* 13 juillet – Le Japon, orphelin mais plus fort

L’ancien Premier ministre, Shinzo Abbe est, mort, le 8 juillet. Il a été touché par un tireur isolé, lors d’un meeting politique à Nara en vue des élections sénatoriales. Arrêté par la police, son assassin est un ancien membre des forces maritimes d’autodéfense, âgé de 41 ans. Il affirme que son acte n’était pas inspiré par la politique et son motif paraît assez flou. Peu habitué aux attentats et très restrictif en matière de port d’arme, le Japon reste abasourdi par cet assassinat inédit. Choquée, la classe politique japonaise n’est pas pour autant en état de faiblesse : le surlendemain, le Parti libéral démocrate (PLD) a cartonné aux élections. Le PLD dispose désormais de la majorité des deux-tiers qui lui permet de modifier la Loi fondamentale. Au sein de cette formation, constamment reconduite au pouvoir, l’ex-ténor conservateur gardait une influence prépondérante.

Ce meurtre a provoqué des réactions de consternation et de surprise à travers le monde. Mais l’impression domine que le Japon, qui a changé sous Abé, ne retournera pas en arrière sous ses successeurs.

Emmanuel Macron s’est dit « profondément choqué par l’attaque odieuse ». Le Royaume-Uni, l’Italie ou encore le président du Conseil européen ont fait chorus et le secrétaire d’État américain a déclaré que les États-Unis étaient “profondément préoccupés et attristés”. Abe était un allié très proche de Washington. Le premier ministre australien, Anthony Albanese, le premier ministre singapourien, Lee Hsien Loong, et la ministre des Affaires étrangères indonésienne, Retno Marsudi – parlant au nom des pays du G20 réunis à Jakarta – ont tous exprimé leur consternation. Idem, s’agissant du Premier ministre indien, Narendra Modi, et de la présidente taïwanaise, Tsai Ing-wen, exprimant sa tristesse  »devant une attaque menée dans un pays démocratique et doté d’un état de droit, comme Taïwan” (un habile parallèle). Les principaux amis du Japon étaient au rendez-vous.

La Chine s’est fendue d’une déclaration impersonnelle du porte-parole de son ministère des Affaires étrangères. Moscou, tout juste poli, est resté mutique sur ce que le Kremlin pensait du disparu. Aucune surprise, au total …

Sur la scène internationale Abé s’était montré déterminé à replacer le Japon parmi les grands acteurs du jeu stratégique. Sa doctrine de sécurité nationale a évolué de la non-intervention absolue (article 9 de la constitution  »pacifiste ») au ‘’pacifisme actif’’, nettement plus interventionniste. En 2013, il avait institué un Conseil de sécurité nationale au sein de son Cabinet, qui pilote désormais largement la politique extérieure du pays. Celle-ci a gagné en lisibilité. En particulier, Shinzo Abe et ses équipes ont élaboré le concept stratégique de l’Indo-Pacifique, libre et ouvert (Free and Open Indo-Pacific– FOIP). Ainsi, après le désastreux retrait des Etats-Unis décidé par Donald Trump, le Japon de Shinzo Abe a repris en main le Partenariat Trans-Pacifique (TPP), l’accord de libre-échange le plus ambitieux du monde en termes de PIB agrégé. Tokyo se targue d’avoir alors réécrit les règles des échanges commerciaux au 21ème siècle. Sa vision incorpore un projet de libre-échange économique de la zone, d’inspiration libérale (liberté d’accès et de circulation, Etat de droit, économie de marché). Son but géostratégique est de faire contrepoids à la Chine et à son initiative des Nouvelles Routes de la Soie. Tokyo se place ainsi en leader des pays d’Asie attachés à l’arrimage occidental.

Le projet japonais se double d’un programme de financement des infrastructures de ses voisins émergents, invités à élargir leurs options plutôt que de se cantonner dans un face-à-face exclusif avec la Chine. Du fait de ces initiatives coordonnées, le Japon, est redevenu une puissance majeure en Asie. Le Dialogue stratégique quadrilatéral (Quad) avec les Etats-Unis, l’Inde et l’Australie, relancé en 2017 à l’initiative de Tokyo, lui permet tout à la fois d’étoffer son influence politique et de servir ses intérêts militaires.

De fait, Shinzo Abe a sensiblement fait évoluer la politique de défense japonaise, pour réintroduire l’Archipel en acteur de sécurité majeur en Asie. Ce faisant, le Japon s’est aussi positionné sur les marchés d’armement comme fournisseur de ses partenaires de défense. En 2014, la possibilité pour les forces japonaises de porter secours à un allié a été ouverte par une réinterprétation audacieuse de la Constitution, dans le cadre d’une nouvelle  »légitime défense collective ». Une intervention de sa marine, aux côtés de celle des Etats Unis, pour défendre Taïwan en cas de blocus, n’est plus une simple vue de l’esprit. Ces réformes resteront comme le grand œuvre d’Abe, même si elles ont soulevé dans l’opinion de vives controverses.

La coopération militaire de Tokyo a également diversifié ses partenariats plus lointains, avec notamment l’Australie, l’Inde, le Royaume-Uni et aussi la France. On parle depuis plusieurs décennies d’une forme de lien opérationnel du Japon avec l’Alliance atlantique : l’Alliance des mers du Globe (AMG) ?

* 11 juillet – Sri Lan-crash

Le Sri Lanka vit plus qu’une crise, un effondrement. Le président Gotabaya Rajapaksa fuit la fureur du peuple alors que le pays sombre dans l’abîme. Après son frère, l’ex-premier ministre démis le 12 mai, le président a été chassé du palais par des nuées de manifestants. Principal auteur du chaos, il a été mis à l’abri à bord d’un navire militaire, dans les eaux territoriales du sud. La résidence officielle du premier ministre a été mise à feu. Pendant ce temps, des milliers de manifestants restent mobilisés, à Colombo, pour chasser une bonne fois pour toutes la dynastie cleptomane des Rajapaksa. Aux  commandes de l’Etat depuis deux décennies, leur clan a mis en faillite l’économie de cette ile de 22 millions d’habitants et laissé un vrai désastre derrière lui. Gotabaya prétend vouloir se retirer le 13 juillet, ‘’pour assurer une transition pacifique’’. Peu importe qu’il démissionne aujourd’hui, demain ou dans les prochaines heures, ce sera toujours trop tard :  le mal est déjà fait et ses racines sont profondes. Comme tous les ‘’hommes forts’’ populistes, le personnage a été adulé par les masses, avant qu’elles ne retournent leur colère contre lui, une fois réalisés son échec et sa malhonnêteté. Ce genre d’histoire se répète à l’infini sur les cinq continents.

En convoquant une réunion de classe politique, l’actuel premier ministre, Ranil Wickremesinghe, aura tenté en vain de former un gouvernement d’union nationale. La tâche semble impossible pour celui-ci, qui avait prêté serment le 12 mai dernier, au lendemain de l’éviction de Mahinda Rajapaksa, son prédécesseur honni. Les partis de l’opposition sri-lankaise cherchent, de leur côté aussi, à mettre sur pied un gouvernement. Les démissions se sont produites en cascade au sein du pouvoir, le premier ministre proposant également la sienne. Il est peu probable que ceci ait un quelconque effet sur la foule, chauffée à blanc mais non-armée. Après le président et le premier ministre, la charge du gouvernement revient en principe au président de la Chambre des représentants, Mahinda Yapa Abeywardena. Mais, sur qui parier, dans l’atmosphère de chaos qui prévaut ?

