Aquarius, Aquarius, l’Europe s’en va à l’eau…

Opération solidarité européenne et envers les exilés, le 27 juin

C’est l’Ourson qui vous grogne à l’oreille : le titulaire du blog n’ayant pas les nerfs à gueuler un grand coup, je m’empare du clavier pour ce faire. Vous avez entendu nos dirigeants, ces derniers jours ? Ils annoncent fièrement repousser le flux des exilés des pays en crise, telles de vulgaires algues vertes vénéneuses, néanmoins « assez bonnes » pour être épandues sur les plages de nos voisins du Sud. Bonjour l’amitié euro-méditerranéenne ! On va mieux intégrer ceux qui obtiennent l’asile mais expulser systématiquement les autres (M. Lapin-aux-yeux-bleus dixit, en Bretagne, le 22 juin). On commencera par incarcérer tout le monde, enfants compris.

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Ce qui me trompe (Kim-Trump) me tient en alerte (nucléaire)

Bonjour aux géostratèges chevronnés ! L’Ourson a suivi avec délectation les amours subites de Kim Jong-Un et de POTUS Trump, à Singapour. Jadis, on chantonnait, à propos de cette rutilante Cité-Etat : « Le crocodile, il est malade … Il est malade, à Singapour… Il faut qu’il mange de la salade … S’il ne veut pas mourir un jour ».

Prémonitoire ! … à contempler la bouille rayonnante du camarade Kim (qui fume du H, question bombe atomique) et l’air méchant et renfrogné de l’Homme à la houpette orange, il n’y a pas photo : on saisit lequel est le crocodile car on a déjà une certaine expérience de ses salades !

Make America great again !

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Asile et Migrations – Version Palais Bourbon et version RAMY

Le radeau de Lampédusa, Lanzarote, Museo Atlantico, 2016

Le présent blog ne parle pas beaucoup du projet de loi sur l’asile et les migrations. Ce n’est pas par manque de motivation mais plutôt par distanciation d’avec les nombreux angles morts, fausses pistes, leurres et évitements que révèle le travail du Législateur : on nous mène en bateau !
La preuve par le barreau de Paris : L’asile, un droit en danger : une analyse du barreau de Paris

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Mai 2018 : permettez moi un grand coup de pessimisme géopolitique

Damas sous feux croisés

En écoutant les news ce matin, je sentais les missiles iraniens et israéliens me frôler l’occiput. Je me suis dit qu’il devrait être fortement décommandé de relire l’apocalypse de l’apôtre Jean. Plus l’incandescente scène mondiale revêt un manteau crépusculaire, plus on doit – croyez-moi – s’efforcer de s’extraire des prophéties. Cela, de crainte qu’on les amène à s’autoréaliser finalement. Le principe de Günther Anders énonce que plus c’est menaçant, plus c’est réel, moins on veut le voir. Mais là, j’ouvre un cas particulier : non, Trump n’est pas (tout à fait) l’Antéchrist ! Non, Bibi Nétanyahou n’est pas (totalement) l’Archange de la fin des temps ! Non, l’ayatollah Khamenei n’est pas précisément un avatar du grand prêtre Caïphe, qui décréta la passion du Sauveur ! Oublions ça. Lire la suite

Journée internationale des droits de l’Homme 2017 : pas d’alibi pour la Libye

Militants réclamant justice pour les migrants africains en Libye

Ce dimanche 10 décembre, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (DUDH) fêtait son 69 ème anniversaire.  »Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits… »Happy birthday ! Un bel âge, ponctué, il est vrai, d’une multitude d’écarts et d’atrocités dans la pratique courante du non-droit international humanitaire.

Quelques fous échappés de la petite couronne avaient décidé de faire du Trocadéro – haut lieu de l’adoption de la DUDH par l’Assemblée générale des Nations Unies – la toile de fond de leur dénonciation des graves exactions subies par les migrants africains, en Libye. Pas d’alibi pour la Libye, pas d’impunité, pas de complicité européenne non-assumée !

– Face à la concurrence, celle de l’ultime show de Johnny, ils savaient ne pas faire le poids Lire la suite

Europa, ne te laisse pas « dubliner » par Mars, Toutatis ou Jupiter !

Herta, dieu cosmopolite des migrants

L’épopée d’Europa est faite en matériau brut. Au nième siècle avant J.C, cette belle princesse phénicienne, qui allait donner son nom à notre continent, s’installe sur l’île de Phyra, en chipant la place à quelques autochtones réticents, tant pis pour eux… Au coin du pré, elle tombe sur un bouillonnant taureau blanc au regard libidineux. Le bovin abuse d’elle. Puis il lui révèle être un avatar de Zeus soi-même, descendu batifoler parmi les mortels. Loin de  »balancer son Zeus », comme elle le ferait de nos jours, la Princesse décide d’assumer cette lignée inavouable sur des millions de Minos européens, capricieux et chamailleurs. Ils deviendront nos ancêtres (à moins, cher lecteur, que vous ne proveniez d’un autre continent, un peu moins licencieux).

Quel intérêt y aurait-il à rappeler que notre bon Vieux Continent, inventeur des guerres mondiales et des camps de concentration, a tissé son histoire sur une trame de violence, pour se ressaisir, parfois aussi, à la source de l’humanisme ? Le plus récent exemple de ce balancement dialectique s’appelle, en grec ηλίθιος (Débilos), soit encore « Dublin » en techno language. Que signifie donc le fait de se retrouver  »dubliné », rabaissé au rang de bestiau apatride, bon pour la ramasse ? Rien de pire ne pourrait arriver, que vous veniez de Phyra, de Tripolitaine, de Sabah ou de Mésopotamie.
En juin 1993, notre mère Europa, régnant depuis Bruxelles, a établi une sorte de règlement pour coordonner l’accueil de cette engeance qu’on appelle « migrans » en latin. Au passage, nos lointains ancêtres relèvent tous de cette catégorie suspecte. Toujours en ribaude parmi les mortels, « Zeus »(« Jupiter », en latin), a déclaré hier avec aplomb et certitude : « Si vous n’êtes pas en danger, il faut retourner dans votre pays. Et au Maroc (en Libye, Erythrée, Afghanistan, etc.), vous n’êtes pas en danger ».
Moyennant une gamme de critères posée par Janus, dieu bicéphale du contrôle, le terrible génie Dublinos postule qu’un seul et unique Etat de l’Union recevra et étudiera votre supplique (« à Phyra, j’ai été abusé(e) sept fois, le Dictateur a égorgé ma famille, j’y ai laissé une jambe et mon emploi… »). Uniquement les pays la périphérie d’Europa où les flots vous ont poussé, vous dira-t-on, à l’exclusion de celui où vous connaissez du monde pouvant vous accueillir, de celui dont vous connaissez la langue, à fortiori de celui où vous pourriez trouver un travail : ce serait bien trop simple et donc contraire à la raison d’état ! Le pays vers lequel la géographie a fait dériver votre esquif, celui qui régit les eaux où vous vous êtes à moitié noyé, où on été prises vos empreintes, c’est celui-là le bon ! Restez-y, sinon vous serez déclaré en fuite ! Et Cerbère sera lancé à vos trousses ! Que vous faut-il fuir désormais ? Et bien, le dispositif de contrôle des frontière de Schengen, prérogative de Pluton, dont on vous avait fait croire que c’était une zone de libre circulation. Superbe blague ! Ceci est archi-faux, du moins vous concernant. Rendez vous à Spartapolis Frontex ou à la Spartapolis municipale !

