* 12 janvier – Partenaires contre les illuminés du monde

Dopés par la fin pitoyable du mandat de D. Trump, les régimes voyous ciblés par Washington peaufinent leur vengeance. Téhéran fait monter en régime ses centrifugeuses pour porter à 20% le taux d’enrichissement de son combustible nucléaire, une cote mal taillée, supérieure à une utilisation civile mais aussi bien en deçà d’un usage militaire efficace. L’aile dure du régime des Mollahs adopte une posture triomphale, plus belliciste que jamais. Il est vrai qu’avant de quitter la Maison Blanche, le président calamiteux doit éprouver in peto quelque tentation de ‘’frapper un dernier coup’’ contre les Pasdarans. Inscrire les Houtis du Yémen sur la liste du terrorisme international (et Cuba, tant qu’à faire) constitue déjà un message d’au revoir mais cela reste loin du but.

A Pyongyang, devant le 8e congrès du Parti des Travailleurs, Kim Jong-Un annonce le prochain lancement d’un sous-marin nucléaire à même de ‘’subvertir’’ les Etats-Unis (comprendre : frapper de ses missiles nucléaires une ou plusieurs mégapoles américaines). L’Oncle Sam est ‘’le plus grand obstacle à notre révolution et notre plus grand ennemi’’. Pour se rendre suffisamment menaçante, la Corée du Nord va s’appliquer à développer davantage sa technologie nucléaire et, notamment, à produire des ogives nucléaires légères et miniaturisées transportables en ‘’bouquet’’, par ses lanceurs à longue portée Nodong. Le point d’impact potentiel dépasserait la cible actuelle de Hawaï, étirant la portée des frappes jusqu’à Los Angeles, voire plus loin. Tel est le point d’aboutissement des relations  »affectueuses » établies lors du sommet de Singapour Trump-Kim en 2017. Entre insultes et poignées de mains, aucun progrès substantiel n’a été enregistré. La mollesse des positions de Washington n’a nullement empêché cette dérive tumultueuse de Pyongyang, qui se considère gagnante au jeu des initiatives provocatrices et tumultueuses entretenant la tension. Joe Biden est bien instruit de cet échec et il ne choisira pas le ton de l’apaisement face au voyou nucléaire. Le nouveau président est déjà qualifié par la Maison Kim de ‘’chien enragé’’, qu’il faudra ‘’battre à mort’’.

Tout ce qu’il y a de dictatorial ou de malfaisant sur la planète va s’empresser de tester les nerfs de l’administratio démocrate entrante. Heureusement, J. Biden s’entoure, pour la politique extérieure, d’une équipe de professionnels accomplis, de bon sens et particulièrement bien disposée à coopérer avec les Européens. L’Amérique se sait moins forte, moins respectée du monde et les nouveaux venus devraient moins insister à imposer leur leadership de principe. C’est un bon point de départ pour établir un partenariat des démocraties, respectueux des projets des uns et des autres. ‘’UE, précise nous vite quel est donc ton projet !’’

* 9 décembre – Chacun pour soi, les riches d’abord !

Le nationalisme vaccinal tant redouté est à l’œuvre et la solidarité face au virus disparait de l’ordre du jour global. ‘’Je veux que les fabricants de vaccins priorisent leurs livraisons et le fassent à travers le programme Covax’’, insiste le docteur Ghebreyesus, de l’Organisation mondiale de la santé. Celle-ci relève que parmi les 42 pays qui ont lancé des campagnes de vaccination massives, seuls six sont de revenu moyen. L’OMS a pourtant garanti au monde émergent deux milliards de doses de vaccins au titre de son programme Covax. Mais ce programme est sapé par les initiatives des pays riches visant à s’approvisionner directement auprès de fabricants, sur lesquels ils disposent de leviers de contrôle. Les pays-membres de l’UE s’étaient pourtant engagés à ne pas faire transaction derrière le dos de la Commission. Aucun engagement ne tient alors qu’ils se retrouvent sur la sellette face à des opinions publics en proie à la panique. De ce fait, mécaniquement, les prix évoluent à la hausse et l’accès se complique pour les Etats moins puissants. Ils seront réorientés au mieux vers les vaccins russe ou chinois. Des surplus de doses sont commandés ou stockés par certains pays riches, ce, jusqu’à la Commission européenne qui entend s’assurer d’une quote-part supplémentaire de 300 millions de doses à prélever sur le plan de production à venir. L’OMS a beau appeler à l’équité et au partage, à son message ne répond qu’un écho vide…