Les manifestations monstres à Colombo sont largement dues à la grave crise économique que traverse le pays. S’y superpose une détestation tardive du clan mafieux des Rajapaksa. L’effondrement de l’économie est sans précédent depuis l’indépendance en 1948. Les Nations Unies estiment que 80 % de la population n’a plus les moyens de s’offrir trois repas par jour. La pénurie d’énergie – plus aigüe qu’en Europe – et l’effondrement de la monnaie entrainent une rareté générale de tous les produits de la vie courante et une inflation folle. Il y a quelques jours, Gotabaya Rajapaksa en était réduit à supplier Poutine de lui faire parvenir un peu de pétrole et de gaz, à crédit. Il a curieusement invité les touristes, effrayés par ce grand désordre, à revenir en nombre pour faire repartir la croissance et rééquilibrer les comptes. Le pays négocie in extremis un plan de sauvetage avec le Fonds monétaire international (FMI), lequel imposera vraisemblablement des hausses d’impôts.

Le volet international de cette crise comporte aussi de gros enjeux. Au sortir, en 2009, d’une longue guerre civile entre la majorité (bouddhiste) cinghalaise et la minorité (hindouiste) Tamoule, la diplomatie lankaise a glissé de l’orbite géopolitique de l’Inde – jugée trop favorable aux Tamouls – à celle de la Chine. Formidable forteresse stratégique sur les grandes routes maritimes entre mer d’Arabie et Golfe du Bengale, Sri Lanka était devenu un maillon fort des ‘’nouvelles routes de la Soie’’ tissées par Xi Jinping. La marine chinoise y relâche en force. Ce point d’appui peut être rapidement militarisé.

Le clan au pouvoir à Colombo avait largement sollicité l’énorme capacité d’investissement chinoise, servant ses intérêts personnels au passage et faisant fi des avis du FMI sur sa mauvaise gestion. Aujourd’hui, l’île est sans doute la plus lourdement endettée – et ceci, à court terme – parmi les alliés de Pékin dans la région. Le fardeau a atteint le point où elle a dû rétrocéder à ses créanciers chinois un port, sa zone industrielle et diverses autres infrastructures. La mise en faillite générale de l’économie menacerait de  »re-siniser », par rebond, une bonne partie de ses avoirs financiers et de faire d’elle une quasi-colonie. Dans ces circonstances, la Chine, trop liée au clan Rajapaksa, a beaucoup perdu son aura politique… et l’Inde, plus proche à tous points de vue, guette l’occasion de lui contester la place.

Sri Lanka est donc une des affaires à suivre, sur la grande scène agitée de l’’’Indo-Pacifique’’.

* 5 juin – Avec le temps, vas, tout s’en va

Sievierodonetsk est tombé, dévasté par l’artillerie, puis Lyssytchansk. L’oblast de Lougansk est désormais totalement sous le contrôle de l’envahisseur et va être russifié ; la population, chassée, triée, remplacée. Les experts militaires ne donnent plus cher de l’oblast voisin de Donetsk et présagent qu’avant l’automne, l’ensemble du Donbass sera pris par la force. C’est un tournant défavorable dans une guerre qui va connaître d’autres épisodes très durs. Le pouvoir destructeur des canons russes ne semble jamais épuisé. Celui de résistance de l’armée ukrainienne est très entamé. L’aide occidentale pourra-t-elle suivre la montée des enjeux ? On oscille entre attente, crainte et espoir.

– Ecartons d’abord l’hypothèse comme quoi l’offensive poutinienne s’arrêtera là, miraculeusement, sans que l’usure de la logistique l’y oblige. Ce serait par simple contentement d’avoir atteint un objectif militaire, même s’il n’est que partiel au regard du plan annoncé. ‘’L’affaire du Donbass réglée (comme l’a dit le dictateur tchétchène), intéressons-nous à la Pologne et aux autres’’. Le pourtour sud de la Mer noire, une fois franchi le port d’Odessa, constitue un axe d’invasion. Sur la frange-est de la Moldavie, des ‘’sabotages’’ et autres menées agitatrices sont déjà montrées du doigt par Moscou, qui y prépare le terrain. Et la région concernée, la Transnistrie, est de peuplement ethnique russe. Au-delà, c’est la Bulgarie, déjà privée de son approvisionnement en gaz, puis la  Turquie et la Grèce ouvrant sur la Méditerranée. Si donc, les forces du Kremlin poursuivent plein sud, il faudra qu’Odessa tienne bon, à tout prix. L’OTAN n’aura d’autre choix que de s’investisse en Mer noire. Sans doute pas dans les eaux russes, mais dans celles de l’Ukraine : une bataille navale en ‘’mode Wagner’’, sans exhiber les insignes. Ce n’est pas léger à dire.

– Un scénario du même type demeure aussi possible au nord, autour de la Baltique, avec une revanche à saisir sur les républiques baltes – ces transfuges de l’URSS, qui accueillent de fortes minorités russophones – et sur le bloc nordique : en l’occurrence, la Finlande, frontalière sur 1300 km avec la Russie, et la Suède, de tous temps rivale de l’expansionnisme des tsars. Elles sont toutes deux coupables de rallier l’OTAN. L’enclave russe de Kaliningrad n’a jamais autant fait figure de potentiel tremplin d’agression contre la Lituanie honnie (sanctuaire de dissidents) et la Pologne (centre de gravité de la contre-poussée face à l’invasion).  Désormais, la Baltique ne roulera plus des eaux calmes. Au-delà, aux portes de l’Arctique, la Norvège est prise à partie pour appliquer les sanctions européennes à la colonie russe du Svalbard, étrangère au lieu.

– Poutine ne tient pas à envahir l’Europe occidentale : il lui suffirait largement de la casser. Infliger une défaite – par impuissance – à l’Alliance atlantique et l’obliger à se rétracter géographiquement ; remettre, ce faisant, la main sur les franges russophones ou autrefois annexées de l’Empire ; briser l’image d’un Occident fort de ses principes et de son influence sur les affaires mondiales ; désoccidentaliser au passage les institutions multilatérales, avec l’aide des pays non-alignés et bien sûr de la Chine, sa paranoïa suit une logique implacable. Jusqu’où fera-t-il de son rêve un grand plan d’action épique pour imposer sa marque dans l’Histoire ? Etape après étape, le tableau d’ensemble apparaîtra et, dans ce tableau, notre vulnérabilité à la sidération et à l’accumulation des stresses constitue son arme secrète, quasi-imparable.

Dans son ouvrage, ‘’l’obsolescence de l’Homme’’, le philosophe austro-allemand, Günther Anders, désignait comme ‘’supraliminaires’’ les évènements trop immenses et effrayants pour que l’Homme prométhéen puisse les capter dans son esprit et, surtout, pour qu’il puisse mesurer les incidences apocalyptiques de leur répétition. Nous avons tous des connaissances qui se plaignent d’être saturées par l’actualité déprimante et en viennent à bouder entièrement les médias, en fait à demeurer l’esprit vide. L’Homme du Kremlin pense que son espace vital va s’accroître au rythme de notre résignation (et de nos divisions ou confusions), simplement avec le temps.

La fin du mois passe avant la fin du monde : c’est comme pour le climat : n’y pensons plus. En attendant, les vacances arrivent, enfin l’insouciance !

