* 20 janvier – Détrumpisons-nous !

Aujourd’hui, on solde les comptes du calamiteux mandat de Donald Trump. Puis Joe Biden et Kamala Harris prêteront serment et seront investis sur un fond de décors qui ressemble à l’état de guerre civile plus qu’à une célébration festive. Le peuple américain ne participera d’ailleurs pas à ce semblant de réjouissances. Il suit l’évènement derrière ses écrans et balance entre un soulagement immédiat et une incertitude lancinante quant à un retour à la normale. Plus encore que d’éventuelles scènes de violence de la part des jusqu’au-boutistes du trumpisme, plus aussi que la présence en force à Washington de 25 000 militaires de la Garde Nationale, les blocs de béton, les barrières, les barbelés, le sentiment de crise imminente tient aux ravages actuels du Covid – lequel tue chaque jour 4000 patients américains – à l’effondrement de l’économie et de l’emploi, à la cassure durable en camps retranchés de la communauté des citoyens. L’ambiance est grave, la convalescence s’annonce longue. En de telles circonstances, la seconde tentative de destitution ‘’post-mandat’’ du sortant, toute fondée qu’elle soit en termes politiques, promet une bataille juridique épique et peut-être de nouveaux affrontements. On ignore encore si le Parti Républicain renouera avec le jeu démocratique ou implosera, sous la pression de ses éléments anti-démocratie, des réseaux du type QAnon et des milices d’extrême droite.

Par contraste, le jugement des autres démocraties sur les quatre années passées tient tout entier en un mot : ‘’calamité’’. La nouvelle administration n’est pas perçue comme étant à même de ‘’réparer le monde’’ avant d’avoir pu réparer son tissu national. On attend l’équipe de Joe Biden sur le rétablissement de l’indispensable proportion de multilatéralisme et de respect du droit international, mais on hésite à parier dessus. D’autant plus que, si le problème se nomme ‘’populisme’’, il existe de la même façon en Europe et que, Covid et crise économique aidant, la dynamique de repli sur soi s’impose désormais à tous. Seulement un tiers des Européens croient encore dans les vertus de l’intégration et juste une proportion de ceux-ci se fient à la protection conférée par le partenariat atlantique. L’époque d’Obama n‘est plus. Les tourments des Etats-Unis devraient nous servir à réévaluer le fonctionnement de nos propres institutions pour réinventer, à terme, l’alliance des démocraties.

* 15 janvier – Echelle des soucis

Parlons peu, parlons bien. Nos choix, nos comportements tiennent largement à la gamme de nos préoccupations. Pas besoin de sondage : la pandémie de Covid l’emporte largement sur tous nos autres soucis. J’ai vécu l’épidémie du Covid 1, à Canton, au Nouvel An de 2003. On ne savait absolument rien sur ce syndrome respiratoire, quel nom lui donner, quel traitement, etc. Il n’empêche que le virus a cessé de circuler – ou plutôt est parti circuler ailleurs, après trois mois, cinq, au maximum si l’on tient compte de sa présence non-détectée. La peur n’avait pas dégradé nos comportements. Il a réapparu, différent, 17 ans plus tard. L’actuel Covid 2 a trouvé un périmètre d’expansion universel et semble être là pour longtemps, pour toujours peut-être. Le Covid 1 coïncidait avec l’offensive post 11 septembre contre Saddam Hussein et l’on se plaçait dans une optique stratégique, selon le jugement qu’on avait sur l’initiative hasardeuse de George Bush Jr. Aujourd’hui, le géopolitique procède principalement du combat contre la pandémie et peu du jugement politique des gens. L’angoisse de la survie s’installe dans la durée. En 2003, nous avons craint le terrorisme sans réellement le subir. Aujourd’hui nous subissons le terrorisme de façon sauvage et répétée, mais nous nous obsédons bien plus du fait que le virus tue chaque jour, aux Etats-Unis, deux fois le nombre des victimes de l’attentat de Manhattan. Le virus – toujours lui – ce  »super-terroriste », a montré toute l’incompétence des autocrates populistes à protéger leurs peuples. Mais naïvement, les braves gens cherchent plus que jamais des dirigeants » providentiels » face à la menace sanitaire pour ne pas avoir à penser par eux-mêmes. C’est le germe du populisme. Autre paradoxe, le principal soin administré par les démocraties paraît être, en toute méfiance des citoyens, de rogner peu à peu les libertés et les institutions dont nous avons le besoin le plus vital pour  »refaire Nation » et construire un avenir collectif qui exige efforts, esprit critique et consensus. Les Etats-Unis, en pleine crise existentielle, découvrent les horreurs de la violence (l’assaut contre le Congrès) et en arrivent à des constats qui ressemblent aux nôtres. Avec nos voisins européens et notre allié américain, restons éveillés à un avenir ou la confiance et la fidélité à nos valeurs nous sortiront de léthargie !

