sacrifier : ne pas dialoguer, ne rien lâcher, surtout !

J’exagère un brin. Dans certaines de nos villes, des gens plus humains, vêtus de jaune, ont rallié les marches pour le climat et ont « verdi », non sans discernement, leurs préoccupations initiales dans celles de l’Humanité. Lire la suite

Les gilets jaunes, archétype des confrontations mondiales ?

Réincarnation des sans-culottes ?
The Gilets jaunes, (yellow vests) are anti-globalisation and furious

Je suis loin d’approuver BHL sur tout, mais je dois dire que son récent discours devant le CRIF, concernant le phénomène des « gilets jaunes », est assez convainquant. Ce type de révolte « à la base » est un classique de l’histoire de France : les pantalons rayés des sans-culotte de juillet 1789 préfiguraient bien nos gilets fluo d’aujourd’hui. Justement insatisfaits de l’état du Royaume, ils tendent, comme on dit, à « péter les plombs » et s’en prennent à tout ce qui paraît injuste, dans leur représentation enfantine de la chose publique. Cela justifie à leurs yeux un vrai passage à l’acte. « Libératrice », la violence leur ferme aussi tout horizon. Elle les confronte à des tyrannies un peu fantasmées et, dans leur spontanéité, ils font erreur sur leurs cibles : déjà, ce pauvre gouverneur Delaunay et la quinzaine de fils à papa enfermés à la Bastille en 1789, n’étaient pas vraiment le cœur arrogant de l’ancien régime. On a fait comme si. Même méprise chez les « boulangistes » en 1879, chez les « ligueurs » en 1934, chez les « bonnets rouges », il y a peu.

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Hulot en dissidence, Macron en terrain miné, M. Toulemonde en prostration : rentrée agitée ?


La transition écologique n’est pas en marche – illustration du Monde

Il faut dire que les temps ont changé (publié chez Albin Michel – août 2018)
Présentant son dernier ouvrage sur France Inter, l’économiste Daniel Cohen constatait sans plaisir un haut degré de «désocialisation» dans les strates populaires françaises. Un changement du monde, parmi d’autres, qui nous parle.

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Sciences : tenir compte du décalage astrologique


L’Ourson Géo ayant bien lorgné dans sa lunette, est au regret de vous faire savoir que les dates régissant les signes du Zodiac sous lequel vous êtes né ne correspondent plus à l’éphéméride zodiacale actuelle, ce, depuis plusieurs siècles. Si, par exemple, vous vous croyez Gémeaux, erreur: vous êtes en fait Taureau !
Les signes zodiacaux ont été déduits des constellations traversées par le soleil, selon une trajectoire circulaire qu’on a appelé « Zodiac ». Vers le Vème siècle avant J-C, la répartition de l’année en 12 secteurs couvrant chacun 30° d’arc sur l’écliptique de la voûte céleste a ordonné une classification en 12 signes du Zodiac. Tous les astrologues l’ont prise comme postulat pérenne, pour prédire notre avenir. Lire la suite

Le retour du « J’ai dit » : Géo-la-science

Le Yéti est un ours plus humain que l’Homme

Le Yéti n’a rien d’abominable – c’était un ours !
Une nouvelle analyse de reliques de la créature mythique du Tibet et de l’Himalaya montre une noble ascendance ursidée (Le Monde du 29-11-2017)

Salut à tous ! Je suis rentré au blog, après un long périple, depuis les Rockies jusqu’aux Pyrénées. Le préfet de Pau m’a même consigné dans un tronc d’arbre, parce que, soit disant, « quelqu’un aurait pu mettre un engin explosif dans ce gros ours en peluche » (je ne suis même pas gros, mais honnêtement nourri, nuance!). J’ai rencontré un tas de copains à fourrure, chemin faisant. Tiens, parlons de mon abominable pote tibétain des neiges, le Yéti. Il est très admiré par les amateurs de cryptozoologie et le Monde en a parlé avec respect (article d’avant-hier). En 2014, l’analyse de ses poils a démontré qu’il avait pour origine une espèce hybride d’ours polaire et d’ours brun. Des prélèvements supposés venir de Bigfoot, l’équivalent américain du Yéti (mais avec un accent texan pas distingué) ont fait apparaître des traces génétiques de raton laveur, d’humanoïde, de vache et très très peu, vraiment presque rien d’ours noir : fichu « melting pot » américain !

