* 8 septembre – Dérèglement climatique, des problèmes multiples et imbriqués

Va-t-on tenir la COP26 de Glasgow en novembre, alors que la planète est dans les tourments du Covid, surtout le Sud ? On a vu les fortes hypothèques que le virus a fait peser sur les jeux olympiques et para-olympiques au Japon et on est en droit de se demander s’il ne faudrait pas mettre l’ensemble du système multilatéral sur zoom ou autre mode de visioconférence. Au beau milieu d’images d’inondations et d’incendies géants, les experts de l’ONU ont actualisé le 9 août leurs perspectives climatiques, très sombres. Sept ans après leur dernier rapport et au cœur des vacances d’été, le GIEC se fait plus alarmant et précis que jamais sur l’état du dérèglement climatique et ses causes. Le processus de réchauffement court plus vite (d’au moins une décennie) qu’on l’avait calculé ; Les progrès des politiques de prévention ont été contrés par la relance économique ; Il faut s’attendre avant la fin du siècle à 3, 5 ° de plus qu’au début du 20e (déjà 1,4° avéré) et, à ce rythme, une bonne partie de la planète ne sera plus viable pour l’Homme. Arrêtez le ban : sueur d’angoisse !

Il serait suicidaire de négliger ce rapport. Cela crève les yeux, l’urgence climatique doit mobiliser de façon prioritaire l’énergie et les ressources des gouvernements comme des populations du monde. Surtout, cela doit se faire partout à travers le Globe, vraiment partout ! La résorption de la pandémie constitue une sorte de test-amont de nos capacités d’acteurs à nous organiser collectivement, autour d’une quête de salut collectif. Elle exige un changement radical de nos comportements à court-moyen terme (et au-delà ?). La prévention et l’adaptation aux catastrophes climatiques, fonctionne de la même façon que le combat contre le virus COVID, mais du court au plus long terme. Il serait absurde n’en voir qu’une des deux.

Mais il y a aussi un vrai danger de ‘’fausse route’’, à perdre, dans une sorte de simplification affolée, toute notion des problématiques connexes qui constituent des obstacles préalables : la perte de la Paix et de la stabilité (les guerres font barrage à toute action régulatrice), les populismes, chauvinismes et démocratures (incluant la xénophobie et aussi une partie des réseaux sociaux qui visent à nous rendre, en grand nombre, aveugles aux réalités) ; la préférence des marchés pour l’hyper-consumérisme et le ‘’toujours plus’’ ; les tensions induites par l’exacerbation des inégalités sociales (elles sont des germes de conflit), l’échec des politiques de développement (même cause et mêmes effets), l’illettrisme et les faiblesses des systèmes éducatifs (sans citoyens formés, aucune mobilisation effective). Mieux qu’un plan, il faudrait un monde bien préparé et ouvert pour combattre efficacement les plus grosses calamités : si l’on réglait 80 % de ces questions  »connexes », il deviendrait possible d’avancer sur le terrain du climat comme sur celui de l’immunité planétaire. A 20% de succès seulement, la cause serait perdue et notre attention se disperserait vite vers toutes sortes de fantasmes, de peurs et de haines… jusqu’à ce que 80% d’entre nous tombent finalement dans une forme de psychose (elle progresse déjà) ou de guerre.

Un deuxième volet du rapport du GIEC, concernant cette fois les impacts du dérèglement et l’adaptation, est prévu pour février 2022. Il montrera plus en détail comment la vie sur Terre risque d’être inéluctablement transformée d’ici trente ans. Il faut garder le moral, c’est la seule façon d’être efficace. Charles Trenet chantait ‘’y’a d’la joie !’’

* 1er septembre 2021 – Fallait-il vraiment rentrer de vacances ?

Son blog sous la patte, l’Ours rentre d’estivage… en faisant la gueule. Quitter le miel sauvage et les vols de papillons pour retrouver le monde en si lamentable état, cela valait il le coup ? On ne parviendra qu’à épouvanter les lecteurs en leur récapitulant les récents chaos de l’actualité mondiale. C’est un vrai problème quand on voudrait les motiver à s’immerger dans l’international comme on l’est dans les affaires du pays ou dans les histoires du café du coin. Tout est sociétal sous le ciel et rien ne devrait échapper au discernement du villageois-citoyen.

D’instinct, on sélectionnera trois fronts majeurs dans le maelström de tracas qui perturbent Gaïa, notre Terre : la (ou les) pandémie(s) ; l’accélération du chaos climatique et la géopolitique ‘’guerre ou paix’’ en pleine désagrégation. On aura aussi recensé une vingtaine d’autres problèmes très embêtants, mais, que voulez-vous, il nous faut faire un tri, sinon les brèves seront plus fournies que la bible (sans allusion aux dix plaies de l’Egypte). Les relations inter-sociétales représentant le fonds de commerce de ce blog, on va s’y consacrer et voir dans les prochains jours, par exemple, à quoi pourrait ressembler un monde où l’Occident, chassé d’Afghanistan et frustré dans ses illusions de puissance et de sa capacité à gérer la donne globale se voit supplanté par des potentats régionaux.