* 9 décembre – Chacun pour soi, les riches d’abord !

Le nationalisme vaccinal tant redouté est à l’œuvre et la solidarité face au virus disparait de l’ordre du jour global. ‘’Je veux que les fabricants de vaccins priorisent leurs livraisons et le fassent à travers le programme Covax’’, insiste le docteur Ghebreyesus, de l’Organisation mondiale de la santé. Celle-ci relève que parmi les 42 pays qui ont lancé des campagnes de vaccination massives, seuls six sont de revenu moyen. L’OMS a pourtant garanti au monde émergent deux milliards de doses de vaccins au titre de son programme Covax. Mais ce programme est sapé par les initiatives des pays riches visant à s’approvisionner directement auprès de fabricants, sur lesquels ils disposent de leviers de contrôle. Les pays-membres de l’UE s’étaient pourtant engagés à ne pas faire transaction derrière le dos de la Commission. Aucun engagement ne tient alors qu’ils se retrouvent sur la sellette face à des opinions publics en proie à la panique. De ce fait, mécaniquement, les prix évoluent à la hausse et l’accès se complique pour les Etats moins puissants. Ils seront réorientés au mieux vers les vaccins russe ou chinois. Des surplus de doses sont commandés ou stockés par certains pays riches, ce, jusqu’à la Commission européenne qui entend s’assurer d’une quote-part supplémentaire de 300 millions de doses à prélever sur le plan de production à venir. L’OMS a beau appeler à l’équité et au partage, à son message ne répond qu’un écho vide…

Les experts peinent à évaluer la capacité réelle de production de l’industrie pharmaceutique mondiale. L’heure est à la conquête de parts de marché sur un secteur de consommation qui s’annonce durablement lucratif. De trop nombreux acteurs différents, dont une myriade de sous-traitants soumis à un partage complexe du travail s’y imbriquent. De plus, la concurrence acharnée pour l’accès aux substances actives et aux adjuvants crée de multiples goulots d’étranglement. Ne devrait-on pas partager les formules vaccinales et les rendre génériques afin d’activer les chaines des laboratoires qui n’ont pas sorti leur propre vaccin mais gardent des ressources et une capacité de production inutilisées ? Epineuse question financière, il est vrai. La recherche d’une formule orale du vaccin, particulièrement adaptée aux pays émergents, est, elle, quasiment abandonnée. Plus grave, les perspectives prometteuses concernant l’élaboration d’un traitement curatif du Covid (travaux de l’Institut Pasteur, notamment) se sont perdues dans l’obsession générale pour le préventif. En fait, les médias semblent ne pas pouvoir maintenir l’attention durable nécessaire sur plus d’un sujet. Enfin, on ignore encore si les vaccins sont interchangeables. Pourtant, déjà, certains pays en font le pari. Certains sérums seront efficaces pour traiter les formes les plus sévères, d’autres pour endiguer la contamination, d’autres encore seront adaptés à une catégorie particulière de patients. Mais, alors que l’apparition de souches variantes crée une panique (médiatique), les précautions tendent à perdre toute pertinence. Dans quelques années ou avant, l’on risque de réaliser que la pandémie est restée récurrente au Nord car elle n’a pas été correctement traitée au Sud. La cause : un égoïsme souverain à courte-vue et un déficit d’autorité de l’OMS. Ils confèrent au marché un pouvoir de régulation faussé, inéquitable, inégal.