* 29 juin – Météo OTAN : vent d’Ouest contre vent d’Est

A Madrid, l’Alliance atlantique négocie depuis hier un grand tournant : c’est son ‘’Sommet de la transformation’’. La Russie compte évidemment parmi les sujets qui font ‘’l’union sacrée’’ parmi les trente alliés. C’est l’envers de l’engagement massif dans la durée promis à l’Ukraine, jusqu’au reflux de l’agression russe. L’armée de Poutine aggrave délibérément son cas en reprenant ses bombardements de populations civiles sur la région de Kiev et sur l’Ouest ukrainien. C’est sa façon de ‘’marquer le coup’’ après les ouvertures faites à Volodymyr Zelensky, du côté de l’Union européenne, du G 7 et de l’Alliance.

– En rupture avec le ‘’partenariat russe’’ mis en avant jusqu’en 2010, la définition de la nouvelle stratégie de défense et de dissuasion, incluant les offensives hybrides et cyber ainsi que le terrorisme, définit de façon univoque la menace russe comme ‘’la plus importante et la plus directe qui soit contre la sécurité et les valeurs de la zone transatlantique ainsi que de l’ordre international. Moscou a choisi la confrontation, l’Alliance répond sur le même plan, mais défensif. Les dirigeants occidentaux préparent des mesures pour acheminer en plus grande quantité à l’armée ukrainienne un armement moderne de type OTAN.

Derrière la ‘’ nouvelle ère de compétition stratégique’’ (quel charabia !), d’autres questions, moins consensuelles, se profilent.

– Le branle-bas de combat pour porter de 40.000 hommes à 300 000 l’effectif de la Force de réaction (NRF) aura-t-il lieu ? Depuis l’invasion russe, la génération de forces lancée par l’OTAN se montre beaucoup plus lente et faible que prévu. L’OTAN essaye de compenser son déficit avec des ‘’battle groups’’ de plusieurs nationalités, pré-désignés car déjà opérationnels. Cette mobilisation de moyens incombe aux Etats bien plus qu’à l’organisation intégrée elle-même, qui dispose de très peu de moyens (avions-radars, réseaux d’alerte, renseignement …). C’est donc qu’il y a un vrai décalage entre les objectifs géostratégiques avancés et l’intendance, qui ‘’ne suit pas’’. Ce n’est pas lié à un manque de détermination mais, simplement aux capacités logistiques, organisationnelles et industrielles qui n’y suffisent pas. Les Etats-Unis exhortent à nouveau leurs alliés européens à investir au moins 2 % de leur PIB dans la défense (‘’un plancher, pas un plafond’’) mais la réalisation de l’objectif est bien plus complexe que son affirmation.

– La Turquie aura fini par lever  le chantage au veto qu’elle exerçait contre l’adhésion de la Suède et de la Finlande. Sans doute sa manœuvre aura été récompensée d’une façon ou d’une autre. Elle reste le moins fiable et le plus retord de tous les alliés, prompte à dégainer, par pur opportunisme, son pouvoir de nuisance et l’ambigüité de ses choix stratégiques.

– Une dizaine de pays de ‘’l’Indo-Pacifique’’ étaient invités à Madrid, par le Secrétaire général Stoltenberg, connu pour être la ‘’voix de l’Amérique’’. C’est dire que la Chine,soupçonnée par certains de collaborer militairement avec la Russie, figurait haut – bien que pour la première fois – dans l’ordre du jour de Washington, contre la volonté des grands pays européens. Le terme de ‘’menace’’ pour la qualifier a pu être écarté au profit de la notion de ‘’défi systémique pour l’ordre mondial’’. Paris et Berlin ont ainsi obtenu que la déstabilisation mondiale incarnée par Pékin ne soit pas élevée au même rang que la menace militaire russe.

Mais ceci crée une alerte sur l’avenir de l’OTAN. L’Oncle Sam, comme il l’a fait par le passé contre l’URSS, voudrait constituer un maillage mondial de bases militaires au service d’un engagement collectif, sur le modèle (ancien) mis en oeuvre pendant la Seconde Guerre Mondiale puis la Guerre froide. A Paris, on n’a de cesse de rappeler que la sphère de l’Alliance atlantique est circonscrite à la zone euroatlantique et que son mandat se situe là et seulement là.

– De ce constat découle les difficultés rémanentes à traiter de l’approfondissement de la relation UE-OTAN. La France, en particulier, voudrait que le renforcement de la défense européenne soit pris en compte et valorisé par le quartier général de l’Alliance. Comme toujours, cela agace. Par exemple, se trouve proscrite par le clan ‘’tout américain’’ toute mention du ‘’pilier européen’’ de l’Organisation.

Va-t-on envoyer, un jour l’Europe guerroyer dans le détroit de Taiwan aux côtés de l’US Navy ?

* 27 juin – Oncle Sam sait-il bien où il va ?  

Alors qu’avec le conflit en Ukraine, l’Alliance atlantique connaît une sorte d’apothéose, attirant à elle les Etats voisins de la Russie qui étaient restés jusque là à l’écart, les Etats Unis qui en incarnent le leadership ne sont pas un premier de cordée homogène et constant. Leur appui massif au camp des démocraties est louable mais il ne vaut-pas assurance que l’Europe, derrière eux, sera à tout jamais à l’abri de la guerre ou capable d’en soutenir une s’il le fallait. Réunie en sommet à Madrid, la communauté atlantique s’est montrée unie face à l’agression russe en Ukraine. Mais l’idée-même d’un  »pilier européen » au sein de l’Alliance continue à déplaire au clan du leadership américain absolu. Et pourtant, le bouclier de l’Oncle Sam n’est pas une protection de long terme.

Les Etats Unis ne disposent plus d’un consensus national en politique extérieure. En matière partisane, c’est une nation profondément divisée et pour longtemps. C’est le cas également au sein des deux grands partis. Même si certains Républicains ont rompu avec cette mouvance populiste, un retour du trumpisme n’est nullement écarté, à l’échéance des prochaines présidentielles de 2024. Le Parti Démocrate est lui aussi clivé, entre une conception majoritaire, classiquement attachée à la compétition entre puissances pour le leadership mondial  – et donc encline à l’interventionnisme –  et une aile ‘’universaliste-moralisatrice, un peu moins influente, incarnée au Département d’Etat par les ‘’diplomates du blob’’.

Cette dernière école de pensée a été échaudée par l’échec des interventions extérieures hasardeuses : l’Irak, l’Afghanistan… Elle est plutôt axée sur les grands défis universels (climat, ordre mondial, droits humains …) et également soucieuse de  protectionnisme commercial et de cohésion sociale. Elle n’est donc pas acquise à un soutien long et ‘’sans limite’’ à l’effort de guerre ukrainien. Mais elle reste, pour l’heure, sensible à la pression d’une opinion publique très remontée contre Poutine. En y réfléchissant plus, Kiev est bien loin de l’Iowa et l’Amérique a ses propres tourments.

De plus, le président Biden ne dispose pas d’une gamme d’options aussi large que son homologue français. Il doit constamment garder un œil sur les vives oppositions et tracasseries que lui voue le Congrès de même que sur les crises suscitées par des lobbies partisans sure la scène politique (le feu vert donné aux lois contre l’interruption de grossesse, la sanctification du port individuel d’armes de guerre, les obstructions au plan de relance économique, l’intégrisme de la Cour suprême, etc.). Comment assurer une ligne pérenne de politique étrangère quand, à Washington, l’Exécutif a failli succomber à une tentative de putsch politique, en janvier 2020 ? N’oublions pas, non plus, qu’aux Etats Unis, le complexe militaro-industriel – qui inclut le Congrès – exerce, en politique extérieure, une forte influence sur le choix de la guerre ou de la paix.