– Autant il n’est pas facile de faire « réadmettre » des exilés sur les killing fields qu’ils ont fuits, autant la chasse aux « Dublinés » est adaptée à la politique du chiffre pratiquées par nos préfectures, dévouées au Dieu Arès (Mars), pas à Demos. On se repasse le bétail humain comme « patate chaude », d’un pays à l’autre entre Européens, avec pour seul objectif immédiat de le voir disparaître des statistiques migratoires. Les ateliers de Charon créent du clandestin, du sans papier, du suspect, à tour de bras. Depuis trois ans le nombre de personnes en demande d’asile faisant l’objet d’une procédure Dublin a ainsi quintuplé (6000 en 2014 – Plus de 30.000 prévues en 2017). 250.000 « fuyards » passent sur notre territoire – sans doute le double si on y ajoute les indétectés – mais seulement 86.000 tentent de s’y incruster, par le biais de l’asile. Entre 30.000 et 40.000 atteignent ce résultat, après épluchage de leurs dossiers par les sbires de Janus (Ofpraus, Pada, Ofiia…). Le nombre des « déboutés » (dégoûtés ?) de l’asile augmente mécaniquement avec les vagues d’arrivée successives, et ce, même si les délais devaient être raccourcis, ce qui n’est pas le cas. La fermeture musclée des camps de Calais et de Paris, les instructions données aux praefectis, en juillet 2016, pour durcir l’application des règlements (faire du chiffre), le manque dramatique de places dans les établissements d’hébergement (les exilés sont souvent aussi des SDF et opposer les uns aux autres est insensé), la complexification des procédures de tri marquées par un primat sécuritaire, la mauvaise qualité, enfin, de la coordination entre Etats, tout cela ne fait qu’aggraver la situation de centaines de milliers d’exilés. On les abandonne à Até, déesse des Fautes et de l’Errement.
Marqués dans leur chair comme dans leur esprit, mal accueillis, perdus dans le dédale de nos concepts juridiques et de nos démarches administratives kafkaïennes (sans oublier l’obstacle de la langue), souvent rendus malades et traumatisés par les épreuves qu’ils ont traversées, sans nouvelle de leurs proches dispersés au hasard les chemins de l’exile, doit-on leur dire, comme le fait Hadès, qu’une certaine France électorale et quelques états-majors centurions les perçoivent sinon en terroristes, en « envahisseurs » et « parasites » ? Qu’elle souhaite leur disparition au vent mauvais d’Aquilon…

– L’augmentation vertigineuse des « Dublinés » déstabilise l’ensemble du dispositif d’asile au Pays d’Astérix et des droits de l’Homme. Ainsi, les délais pour enregistrer les demandes d’asile en opidum préfectoral, qui étaient de trois jours, prennent actuellement un mois. Cronos en ricane. A la rue, sans aucun droit ni ressource, les demandeurs s’exposent aux rafles centurioniennes de Rhadamanthe, avant même d’avoir eu l’occasion de s’exprimer. Les scribes préfectoraux supercopos les convoquent, à tout propos, avec leur baluchon, signe d’exécution imminente d’un Ordre de Quitter le Territoire Français (OQTF) : expulsion manu centurioni … ou plongée en clandestinité, choisie par une majorité. La solution de rattrapage consistait à se présenter à nouveau comme demandeur d’asile, de six à 18 mois plus tard, selon les cas. Elle sera abrogée dans le projet de loi à soumettre au Capitole en mars 2018. Janus, encore lui, sera à l’aiguillage : à sa droite, sortie d’Europa, sans examen des cas individuels ni possibilité de recours en appel. A sa gauche, Até gèrera le vagabondage du sans-papier non sans risques pour sa survie. Mais pas la rancœur à l’égard de cette hypocrite Europa, ni la récupération du clandestin par l’économie souterraine. Cela reviendra au monde trouble de Poséïdon.

– Les ONG qui accueillent les exilés renforcent leurs effectifs et leur auditoire. Elles font, de plus en plus, œuvre d’aiguillon sur la conscience des citoyens, moins inerte qu’il n’y paraît. Mais elles ont aussi été progressivement dépossédées par l’Etat (Jupiter et ses proconsuls) de certaines tâches sensibles dont elles s’acquittaient auparavant : domiciliation, hébergement, établissement des récits de vie, suivi juridique des demandes, etc. Ces domaines doivent être jugés trop politiques et trop liés à l’impératif sécuritaire du Ministère Intra-muros (l’Intérieur). De plus, le ministre Héphaïstos semble gêné que la société plébéienne dispose d’une sorte de « droit de regard citoyen » sur son pré carré… et aussi sur les bévues des centurions, sans doute inévitables dans un système de droit confié à de modestes scribes de guichet. Ceux-cis ne sont pas formés aux multiples niveaux de règlements particulièrement complexes qu’il leur faut maîtriser, textes qui inhibent jusqu’à certains avocats (oratores) bénévoles.

La folle machine à dubliner la chaire humaine s’arrêtera-t-elle jamais ? Vague après vague les victimes de notre monde tordu parviennent jusqu’à nous. Herta, la divinité germanique incarnant le cycle des migration (dite également Hertus ou Herte, mais aussi Erda, Ertha, Nertha, Nerthus, voire Njörd ou Njördr), n’a pas fini de titiller notre conscience avec sa question gênante « et si c’était toi ? ». Il est urgent de faire un sort au règlement Dublin III, alors que se prépare la prochaine refonte française du code de l’immigration. A ce qu’on en sait, elle devrait supprimer les dernières soupapes à l’arbitraire : l’obligation de vérifier qu’un pays de renvoi présumé « sûr » n’est pas une « destination tombe », la possibilité pour le pays de présence de reprendre la main sur l’asile, après un certain délai, dès lors que le pays  »responsable unique » ne manifeste pas son accord à donner suite (on va passer à une compétence éternelle, assumée ou non), la possibilité de représenter une demande d’asile après un premier déboutement et un temps long passé dans le pays, etc. L’errance des mal-accueillis à travers Europa a hélas un avenir inquiétant. Depuis 2015, existe – sur le papier au moins – un mécanisme de répartition (à partir d’états ayant dépassé de plus de 50 % leur capacité d’accueil physique). Celui-ci n’aura permis le transfert que de 30.000 personnes sur le million d’exilés accueillis par la Germanie libérale du dieu Thor.