* 2 janvier – Microcosme et macrocosme

Mon épouse souhaite à chacun une année ‘’piquante’’. Sa formule évoque la seringue et son vaccin salvateur et non pas les charmes et les surprises épicés promis par l’année du Buffle. Pas loin de chez nous, 2500 jouisseurs irresponsables ont enchaîné deux jours de rave party, sinistre promesse de cluster qui pourrait dévaster des innocents. Beaucoup de commentateurs jouent pourtant la complaisance : ‘’il faut bien s’amuser un peu, non’’? Une majorité exprime son refus ou au moins sa réticence à l’égard du vaccin. Mettre à l’abri une nation entière n’est absolument pas son affaire. Comment va-t-on affronter l’année difficile qui nous attend, si on ne parvient pas à se départir de cette complaisance culturelle à l’égard des colères infantiles et de toute transgression ? L’intérêt général est moins valorisant que les frasques individuelles, un constat qui date des temps les plus anciens, que l’obsession identitaire a encore aggravé.

L’identitarisme individuel, synonyme de déshumanisation, conduit inexorablement à l’affrontement. Qui a d’ailleurs parlé de paix à l’occasion des vœux ? Sans doute, le vaccin constituera le premier maillon d’une chaîne par laquelle la santé servira la paix (civile et mondiale) et celle-ci permettra ensuite de reconstruire la justice (civile comme universelle). Dans cette passe très difficile, la défiance exacerbée à l’égard de l’autorité, des institutions et du savoir (comme de la compétence) des experts crée, au sein des centres de décision – censés guider les citoyens renâclants – une ‘’peur du peuple’’. Le soupçon devenant une culture, de part et d’autre, la technocratie tourne en boucle sur elle-même, produit des schémas tortueux et dénués de bon sens, prompte qu’elle est à s’abriter derrière  les responsabilités d’une classe politique, qui, de son côté, peste surtout contre des temps et des électeurs ingrats. Une autre façon de laisser venir la guerre. Pour prouver que l’on ‘’contrôle’’, l’on multiplie les lois et les règlements liberticides. Ceux-ci survivront longtemps à la pandémie, de même que les profondes divisions qu’ils créent entre les gens, un autre facteur de stress et de tension. Sur ce fond de toile, les pauvres, les isolés, les exilés, les SDF, les affamés du Sud, les civils bombardés ou tués à la machette ne peuvent plus exister ou plutôt, ils ont été chassés de l’esprit des nantis. Tout peut être réparé, il suffirait de susciter les bonnes volontés et de les mettre à l’ouvrage. Clairement, il faut faire du consensus et de la confiance, fabriquer du neuf, ne pas perdre de vue le lien indéfectible Paix – Stabilité – Cohésion – Justice, retrouver la passion du long terme et des paris collectifs intelligents.

 »Mais enfin, l’Ours,tout cela paraît fort partisan et pas du tout géopolitique ! » Pas si sûr : dans les comportements, leurs dérives, les aspirations profondes à l’échelle globale, on retrouvera l’essentiel  des tourments et des états d’âme qui nous pèsent ici où nous sommes. Le ‘’monde extérieur’’ ressemble fort à notre monde intérieur et il n’est pas plus dur d’y accéder si on est éveillé.

* 29 octobre – reconfinons-nous !

Face à la dureté des temps, le repli sur l’humain s’impose. Certes, l’analyse politique fait appel aux données sanitaires, telles la pandémie de Covid. Mais la seconde vague, dont nos autorités prédisent qu’elle sera ‘’dure et plus meurtrière que la première’’, nous ramène à nos fragilités et incertitudes familiales et personnelles.