Le désordre mondial et la montée des confrontations – une question primordiale en soi – constituent aussi l’amont des luttes planétaires contre le virus de la Covid et contre le dérèglement climatique. En gros, on n‘arrivera pas à stopper, avant le gouffre, la mécanique des effondrements en chaîne (partiellement surmontés) si on ne commence pas par rétablir la paix dans une trentaine de conflits et dans cette nouvelle guerre froide qui menace la stabilité du monde. On pourrait ajouter que sans un minimum d’entente entre les peuples et leurs gouvernants (oserait-on encore parler de ‘’démocratie’’ ?), sans un minimum de vivre-ensemble entre groupes humains majoritaires et les minorités (peut-on reconstruire des nations plurielles ?), sans un minimum de référence librement consentie au droit et à la justice (combien d’états de droit sur la planète ?), sans un minimum d’équité entre les groupes sociaux (comment ignorer cette source première des tensions ?),… et bien, on ne s’attèlera même pas à la question de la paix, très mal au combat contre la pandémie et pas du tout à prévenir la catastrophe climatique qui se profile, de plus en plus visible et de plus en plus proche. Il faudra donc raisonner en enchainements vertueux successifs et interdépendants et ne pas s’obséder d’une grande cause, unique et solitaire. C’est le chemin inverse de celui exploré par certains (pas tous) ‘’collapsologues’’ qui voudraient prouver, par raisonnement simplet, que tout est déjà foutu, même l’Homme.

La foi dans le potentiel d’humanité de l’Homme et dans son désir d’ouverture aux autres, une fois libéré de ses peurs fantasmatiques, finira par déplacer (en douceur) des montagnes. Ces montagnes comprennent, notamment, de nouveaux modes de socialisation à la base et l’élargissement de nos sphères citoyennes, du hameau jusqu’au système multilatéral. Finalement, en vacances, on cogite un peu.

* 30 juillet – Dépassement dangereux (sans visibilité)

Hier  marquait le « jour du dépassement ». Boum ! Nous revoilà vivant à crédit de la planète, qui elle-même a les poches vides et tire une bouille de malade. A partir d’aujourd’hui toute ressource naturelle biologiques ou minérale que l’on arrache à Gaia menace son futur – et le nôtre – car elle ne pourra pas la régénérer dans l’année suivante. Elle va donc s’étioler, maigrir, tousser, se rabougrir, peut être déposer son bilan. Il faudrait 1,7 Terre pour subvenir aux besoins de la population mondiale de façon durable : 70% de dette irremboursable sur la nature. Après avoir exceptionnellement reculé en 2020 à cause ou grâce à l’effondrement économique provoqué par la pandémie de coronavirus, notre hyperconsommation insensée rejoint les sommets de 2019 et reprend son cours insensé. En 1970, on ne s’en inquiétait pas : le jour fatidique tombait le 29 décembre. Puis ce fut le 4 novembre, en 1980 ; le 11 octobre, en 1990 ; le 23 septembre en 2000 ; le 7 août, en 2010. Bientôt la faillite dès janvier ?

Deux principaux facteurs  jouent dans cette marche vers l’abîme : l’augmentation de 6,6 % de notre empreinte carbone par rapport à 2020 et la diminution de 0,5 % de la biocapacité forestière mondiale. Pour WWF, cette baisse de nos défenses écologiques doit beaucoup à la déforestation galopante de l’Amazonie, dont Jaïr Bolsonaro se montre si fier. Elle tient largement aussi à nos niveaux irresponsables de consommation de produits neufs, là où la durabilité de nos achats ou l’autoconsommation nous apporterait un confort équivalent, sans gâcher les ressources terrestres. La principale certitude est dans notre incapacité à bien gérer les écosystèmes (séquestration du CO2, régénérescence des forêts et des bosquets, recyclage des déchets, rétablissement des modes naturels de culture sans intrants chimiques, arrêt de la bétonisation des sols, urbanisme  plus respectueux de la nature, etc.). Tout cela est formidablement simple à expliquer et atrocement difficile à mettre en œuvre.  Beaucoup d’experts pensent qu’on n’y arrivera jamais, du fait du facteur politique et humain. Surtout au niveau global, où elle prend tout son sens, l’écologie bute sur les nationalismes égoïstes, sur les idéologies agressives, sur l’apathie des masses, sur le soupçon (avéré) que comme toute activité politique, celle-ci est pipée par des dirigeants sans scrupules ou sans inspiration et que certains citoyens vont devoir y sacrifier plus que d’autres. Alors, là, plutôt la mort par la sécheresse (ou les inondations) que de céder à autrui un soupçon de ses acquis sacrés ! L’inégalité des contraintes entre les groupes sociaux se retrouve au niveau des pays (je ne parle pas des Etats) : certains sont déjà dans la pire des panades, d’autres hésitent encore à ouvrir les yeux. Les intersocialités du monde n’ont pas même été capables de produire un texte de convention sur les millions de réfugiés climatiques (bientôt des centaines de millions) en quête d’un refuge où la vie soit possible.

Essayons de conclure simplement quant à la nécessité de progresser sur trois axes : d’abord sur le plan local, où il nous faut adopter un meilleur respect de la nature et une plus grande sobriété des comportements consommateurs. Puis l’international, où il est essentiel de revenir au multilatéralisme, à la coopération, à la coordination des politiques, à la paix (plus de quarante conflits ouverts actuellement) dont la paix civile et l’état de droit international : pas de progrès en vue à moins de ‘’poussées’’ populaires dans ces différents domaines, trop souvent considérés comme l’apanage des gouvernements. Enfin, bien sûr, s’interroger sur les responsabilités systémiques des agents économiques, à commencer par les stratégies prédatrices des très grandes entreprises, appuyées par la finance, par le marketing (abrutissant), le formatage de l’humanité et de la nature  au moyen des réseaux et des outils numériques. Les gouvernements possèdent une capacité de régulation qui est nécessaire pour guérir la planète de façon rationnelle. Leur capacité à exprimer l’intérêt général perçu et validé par leurs citoyens, est tout aussi essentielle. Tout est relationnel, rien n’est idéologique : à méditer, en août, sur la plage !