– Comme l’expose la Cimade dans la position de son conseil national du 13 octobre 2017, « la question de l’asile doit être réglée à l’échelle européenne ». Depuis 25 ans, la tutelle bruxelloises sur les migrations s’est développée et le contrôle exercé par les cours de justice s’est aussi amélioré. En France, le Défenseur des droits s’est courageusement engagé. Revenir à l’a souveraineté pure des royaumes individuels conduirait vite au chaos. De plus, la gestion communautaire de l’accueil confèrerait à Europa un visage plus humain que celui résultant de sa gestion financière.
Sortir par le haut le mauvais génie Dublinos aboutirait à rétablir la liberté de choix personnel, pour le demandeur, du pays d’accueil et d’installation. Le nombre des « sans papier » errant au travers des frontières s’en trouverait fortement réduit. Pratiquement, cela impliquerait une mise en commun solidaire, au niveau des enfants d’Europa, de l’instruction des dossiers de demande d’asile, et des dossiers migratoires en généra. Auront-ils la volonté politique d’y procéder dans le cadre d’un office européen indépendant ? Il reviendrait à cette entité de définir clairement des principes et des buts ainsi que d’harmoniser les procédures et les taux d’obtention de la protection d’un pays à l’autre. L’hypocrisie des listes de pays ou pays-tiers présumés « sûrs » (où Hermès ne vous conseillerait pas d’aller en vacances, cependant), le tri expéditif des personnes, la rétention ou l’assignation comme formes d’emprise policière sur des innocents, tout cela doit partir en même temps que l’obligation de confinement au premier pays de transit. La sauvegarde de la dignité des nouveaux arrivants ne doit pas connaître d’exception. A vous qui appelez au secours, l’accès aux autorités concernées de la rive Nord ne devrait plus être bloqué, par un dispositif d' »externalisation » c’est à dire de regroupement dans des lieux éloignés d’Europa, hostiles voire dangereux pour ceux placés en tel purgatoire. Ceci constitue en effet une violation grave du droit international (notamment de la Convention de Genève de 1951) et pourrait même impliquer une forme de complicité de crime contre l’humanité, comme on le constate – avec effarement – dans le cas des « marchés aux esclaves » de Libye. Les rançonneurs-tortionnaires n’ y sont-ils pas stipendiés par Europa, elle-même ?

Message d’espoir, car tout peut encore changer : en s’appuyant sur le Haut Commissariats des Nations Unies aux Réfugiés (UNHCR), l’OFPRA français s’emploie depuis peu à extraire quelques centaines de migrants africaines de ces camps de torture où Bruxelles les laisse s’entasser. On ne sait pas trop quels sont arguments servis aux geôliers, mais quoi qu’il en soit, ceux-ci paraissent infiniment plus acceptables pour en extraire des victimes plutôt que de les y faire croupir. Merci Athéna, déesse protectrice, Merci M. Pascal Brice !

Las Vegas ou Bataclan, Amérique ou banlieues, la haine terroriste est d’extrême droite

Las Vegas, New York, Charlottesville : quand doit-on parler de terrorisme ? Après la récente tuerie de Sutherland Springs aux États-Unis, la géopolitique fait le lien entre terrorismes islamiste et d’extrême droite. Au Texas, une petite église de Sutherland Springs a été frappée par l’horreur, une fusillade qui a fait 26 morts. Ce n’est pas la première fois que les États-Unis sont ainsi frappés.

– À Charlottesville, un homme de 20 ans fonce, avec sa voiture, sur une foule manifestant contre l’extrême droite ; il tue une femme de 32 ans, et blesse 19 personnes. Le responsable, James Alex Fields Jr., est affilié à l’extrême droite.

– À Las Vegas, un homme tire dans la foule, tue 58 personnes, et en blesse plus de 500. Ses motivations n’ont pas été clairement définies. Les analyses américaines ont parlé d’une personnalité narcissique et déprimée. Mais le travail de la police prouve que cette « dépression » ne l’a pas empêché de planifier tous les détails du massacre.

– A New-York, le 31 octobre, un Ouzbek immigré aux États-Unis a tué 8 personnes et blessé 12 autres en les renversant avec une camionnette. Dans son téléphone, on a retrouvé 90 vidéos de Daech.

Killing people blindly is quite reasonable, wether you hate them for this or that reason

Face à cette horreur, un débat classique a resurgi : quand peut-on parler de terrorisme ?

Pour Charlottesville, Las Vegas et New York, il est possible de répondre à cette question.

Comment définir le terrorisme ? C’est une violence d’inspiration politique, visant des civils, qui cherche d’abord à faire passer un message. Que ce soit avec al-Qaïda, Daech, mais aussi l’extrême droite (Breivik en Norvège), on retrouve un goût du chaos, d’un certain nihilisme, la destruction devant entraîner le changement espéré.

Avec cette approche, on peut parler de terrorisme pour Charlottesville comme New York. Chercher à les distinguer, c’est refuser de comprendre que l’islamisme radical n’est rien d’autre que l’extrême droite en Orient. Même rejet de l’autre, même hiérarchisation de la population, même politique visant à s’opposer à un « autre » forcément ennemi. Le cas de Las Vegas est plus compliqué : mais il semblerait ici que l’« idéologie » soit le nihilisme, la haine de l’autre motivée par son malheur personnel. Le message n’est pas aussi articulé que celui des extrêmes droites occidentale et orientale. Mais il est tout aussi dangereux, et ne devrait pas être traité à la légère.

La haine  »nazifiante » n’est pas qu’affaire de race, de religion ou de géographie : elle s’inscrit dans un contexte de déshumanisation, hélas universel.

(Mes remerciements à « Réforme » de novembre 2017 , très largement repris dans ce blog)

Faire la bombe : apocalypses du temps jadis ou de demain matin ?

« Rocket man » et sa bombe H

Sincèrement, merci au « bien-aimé » maréchal KIM Jong Un et à l’ineffable Donald Trump pour avoir remis « La Bombe » à l’ordre du jour. L’engin atomique s’entend. Prenons par exemple la « big tsar » de 75 Mgt dont l’explosion sur le Champs de Mars de Paris propagerait son souffle mortel jusqu’à la porte de Brandebourg de Berlin (pauvres Belgique et Luxembourg, au passage !). Angoissés de l’évolution erratique du climat, nous avions presqu’oublié la persistance du cauchemar nucléaire, foi de Dr Folamour ! Les deux Ubu Roi coréen et américain nous ramènent à son actualité. Celle, exhumées de décennies lointaines, quand des « patriotes » souverainistes et grandiloquents se menaçaient mutuellement d’effacer leurs populations de la surface de la planète. Ces deux-là l’ont fait, hier !