L’auteur a analysé les ADN soigneusement conservés dans un pot de miel : douze échantillons d’ours asiatiques et neuf de yétis. J’ai constaté que tous renvoient à des espèces nobles d’ursidés. Le fémur sur lequel il a travaillé (photo : fémur de Yeti GEOscoop2018) ne permet aucun doute, à cet égard. L’analyse génétique révèle ainsi toute la magnificence du grand ours brun tibétain. La légende est donc vérifiée scien-ti-fi-que-ment. Yeah, T !

A part ça, l’ourson serai assez content d’être de retour à temps pour les marchés de Noël, quand il fait un peu moins chaud. Il semble que mon humain ait bossé la géopolitique – non sans peine – pendant ma vadrouille. « Comme vous, je ne lis jamais sa prose, trop longue et trop concentrée. Mais il faut que vous sachiez qu’elle ne m’engage pas, moi. Quand je tiens la plume ou défonce le clavier, je le fais savoir ».

Vous voudriez tout savoir sur Noël, n’est-ce pas ?
Et bien voilà : Au VIe siècle, le moinillon Denis le Petit, un historien, entretenait un doute sur le calendrier grégorien. Pour régler sa clepsydre aux petits oignons, il rechercha quand exactement le temps de notre ère avait commencé. Pour lui, c’était l’année où Jésus était né. Après de savants calculs, Denis le Petit en a fixé l’origine en l’an 1. On a alors décalé d’une année la liturgie des églises et les programmes télé. Aujourd’hui on pense que le moine a fait une petite erreur de calcul, et qu’en fait, Jésus a dû naître 6 ou 7 ans avant sa naissance.

Quant au 25 décembre, il a été choisi dès le IVe siècle. De nombreuses fêtes populaires étaient célébrées en décembre, au moment du solstice d’hiver. Sapiens était dans la stupide idée de conjurer le froid et la nuit. A Rome, du 17 au 24 décembre, on fêtait ainsi les Saturnales, en l’honneur de Saturne, le dieu des semailles et de la fertilité. En Orient, le culte de Mithra, divinité de la lumière, voulait que l’on sacrifiât, le 25 décembre, un jeune taureau, pour célébrer la naissance du dieu solaire. Au Tibet, c’était les ursinales. Et l’on trouve des traces de fêtes similaires chez les Teutons, les Celtes et les Vikings. Le jour du solstice d’hiver si, en effet, l’on entre véritablement dans l’hiver, c’est aussi le moment où les jours commencent à rallonger, le soleil renaît… « Et comme l’ours de la crèche, mes ancêtres ont toujours aimé célébrer ça. Moi,aussi »!

Las Vegas ou Bataclan, Amérique ou banlieues, la haine terroriste est d’extrême droite

Las Vegas, New York, Charlottesville : quand doit-on parler de terrorisme ? Après la récente tuerie de Sutherland Springs aux États-Unis, la géopolitique fait le lien entre terrorismes islamiste et d’extrême droite. Au Texas, une petite église de Sutherland Springs a été frappée par l’horreur, une fusillade qui a fait 26 morts. Ce n’est pas la première fois que les États-Unis sont ainsi frappés.

– À Charlottesville, un homme de 20 ans fonce, avec sa voiture, sur une foule manifestant contre l’extrême droite ; il tue une femme de 32 ans, et blesse 19 personnes. Le responsable, James Alex Fields Jr., est affilié à l’extrême droite.

– À Las Vegas, un homme tire dans la foule, tue 58 personnes, et en blesse plus de 500. Ses motivations n’ont pas été clairement définies. Les analyses américaines ont parlé d’une personnalité narcissique et déprimée. Mais le travail de la police prouve que cette « dépression » ne l’a pas empêché de planifier tous les détails du massacre.

– A New-York, le 31 octobre, un Ouzbek immigré aux États-Unis a tué 8 personnes et blessé 12 autres en les renversant avec une camionnette. Dans son téléphone, on a retrouvé 90 vidéos de Daech.