Les experts peinent à évaluer la capacité réelle de production de l’industrie pharmaceutique mondiale. L’heure est à la conquête de parts de marché sur un secteur de consommation qui s’annonce durablement lucratif. De trop nombreux acteurs différents, dont une myriade de sous-traitants soumis à un partage complexe du travail s’y imbriquent. De plus, la concurrence acharnée pour l’accès aux substances actives et aux adjuvants crée de multiples goulots d’étranglement. Ne devrait-on pas partager les formules vaccinales et les rendre génériques afin d’activer les chaines des laboratoires qui n’ont pas sorti leur propre vaccin mais gardent des ressources et une capacité de production inutilisées ? Epineuse question financière, il est vrai. La recherche d’une formule orale du vaccin, particulièrement adaptée aux pays émergents, est, elle, quasiment abandonnée. Plus grave, les perspectives prometteuses concernant l’élaboration d’un traitement curatif du Covid (travaux de l’Institut Pasteur, notamment) se sont perdues dans l’obsession générale pour le préventif. En fait, les médias semblent ne pas pouvoir maintenir l’attention durable nécessaire sur plus d’un sujet. Enfin, on ignore encore si les vaccins sont interchangeables. Pourtant, déjà, certains pays en font le pari. Certains sérums seront efficaces pour traiter les formes les plus sévères, d’autres pour endiguer la contamination, d’autres encore seront adaptés à une catégorie particulière de patients. Mais, alors que l’apparition de souches variantes crée une panique (médiatique), les précautions tendent à perdre toute pertinence. Dans quelques années ou avant, l’on risque de réaliser que la pandémie est restée récurrente au Nord car elle n’a pas été correctement traitée au Sud. La cause : un égoïsme souverain à courte-vue et un déficit d’autorité de l’OMS. Ils confèrent au marché un pouvoir de régulation faussé, inéquitable, inégal.

* 7 janvier – Gilets stars and stripes et combattants de la liberté

La tentation est grande de consacrer cette brève à l’assaut du Capitole par l’équivalent américain des troupes de choc des gilets jaunes. Nous vivons tous sous la même enseigne, celle de la pandémie de populisme. Tous ? C’est faux : aujourd’hui encore, on piétine la liberté de populations qui ont une foi sacrée en elle.

Ainsi, à Hongkong, une cinquantaine de figures de l’opposition prodémocratie a été arrêtée, le 6 janvier, en vertu de la loi adoptée par Pékin sur la sécurité nationale. La ‘’normalisation’’ de l’ancienne colonie britannique est menée tambour battant, avec une dureté comparable à l’après Tiananmen (1989) ou encore aux reprises en main musclées de l’ère soviétique dans le glacis du pacte de Varsovie. A la différence près, néanmoins, qu’il s’agit à Hongkong d’une population née, éduquée et active dans un système d’institutions libres et de droit de type occidental. Ces arrestations collectives sous des chefs d’accusation de sédition sanctionnent rétroactivement les primaires organisées par les démocrates hongkongais, lors du scrutin au Conseil législatif de juillet 2020. Aucune loi ne l’interdisait à l’époque. Au prétexte de l’épidémie, ces élections ont été reportées d’un an, clairement pour se donner le temps d’’’assainir’’ la vie politique (de l’aligner sur la pratique totalitaire du PC chinois). Le vrai ‘’crime’’ est que ces primaires aient apporté la preuve incontestable de l’attachement très majoritaire de la population à la démocratie. On ne pouvait d’ailleurs pas en douter, au terme d’un an de mobilisation civique impressionnante. Depuis sa rétrocession à Pékin en 1997, la ‘’zone administrative spéciale’’ – hors-normes – de la Chine s’accrochait à la promesse faite par Deng Xiaoping de conserver, pendant 50 ans au moins, son propre régime de droit, si peu assimilable à celui du Continent. Cette promesse, inscrite au cœur de l’accord juridique conclu avec le Royaume Uni, a été froidement et brutalement violée et cela reste pratiquement impuni. La guerre contre les libertés a été gagnée et elle est même érigée en modèle. Du fait de son passé colonial, Hongkong est perçue comme ‘’la putain de l’Occident’’ et punie pour ce péché originel. Shenzhen et Shanghai auront vite fait de la dépecer de ses atouts dans l’économie tertiaire.