1 – Toute archaïque et « décalée » qu’elle soit, la Bombe H (et les missiles associés) du Nord-Coréen en dit long sur notre monde de 2017, alors que, paradoxalement, un tout nouveau « traité d’interdiction des armes nucléaires » est ouvert aujourd’hui à la signature des Etats. Devant l’A.G. Onusienne à New-York, Emmanuel Macron a bien fait de remiser au « Vieux monde » les deux protagonistes précités. A fortiori, d’insister sur ce que la stabilité, la justice et la paix procèdent de l’ordre multilatéral, celui qui est le mieux adapté au règlement des problèmes du monde. On voudrait ne connaître que des nations adultes, capables de composer entre elles et de respecter le droit, sans pour autant desservir les intérêts de leurs populations, bien au contraire ! Triste à dire : l’horizon crépusculaire de la Guerre « tiède » (on a vu deux menaces d’utilisation de l’arme atomique et deux millions de morts dans les années 1950-53, durant la guerre de Corée) pourrait être celui vers lequel la scène mondiale régresse à grande vitesse. Et la paix des Nations-unies, empreinte de bon sens, telle qu’imaginée en 1945, ferait désormais figure de rêve chimérique… En d’autres termes, le risque d’un holocauste nucléaire serait plus fort que la probabilité de voir les puissance nucléaire mettre effectivement en œuvre le traité de désarmement nucléaire promu par l’ICAN (International Campaign to Abolish Nuclear Weapons) et plusieurs petites nations pacifiques et assurément éthiques. Leur initiative ne peut qu’être louée, mais la réalité est ailleurs, hélas !

– La France et beaucoup d’autres pays aimeraient voir Donald et Jong Un se calmer un peu. Mais personne ne dispose du levier miraculeux pour ce faire, même la Chine, l’Europe, encore moins M. Antonio Guterres, le secrétaire général de la « Grande maison de verre ». La temporalité dans laquelle baignent les Q.I mentaux de Trump et de Kim (s’ils disposent toutefois de plus qu’une moelle épinière) est celle d’un monde archaïque et violent. Dans un tel contexte, qui oserait baisser sa garde nucléaire ?

2 – Mais les choses sont plus complexes. Constater l’efficacité passée de la dissuasion est un chose. Dénoncer comme immoral le concept de destruction mutuellement assurée et redouter un nouvel Hiroshima en pire en est une autre, entièrement fondée. Alors, quoi ! On sort du cauchemar ou on s’y mure « douillettement » ? Dans le nucléaire stratégique, tout est en fait paradoxal : les niveaux de raisonnement et de perception s’excluent comme l’huile et l’eau. Aucun angle est en soi faux, mais la grande image est inaccessible. Les acteurs sont fuyants.

– Rappelons que l’Histoire – celle de ce second conflit mondial – a accouché de cette arme génocidaire. On n’effacera jamais ce legs, qui pose la question de la lourde responsabilité de la science vis-à-vis de la survie humaine.

L’occasion d’entamer un désarmement nucléaire global a sans doute été perdue dans les années 1990. Après la chute du mur de Berlin, les arsenaux de chacune des deux super-puissances d’alors ont été ramenés à 1900 ogives montées sur des lanceurs plus 4 à 5.000 « en stock » et encore 6 à 7000 « promises à démantèlement et destruction ». Un progrès incroyable sur les années 1960 ! Actuellement, il en reste en gros 15.400 à travers le monde. Imaginez que ce stock ait été réduit à quelques centaines, même un ou deux milliers de têtes : un bond décisif aurait pu être accompli vers un désarmement général, par étapes : quelques centaines d’ogives conservées pour les Super-grands, quelques dizaines pour la France, le Royaume Uni, la Chine, Israël, l’Inde et le Pakistan. A l’époque, entre Eltsine, Bush-le père, JIANG Zemin, Mitterrand, la confiance était bien meilleure.

– On aurait dû aller plus loin, tout simplement parce que le Traité de Non-prolifération de 1968, dans lequel beaucoup voient encore la clé de voûte de la stabilité mondiale, obligeait les puissances détentrices, au titre de son article 6, à désarmer, non pas d’un coup (c’eût étét un coup de poker sur notre survie) mais par étapes. En contrepartie, les Etats non-dotés s’engageaient à ne pas développer l’arme et à ne pas l’acquérir. Enfin, chaque Etat-membre de l’ONU s’est ensuite engagé à filtrer soigneusement ses exportations de technologie nucléaire et balistique civiles de façon à absolument éviter toute prolifération militaire par le biais du commerce entre entreprises. Pour la France, une stricte suffisance a été recherchée. Paris a démantelé la composante terrestre de son arsenal atomique (adieu, Pluton et Hades !), réduit la composante aérienne (missiles ASLP) et limité à quatre bâtiments sa composante océanique, aujourd’hui le pilier central de sa dissuasion. Ce faisant, son arsenal a été réduit d’environ 500 têtes à plus ou moins 250. Ce n’est pas rien. Ses dirigeants étaient-ils décidés, ainsi qu’on l’affirme à posteriori, à entrer dans les négociations de contrôle et de réduction des arsenaux nucléaires, aux côtés des deux super-puissances ? Leur sincérité est fonction d’homme et de calcul politique. Mais dans un rapport initial de force de 250 à 7000, la France n’avait aucune chance de pouvoir sauvegarder un équilibre stable et son indépendance, aux étapes suivantes du processus.

3 – Rien du dispositif d’ensemble n’a été respecté : Israël, malgré les termes ambigus dont elle use à propos de son arsenal, dispose aujourd’hui d’une capacité à dévaster les pays arabes autour d’elle. Elle a été en partie armée par la France, au cours des années 1950. Les pays arabes, eux, se sont dotés, tout aussi clandestinement et de façon tout aussi illégale, d’arsenaux chimiques et balistiques. On parle des « armes de destruction massive (ADM) du Pauvre ». Des pays industriels, tels l’Allemagne, ont fait preuve de négligence, notamment à l’égard de l’Irak (que la France armait, par ailleurs, contre l’Iran). Nous ne sommes pas parvenus à régler le lancinant contentieux israëlo-arabe, seule voie possible pour rétablir un minimum de confiance au Proche Orient et y favoriser un désarmement bio-chimique comme nucléaire. Saddam avait interrompu, au bord du gouffre, son aventure nucléaire mais il a utilisé les armes chimiques contre des militaires et des civils. Bachar et son père, aussi, en Syrie. L’Iran, gazé par Saddam, s’est attelé à développer sa bombe atomique. Les six puissances « tutélaires » du TNP l’ont convaincue de suspendre, pour 10 ans, la production d’explosif militaire fissile, en échange d’une levée progressive des sanctions internationales imposées par l’ONU. L’AIEA, l’agence de l’Energie atomique de Vienne, constate que Téhéran se conforme à ses engagements tout en poursuivant ses activités balistiques. Mais les Etats-Unis de Donald Trump veulent dénoncer l’accord de juillet 2015, si péniblement obtenu. Ils menacent à présent la République islamique (comme la Corée du Nord) de leur gros bâton.