Les Européens sont au seuil d’une épreuve sans précédent pour les générations actuelles, peut-être comparable à la grippe espagnole de 1918-19, avec au-dessus de leurs têtes, le spectre de plusieurs centaines de milliers de morts supplémentaires. Heureusement, les ressources bien plus considérables dont on dispose pour l’affronter permettront d’éviter l’hécatombe humaine. Mais pas la détresse, l’appauvrissement, le ‘’chacun pour soi’’. Ursula van der Leyen prône courageusement une mutualisation, par les 27, des régimes de circulation et de gestion des frontières, de dépistage, de production des tests et des futurs vaccins. Même si la Commission ne s’est pas vu confier de compétences en la matière, le Parlement et le Conseil européens seraient bien inspirés de la soutenir.

Au-delà de l’urgence sanitaire, le politique s’efface. Le désastre que va constituer la rupture ‘’sèche’’ du Royaume Uni d’avec son voisinage européen se diluera dans le Covid. B. Johnson, le capitaine ivre, pourra imputer à la tempête océane- et non à son irresponsabilité politique – la cause du naufrage de son navire. Son comparse, D. Trump, ne pourra sans doute pas le sauver si, par malheur, il était réélu. Gestionnaire des Etats Unis en commerçant mafieux, il continuera à ‘’rouler pour lui-même’’ et n’aura d’empathie pour personne. La crise sociale finira de toute façon par l’abattre. J. Biden, d’origine irlandaise, digère mal l’abandon par Johnson du dispositif de paix et de libre échange liant l’île de ces ancêtres à l’Ulster britannique… et sans doute aussi la complicité Boris-Donald contre lui. Le 3 novembre sera un épisode Covid parmi d’autres et moins un moment fort de la démocratie. D’ailleurs, tout est préparé pour que celle-ci tombe malade de contentieux en cascade.

Au-delà de l’Occident, les autocrates du monde continueront à être jugés sur leur inaptitude à gérer la pandémie et les peuples revendiquant leurs droits – ils sont nombreux de la Biélorussie au monde arabo-musulman – à être étouffés, réprimés, abandonnés. La première vague en avait déjà apporté de tristes illustrations. N‘y pensons plus et reconfinons-nous !

* 26 octobre -Conflit cultuel

L’hommage national rendu à l’enseignant assassiné à Conflans rassemble, derrière la voix de leur président, une immense majorité des Français qui adhèrent aux valeurs de la République. Dans le monde musulman, qui compte la même proportion de braves gens qu’ailleurs, certains leaders d’opinion ont cédé à la tentation d’en faire une offense à l’égard des musulmans. E. Macron se voit stigmatisé par eux comme ‘’raciste’’ (quel rapport ?) et ses propos distinguant, comme il se doit, l’‘’islamisme politique’’ de l’Islam en général sont perçus comme une attaque déguisée contre l’Oumma. Le quiproquo n‘est pas nouveau. Il remonte au malaise social et existentiel des sociétés arabo-musulmanes dans ces dernières décennies autant qu’aux racines de  »l’incompréhensible » laïcité française. Sans être un fin linguiste, on imagine que la traduction arabe de  »musulman » et  »islamiste » aboutit à une synonymie parfaite, dans les esprits.

Les politiques antimusulmanes de l’administration Trump (le ‘’Muslim ban’’, l’anglo-américain ne faisant pas dans la nuance sémantique) et la montée du ressentiment des Européens, au fil des agressions jihadistes, créent un contexte délétère. Les médias du Moyen-Orient, intellectuellement éloignés des lumières et obsédés par ‘’l’islamophobie’’ (définition ?), ajoutent leur touche de désinformation et de haine vendeuse. Il sont donc peu à avoir perçu et respecté le deuil moral des Français. Qu’importe ! Selon qu’on remonte à l’expansion mahométane du 7ème siècle, aux croisades médiévales  – deux épisodes d’une violence comparable – à la seconde guerre d’Iraq ou aux attentats de 2015, les perspectives se confrontent. L’origine des contradictions est polémique et la machine à slogans primaires, inhérente aux totalitarismes, envahit et brouille les esprits.