Killing people blindly is quite reasonable, wether you hate them for this or that reason

Face à cette horreur, un débat classique a resurgi : quand peut-on parler de terrorisme ?

Pour Charlottesville, Las Vegas et New York, il est possible de répondre à cette question.

Comment définir le terrorisme ? C’est une violence d’inspiration politique, visant des civils, qui cherche d’abord à faire passer un message. Que ce soit avec al-Qaïda, Daech, mais aussi l’extrême droite (Breivik en Norvège), on retrouve un goût du chaos, d’un certain nihilisme, la destruction devant entraîner le changement espéré.

Avec cette approche, on peut parler de terrorisme pour Charlottesville comme New York. Chercher à les distinguer, c’est refuser de comprendre que l’islamisme radical n’est rien d’autre que l’extrême droite en Orient. Même rejet de l’autre, même hiérarchisation de la population, même politique visant à s’opposer à un « autre » forcément ennemi. Le cas de Las Vegas est plus compliqué : mais il semblerait ici que l’« idéologie » soit le nihilisme, la haine de l’autre motivée par son malheur personnel. Le message n’est pas aussi articulé que celui des extrêmes droites occidentale et orientale. Mais il est tout aussi dangereux, et ne devrait pas être traité à la légère.

La haine  »nazifiante » n’est pas qu’affaire de race, de religion ou de géographie : elle s’inscrit dans un contexte de déshumanisation, hélas universel.

(Mes remerciements à « Réforme » de novembre 2017 , très largement repris dans ce blog)

Au printemps 2017, l’ACAT s’interroge sur le binôme  »Fraternité – Résistance »

Accueillie à Bussang (Vosges) par le chapitre lorrain du Mouvement, l’Assemblée générale 2017 de l’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture (ACAT-France) s’est placée sous les signes dialectiques de la fraternité et de la résistance. Le rapport moral de la Présidence et la table ronde  »résister », qui l’a suivie, ont précisé, avec clarté et réalisme, la posture de l’ACAT dans la période actuelle de gros temps sur la démocratie.

1 – Face à la montée des populismes, à la perte du sens de la fraternité/ solidarité universelle, à l’engourdissement des esprits et à leur déshumanisation, il nous faut considérer sans complaisance notre société, mue par l’argent, la jouissance matérielle égoïste, la désinformation et la peur. La fraternité fondamentale n’a pas résisté au climat délétère, dans lequel  »beaucoup voudraient limiter leur humanité au cercle étroit de leurs proches ».

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De la transformation des uns par les autres comme solution empirique

Alliance Ours-Chien

Notre petit monde d’empathie et de jouissance se voit défier au combat par la barbarie du « vaste monde ». Nous ne sommes pas adaptés aux circonstances nouvelles et ne savons plus en quoi croire, en qui faire confiance.
Le point 0, pour la génération qui s’efface, ce fut les camps de concentration.
Au sortir de ce point d’horreur absolue du XXème Siècle, les acteurs de l’après-guerre ont aspiré à son exact antithèse : hédonisme et satiété consumériste, amour libertaire et universel, interdiction d’interdire : les bandes de jeunes, la culture ‘’jeune – rock’’, les hippies, mai 1968, la mise au rancart des racismes et des identités, les droits de l’Homme et la démocratie participative, le commerce tous azimuts et la permissivité, une paix bancale assurée par la dissuasion nucléaire et la partition du monde en blocs … la révolution informatique a capté toute ces évolutions, en fusionnant au sein du même cyber espace mondial et du ‘’peer to peer’’ vieilles cultures institutionnelles et nouvelles contre-cultures émergentes. Les communautés créées par les hippies sont devenues virtuelles mais innombrables et bien vivantes sur les réseaux sociaux et les supports cryptés. Lire la suite

Le Chef de guerre et le Maître des émotions

Tribunal sous état de droit (l'Ourson comme greffier)
Tribunal sous état de droit (l’Ourson comme greffier)

Un chef d’état-major des armées qui ne croit pas que l’action militaire, seule, puisse déradicaliser une société dysfonctionnelle ni que les victoires guerrières mènent à des solutions de fond. Selon lui, la violence légitime d’un Etat défendant ses citoyens ne réduit pas, comme par enchantement, l’aspiration à la violence des révoltés et des exaltés. Au contraire, le risque existe d’un « mimétisme », d’une émulation vers les extrêmes du mode terroriste et de l’antiterrorisme.