A part l’accueil de quelques intellectuels ou investisseurs hongkongais parvenus, par leurs propres moyens, sur le sol britannique, Boris Johnson n’en a cure : il a – on le sait – ‘’d’autres chats à fouetter’’. A peine quelques mots désolés, ailleurs, parmi les nations dites ‘’libres’’. Antony Blinken, le futur secrétaire d’Etat de Joe Biden, parle d’une ‘’attaque contre ceux qui défendent courageusement les droits universels’’. Il n’envisage pas d’autre réaction à ce stade. La Chine, ennemie déclarée des libertés, est surtout la meilleure amie du business et de l’idéologie de la croissance. L’époque n’est plus où l’on pleurait le sacrifice de Ian Palach, à Prague, ni celle où l’on exfiltrait (via Hongkong) les jeunes leaders de Tiananmen, qui défilaient ensuite à Paris pour le 14 juillet. Nous avons-nous-même, il est vrai, abdiqué toute une partie de nos libertés.

* 4 janvier – Parler à ses ennemis

Cinquante-cinq vies prélevées par la guerre du Sahel sur le contingent français de Barkhane, dont cinq au cours de la semaine passée. Les Français et leurs media ressentent de l’émotion mais ne cherchent pas encore à traduire celle-ci en prise de position politique. Bien sûr, les temps difficiles que ou vivons ne portent pas particulièrement à s’investir dans les opérations extérieures. Mais, huit ans de combats acharnés, sans rapport de forces clair, sans stratégie d’ensemble notamment sociale et politique, sans aucun résultat d’étape : il y aurait de quoi s’affoler ! L’engagement de nos militaires est une prérogative strictement présidentielle, ce qui est largement compris dans la culture française comme un domaine réservé blindé par le secret. Dans le même ordre d’idées, les ventes d’armes à des dictatures exotiques sont en principe tabou mais voilà qu’à la suite de campagnes d’opinion menées par des ONG, l’Assemblée nationale cherche à s’en saisir pour information – et implicitement aussi, pour enquête. Il est à parier que le même timide réveil va s’opérer concernant ‘’l’Afghanistan de la France’’, déjà dans l’impasse, à terme dans la déroute. Depuis quelques jours, des éditoriaux posent la question de cette opération militaire quasi en solo (en fait, dépendante du soutien américain en termes de renseignement), objet d’un évitement de la part de nos alliés européens (merci, quand même aux quelques Estoniens des forces spéciales !) et surtout totalement stérile en termes de ressaisissement des populations et de ralliement à leurs autorités nationales.


La longue histoire de la FrançAfrique montre malheureusement le peu d’efficacité des politiques d’aide au développement à construire des nations structurées autour d’une conscience citoyenne partagée. La souveraineté obsessionnelle prônée par des dirigeants indifférents au prérequis de la cohésion sociale conduit à l’implosion des structures étatiques dès que les armes s’en mêlent. L’histoire commune est parsemée d’épisodes dictant à Paris un soutien complaisant et inconditionnel à des régimes sans assise populaire, voire méprisant ouvertement leurs populations, cela, au nom de l’impératif illusoire de la stabilité. Cette-stabilité est déjà perdue au Mali, au Niger, au Burkina Faso et le cercle s’élargit indépendamment des hauts faits militaires sur le terrain. Prises en étau, les sociétés penchent de plus en plus du côté des agitateurs extérieurs affiliés d’Al Qaïda et de Daech, qui savent attiser la révolte. Ainsi, on les distancie de l’ancien maître colonial français, perçu – non sans raison – comme un ennemi de l’Islam (cf. l’actualité interne et les médias nationaux).

Que faire, face aux cousins des Talibans, pour ne pas s’enliser dans un scénario à l’afghane ? Les dirigeants africains, Mali en tête, envisagent de prendre langue avec l’ennemi, ce qui, d’un point de vue politique sinon moral, ne manque pas d’une certaine pertinence, du moins à long terme. Paris feint d’être révulsé. Certes, le scénario afghan n‘est pas un remède. Peu de temps passera avant que les Talibans ne chassent le régime ‘’pro-occidental’’ de Kaboul, qu’ils s’emparent à nouveau du pays et martyrisent encore leurs concitoyens. Ceux du Sahel, que nous taxons de ‘’terroristes’’ – un raccourci de propagande situant le niveau de violence mais pas les atouts et les motivations – devraient être sérieusement répertoriés et sondés. Les services doivent avoir une petite idée sur le sujet, mais les Français ignorent quels éléments armés seraient ‘’récupérables’’ et quelle recomposition politique ceci entrainerait. Le mieux serait que les régimes africains, conscients de ce que leurs armées ne sont pas d’une grande utilité et que les militaires français ne produiront pas de miracle, s’attèlent sérieusement à la recherche d’un dialogue politique et social avec ceux d’en face, triés sur le volet. Même là, les ressentiments, les discriminations l’absence de culture citoyenne et les mauvaises habitudes perdureront comme autant d’écueils. On sera seulement passé d’un modèle afghan à un risque de pourrissement, à la colombienne. Mais l’Europe pourrait alors contribuer à consolider les sociétés africaines, par son soft power, plus puissant que le poids de ses armes.