Dans le Golfe, par ailleurs très friand des armes françaises, les petits cousins des émirs défilent en brandissant l’image d’un président français transpercé de balles. Wahabites ou Frères musulmans, ils ont décrété le boycott des produits français, au nom d’on ne sait trop quel rapport entre ‘la vache qui rit’’ et les caricatures du Prophète (ladite vache dessinée par Benjamin Rabier constituant elle-même une caricature de bovidé, il est vrai). Renchérissant sur l’analyse nombriliste d’Al Azhar, l’Organisation de la Conférence islamique – qui incarne, dans cette région, la synthèse des autocraties populistes – met en garde la France : risque de graves conséquences dans la relation franco-islamique ! Quid du sens de ce curieux attelage entre un pays juridique et une pratique religieuse insaisissable, qui se montre aux Français profondément divisée et très diversement interprétée jusqu’au sein-même des familles ? Comment l’OCI caractérise t’elle les musulmans de France – français ou islamiques ? – lorsqu’elle s’évertue à rendre les deux termes antinomiques. Cette antinomie proclamée – formellement en vertu du  »respect dû à chaque religion » – n’est-elle pas, en réalité, rien d’autre que de l’huile intentionnellement versée sur les braises ? Sous cet angle, le jihad anti-français cacherait une course à l’assujetissement communautaire des citoyens français musulmans à des pouvoirs autocratiques étrangers… la création de toutes pièces d’une Cinquième colonne…

Cette stratégie de communautarisation des Européens musulmans est, pour une part, téléguidée par des Etats maghrébins voisins et conservateurs, plutôt en bons termes avec Paris. Mais aussi, par des démocratures orientales qui baignent dans la haine de l’Occident. Les propos outrageants tenus par le sultan Erdogan à l’encontre du Chef d’Etat français, à la suite, toujours, de l’hommage rendu à Samuel Paty, donnent à voir une forme très crue et politiquement signée de ce travail de sape depuis l’intérieur. Le despote, ami des frères musulmans et de Daech, est déjà engagé dans cinq guerres pour rétablir  »la grandeur ottomane ». Il veut beaucoup de mal à la France, depuis qu’il a raté l’option d’une intégration à l’Europe. Un clash armé serait assez de son goût pour rallier les croyants à lui. Il n’est pas exclu que ses tentatives d’allumer chez nous des foyers de guerre civile, comme il en suscite chez lui, exprime – de façon consciente ou non – sa volonté mégalomane de gloire dans la vengeance.

* 20 octobre – Guerre mondiale des mots

Brèves des jours précédents

Au lieu de poursuivre les entreprises propriétaires des réseaux sociaux pour complicité de crime dans l’affaire de l’enseignant sauvagement décapité (cf. brève d’hier) – leur négligence protégeant leur chiffre d’affaires rondelet –, les têtes pensantes de la France comme de l’Islam ménagent leur public et flattent leur électorat. En France, des mosquées et des associations musulmanes sont fermées, comme pour bien marquer la nécessité de leur repentance publique. De même, dans le cas des collégiens dont certains, contaminés par les réseaux, ont ‘’vendu’’ leur enseignant au tueur, ce sont les bas instincts et la naïveté que les autorités cherchent sanctionner. Un travail de police, simple et carré, donc. Va-t-on recenser l’ignorance et la médiocrité du monde, en scannant la planète entière ? N’y aurait-il pas surtout une forme de sectarisme à vouloir traquer les imbéciles qui, par définition, se manifestent partout, de façon universelle et dans bien d’autres sphères que celle de l’islam politique ? N’y a-t-il pas, surtout, une grave incohérence à faire des enfants perdus de la République, paumés parmi les paumés, stagnant dans des quartiers à l’abandon, de fiers ‘’séparatistes’’, disposant de leur propre territoire ‘’libéré’’, de leur drapeau,  de leur gouvernement ? Le projet de loi bizarre contre les séparatismes sera présenté au Parlement le 9 décembre prochain.

