*29 septembre – Bombe à retardement, dans le Caucase

Brèves des jours précédents

Voilà que les spasmes d’agonie de l’Union soviétique se rappellent à nous, comme si le Moyen Orient, la Biélorussie, la fantasia turque et les tourments de l’Afrique … sans oublier la pandémie Covid… ne suffisaient pas ! Depuis deux jours les bombardements se déchainent dans le Caucase entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, faisant des victimes et laissant craindre, au-delà-même des protagonistes directs, l’embrasement complet de la guerre pour l’enclave montagneuse du Haut Karabakh. La France, la Russie et l’OTAN ont appelé à la cessation immédiate des hostilités dans ce territoire contrôlé par l’Armée arménienne.

Les manipulations territoriales staliniennes pour semer la division entre les républiques fédérées ont des effets durables. On a un peu oublié que depuis les années 1990, le conflit, qui a fait 30.000 morts, ne s’était jamais éteint entre l’Arménie – qui soutient la sécession de ses coreligionnaires et frères ethniques du Haut Karabakh – et l’Azerbaïdjan, au sein duquel l’enclave arménienne a été intégrée. Erevan a changé de leader, à la suite de sa ‘’révolution de velours’’ du printemps 2018. Nikol Pachinian, comme son homologue azerbaïdjanais, Ilham Aliyev, peinent à s’extraire du post-soviétisme et restent tentés par l’aventure militaire. Ceci, sous l’œil tolérant de leurs parrains respectifs : Moscou, pour les catholiques apostoliques (fortement ancrés dans leur alignement géopolitique) et Ankara, pour l’Etat turcophone, privé d’une partie de son territoire. R.T. Erdogan proclame déjà son pays prêt à soutenir ‘’par tous les moyens, le pays frère’’. Erevan, de son côté fait état de l’envoi par Ankara d’armements et de mercenaires sur le théâtre des combats. La surenchère n’est pas loin.

Le groupe de Minsk créé par l’OSCE et créé par la France, la Russie et les États-Unis en 1992 pour solder le conflit avait produit une sorte de cessez-le-feu bancal en 1994. Il est désormais oublié et a été totalement rompu en 2016. Sera-t-il réactivable ? Pour l’UE, Josep Borrell multiplie les contacts en ce sens avec les protagonistes, sans grand espoir de les raisonner. De plus, le Conseil de sécurité des Nations Unies se réunit d’urgence à huis clos. Du fait de’’ l’absence’’ américaine dans ce forum, les belligérants, qui ont aussi reçu des appels de E. Macron, se sentent les mains libres. Pour l’OSCE, c’est une ultime occasion de montrer qu’elle existe et qu’elle pourrait servir la paix. Mais sa médiation, récusée récemment dans la crise biélorusse, ressort d’une culture de la détente qui n’est hélas plus dans l’air du temps.

*28 septembre – Théâtre

Brèves des jours précédents

En règle générale, les vérités sont plutôt bonnes à dire. Encore, en fonction de sa propre situation de partie, de juge ou d’observateur, celui qui les exprime peut avir à y mettre les formes ou simplement à s’en distancier un peu. Ce n’est pas le choix qu’a pris le président français vis-à-vis de la classe politique libanaise. Celle-ci se voit dénoncée comme coupable d’une ’’trahison collective’’ de ses engagements envers les Libanais et envers E. Macron. Elle fait ‘’honte’’ à ce dernier. Un ultimatum de quatre à six semaines lui est imposé pour former un gouvernement de techniciens… et disparaitre.

Car c’est bien de son effacement général qu’il s’agit, avec un accent particulier mis sur le Hezbollah, dont il est exigé qu’il renonce à son emprise militaire sur l’Etat et à son affiliation iranienne. Rien que ça, même si, sur le fond, on se doit d’approuver l’intention ! Cet effet théâtral cache-t-il l’échec de l’implication extrême et très personnelle du premier des Français, après deux visites spectaculaires à Beyrouth destinées à mettre chacun devant ses responsabilités ? En tout cas, sa tentative de la dernière chance pour empêcher l’effondrement total du Pays du Cèdre étonne par sa brutalité et par le peu de cas fait de la souveraineté d’un Etat, certes empêtré, mais en principe toujours souverain. On chercherait en vain dans l’Histoire un précédent de classe politique clanique et corrompue qui se serait suicidée pour satisfaire à l’intérêt général et à l’attente d’un observateur extérieur. Et comment se comporteraient les techniciens appelés à s’y substituer, sinon en nouvelle caste dirigeante, elle aussi accrochée à ses privilèges ? Car c’est bien les rentres qui font vivre et le népotisme qui assure la stabilité des élus, anciens ou nouveaux.

De plus, l’engagement militaire du Hezbollah contre Israël (et contre ses propres adversaires politiques) légitime durablement celui-ci aux yeux d’une majorité des Chiites du Liban. Faire table rase de ces réalités profondément ancrées, suggère qu’on ait recours à la violence et l’imprédictibilité d’une révolution populaire, à laquelle E. Macron n‘adhère sans doute pas et qui dégénèrerait forcément en guerre civile, dans le grand conflit régional actuel. De façon étrange, le président français ne paraît pas avoir mesuré les énormes dangers jalonnant sa croisade libanaise. Il se contente d’essayer de se protéger sous le bouclier des Nations-Unies, paré duquel il reviendra à Beyrouth fin-octobre.

A l’opposé de l’affaire libanaise, il part aujourd’hui en terre balte après avoir hésité un mois durant à demander – poliment – le départ du dictateur Loukachenko. Il ne pouvait pas dire moins pour recueillir quelques applaudissements à Riga et à Vilnius pour un bien plus modeste théâtre.

* 26 septembre – Pacte avec le diable ?

Brèves des jours précédents

A quelques semaines de la présidentielle américaine, Vladimir Poutine propose à Washington un échange de  »garanties mutuelles » dans le domaine numérique : ‘’l’un des défis majeurs du monde contemporain est le risque d’une confrontation d’ampleur dans le domaine numérique ‘’.

Le grand praticien de la ‘’guerre hybride’’ ( infox sur les réseaux sociaux, déstabilisation des dirigeants, intrusion dans le jeu démocratique des Etats ciblés, brouillage des esprits pour créer ’’ l’indifférence civique’’) en sait quelque chose. Alors qu’il est régulièrement accusé de s’immiscer dans les élections des pays occidentaux, avec un évident succès en 2016 (campagnes pour le Brexit et pour l’élection de D. Trump), cette proposition de non-ingérence dans les media électroniques, formulée sur le site internet du Kremlin, ressemble un peu à l’offre que ferait un pyromane de partager avec ses victimes les services de sa brigade de pompiers. On a beaucoup de mal à y voir de la sincérité et on pourrait même soupçonner un petit service rendu à la réélection de Trump. Au-delà du partenaire et souffre-douleur américain, qui n’a besoin de personne pour se déstabiliser tout seul, le pacte de Poutine serait destiné au reste du monde. Il viserait ainsi à placer la Russie au cœur du système mondial de l’information, ouvrant la perspective qu’elle en assure – avec maestria – la manipulation globale.

Ce serait aussi un mauvais coup porté à l’UNESCO et au système des Nations-Unies, imparfait mais tellement plus démocratique et pluraliste que le FSB russe pour traiter du droit à l’information et de la liberté professionnelle des journalistes !
Ce projet d’accord mondial, par lequel les Etats s’engageraient à ne pas lancer la première frappe numérique, sert accessoirement de diversion aux menées guerrières de la Russie à l’Est de l’Europe, en Afrique et au Proche-Orient. De même, à la pesanteur de sa mainmise stratégique sur la Biélorussie en pleine ébullition démocratique. Eclipserait-elle un peu son évidente responsabilité dans la tentative de meurtre du principal opposant du Kremlin, Alexei Navalny ? Qui voudrait d’un tel hochet empoisonné ?

Les proto-Etats et leurs besoins en armement

Trop primitif, un proto-État ne réunit pas, par définition, toutes les caractéristiques propres aux États modernes. Le terme est utilisé par les historiens pour désigner une organisation politique et sociale intermédiaire entre l’organisation de type communautaire (clans, tribus, chefferies, royautés pré-étatiques, etc.) et l’organisation politique de type étatique. Sa reconnaissance par la communauté internationale n’est que partielle, le plus souvent en raison de relations et de soutiens extérieurs conflictuels ou de comportements perçus, par d’autres Etats, comme hors-la-loi.  Le concept n’est pas nouveau mais il  gagné en importance sur l’échiquier géopolitique et mérite une rubrique dans ce blog. Voici un emprunt fait à Patrick Michon, un haut-fonctionnaire spécialiste reconnu de géopolitique et pour moi, aussi un voisin amical. L’article est publié dans le n° 202 de la Revue de la Défense nationale  »– Les proto-États – et leurs besoins en armements – » Patrick MICHON

 »1- Un État est reconnu comme tel par le droit international dès qu’il remplit quatre critères principaux :

– disposer d’un territoire défini, d’une communauté humaine, d’un gouvernement, et des relations diplomatiques avec d’autres États. D’autres références de souveraineté s’y ajoutent :

*Une symbolique : drapeau, hymne, armoiries, monnaie, poste, timbres, décorations ;

* Un corpus de lois et règlements, y compris des codes judiciaires et civils ;

* Un système de recouvrement d’impôts et taxes ;

* Des forces armées de sécurité, Armée et Police, Gendarmerie pour assurer la sécurité, voire lasurvie de l’état et de la population et qui disposent ainsi de la violence (légitime?) ;

Les proto-États, dont les structures sont trop incomplètes pour être qualifiées d’État, naissent à la suite de rebellions contre une autorité centrale. Soit le proto-État achève son développement et devient un État reconnu comme tel par la communauté internationale, soit il dépérit et est réintégré de gré ou de force dans la structure étatique dont il voulait se séparer. Pour s’imposer dans leur quête d’indépendance, ils doivent impérativement équiper leurs forces armées des matériels nécessaires. L’approvisionnement de ces armes reste complexe, et est de plusieurs niveaux :

* La plus fréquente est la récupération, le vol, l’achat d’armes aux déserteurs de son adversaire ;

* L’achat, car certains pays, que nous pouvons qualifier de  »voyous », parmi lesquels ont figuré la Corée du Nord, l’Iran, le Soudan, livrent contre finance des armements à qui le veut.

* Les dons de matériels par des pays soutenant (directement ou non) ces proto-États, éventuellement associés à l’envoi de militants ‘volontaires’ ;

* Plus récemment, la militarisation de matériels civils ; Il est facile de transformer des drones de loisir ou de travail aérien en drone kamikaze. Les pesticides peuvent eux être modifiés en armes chimiques.

* La mise en place d’une amorce d’industrie de défense. Cette proto-BITD peut être à même d’effectuer la fabrication d’armes individuelles, de véhicules blindés légers, de vedettes rapides et (rarement) le maintien en condition d’une proto-force aérienne. Les difficultés d’approvisionnement des proto-États en armement sont souvent la raison de leur destruction.

– Quelques exemples (non limitatifs) de proto-États, et  leurs sources d’armement :

En Europe, la dislocation de l’Union Soviétique en 1991 a conduit à la création de nombreux états aux frontières héritées de celles définies dans les années 1920 par Iossif V. Jougachvili, Commissaire aux nationalités de l’URSS, plus connu sous son pseudonyme de Staline. Les frontières des républiques ont été sciemment définies de façon que toute ethnie soit répartie sur le territoire de plusieurs républiques; Aucune république ne soit peuplée d’une seule ethnie; Une ethnie majoritaire dans une république soit indirectement contrôlée par des ethnies hostiles; soit pour des raisons culturelles, civilisationnelles ou historiques. Les indépendances ont réveillé ces antagonismes, aboutissant à plusieurs proto-États.

*Aux dépens de la Géorgie, mais avec le soutien de la Russie, ont été constitués la République d’Abkhazie et la République d’Ossétie du Sud (ou Alanie). De même les Républiques Populaires du Donetsk et de Lougansk servent de moyens de pression de la Russie sur l’Ukraine. La République du Haut-Karabagh a été détaché de l’Azerbaïdjan par des milices pro-arméniennes. Ces proto-États reçoivent leurs armements de leurs parrains russes ou arméniens. La République Moldave du Dniestr (Pridnestrovie ou Transnistrie) coincée le long du fleuve Dniestr entre la Moldavie et l’Ukraine, nous intéresse particulièrement, c’est un arsenal oublié lors du démantèlement de l’URSS, fournissant dans les années 90 tous les armements (essentiellement terrestre), notamment à destination des Balkans lors des guerres de l’ex-Yougoslavie. Si actuellement 20.000 tonnes d’armement (désormais largement obsolète) y restent stockées, ces activités ‘commerciales’ seraient aujourd’hui terminées.

* La République Turque de Chypre du Nord (RTCN) est un proto-État, dont l’origine en 1974 est l’Opération Attila menée par la Turquie. Celle-ci favorise l’installation de ‘colons’ anatoliens pour augmenter la population turque face à la majorité grecque repliée au Sud de l’Île. Le conflit est gelé depuis 45 ans, la Turquie assure directement la défense de la RCTN face à la République de Chypre.