* 31 octobre – Wait and see if we sink !

Brèves des jours précédents

Le Royaume Uni fait silence. Toutes sortes de tuiles lui tombent sur la tête mais aucun message n’en émane pour caractériser la crise, à fortiori pour s’en extraire. L’échéance du 15 octobre, fixée par B. Johnson comme butoir de la négociation du partenariat post-Brexit avec l’UE, est passée sans commentaire aucun. A elle seule, elle constituait pourtant la totalité du programme du nouveau premier ministre britannique. Plus pragmatiques, ses interlocuteurs à Bruxelles ont fixé le couperet en fonction des délais de ratification d’un futur traité par les Etats-membres. Il semble que ceci permettrait d’étirer l’échéancier sur une semaine supplémentaire ou deux, en novembre. Londres ne pipe pas, ne voulant pas assumer elle-même la fin de partie  (il conviendra d’en accuser la partie européenne, le moment venu).

Mais elle souhaite surtout  garder deux fers au feu. Si D. Trump est réélu, les Conservateurs rêvent qu’il leur lancera alors une bouée de sauvetage, leur ouvrant tout grand la voie d’un libre-échange renforcé et privilégié avec les Etats-Unis. Un pari teinté d’illusions, à en croire les conditions très impopulaires imposées par Washington en matières d’échanges agro-alimentaires et de services médicaux. Si c’est J Biden qui remporte le scrutin, il se montrera assez sévère à leur égard. Peut-être faudra-t-il alors, pour le gouvernement britannique, se ménager un accord substantiel avec les 27, en accordant donc une importance particulière à la question de la frontière intra-irlandaise. Bref, l’heure n‘est pas à dévoiler des intentions mais à gagner du temps pour décrypter celles des autres joueurs.

In peto, Johnson privilégiera toujours la bonne vieille ‘’relation spéciale avec Washington’’. Sa détestation de l’UE et son soutien indéfectible à l’Alliance atlantique en attestent. L’an dernier, D. Trump s’était ouvertement réjoui de l’arrivée au n° 10 d’un dirigeant anglais populiste, avec lequel il entretient des atomes crochus (ce qui n’était pas le cas avec Theresa May). Grand partisan du Brexit, il a un peu rapidement promis, dès la sortie de l’UE, la conclusion de l’accord commercial bilatéral dont la concrétisation ne paraît plus du tout évidente. J. Biden, lui, se montre foncièrement hostile au divorce britannique de l’UE. Lorsque Westminster a adopté la loi permettant de renier les engagements internationaux du Royaume concernant l’Irlande, le candidat démocrate a prévenu Johnson que le partenariat avec les Etats Unis s’en trouvait affecté. On redoute, outre-Manche, que lui-même et Kamala Harris – née en Martinique – soient plus proches de Paris que de Londres. Frightening !

* 29 octobre – reconfinons-nous !

Face à la dureté des temps, le repli sur l’humain s’impose. Certes, l’analyse politique fait appel aux données sanitaires, telles la pandémie de Covid. Mais la seconde vague, dont nos autorités prédisent qu’elle sera ‘’dure et plus meurtrière que la première’’, nous ramène à nos fragilités et incertitudes familiales et personnelles.

Les Européens sont au seuil d’une épreuve sans précédent pour les générations actuelles, peut-être comparable à la grippe espagnole de 1918-19, avec au-dessus de leurs têtes, le spectre de plusieurs centaines de milliers de morts supplémentaires. Heureusement, les ressources bien plus considérables dont on dispose pour l’affronter permettront d’éviter l’hécatombe humaine. Mais pas la détresse, l’appauvrissement, le ‘’chacun pour soi’’. Ursula van der Leyen prône courageusement une mutualisation, par les 27, des régimes de circulation et de gestion des frontières, de dépistage, de production des tests et des futurs vaccins. Même si la Commission ne s’est pas vu confier de compétences en la matière, le Parlement et le Conseil européens seraient bien inspirés de la soutenir.

Au-delà de l’urgence sanitaire, le politique s’efface. Le désastre que va constituer la rupture ‘’sèche’’ du Royaume Uni d’avec son voisinage européen se diluera dans le Covid. B. Johnson, le capitaine ivre, pourra imputer à la tempête océane- et non à son irresponsabilité politique – la cause du naufrage de son navire. Son comparse, D. Trump, ne pourra sans doute pas le sauver si, par malheur, il était réélu. Gestionnaire des Etats Unis en commerçant mafieux, il continuera à ‘’rouler pour lui-même’’ et n’aura d’empathie pour personne. La crise sociale finira de toute façon par l’abattre. J. Biden, d’origine irlandaise, digère mal l’abandon par Johnson du dispositif de paix et de libre échange liant l’île de ces ancêtres à l’Ulster britannique… et sans doute aussi la complicité Boris-Donald contre lui. Le 3 novembre sera un épisode Covid parmi d’autres et moins un moment fort de la démocratie. D’ailleurs, tout est préparé pour que celle-ci tombe malade de contentieux en cascade.