En tout cas, la légèreté de propos, bien française, produit déjà de fâcheux résultats. Malgré les propos rassénérants et très responsables de leurs dirigeants français, le ‘’croyant de base’’ comme le ‘’républicain laïc de base’’ sont plus que jamais persuadés de vivre dans la confrontation : deux peuples, deux lois, pour un seul territoire. C’est comme si les élections ne se remportaient qu’en détruisant systématiquement la cohésion du Pays (notre Fraternité nationale, tant galvaudée !).

L’absurdité d’un tel message de polarisation déchaine, en retour, dans le monde musulman, des réactions plus absurdes et plus dangereuses encore. Ainsi, le recteur de l’université islamique Al-Azhar du Caire qui, faute de connaître la France et d’avoir réfléchi à un meilleur usage de sa vaste influence, qualifie le discours du président de ‘’fausses accusations visant l’islam’’ et, carrément, de «racisme». Le projet présidentiel serait, selon lui, de nature à enflammer les sentiments de deux milliards de musulmans dans le monde. Vrai ou faux, le propos résonne comme un appel à peine déguisé à la vengeance. C’est la solution du pire face à l’inflammation dénoncée. A chacun son électorat, certes, donc à chacun son petit succès dans la guerre civile mondiale ! Celle-ci, qui est à venir, justifiera, un nouveau renfort des pouvoirs (étendus) de la police et des coupes claires dans les budgets sociaux et éducatifs, ce qui découlera d’une vulgate technocratique bien de chez nous.

*10 octobre – Même si l’issue en est heureuse, il est délicat de commenter une affaire d’otage

Brèves des jours précédents

Sophie Pétronin, la dernière otage française dans le monde, a recouvré la liberté au Mali, au terme de quatre années de détention aux mains de groupes jihadistes plus ou moins affiliés à Al Qaïda. Elle a été accueillie sur le tarmac de Villacoublay par sa famille et par le président Macron, une scène riche en émotions et qui suscite empathie et admiration pour son incroyable résilience physique et mentale. Âgée de 75 ans, Mme Pétronin, dirigeait une petite ONG franco-suisse d’aide aux enfants souffrant de malnutrition. C’est bien pour son activisme humanitaire et ses liens d’amitié avec la population qu’elle a été enlevée le 24 décembre 2016 à Gao, dans le nord du Mali.

Le Groupe de soutien à l’Islam et aux Musulmans, sous la bannière duquel différents ‘’revendeurs d’otages’’ ont opéré est précisément l’un des principaux à affronter les militaires de l’opération Barkhane, dans la même région. Deux cents combattants jihadistes – dont l’identité n’a pas été divulguée – ont été libérés en échange, par la junte malienne. Celle-ci aurait de plus concédé une rançon conséquente (10 mns € ?). Ils vont donc reprendre les armes et en acquérir de nouvelles pour la ‘’chasse aux Français’’, ce qui a de quoi donner le blues à la cellule diplomatique de l’Elysée et à l’Etat-major. Nouveaux combats, nouveaux otages en perspective, possible nouveau lâchage par les autorités maliennes de ce qui devrait être un partenariat solide avec la France, pour la défense et l’unité du Pays. Mais la solidité n’est pas là. Bamako obtient le retour de M. Cissé, ancien candidat d’opposition à la présidentielle et l’un des ténors de la vie politique malienne. Rome, dont les services semblent avoir eu un meilleur accès aux négociations que la DGSE française, rend à la liberté un prêtre et un ‘’jeune homme’’ ( ?) italiens, petite vexation au passage pour la caserne Mortier.

Vu sous cet angle, on comprend mieux le peu de jubilation du gouvernement français et peut-être – ce n’est qu’une hypothèse -sa réticence à trop s’impliquer au cours de ces dernières années dans un casse-tête où l’objectif à court terme (la libération de l’otage) pouvait ruiner l’objectif de plus long terme (sortir par le haut du guêpier sahélien). La schizophrénie s’insère souvent dans le travail de conduite de crise. Entre deux écueils, on hésite à l’infini entre le ‘’moins pire’’ et le ‘’plus proche’’. C’est un peu la conscience qui parle; un peu le hasard qui oriente; beaucoup, la politique qui tranche. Mais qui pourrait prétendre honnêtement détenir LA formule absolue ?