* 2 juillet – Couper le courant, cesser les barbituriques

Il n’y a pas à philosopher sur ce point : l’action s’imposait : l’administration Biden vient d’imposer un moratoire sur les exécutions fédérales, le temps de réexaminer les politiques et procédures en matière de peine capitale. Elle s’inquiète de l’aspect « arbitraire » de cette forme de punition barbare, assimilable à la torture et aussi de son « impact disproportionné sur les personnes de couleur ». Elle se soucie également des exonérations dont bénéficient les condamnés qui en seraient passibles mais se voient protégés par leur argent et leurs  »super-avocats ». Elle aurait pu aussi bien mettre en avant l’ inefficacité prouvée de la peine capitale en matière de dissuasion pénale et la fréquence choquante des erreurs judiciaires irréparables qui l’accompagnent. Espérons qu’après ce moratoire intervienne une abolition en bonne et due forme, en conformité avec le protocole additif à la convention des Nations Unies sur les droits politiques et civils.

Donald Trump avait rétabli cette pratique abjecte mais assez populaire et même populiste, à laquelle la justice fédérale n’avait plus eu recours durant sept décennies. Ce niveau de juridiction n’intervient, en règle générale, que dans les affaires de trafic de drogue, de terrorisme ou d’espionnage. Trump avait fait procéder en peu de temps à une série de 13 exécutions au sein du pénitencier fédéral de l’Indiana. Tuer sans provoquer un temps interminable de souffrance et d’agonie n’est même plus à la portée du bourreau et les hésitations entre l’électricité et les barbituriques ont multiplié les exemples d’horreur dans les états non-abolitionnistes. Pour ne pas rabaisser la juridiction d’Etat à la Loi du Talion, il fallait couper court sans délai. Malheureusement, aux Etats Unis, la justice de droit local reste prédominante en nombre de cas judiciaires traités et rétrograde dans la moitié des Etats fédérés : elle assassine, à l’occasion, parce que simplement cela plait bien à l’électorat et donc aux élus.


Encore merci à Papy Joe de rétablir de la décence, du moins au niveau fédéral. Le recul de la peine de mort est bien engagé dans le reste de son pays. L’espoir est là que les Etats Unis parviennent à effacer un jour une facette rebutante de leur identité intérieure comme internationale.

* 7 juin -Pyrrhus et la Big money

Croiriez-vous que les plus puissantes entreprises du globe se convertissent à l’impôt, sous l’effet de la grâce divine ? Je veux dire payer leur dû à la société, là où leurs profits sont réalisés et non là où on les attire en les exonérant. Et bien, vos journaux, eux, y croient ! Ils jubilent en décrivant les ministres des finances du G7, réunis à Londres, se mettre d’accord sur un taux d’imposition minimal pour les multinationales. Ce seuil  »doux » sur les sociétés serait de 15 %’’. Rien d’inquiétant pour Oncle Picsou : c’est la norme d’un paradis fiscal. On comprend que Wall Street et le CAC 40 ne sombrent pas dans une hystérie soudaine. Nos directeurs de conscience célèbrent pourtant un pas accompli dans le sens de la réforme ambitieuse de la fiscalité internationale engagée au sein de l’OCDE et qui stagnait depuis des lustres. La norme fiscale de 15%, tout en mansuétude, vise, en particulier, les grandes entreprises du numérique, souvent américaines, sans qu’il soit besoin de leur tordre le bras (mais qui en aurait la capacité ?). Celles-ci vont assurément rompre avec les pays où la fiscalité est de pur dumping. Converties en rédemption, vont-elles soumettre leurs monstrueux profits à l’impôt sévère ? Vont-elles remercier les gouvernements de leur conférer un rôle citoyen, au service de la communauté ? Le masochisme mène-t-il à la sainteté ?

Nos médias ne perdent pas de temps à y penser : c’est une belle ‘’avancée décisive’’, à l’horizon de la réunion du G20 en juillet, à Venise, où un accord ‘’plus concret’’ (on est donc dans l’abstraction) sera produit. Les ministres des Finances trouveront aussi une clé de répartition du magot entre eux. Une mafia ? Non. Alléluia ! Leurs milliards vont tomber sur nos têtes ! Ceci dit à leur décharge, on n‘est plus sous l’ère Trump. On prend donc du plaisir à entendre la secrétaire américaine au Trésor, Janet Yellen, annoncer la fin de la course vers le bas de la fiscalité des entreprises. On va ‘’ apporter de la justice pour la classe moyenne et les travailleurs, aux Etats-Unis et à travers le monde’’. Formidable ! Evaporée la belle arrogance dominatrice du big business américain et son total mépris de l’Etat (‘’big government’’) et de tout ce qui le compose ? Il y aurait eu miracle, dû au départ chaotique de l’homme aux cheveux orange, le héros de la Bourse américaine ? La question peut également se poser en Europe. Supputons plutôt des grandes manœuvres de résistance dans les prochains mois, derrière une façade de fausse complaisance envers la régulation mondiale. Facebook assure, ainsi, avec sa bonne dose d’hypocrisie usuelle, ‘’vouloir que la réforme fiscale internationale réussisse, même si cela pourrait signifier que Facebook paye (un peu) plus d’impôts et dans différents endroits’’ Hommage soit rendu à la sincérité vertueuse de M. Zuckerberg !