Au-delà de l’Occident, les autocrates du monde continueront à être jugés sur leur inaptitude à gérer la pandémie et les peuples revendiquant leurs droits – ils sont nombreux de la Biélorussie au monde arabo-musulman – à être étouffés, réprimés, abandonnés. La première vague en avait déjà apporté de tristes illustrations. N‘y pensons plus et reconfinons-nous !

* 28 octobre – Faux frères

Brèves des jours précédents

D. Trump met en scène une sorte d’auto-triomphe, se projetant en ‘’faiseur de paix’’ au Moyen-Orient. « Nous agrandissons le cercle de la paix si rapidement, grâce à votre leadership ! ». Ainsi le salue son principal allié, le Premier ministre israélien B. Netanyahu, au lendemain de l’annonce, le 23 octobre, de la normalisation, des relations diplomatiques de son pays avec le Soudan. Incidemment, ce retournement soudanais, arrangé par Washington, figure parmi les concessions imposées à Khartoum pour s’extraire de la liste américaine des Etats terroristes et clore les poursuites judiciaires qui sanctionnaient son économie. On est bien là dans l’art du deal. Au téléphone, Trump cherche à faire dire à Netanyahu que ‘’Sleepy Joe’’ (J. Biden) aurait été bien incapable d’un si merveilleux résultat. Netanyahu, le fidèle parmi les fidèles, se tait alors, puis avance que ‘’toute contribution des Etats-Unis est bonne pour Israël’’ ! C’est dire que même les Trumpistes du monde extérieur les plus claironnants – à l’exception peut être de V. Orban, en Hongrie – se font plus prudents, à l’approche du 3 novembre. A Varsovie, le Polonais se tait et, à Londres, B. Johnson se terre dans un silence de mort. Même Poutine ou le Rassemblement national français prennent quelques distances.

En bref, on a les amis qu’on mérite.

* 26 octobre -Conflit cultuel

L’hommage national rendu à l’enseignant assassiné à Conflans rassemble, derrière la voix de leur président, une immense majorité des Français qui adhèrent aux valeurs de la République. Dans le monde musulman, qui compte la même proportion de braves gens qu’ailleurs, certains leaders d’opinion ont cédé à la tentation d’en faire une offense à l’égard des musulmans. E. Macron se voit stigmatisé par eux comme ‘’raciste’’ (quel rapport ?) et ses propos distinguant, comme il se doit, l’‘’islamisme politique’’ de l’Islam en général sont perçus comme une attaque déguisée contre l’Oumma. Le quiproquo n‘est pas nouveau. Il remonte au malaise social et existentiel des sociétés arabo-musulmanes dans ces dernières décennies autant qu’aux racines de  »l’incompréhensible » laïcité française. Sans être un fin linguiste, on imagine que la traduction arabe de  »musulman » et  »islamiste » aboutit à une synonymie parfaite, dans les esprits.

Les politiques antimusulmanes de l’administration Trump (le ‘’Muslim ban’’, l’anglo-américain ne faisant pas dans la nuance sémantique) et la montée du ressentiment des Européens, au fil des agressions jihadistes, créent un contexte délétère. Les médias du Moyen-Orient, intellectuellement éloignés des lumières et obsédés par ‘’l’islamophobie’’ (définition ?), ajoutent leur touche de désinformation et de haine vendeuse. Il sont donc peu à avoir perçu et respecté le deuil moral des Français. Qu’importe ! Selon qu’on remonte à l’expansion mahométane du 7ème siècle, aux croisades médiévales  – deux épisodes d’une violence comparable – à la seconde guerre d’Iraq ou aux attentats de 2015, les perspectives se confrontent. L’origine des contradictions est polémique et la machine à slogans primaires, inhérente aux totalitarismes, envahit et brouille les esprits.