Biodiversité : rien à carrer des pandas !

Fanny Agostini (merci, Fanny !)
L’Ours a  »liké » à donf !

C’est une opportunité qui ne se présente pas deux fois : il m’est donné la chance de visiter la zoothèque secrète du Muséum d’Histoire Naturelle de Paris. Dans les soubassements du musée, à l’abri des regards, j’arpente les allées d’un coffre fort méconnu du grand public.

La collection parisienne renferme des milliers de spécimens naturalisés dont certains sont des holotypes (spécimens ayant permis de décrire l’espèce) datant du dix-septième siècle. Entre les panthères d’Anatolie, les tamanoirs d’Amérique du Sud et les paradisiers de Nouvelle-Guinée, je me prends pour une darwinette du 21ème siècle à la rencontre d’un patrimoine naturel aussitôt découvert aussitôt perdu.

Oui, parce que nous sommes actuellement en crise… une de plus me direz-vous ! Non, non celle-ci c’est bien l’ultime, la crise du vivant ou la sixième extinction de masse – comme vous préférez. Celle qui par notre négligence risque de nous emporter avec elle tel un fossoyeur fossoyé. Tous les animaux que je vois immobiles, immortalisés par l’habileté des taxidermistes, ne sont en fait pas immortels du tout. .. Pour beaucoup d’entre eux, c’est déjà trop tard, ils ont été rayés de la surface de la terre.
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Ma déclaration universelle des droits de l’Homme (« je vous aime, je vous aime, moi non plus ! »)

René Cassin et Eleanore Roosevelt, lors de l’adoption

La façon dont n’a pas été célébré, ce 10 décembre, le 70 ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme confirme, après des déferlement de violence, que ce socle des libertés fondamentales de l’Humanité, au mieux, n’intéresse plus. Au pire, il est devenu la marque d’un monde disparu. Foin d’utopie universelle (deux mots suspects)! Oublions la fraternité des peuples, chacun doit rester coincé sur son bout d’asphalte, dans sa rage victimaire, et imposer sa loi, jusqu’à tout sacrifier : ne pas dialoguer, ne rien lâcher, surtout !

J’exagère un brin. Dans certaines de nos villes, des gens plus humains, vêtus de jaune, ont rallié les marches pour le climat et ont « verdi », non sans discernement, leurs préoccupations initiales dans celles de l’Humanité. Lire la suite

Les gilets jaunes, archétype des confrontations mondiales ?

Réincarnation des sans-culottes ?
The Gilets jaunes, (yellow vests) are anti-globalisation and furious

Je suis loin d’approuver BHL sur tout, mais je dois dire que son récent discours devant le CRIF, concernant le phénomène des « gilets jaunes », est assez convainquant. Ce type de révolte « à la base » est un classique de l’histoire de France : les pantalons rayés des sans-culotte de juillet 1789 préfiguraient bien nos gilets fluo d’aujourd’hui. Justement insatisfaits de l’état du Royaume, ils tendent, comme on dit, à « péter les plombs » et s’en prennent à tout ce qui paraît injuste, dans leur représentation enfantine de la chose publique. Cela justifie à leurs yeux un vrai passage à l’acte. « Libératrice », la violence leur ferme aussi tout horizon. Elle les confronte à des tyrannies un peu fantasmées et, dans leur spontanéité, ils font erreur sur leurs cibles : déjà, ce pauvre gouverneur Delaunay et la quinzaine de fils à papa enfermés à la Bastille en 1789, n’étaient pas vraiment le cœur arrogant de l’ancien régime. On a fait comme si. Même méprise chez les « boulangistes » en 1879, chez les « ligueurs » en 1934, chez les « bonnets rouges », il y a peu.

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