– Un Président qui, contre la terreur, décrète toutes les mobilisations imaginables. Il multiplie les outils, systématise l’état d’exception et opère, tambour battant, une grande dramaturgie médiatique. Mais quand toute l’adrénaline dispersée ne produit plus de plus-value marginale au bilan sécuritaire, il se voile la face : on ne fait pas de politique sans casser des œufs.

Manifestement, ces deux hauts personnages devraient échanger leurs rôles. Au premier, la vision longue et pérenne de l’Etat; au second, la fuite en avant vers le court terme expéditif, guidé par l’émotion. Malheureusement, le général semble le plus attaché des deux à l’état de droit et il ne paraît nullement dans sa nature (ni dans celle de l’institution militaire actuelle, d’ailleurs) de revendiquer quelque autorité politique sur le pays. Et puis les militaires n’éprouvent aucune appétence particulière à surfer sur les peurs citoyennes, les états-majors cheminant par la voie d’une pensée critique, rationnelle. Il ne leur viendrait pas à l’idée de réclamer la mise en oeuvre de l’article 36 de la Constitution, ni la mise du Juge sous hibernation.

Les magistrats sont, en effet, les grands perdants du moment. Certes, la quasi-totalité des procédures musclées qu’on nous présente comme « nouvelles » existaient déjà dans l’état normal de nos institutions. Trois mille perquisitions (aboutissant à quatre dossiers d’incrimination en justice !) et trois cents et quelques assignations à résidence, voici la « plus-value » fort modeste tirée de notre état d’urgence, essentiellement au cours des deux premières semaines de sa mise en oeuvre. Depuis lors : quasiment rien.

– La différence essentielle entre octobre et novembre 2015 tient dans le contrôle préalable du Juge, seul gardien de nos libertés contre les abus du droit. Par définition, la police livrée à elle-même n’a pas à s’encombrer d’états d’âme, ceci dit sans acrimonie aucune : chacun son métier. En fait, le débat entre partisans et opposants d’une pérennisation de la loi d’urgence se résume à un enjeu risible : gagner quatre minutes en court-circuitant le Juge, pour mettre la main, quatre minutes plus tôt et une fois par mois, sur un individu louche en train de dormir quelque part sur son projet assassin. En échange de ces quatre minutes, nos libertés sont mises sous le boisseau et des milliers de gens, lésés par les brutalités de forces de l’ordre en permanence sur la brèche, rejoindront le camp des ennemis de la République. Le beau marché !

– Evidemment, le véritable enjeu n’est pas l’enjeu réel mais l’imaginaire projeté sur nos émotions, et c’est là que l’homme politique reprend le pas sur le militaire. Sa logique est implacable autant qu’auto-centrée : d’autres attentats, hélas, surviendront. Ce, quoi que l’on fasse, même si beaucoup d’autres seront déjoués, tout comme ils l’étaient d’ailleurs avant l’état d’urgence (une vingtaine sur moins de deux ans). L’opinion évoluera de la peur vers une franche hystérie et, par réflexe, se fera accusatrice à l’égard de ses dirigeants. Même si cela devait n’être d’aucune utilité pratique, il faudra – électoralement parlant – que ceux-ci, à commencer par le premier magistrat du Pays, prouvent à la population qu’ils ont empilé, étage après étage, les éléments de leur usine à gaz sécuritaire, sans jamais en retrancher le moindre boulon. Pas pour notre sécurité physique – vous l’avez compris – mais pour canaliser nos folles émotions.

Au printemps 2017, ce sera au « Successeur » de remettre un peu d’ordre dans le grand fatras antiterroriste … ou de sortir sans drame de la démocratie. Le rétablissement de la peine de mort est déjà au programme de certains. C’est à peine si cela fait débat.