A grands et coûteux renforts de livraisons d’armes américaines modernes à l’Ukraine, comme jamais auparavant, la confrontation indirecte va croissante avec l’Ours furibard russe, en même temps qu’elle exprime un compromis conjoncturel entre les deux lignes politiques au sein du Congrès. Ainsi s’est imposée la fiction d’un ‘’engagement non-offensif’’ contre la Russie, sans entrée en guerre, une présentation des choses qui ne paraît pas tenable à long terme. Au fil des heurts militaires, cette confrontation par proxy interposé risque de déborder de l’épure stratégique ‘’circonscrite’’ et de se généraliser de façon incontrôlable. Il est vrai, que faire d’autre quand on fait face à un ennemi nucléarisé, dont la victoire mettrait à bas tout le système mondial ?  Une ’’option B’’ pourrait consister à moins en faire, à laisser l’Europe tenir sa ligne de front et à s’en retourner contre l’adversaire ‘systémique » chinois. Trump avait pris cette option. Elle pourrait ressurgir du maelstrom politique étasunien.

Car le dilemme est plus stratégique encore, s’agissant d’un possible soutien militaire à Taiwan, si l’île ou ses petits archipels du Détroit devaient subir l’assaut de l’armée chinoise. En réponse à des questions de presse, Joe Biden s’y est = oralement = engagé à trois reprises, aussitôt recadré de façon restrictive par son Département d’Etat. Ce dernier s’en tiendrait volontiers au Taiwan Act de 1979, qui n’oblige Washington qu’à armer en suffisance cette démocratie chinoise de 24 millions d’âmes. Dans la population américaine, 63 % de soutien à l’option militaire est recensé parmi les élus démocrates contre seulement 40 % parmi leurs électeurs. La posture interventionniste américaine est une affaire partisane gérée par la classe politique, seule. Elle emprunte largement à une morale classique désuète, se concevant comme championne des démocraties face aux dictatures … surtout celles qui lui sont concurrentes. Le leadership a pris ces dernières années un sacré coup de vieux (ou de  »mou » ?). Les pires déconvenues peuvent en résulter dans ce monde extérieur  »fou à lier » où les stratèges occidentaux pataugent.

Depuis Barak Obama, la classe politique américaine a ‘’adopté’’ la Chine comme ennemi structurant. Pour son successeur, hormis le climat, la confrontation avec Pékin concerne désormais tous les sujets. Ce qu’on désignait il y a deux ans comme un changement du ‘’pivot’’ stratégique vers ce concurrent formidable est devenu un travail de coalition plus étoffé, sur ‘’l’Indo-Pacifique’’. Il se développe au sein du ‘’Quad’’ (Etats Unis, Australie, Japon et Inde) avec, comme satellites informels, le Royaume Uni, la Nouvelle Zélande, le Vietnam et la Corée du Sud. D’aucuns soupçonnent que ce type classique d’alliance militaires n’est plus vraiment dans l’air du temps et se défera dans la durée. Le raisonnement vaut de même pour l’OTAN, que Sam voudrait monter contre la Chine. Serait-elle une puissance atlantique ? Comme le constate Bertrand Badie :  »l’équilibre de puissance ne gouverne plus le monde ».

Si l’on regarde la carte du Pacifique ouest, deux dispositifs antagonistes sautent aux yeux : (1) l’expansion de la marine chinoise de haute mer (en voie de rejoindre en tonnage celle des Etats Unis) est contenue par un chapelet de bases pro-occidentales, en Asie du Sud-est et dans les archipels du Pacifique-Ouest. Taiwan en constitue un maillon stratégique. (2) Si ce maillon venait à céder, le dispositif naval chinois bénéficierait d’une voie royale vers les archipels, l’Australie et au-delà, l’Alaska et la Californie. Vu sous cet angle, on peut comprendre l’obsession de la première puissance mondiale face aux menées expansionnistes de Xi Jinping, plus déstabilisantes pour elle que celles de Vladimir Poutine.

La conclusion est toujours et inlassablement la même : le temps est compté ; il court plus vite que l’action; L’’’Europe puissance’’ doit presser le pas et être capable de choisir ses propres options stratégiques et d’assurer sa défense par elle-même. Pour l’heure, l’Amérique l’appuie, en bon aîné serviable : merci à elle ! Mais elle a aussi ses propres priorités, ses hésitations, ses valeurs non-européennes et ses incertitudes internes. A partir du moment où un  »grand frère » n’a plus l’alibi ni l’argument d’une puissance infaillible et toujours mobilisable, pourquoi le suivre aveuglément ?

Comme disait Mother Europa :  »Wake-up, children, grand frère Sam n’est ni votre nounou, ni a fortiori votre gourou ! »

* 23 juin – L’épine dans le pied européen

L’ancien port allemand de Königsberg – aujourd’hui ‘’oblast de Kaliningrad’’ – constitue depuis longtemps une épine dans le pied de l’Europe. Avec l’adoption par l’Union européenne, le 17 juin, de sanctions justifiées par l’agression russe en Ukraine, cette enclave redevient un sujet de litige et potentiellement une source de conflit ouvert. Les restrictions partielles frappant le transit de (certaines) marchandises stratégiques, via la Lituanie affectent en effet une partie du fret ferroviaire destinée à Kaliningrad.

Moscou exige de la Lituanie « une levée immédiate des restrictions » et enrage contre une décision « hostile, qui viole toutes les règles imaginables » (en fait, deux accords avec Bruxelles). Son porte-parole, Dmitri Peskov, évoque de prochaines mesures de représailles contre Vilnius. La Lituanie se trouve déjà dans la ligne de mire du Kremlin pour l’accueil que cette petite république, membre de l’UE, accorde généreusement à l’opposition biélorusse et aux dissidents russes. Elle est également en bisbille avec l’allié chinois de Poutine. Son ministre des Affaires étrangères ne peut faire autrement que d’imputer la responsabilité première des sanctions à la décision européenne. Le ton monte entre les deux pays. Pour comprendre comment la tension – récurrente – a ressurgi brutalement, il convient d’en rappeler les origines historiques.

En janvier 1945, la province allemande de Prusse-Orientale avait été annexée à l’URSS, à la suite d’une offensive de l’Armée rouge, puis divisée entre l’Union soviétique (moitié nord) et la Pologne (moitié sud). Le plan d’expansion de Staline a été entériné par les conférences interalliées de Yalta et Potsdam. Lorsque Saint Pétersbourg / Kronstadt sont bloqués par le gel, un couloir terrestre jusqu’à Kaliningrad – via la Biélorussie et la Lituanie – donne à la Fédération de Russie accès aux ports libres de glace de la Baltique. C’est un atout économique mais aussi stratégique.

Auparavant, la population de Königsberg était principalement allemande, avec une minorité d’origine lituanienne et une autre parlant un dialecte polonais. Les habitants qui n’ont pu s’enfuir ont été déportés en Sibérie et remplacés par des Russes, comme en Carélie finlandaise. La prise soviétique a été érigée en oblast de Kaliningrad, rattaché à la République fédérative de Russie. Sa configuration d’enclave entre Pologne et Lituanie  – deux fois plus proche de Berlin que de Moscou – s’est accentuée avec les indépendances baltes de 1991. La capitale de l’Oblast est séparée de Pskov, ville russe la plus proche, par trois frontières et 600 kilomètres, ce qui n’est pas sans évoquer, dans l’entre-deux-guerres, le couloir symétrique de Dantzig ménageant un accès polonais à la Baltique.