Dans le Golfe, par ailleurs très friand des armes françaises, les petits cousins des émirs défilent en brandissant l’image d’un président français transpercé de balles. Wahabites ou Frères musulmans, ils ont décrété le boycott des produits français, au nom d’on ne sait trop quel rapport entre ‘la vache qui rit’’ et les caricatures du Prophète (ladite vache dessinée par Benjamin Rabier constituant elle-même une caricature de bovidé, il est vrai). Renchérissant sur l’analyse nombriliste d’Al Azhar, l’Organisation de la Conférence islamique – qui incarne, dans cette région, la synthèse des autocraties populistes – met en garde la France : risque de graves conséquences dans la relation franco-islamique ! Quid du sens de ce curieux attelage entre un pays juridique et une pratique religieuse insaisissable, qui se montre aux Français profondément divisée et très diversement interprétée jusqu’au sein-même des familles ? Comment l’OCI caractérise t’elle les musulmans de France – français ou islamiques ? – lorsqu’elle s’évertue à rendre les deux termes antinomiques. Cette antinomie proclamée – formellement en vertu du  »respect dû à chaque religion » – n’est-elle pas, en réalité, rien d’autre que de l’huile intentionnellement versée sur les braises ? Sous cet angle, le jihad anti-français cacherait une course à l’assujetissement communautaire des citoyens français musulmans à des pouvoirs autocratiques étrangers… la création de toutes pièces d’une Cinquième colonne…

Cette stratégie de communautarisation des Européens musulmans est, pour une part, téléguidée par des Etats maghrébins voisins et conservateurs, plutôt en bons termes avec Paris. Mais aussi, par des démocratures orientales qui baignent dans la haine de l’Occident. Les propos outrageants tenus par le sultan Erdogan à l’encontre du Chef d’Etat français, à la suite, toujours, de l’hommage rendu à Samuel Paty, donnent à voir une forme très crue et politiquement signée de ce travail de sape depuis l’intérieur. Le despote, ami des frères musulmans et de Daech, est déjà engagé dans cinq guerres pour rétablir  »la grandeur ottomane ». Il veut beaucoup de mal à la France, depuis qu’il a raté l’option d’une intégration à l’Europe. Un clash armé serait assez de son goût pour rallier les croyants à lui. Il n’est pas exclu que ses tentatives d’allumer chez nous des foyers de guerre civile, comme il en suscite chez lui, exprime – de façon consciente ou non – sa volonté mégalomane de gloire dans la vengeance.

* 24 octobre – Haschich stratégique

Brèves des jours précédents

Ankara et Athènes ont accepté d’annuler des exercices militaires prévus en Méditerranée la semaine prochaine, qui risquaient de tourner à la confrontation. Un petit espoir se fait jour, pour l’Otan, d’apaiser les tensions en Méditerranée orientale, tensions dont ce blog a rendu compte. Au sein de l’Alliance, l’Allemagne a joué un rôle particulier pour résoudre les contentieux territoriaux entre les deux pays. On semble être passé très près d’une armée : la veille encore, l’Otan avait condamné la veille l’escalade des provocations (turques) et demandé aux deux pays membres de se conformer au droit international pour régler leurs différends. La Grèce accuse la Turquie de violer le droit maritime international en menant des explorations gazières dans une zone disputée par les deux pays, mais la Turquie, qui n’a pas adhéré à la Convention sur le droit de la Mer, estime pouvoir agir à sa guise et revendiquer des droits ‘’géographiques’’, une façon de se soustraire à l’ensemble de ses obligations juridiques. Dans l’immédiat, cesser les déclarations incendiaires, est le prérequis exigé par l’OTAN avant de traiter l’affaire sur le fond. Le fond, c’est aussi une propension du président Erdogan à jouer un jeu trouble par rapport aux puissances européennes et à l’Alliance elle-même. Comme pour manifester sa capacité de nuisance à leur égard, la Turquie a procédé ces jours derniers à un test du système de défense aérienne S-400 acquis auprès de la Russie et conçu pour abattre les avions de l’Alliance. Commentaire de celle-ci : ‘’cela risque d’avoir des conséquences graves pour nos relations de défense’’.
On retrouve cette ’’agitation stratégique’’ dans l’implication du dictateur turc – par miliciens syriens interposés – dans l’opération azerbaïdjanaise de reconquête du Haut Karabakh. Elle s’accompagne d’une fourniture massive de drones tactiques qui met en difficulté les combattants pro-arméniens. Erdogan renoncer a-t-il à des gains militaires sur ce front lointain, à l’heure où ses médiocres performances sur la scène intérieure le poussent à flatter le nationalisme des Turcs par des hauts faits militaires ? Partout où elle s’engage militairement, la Turquie sème le trouble et la guerre. Acteur régional puissant mais toxique, elle paraît n’accepter un retour de la paix qu’à son seul avantage.