De nos voeux négatifs, éradicateurs ou vengeurs

ne touchez pas à la Constitution, elle est trop mignonne
Pour 2016, je vous souhaite d’échouer à bidouiller ma jolie constitution !(Plantu, détourné)

Chronique n° 20

Une fois les voeux affectueux envoyés à ceux qui nous sont chers, il faut savoir enchaîner sur les voeux négatifs. Où sont les vicieux, les fourbes, les pervers, les affreux absolus à qui adresser, en une rafale sèche mais conclusive, nos anti-voeux d’abominable (et fatale) Année 2016 ?

Surtout n’attendez pas, dans ce blog régulièrement suivi par jusqu’à une petite dizaine de lecteurs égarés et infidèles (join the gang !) qu’on vous dresse une liste nominative, détaillée et exhaustive. Il faut laisser leur boulot à la Cour Pénale Internationale, au Chaudron de Belzébuth comme au Tribunal du Père.

Tout d’abord, j’omettrai prudemment de vous désigner les membres de la classe politique qui échappent à ce lot maudit (et pourraient donc recevoir des vœux positifs) : pas assez nombreux; Assignation à résidence probable pour tout glapisseur de vœux se prenant pour Louis Antoine de Saint Just. J’ajoute, sans malice aucune, qu’en fait, tout citoyen a le représentant qu’il mérite. C’est l’effet-miroir.
Alors, en vrac :

– Un petit vœu négatif pour les chefs de katiba libyens, grâce à qui La Syrak-Afgha-tripolitaine sera bientôt réunie en une seule et unique entité sanglante;

– Un vœu de fessée bien administrée pour le Club franchouillard de Raqqa (capitale de Daesh), en lui souhaitant plutôt la sévérité de nos juges que celle de nos bombes;

– Une pensée narquoise pour les « papas-dictateurs » africains, qui bidouillent et rebidouillent leur constitution pour se sur-bidouiller eux-mêmes au pouvoir. Qu’ils songent un peu à l’état pathologique qui les guette, avec l’âge;

– Une pensée allergique contre l’état d’urgence constitutionnalisé en Hexagonie flicaillotte : que l’exception devenue la règle et l’état de droit érigé en pure bienveillance du Prince ne survivent pas à l’Année du Singe ! Par contre, que l’état d’amour perpétuel n’en profite pas pour nous faire sombrer dans l’ennui !

– Une pensée, de même, pour le distingué corps préfectoral s’agitant au chevet des fort louches individus  »migrants », sinistrés des guerres, des catastrophes et de la misère du monde. Que tous ces redoutables envahisseurs ne soient plus empêchés de bosser pour faire croître notre PIB national et payer nos retraites et qu’ils n’oublient pas, quand nous serons à notre tour des réfugiés chez eux, de nous inviter à partager leur couscous.

– Que Schengen ne soit pas enterré prématurément et qu’il ressurgisse de sa tombe en mettant à bas les murs et les barrières en Europe : libre circulation et une tournée pour tous, patron !

– Une pensée assassine (eh, oui!) pour le monstrueux moustique Tigre, vecteur du Chinkungunya, de Zika et de la dengue, qui, venant des tropiques, remonte vers la Loire et le Pays d’Oï. Idem pour la larve éradicatrice de l’olivier, le H5 N1, la préférence nationale, le tabac et ses additifs, le vin aux sulfites, la théorie du complot, l’égoïsme et la paranoïa en général !

– Un vœu de court-circuit pour les 1500 radars supplémentaires, qui seront bientôt semés le long de nos routes, aux endroits où ne nous guette nul autre danger que la machine à sous du fisc (mes vœux mitigés, M. le Percepteur !);

– Un vœu d’échec cuisant pour cette longue file de gens qui me ressemblent (ils ont des noms qui s’écrivent en lettres romaines), et qui font la queue devant la préfecture pour obtenir la déchéance de leur nationalité française. Sont-ce les mêmes qui avaient fait acte de contrition auprès du fisc pour leurs comptes planqués en Suisse ?

Bref, je vous souhaite du fond du cœur de fermement refuser tout vœu négatif et que 2016 ne vous soit pas triste…
Et, avec ça, une carte de Vœu gratuite.