Depuis l’adhésion de la Pologne et de la Lituanie à l’Union européenne, en juillet 2003, l’enclave de Kaliningrad constitue l’une des frontières extérieures de l’Union européenne.  Sa nature de forteresse militaire et sa grande base navale sont perçues comme la volonté d’un tremplin russe vers l’Europe du Nord. Elle est surarmée et dotée de missiles nucléaires Iskander, pointés sur les métropoles européennes. Un accord avait été conclu, en avril 2004, entre Bruxelles et la Russie, exemptant de taxes douanières les transits marchands à travers le territoire lituanien, essentiellement par voie ferrée. De plus, un accord sur les petits mouvements frontaliers avait été signé en 2012, permettant une mobilité, sans visa, des résidents russes jusqu’à 30 km au-delà de leurs frontières.

La volonté d’accommodement de l’Union européenne n’est pas épuisée. Josep Borrell, précise ainsi que « le transit terrestre n’a pas été stoppé ni interdit et celui des passagers et des marchandises se poursuit, à l’exception de l’acier et des biens fabriqués à partir de pétrole ». Qui plus est, en cette saison, le trafic peut être aisément acheminé par voie de mer.

La seule vraie question est donc : Vladimir Poutine est-il à la recherche d’un prétexte pour ‘’tenter un coup’’ contre l’Europe du Nord ?

* 22 juin – Au pied du mât de cocagne

Demain et vendredi, les Etats membres de l’Union européenne vont se prononcer sur un statut de candidat de l’Ukraine à l’Union. L’avis positif de la Commission européenne sera discuté lors du sommet du Conseil européen, à Bruxelles. Au 120ème jour de l’invasion russe s’ouvrira une semaine ‘’vraiment historique’’, selon les mots de Volodymyr Zelensky. En conséquence, le président ukrainien s’attend à ce que Moscou intensifie ses offensives contre son pays : ‘’Les Russes ont besoin de cette crise et ils l’aggravent de façon délibérée’’, analyse-t-il. La semaine dernière à Kiev, Paris, Berlin et Rome (rejoints par Bucarest) se sont prononcés pour l’octroi ‘’immédiat’’ à l’Ukraine de ce statut de candidat. Jamais un avis sur une demande de candidature n’aura été rendu en mode aussi express. Reste à faire prendre la ‘’tambouille’’ bruxelloise. 

De fait, c’est à l’unanimité que les 27 devront donner leur feu vert : ce n’est pas gagné. Il faudra dépasser les réticences des Pays Bas et du Danemark – assez fondées en droit, vu certaines mauvaises habitudes ukrainiennes – et la velléité générale d’obstruction dont fait preuve la Hongrie. La question des normes juridiques, sociales, juridiques ou écologiques ne se pose d’ailleurs pas à ce stade : on est dans la diplomatie de guerre, la géopolitique de combat, comme d’autres opèrent dans la médecine d’urgence. Dans le meilleur des cas pour Kiev, le chemin d’une adhésion sera long et lourd en contraintes. Qu’importe le processus, on en parlera plus tard, c’est l’arrimage géopolitique immédiat qui compte … et c’est bien ce qui heurte la volonté hégémonique de Moscou. Le Kremlin, faute de mieux, simule hypocritement l’indifférence.

Ursula von der Leyen a adopté l’expression clé de ‘’perspective européenne pour l’Ukraine’’, synonyme flou d’un sanctuaire provisoire dans cette antichambre où la Turquie, la Serbie et d’autres ont longtemps mariné dans la frustration. ‘’Nous savons tous que les Ukrainiens sont prêts à mourir pour défendre leurs aspirations européennes’’, dixit la patronne de la Commission. Et encore : ‘’Nous voulons qu’ils vivent avec nous, pour le rêve européen’’. Il y aurait donc aussi un ‘’rêve européen’’ comme, à Pékin, Xi Jinping cultive son ‘’rêve chinois’’ ? Décidemment, on est bien en guerre !

La Commission recommande par ailleurs d’accorder à la Moldavie le même statut de candidat, à la condition qu’elle mène à bien d’’’importantes réformes’‘. Si toutefois, enlevant Odessa, les chars russes devait déferler plus au Sud, gageons que ces conditions tomberaient dans l’oubli ipso facto, concernant ce petit pays sans défense. Vendredi, donc, on devrait y voir plus clair.

Quant à la Géorgie, l’oligarque américanisé qui dirie son gouvernement est réputé pour sa complaisance envers Vladimir Poutine. Malgré la sympathique figure de sa présidente (une ancienne collègue à moi, au Quai), le pays attendra et devra faire la preuve d’une meilleure gouvernance politique. Dans l’immédiat, Tbilissi ne paraît pas être la capitale la plus menacée, le pays ayant déjà été partiellement dépecée en 2009, en conséquence d’une occupation partielle par les troupes russes. Deux de ses provinces on été perdues à l’ennemi. Depuis l’avis de la Commission, l’inquiétude y est massive, les Georgiens s’identifiant désormais à la résistance ukrainienne. Agitant des drapeaux européens, quelque 120 000 manifestants se sont massés devant le Parlement pour exprimer ‘’l’engagement du peuple géorgien dans son choix européen et dans les valeurs occidentales’’. L’ensemble des partis d’opposition avait convoqué cette marche pour  »le rêve européen » d’Ursula.

Avec Charles Michel, Ursula von der Leyen pourrait demain régner sur un empire européen immense, s’étendant jusqu’au cœur du Caucase et des Balkans. Est-ce un rêve ? Faudra-t-il remercier Poutine d’avoir tant agrandi l’Europe ?

* 22 juin – Un yoyo pour la Paix

A partir d’une tribune d’Edgar Morin, la brève précédente retraçait le phénomène de yoyo fou qui, depuis deux siècles, caractérise la relation de la Russie (ou de l’URSS) avec l’Occident. Depuis l’avènement de Vladimir le Sinistre, on connaît la suite. Pourtant ne serait-il pas temps d’ajuster notre vue à la persistance du vieux dilemme russe : faire partie de l’Europe, mais avec la tentation de la dominer comme une parcelle de son empire ou s’en voir exclue, sombrer alors dans le syndrome du revanchisme et même fomenter des guerres à n’en plus finir…

Poutine, s’est fait une réputation de brutalité dès la deuxième guerre de Tchétchénie (1999-2000), d’une férocité inouïe. Elle a alarmé les anciens ‘’satellites’’ et les a précipités dans les bras (américains) de l’OTAN. Suivent ensuite plusieurs accès de revanchisme conquérante : Géorgie, en 2009 (deux provinces annexées) ; l’opposition virulente à la ‘’révolution de Maidan’’ à Kiev, en 2013; l’annexion par surprise de la Crimée en 2014, entrainant l’exil des ukrainophones et des tatares puis lancement d’une guerre de sécession dans le Donbass (14.00 morts, dont ceux du vol de la Malaysia Airlines).

La Russie fait revivre à nos yeux le terrible sourire grimaçant de Staline, dans notre époque où le retour à la barbarie paraissait impensable. La résurgence des pires souvenirs a immédiatement saisi les anciens satellites du pacte de Varsovie. Les conclusions tirées de ‘’l’opération spéciale’’ sont un peu différentes en Europe de l’Ouest, plus circonspecte mais aussi plus prospective puisque possédant l’expérience de la série de rabibochages  »yoyo », plus ou moins francs, avec Moscou. A cette dernière incombera, quand l’heure de négocier reviendra, le soin de ne pas rééditer les erreurs politiques et psychologiques des années 1990.