En France, le ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, se persuade qu’on est sur la bonne voie. Londres aurait été ‘’une étape historique dans le combat contre l’évasion et l’optimisation fiscale’’. Ah, tiens : l’optimisation, aussi ? C’est un point intéressant à relever, mais il est loin de correspondre à l’attente universelle de ses pairs de l’OCDE. La version française du consensus de Londres serait celle d’un ‘’tremplin de combat pour que le taux d’imposition minimal soit réhaussé autant que possible’’. Voilà qui est loin d’un compte rendu de victoire, c’est à peine un vœu pieux. Attac le confirme : ‘’le bénéfice attendu de cette mesure sera marginal. Un taux à 25 % aurait constitué une avancée réelle’’. Sur un tel objectif, il ‘y a aucun accord en vue. Alors, le sommet de Venise accouchera-t-il enfin d’une mauvaise nouvelle pour les paradis fiscaux ? GAFA, vas-tu capituler ? Zuckerberg, vas-tu rendre les sous que tu nous voles ? Arrêtons- là : vous avez perçu mes doutes.

* 1er juin – Floraison des Libertés

Les libertés, petites ou grandes, sont toutes également chéries. Comme les Sabine d’Alphonse Allais, les Miss Liberté fleurissent au printemps, sous la forme de statues. Merci Bartholdi, Viollet-le-Duc, les ateliers Eiffel ! Elles seront toutes accueillies avec émotion. Justement, grâce à la complicité de Philippe Etienne, notre ambassadeur à Washington DC, une jumelle de la Miss d’Ellis Island – de taille nettement plus petite – débarquera à New-York, le 4 juillet, en provenance du Havre, pour célébrer la fête nationale yankee. Prêt de la France, elle sera exposée pendant dix ans sur la petite colline de Georgetown où nos vaillants diplomates entretiennent de leur mieux l’alliance scellée entre Louis XVI et Washington. Pendant quelques jours, les deux ‘’Liberté’’ – celle de 93 mètres et celle de trois mètres de haut – se côtoieront à Ellis, l’ancienne baissant sa torche sur ses pieds pour apercevoir sa toute nouvelle et minuscule petite sœur. Coincée à Paris, la sœurette de l’Ile aux Cygnes, va bouder, c’est certain !


De fait, la France n’a plus les moyens d’offrir une statue géante sans couler ses finances publiques. Mais, plus que l’intention ou la démonstration d’amitié, c’est le symbole politique qui importe. L’idée de ce nouveau voyage d’une Miss n° 2 est née au Conservatoire national des arts et métiers, en 2019. Elle a plu à la diplomatie française, qui y a vu un moyen de renouer le fil de cette alliance flamboyante. La France a donc choisi de seulement exposer une seconde statue de la Liberté ‘’pour rendre hommage à toutes celles et tous ceux qui ont permis, des deux côtés de l’Atlantique, l’édification de la statue de la Liberté et qui se sont battus pour ce qu’elle symbolise dans le monde entier’’. Les temps actuels appellent à s’en souvenir face au charivari du monde.

Miss n° 2 se présentera aussi à l’Amérique puis à la France comme une ambassadrice de l’accueil des étrangers. ‘’Donnez-moi vos pauvres, vos exténués, qui en rangs pressés aspirent à vivre libres. […] Envoyez-les moi, les déshérités, que la tempête m’apporte. J’élève ma lumière et j’éclaire la porte d’or ! » Il n’est pas vain de revisiter le beau poème poignant d’Emma Lazarus. Et, par chance, c’est l’aimable Joe Biden et non son abominable prédécesseur qui préside aux destinées actuelles de la Nation amie. Sans doute, adressera t-il à la  »Micro-Miss » un petit clin d’œil amical.

* 30 avril – Les droits des desperados

Sept anciens militants de l’extrême gauche armée italienne, réfugiés à Paris, dont plusieurs ex-membres des ex-Brigades rouges condamnés pour des actes de terrorisme dans les années 1970-80, ont été interpellés sur requête de la justice italienne. Ils avaient tous été condamnés, en Italie, pour leur implication – directe ou non -dans des attentats meurtriers contre des personnalités de l’arène politique, des milieux d’affaires ou de la police. Ces exilés sous statut de réfugiés (défini par le droit international, dans la Convention de Genève) ont néanmoins été accueillis en France, en vertu de décisions prises par plusieurs présidences successives. La ‘’doctrine Mitterrand’’ édictée à l’époque stipulait ainsi que l’asile leur serait garanti en France, en échange de leur renoncement à la violence, pourvu qu’elles ne se soient pas rendues coupables de crimes de sang. Ce fut le cas. On peut trouver ces décisions contestables voire choquantes mais elles ont été prises en connaissance de cause et engagent la crédibilité de la République. Ces réfugiés politiques vont pourtant être privés de la protection internationale qui leur avait été accordée, il y a quatre ou cinq décennies. Ils seront extradés vers le pays qu’ils ont combattu et qui veut les punir.

