L’encagement indigent des exilés

1 – Vous connaissez sans doute La Cimade et son engagement pour le droit des étrangers, depuis la fin des années 1930. Une de ses missions est d’intervenir dans plusieurs lieux d’enfermement, centres de rétention administrative comme prisons. L’association est présente à ce jour au sein de 8 centres de rétention ( Guadeloupe, Bordeaux, Hendaye, Matoury, Mesnil-Amelot, Rennes, La Réunion et Toulouse) et dans 75 établissements pénitentiaires. Grâce à cette double fenêtre, elle observe une porosité croissante entre ces deux formes d’enfermement. Elle assiste à la multiplication des cas de double peine, s’agissant de personnes qui, à leur sortie de prison -peine purgée-, se voient (ré)enfermées en centre de rétention. En sens inverse, de plus en en plus d’étrangers enfermés en rétention finissent entre quatre (autres) murs pénitentiaires. De ce fait, l’ONG est à même de quantifier le phénomène de manière empirique et d’en tirer la synthèse infographique ci-jointe :

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Les trente-trois plaies de la boule sous nos pattes

La Force est avec l’ourson Géo. Géo dit l’avenir géopolitique

Ici, l’Ourson Géo ! Je suis comme lassé par les balivernes littéraires que vous impose mon associé humain, sur le présent blog. Pures billevesées, tous ces cochons déguisés en moutons ! Dans une optique ourso-stratégique, ce sont les « collapses » (in french : effondrements), provoqués par les humains, qui dégradent le plus inconsidérément notre Terre (Earth), où les ours ne sont plus que des « colocs » désemparés. Bertrand (le type qui lit Le Monde) n’en parle pas assez et pendant qu’il écume la banlieue sur son scooter, Moi-Je-Personnellement-in Personnae-ursidus, m’empare du clavier et vais vous révéler l’avenir.

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Ma déclaration universelle des droits de l’Homme (« je vous aime, je vous aime, moi non plus ! »)

René Cassin et Eleanore Roosevelt, lors de l’adoption

La façon dont n’a pas été célébré, ce 10 décembre, le 70 ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme confirme, après des déferlement de violence, que ce socle des libertés fondamentales de l’Humanité, au mieux, n’intéresse plus. Au pire, il est devenu la marque d’un monde disparu. Foin d’utopie universelle (deux mots suspects)! Oublions la fraternité des peuples, chacun doit rester coincé sur son bout d’asphalte, dans sa rage victimaire, et imposer sa loi, jusqu’à tout sacrifier : ne pas dialoguer, ne rien lâcher, surtout !

J’exagère un brin. Dans certaines de nos villes, des gens plus humains, vêtus de jaune, ont rallié les marches pour le climat et ont « verdi », non sans discernement, leurs préoccupations initiales dans celles de l’Humanité. Lire la suite

Les gilets jaunes, archétype des confrontations mondiales ?

Réincarnation des sans-culottes ?
The Gilets jaunes, (yellow vests) are anti-globalisation and furious

Je suis loin d’approuver BHL sur tout, mais je dois dire que son récent discours devant le CRIF, concernant le phénomène des « gilets jaunes », est assez convainquant. Ce type de révolte « à la base » est un classique de l’histoire de France : les pantalons rayés des sans-culotte de juillet 1789 préfiguraient bien nos gilets fluo d’aujourd’hui. Justement insatisfaits de l’état du Royaume, ils tendent, comme on dit, à « péter les plombs » et s’en prennent à tout ce qui paraît injuste, dans leur représentation enfantine de la chose publique. Cela justifie à leurs yeux un vrai passage à l’acte. « Libératrice », la violence leur ferme aussi tout horizon. Elle les confronte à des tyrannies un peu fantasmées et, dans leur spontanéité, ils font erreur sur leurs cibles : déjà, ce pauvre gouverneur Delaunay et la quinzaine de fils à papa enfermés à la Bastille en 1789, n’étaient pas vraiment le cœur arrogant de l’ancien régime. On a fait comme si. Même méprise chez les « boulangistes » en 1879, chez les « ligueurs » en 1934, chez les « bonnets rouges », il y a peu.

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Hulot en dissidence, Macron en terrain miné, M. Toulemonde en prostration : rentrée agitée ?


La transition écologique n’est pas en marche – illustration du Monde

Il faut dire que les temps ont changé (publié chez Albin Michel – août 2018)
Présentant son dernier ouvrage sur France Inter, l’économiste Daniel Cohen constatait sans plaisir un haut degré de «désocialisation» dans les strates populaires françaises. Un changement du monde, parmi d’autres, qui nous parle.