– Quel flagrant échec pour l’Occident ! Quelle fuite en avant des acteurs régionaux ! Si l’on excepte la Libye, qui, en 1998 a rendu son arsenal nucléaire (comme l’Afrique du Sud, l’Ukraine et la Biélorussie)- mais cela n’a pas porté chance à Khadafy, en 2011 – la prolifération de ces armes de destruction massives concerne actuellement quelque vingt-cinq pays ! Les Nations Unies recensent huit puissances- dotées car elles ne sont pas libres de dénoncer. Cette réalité de plus de 25 apparaît si l’on comptabilise Israël et tous les pays dits « du seuil », c’est à dire capables d’assembler ce type d’armes en quelques semaines. Ayant tout préparé à cette fin, ils se gardent bien de les exhiber ou même de reconnaître les posséder, en violation du droit international. Pire encore, contrairement à la France, ces pays fraudeurs ont, eux, de vrais ennemis qu’ils voudraient anéantir. Ils ne visent pas tant une posture avantageuse qu’une possibilité de première frappe contre ceux-ci (Pakistan -> Inde ; Corée du Nord → Etats Unis, Japon et Corée du Sud ; Iran → Israël, Arabie Saoudite, Turquie-> ses voisins). Au final, les pays menacés d’une frappe par surprise ont intérêt à s’en prémunir en développant leur propre capacité de seconde frappe (avec un arsenal suffisamment fort pour résister et répliquer à une attaque). Ne doutons pas que le Japon, la Corée du Sud, l’Arabie Saoudite, l’Irak, l’Egypte aient en tête quelques idées de cet ordre.
Le monde n’a plus rien à voir avec les deux blocs disciplinés et ordonnés de la guerre froide. A elles deux, Washington et Moscou auraient pu nous libérer du cauchemar. Cela n’a pas été fait. Que dire des nébuleuses terroristes qui ambitionnent, elles aussi, de s’approprier l’Arme d’extermination ? Et du crime organisé pur ? Nous nous accrochons encore – désespérément – aux règles du TNP, déjà très impopulaires parmi les pays non-dotés et contestées par eux, en espérant cacher le fait que ce traité prend l’eau de tous bords. Dénoncé, en 2003, par Pyongyang, qui y était partie, il a subi une première estocade et en connaîtra d’autres. Aujourd’hui, le Roi est presque nu. Le dire tout haut ne ferait que précipiter sa déchéance.
Alors, l’autre traité, le tout nouveau interdisant les armes nucléaires, pourrait-il en prendre le relais ?

– Assurément pas, car il ne pourra pas produire les transitions indispensables et n’obtiendra donc pas l’adhésion des puissances légales ou clandestines. Même si elle est simplette, la métaphore du saloon illustre cette faille : lassé des bagarres à l’intérieur de son établissement, le tenancier fait voter à l’unanimité de ses clients l’interdiction d’y introduire toute arme à feu : dorénavant on les déposera à l’entrée. Mais un cow-boy calculateur et mal-intentionné introduit son calibre en cachette. Au premier mot qu’il juge déplacé à son égard, il dégaine et tue tout le monde, sans avoir pris lui-même aucun risque. Les armes de destruction massive – pas seulement les armes nucléaires – que l’on cache sont celles qui seront utilisées le jour où les voisins détestés auront désarmé. La préservation de l’équilibre à la baisse, dans la transparence, est vitale. Ce n’est nullement le mauvais prétexte que l’on soupçonnerait emprunté à des chefs militaires belliciste : c’est une des conditions de notre survie. La survenance, non-anticipée par les acteurs, d’une rupture dudit équilibre ouvrirait une opportunité d’agression sans réplique et des réactions en chaîne, par le jeu des alliances. Comme les « binômes maudits » sont désormais nombreux, aucun gendarme mondial ne parviendra à s’assurer préalablement de la bonne foi, voire de la santé mentale, de toutes les parties prenantes.

– Sommes-nous passés à côté, une fois pour toute, d’une fenêtre d’opportunité pour libérer l’humanité (pas la planète, qui s’en moque) d’une grave menace créée par l’Homme contre l’Homme ? Aucune raison de s’en féliciter. Ni de célébrer la « victoire du réalisme sur l’éthique ». Ce serait indécent, triste et irresponsable. Rien n’est jamais scellé pour toujours. Employons-nous déjà à recréer, étape après étape, une vraie communauté internationale, bâtie sur la confiance et les progrès du droit. Les citoyens du monde devront s’y impliquer. C’est le vœu caressé par les humanistes atterrés d’un 21 ème siècle inquiétant, mais qui a du temps devant lui.

Liu Xiaobo, pardon d’avoir changé !