Il y a une lecture politique : pourquoi poursuivre ces personnes âgées et rangées, ne se cachant pas et ne présentant plus de dangerosité, plus de quarante ans après leurs actes ? Ne serait-ce pas pour faire un ‘’coup électoral’’ et parodier un succès anti-terroriste par confusion avec l’actualité terrible du jihadisme, sans rapport aucun avec la révolte éteinte que ces acteurs ont jadis incarnée ? Une autre lecture est juridique : les dépouiller de leurs droits et les livrer, en l’absence de nouveau crime de leur part depuis leur mise sous protection par la France, constitue une violation du droit d’asile et de la parole donnée par l’Etat. La décision a été prise par Emmanuel Macron lui-même et non par la Justice, ce qui suscite l’impression que le Droit et la Justice cèdent, une fois de plus, aux caprices de l’Exécutif. Montesquieu est effaré d’un tel déni de l’Esprit des Lois.

En 1985, l’Italie sortait à peine d’une décennie de violence politique extrême : plus de 12 600 attentats avaient provoqué la mort de 362 victimes, entre 1969 et 1980. Ce chaos était l’oeuvre de groupuscules d’extrême gauche plus ou moins organisés mais aussi de groupes d’extrême droite. Ces derniers bénéficiaient de complicités au sein de l’appareil d’Etat (notamment pour l’attentat de la gare de Bologne, en 1980, qui a fait 85 morts) et ne semblent pas poursuivis avec autant de rigueur. La plus grande urgence allait alors à un retour à la paix civile. La ‘’mise sous couvercle’’ en France des militants italiens de gauche les plus radicaux s’est opérée dans les années 1980, par consentement tacite entre les deux pays. Par la suite, aucune demande d’extradition n’a été adressée à la France, du moins avant le début du siècle. Plus récemment, une divergence s’est fait jour entre Paris et Rome, l’Italie s’éloignant de son pragmatisme initial pour adopter une posture plus nationaliste et plus revendicative. L’humeur du moment ignore généralement l’Histoire et les racines anciennes des problèmes. C’est le court-termisme, encore synonyme d’électoralisme à courte vue. Frustrer l’opinion italienne de son désir de sanction n’est pas une option réjouissante. Mais se renier et répudier le Droit n’est pas plus glorieux.

* 20 avril – Le déni nous lobotomise

Ecume des jours tirée des médias : la COVID a fait officiellement trois millions de morts et ce n’est qu’un début. Des centaines de millions de survivants (on ne peut pas les compter) en gardent des séquelles. Dans le  »Sud » de la planète, certains pays, surtout en Afrique, n’ont mis en place aucune parade sanitaire. Deux géants, le Brésil et l’Inde, ont perdu tout contrôle sur la circulation du virus. Ces pays produisent, de ce fait, des variants particulièrement virulents qui se recombinent entre eux en rendant inopérantes les stratégies vaccinales laborieusement mises en place dans le Nord. Des enfants de moins d’un an et une proportion affolante de jeunes sont atteints par la maladie, en Inde. Les frontières se ferment comme des sas étanches. En Europe, la troisième vague tombe sur des populations mentalement épuisées : la peur de la perte d’emploi, le sentiment d’enfermement, la solitude et la séparation des familles, les soupçons à l’égard du sérum AstraZeneca, l’angoisse des lendemains qui feront mal… STOP ! N’en jetez plus, on connaît tout ça ! Vraiment ?

Et bien, pas tout le monde, car le fait est là, ahurissant : le complotisme sanitaire se porte bien, envers et contre tout. Si vous tendez bien l’oreille (surtout sur les réseaux sociaux) vous entendrez, médusé, que  »la COVID n’existe pas », voire même que la maladie a été sournoisement  »inventée » pour donner à je ne sais qui le contrôle de nos âmes et de nos biais politiques… ou tout bêtement pour nous détruire (ce qu’il fait très bien, mais naturellement). Il n’a pas fallu attendre le virus pour qu’une minorité grandissante  »psychote », prisonnière de son incapacité à suivre et surtout à comprendre la marche du monde, au sens le plus large du terme. Ces esprits égarés aux marges de la civilisation humaine sont, à la base, des personnes respectables, bien qu’incomplètement structurées. L’angoisse, l’incompréhension et la paresse intellectuelle aidant, ils se muent – souvent inconsciemment – en puissants vecteurs de simplification des causes et de leurs effets. Leur soulagement (relatif) viendra de la valorisation sociale qu’ils tireront de leur expression dissidente de la science et de la géopolitique, des disciplines forcément biaisées au profit  »d’ennemis des gens ». Mais leur succès doit d’abord à la simplicité extrême des thèses complotistes, par rapport aux réalités, trop complexes. La vérité, le réel ne fournissent aucun confort intellectuel : il y a beaucoup à gagner à les nier et cette dérive n’est donc pas désintéressée.

Le problème est que pour atteindre ce relatif confort, ils vont devoir injurier les victimes et leurs proches et troubler le deuil de familles éprouvées. Ils leur expliqueront que leurs parents sont morts  »de leur faute », d’une maladie bénigne ou inexistante, et qu’ils sont en quelque sorte  »coupables » de confirmer le détestable état des lieux officiel. Interdire le chagrin est une forme d’oppression sans nom. La pente de la déshumanisation par le déni et par la peur conduira ensuite à catégoriser ceux dont la mort  »ne compte pas » : personnes âgée, étrangers de passage ou exilés, patients affectés de handicaps ou de morbidités, pauvres, prisonniers,  »races » telles ou telles, humanistes toxiques, etc. On voit bien vers quel enfer le basculement mental des complotistes pourrait nous mener.