* Le Kosovo était constitué en proto-État depuis 1990. En 1997, l’UCK, ou Armée de Libération du Kosovo, profite du pillage des arsenaux albanais pour s’équiper et entreprendre une campagne de guérilla contre l’armée et la police serbes. La répression serbe provoque une insurrection massive. Craignant une extension du conflit, les pays occidentaux interviennent, et justifient une campagne de bombardement massif sur la Serbie par un prétendu plan serbe « Fer à Cheval » de purification ethnique anti-kosovar, un faux préparé par la Bulgarie et avalisé par l’Allemagne. L’OTAN oblige la Serbie à quitter le Kosovo, qui est mis sous l’administration des Nations unies, avant de déclarer en 2008 une indépendance unilatérale. Voici un exemple de proto-État devenu un état indépendant, reconnu par 93 pays, même s’il n’est toujours pas admis à l’ONU.

* La Catalogne sera t’elle le prochain proto-État européen ? D’autres mouvements centrifuges pourraient survenir en Ecosse, en Flandre, au Pays Basque, ….

En Afrique également les pays dont les indépendances ont été obtenues entre 1950 et 1965 n’ont pas échappé à la malédiction des rebellions.

* La République Sahraouie ou Sahara occidental était une colonie espagnole revendiquée à la fois par le  Maroc et par le Front Polisario qui y proclame en 1976 la République arabe sahraouie démocratique (RASD). L’objectif du Polisario, soutenu par l’Algérie qui utilise ce différent comme un abcès de fixation, est l’indépendance totale du Sahara occidental. Il en découle une longue guerre des sables, le Maroc s’abritant derrière un Mur de sable devenu la frontière de facto. Le conflit est gelé depuis un cessez-le-feu en 1991. Le Maroc contrôle et administre 80 % du territoire, le Front Polisario contrôle les 20 % restant. L’armement du Front Polisario provient de prises de guerre sur les Forces Armées Royales marocaines, dont des chars Kürassier SK 105, et aussi des ‘dons’ de l’Algérie, dont des missiles anti-char et surtout anti-aériens, afin de faire face à la maîtrise de l’air de l’Armée marocaine.

* Le Somaliland est un cas de proto-État plutôt réussi. Anciennement britannique, le Somaliland devenu indépendant en juillet 1960, et reconnu comme tel par une trentaine d’États, le Somaliland fusionne avec la Somalie ex-italienne pour former la Somalie. Une rébellion qui y éclate au début des années 1980. est brutalement réprimée, occasionnant 50.000 morts, 500.000 réfugiés, sur un million d’habitants. La seconde indépendance, proclamée le 18 mai 1991, n’a jamais été́ reconnue par la communauté́ internationale. Aujourd’hui, la démocratie semble implantée au Somaliland, avec une société civile pauvre, mais relativement apaisée, et des élections libres. Le proto-État doit sa survie à la récupération des armes sur l’armée de la Somalie, qui est devenu un état failli depuis le coup d’état de 1991, et qui demeure dans un chaos permanent. Dans cette situation, tout se vend, tout s’achète, et surtout les armes individuelles, en particulier les Kalachnikovs devenues emblématiques. Les milices rivales qui règnent n’ont aucun scrupule à alimenter les provinces sécessionnistes, la Somaliland ayant inspiré d’autres régions, dont le Puntland. Intéressés par la pérennité du proto-État, les Émirats Arabes Unis (EAU), ont signé avec le Somaliland en 2017 un accord prévoyant la construction dans le port de Berbera d’une base navale et aérienne sur 25 ans. En contrepartie, les EAU fournissent au Somaliland avec une aide militaire.

* Boko Haram, qui était à l’origine une secte hostile à toute influence occidentale, est un devenu mouvement insurrectionnel terroriste salafiste originaire du nord-est du Nigéria, et s’étendant désormais dans les pays voisins limitrophes du Lac Tchad (Niger, Tchad, Cameroun). Si Boko Haram a pour objectif d’instaurer un califat à l’image de Daesh, il n’a cependant pas dépassé le stade d’une rébellion, et ne peut encore être considéré comme un proto état. Le vol ou même l’achat des armes aux forces armées des pays qui le combattent sont les sources d’armement de Boko Haram.

* L’État du Katanga est le nom pris par la riche province du Katanga, déclarant unilatéralement son indépendance vis-à-vis de la République démocratique du Congo, de deux semaines après l’indépendance de celui-ci. Pour assurer la protection de ses nombreux ressortissants présents dans la province, la Belgique reconcentre des troupes au Katanga. Moïse Tshombe, le dirigeant du nouvel état, s’appuie sur la puissante Union minière du Haut Katanga (UMHK) et sur l’aide militaire et logistique belge. Les sécessionnistes bénéficient également du soutien peu discret de la France, et de l’appui de la Fédération de Rhodésie-Nyassaland. L’État du Katanga émet sa monnaie, créé sa police, et se dote des symboles d’état, dont un drapeau, une constitution, une monnaie. L’État du Katanga garde de nombreux cadres techniques et conseillers belges, et renforce la Gendarmerie katangaise en faisant appel à̀ des mercenaires européens. Les moyens en armes lui sont fournis par la Belgique et la France, y compris trois Fouga Magister (ex-Belge) armé de mitrailleuses qui lui assure momentanément la maitrise du ciel. Cependant, l’État du Katanga ne sera jamais reconnu par l’ONU, car les deux superpuissances del’époque, États-Unis et URSS, se retrouvent sur une doxa anticoloniale. Le Conseil de sécurité des Nations unies demande le retrait des Belges et des mercenaires européens.

Le 21 février 1961, le Conseil de Sécurité́ de l’ONU décide d’envoyer des casques bleus afin de «rétablir l’ordre au Congo ». À la fin de l’année, l’armée gouvernementale congolaise et les troupes de l’ONU (Suède, Inde et plus de 20 autres pays) lancent une offensive. Le Secrétaire Général de l’ONU, Dag Hammarskjöld, trouve la mort dans un accident d’avion assez suspect. En décembre 1962, les forces de l’ONU prennent le contrôle d’Élisabethville, capitale du Katanga. Moïse Tshombe se réfugie à Kolwezi, puis se rend et obtient l’amnistie pour lui-même et ses partisans le 15 janvier.

* La République du Biafra était, entre 1967 et 1970 un État sécessionniste situé dans la partie sud-est du Nigéria, la plus riche en réserves d’or noir. Les tensions entre les différents peuples du Nigeria affectent alors gravement la vie politique de ce pays qui a obtenu son indépendance en 1960. L’année 1966 est marquée par plusieurs coups d’État sanglants. Majoritaires dans une région de l’est du pays, les Ibo répliquent à la confiscation de leurs ressources pétrolières par la proclamation de la République du Biafra le 30 mai 1967. La guerre civile commence alors, le Nigeria effectue le blocus du Biafra qui entraîne une famine dévastatrice dont sera victime des centaines de milliers d’habitants de la région sécessionniste. Les Forces Armées du Biafra sont mal alimentées en équipements par un ‘pont aérien’ famélique dont les avions cargo se posent sur des portions de route dans la forêt équatoriale, et sont des cibles faciles à l’aviation nigériane. Le Biafra dispose certes de quelques avions, pilotés par des mercenaires. Mais ces appareils, des avions légers d’entrainement sommairement armés de roquettes air-sol, ne peuvent inverser le cours de la guerre. La tragédie devient une cause internationale, où interviennent les French Doctors de MSF. La fin des combats et la signature de la capitulation du Biafra à Lagos, le 15 janvier, marque l’échec et la disparition du proto-État.

* Le 11 novembre 1965, la Rhodésie du Sud, sommé d’adopter une loi électorale donnant le pouvoir politique à la majorité indigène, proclame unilatéralement son indépendance sous le nom de République de Rhodésie vis-à-vis de la Grande Bretagne. Face à des rebellions soutenus par les pays dit de la ligne de front et par l’URSS, la Rhodésie met sur pied une véritable industrie de défense et développe, entre autres, une gamme complète de véhicules blindés protégés contre les mines, l’arme principale des guérilleros. Cette l’architecture mécanique originale de Mine Protected Vehicles (MPV) a été reprise ultérieurement en Afrique du Sud et même aux USA, soumis aux mêmes menaces en Afghanistan. La République de Rhodésie disparaitra en 1980, avec les accords de Lancaster-House, donnant naissance au Zimbabwe.

En Asie, depuis 1945, trois proto-États sont apparus, deux ont été réabsorbés dans leur structure d’origine, un seul est devenu un état.

* L’Eelam tamoul avait pour objectif de séparer de la majorité cingalaise (bouddhiste) la population tamoule (hindouiste) implanté au nord et à l’est de Sri Lanka. Le LTTE (Liberation Tigers of Tamil Eelam), branche militaire de ce proto-État a mené 5 guerres entre 1983 à 2009 à l’état central en utilisant largement une tactique d’attaques suicides. Le mouvement organisa aussi un réseau international complexe pour se financer et pour acquérir des armes. Dans les zones contrôlées par le LTTE, la création de nombreux ateliers permettait de produire des armes et des munitions certes rustiques, mais efficaces dans une guerre asymétrique. Outre une variété de mines et de grenades, ses techniciens développèrent des mortiers de différents calibres, de technologie sommaire, mais performants. Les premières générations de mortiers mettaient les garnisons gouvernementales sous pression par des tirs de harcèlement. En 1990, le LTTE déploya un nouveau modèle, le Pasilan 2000, capable de projeter des charges de 30 kilos à un kilomètre. La capacité des ateliers du LTTE s’accru jusqu’à la production de lance-roquettes multiples (LRM). Le tsunami du 26 décembre 2004 a été le tournant de la guerre, les principales bases des Tigres ayant été submergée par la vague venue de Sumatra. Cet évènement change le déroulement de la guerre, car les bases du LTTE sont dévastées par la vague, et les forces du Sri Lanka reprennent l’avantage sur le LTTE, définitivement vaincu en 2009.

* Aceh, la région la plus au Nord de la grande ile de Sumatra, a été aussi un proto-État de 1976 à 2005, dont les motivations étaient essentiellement religieuses. A l’indépendance de l’Indonésie en 1949 Aceh obtient un statut de province autonome, mais le caractère non-islamique de la république d’Indonésie est rejeté par une population très attaché à un Islam rigoriste. En 1976, le Mouvement pour un Aceh libre (Gerakan Aceh Merdeka) est fondé. En 1990, le gouvernement indonésien du Général Suharto déclare Aceh « zone d’opérations militaires », et le cycle rébellion-répression fait au minimum 9.000 morts. Cette révolte ‘du pauvre’ se fait en utilisant des moyens primitifs, ‘coupe-coupe’, Engins Explosifs Improvisés (EEI) et ‘kalachnikovs’ pris sur les troupes indonésiennes peu motivées, voire acquis à des déserteurs. Avec la chute de Suharto en 1999, l’Indonésie pense pouvoir régler ce conflit qui ensanglante la province depuis 1976 en acceptant l’introduction de la charia en Aceh, mesure populaire. Mais c’est le tsunami de décembre 2004 qui ici aussi permet de « pacifier » la province rebelle.

* Le Timor-Oriental (ou Timor Este) est la partie orientale de l’Ile de Timor. Originellement Timor Este était une colonie portugaise durant près de quatre siècles, jusqu’à la révolte des œillets qui amorça la fin de l’empire colonial portugais. L’Indonésie, avec le soutien des USA, profita de ces évènements survenus à Lisbonne, envahi le territoire en décembre 1975, et l’annexe en 1976. L’invasion indonésienne et la violence de sa prise de contrôle sont responsables de 100.000 et 200.000 morts, sur une population totale d’un million d’habitants. La révolte qui suivi aboutit à un proto-État. Celui-ci, conscient de la disproportion des capacités militaires, utilise d’avantage l’action diplomatique que la lutte armée, qui comme à Aceh, est technologiquement primitive, machettes et fusils de chasse. Profitant des troubles politiques en Indonésie, l’ONU impose et organise un référendum d’autodétermination en août 1999 aboutissant à la pleine indépendance du Timor Este en 2002, qui devient dès lors un état de plein droit !

Conclusion :

Les proto-États, pour survivre et se développer jusqu’au statut d’Etat doivent impérativement assurer leur sécurité sur les frontières revendiquées. L’accès à des sources sûres d’armement leur est indispensable, Mais la création d’une industrie de Défense (proto-BITD) est délicate, hors la militarisation d’équipements civils. De ce fait, l’appui (discret ou non) d’un pays étranger reste nécessaire, mais il n’est pas suffisant pour que le proto-État atteigne ses objectifs ! ».

Notes du blog : avant de créer un proto-Etat dans son jardin, bien se renseigner sur les précédents. Faire du tourisme dans un proto-Etat expose à des complications.

Mars 2020, paroxysme d’un siècle super !

Descendez donc la chronologie de mars 2020, ce mois de basculement d’un monde plutôt méchant et médiocre vers l’impensable universel. Vous pouvez aussi remonter le cours « colapsmatique »  des évènements et revivre vos instants de sidération, en commençant ces annales par le bas de page. Vous êtes dans l’Histoire à l’état pur !