Quoi de plus vintage, quoi de plus ‘’plouc’’ que les droits humains ? Rien. Il y a dix ans on décriait les droits de l’Homme. Il y a cinq ans, on les moquait. A présent,beaucoup reient leur existence. Tout simplement. Quelle faute impardonnable !
Liu Xiaobo, prix Nobel de la paix, pionnier du combat démocratique en Chine, est mort le 13 juillet, de mauvais traitements, d’enfermement, d’abandon, au terme d’un calvaire abominable. Ses geôliers l’ont extirpé mourant de sa cellule, lui refusant une dernière chance de soigner à l’étranger son cancer du foie. On l’a laissé mourir à l’hôpital. Son épouse, LIU Xia reste en résidence surveillée. Son nom est banni des médias nationaux. Le mouvement qu’il avait créé  pour réclamer les libertés formelle inscrites dans la constitution du pays, meurt avec lui. Bien peu de ses camarades, démocrates, pacifistes et humanistes pourront évoquer sa mémoire. Elle est tabou … N’en parlons plus ?
Trente ans plus tôt, ce Vaclav Havel chinois (son mouvement, la Charte 08, a été décalqué de la Charte 77), qui risqua sa vie à conseiller les étudiants de Tianamen jusque sus la mitraille des soldats, aurait été pleuré par tous les défenseurs des libertés et des droits humains. Des serments auraient été prononcés pour poursuivre son œuvre jusqu’à ce que les Chinois obtiennent la maîtrise de leur propre destin. Ils le méritent assurément. Des millions de pétitions outragées auraient bombardé Zhongnanhai, le village des froids dirigeants infaillibles. Le Monde compare justement LIU à un Nelson Mandela du Royaume céleste. C’était un on-violent acharné. La même terrible répression l’a frappé mais, hélas, pas le même destin.
– C’est nous qui avons changé. L’époque où l’on palpitait pour Soljenitsyne ou pour Lech Walesa n’est plus. Les champions de la liberté et de la solidarité humaine  nous touchent moins. Mourir en marge d’un G 20 est, en plus, une très mauvaise idée. Xi Jinping, le grand patron de l’Etat-Parti, y siégeait en tant que premier acheteur, premier vendeur du monde, à la tête ses réserves de change les plus conséquentes qui soient. Trump lui a rendu un vibrant hommage. XI – pas LIU, s’entend – : ‘’un homme bon’’, ‘’très compétent’’ et notre Lapin jovien aux yeux bleus lui a rendu le service minimum qu’imposaient l’intérêt national et le bas niveau de nos finances publiques : ‘’un des grands leaders de notre monde ‘’. Quand vous dirigez 20 % de l’humanité, vous ne pouvez pas en effet valoir moins que ça. Le premier prix Nobel chinois n’a régné, lui, que sur nos consciences. Le président français s’est ensuite poliment fendu d’un tweet à la mémoire du grand intellectuel martyrisé. Pour la forme. C’est vrai, XI Jinping ne s’exprime jamais sur les réseaux sociaux.

Fichue liberté, fichus droits de l’Homme (de la personne humaine), on tient pourtant à eux !

Survire à la conflagration

Décidément, l’Ourson Géo abuse des titres ésotériques et inquiétants…
Vous souvenez-vous d’ « Ali le Chimique », ce fidèle serviteur de Saddam Hussein ? Les Allemands (groupe chimique BASF) n’étaient pas finots, en 1988, de lui avoir vendu certains précurseurs chimiques qui lui ont servi à gazer à mort plusieurs milliers de Kurdes, à Halabja, de même que certaines populations chiites du Sud, en diverses occasions.

– Mais, passons vite au nucléaire. Qui donc a donné l’arme nucléaire – officieuse – à Israël ? On dira Guy Mollet, pour ne pas pointer « le gouvernement de la France ». En effet, l’Hexagone est un membre actif et respecté du Nuclear Supplyers Group (NSG), lequel assure le contrôle le plus strict sur ce type d’exportation high-tech, précisément, pour empêcher toute prolifération vers le secteur militaire. Que dire alors, en Irak, de l’épisode « Osirak » qui vit, en juin 1981, un réacteur nucléaire tout neuf, de technologie française, bombardé et détruit (ouf !), par les avions Israéliens : il vaut mieux se faire platement oublier sur ce coup-là, tant le pays natal n’a franchement pas été clair.

Il y a toujours pire, certes, tel le cas de ce M. Abdul Khader Khan, père de la Bombe pakistanaise (1998). Ce retraité du nucléaire devint, dans les décennies suivantes, tenancier d’une superette H (bradant la bombe H). Une réduction de 20 % était consentie quand la charge militaire n’était plus de toute première fraîcheur mais toujours « consommable ». Le brave homme, héros national adulé, avait vendu à Mouammar Kadhafi, à Kim Il-Sung et à quelques autres la « mort en fusion », en kit, avec missiles, avec rabais. Comme Saddam Hussein, Kadhafi a rendu ses jouets, peu avant de se faire repérer par l’armée de l’air française en octobre 2011, puis « débiter » au sol, en fines lamelles, comme on sait.

– Entre-temps, Kim, fils et successeur de Kim, lui-même fils et successeur du Kim précédent, avait appris la leçon du possesseur d’arsenal: ne jamais mollir ! On s’attend à tout moment à ce qu’il teste sa 6 ème bombe expérimentale, en même temps qu’il essaime dans l’azur, par grappes de cinq ou six, ses lanceurs Taepo-dong, à même de livrer « la charge » sur Guam, Hawaï ou sur la Californie, sans négliger la Corée du Sud et le Japon « ennemis ». La 7ème ogive restera-t-elle sagement stockée dans un silo, avant que le Dieu vivant, Kim Jong-Un, n’enfonce négligemment le bouton, dans un moment de susceptibilité ?

– Le super-marché pakistanais détient l’arsenal indiqué pour vitrifier l’Inde et une bonne moitié de notre planète. Mais il se montre bien plus sage et courtois, en ne nous menaçant pas, matin, midi et soir de vitrification collective. Ne parlons pas de l’Inde, nucléarisée par « contournement du droit », mais tellement respectable, par ailleurs, qu’il serait indécent de le lui rappeler.

– Respect à part, on craindrait plus les arrières-pensées de l’Arabie Saoudite, absorbée comme elle l’est dans une lutte à mort, contre l’Iran, pour la domination de la région et de sa branche de l’Islam. Riyad compte beaucoup sur le petit frère pakistanais pour faire donner la  »bombe islamique » (sunnite), face à celle des ayatollahs (chiites). Cette dernière n’est peut-être pas encore opérante, mais Téhéran pourrait achever de la bricoler en quelques mois, au cas où… En attendant, l’une et l’autre capitales ne répugneraient pas à traiter chimiquement les perturbateurs qui les gênent : houthis du Yémen, s’agissant du Roi Salman; Armée libre syrienne et tout ce qui gravite autour, pour les pasdarans iraniens. Une somme de déflagrations à anticiper… pas loin de nous autres.

– Mais, j’oubliais : la Turquie, ex-démocratie « boostée » en califat, aux prises avec tous ses voisins, surtout avec les ethnies non-turques ou non-sunnites, cèdera-t-elle, à son tour, à la tentation d’utiliser des armes interdites contre tous ces importuns ? Le Sultan, dont l’autorité confine au divin, ne plaisante jamais avec ses voisins. Imaginons que, par inadvertance, le Syrien Bachar l’irrite au moyen de quelques aérosols de V-X ou de sarin. Il est plus que probable qu’en retour, Damas se prendrait prestement quelque volée d’ogives sur le nez. De quoi amener les armées américaine et russe, guerroyant sur le sol de ce malheureux pays, à se frotter l’une à l’autre assez méchamment. Après un ou deux porte-avions coulé(s), d’un côté (un nouveau Pearl Harbor !), et une ou deux bases militaires – dont Tartous – réduite(s) en cendres, de l’autre (cynique agression occidentale !), l’OTAN – tremblotante – appelée à la rescousse, la Chine pariant sur le pire et bloquant à cette fin le Conseil de Sécurité, Poutine blessé au tréfonds de son machisme géostratégique, Trump savourant, par avance, une « victoire totale, par l’assèchement du marigot moyen-oriental » (bon pour sa réélection, en 2020), les Européens terrés au fond de leurs caves à vin et en proie à une méchante déprime… où irait-on ? L’Ourson Géo se refuse à en dire plus car, en toutes circonstances, l’espoir doit persister.