* 23 octobre – Le biais chinois pro-Trump

* 23 octobre – Le biais chinois pro-Trump. On l’a vu dans la brève d’hier, la Russie de Poutine s’accommoderait parfaitement d’une réélection de D. Trump et, en sous-main, elle la favorise. Dans un contexte bien différent, on pourrait penser que Xi Jinping, pour la Chine, est sur la même ligne pragmatique  : celle de la préférence pour un ‘’ennemi’’ sanguin, sans vision cohérente, mais facilement manipulable. L’ennemi profond serait plutôt le Congrès, accroché à ses prérogatives en matière de commerce et fondamentalement anti-chinois. Qui aura séjourné outre-Atlantique au tournant du siècle, aura pu déjà sentir ce fort ressentiment de la classe politique américaine à l’égard du challenger asiatique au sacro-saint leadership yankee.

L’entrée tumultueuse de la RPC à l’OMC, en 2004, loin de lisser les comportements chinois aux normes libérales du multilatéral, a surtout exacerbé les égoïsmes et les contentieux.  L’arrivée au pouvoir de Xi Jinping a marqué une forte rupture d’avec le pragmatisme plutôt accommodant prôné par Deng Xiaoping vis-à-vis de l’Occident, dans l’ordre économique et même politique international. Mégalomane, cassant, despotique et profondément ancré dans les archaïsmes idéologiques  de l’époque maoïste, le nouveau secrétaire général a fait entrer le commerce dans la sphère, ultra-nationaliste et de plus en plus agressive, de la propagande et de l’idéologie. En gros, tout gain arraché sur l’Occident (Europe comprise) serait une juste revanche sur l’humiliation passée de l’épopée des canonnières.

Si l’auteur de ‘’l’art du deal’’ a multiplié les torsions de bras et les menaces de sanction pour arracher des compensations sectorielles à l’abyssal déficit de son pays – et il n‘est guère critiqué pour cela par le Congrès, au diapason – il n’a jamais compris, encore moins dénoncé le ‘’grand plan’’ de la direction chinoise. Celui-ci vient de loin. Il a été initié par un mouvement de sortie des institutions de Washington (FMI, BIRD) et la mise en place de substituts régionaux comme la Banque asiatique d’investissement. Les  »nouvelles routes de la soie » en ont été la phase suivante, qui subordonneront une part conséquente du développement mondial à la domination financière et politique de la Chine et déconstruit l’architecture multilatérale actuelle.  Le plan quinquennal qui sera publié par Pékin l’an prochain visera à dégager l’économie chinoise de sa dépendance aux marchés occidentaux et, réciproquement, à consolider l’hégémonie chinoise sur le bloc asiatique. Certes, Trump est rude avec Pékin, il multiplie les négociations économiques au bord du gouffre, cherche parfois à monnayer les droits de l’Homme au Turkestan chinois ou ailleurs contre tel ou tel marché juteux dans l’un de ses fiefs électoraux, il se montre sans pitié dans la concurrence technologique (Huawei) mais ne propose strictement rien en réponse à ce que le PC appelle ‘’le renouveau de la Nation chinoise… face aux forces hostiles de l’Occident’’. Il est donc le candidat le moins dangereux et le plus manipulable pour la Chine, un histrion qu’il suffit d’alimenter en ‘’deals’’.

* 22 octobre – Démocraties menacées

Brèves des jours précédents

On dit parfois que l’élection présidentielle aux Etats Unis porte des effets si puissants sur les affaires du monde que beaucoup de citoyens ou d’institutions étrangers seraient tentés d’y participer. Le scrutin de novembre 2016 a, de fait, été marqué par des manipulations, depuis l’extérieur, contre Hillary Clinton. Apparemment, la machine russe de guerre psychologique est de nouveau à l’œuvre pour perturber le vote du 3 novembre. Il s’agirait de troubler, voire de menacer, des électeurs démocrates, pour favoriser la grande pagaille dont Trump pense avoir besoin pour faire chavirer l’échéance citoyenne dans la contestation générale. Un moyen de rester au pouvoir contre le choix démocratique de la population.