Il paraît que 60 % des gens devraient y faire escale

* 31 mars – Et de deux ! Jusqu’alors, le Vieux continent ne comptait qu’une dictature absolue, sans faille, monolithique : le Belarus ou, plutôt, la Biélorussie, sous la férule impitoyable du grandissime Alexandre Loukachenko. On essayait de « n’y penser pas trop » (emprunt à Charles Trenet). Minsk essaime désormais à Budapest, où le quidam-premier ministre, Viktor Orban, débranche les institutions et se fait accorder les pleins pouvoirs, dans tous les domaines et jusqu’à plus soif. Il compte sur le Big brother polonais, Jaroslaw Kaczynski, pour faire veto aux remontrances de l’UE envers son autocratie. Mais Bruxelles, submergée comme Budapest par le Covid-19, a sûrement d’autres chats à fouetter (ceci-dit, je déteste qu’on s’en prenne aux chats). La peste brune se rapproche de nos frontières fermées. Elle n’en contamine pas moins les esprits.

* 30 mars –Damnés de la terre. Manifeste dès les « printemps » des peuples de 2011, l’exode des populations victimisées du Moyen-Orient n’a été perçu par nos autorités et nous-mêmes que quatre ans plus tard, quand la vague a atteint son pic. Depuis, nos dirigeants n’ont eu de cesse de disperser les « mal-venus » dans l’illégalité, la clandestinité, les mesquineries de toutes sortes pour empêcher tout « appel d’air », tout en vantant leur humanité. Ce sont des centaines de milliers de damnés qui se retrouvent privés de tout (car très peu ont été reconduits chez eux : c’est pratiquement impossible). Ils forment un immense réservoir à virus (une méga-bombe !), à désespoir, à maladies physiques et dépressives, à exploitation éhontée. Comme pour les SDF, les prisonniers, les personnes dépendantes, le langage de la commisération et de la bonne conscience crée l’illusion de s’inquiéter pour eux. Faut-il continuer à s’en tenir aux mots insincères ? Dans l’urgence, un double choix s’impose à l’égard des exilés : les garder parmi nous, protéger leur santé == inconditionnellement et sans restriction de droit (séjour, santé, travail, logement, droits sociaux, etc.) = = Cela signifie une régularisation massive exceptionnelle, la mobilisation des ressources nécessaires pour leur accorder une vie digne en Europe. Le Portugal vient d’acter cette option. « Europe, tu as le droit de fermer tes frontières avec les épicentres pour te protéger de la pandémie, mais pas celui se sacrifier ceux qui vivent déjà sur ton sol !  » (la rédaction du blog). Parlons-en aux ministres de l’Intérieur !

* 29 mars – Inertie. L’Europe des empires et de la mondialisation se serait-elle autocentrée au point d’être inconsciente des dangers du monde ? Il y a là matière à réflexion. A l’heure où l’OMS déclarait notre continent ‘’épicentre de la pandémie’’ et que les populations d’Asie se protégeaient avec discipline, notre continent a perdu la guerre contra-épidémique en ‘’fête des Schtroumfs’’, semaines de jeûne collectif, grands matches de football et apéritifs mondains en centre-ville. Personne n‘imaginait vraiment que la menace puisse atteindre notre système de protection sociale, si extensif, si sécurisé. La gestion chinoise de la crise a été vue avec sévérité et, après tout, ce genre de catastrophe moyenâgeuse n’est concevable que dans un pays du tiers-monde. On renâcle toujours, en Occident, à admettre que la Chine nous dépasse dans bien des domaines matériels et technologiques. Le déferlement du corona virus nous dit que nous ne comprenons plus le monde et que nous sommes à la traîne, juste par prétention individualiste, inconscience, rigidité. Et l’Amérique du Nord se montre presque pire que l’Europe à ce jeu-là. Nous avons de bonnes valeurs mais elles sont ruinées par notre incroyable inertie. Une urgence : réapprendre le collectif, se délester de nos confortables certitudes, compter plus sur nous-mêmes, moins sur le ‘’système’’ (qui d’ailleurs godille sérieusement). C’est presque une auto-publicité pour ce blog !

* 28 mars – Rétribution. Plus de 100.000 cas aux Etats-Unis (courbe verticale, tous records battus), flambée quasi-identique en Espagne et, plus récemment, au Royaume Uni, le désespoir en Italie après 19 jours de confinement sans résultat tangible, l’option euthanasique des vieux en Suède et aux Pays Bas : l’Occident est en capilotade, même si l’économie finira par rebondir, après un creux terrible. Mais l’Asie, qui aura infiniment mieux géré la guerre, sortira de ces bouleversements en maître planétaire. Le plus spectaculaire reste le déclassement accéléré, irréversible, des Etats-Unis, contraints même à solliciter la bienveillance et les articles sanitaires de leur rival chinois. D. Trump ravale son chapeau et ses maudits tweets deviennent pâteux, incohérents, insignifiants. Même l’électeur mâle blanc du Middle West va être saisi de doutes et hésiter à le reconduire à l’automne. Ou alors les Républicains sont amputés du cervelet ! Au Royaume Uni, une partie des officiels au sommet, à commencer par l’ineffable Boris, ont contracté le mal. On se retient de penser sournoisement qu’ils sont punis par où ils ont pêché. Non, le blog de l’Ours n’est pas si méchant.

* 27 mars – Apprendre, s’adapter. Il y a 10 ans, sous l’effet d’inondations géantes en Europe et de la crise du H1N1, la Commission européenne avait commandé à Michel Barnier un projet de protection civile continentale. Celui-ci avait élaboré un concept holistique, intégrant les catastrophes naturelles, la mobilisation des réserves humaines, la mise en stock de réserves stratégiques, etc. Il avait inclus le risque épidémique dans ses scenarii. Chapeau ! Qu’en est-il resté ? Rien (classement vertical), car cette sagesse faisait sortir l’UE de son modèle néolibéral tempéré. A-t-on depuis 2011-12 (crise de l’Euro) parfaitement mis en œuvre l’Europe bancaire et le fonctionnement de grande ampleur du Mécanisme de Stabilité financière (MSF) ? Bien des compromis avec l’hubris des banquiers ont été passés, discrètement. Comme pour les masques, les 27 espèrent trop de mécanismes qu’ils n’ont pas su bien préparer. D’ailleurs, avec un effondrement temporaire d’un tiers du PIB, le MSF ne suffira pas à la tâche. Comme en 2011, se pose la question de mutualiser la levée d’emprunts d’Etat pour sauver l’économie, le temps qu’elle rebondisse (les « corona bonds » réclamés par l’Italie). Plutôt mourir ! s’exclament les idéologues.

* 26 mars – Fire ! Aux Etats-Unis, les grandes métropoles démocrates flambent. Les campagnes républicaines, pas (encore ?). Du coup, le peuple trumpiste ne prend pas le virus trop  au sérieux ou imagine que c’est la punition de Dieu contre les Démocrates. Pour leur chef, Dieu c’est le business, la bourse et l’argent. Rien ne doit y faire obstacle et surtout pas le pouvoir des médecins ou la protection des vies non-productives. Ainsi, le Texas adhère à la « herd immunity »  : que tout le monde l’attrape vite, que les vieux et les faibles disparaissent vite et l’économie reprendra vite aussi ! Et le virus est sommé de s’éteindre à Pâques. Pieux espoir de résurrection des affaires ? En fait, on n’est pas loin du crime de génocide envers 80 millions de gens dépourvus.

* 25 mars -Epidémie d’infox. Le président Macron met en garde contre le « flot de fausses informations ». Jean-François Kahn exprime sa réprobation à l’égard des personnes confinées qui, confortablement depuis installées chez elles, stigmatisent les acteurs qui opèrent « au front ». Les crises épidémiques sont un riche terreau pour les fantasmes, les mirages, les accès d’agressivité et le mensonge. Au Moyen-Age, la « main de Dieu » dictait sa vengeance aux hommes. Aujourd’hui, c’est sur les réseaux sociaux que se répand la malfaisance. Personne n’y peut mais. A l’hôpital marseillais de la Timone, un professeur trafique une étude approximative pour faire parler de lui en grand dispensateur de la chloroquine… au mépris de l’approche scientifique qui s’imposerait. Les grands médias lui font une publicité outrancière. La réalité est dure à absorber et elle reste jalonnée de multiples incertitudes. E. Macron est resté très vague sur les mesures en préparation. On peut le comprendre : beaucoup ne veulent pas les connaître. La vérité, elle, n’est ni relative, ni négociable : elle est vitale pour notre humanité. Par temps d’hécatombe, se taire c’est brouiller les esprits, mentir c’est prendre le risque de tuer.

* 24 mars – Les dix plaies d’Egypte ou les douze travaux d’Hercule ? Résumons brièvement le cours de l’histoire du 21 ème siècle : Un attentat monstrueux sur la ville-phare du monde et sur le Pentagone, avec cinq ou six avions remplis de passagers explosant sur des tours, etc. Une croisade de grande ampleur mais absurde, en Afghanistan, finissant en queue de boudin dans une atmosphère de haine de l’Occident. Puis l’invasion d’un pays arabe et laïque par des armées privées confondant service de la démocratie, service du pétrole (station service), délitement de la société et de l’Etat iraquiens. Ensuite, effondrements économiques et financiers en série, avec la crise des subprimes, le krach de 2008, les attaques contre l’Euro à la suite de la débandade grecque. A ce moment-là, le Proche et Moyen-Orient explose, les printemps des libertés dégénérant en supplice des peuples et en flambée terroriste planétaire. Des vagues d’exilés démunis et désespérés fondent sur l’Occident pour être très mal accueillies et susciter agressivité, xénophobie et divers populismes du genre années 1930. L’Europe vacille, refoule, sous-traite aux dictatures les moins scrupuleuses. Dans le monde, les catastrophes liées au dérèglement climatique prennent une proportion inquiétante. Les sociétés se bloquent dans l’isolationnisme et les récriminations sans issue. Trump en profite pour provoquer les peuples qui disposent encore d’une conscience. Il démantèle les structures multilatérales du monde faites pour protéger, agresse et sanctionne amis comme ennemis, privilégie partout l’armement et la force sur la paix et la justice. C’est alors que le coronavirus pointe son nez … Super, le 21 ème siècle !

* 23 mars – Mon nombril, ton nombril. Au moins, on ne polémique plus sur la fermeture des frontières en Europe ! Les pays-fondateurs de l’UE les filtrent de façon rigoureuse, les autres se claquemurent. A quoi cela sert, quand le virus est partout et que le système Schengen s’est clos sur lui-même ? A rien, mais les populations ont besoin du « Dr-Père du peuple », qui les rassure en agissant pour eux, serait de façon désordonnée. Piteuse classe politique ! Il est triste que des pays voisins, comme le nôtre, n’aient rien pu faire pour la Lombardie ou pour Madrid. Mais la pénurie règne alentour. La Chine, la Russie et même Cuba sont venus prêter main forte à la vieille Europe. Comme l’Italie, la France a su, au début de l’année, manifester attention et compréhension envers Pékin. C’est un autre monde, sans doute une ligne-force de la nouvelle géopolitique en gestation.

* 22 mars – On sort des lois. Avec un milliard d’êtres humains confinés à travers le monde, les sorties de l’Etat de droit sont devenues la norme. En France, la Parlement adopte l' »état d’urgence sanitaire » qui permet au gouvernement d’agir par décrets et encadre aussi les libertés et acquis sociaux. Reviendra-t-on à « l’état d’avant », qui n’était déjà pas parfait ?

* 21 mars – Bêtise. Contrairement à beaucoup d’autres pays, la France s’est débrouillée pour perdre deux mois dans la mise à disposition des indispensables masques, chirurgicaux et FFP2 (plus protecteurs). La raison en est bien de chez nous : la dictature des comptables, avides de toujours plus d’économies et la préférence sur les médecins que leur accordent les gestionnaires politiques. Après l’alerte H1N1 de 2011 et l’affaire des « vaccins Bachelot » acquis en excès, l’EPRUS, chargée des fournitures médicales stratégiques, a vu son budget réduit de 90 % et ses stocks non-renouvelés à péremption. Un bon conseil de la Cour des Comptes. Puis les masques FFP2 ont été laissés à la seule initiative des employeurs. Enfin les quatre PME françaises productrices de ces articles ont reçu d’énormes commandes de Chine, du Royaume Uni et d’ailleurs, avant que l’autorité sanitaire ne pense à les réquisitionner pour son propre territoire. Rassurez-vous, ce manque grave de discernement sera mis sur le compte de la mondialisation.

* 20 mars – Méli-mélo. La flambée s’amplifie en France où les cas sérieux se compteront rapidement en dizaines de milliers. Les Français ne perçoivent aucune cohérence dans la double instruction : « confinez-vous et travaillez ». 110.000 Français, en rade à l’étranger, font la queue devant les consulats. L’hécatombe se poursuit en Italie (pire qu’en Chine). Les Etats-Unis réagissent en ordre dispersé : la Californie se claquemure, D. Trump ordonne la distribution de chloroquine et de 1000 Mds $ ! En même temps, il tente de faire main basse sur la mise au point d’un vaccin par une équipe du laboratoire Allemand Curevac en vue d’un usage exclusif aux USA. M. Barnier est contaminé, la négociation post-Brexit tousse. L’OMS, paniquée, implore les dirigeants africains de se réveiller face aux prémices d’une catastrophe sanitaire de grande ampleur. Mais, il ‘y a plus de nouveaux cas en Chine, où la production repart. Youpiii !