Après quelques « échanges » de mauvaises substances, quelle ampleur pourrait atteindre la fuite effrénée, vers notre Europe – intacte – des exilés, désespérés, gazés, vitrifiés et torturés de tous horizons ? Réponse : des millions ¤, des dizaines de millions ¤, des centaines de millions ¤, des milliards ¤ ? (prière de cocher la case appropriée, pour édifier l’Ourson)…

– En fait, chers amis, les armes de destruction massive (ADM) – nucléaires – chimiques – biologiques – machines-outils et réacteurs biochimiques conçus pour (re)produire ces armes hors-la-loi – forment une seule et même famille abominable. Pour cette raison, dans la doctrine de la France, une agression chimique ou biologique de grande intensité appellerait une riposte nucléaire immédiate. L’inverse est tout aussi possible, dans le mode opératoire d’autres pays. Signalons que, sous parrainage russe et après avoir déjà – oh combien ! – pêché, le régime syrien s’est, depuis 2013, « volontairement » et officiellement rangé des brancards, dépouillé de ses armes interdites, détruites en se plaçant sous l’autorité du Traité d’interdiction contrôlé depuis La Haye. Petit mensonge,… ou grand crime potentiel contre l’humanité ?

Plus de 25 pays de par le monde, sur au moins trois continents, ont atteint le « seuil » nucléaire,, ce qui leur permettrait de détruire totalement un adversaire et sa population, dès une première frappe unique, en misant sur l’effet de surprise. Quant au nombre de pays dotés d’un arsenal chimico-biologique – les « armes nucléaires du pauvre », strictement prohibées par les Traités – il est certainement bien plus élevé. Pour tout aggraver, en matière d’ADM, les pays et les groupes armés vont généralement par binômes, déchirés par des haines séculaires.

– A Khan Cheikhoun, Bachar al Assad vient encore de gazer un village de sa propre population : quelques combattants, beaucoup de civils dont des femmes, des vieux et des enfants. Certains observateurs – très naïfs ou mal informés – clament « en quoi ces morts du fait d’armes chimiques devraient nous émouvoir plus que ceux, plus nombreux, victimes de balles, de couteaux, de bombes ou de la torture ? ». Et les mêmes de ruminer : « que fait donc la communauté internationale !? ». RIP.

La réponse se trouve dans les précédents paragraphes (relecture possible, si vous vous étiez assoupi). La morale comme la voix de notre conscience dénoncent ces morts atroces comme pareillement insupportables. Mais, en outre, se joue la question de la survie de l’humanité. Celle-ci nous impose de ne pas nous aventurer, même « innocemment », dans la spirale incontrôlable des armes de destruction massive. Ce serait un cercle vicieux sans fin, jusqu’à l’extinction d’Homo sapiens de la surface du Globe.

Sous nos yeux : les Syriens. Par-delà : la population terrienne dans son ensemble, exposée à l’enchaînement des déflagrations en une immense conflagration. En termes seulement quantitatifs, un tel emballement évoque une vertigineuse montée des destructions, un génocide à acteurs multiples ! Ceci justifie amplement que soit tracée, dans l’ordre universel, une ligne rouge et surtout pour qu’on s’y tienne. On attend des citoyens conscients d’un tel enjeu une forte détermination à réagir, en exigeant fermement que le droit prévale et par la force bien ajustée, si nécessaire. Pour s’y préparer, chacun devrait s’endurcir mentalement, comme on le fait déjà par rapport au risque terroriste « classique ». Entrevoir l’impensable et le décortiquer contribue à le prévenir et à l’éviter, sans se laisser intoxiquer par les partis-pris du moment et par les justifications partisanes. La vigilance mise au service du droit pour la survie des humains commence par un œil exigeant, braqué sur la complexité du monde, averti et qui cherche à voir loin.

Alertez les collapsologues !

– Moi : « impossible de le désincruster du fond de sa tanière ! Depuis le 20 janvier et l’investiture de l’autre Ubu-Roi américain, il s’y terre en me tournant le dos, il grogne sourdement et horriblement et il ne veut plus voir personne. Depuis ce jour maudit, je m’interdis de prononcer le nom de  »Donald » et pour rien au monde ne ferais non plus mention de Riri, Fifi et Loulou (Picsou Trump ?) dans mon argumentation géopolitique. Vous n’imaginez pas le nombre de pots de miel bio dont j’ai du jalonner, pour l’Ourson Géo, le chemin du retour à son clavier. De mauvaise grâce, il frappe de ses lourdes paluches les touches de son AZERTY pour nous exploser son analyse à la gu…. ».

Ourson Géo : « Oh ça va, toi, ne me dis surtout pas que la grande famille des plantigrades aurait pu élire un  »mal-léché » comme ce Trump tordu. Y faut être un simple humain, qui plus est populiste, étroit d’esprit, pulsif, looser et lobotomisé du disque dur, pour aller aussi loin dans la co….ie : pas de quoi être fier d’être bipède ! A partir de ce jour, je marche à quatre pattes, pour qu’on ne confonde pas avec quelqu’un de la triste espèce humaine ».

– Maintenant, au niveau géopolitique (il chausse ses lunettes),  »oublie une bonne fois pour toutes la parenthèse 1945 – 2016 ».  »Plus d’Etat sans frontière, surtout pas de commerce d’une frontière à l’autre, pas de migrants latinos ni de réfugiés syriens, ni de Mahométans en général; pas de loi, pas de droit, pas de régulation, exit l’ONU, adieu les accords internationaux, l’UE et l’OTAN (même bazar !). Il y a d’un côté Trump, sa petite famille népotique, ses trumpetts de la renommée, les tontons-flingueurs de Goldmann & Sachs, le lobby du pétrole visqueux (au département d’Etat et à l’Environnement, comme il se doit), les  »guys » avec leurs  »big guns » … et de l’autre, les méchants (ceux qui n’aiment pas Trump et que Trump n’aime pas) : tous les autres. Le but final, c’est de buter tous les méchants,  »jusque dans les ch..ttes », comme dirait l’ami Poutine. Pour le milliardaire-fraudeur-fiscal-président, les méchants sont tous des démocrates arabes, tchétchènes sinisés ou des Européens mous en sursis ! La géopolitique, c’est devenu noir ou blanc, hyper-facile. Il ne reste plus qu’à lire la date de l’apocalypse, au fond du pot de miel. Ne soyez pas impatients, ça viendra vite ».