Kant disait :  »l’intelligence humaine se mesure à la quantité d’incertitude qu’un esprit saura confronter ». A méditer…

* 17 avril – L’Ennemi, une notion  »tendance » ?

L’époque est révolue où la France se sentait sans rival. Aujourd’hui, des groupes djihadistes la voient en cible prioritaire et des Etats cherchent à l’affaiblir. La période de grâce s’est achevée au début des années 2000, dans la suite des attentats du 11 septembre 2001, à New-York et à Washington, puis lorsque AQMI (Al-Qaida au Maghreb islamique) l’a désignée en ennemi des croyants. Aujourd’hui, les forces françaises sont engagées au Sahel comme au Levant, Selon ses stratèges : ‘’ne pas se préparer à un conflit, c’est être (mangé) au menu de ceux qui nous veulent du mal’’. Lucidité oblige, la notion d’ennemi serait elle de retour ?


Dans un contexte international chaotique et imprévisible, où le fait guerrier redevient une culture planétaire, les armées se préparent, ces dernières années, à affronter des conflits de haute intensité – ceux qu’on n‘imaginait plus – qu’ils soient symétriques (entre armées), asymétrique (terroristes ou partisans) ou encore qu’ils combinent ces deux composantes (conflits civils à ramifications internationales). L’OTAN, aussi, planche sur les ‘’guerres du futur’’ dont on sait qu’elles sont déjà engagées – bien qu’à faible intensité – et qu’elles seront hybrides (cyber, financières, par recours aux sanctions économiques ou au blocus, aux moyens d’influence, d’espionnage, etc.). Mais la guerre se gère à distance et sa réalité n’est pas donc évidente pour tous.

Il y a quelques mois, le général Lecointre, CEMA, a présenté une formulation ‘’conventionnelle’’ de la dissuasion à la française :  »faire comprendre à nos ennemis qu’ils ne sont pas à l’abri de ripostes, s’ils nous agressent et pour cela déployer des moyens de lutte de haute intensité’’. De fait, sans se départir de sa doctrine stratégique, la France se prépare en priorité à des formes de confrontation interétatiques dans la dimension navale (accrochages avec la Turquie, la Chine, l’Iran) comme dans ses opérations terrestres outre-mer. Elle est concernée en premier lieu par la sécurité du Vieux Continent face à la menace russe – une partie au bord du gouffre se joue en Ukraine -, mais aussi par le Moyen-Orient, le Maghreb et le Sahel. La défense des départements et territoires d’outre-mer pourrait de même prendre un tour conflictuel. Comment garantir souveraineté et libre navigation, face à des dénis d’accès ? Ce sont aussi toutes ces zones interdites de survol ou d’approche installant des vides de réaction en cas d’agression car ils mettent l’attaquant hors de portée des capacités de réplique des pays frappés.


L’identification de l’adversaire s’impose dans les préparatifs opérationnels, mais on ne nomme jamais ouvertement les pays avec lesquels des affrontements risquent de se produire. En Occident, la guerre charrie un lourd relent d’immoralité, même pour qui y est confronté contre sa volonté. Bien sûr, il serait indécent d’oublier que c’est un phénomène horrible – comme l’est la pandémie – mais de-là à renoncer à se défendre… Tout devrait toujours être fait pour que personne ne se proclame l’ennemi de quiconque, même au prix d’un déni cognitif. Ainsi, la Turquie est une alliée dans l’OTAN, donc mieux vaut se méfier d’Erdogan que de son pays. La Russie est appelée à s’intégrer ‘’un jour’’ dans l’architecture de sécurité européenne (un objectif souhaitable), alors ménageons – verbalement – V Poutine… tout en s’en méfiant. On n’empêchera pas hélas que la France et l’Alliance soient catégorisées publiquement comme des ennemies et parfois même comme ‘’terroristes’’ (sic). L’URSS de Brejnev craignait l’OTAN et percevait un avantage à une détente avec l’Occident. Par contraste, la Russie de Poutine juge possible l’effondrement de l’Occident et se montre nettement plus agressive. Cette posture flatte les opinions revanchardes qui servent de légitimité au Tsar comme dans d’autres autocraties populistes. Elle stimule la mobilisation guerrière des populations et la fuite en avant générale.


La frontière entre l’ennemi et l’adversaire est bien mince. Moscou a procédé à des annexions de territoires, par la force, en Europe, mène des cyberattaques en grand nombre, assassine des opposants sur le sol européen, soumet la Biélorussie, encercle le flanc sud de l’Europe depuis la Libye, l’Afrique noire et le littoral syrien, etc. Est-ce suffisant pour être perçue en ennemie, dans le sens inexorable et ancien du terme ? Tant que des règles de comportement cohérentes et constantes perdurent – même si elles sont criminelles – il vaut mieux s’en tenir à la notion d’ ‘’adversaire stratégique’’, laquelle ménage la possibilité de dialoguer et d’agir de concert dans quelques secteurs d’intérêts communs majeurs. Cette approche réaliste et peu enthousiasmante au plan des valeurs serait aussi adaptable à l’hégémonisme chinois, si la nécessité d’un durcissement s’imposait. De même avec la Turquie, dont on peut espérer que le gouvernement sortira, de lui-même, de son aventurisme paradoxal. Mais quand les  »rivaux stratégiques » se coalisent et jouet la surenchère, ne faut-il pas avertir les populations, déjà saturées de mauvaises nouvelles, que la Paix, elle aussi, est fragile ?