* 19 mars – Le banquier aime les faux-cils. Selon une analyse des financements des 35 principales banques d’investissement (JP Morgan Chase en tête, mais aussi Wells Fargo, Citi, Bank of America…) réalisée par une alliance d’ONG anglo-saxonnes, un tiers de leurs interventions est concentré dans la prospection et l’exploitation des énergies fossiles. La flambée a été déclenchée par l’accord de Paris… et pan pour le climat ! On peut parier que, au moment où l’urgence est sanitaire et l’attention de tous tournée vers le virus, certains en profitent pour défaire l’urgence climatique et tirer un chèque sur la planète… et ses habitants.

* 18 mars – De quoi gloser d’autre ? Au Royaume Uni, le Pr Neil Ferguson (Imperial College), spécialiste de la modélisation des épidémies, fait la prévision suivante : quelles que soient les stratégies, le virus aura des répercussions « profondes » et les mesures en cours ne préviendront pas un éventuel rebond de l’épidémie. L’option du « laisser-faire » se traduirait par 510 000 morts au Royaume Uni (pareil, en France), avec un pic de mortalité fin mai début juin. De quoi tourner bourrique ! Faudrait-il lancer une grande campagne de formation aux professions numériques et à la permaculture ? … remettre en chantier les politiques sociales, réintroduire l’humanisme dans nos lectures et nos pratiques ?… initier les gens à l’art et à l’artisanat ? Ce serait mieux que de s’armer jusqu’aux dents, comme aux Etats-Unis.

* 17 mars – C’est le bazar ! L’épidémie tourne, chacun son tour : l’Europe est le nouvel épicentre, l’Asie est en train d’en sortir; l’Afrique et le Moyen-orient y rentrent. L’Amérique en connaît les prémices. Dans tous les cas, la portée universelle du virus déclenche un rétrécissement du monde à l’échelon local. La géopolitique peut rendre compte de cette prédominance du « act local », elle hésite à en prédire les conséquences à moyen-long terme. « Think global » résonne en synonyme de l’OMS, seule institution a encore exercer un soupçon de gouvernance mondiale. Le G 7 se réunit… sous présidence Trump ! Il n’y a plus grand chose à coordonner, plus de confiance pour partager et interagir de façon positive. Même l’Europe, Schengen en berne, devient, pour le coup, une forteresse étanche. Le monde de demain, en convalescence, connaîtra d’énormes divergences sur les leçons à tirer de l’épreuve.

 * 16 mars – Sauve qui peut ! Un monde hystérique et barricadé ! En France, on se demande pourquoi on a été voter hier et s’il y aura un second tour aux municipales, tant le confinement chez soi semble proche et inévitable. Aux Etats-Unis, le virus est amical pour les Républicains mais létal pour les Démocrates. Les « rapatriés » d’Europe sont parqués en files serrées dans les aéroports US. Bonjour les dégâts ! En Corée, les sectes évangéliques continuent pieusement à contaminer leurs membres. Le Maghreb et le Moyen-Orient se coupent du monde. L’Afrique est gagnée par la peur. L’Europe est, pour un temps, « l’épicentre » et, en son sein, l’Italie, « l’œil du cyclone ». Comment vont donc survivre les SDF, les exilés, les pauvres ?

* 15 mars – Peau de l’ours trop vite vendue. Bibi Netanyahou aura tout fait pour s’accrocher au pouvoir malgré son inculpation par la justice israélienne. Le coronavirus lui permet même de repousser l’échéance de son jugement. Mais, voilà son score aux élections n’aboutit pas à sa désignation par le président. Benny Gantz recueille trois sièges de plus et sera appelé à former la coalition de gouvernement. Netanyahou est l’un des politiciens les plus impopulaires de la planète, même si sa base populaire reste  solide, comme celle de son comparse D. Trump.

* 14 mars – Sauve qui peut ! 124 pays atteints, 140.000 personnes contaminées, tous les continents touchés par la pandémie, le monde se cloisonne derrière des frontières fermées, éclaté en millions de micro-sociétés soupçonneuses et autocentrées. La sécurité humaine, dans un contexte d' »ultra-interdépendance », nécessiterait solidarité et coordination planétaire, mais les politiques sont accablés par leur propre incapacité à agir sur ce plan. Comme le dit B Badie, « la puissance subit quand la faiblesse gouverne ». Assiste-t-on à une résurgence du social en même temps qu’à la propagation des populismes chauvins ? L’un est central dans la remise en cause à venir de la folie néolibérale, les autres sont susceptibles de renforcer le règne absolu des marchés d’un blindage totalitaire éminemment protecteur pour le big business.

* 13 mars – Le coronavirus est un salopard d’étranger ! On s’en doutait bien, Trump (« les Européens l’introduisent par incompétence »), les services chinois (« c’est la CIA qui a créé ce virus »), les Tchèques, les Slovaques et autres amis polonais (pensant sans doute à un mauvais coup des Turcs) ferment leurs frontières. D’autres les filtrent  »à la gueule du client ». La mondialisation est sérieusement contaminée et la santé mentale en pâtit. Du coup, c’est partout la dégringolade des bourses (-12 % pour le CAC 40) et le spectre d’un krach, si l’économie s’arrête. Dr Macron ne cède pas à l’épidémie d’imbécillité. Quatre mesures : mettre la population vulnérable à l’abri, interrompre la transmission via les établissements scolaires tout en organisant une garde des enfants, lisser le pic épidémique  pour gérer l’afflux des malades en s’appuyant sur la médecine de ville; les indemniser. Un constat émerge : un monde ouvert ne devrait pas suivre la loi de la jungle mais celle des solidarités humaines.

* 12 mars – UE, go (stay) home ! Très fort. Coronavirus oblige, D. Trump interdit pour un mois tout voyage de l’Europe vers les Etats Unis, exception faite via le Royaume Uni ou l’Irlande ou retour d’Américains chez eux. Dans un premier temps, les échanges de biens étaient aussi frappés, mais la bourde a été corrigée. Seules les personnes, donc, sont toxiques. Pratiquement, les voyageurs vers le Nouveau Monde vont contourner l’interdit en passant par Londres, Dublin ou Montréal, au risque de contaminer un peu plus ces destinations. La Californie, face à l’Asie, est déjà contagieuse. L’approche isolationniste paraît totalement illusoire pour un pays-continent, première économie du monde.

* 11 mars – Eternité. Après l’adoption de sa réforme constitutionnelle par les députés, Vladimir Poutine revient à brûle-pourpoint sur son intention initiale. Il invite la Cour constitutionnelle à trancher s’il pourra se présenter à un 5 ème mandat présidentiel, en 2024. Sera-ce conforme à la loi fondamentale ? Les citoyens approuveront-ils sans restriction, lors du référendum du 22 avril ?La réponse est dans la question et dans l’affirmation que le pouvoir « vertical » de l’’’  Homme fort providentiel ‘’ (actuel) est encore indispensable à la Russie. Celui-ci ne fait aucun mystère de son désir de postuler un 5ème mandat, quitte à remettre à zéro le compteur plafonnant à deux les mandats présidentiels.

Par chance, il a la haute main sur l’ordre constitutionnel et sur la machine électorale. Qui plus est, il s’est assuré qu’aucun rival n‘émerge face à lui : l’électeur russe ne dispose pas de plan B. Le Maître-Espion devrait donc réapparaître, tel le phénix, en 2024 pour veiller sur l’ordre et la loi russes jusqu’en 2036. Sauf facéties de la loi biologique … Est-ce que cela choque quelqu’un ?

* 10 mars – Fièvre. La grippe ne grippe pas l’économie mondiale. Le Covid-19, si. La bourse et les marchés en général sont les plus formidables amplificateurs de panique. Ils ont vécu lundi l’un de leurs pires moments, avec l’effondrement des indices et des cours du pétrole (décision saoudienne de brader le brut : le Brent chute de 21 %), la perspective d’une baisse marquée des taux d’intérêt, le spectre autoréalisateur d’une nouvelle récession économique, un trou d’air dans les échanges, autant de facteurs qui, pour certains, présagent une réédition de la crise de 2008. Le contraste est frappant avec le souci pour la santé d’autrui, qui n’est pas aussi fort. L’épidémie devient pandémie, ce que les marchés financiers détestent. Mais comme le souligne l’OMS, ce pourrait être la première pandémie dont la coordination mondiale vienne à bout, tant la mobilisation s’avère plus sérieuse que pour l’Ebola (cantonné à l’Afrique centrale), le chikungunia ou la dengue.

– En France, la reprise économique est trop fragile pour survivre à l’épreuve. Dégrèvements fiscaux, report de charges sociales, recours au chômage partiel, indemnisation des personnes confinées, on s’emploie à calmer les entreprises et la population avec des adjuvants à effet limité. Priorité va à l’ordre public et à la tenue des élections. En fait, le pays ne dispose pas de marges budgétaires suffisantes pour relancer l’activité en grand. Les moyens de l’Europe seront plus que jamais nécessaires.

*9 mars – Para bellum! (si vis sestertii $€£). Sur la période 2013-2017, les ventes d’armes dans le monde ont augmenté de 10 % en volume par rapport au quinquennat 2008-2012. La France a  augmenté  ses ventes à 81 pays de 27 %,beau record qui lui a permis d’augmenter à 6,7  !% sa part de marché , selon le rapport de l’Institut international de recherche pour la paix de Stockholm (Sipri).  Elle a ainsi supplanté l’Allemagne pour devenir le troisième exportateur mondial. (n° 1 : USA avec 34 % de part de marché – n° 2 : Russie : 22 % – n ° 4 :  RFA – n° 5  : Chine, également cinquième importateur mondial. L’Inde est le premier importateur mondial et l’Egypte le premier client de Paris ( 37 % des commandes de ce pays, devant les USA et la Russie). Près de 9 % des armes françaises exportées le sont à destination de la Chine comme 40 % de la technologie made in France de double usage. On ne va pas succomber à la naïveté : un monde sans marché régulé de l’armement serait plus instable et plus sournois encore. Equiper des démocraties alliées ou amies, c’est contribuer à l’équilibre et préserver la paix. OK. Mais avez-vous envie, dans un tel contexte, de confier à la DGA  et à ses partenaires industriels la politique extérieure du Pays ?

* 8 mars – Journée de la Femme. Condamnée à mort pour ‘’blasphème’’, en 2010, la chrétienne pakistanaise Asia Bibi a été reçue par E. Macron, à l’occasion de la parution de son livre ‘Enfin libre !’ Elle lui a exprimé le souhait d’obtenir l’asile en France. Cette ouvrière agricole doit tout son malheur à avoir osé demander un verre d’eau à des femmes musulmanes particulièrement méprisantes à son égard. Sortie des couloirs de la mort huit ans plus tard, sous la pression de l’opinion occidentale, elle s’était réfugiée au Canada, mais sans bénéficier de la protection internationale. Le blasphème est un sujet incendiaire au Pakistan, où de simples médisances entraînent des lynchages judiciaires. Ses compatriotes continuent à exiger sa mort. Mais les autorités d’Islamabad sont embarrassées par l’image ténébreuse qui colle à leur pays. La France ne court pas grand risque, mais, pour une fois, elle satisfait à son devoir humanitaire. Elle pourrait aussi accorder l’asile au courageux sonneur d’alerte américain, Edgard Snowden.

* 7 mars -Tribune intéressante dans le Monde: « le coronavirus met au jour toute une série de phénomènes associés à la mondialisation ». Non qu’il soit produit par la « chaîne de valeur globale », mais son expansion dans 90 pays doit beaucoup à celle-ci. Le foyer initial, Wuhan, est un maillon majeur de l’industrie mondiale (plus de 20 Mds d’investissement des multinationales), qui entretient, de ce fait, un hub majeur de transports domestiques et à l’international (4 Mds de voyages par an). Les transmigrations l’ont introduit en Amérique du Nord. L' »explosion » du tourisme chinois, en Europe, que ce soit directement (Lombardie, Vénétie…) ou via la contamination des aéroports (Oise). Les voyageurs – notamment, les croisiéristes, les voyageurs aériens (4,5 Mds  /an) et les migrants – se retrouvent à la fois vulnérables et suspects. Une autre filière secondaire s’est fait jour dans le secteur évènementiel : pèlerinages internationaux (la ville sainte de Qom a infecté l’Iran; les célébrations d’une église évangélique, la Corée et l’Alsace); rassemblements sportifs, salons professionnels (plus de 10.000 /an), évènements culturels, etc. En « feuilletonnant », heure par heure, le décompte des morts et des malades, les media en surmultiplient l’impact émotionnel, ce qui propage le « sauve qui peut » et la psychose de l’effondrement, dans l’économie et dans la vie publique. En France, 1700 personnes décèdent chaque jour, de toutes les causes imaginables dont la grippe, infiniment peu, du coronavirus. Mais la panique peut tout désorganiser et s’avérer tueuse.