Gardons en mémoire quelques données fondamentales :

-Les Russes vivent dans un espace psychologique et temporel qui n’est pas le nôtre. Beaucoup d’entre eux acceptent encore, avec fatalisme comme des faits de vie, la souffrance et l’injustice. Leur humiliation n’est pas la pire qu’une nation européenne ait éprouvée, de loin, mais elle est durablement ancrée et instrumentalisée dans la psychologie collective.

-Leur vieille paranoïa génère un nationalisme exacerbé, qui installe un cycle sans fin de vengeances et d’actes révisionnistes. La fierté russe reste un facteur puissant, d’autant plus qu’elle n’est pas reconnue à l’extérieur. Elle est desservie par son caractère archaïque et colonial de même que par la doctrine machiavélique des gouvernements moscovites. N’oublions pas que le géorgien Djougachvili (Staline), apôtre de la ‘’Sainte Russie’’, comme l’ukrainien Khrouchtchev ont pleinement incarné cette, identité russe qui n’était pas celle de leur origine ethnique mais reste LE ciment sacré d’une nation composite.

-Dans le Donbass en feu, beaucoup de russophones vouent Poutine aux gémonies tout en restant férocement attachés à leur langue et à leur identité russe. Les Criméens n’accepteront pas de retrouver le giron de Kiev. Ils font face au (compréhensible) ressentiment que leur vouent les ukrainophones. Il n’y a aucune solution militaire à cette forme d’hostilité culturelle communautaire.

-Avec le temps et en dépit des épreuves qui se retourneront contre cette population hypnotisée par son dictateur, il faudrait l’aider à sortir de sa bulle. Cela, sans trop l’humilier. Pour Edgar Morin, la vision de long terme devra composer avec ses caractéristiques mentales extrêmes, plutôt que de lui opposer un mépris opaque. Pour ramener les esprits, pas à pas, aux réalités du monde, il faudra jouer habilement du dilemme russe entre acclimatation à l’Europe et maintien d’un empire brutal mais isolé.

-Poutine ne réintégrera jamais l’univers réel et ses concitoyens devront donc s’en défaire. Ils se doutent déjà un peu de ce que tous les Ukrainiens ne sont pas tous des nazis (même si quelques ‘’bandéristes’’ se manifestent, mais le collabo Bandera a aussi été le leader de leur première indépendance : cela compte) et que ‘’l’opération spéciale’’ est bien une guerre d’invasion très dure et immorale, qui tue de part et d’autre. Ils réalisent forcément avec frustration que leur pays est devenu un paria et qu’ils y sont enfermés comme en prison.

-Le problème reste que cette réalisation du  »vrai monde » progresse bien trop lentement pour mettre un terme aux cataclysmes en chaîne induits par la guerre. Faute de transport des céréales ukrainiens, la famine menace plusieurs régions du Sud ; l’inflation va jeter des populations entières dans l’impécuniosité ; la transition énergétique déraille du côté du charbon ; le contrôle du COVID régresse ; le commerce international se rétracte autour de  »trous » béants ; la prise en compte de l’urgence climatique se voit repoussée aux calendes, etc.

-Alors, comment ‘’appâter’’ les Russes à l’espoir d’une paix honorable et relativement proche ? Dans le Donbass et en Crimée, il ne faudra pas ignorer le fait russe majoritaire. La diplomatie peut faire avancer l’idée d’une autodétermination encadrée internationalement. Les russophones auraient à choisir entre l’annexion à la Russie, la création de deux républiques de statut autonome au sein de l’Ukraine (mais entretenant des liens coopératifs avec la Russie) ou une indépendance dans l’absolu (sous garanties internationales).

-Simultanément, Marioupol, Odessa et les ports sous contrôle actuel russe en Mer Noire et Mer d’Azov adopteraient un statut de ports francs, d’accès ouvert à tous, notamment pour l’exportation de ressources alimentaires, énergétiques ou minéralières.

-Possible bien qu’imparfaite, une ‘’paix de compromis’’ avec Moscou impliquerait la protection par l’OTAN de l’intégrité territoriale de l’Ukraine, assujetti à un stricte engagement à ne pas faire de ce territoire un tremplin militaire contre la Russie. C’est loin d’être évident. Kiev adopterait une politique de ‘’semi-neutralité’’ (offensive mais pas défensive), celle que votre blog préféré prône, au fil de ses brèves.

– Le bon sens voudrait alors que l’on active alors un forum d’inclusion de la Russie dans l’architecture de défense et de dialogue politique européenne. L’objectif en serait de casser le cycle infernal de la frustration, du mépris, de la vengeance : stopper le yoyo. Excluons que Moscou intègre un jour l’Alliance atlantique, qui est un repoussoir absolu à ses yeux. Quid de l’Union européenne ? Edgar Morin pense que l’on pourrait envisager un rapprochement et même – qui sait ? – jusqu’à une adhésion.

Que tout cela advienne serait trop beau pour y croire ! Car on a encore besoin d’en être convaincu. Mais les prémisses de la démonstration faite par Edgar Morin restent solides. De même sa conclusion :  »en sortir, vite, pour le salut des jeunes générations ».

* 16 juin –  »Bellico-scepticisme »

La génération aux affaires se sent déjà ‘’coupable’’ d’avoir trop tardé à traiter du dérèglement climatique. Qu’en est-il de la question, toute aussi vitale, de la guerre, c’est-à-dire de ‘’d’avoir manqué d’enraciner la Paix dans son époque » ?  La dynamique du conflit en Ukraine nous emmène vers un climat de violence barbare face auquel notre impuissance vaut démission de notre condition citoyenne et humaine.

Peut-on rester durablement dans un engagement militaire indirect et livrer à Kiev des armes toujours en quantité croissante et de plus en plus lourdes sans verser, peut-être à notre insu, dans la cobelligérance contre Moscou ? Le spectre de l’affrontement généralisé ne trace qu’une limite floue et psychologique dont le franchissement peut complètement nous échapper. D’un autre côté, ce serait un véritable suicide des démocraties et un coup de poignard dans le dos des Ukrainiens de laisser ce peuple sombrer sous une occupation  barbare. Entre ces deux écueils, où se trouve la raison ? Où tracer la ligne ‘’miraculeuse’’ qui sauverait à la fois l’Ukraine, la Paix, le climat et un ordre mondial qui ne soit pas marqué par le revanchisme, les souverainismes, la faim, les exodes, les catastrophes naturelles (l’Ours se prend la tête entre les mains, à deux doigts d’un sacré mal de crâne) …

Dans tous les cas, le coût environnemental des guerres est incommensurable. Nos efforts pour rouler électrique, recycler nos déchets, préserver la biodiversité, tenter la sobriété sont réduits à néant par une seule semaine d’opérations militaires. Croira-ton malin de réduire les émissions de CO2 kaki en électrifiant les chars de combat ou en propulsant les missiles par voie de ‘’windsurfing’’ ? Ou encore en remplaçant la poudre par des substances biochimiques plus mortelles encore ? Le réarmement que l’Europe engage est urgent mais d’autant moins propre. Oublions ces errances dues à la déplorable volonté de ce blog de faire le buzz !