Carte de Vœu, bourg et villages
Carte de Vœu, bourg et villages

… et le sommaire de l’Ourson au fil de l’Ourson …

Attentats de novembre : vains propos de trottoirs et quête de fraternité

2015-11 Attentats-du-13-novembre 2 Attentats


Récit philosophique n° 16

Ce samedi-matin là, très tôt, j’avais rejoint Montmartre et mon carré habituel de  »droit-de-l’hommistes vintage », pour plancher en cœur sur  »Fraternité et problèmes de la liberté d’expression », thème de notre rassemblement francilien. Beau sujet à traiter en humaniste chrétien, avec ses réminiscences du Charlie de janvier mais aussi des caricatures blasphématoires et de tant d’autres quiproquos culturels. Sauf qu’on était le 14 novembre et que j’avais complètement manqué l’actualité sanglante de la nuit, moi qui n’omets quasiment jamais de tremper une bonne dose de media dans mon café noir du réveil.

Dérision insignifiante, préoccupation déplacée, la Fraternité, quand tant d’innocents sont assassinés juste parce qu’ils étaient là, au mauvais lieu au mauvais moment, occupés à capter un peu de douceur, un peu d’amitié ? Un instant, j’ai pensé que ce thème était terriblement décalé, indécent, ce sujet que j’avais promu pour activer les neurones du groupe sur la société française actuelle. Il l’était assurément par contraste avec les urgences du moment : premiers soins, identification des morts et des blessés.

1 – Mais, en se projetant un peu vers demain, je suis maintenant convaincu que retrouver le sens de la Fraternité fait sens, plus que jamais:

– reconstruire et conforter la fraternité d’une nation (incluant tous les étrangers qui vivent parmi nous ou qui nous rejoindrons) n’est pas affaire de sentimentalisme naïf mais un élément décisif de notre réaction, de notre capacité à surmonter l’épreuve, de notre salut à long terme;

– sauvegarder nos libertés, nous garder des inhibitions de pensée, de langage, de vie normale, dans une France sous état d’urgence, où la police, l’appareil sécuritaire (incluant les pôles anti-terroristes de l’institution judiciaire) vont occuper toute la scène publique et agir sans limite d’autorité ni de droit : c’est un impératif sur un période sans doute plus longue encore.

En état de choc, trouvera-t-on quelque chose d’intelligent à dire ? Défi posé à mon présent épanchement. D’un autre côté, la parole libère, décharge la tension interne, met à l’abri de l’introversion destructive. Mais, on ne trouve pas toujours d’emblée le grand souffle et l’inspiration. – M. et Mme Quidam s’exprimeront en non-victimes larmoyantes : il/elle n’était pas là et ils vivent loin de Paris. Ce qu’ils ont vu à la télé leur a fait si mal qu’ils s’apitoient abondamment sur eux-mêmes;

– Nos dirigeants nationaux revêtent l’armure et le bouclier : la France sera  »impitoyable » envers les attaquants,  »œil pour œil, dent pour dent ». L’image de l’Homme d’Etat martial et dur comme le roc ne nuit sans doute pas aux proches échéances électorales. Effets de manche sincères mais sans incidence bien précise;

– Au sein de la  »demie Union sacrée » post-attentats (on prédit des cassures profondes au sein de la classe politique  »républicaine »), les règlements de compte ne vont pas tarder, telle la demande de  »profondes inflexions », qui porte ses effluves de polémique;

– En dehors de la sphère républicaine, l’extrême droite se régale des malheurs des Français : les frontières devraient être fermées, les quartiers de banlieue sont promis à ratissage – ratonnade ? – pour en extirper les armes et l’islamisme (définition ?); les  »migrants » et demandeurs d’asile – forcément des terroristes – prestement expulsés et renvoyés à la mort vers le pays de leurs origines.
Pas follement intelligent, tout ça.

On comprend mieux et on aime plus le  »même pas peur » de nos jeunes parisiens, bravant gentiment l’état d’urgence au lendemain du massacre. Gardons ce que nous pouvons de l’esprit du 11 janvier quand nous étions quatre millions à défiler en criant  »Je suis Charlie! » à travers la France.
Mais l’endurcissement et la vigilance seront notre demain, nettement plus sombre qu’au début de l’année.