Ainsi, le patron de l’agence nationale de renseignement (NIA ) américaine, John Ratcliffe, et son collègue du FBI, Chris Wray, accusent Moscou d’avoir siphonné, dans ce but, des registres de données personnelles sur des listes électorales américaines .
L’annonce est à mettre au conditionnel mais elle est cohérente avec la pratique des hackers et des trolls russes. Elle amplifie encore l’inquiétude, palpable aux Etats Unis, quant aux attaques portées à l’intégrité de la démocratie et aux campagnes de désinformation qui faussent la liberté d’opinion. Des électeurs démocrates s’inquiètent d’avoir reçu des e-mails menaçants de la part du groupe d’extrême droite ‘’Proud boys’’ (en fait, les services russes), les ciblant comme enregistrés en tant que démocrates. ‘’Nous avons accès à l’infrastructure électorale tout entière’’… ‘’Vous allez voter Trump ou vous aurez affaire à nous. » Encore une fois – et c’est important – l’objectif est de faire dérailler l’exercice-même de la démocratie et non pas de faire triompher Trump par les urnes. Ceci correspond d’ailleurs au plan du président en exercice. D’une pierre, deux coups.
Les récentes révélations sur les ‘’Macron leaks’’ de 2017, comme, l’année précédente, les interférences russes dans la campagne sur le Brexit montrent que la stratégie de destruction de la démocratie conduite par les services de renseignement russes ne se limite pas aux seuls Etats-Unis. Six agents du renseignement militaire russe (GRU) ont été inculpés in absentia devant une cour américaine. L’offensive de Poutine cible les grandes nations encore libres. Beaucoup de démocratures ou de dictatures de moindre taille s’en réjouissent discrètement. Une calamité populiste veut, qu’à l’abri de nos confortables institutions, certains irresponsables au sein de notre société approuvent ce travail de destruction, qui apporte comme une résonnance à leur inépuisable colère.

* 21 octobre – Drôles de guerres

Brèves des jours précédents

A moins de deux semaines du scrutin américain du 3 novembre, la géopolitique aborde une zone de turbulences accrues ?  Le moment va se prêter à des démonstrations de force et des écarts de conduite que favorisera le repli des Etats Unis sur leurs propres déchirements internes. Autant dire que pour les ‘’joueurs’’ de mauvais coups, les Erdogan, Poutine, Kim Jong-un, Xi Jinping etc., pour les groupes mercenaires ou les jihadistes de tous poils, une fenêtre d’opportunité et d’impunité va s’ouvrir. Sans exagérer la capacité stratégique de Washington à faire obstacle ou contrepoids aux faiseurs de crise, ni taire le désastre auquel se résume la politique extérieure de Donald Trump, la sensation de vide, donc d’impunité, créera de l’instabilité.

Ainsi, la Chine populaire célèbre avec faste l’unique confrontation militaire qui l’ait opposée aux Etats Unis. L’épisode remonte au lancement, le 19 octobre 1950, de l’immense vague des ‘’volontaires chinois’’ (déjà ce biais de ne pas assumer un état de guerre déclarée) contre les troupes du général MacArthur, alors à l’apogée de leur offensive contre les troupes communistes nord-coréennes. Défensive ou non, l’intervention chinoise a défait l’armée onusienne (essentiellement, américaine), avant que le débarquement de nouvelles troupes, à Inchon, dans le nord-Ouest de la Péninsule, ne rétablisse le statu quo initial de la ligne de front. Cet affrontement très dur n’était plus évoqué publiquement. Qu’il le soit à nouveau aujourd’hui est assez significatif de la ‘’drôle de guerre’’ qui se joue entre les deux géants. Pékin lance clairement une forme de mise en garde aux Etats Unis comme pour inhiber par avance leur réaction.

Dans ce contexte, on pense forcément à l’enjeu national majeur et à la proie que constitue Taiwan. Xi Jinping fait monter le niveau d’agressivité, depuis des mois, à l’égard de » l’ïle nationaliste » (dans les faits, une nation démocratique) et ses armées multiplient à son encontre les frictions militaires, comme pour étayer la thèse d’un conflit de basse intensité qui serait déjà en cours. La diplomatie de Xi, réorganisée autour de cadres dogmatiques, s’en mêle aussi et on l’a vue, par exemple, à Suva (îles Fidji) faire irruption dans la célébration du double 10 (naissance de la république chinoise en 1911) pour agresser les participants. Le motif en était que ‘’la décoration du gâteau d’anniversaire n’était pas celle du drapeau communiste’’. Les scénarii de montée de la tension pourraient être multiples, mais, parmi eux, une opération de conquête des îlots taiwanais de Mazu, des Pescadores, des petites Liuqiu créerait un sérieux handicap pour le dispositif défensif de Taiwan. A partir de là, les 25 millions d’habitants de l’Ile pourraient se voir soumis à blocus, une catastrophe économique, voire un risque de famine pour cette économie totalement intégrée au commerce mondial. Les investissements industriels  taiwanais sur le Continent, en position dominante dans certains régions côtières développées, pourraient être confisqués dans la foulée. Sans aller jusqu’à envisager une invasion militaire de toute l’ancienne Formose, promise à une résistance acharnée, une agression de ce type lancerait un énorme défi à l’ONU (où Taiwan ne siège plus depuis 1971), aux Etats Unis et aux nations attachées à la Paix et au Droit.