L’effort budgétaire absorbé par cette nouvelle course aux armements amputera les dépenses sociales et générera mécaniquement des tensions internes. Il est un peu suspect qu’au cours d’une campagne électorale française centrée sur le thème du pouvoir d’achat et hélas, totalement insensible au cataclysme du climat (une autre source de contraintes), personne n’ait osé soulever le sujet. Les lendemains qui chantent ne sont pas pour la prochaine législature. Au-delà de l’Europe, le commerce mondial tend à se recroqueviller aux dépens des pays les plus vulnérables. L’Afrique et le Moyen-Orient paieront en pénuries alimentaires et en inflation la guerre déclenchée par Vladimir Poutine. Par une triste ironie du sort, ces régions ne le désignent pas comme coupable …

Comment naviguer sur un océan de tempêtes ? Il n’y a bien sûr pas de recette miracle, mais les valeurs et la méthode offrent néanmoins une sorte de boussole, loin du confort d’un GPS. A court terme, il va falloir accepter l’Ukraine comme candidate à l’Union européenne – ce sera devenu une évidence avant que les armes se taisent puis à l’heure de négocier la paix – mais nous n’aiderons pas à rétablir un semblant d’équilibre si Kiev devient en même temps un maillon de l’OTAN actuelle. En tout cas, directement, sous emprise américaine. La meilleure solution pour apporter les garanties extérieures que demande le président Zelensky se trouve dans le cadre d’une Europe de la Défense qui s’assumerait pleinement (sans rompre avec Washington, cependant), complété par les réseaux de vigilance de l’OSCE (dont c’est justement la vocation) et par le système des Nations Unies (casques bleus et observateurs), qui seraient implantés sur le terrain, au plus près des belligérants. On pourrait pousser le raisonnement jusqu’à concevoir un modèle de ‘’semi-neutralité’’, impliquant la non-intervention de l’armée ukrainienne hors de ses frontières, couplée à la défense collective à l’intérieur de ses frontières. C’est d’ailleurs un peu ce qui se passe actuellement de facto.

Resterait à régler, dans les négociations de Paix, la capitulation (sans humiliation inutile, mais quand même) de l’armée russe, la rétribution des crimes de guerre et le déblocage du Conseil de sécurité au sein de l’ONU. Il est d’avis de l’Ours que le système du véto des cinq membres permanents devrait disparaître, si l’on veut empêcher la multiplication des agressions commises par les ‘’grands nucléaires’’. Vous voyez la classe politique française encaisser cela ?  Accepter que l’illusion de la ‘’grandeur’’ vaut moins que l’espoir de la Paix ? C’est pourtant vrai. Il le faudra bien pour sortir du climat mortifère de la géopolitique et s’atteler au problème du climat anarchique de la Planète.

* 14 juin – Tristes mines

Même en sa capacité de président – ce mois-ci, encore – de l’Union Européenne, on ne l’a pas vu à Kiev. Comme si la cause des Ukrainiens s’épousait assez bien au téléphone. L’arlésienne va réapparaître et si les paramètres sont réunis, Emmanuel Macron serrera la main de Volodymyr Zelensky, tactilement. On spécule que le chancelier allemand et le président du conseil italien seront aussi de la partie. C’est la marche des ‘’prudents’’ d’Europe, ce qui n’est pas nécessairement un défaut, si l’on avance ingénieux et déterminé.

Avec des visites planifiées dans les prochaines heures à Bucarest et Chisinau, le détour en Ukraine s’imposera logiquement. S’il n’était pas fait, ce serait un véritable reniement. Répondre à la demande de Kiev concernant sa candidature à l’Union ou dissiper le malaise provoqué par son  affirmation qu’il ne ‘’faut pas humilier la Russie’’, cela aurait pu justifier un tel déplacement. Le symbole fort d’une apparition sur le théâtre de guerre ne suffit pas : il faudra que la visite recouvre aussi une utilité stratégique. Poser de telles conditions pour simplement rencontrer V. Zelensky parait un peu maniéré, plus autocentré que spontané. Autant dire que les autres dirigeants européens, qui ont se sont précipités à Kiev soutenir un peuple agressé, n’auraient effectué qu’une  »petite cuisine’’ diplomatique insignifiante, en tout cas indigne de Jupiter.

Lui porte la France volontaire pour aller sécuriser, par le truchement de sa Royale, des couloirs maritimes pour ravitailler l’Afrique. Il s’agit des centaines de millions de tonnes de céréales et autant d’engrais stockées à Odessa, dont le Sud de la planète à besoin critique pour tenter de passer l’hiver sans famine. Rappelons que, de son côté, la Russie achemine librement ses céréales (pas de sanction sur ces biens), y compris le blé qu’elle vole sans vergogne à l’Ukraine. Cet art du président français de se raccrocher tardivement mais brillamment aux rideaux tient de la parabole de l’ouvrier de la 11ème heure.  

Feux de la rampe assurés pour pas trop cher ? Non point : ce sera une tâche ardue. « Nous sommes à disposition des parties pour que se mette en place une opération qui permettrait d’accéder au port d’Odessa en toute sécurité, c’est-à-dire de pouvoir faire passer des bateaux en dépit du fait que la mer est minée », dixit l’Elysée. La Marine nationale, dans son QG d’état-major tout neuf a dû en vibrer d’émoi. Se sent elle prête à taquiner les mines ? En effet, l’Ukraine a refusé de déminer le port par crainte que les forces navales russes n’en profitent pour investir la ville, qu’elles ont déjà bien bombardée. Ces hésitations se comprennent. Paris en appelle aux Nations Unies pour suppléer et renforcer une opération tricolore audacieuse… mais lourde de risques. Et si le Charles de Gaulle et son groupe aéronaval devaient boire la tasse, où irait le blé ? Est-ce New York qui dédommagerait la Royale ? Rentrerait-on en guerre navale contre la Russie ?

En vapotant sur leur encensoir, d’aucuns diraient que l’entreprise ne manque pas d’intérêt. Attendons donc voir ! Les ‘’prudents’’ d’hier s’échauffent à l’audace, tandis que le reste du monde sifflote en regardant ailleurs. Peut-être, les alliés attendent-ils de voir de leurs yeux bien présent à Kiev et à Odessa le réélu du faubourg Saint Honoré, que Joe Biden se mette au taquet et que la grande maison de verre de New York plonge en ‘’économie de guerre’’. Ajoutons à cette liste : ‘’que le commandant en chef des armées françaises ait bidouillé un gouvernement adapté aux circonstances de sa politique intérieure … encore et toujours, ‘’l’économie de guerre’’, dans sa version démocratique, cette fois.’’

* 8 juin – Euro-guns et vieilles dentelles

Sous la contrainte de la guerre, Bruxelles se fait ‘’bras armé de l’Europe’’. Pour autant, la machinerie européenne ne puise que partiellement dans son expérience, reprise de l’UEO, en matière de mise en place d’états-majors et de ‘’génération de forces’’(généralement pour des opérations extérieures).

Ce qui booste l’esprit de défense de la Commission résulte du dynamisme de sa présidente, une ancienne ministre de la Défense d’Allemagne, médecin et mère d’une floppée d’enfants. Ursula von der Leyen paraît bien épaulée par son commissaire au marché intérieur et à l’industrie de défense, le Français Thierry Breton, qui, ayant un passé de patron d’armement, s’applique à relayer les initiatives de sa patronne, en direction des grandes entreprises. La coopération entre les  »Vingt-sept » pour le développement d’armements communs et interopérables vise à fonder une base industrielle technologique de défense échappant, autant que ce peut, à l’emprise américaine (tout en gardant les normes OTAN). Aujourd’hui, l’industrie européenne n’obtient guère que 40 % des commandes de matériel de guerre passées dans l’U.E. On se bat pour préserver des différences techniques et commerciales plutôt que de les dépasser.