* 17 mars – Boum, quand votre cœur fait ‘’Boum !’’ (Trenet)

Je crains avoir déjà trop parlé des ventes d’armes françaises aux régimes belligérants du sunnisme. Au moins, du côté chiite, on est à peu près sûr que rien n’est vendu : les Russes s’en chargent. Mais j’avance ce constat un peu à l’aveuglette puisque, fidèle à l’Ancien régime, la France n’autorise aucune supervision des ventes d’armes par son Parlement et couvre ses transactions ténébreuses par le secret Défense (en revanche, équiper des pays alliés et des démocraties ne me pose aucun problème). S’agissant d’une composante de politique extérieure qui engage la responsabilité de la Nation toute entière et sur le long terme, cette singulière exception française au sein de l’Occident implique que pour les beaux yeux de tel ou tel prince du Golfe , ma patrie peut se rendre coupable de complicité de crime de guerre (le cas du Yémen et auparavant du Rwanda), sans l’avoir compris, ni voulu, et que mes compatriotes peuvent être confrontés à des incriminations ignominieuses, voire à la justice internationale, sans aucune possibilité de recours.

Mon député est M.Jacques Maire, le fils du regretté Edmond Maire, secrétaire général de la CFDT, une personnalité attachante qui était populaire auprès des Français. Jacques, aussi, sait montrer du courage, à l’occasion. En novembre, avec sa collègue-députée Michèle Tabarot, il a soumis une motion parlementaire proposant d’instituer une délégation parlementaire permanente aux exportations d’armement, sur le modèle de la délégation parlementaire au renseignement. Avec une (petite) poignée d’autres parlementaires, M. Maire avait obtenu, en préalable, qu’une mission d’information puisse s’enquérir auprès du Gouvernement de la politique française en la matière, sans empiéter bien sûr sur la prérogative décisionnelle de l’Exécutif. A présent, le rapport annuel de deux pages concédé au Législatif en dit moins sur le sujet que les principaux médias généralistes.

En France, les ventes d’armes- légitimes comme sulfureuses – sont le fait du Prince élyséen, au terme d’un processus interministériel tarabiscoté, conduit par les services de Matignon, le Secrétariat général à la Défense et à la Sécurité Nationale (SGDSN) en étant le coordinateur suprême. L’outil dédié en est la Commission Interministérielle pour l’Étude des Exportations de Matériels de Guerre (CIEEMG), laquelle prépare les propositions de décision de façon cloisonnée. On peut avoir rédigé l’avis qui lui est soumis et, ensuite, ne jamais savoir quelle décision aura été prise. Il arrive aussi que tous les services concernés convergent sur un avis partagé mais que le Prince tranche pour l’exact contraire, sans avoir à l’expliquer.

En principe, Paris est tenu par le Traité multilatéral sur le Commerce des Armes et par la position européenne adoptée en 2008. Les principaux critères de conformité concernent le respect des engagements internationaux, celui des droits humains dans le pays de destination finale et celui du droit humanitaire international. Le délit absolu est de livrer des armes utilisables contre les populations civiles, dans un conflit. Justifier son respect du droit ? Ce n’est pas un sujet aux yeux du Ministère de la Défense. Préposée aux slogans creux et à la langue de bois, Mme Parly, la ministre, affirme sans fard : ‘’Nous continuerons de mener cette politique dans le respect le plus strict des exigences, en pleine conformité avec nos valeurs et nos engagements internationaux. Nous ne ferons aucune concession sur ce cadre rigoureux, pas plus que sur l’exigence de transparence vis-à-vis des Français.’’ Heureusement qu’elle parle au futur, parce que , en ce qui concerne le passé et le présent, c’est ‘’circulez, il n’y a rien à voir’’. Au vu des faits constatés un peu partout au Moyen-Orient et en Afrique, on a un mal fou à croire à ce scrupuleux respect des lois si bien proclamé. A écouter les industriels du secteur, c’est plus simple : leurs chiffres d’affaires et leurs profits signifient autant d’emplois pour les ouvriers français, alors, les tergiversations morales…  Cette explication est autrement plus convaincante. De fait, le secret entourant les armes destinées à des royaumes-voyous est essentiellement une affaire de rente interne.

Quant à mon député, qui se démène courageusement sans être aucunement un adversaire du Gouvernement (il appartient même au parti majoritaire), il lui reste ses yeux pour pleurer et sans doute un peu de rage face au mépris qu’on lui oppose. Depuis novembre, il n‘a pas reçu un mot de réponse à son initiative. Sur la question qu’il pose, il a été ‘’politiquement excommunié’’.

* 08 février – Cabale mondiale

Le monde que nous voyons ne serait qu’une vaste conspiration universelle, opérée par les illuminés. Une étude du « New York Times » établit que presque la moitié des consommateurs d’information penche, par déduction instinctive, vers l’explication de l’actualité par le complot. Plus s’accroît le flottement des individus face à notre monde si imprévisible et hyper-complexe, plus s’impose l’idée d’une main diabolique et cachée, opérant en coulisse. Dénoncer cette main qui n’est pas de Dieu permet de se rassurer un peu et de simplifier l’équation jusqu’à un seuil de compréhension enfantin et universel. C’est aussi réconcilier son malaise personnel (le ‘vécu’’, le ‘’perçu’’) avec les dysfonctionnements et les injustices qui nous sont jetés aux yeux, sur la scène globale. Faute de mieux, l’explication par la cabale valorise l’opinion de celui qui l’émet et lui gagne des adeptes, là où la réalité décortiquée causerait plutôt migraine intellectuelle et désocialisation. Le ‘’cinquième pouvoir’’, celui des réseaux sociaux et des blogs – tel celui de l’Ours – invite ensuite à tourner en boucle de concert avec des ‘’compères de pensée’’ tout à son image.