2 – Pour nous projeter dans l’avenir, je souhaiterais relayer quelques réflexions de sagesse et de lucidité que je tiens du philosophe – appelons le Guy – qui nous faisait l’amitié d’être parmi nous pour nous éclairer sur l’avenir de la Fraternité et accessoirement de la Liberté d’expression :

– Tout d’abord, il faut renouer avec le  »nous » c’est à dire avec la conscience de notre vivre ensemble et de notre communauté d’avenir. Car depuis assez longtemps, c’est notre espace commun, la notion-même de  »République », qui s’est dégradée, dans notre société. Le  »Je » de  »je suis Charlie! » traduisait par trop notre atomisation actuelle, celle où l’individu solitaire juge personnellement et directement des affaires de l’Humanité, sans se référer à l’intérêt général ou collectif.

– la Fraternité est à la fois complément naturel et catalyseur de la Liberté et de l’Egalité. Tout simplement, parce que ces deux dernières valeurs de la République resteraient virtuelles et théoriques en l’absence de l’élan humain, celui qui mobilise, qui scelle l’unité, crée l’empathie et incite à construire ensemble. Elle seule permet de transcender les conflits culturels et les inégalités;

– la Fraternité relève du vocabulaire civique mais tout autant du langage religieux : assumons cette dualité mais ne restreignons pas la fraternité des croyants à un triste cercle paroissial défensif de coreligionnaire. N’oublions pas que l’islam, le vrai, est, lui aussi, Fraternité et Humanisme. La Révolution Française avait, sans complexe, assumé la dualité du terme, qui préfigurait la laïcité et nous ne pouvons pas faire moins aujourd’hui;

– L’apogée du concept dans notre histoire ne se situe pas en 1789 mais en 1848, avec l’éveil des nationalités. La Fraternité peut être solidifiée par la connaissance de l’Histoire. La notion française de République intègre ce ciment de cohésion. Aujourd’hui, la Fraternité ne décrit plus l’état de la société mais lui ouvre une voie pour sa refondation. Elle garde ses bienfaits, à la croisée du politique, de l’idéalisme, de la morale et des croyances;

– Ferment d’unité, la Fraternité est initialement stimulée par la découverte de la souffrance de l’Autre. Elle se nourrit surtout de la conscience de l’essence unique de chaque personne, de sa non-substituabilité. Sa logique est  »parce que je suis moi, parce que il/elle est lui/elle ».

– La Fraternité appelle une structuration de la société pour accomplir son idéal solidaire. Pour renforcer l’envie d’agir ensemble, il nous faudra réhabiliter et restaurer les corps intermédiaires, les médiateurs, les porte-paroles. La gouvernance doit s’impliquer dans des plans d’ensemble et de long terme (on pense à la politique de la Ville, toujours proclamée, fort peu mise en oeuvre). A l’intérieur d’un système fraternel, la laïcité (celle de la loi 1905) ne constitue pas un but mais un utile mode d’emploi;

– La Fraternité n’est pas immune de dérives. Elle peut même être pervertie. De 1789 à 1793, on l’a conçue  »nationale »,  »citoyenne » puis fondée sur la terreur. Lorsqu’elle appelle à la destruction de ses ennemis, la fraternité dévoyée se fait tyrannie, purge et oppression. Le chauvinisme et même le gouvernement par la torture requièrent l’adhésion massive d’acteurs politiques agissant en  »Fraternité ». Les fascismes privilégient tous une notion fermée et exclusive (ou raciale) de la Fraternité;

– Le  »cosmopolitisme », perçu comme oblitérant tout ce qui est national, local, ancré dans une langue ou dans une culture donnée, ne favorise pas l’émergence d’un sentiment fraternel. Il est dénué d’efficacité sociale. En revanche, le multilatéralisme, pour autant qu’il fait converger des acteurs typés et divers vers des formes d’action communes, constitue un prolongement de la fraternité, à l’international. La communauté internationale se préoccupe alors des plus faibles (cf. les demandeurs d’asile), des victimes, des minorités maltraitées. Ceci implique de passer par un délicat et nécessaire dialogue des cultures. A preuve, l’affaire du port de la burka sur la place publique ou les problèmes d’interprétation de la laïcité  »à la française ».

Amis de partout, maintenons bien haut la flamme de la Fraternité, en ces temps troublés!

notre aimable sommaire au fil de l’Ourson
(also in English, under # 16)