* 6 mars – Couleuvres. Combien de temps, l’arrangement russo-turc, négocié à Moscou, contiendra-t-il l’intervention turque dans la poche de résistance d’Idlib, au nord-ouest de la Syrie ?  Simple ébauche de cessez-le -feu en trois points, il n’est pas fait pour durer sur le terrain, mais pour sauver la face d’Erdogan quelque temps. Il instaure un corridor de 12 kilomètres de large le long de la route reliant Lattaquié à la Turquie, qui sera conjointement patrouillé par les deux pays. Le retour des populations déplacées et l’aide humanitaire devront être ’’ facilités, dans la mesure du possible’’. En fait, aucune procédure de mis à l’abri n’est d’actualité. En attendant, la progression des forces de Damas est actée et les rebelles comme leur parrain turc perdent du terrain. Le sort de l’autoroute M5 non- mentionné, pourrait sous-entendre qu’Ankara –  décidément en mauvaise posture – devra digérer sa déconfiture. Rien n’est dit, en particulier, du sort des postes militaires turcs encerclés par les troupes de Damas. Moscou tente de ménager un peu la face d’Erdogan et d’éviter toute confrontation directe, de crainte que la Turquie ne ferme le Bosphore à sa marine et n’empêche ses avions militaires de transiter par l’espace aérien turc. Malgré leur rivalité en Syrie (et en Libye), les deux pays souhaitent continuer à coopérer contre l’Occident dans de nombreux domaines, dont l’énergie. Les compatriotes d’Erdogan vont-ils digérer l’humiliation militaire ?

* 5 mars – CPI. La Cour pénale internationale décide l’ouverture d’une enquête pour crimes de guerre en Afghanistan, qui concerne des militaires américains. Mme Bensouda, à la tête du Ministère public, paraît vouloir précipiter les procédures pour crime de guerre au moment où les forces américaines évacuent à la hâte le pays, plongé dans la guerre civile.  L’enquête concernera tous les belligérants : talibans, armée afghane ou troupes de la coalition internationale. Parmi les alliés, la pratique tortionnaire au sein des prisons secrètes de la CIA concentre les griefs et promet de susciter de fortes tensions entre La Haye et Washington. Les États-Unis ont mené une offensive depuis 13 ans pour éviter d’e arriver là. Les juges vont être interdits de visa ou pire.  Le gouvernement afghan aussi s’affiche opposé à l’ouverture d’enquêtes, insistant que sa justice nationale peut suffire à la tâche. Les Talibans, pas vraiment au courant, n’en ont cure, sous-traitant la Justice à Allah, qui ne les contrarie jamais.

* 4 mars – Victoire dans l’opprobre. Déjà enkystés dans la culture et la psychologie de guerre, l’électeur israélien-type cautionne volontiers le délit de corruption de la part de ses dirigeants.  »Bibi » Netanyahou sort vainqueur du 3ème scrutin législatif dans son pays, en moins d’un an, même si le Likoud ne se maintient qu’à quelques sièges de la majorité. Il lui faudra débaucher un appoint dans les petits partis confessionnels radicaux. Sans jouer aux donneurs de leçon – la démocratie est aussi malmenée, chez nous – on peut s’interroger sur la compatibilité à terme d’une ancienne culture démocratique avec une préférence populaire marquée pour la guerre et la discrimination. Les Palestiniens, démunis de leurs terres et de leurs droits, persécutés au quotidien, achetés à vil prix par le plan de paix de Trump, doivent-ils, en plus, applaudir ?

* 3 mars – Grand Turc (tueur). Pour le président turc, le déferlement sur l’Europe de « millions » de migrants depuis son pays constitue un arsenal de chantage pour faire plier son grand voisin. Les rescapés du drame syrien, privés de protection, ne seraient bons qu’à servir de bélier pour déstabiliser directement la Grèce et la Bulgarie. Derrière ses déclarations contradictoires, R.T. Erdogan considère l’UE comme méprisable et manipulable. Recroquevillée dans ses peurs depuis la « crise migratoire » de 2015, celle-ci s’est précipitée dans la dépendance du dictateur d’Ankara, en lui confiant, en mars 2016, contre compensation financière, une mission d’endiguement de l’exode syrien. Ce pacte avec le diable, contraire au droit international et à l’humanité, entache le bilan d’Angela Merkel. Poursuivant ses humeurs conquérantes, Erdogan s’est débarrassé, dans la foulée, de la présence militaire occidentale dans le nord de la Syrie. Il entend annexer et repeupler ces territoires à sa façon (en chassant les Kurdes). S’en sont suivies trois offensives militaires, une crise de confiance au sein de l’OTAN, une confrontation directe avec les forces de Damas, la provocation de la plus terrible crise humanitaire du siècle à Idlib, face à l’aviation russe. L’essaimage de guerres atteint maintenant la Libye, où l’intervention turque contribue à précipiter l’échec de la médiation des Nations-Unies (démission ce jour du médiateur).

Dénoncer le fauteur de guerres, bloquer sa course folle, ne serait-ce pas la solution de bon sens ?

* 2 mars – Jihadisme français. Quelques dizaines de jihadistes français seraient engagées dans la bataille d’Idleb. Une vidéo montre trois de ces combattants servant une mitrailleuse, qui s’expriment entre eux en français.  Sous les ordres d’un recruteur français, les combattants initialement affiliés à Al Qaida, auraient constitué un camp politiquement autonome à la frontière turco-syrienne. Femmes et enfants seraient également avec eux.

– L’armée turque encerclée par les troupes syriennes dans la même zone, passe à l’offensive.

* 1er mars 2020 – Marée humaine. Erdogan le fait : « ouvrir les vannes de l’Europe » aux réfugiés entassés dans les camps de Turquie. Ils sont déjà nombreux à franchir la Mer Egée. La police grecque tente de les refouler. L’Agence Frontex se mobilise dans le même but (indigne). Pour satisfaire ses buts de guerre, le président turc fait chanter l’UE, qui en 2016 avait commis la folie de s’en remettre à lui. La pandémie ne va pas faciliter l’accueil de tous ces malheureux. Et que dire de ceux, aussi nombreux, qui sont déjà en Europe, mais qui sanctionnés par la police, chassés par les préfectures, privés de toute ressource pour survivre, vont affronter et transmettre le virus dans la clandestinité, sans pouvoir se faire soigner. Aux deux bouts de la chaîne migratoire, l’égoïsme est un tueur.

Remèdes prophylactiques

Idleb, capitale de l’inhumanité

Bachar : « On se retrouve, après une page de négociations ». Dessin de Chappatte (Suisse), publié dans Le Temps le 14 mars 2016

Tombée dans l’oubli, à l’heure du « tout-pandémique », la région syrienne d’Idleb (3,5 millions d’habitants) est soumise par le régime de Bachar al-Assad à une offensive militaire acharnée visant à reconquérir l’ultime bastion tenu par des rebelles, pour une bonne part jihadistes. La guerre de reconquête est menée, on le sait, avec le soutien de l’aviation russe, à qui revient le privilège d’effectuer les plus gros bombardements (écoles, hôpitaux, etc.). En trois mois, les combats ont fait près d’un million de déplacés civils, un bien triste « record ». L’offensive a, par ailleurs, provoqué des accrochages meurtriers entre soldats syriens et mercenaires (également jihadistes) envoyés par la Turquie. Celle-ci occupe une large bande territoriale du nord de son voisin pour la « nettoyer » de ses habitants Kurdes, qui ont été des alliés efficaces de la coalition internationale contre Daech puis ont été froidement abandonnés par l’Occident, depuis lors. Elle a fermé sa frontière contre laquelle les survivants fuyant l’offensive de Bachar et de Poutine se trouvent bloqués dans la souricière. Pas simples, ni glorieuses, ces calamités en mille-feuilles …

On est donc dans le plus grand drame humanitaire du Siècle et voilà qu’une vingtaine de soldats turcs vient d’être tuée dans les frappes aériennes qui dévastent la région. Ces pertes s’inscrivent dans une spirale d’affrontement entre Ankara et le régime de Damas, appuyé par Moscou.  De déséquilibré, le néo-sultan Erdogan en devient fou-furieux, son immense susceptibilité paraissant blessée. Une riposte militaire est décidée, au moins contre Damas sinon contre son mentor russe (qui tente, en vain, de calmer le jeu, double jeu en ce qui le concerne).

Le comble : Ankara fait appel à la solidarité atlantique et demande l’instauration d’une zone de non-survol, oubliant avoir trahi l’OTAN par ses comportements offensifs, ses achats d’armes antiaériennes et ses tractations cyniques… avec Moscou ! Pour faire bonne mesure, une fois de plus, la menace est lancée d’ouvrir « les vannes » aux réfugiés entassés sur son territoire, pour submerger l’Europe. On devrait suspendre la Turquie de l’Alliance atlantique en attendant qu’elle s’achète une conduite et la boycotter sur le plan de la défense européenne. Et, pourquoi pas, sanctionner un gouvernement-voyou. Malheureusement, l’Europe, claquemurée dans ses doutes et ses craintes,  est comme absente du monde. Malheureusement aussi, D. Trump ne pense que du bien de son homologue turc et même l’encourage à persévérer… Ce réflexe d’appuyer »l’allié » turc est franchement mal inspiré. Est-ce uniquement parce que la Russie sévit du côté adverse ou, aussi, la marque d’une sorte d’affinité entre potentats populistes ?

(article tiré des brèves du jour)

Lendemains de Brexit : Gueules de bois ou gueules de fauves, de part et d’autre de la Manche ?

I can fly, all alone !
I can fly, all alone !

Tout commence maintenant pour le Royaume Uni ! Dix mois, pour se repositionner dans tous les domaines. C’est le pari bravache et même un peu hystérique de Boris Johnson, dont le pays n’entamera que le 3 mars sa négociation sur le partenariat futur avec l’Union Européenne et, dès à présent, sa reconfiguration globale vers le grand large. Car il ne s’agit pas seulement pour Londres de se repositionner face aux 27. Tous les talents des négociateurs britanniques – car ils sont grands – et l’effectif d’experts mobilisable (plus restreint) y suffiront-ils ?

Sûrement pas, lorsqu’on sait qu’un simple accord commercial de libre-échange bilatéral prend communément de deux à dix ans pour être élaboré et prendre effet. Là, tout sera à réinventer, non pas dans l’esprit de rapprocher les normes et les intérêts en jeu – comme le voudrait la pratique habituelle – mais, au contraire, de les faire diverger le plus possible. Sinon, pourquoi divorcer ?

Le cap est donc mis sur le « global », la vision du monde dont rêvent les marchés, dans laquelle aucune régulation ne les encadrerait. Synonyme : la jungle. A une grosse nuance près : il n’est pas certain qu’une majorité de Britanniques, surtout les plus pauvres, approuvent ce pari.

Si on voulait provoquer une cassure totale et définitive avec le Continent, ce serait intellectuellement simple et dix mois y suffiraient largement. Ecartons pour l’heure l’ hypothèse d’un hard Brexit suicidaire. Car, outre-Manche, on n’entend pas déboucher sur un tableau cataclysmique de régression sociale et d’affrontements en chaîne. On voudrait le meilleur de tous les mondes, aux dépens éventuels des tiers… le beurre et l’argent du beurre, selon l’adage tant ressassé.

Redéfinir radicalement, après 47 ans de vie collective, son modèle de gouvernance étatique, économique et sociale n’est pas une mince affaire. Peut-on se défaire des normes continentales pour adopter celles du grand large (existent-elles d’ailleurs ?), sans casser quelques œufs dans son panier ? L’adaptation à plusieurs normes concurrentes de production, de consommation, de sécurité, etc tient de l’acrobatie. Certes, la moitié du commerce extérieur britannique, tournée vers l’Europe, est déficitaire. Mais n‘est-ce pas là une marque de fragilité qui inspire la prudence ? Au moins, cette moitié existe. Ne devrait-elle pas être sauvegardée par rapport à l’autre sphère d’échanges, en partie virtuelle ? Dans ces conditions, hisser sa stature dans la compétition mondiale des services et des industries, modifier en conséquence sa ligne de politique extérieure (deux veto anglo-saxons, au Conseil de Sécurité), attirer à soi les Etats-Unis, les pays du Commonwealth, la sphère de l’anglophonie au point de les contraindre tous à signer des accords de libre-échange « éclair » en un claquement de doigt, sans se coincer soi-même en position désavantageuse …n’est-on pas en train de vendre une chimère du type Incredible Hulk aux sujets de Sa Majesté ?

De même, est-il réaliste de restreindre l’installation d’étrangers non-désirés, sans entraver la mobilité des sujets britanniques, par le simple jeu de la réciprocité ? La barrière avancée contre l’immigration venant du Sud restera-t-elle en place à Calais, en l’absence d’une gestion commune de la frontière ? Les questions se bousculent.

2016 Oui UK au Breaxit

L’ardeur néo-thatchérienne du Premier Ministre, son impatience simplificatrice aux parfums populistes, l’aspiration nostalgique et patriotique de beaucoup d’Anglais (je ne dis pas « Britanniques ») à renouer avec leur grandeur passée, tout cela crée une ivresse furtive du « tout est possible désormais ». Le soufflé, évidemment, va retomber. Il sera toujours temps lorsque l’enlisement en viendra à désespérer les Brexiters, de chercher des souffre-douleur parmi des partenaires extérieurs – Bruxelles en tête – eux-mêmes cabrés sur leurs propres intérêts « égoïstes ».