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Aquarius, Aquarius, l’Europe s’en va à l’eau…

Opération solidarité européenne et envers les exilés, le 27 juin

C’est l’Ourson qui vous grogne à l’oreille : le titulaire du blog n’ayant pas les nerfs à gueuler un grand coup, je m’empare du clavier pour ce faire. Vous avez entendu nos dirigeants, ces derniers jours ? Ils annoncent fièrement repousser le flux des exilés des pays en crise, telles de vulgaires algues vertes vénéneuses, néanmoins « assez bonnes » pour être épandues sur les plages de nos voisins du Sud. Bonjour l’amitié euro-méditerranéenne ! On va mieux intégrer ceux qui obtiennent l’asile mais expulser systématiquement les autres (M. Lapin-aux-yeux-bleus dixit, en Bretagne, le 22 juin). On commencera par incarcérer tout le monde, enfants compris.

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Refuser les « rafles » et le bannissement des exilés, par fidélité à notre devise nationale

Le pire les attend chez nous …

En novembre 2017, 470 associations et collectifs d’aide aux migrants ont lancé l’initiative d’Etats généraux des migrations. La « France qui accueille » espère se faire entendre, face à la politique de persécution des victimes et des désespérés. Le gouvernement de la France, comme l’Europe, se sont jusqu’à présent soustraits à tout appel au dialogue citoyen sur le sujet. Pour la première fois depuis 2008, Amnesty International, le Secours catholique, la Croix-Rouge française, Médecins du monde mais aussi le Gisti ou Emmaüs International se regroupent pour réclamer une autre politique, transparente et conforme aux valeurs de notre pays. Alors que le gouvernement a entamé l’examen de son projet de loi « asile et immigration », la mobilisation de cette France fraternelle va revêtir des formes concrètes et visibles : pétitions, chroniques, actions de terrain pacifiques sur la place publique. Lire la suite

La France de M. Collomb fait « le grand ménage » chez les exilés


Grand coup de balais sur les exilés : expulsions vers le pays d’origine, retours forcés vers le premier pays de transit, refoulement à la frontière,«centres de retour» fermés: le Gouvernement prépare le renvoi en masse des «sans-papiers», mais aussi de demandeurs d’asile”. Un projet de loi à dénoncer.

Depuis le début de son mandat, Emmanuel Macron assume une politique répressive, contrepartie à son attitude supposément accueillante à l’égard des réfugiés. La réalité est tout autre : alors que le chef de l’État insiste sur le distinguo, dans ses discours, entre « demandeurs d’asile » et « migrants économiques », les mesures disséminées ici et là au cours des derniers mois visent à renvoyer aussi bien les uns que les autres. Le langage « moral » tenu à nos partenaires européens ne souffre pas critique. La réalité du terrain, celle que dictent les préfectures, est aux antipodes du respect de la Loi et de sentiments d’humanité. On sait qu’en vertu des accords de Dublin III, le premier pays d’entrée dans l’UE est considéré compétent pour statuer sur une demande d’asile. Lors de sa campagne électorale, le Président de la République avait jugé cette règle inique, parce qu’elle fait peser toute la charge des procédures sur les quelques mêmes pays du pourtour européen. Dont acte.
Ce temps jadis est révolu. Il s’évertue désormais à l’appliquer, avec zèle, dans le souci de maximiser le “rendement” des expulsions. La France s’emploie systématiquement, depuis peu, à organiser les renvois. Sans forcément aboutir, d’ailleurs, puisque les pays de première arrivée dans l’UE – en principe responsables de faire eux-même le tri, aux termes du règlement de Dublin III – font au mieux, de leur côté, pour éviter les réadmissions. Du fait de la géographie, beaucoup de ces «dublinés» arrivent chez nous en transitant par l’Italie, la Grèce ou la Bulgarie. Mais depuis quelques mois, ils sont nombreux à rejoindre la France par l’Allemagne, où 400.000 à 500.000 personnes ont vu leur demande d’asile déboutée (sur plus d’un million d’exilés accueillis, entre 2015 et 2016). Le Gouvernement craindrait particulièrement ce mouvement migratoire «secondaire». Du coup, il réagit très fort.

– L’objectif revendiqué par le Président Macron est le «zéro migrant» dans nos rues, d’ici à la fin de l’année. Dans le zèle qu’ils mettent à accueillir moins et à expulser plus, des préfets se sont aventurés, sans état d’âme, à violer la loi. Les «dublinés» en font rapidement les frais. Ces demandeurs d’asile se voient imposer de retourner effectuer leur démarche dans leur premier pays européen d’accueil.
Par un arrêt du 15 mars 2017, la Cour de justice de l’Union européenne avait pourtant jugé que les exilés destinés être renvoyés dans leur premier pays d’accueil ne devaient pas être préalablement internés en centre de rétention. Du moins, tant que la loi nationale n’avait pas déterminé les critères objectifs définissant l’infraction de «fuite», fuite que l’administration s’arroge le droit de constater pour la sanctionner. De même, la Cour de cassation avait invalidé, dans un arrêt du 27 septembre 2017, le placement en rétention des demandeurs d’asile pour le même défaut de définition légale des risques d’évasion. On peut douter, à ce stade, que les décisions de justice suffiront à détourner le ministère de l’intérieur dans son projet de grand déguerpissement.