Ce à quoi Donald Trump n’était pas arrivé, Vladimir y est parvenu en mode accéléré. La survenance, le 24 février, du ‘’scénario impensable’’ – une guerre aux frontières extérieures de l’Union, impliquant un déploiement d‘armement lourd sans précédent – a sorti de torpeur les dirigeants européens. Auparavant hors-champ pour la Commission européenne, l’investissement dans la défense s’est imposé comme priorité stratégique : ‘’ L’Europe est en danger. La guerre est à nos portes. L’OTAN a créé une fausse sensation de confort’’, a ainsi diagnostiqué, Josep Borrell, le haut représentant pour la politique extérieure.  Le projet en cours de lancement évite les termes trop anxiogènes : on parlera de ‘’fin du désarmement silencieux’’, pas de ‘’réarmement’’ tout court. Telle est la couche de vernis psy, qui ne change rien au fond de l’affaire. La pondération du ton vise aussi à ne pas alarmer les Etats Unis, dont on a trop besoin face à Poutine. On travaillera à l’Europe de la défense pour que l’Union devienne plus forte  »dans l’intérêt, bien sûr, de l’Alliance atlantique’’. On ‘en est pas encore à songer d’y prendre le pouvoir.

Parlons ‘’technique’’ et  »gros sous ». ‘’Le choc de l’Ukraine’’ a conduit les Vingt-Sept à programmer 200 milliards d’euros de dépenses pour les prochaines années. A elle seule, l’Allemagne se dit prête à porter la moitié de cet effort budgétaire. A l’heure actuelle, 11 % seulement des investissements des  »Vingt-sept » sont mutualisés. Pour remettre les arsenaux nationaux à niveau, constituer les stocks – tombés au plus bas selon le bilan qu’en dresse l’Agence européenne de défense (AED) -, les objectifs de standardisation et de non-redondance valent postulats. Ceci, au niveau du développement des systèmes comme à ceux de leurs production et de leur acquisition. Le non-gaspillage sera de mise. Ainsi, concernant les forces terrestres, l’urgence à court terme va à la production de blindés et du ‘’char du futur’’. Ce sera sans doute le tank franco-allemand (MGCS) à produire, si possible, en nombre de versions limité (il y en a douze actuellement), alors qu’aux Etats-Unis, le char M 1 Abrams constitue le seul modèle en dotation. On veillera aussi à la constitution des stocks de munitions suffisants. Le remplacement des avions de combat multi-rôles européens (Rafale et Tornado) devrait se faire – si Airbus et Dassault voulaient bien coopérer – par un seul type de système de combat aérien, le ‘SCAF’’ franco-allemand. De même s’agissant des systèmes de défense antiaérienne et antimissiles. La production de drones de moyenne altitude, programmée avant la guerre d’Ukraine, devra être amplifiée et accélérée. La nécessité de s’équiper vite ouvrira néanmoins des fenêtres d’opportunité à la production américaine. A la fin de 2022, la Commission tentera d’ébaucher un consortium d’acquisition avec, à la clé, une exemption de TVA. Il en faudra vraisemblablement plus pour convaincre les états-majors de renoncer à leurs spécifications techniques nationales.

Entre 1999 et 2021, les dépenses militaires ont augmenté de 20 %, dans l’U.E, de 66 % aux Etats-Unis, de 292 % en Russie et de 592 % en Chine ! Il est horrible de réaliser jusqu’ à quel point la guerre a fait son retour dans les préceptes géostratégiques en cours. Hormis en France, dont les armées sont dispersées sur le terrain, la question de l’efficacité des dispositifs de défense est posée. Plutôt être moderne et réactif que nécessairement surarmé. L’aptitude est avant tout affaire d’êtres humains.

C’est un peu ce que vient de rappeler le groupe ‘’Renew’’ (Renaissance) au Parlement européen, en menaçant Ursula d’une motion de censure … sur la Pologne. En se soumettant (en apparence ?) à l’injonction  bruxelloise de dissoudre sa Cour de discipline judiciaire, Varsovie aurait n’aurait fait que replâtrer grossièrement l’état de droit en vielles dentelles caractérisant ce pays politiquement archaïque. Mais c’est aussi le principal Etat du front, exposé aux menaces les plus immédiates et les plus fortes.

Ne devrions-nous pas, alors, ménager la Générale en Cheffe ?

* 02 juin – Place aux monstres !

’Le sujet de l’Ukraine est clos’’. Il se dit désormais ‘’intéressé’’ à s’occuper de la Pologne… Le propos émane d’un monstre féodal parmi les dirigeants locaux de la Fédération de Russie : le patron-tortionnaire de la République tchétchène, Ramzan Kadyrov. C’est le fils du précédent  »boucher » de cette petite république martyre du Caucase. Il aura fallu deux guerres sales – dont la seconde a ouvert l’ère Poutine – pour soumettre et écraser la société musulmane locale, en quête d’autonomie. Son soulèvement a surtout servi l’autocratisme nationaliste de Moscou. Grozny, la capitale séculaire, a été entièrement rasée. Les hommes en âge de combattre ont été exécutés de façon extrajudiciaire puis déguisés post mortem en ‘’terroristes’’. Depuis ces hauts faits, la famille Kadyrov s’est spécialisée dans les basses besognes que lui confie Vladimir Poutine.

Dans la guerre que celui-ci conduit contre l’Ukraine, un millier de ‘’volontaires’’ tchétchènes aurait été envoyé par Kadyrov se battre aux côtés des militaires Russes. Ces brigades se sont spécialisées dans le ‘’nettoyage’’ à l’intérieur des villes détruites par l’artillerie russe. En bref, elles étripent civils comme militaires pour faire la place pour d’autres. De façon anecdotique, certains résistants tchétchènes leur font face, qui, eux, ont rallié Kiev. Où donc s’arrêtent les confrontations civiles, ou commencent les conflits internationaux ?

Que penser lorsque ce féal annonce que son prochain ‘’nettoyage’’ va concerner des pays européens qui ont apporté leur aide à l’Ukraine, à commencer par la Pologne ? Dans une récente interview à distance, avec la BBC, le monstre conseille aux ‘’ennemis’’ européens » de ‘’reprendre leurs armes’’ ou alors …  Implicite, l’évocation d’attaques terroristes n’en est pas moins claire. La Pologne figure aux avant-postes, avec quelque 3,5 millions de réfugiés ukrainiens recueillis sur son sol. Elle aurait également transféré aux forces ukrainiennes plus de 200 chars de divers types soviétiques. Derrière elle, les pays baltes, la Moldavie, la Finlande, la Géorgie ont de quoi être inquiets.

D’autres guerriers, envoyés en renfort par le régime syrien de Bachar Al Assad, sont du même acabit éthique monstrueux. Heureusement pour l’Ukraine, ils sont moins adaptés au terrain européen. A Moscou, le commandant en chef fait feu de tout bois, s’employant à élargir le cercle des belligérants. Il prend visiblement plaisir à se moquer du droit de la guerre. Le déluge de feu qu’il inflige aux civils, le recours à des assassins de bas étage, la condamnation à mort des résistants de Marioupol (division Azov), les ricanements qui accompagnent les meurtres de journalistes … tout chez lui sue l’instinct de vengeance et la destruction du droit.

Il est grand temps que les Nations Unies suspendent la participation de Moscou au Conseil de Sécurité… ou alors que l’on refonde le système multilatéral dans une matrice capable de contrer la sauvagerie voire d’imposer la Paix ! (Rêvons un peu …).