D’ici là, comment la Grande Bretagne, fragilisée en son sein par la fronde des Ecossais et par la méfiance des Nord-Irlandais, va-t-elle parvenir à prendre et garder l’initiative dans tous les domaines, malgré les trois ans et demi de sa quasi-léthargie à formalise le Brexit ? De son côté, comment, l’Europe, qui se sent rejetée comme une piètre maîtresse, vivra-t-elle l’obsession britannique de se différencier d’elle jusqu’au paroxysme, en revisitant aussi le passé commun sous les couleurs les plus morbides ?

Le poids économique des Îles Britanniques n’étant plus ce qu’il a été, l’amertume communautaire pourrait se muer en volonté des négociateurs européens d’avoir le dernier mot sur tout ce qui est sur la table. Avec une pointe d’autoritarisme, la tentation de « punir le renégat » ou de lui prouver sa faute sera là, corollaire du souci européen de consolider l’édifice à 27.

Une déclaration politique commune très étoffé accompagne l’accord sur le Brexit. Elle est censée cadrer la méthode et les objectifs de la négociation qui s’ouvre. S’y tiendra-t-on avec constance ? L’humeur change. Les « feuilles de route » assignées aux négociateurs des deux bords annoncent les incompréhensions et tensions du lendemain. A ce critère, les références globales et patriotiques de Boris Johnson ont des connotations passées voire archaïques. De leur côté, les trente-cinq pages de directives rédigées à Bruxelles sont sévères et de ton défensif : pas de contournement des normes, pas de dumping sur le marché unique, pas d’accès à celui-ci sans soumission aux règles communes, même si la Cour de Justice du Luxembourg devrait être flanquée d’un tribunal « frère » britannique.

La Pêche constitue assurément LE dossier sur lequel l’UE paraît la plus faible : la position désavantageuse du demandeur. C’est d’ailleurs pour cela que Bruxelles veut en traiter en début d’agenda. Johnson n‘a pas beaucoup détaillé son plan de négociation, se contentant de prôner la préférence nationale, comme le ferait Marine Le Pen. En proposant des négociations annuelles sur les quotas et l’accès de chalutiers de l’UE aux eaux poissonneuses de l’Archipel, il entend s’armer d’un levier fort sur Bruxelles, le plus longtemps possible et aux conditions qui satisferont au mieux son industrie halieutique (laquelle exporte 80 % de sa pêche … vers le Continent). On ne le blâmera pas de maximiser cet atout, mais on peut aussi deviner que la réponse prévisible du côté communautaire sera : « pas de cadeau indu pour la pêche – pas de cadeau indu d’accès au grand marché continental ». Quand toutes les corporations affectées en seront à hurler leur fureur sur la voie publique, de part et d’autre de la Manche, les politiques sauront-ils suffisamment contrôler leurs nerfs pour calmer le jeu et avancer les concessions nécessaires ? Il faut en douter si on doit vivre et négocier dans une atmosphère populiste.

L’importation sans doute massive au Royaume Uni de produits agricoles « modifiés » américains, en dépit d’une probable vigilance des consommateurs britanniques; les offensives de débauche fiscale des entreprises tierces visant le marché continental; le contournement probable des accords de libre-échange passés par l’UE par des contre-accords britanniques passés sans précaution particulière; les visées américaines sur le système de santé britannique et au-delà; … celles de l’UE sur un éclatement géographique de la City, tout cela est susceptible de relancer, dans l’esprit des gens simples, comme un goût de Guerre de cent ans. My God (Sacré vindioux) !

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2020, Année du Coronavirus

Cet article reprend et étoffe une brève du blog, en date d’hier;

Ne voit rien, n’entend rien, n’absorbe pas le virus par la bouche – Remerciements à Plantu

 Survient soudain le Coronavirus, en Chine, et l’OMS patauge dans ses prescriptions, enserrée dans le bras de fer politique entre son siège et les Etats concernés. C’est précisément pour ménager l’égoïsme des Etats que les urgences d’intérêt général (santé, climat, alimentation, réfugiés,  enfance…) sont confiées à des agences multilatérales, sans réelle autorité sauf celle de se laisser malmener par les puissants. A quand un Conseil de sécurité sociale, humanitaire et environnementale, délibérant à la majorité, comme son homologue politico-militaire de New-York?  Du temps de Jacques Chirac, le quai d’Orsay avait poussé cette idée. J’ai eu l’occasion de la développer dans divers fora. Le Grand Jacques l’avait fait sienne dans son discours au monde tout au moins, sans doute sans grande illusion .

J’ai vécu la propagation-éclair l’infection pulmonaire SRAS à Canton, à la veille du Nouvel An de février 2003.  C’est de cette ville qu’elle est partie. Je l’avais moi-même contractée, le mois précédant, sous une forme bénigne mais persistante. Informé du coronavirus par un médecin gabonais diplômé de la faculté de médecine locale (notre unique correspondant médical dans cette ville de 12 millions d’âmes), j’ai lancé l’alerte dans la communauté expatriée. Puis, lorsque Chinois comme étrangers se sont retrouvés bloqués en quarantaine, j’ai mis en ligne la rubrique internet qui a maintenu le lien au sein de la communauté étrangère et avec mes collègue de Hongkong, lesquels se savaient menacés à court terme (et, effectivement…).

Le SRAS élégant

– Les autorités locales du Guangdong et de Canton ont  disparu, de février à mai : bureaux vides, téléphones débranchés. Les édiles locales consommaient volontiers des animaux exotiques vendus sur le marché-zoo alimentaire du quartier de Qing Ping et s’en vantaient même. Ces messieurs ont réapparu, fin-mai, pour un congrès « triomphal » de leur branche provinciale du Parti. Je m’y suis rendu, à leur « invitation », silencieux et porteur d’un masque. Les mandarins rouges ont vu rouge. Ils ignoraient pourtant que le masque est une courtoisie prophylactique pour autrui et non pas une protection pour soi-même ! Mais l’ustensile ne faisait pas macho et faisait même mauvais genre alors que la priorité du moment allait au retour des investisseurs français, attendus, avec leurs capitaux, par l’industrie locale (en contrepartie des délocalisations de nos entreprises). Leur obsession était en effet que, l’on garde un secret étanche sur la pandémie, pour sauvegarder à tout prix la manne des investissements occidentaux. Inutile précaution, alors que les média de la planète titraient sur le SRAS en Chine !

– A Paris, le ministère de la Santé interdisait que l’on corresponde avec les consulats de la zone infectée et les 5000 Français pris au piège. Cela a été expliqué, à distance, à mon épouse, rentrée à la hâte à Paris avec notre fils, lycéen. Là d’où elle venait, personne n’aurait d’ailleurs pris le risque de lui parler face à face, à cause des postillons. Surtout, éviter que ne soit demandé un rapatriement ou, pire, un épidémiologiste français, voire même la venue en Chine d’un spécialiste de l’OMS, ce qui aurait vexé, assurément, la Cité Interdite ! Pas un message, donc, pas un conseil ou à fortiori un encouragement, de la part de l’Ambassadeur de France à Pékin, entre février et juin, en réponse à mes points de situation quotidiens. J’avais, en fait, commis deux crimes passibles du silence hiérarchique, celui qui tue une carrière : mentionner le SRAS allait dissuader J-P Raffarin, alors premier ministre, d’effectuer une visite officielle importante  à Pékin, une ville contaminée bien plus tard. Paradoxalement, on ne m’avais pas mis au courant de ce projet de déplacement officiel et je ne l’ai découvert qu’à travers les média. L’Amba voyait dans ce contretemps SRAS un vrai « sabotage » voulu par ma personne (inventeur du coronavirus) et Paris lui laissait la main puisqu’il était l’Ambassadeur et pouvait à sa guise harceler l’Elysée au téléphone. Mon second acte de trahison est un drame interne : j’avais adressé directement à l’OMS les observations des rares médecins expatriés, souvent australiens, sur la maladie et l’OMS m’en avait remercié, de sorte que la tutelle hiérarchique du Quai d’Orsay s’en trouvait court-circuitée  ! C’est parfois dans des disputes hiérarchiques picrocholines que notre diplomatie se délecte, quand la vie de milliers de Français de Chine était en danger.

– Deux membres de mon équipe consulaire avaient contracté le virus et en restaient sérieusement sonnés. Le plus dur pour eux était l’absence d’écoute française sur ce qu’il leur arrivait : était-ce mortel ?… et le mur de silence dans lequel nous enfermait le « système France », pas loin de faire une croix sur ses lointains administrés perdus. En juin, nous étions enfin à l’abri du virus, mais pas totalement rassurés : la maladie quittait Canton, Nanning, Xiamen, Fuzhou, Hainan, etc., en même temps qu’elle s’accrochait à Hongkong  et se propageait vers le Nord de la Chine, jusqu’à Pékin. Dans la capitale, certains collègues se mettaient à paniquer et n’ont pas, bien sûr, remercié qu’on redirige immédiatement vers eux le médecin militaire français parvenu au consulat général de Canton, bien après la bataille.

– Le coronavirus recommence à jouer des siennes, cette fois depuis la métropole de Wuhan, place forte du constructeur automobile PSA et de la coopération universitaire française dans l’Empire du Milieu. Le virus aurait été activé par la consommation de viande de chauve-souris (certes, on entre dans l’Année de la Souris !). « A mon époque », on maudissait plutôt la civette de l’Himalaya et le pangolin du Bas-Congo. Dans les métropoles, le régime chinois a obtenu sur un claquement de doigt le remplacement de millions de deux-roues par des scooters électriques, plus chers. Mais il n’arrive pas à mettre à l’index les gibiers exotiques totalement sauvages, coûteux et infestés pour y substituerde la viande d’élevage saine et contrôlable.

Va-t-on finir par apprendre, en Chine comme en France ? BONNE ANNEE DU RAT !

Coupable !
Autre coupable : la civette himalayenne !
Encore plus coupable : Pangolin du Bas-Congo !

Talleyrand versus Machiavel : quelles divergences entre les deux géopoliticiens célèbres ?

Talleyrand ou la gouvernance dans la constance et l’infidélité
Machiavel fait la transparence sur la gouvernance de son temps

* Niccolò di Bernardo dei Machiavelli, Machiavel est un haut-fonctionnaire célèbre pour ses ouvrages de politique. En 1498, il occupe la fonction de secrétaire de la chancellerie de Florence et se distingue en effectuant des missions diplomatiques en Europe. En 1512, la chute de la république de Florence et le retour des Médicis au pouvoir provoquent sa disgrâce. Il est emprisonné et torturé, puis se retire dans sa propriété pour rédiger différents ouvrages. En 1513, il commence à travailler sur ‘Le Prince’, qu’il dédie à Laurent II de Médicis pour regagner les bonnes grâces des Médicis. Inspiré de la vie de César Borgia, l’ouvrage explore la ligne de conduite la plus habile pour gouverner et se maintenir en place. Il traduit l’essence du machiavélisme, souvent perçu comme sulfureux, alors qu’il fait surtout la transparence sur les mœurs et la mentalité du pouvoir régnant.

* Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord,                                                                  Homme politique de premier rang sous la Révolution française et l’Empire, auteur de bons mots mais pas écrivain, il marque son époque comme un brillant diplomate spécialiste du double ou triple-jeu (« La parole a été donnée à l’homme pour déguiser sa pensée »). Au travers des neuf régimes qui se succèdent à la tête de la France, de 1789 à 1838, il réussit à défendre, grâce à son habileté et à ses qualités de négociateur (“Oui” et “non” sont les mots les plus courts et les plus faciles à prononcer, et ceux qui demandent le plus d’examen.”) aussi bien ses propres intérêts que ceux de la France, face aux puissances européennes. Comme son opposé italien, l’évêque d’Autun se méfie des émotions et affectations : « Tout ce qui est excessif est insignifiant ». Il cultive néanmoins sa part de désillusion et de mystère : « L’esprit sert à tout, mais il ne mène à rien. La vie intérieure, seule, peut remplacer toutes les chimères ».

Sur ces deux célèbres tacticiens de la scène européenne, l’avis de Mirabeau : « il n‘est pas possible que Dieu fasse, par génération, deux scélérats pareils ». Effectivement, trois siècles les séparent.

1 – La géopolitique

L’optique de Machiavel : conquérir, conserver, perdre le pouvoir (optique d’un appel aux cités-états italiennes pour qu’elles s’unissent pour chasser les Français, Espagnols, Allemands et autres pillards suisses). « Le Prince ne doit avoir d’autre pensée que le fait de guerre et l’organisation de la discipline militaire ». Pourtant, il n’est pas parvenu à unifier l’Italie : « les prophètes bien armés furent vainqueurs et les désarmés, déconfits ». Ami ou ennemi ? : « Un sage prince doit savoir subtilement nourrir quelques inimitiés afin que, les ayant vaincues, il en tire la plus grande louange ». Machiavel conseille d’aller jusqu’à des échanges de renseignement non-faussés entre les puissances (il pense à Charles Quint).