– L’éditeur : je lui dis sa vérité : « Géo, sans vouloir te vexer, tu as été plus subtil que ça, par le passé ».
– Lui : « j’ai beau être encore jeune, j’ai l’impression d’avoir travaillé pour rien à la recherche d’un monde apaisé ». Alors, si tu y tiens, prenons les choses par degré de gravité (tout est grave) :

1 / Sur sept milliards d’être humains, 50,07 % sont des femmes. Il me semble qu’elles se sont trouvé un formidable ennemi commun. Le type est plus que misogyne, obscène. DSK n’est qu’un satyre en petits chaussons, en comparaison. Plus de trois milliards de femmes finiront par l’emporter. Mais combien de guerres et de massacres entre-temps ?

2 / Pour bien tous nous ratiboiser, rien de tel que l’éclatement de la bulle financière. Elle s’annonce plus grosse, plus joufflue qu’en 2007, tant les banques centrales se sont vautrées dans le « quantitative easing ». Adieu, loi Dodd-Frank, à fond la caisse la spéculation, mettez-vous en plein les fouilles, vous les golden boys du top 1 %, puis BOOOOM !!!!! : plus d’argent, plus d’eau, plus d’électricité, plus d’essence, plus de miel, plus rien à becqueter.

3 / Avant même que Marine ne s’en mêle, on va voir les effets du racisme et des discriminations : des milliards de braves gens humiliés criant vengeance, Daech and Co sauvés et requinqués par un round inespéré contre l’Oncle Donald (celui qui a flingué Sam, auquel ils assimilent d’ailleurs la gente européenne, humains et ours confondus). BOOOM !!!! les tours tombent, les avions pleuvent, les couteaux s’aiguisent, les camions dévalent les trottoirs. La moitié de la planète bombardée en représailles, incluant le Mexique, la R.P. de Chine, l’Afrique et le département 93…

4 / La guerre en Mer de Chine puis dans tout le Pacifique, en Afrique et un peu partout. M. XI Jinping ne rigole pas avec le dogme « une seule Chine » et son pays dépend deux fois plus du commerce mondial que la France. Le jour où la surtaxe américaine de 35 % lui tombe dessus – comme sur le Mexique – il pointera toutes ses fusées depuis les îlots artificiels des Spratleys et entamera le blocus de Taiwan. Après un ou deux porte-avions américains coulés (pour la plus grande jubilation des internautes chinois), vous voyez le tableau ! L’OTAN et l’armée européenne d’opérette appelées à la rescousse…

5 / Grâce à l’exploitation éhontée du pétrole bitumineux-shisteux de fond de cuve, la température du Globe a augmenté de 2° en l’espace d’un an ! Des convois de pétroliers crasseux fendent les eaux libres, tièdes et polluées de l’Arctique, parsemées de cadavres d’ours blancs noyés et de momies de phoques plastifiées … Deux cent millions de Bangladais barbotent, tant bien que mal, sur le grand estuaire inondé, mourant de soif dans l’eau sale. Les îles du Pacifique et de l’Océan indien (sauf le haut des volcans) ont disparu de la carte, comme d’ailleurs la Camargue, la côte charentaise et New-York. Trump a disparu, après avoir siphonné les fonds de la Réserve fédérale…

6 / Inspiré par la Horde d’Or de Genghis Khan et comptant sur la compréhension de son ami Donald (et la disparition tragique de l’ONU), Vladimir a réunifié le Moyen-Orient utile sous la botte de ses cosaques. Rencontrant quelques résistances populaires en Ukraine comme en Pologne et dans ses toutes nouvelles dépendances rhénanes et franciliennes, mises en coupe réglée par des politiciens locaux tout acquis à sa cause, il menace d’exécuter 2000 touristes américains si on ne lui accorde pas prompto le bénéfice d’un méga-plan Marshall. Kim Jong-Eun exige pour lui une somme au moins égale, faute de quoi sa bombe H « socialiste » frappera « là où il le faut » (sic).

– Géo : « J’ai encore une demi-douzaine de scénarios Trump à vous asséner, si vous en voulez, tout de suite ou pour les jours qui viennent » (Note de l’éditeur : j’ai ramené l’Ourson géo dans son antre, avec une infusion de camomille et un oreiller bien doux. Je pense que ça suffira pour cette fois-ci).

… à suivre …
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Alep : triste anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme

Samedi 10 décembre, sur le parvis des droits de l’Homme du Trocadéro, à Paris. A deux mille kms de là, une population de quelque 100.000 habitants, martyrisée, en voie d’être décimée, en pleine descente aux enfers, recroquevillée dans une ville-cimetière, bombardée, exterminée, réduite en cendres.

Pour le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, c’est  »le crime contre l’humanité sur la plus grande échelle qui a été commis depuis le seconde guerre mondiale ». Le Conseil de sécurité de l’ONU a tenté d’adopter, en vain, trois résolutions successives pour permettre aux habitants civils de s’extraire de la nasse. Moscou, Pékin, Téhéran et dix autres Etats s’y sont opposés. Dix ministres des affaires étrangères,  »amis de la Syrie », se réunissaient à Paris, ce même 10 décembre. Américains et Russes poursuivaient, à Genève, leur dialogue de sourds.

Impuissance coupable : ce sont dix, cent Srebrenica * qui broient, sous nos yeux, des femmes et des enfants, au fil des  »tris » brutaux opérés par les bourreaux du régime. Les hommes en âge de combattre, sont torturés puis achevés; les femmes, les vieux, les enfants, sont brutalisés comme  »complices ».

Au Trocadéro, nous sommes une dizaine, de l’ACAT, de la CIMADE, des Restos du coeur ou simples citoyens concernés à titre individuel, à porter notre conscience humaine et notre chagrin. Des amis nous ont confié les leurs et ils sont aussi là, par procuration. Nous avons les 30 articles de la DUDH en poche ainsi qu’un témoignage, paru dans le Monde de la veille, écrit par un survivant de Srebrenica, horrifié par le carnage d’Alep. A nos pieds, le sol du parvis est gravé d’une citation du père Joseph Wresinski sur l’universalité des droits de l’Homme. Devant l’appareil photo, on sourit, bien sûr. Le lieu et le jour ont en effet leur signification : ce 10 décembre est le triste 68 ème anniversaire de la Déclaration – Universelle (!) – des Droits de l’Homme, adoptée, ici-même, au Trocadéro. Alep meurt. Nous reviendrons l’an prochain sur le parvis.

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* Srebrenica, ville musulmane de Bosnie, où quelque 8500 habitants ont été exécutés en masse par l’armée bosno-serbe du général Mladic, en juillet 1995, après que le détachement de casques bleus de l’ONU ait renoncé à les protéger. C’était alors  »le plus grand crime contre l’humanité » perpétré depuis 1945. C’était avant Alep.