Selon une enquête conduite auprès de 26 000 personnes dans 25 pays,78 % des Nigerians, 55 % des Espagnols, 45 % des Italiens et 37 % des Américains accréditent l’existence d’un  »groupe de personnes contrôlant secrètement les événements et dirigeant ensemble le monde ». Il n‘y a donc pas que QAnon, Trump et ses Evangéliques, nos gilets jaunes, tous les prophètes autoproclamés à trompeter l’alerte à tout propos : l’épidémie complotiste est bien à l’œuvre partout sur cette terre, sauf en Corée du Nord (où s’exprimer serait bien trop dangereux). Il ne faut pas en sourire car on parle d’une maladie millénaire. Pourrait -on mettre des médiévalistes sur la question ? Ce serait pour tester les effets de l’exorcisme, des procès en sorcellerie, du vaudou, de la magie noire ou de l’incrimination de Satan, et – pourquoi pas – d’une bonne vieille inquisition à l’ancienne. Cela rétablirait-il la balance de nos humeurs ? Bien sûr que non et je vous demande instamment de ne pas lire les trois phrases précédentes, totalement complotistes, qui ne sont pas de moi mais qui sont là quand même. Elles mériteraient une sévère réécriture critique.

Pas besoin on plus de rappeler que le nazisme était une théorie complotiste revancharde, poussée à des paroxysmes d’inhumanité effarants. La ritournelle pernicieuse du ‘’complot juif’’, entonnée, des siècles durant par la mouvance féodalo-populiste, a préparé le terrain à l’immense gâchis du 20 ème siècle. Le mythe trotskiste de la révolution universelle a, lui aussi, fait rêver des milliards de gogos, avant que sa violence n’apparaisse comme une tare. Au tour du jihadisme de prendre aujourd’hui le relais du suprémacisme blanc colonial et de l’anarchisme nihiliste (qui assassinait volontiers les présidents au tournant des 19 ème et 20 ème siècles), etc. Il doit y avoir dans la haine que le complotiste exhale, comme une constante de la nature humaine. Beaucoup de colère exprimée, un fond de peur caché mais tenace, le besoin de se raccrocher à une vision simplette et rêvée du monde, la dynamique du groupe qui interdit de rechercher toute vérité ailleurs que dans les sentences du Chef… Avec l’empilement actuel de crises un peu apocalyptiques, l’enfermement solitaire des personnes, l’abrutissement des réseaux sociaux, l’angoisse de l’avenir, comment éviter que le cocktail mortifère se recompose encore et toujours, plus acide, plus détonnant ?
(* article sponsorisé par l’Association universelle des praticiens de la psychiatrie clinique S.A)

* 20 janvier – Détrumpisons-nous !

Aujourd’hui, on solde les comptes du calamiteux mandat de Donald Trump. Puis Joe Biden et Kamala Harris prêteront serment et seront investis sur un fond de décors qui ressemble à l’état de guerre civile plus qu’à une célébration festive. Le peuple américain ne participera d’ailleurs pas à ce semblant de réjouissances. Il suit l’évènement derrière ses écrans et balance entre un soulagement immédiat et une incertitude lancinante quant à un retour à la normale. Plus encore que d’éventuelles scènes de violence de la part des jusqu’au-boutistes du trumpisme, plus aussi que la présence en force à Washington de 25 000 militaires de la Garde Nationale, les blocs de béton, les barrières, les barbelés, le sentiment de crise imminente tient aux ravages actuels du Covid – lequel tue chaque jour 4000 patients américains – à l’effondrement de l’économie et de l’emploi, à la cassure durable en camps retranchés de la communauté des citoyens. L’ambiance est grave, la convalescence s’annonce longue. En de telles circonstances, la seconde tentative de destitution ‘’post-mandat’’ du sortant, toute fondée qu’elle soit en termes politiques, promet une bataille juridique épique et peut-être de nouveaux affrontements. On ignore encore si le Parti Républicain renouera avec le jeu démocratique ou implosera, sous la pression de ses éléments anti-démocratie, des réseaux du type QAnon et des milices d’extrême droite.

Par contraste, le jugement des autres démocraties sur les quatre années passées tient tout entier en un mot : ‘’calamité’’. La nouvelle administration n’est pas perçue comme étant à même de ‘’réparer le monde’’ avant d’avoir pu réparer son tissu national. On attend l’équipe de Joe Biden sur le rétablissement de l’indispensable proportion de multilatéralisme et de respect du droit international, mais on hésite à parier dessus. D’autant plus que, si le problème se nomme ‘’populisme’’, il existe de la même façon en Europe et que, Covid et crise économique aidant, la dynamique de repli sur soi s’impose désormais à tous. Seulement un tiers des Européens croient encore dans les vertus de l’intégration et juste une proportion de ceux-ci se fient à la protection conférée par le partenariat atlantique. L’époque d’Obama n‘est plus. Les tourments des Etats-Unis devraient nous servir à réévaluer le fonctionnement de nos propres institutions pour réinventer, à terme, l’alliance des démocraties.