L’optique de Talleyrand : éviter une crise, une guerre, rétablir la paix dans un équilibre continental. Il se tourne plutôt vers l’avenir, dans « l’après » des formules de Machiavel : « la nature n’a pas donné aux hommes d’yeux par derrière ». Les conquêtes sont rarement bénéfiques : « Il ne faut pas couper le nœud gordien qu’on peut dénouer ». « Un arbitrage suppose une querelle entre deux puissances. Votre premier soin sera d’entretenir la jalousie, l’aigreur, d’exciter même quelque altercation… de rendre, enfin, votre médiation nécessaire… Il faut brouiller les gens qu’on veut raccommoder ». « Pour les Etats comme pour les individus, la richesse consiste non à acquérir ou à envahir les domaines d’autrui mais à bien faire valoir les siens » (sa critique à peine déguisée de l’aventurisme napoléonien conduira à sa disgrâce). « Les lenteurs s’expliquent par l’esprit de conciliation dont l’expérience me prouve chaque jour de plus en plus les avantages ».

2 – La société humaine

La vision de Machiavel est hautaine et glaçante : « les hommes sont méchants… ils doivent se caresser ou (s’) occire… par peur ou par haine ». « Il est du devoir du Prince de maintenir sur ses fondements la religion qu’on y professe… quand bien même on en reconnaîtrait la fausseté » (NB : il annonce Voltaire !).

L’optique de Talleyrand : c’est presque la même, une touche de psychologie en plus : « Les hommes sont comme les statues : il faut les voir en place ». « On peut violer les lois sans qu’elles crient (la rectitude ne paie pas) ». « Tout indique qu’en l’Homme, la puissance de la haine est un sentiment plus fort que celui de l’humanité en général et même que celui de l’intérêt personnel ». « On ne croit qu’en ceux qui croient en eux ». Il ne s’attaqua jamais à la religion, craignant, plus que tout, le pouvoir de l’Eglise.

Sources glânées auprès de Philippe Selz, que je remercie – Journées diplomatiques de Valençay 26-27/10/2019

Quelques questions géopolitiques pour 2020

Ours astrologue – Merci à « l’astrologie amérindienne » (blog de Chloé)

Ursula van der Leyen, la nouvelle patronne de la Commission de Bruxelles, aime à décrire celle-ci comme « géopolitique ». En Allemagne et en France, mais aussi dans les « démocratures », on se gave volontiers de ce terme, qui fait référence à une qualité de lucidité (analyser le monde et les opportunités de son système de pouvoir, de transactions et de conflits) et traduit un certain dynamisme à entreprendre. La chose la moins géopolitique serait, par exemple, le principe de précaution. Mais qu’en est-il des valeurs, celles qui vont de l’humanité palpitante, à l’indifférence polie et, au delà, tendent vers la nuisance égoïste ou la prédation féroce ? C’est simple : toutes peuvent se décliner à la sauce géopolitique, sans exception. Voyez l’histoire du 20 ème siècle !

En effet, cette discipline est carrément obtuse en matière de cœur et d’idéaux. Elle permet au bourreau aussi bien qu’à ses victimes de s’orienter au mieux de ses intérêts, craintes ou fantasmes, dans le maquis piégé de la « communauté internationale ». Elle ignore l’individu lambda et ses aspirations profondes ou ne les prend en compte que si la frustration (ou l’exaltation) porte Quidam à faire basculer des empires.

Un conseil affectueux aux géopolitologues : allez vous frotter aux gens, aimez-les ou détestez-les, aimez ou détestez aussi ce que révèlent vos analyses savantes, forgez-vous des convictions ailleurs que dans les atlas et l’infographie ! Bref, soyez votre propre personnage-citoyen international, pulsez !

Ceci dit – essentiellement pour me disculper – quel œil faudrait-il ouvrir sur l’actualité à venir, en 2020 ? Pas celui des réseaux d’infox, bien sûr, mais pas uniquement, non plus, celui des médias. Ils sont certes essentiels à l’information mais leur constance varie au gré des priorités du moment et de l’attractivité toute temporaire du sujet « vendeur ». Voici donc un petit échantillon de questions sur lesquelles on serait en droit d’être éclairé. Certaines resteront dans les nimbes :

La Syrie et l’Irak. Que va faire Bachar de sa victoire contre son peuple? L’Irak (comme le Liban) pourra-t-il trouver un équilibre démocratique hors de tout asservissement à l’Iran ? 4 Mns d’exilés syriens pourront-ils jamais rentrer chez eux, sans risque ni préjudice ? La CPI pourra-t-elle juger un jour les coupables de crimes contre l’humanité ? Les jihadistes européens vont-ils être renvoyés chez eux, faute de juridiction tierce qui leur soit applicable ? Nous en parlera-t-on ? Daech et Al Qaïda se refont-elles une santé au grand Moyen-Orient, comme on le voit surtout en en Afrique Sub-saharienne, ce, en profitant de la débandade occidentale ? Les Kurdes seront-ils durablement damnés et abandonnés ? La guerre des Sunnites contre les Chiïtes va-t-elle finir par tout préempter en générant du  terrorisme de part et d’autre ? Comment cela se répercutera-t-il en  France ? Paris va-t-elle cesser de vendre des armes dans les Etats du Golfe, qui répandent les hostilités à la ronde  ? La France a-t-elle encore une politique arabe et iranienne visible et compréhensible ?

 

L’Iran : La politique de Trump va-t-elle précipiter l’accession de Téhéran à l’arme nucléaire et, plus directement, celle de l’Arabie saoudite à cette arme ? Ira-t-on alors vers un affrontement généralisé, conventionnel et nucléaire, de l’Egypte jusqu’à l’Afghanistan, susceptible d’embraser ensuite l’Inde face au Pakistan, la Turquie, la Russie, etc.

 

La Russie : quelle gestion pour le glacis qu’elle s’est composé dans le monde arabe et quid du risque d’affrontement avec la Turquie ? L’avenir du plan de déstabilisation de l’Europe, la capacité de menace induite par les nouveaux euromissiles, les missiles hypersoniques et autres armes « absolues » brandies par V. Poutine, comme Adolphe en son temps. L’utilisation du levier de la fourniture de gaz à l’Europe centrale. Le plan de Moscou sur l’Ukraine (Donbass) mais aussi sur la Moldavie, les deux provinces annexées de Georgie, son action anti-Baltes depuis l’enclave de Kaliningrad. La perpétuation du pouvoir sans partage de V. Poutine et la tentation de jonction stratégique avec la Chine face à l’Occident amorphe.

 

La recherche de solutions aux affrontements en Libye et au Yémen, où la France pêche en eau trouble et n’assume pas ses responsabilités de puissance permanente du Conseil de Sécurité. Sa solitude au Sahel, qui promet d’être « l’Afghanistan des Français », l’opération  Barkhane suscitant la méfiance de ses alliés comme des bénéficiaires.

 

L’Europe, avec une année entière – voire bien plus – absorbée par les tractations post-Brexit. Quelle progression dans les méandres de la politique commune d’asile et quelles alternatives à l’externalisation du refoulement, confiée à des entités sulfureuses du Sud de la Méditerranée ? La prise de conscience ou non du besoin impérieux d’une défense autonome à la hauteur des défis et de son coût. La résilience à une nouvelle crise monétaire et la capacité de la zone €uro à y faire face (budget commun et règles bancaires). La mobilisation (ou non) de moyens financiers suffisants pour amorcer les transitions énergétique et agricole. La consolidation des institutions et la participation plus grande des citoyens. L’Europe sociale, etc. (j’en passe …)

 

Les Etats-Unis  : jusqu’à quel Point laissera-t-on D. Trump détruire le système international en suscitant l’extinction du droit, les affrontements et les injustices ? Destitution ou pas de l’intéressé, les dégâts faits seront-ils réparables ? L’isolationnisme restera-t-il durablement l’orientation centrale de la politique extérieure américaine… avec néanmoins des épisodes dangereux d’emploi bref et massif de la force et une fixation hostile sur la Chine. Comme ennemi n° un de l’Islamisme politique, les Etats-Unis vont-ils contribuer involontairement à stimuler le jihadisme à travers le monde ?

 

Les inconnues les plus significatives touchent à l’ordre multilatéral (celui-là même que Trump veut détruire). Le blog vous assommera avec ça après le Nouvel An. En attendant, ouvrez l’œil et le bon ! Les neurones font le meilleur des casques !

Précurseurs en géopolitique : les Rois-mages

Géo-espace : L’Europe veut rester dans la course

Publié le  24/11/2019 par l’AFP & France 24 (avec nos remerciements)

Près de 14,3 milliards d’euros sont demandés aux ministres des 22 Etats membres de l’ESA, réunis mercredi et jeudi à Séville (Espagne) pour choisir les programmes spatiaux des trois prochaines années. Soit 4 milliards de plus que le budget alloué à l’agence lors de la précédente réunion du même type, en 2016. Cette enveloppe s’ajoutera à la contribution de l’Union européenne déjà votée (16 milliards d’euros sur sept ans).

« Il y a une volonté de faire plus, d’avoir un programme scientifique plus ambitieux, et de développer nos infrastructures à la hauteur de nos ambitions », explique à l’AFP Philippe Willekens, porte-parole de l’ESA. Car dans un milieu « extrêmement changeant, l’Europe doit faire attention à rester leader là où elle l’est, et continuer à conquérir de nouveaux marchés », ajoute-t-il.

La conférence de Séville « peut marquer soit le sursis, soit le sursaut de l’Europe spatiale », a averti le patron d’Ariane group, André-Hubert Roussel, devant les parlementaires. Ces dernières années, le Vieux continent a enchaîné les succès: mission de Thomas Pesquet à bord de l’ISS, GPS européen Galileo, construction d’Ariane 6, souligne l’Institut Montaigne… Mais sa position de leadership « est aujourd’hui menacée » alors que la compétition mondiale s’amplifie, avec une remontée en puissance des Etats-Unis et de la Chine, qui se traduit par des investissements publics massifs.

« L’Europe possède des atouts mais n’a pas les avantages structurels américains ou chinois », qui ont notamment des programmes spatiaux militaires ambitieux. « Elle a le même problème depuis le début: qu’est-ce qui justifierait de dépenser plus dans l’espace ? », pointe Isabelle Sourbès-Verger, du CNRS.

– Un lanceur réutilisable ? L’équilibre traditionnel se voit en outre chamboulé par l’explosion du nombre d’acteurs privés (dont les « GAFA » du spatial, Space X en tête) qui constitue la révolution du « New Space » et s’accompagne de la multiplication des satellites miniatures et leurs applications (météorologie de l’espace, géolocalisation, objets connectés, véhicules autonomes…).

Or l’Europe pourrait ne pas être assez compétitive pour capter ces nouveaux marchés, craignent des experts. En cause notamment: le futur lanceur Ariane 6, principal accès européen à l’espace. Son modèle économique actuel, estime la Cour des comptes, « présente des risques » face à la concurrence féroce de l’américain Space X, qui a ravi en 2017 à Arianespace sa position de leader mondial sur le marché des satellites en nombre de lancements. La firme d’Elon Musk a fortement baissé ses coûts en développant un lanceur réutilisable, tandis que les Européens, qui n’y ont pas cru au départ, « n’ont à ce stade développé que des briques technologiques permettant, à terme, d’acquérir » cette technologie du recyclable, écrit la Cour.

Mais le PDG d’Arianespace, Stéphane Israël, assure qu’Ariane 6 n’est que « le début d’une histoire » et son chantier « ouvre un cycle d’innovations« , a-t-il dit à l’AFP. Ariane 6, dont le vol inaugural est prévu en 2020, ne sera néanmoins compétitive dans la durée qu’avec des cadences de lancement élevées, ce qui suppose des « commandes institutionnelles nombreuses », prévient Stéphane Israël. Space X, rappelle-t-il, remplit 80% de son carnet de commandes avec l’Etat américain, à qui il vend « deux fois plus cher qu’au marché ».

Sur ce point, le patron d’Arianespace se montre confiant au vu du soutien récemment apporté par Emmanuel Macron et Angela Merkel au « principe de préférence européenne concernant les lanceurs ». Principe également défendu par un groupe de travail du Sénat français, qui appelle l’Europe à développer un lanceur réutilisable. « Mais attention, l’espace n’est pas un secteur commercial comme un autre; faire de l’argent avec un lanceur, c’est ambitieux », relève Isabelle Sourbès-Verger.

Le spatial européen reste « atypique », et le Vieux continent, qui ne peut rivaliser avec les 21 milliards de dollars de budget annuel de la Nasa, doit selon la chercheuse continuer « à trouver des projets originaux et développer ses points d’excellence », notamment dans la science, comme les missions d’exploration des ondes gravitationnelles, du régolithe à la surface de la Lune, ou les lunes glacées de Jupiter.

Nota : la géopolitique couvre, de longue date, la dimension spatiale

Cerner la Géopolitique, savoir où elle nous mène

 »Qui tient la mer tient le commerce du monde ; qui tient le commerce tient la richesse ; qui tient la richesse du monde tient le monde lui-même » (Walter Raleigh , 1552-1618, écrivain, poète, courtisan, officier et explorateur anglais – décapité à la tour de Londres)

Depuis la décennie 1980, la géopolitique connaît un beau succès populaire en France. Elle  se présente à nous sous plusieurs définitions : ‘’formation et action des puissances politiques dans l’espace’’ (Fondation des études pour la défense nationale) ; ‘’analyse géographique de situations socio-politiques’’ (Michel Foucher, géographe et diplomate français) ; ‘’tout ce qui concerne les rivalités de pouvoirs ou d’influence sur des territoires ou sur les populations qui y vivent » (Yves Lacoste, géographe et historien, fondateur de l’Institut géopolitique Français). A l’origine, cette discipline ne désignait que les rapports de pouvoir entre États, mais son contenu s’est étendu plus généralement à l’étude, dans l’espace, de l’exercice du pouvoir, quelle qu’en soit la nature – étatique, rebelle, économique ou autre – ou l’échelle – du village au continent jusqu’au cosmos. Elle tend aujourd’hui à mettre aussi en avant les désordres de l’écosystème et du climat, particulièrement perturbateurs du système mondial. Autrement dit, elle devient la science politique de la mondialisation, reliant le fait local au système mondial, en faisant un détour par l’étude des crises, des cataclysmes, des ambitions et des excès. 

Quels buts vise-t-elle ? Yves Lacoste en définit l’objectif ainsi : ‘’les raisonnements géopolitiques aident à mieux comprendre les causes de conflit au sein d’un pays ou entre Etats » (ou mouvements armés), mais aussi à  »envisager quelles peuvent être, par contrecoup, les conséquences de ces luttes dans les pays plus ou moins éloignés et parfois dans d’autres parties du monde’’ (Yves Lacoste :  »Géopolitique, la longue histoire d’aujourd’hui » – Larousse 2006). Le géopolitologue relie ainsi l’histoire passée, riche de ses enseignements, à la prévision ou à la prévention des conflits futurs. 

– Comment est-elle arrivée jusqu’à nous ? Le premier penseur géopolitique malgré lui, Hérodote d’Halicarnasse (484-425av. JC) était, comme il se doit, historien et géographe. Il disséqua la menace constituée par les Perses et des Egyptiens pour mieux en prémunir Athènes. On ne peut mettre la géopolitique en œuvre sans coller à l’Histoire. Etudier celle-ci implique de tracer des frontières sur des cartes, de situer dans l’espace les conquêtes et les revers de souverains, de localiser et répartir les populations, etc. C’est de même dessiner des fronts militaires (ou sociaux), des lieux de batailles dont on relèvera l’issue, des infrastructures de défense, des flux humains, en évaluant leur efficacité et leur coût. L’habillage de l’espace permet d’extrapoler les rapports de force à la source des politiques (et des nombreuses erreurs fatales en la matière) et d’analyser les raisonnements et les conduites des grands acteurs, d’en expliquer alors les hauts faits comme les échecs.

De ce raisonnement dans l’espace et au travers des comportements, on tirera des axes de recherche du style :  »pourquoi en est-on arrivé là ? »,  »quels peuvent être les évolutions, les causes de rupture ? »,  »quel conflit ancien pourrait resurgir, au détour de quelle contradiction nouvelle ? ». Mais le praticien va se heurter à une foule de manipulations historiques, d’intox conscientes ou non, à la  »vérité officielle » des propagandes devenues des dogmes historiques, qui polluent, à toute époque, la justification de l’exercice du pouvoir. La géopolitique est éminemment falsifiable : c’est son moindre défaut.

– De façon inhérente à sa composante ‘’politique’’, la géopolitique est, en effet, particulièrement exposée à récupération par les gouvernants civils ou les hiérarchies militaires, même dans l’Etat de droit. Les premiers tâtonnements théoriques remontent aux écrits de Machiavel ou de Clausewitz relatifs aux  »bonnes pratiques » pour comprendre et exploiter les rapports de forces. Confisquée à son profit par le pouvoir napoléonien (pour lequel  »tout pays a la politique de sa géographie »), elle n’a émergé, en tant que science plus ou moins objective qu’au 19ème Siècle, lorsque l’histoire est rentrée dans les programmes scolaires européens et qu’un public – suffisamment large et déjà bien informé – a formulé l’exigence d’une explication rationnelle des évolutions dans l’Europe des empires. Ces personnes partageaient le souci de cerner, avant les autres, les incidences possibles sur leur vie des troubles courants plus ou moins distants du monde extérieur. Dès 1848, avec l’affirmation des nationalités en Europe, les dirigeants ‘’démocratiques’’ se sont sentis tenus d’expliquer à leurs populations leur politique étrangère. Les journaux ont ouvert des rubriques sur le sujet. Les entreprises, lancées dans l’épopée impérialiste, ont calé leurs stratégies sur ce guide de l’intérêt national. Exclusivement européo-centrée, la géopolitique d’alors, comme l’histoire, ont épousé les causes  »patriotiques » de leur époque et les intérêts et valeurs de leurs commanditaires.

– Le mot lui-même est d’usage plutôt récent. ‘’Politische Geographie’’ est apparu, en Allemagne, dans les écrits de Friedrich Ratzel (1844-1904), botaniste et géographe ‘’patriote’’, engagé dans l’expansionnisme colonial et le ‘’sea power’’ (expansion maritime) pour le compte du 1er Reich. L’universitaire suédois Rudolf Kjellen (1864-1922) contractera le terme, en 1905, en ‘’Geopolitik’’, qui avait l’avantage de pouvoir servir aussi d’adjectif. En Prusse, la science géographique était la plus avancée qu’ailleurs en Europe et l’histoire était largement enseignée. La pensée d’Emmanuel Kant y avait préparé les esprits, en parvenant à conjuguer l’étude de l’espace à celle du temps. A la même époque, le  »darwinisme social’’, appliqué aux relations entre groupes humains,cherchait à accréditer l’idée que la ‘’loi de l’espèce’’ accordait tous les privilèges aux peuples les plus forts, à l’image de l’Evolution œuvrant contre les éléments faibles, dans la nature. Cette conception raciale a connu du succès en Europe, dans la première moitié du XXème siècle. Elle a empoisonné la science de l’Histoire et donc la géopolitique qui lui est cousine.

– La cousine anglo-saxonne de l’école allemande s’est développée dans l’optique d’une domination globale à maintenir sur les océans et sur les terres.

Le  »sea power » (théorie de l’empire maritime), tel que conçu par le stratège naval américain Alfred Mahan (1840-1914) définit la puissance d’un État (en l’espèce le Royaume-Uni) par la domination des mers ou océans.Son travail consiste donc il s’est spécialisé dans l’étude des principes stratégiques historiques régissant le contrôle des mers. Mais la planète comporte aussi une  »île mondiale » au milieu des océans. Halford John Mackinder (1861-1947) pose en postulat que, pour dominer le monde, il faut dominer l’île mondiale et principalement le cœur de cette île, le Heartland,  »pivot géographique de l’histoire » (allant de la plaine de l’Europe centrale à la Sibérie occidentale et en direction de la Méditerranée, du Moyen-Orient et de l’Asie du Sud). Pour rester une grande puissance mondiale, l’Angleterre doit aussi s’attacher à se positionner sur terre en maîtrisant les moyens de transport par voie de chemin de fer. L’approche géopolitique anglaise renvoie à une volonté de domination du monde via le commerce, en contrôlant les mers, puis désormais les terres. 

– Au lendemain du premier conflit mondial, l’Allemagne, prise dans  »l’étau du Traité de Versailles’’, en inaugura une nouvelle dimension, défensive et victimisée. Les spécialistes allemands théorisèrent scientifiquement les injustices imposées par les vainqueurs et justifièrent la préparation d’une revanche contre les ‘’vieilles’’ démocraties (cf. les ‘’Zeitschriff für Geopolitik’’ de Karl Haushofer, revue très prisée du monde politique allemand dans l’entre-deux-guerres). La pensée stratégique de Vladimir Poutine reflète assez bien cet état d’esprit, de nos jours.

– Dans les années 1930, le nazisme s’est emparé de cet outil, pour en faire ‘’une sorte de slogan pseudo-scientifique’’ (Yves Lacoste p 18), exaltant la population allemande dans sa guerre de conquête et d’oppression (‘’lebensraum’’/ espace vital ; ‘’Staat als Lebenform’’ / nature organique de l’Etat, etc.). Il était donc inévitable, au lendemain de la seconde guerre mondiale, que la science géopolitique, dévoyée par les propagandistes nazis, ait sombré dans la stigmatisation et le tabou. En France, cela a duré trois décennies. Hormis l’ouvrage de Vidal de la Blache ‘’France de l’Est’’, les géographes ne s’intéressaient guère au politique et les historiens préféraient travailler entre eux. 

– La géopolitique a néanmoins resurgi – sous d’autres vocables et dans une optique essentiellement stratégique – avec la guerre froide. Parmi d’autres, la crise de Berlin (1948-49) et celle des fusées à Cuba (1962) ont vu les deux blocs  »jouer » une partie au bord du gouffre, autour de cartes et de paris raisonnés sur le comportement l’un de l’autre. L’Alsace-Lorraine ‘étant plus à récupérer, pour la France, le plus géopolitique tenait aux conflits coloniaux, dont elle ne parvenait pas à s’extraire. Une nouvelle application de la géopolitique est apparue en rapport avec ce problème, appelant une approche plus civile et institutionnelle que classiquement militaire. Elle correspondait aussi  aux évolutions de la science politique : éclairer la problématique des résistances nationales, les perspectives tant d’une pérennisation des affrontements que de l’octroi des indépendances, l’atout du pétrole saharien et des sites d’expérimentation nucléaire, les choix de souveraineté dans et hors de l’OTAN. Si entre les deux blocs, on s’accuse avec acrimonie, de menées  »géopolitiques’’, (c’est dire…), dans la France du général de Gaulle, on parlera plutôt  ‘’d’options de politique étrangère’’. Mais on sait bien de quoi il s’agit.

– En décembre 1978, l’incompréhension saisit les politologues français : les communistes vietnamiens lancent une invasion contre les communistes khmers rouges, alors qu’on croyait impensable un conflit entre vainqueurs de la ‘’guerre américaine’’ du Vietnam. En février 1980, c’était au tour de la Chine communiste de ‘’punir’’ son voisin vietnamien. L’URSS met alors la Chine en garde et fait entrer sa marie en mer de Chine. Le tropisme classiquement ‘’idéologique’’ des commentateurs français s’en trouve complètement pris de court. Le Monde en conclut qu’il faudrait chercher, ‘’dans la géopolitique’’, un complément d’explication à l’histoire classique. Le monde journalistique embraye. Le terme, dont l’origine allemande était alors complètement oubliée, s’en trouve réhabilité. Il est rapidement réinvesti dans d’autres conflits atypiques (Liban, Afghanistan, Iraq-Iran et surtout l’implosion de l’URSS, en 1991, et la nouvelle donne européenne, les équipées américaines en Iraq, en 1991 et 2003, les visées chinoises en Mer de Chine, plus récemment les incursions de la Russie de Poutine dans les Etats voisins… ). Depuis 1976, une revue de géographie et de géopolitique vaut référence pour l’école française éponyme. Elle s’appelle, bien sûr, ‘’Hérodote’’.

– Dans ce blog, fort peu académique et plutôt branché sur l’actualité du monde (sans omettre l’influence de l’Histoire), je suis mon propre fil : «géopolitique = géographie + politiques + sociologie + échanges économiques + rapports de puissance, de domination ou d’émancipation ». La chronologie des  »brèves » (une ou deux par jour) s’appliquent à montrer que le monde bouge, au quotidien, dans tous ses retranchements, zones de lumière ou zones d’ombre. Il faut courir derrière pour ne pas perdre la  »grande image » de notre époque. Les cartes sont le plus souvent remplacées par des dessins d’ours, car il faut bien éviter d’assommer le client-lecteur mais les cartes sont dans la tête de l’Ours.

S’agissant d’ambitions, de rivalités ou de luttes, le cercle des acteurs concernés n’a cessé de se diversifier. Ainsi, Al Qaida et Daech sont devenus des grands classiques de l’analyse géopolitique, dans notre ère de fusionnement de toutes les sciences humaines.  Chacun d’entre nous est un micro-acteur car les grands flux de la mondialisation puisent à  source des individus  »atomisés » au sein des sociétés. Je fais mienne la théorie du Prof. Bertrand Badie (enseignant à l’IEP), comme quoi les contradictions qui s’expriment à l’international répondent à des dynamiques très comparables voire identiques à celles que l’on perçoit sur la scène sociale. Il n‘y a pas de cloisonnement de part et d’autre des frontières et des mers : les mêmes sciences humaines opèrent de la même façon. La pluralité vaut aussi pour les domaines de mise en tension, qui outre le social, le militaire, la culture et les valeurs qu’elle porte, les épopées historiques, les croyances religieuses, englobent de plus en plus la technologie (le numérique, les réseaux, les robots, les armes de destruction massive, les biotechnologies, l’espace, la météorologie, l’écologie, les réalités sociologiques, etc.). En fait, en dehors des affaires immédiates du village (quoi que…), de la routine des jours heureux, des faits divers les plus fortuits, de l’éducation de base, de la chansonnette et du sport (quoi que, encore…), la géopolitique s’intéresse à tout ce qui fait bouger le monde. Pas moins…

 

Friedrich Ratzel, fondateur (coupable) de la géopolitique