– L’avant-projet de « loi sur l’immigration et l’asile », à l’examen du Conseil d’État, pourrait aller plus loin encore : il prévoit que les «dublinés» seraient placés en rétention, dès qu’une demande de renvoi aurait été déposée par le ministère de l’Intérieur auprès de l’État de premier transit, pour cette raison compétent. Ceci, sans attendre la réponse ni même la décision d’arrêté de transfert.
De cet avant-projet à la nouvelle loi antiterroriste, en passant par le projet de loi de finances passé par l’Assemblée, tous les outils ont été mobilisés pour compléter un arsenal, déjà sur-puissant, depuis trente ans que les gouvernements successifs s’efforcent de durcir le régime de l’immigration et de l’asile. Le contrôle au frontières va être de même renforcé : la loi antiterroriste, définitivement adoptée le 18 octobre, autorise, dans son article 10, l’extension des contrôles d’identité frontaliers à 118 points de passage, partout en France. «Mettre rapidement à l’abri» pour ensuite mieux trier et renvoyer les demandeurs d’asile «dublinés», c’est « justifié », clair et expéditif. 

– Quoi qu’en disent le droit et les avis, les demandeurs d’asile sont plus souvent que jamais convoqués dans les préfectures pour y être interpellés illico, placés en rétention et rapidement transférés dans des pays-tiers. Le piège se referme actuellement dès la deuxième convocation non-honorée, de sorte qu’aucun juge ne peut constater l’irrégularité de la procédure. Le cas est fréquent, tant la frayeur provoquée par l’ordre de quitter le territoire paralyse de frayeur les intéressés. En clair, nombre de préfets pratiquent la privation de liberté, en violation de la loi nationale et des directives européenne. En surfant sur le fatras d’émotions négatives populistes ou électoralistes que l’on connaît, on cherche à nous faire oublier, qu’en fait, les personnes expulsées n’ont commis aucun délit. Sauf exception inhérente à tout groupe humain, ces gens ne sont pas des délinquants, encore moins des « fuyards ». Ce sont des êtres humains, parmi les plus vulnérables. Ils ont du fuir pour préserver leur liberté, sauver leur vie et, dans le plus bénin des cas, rechercher, pour leurs enfants et pour eux-mêmes, un avenir qui n’existait pas dans leur pays.

– Le gouvernement planifie-t-il les entorses à la loi, en ordonnant aux préfets d’assumer des procédures illégales et expéditives ? S’agit-il, au contraire, d’initiatives zélées de préfets qui, de façon synchrone, s’opposeraient aux mises en garde des juridictions ? Les chiffres sont assez parlants: 91.000 étrangers en situation irrégulière ont été interpellés en 2016 et 22.500 procédures d’expulsion Dublin ont été initiées. C’est un niveau record. La part des « dublinés » augmente de façon exponentielle, au sein des 85.000 demandes d’asile enregistrées en 2016. Finalement, 13.000 « illégaux » ont effectivement été «éloignés», sur un total de, sans doute, 200 à 250.000 clandestins jetés sur les chemins par des menaces d’expulsion, souvent non-suivies d’effets. Au demeurant, le chiffre des « reconduites » est jugé très insuffisant par l’Exécutif. «Nous reconduisons beaucoup trop peu», a déclaré le chef de l’État, devant le corps préfectoral, début septembre. Selon Le Figaro, la tendance est à la hausse en 2017. Au cours des sept premiers mois de l’année, les retours forcés vers d’autres pays d’Europe auraient progressé de près de 5 %. Hors Union européenne, l’augmentation atteindrait 10 %. Et ce n’est que le tout début !

– Depuis sa nomination place Beauvau, Gérard Collomb en a fait son dada : accélérer les expulsions tous azimuts ! Il s’inscrit dans le sillage de ses prédécesseurs concernant les étrangers en situation irrégulière, mais va nettement plus loin, quand il s’emploie à faire partir, aussi, un nombre croissant de demandeurs d’asile. Pour accélérer le renvoi des «dublinés», le ministère de l’Intérieur crée des «pôles spécialisés» au sein des préfectures. Il oriente désormais les demandeurs d’asile concernés vers des centres d’hébergement. Ceux-ci permettent, sous couvert d’hébergement, des assignations à résidence de facto, en vue d’un transfert/expulsion. Ces centres de rétention fermés sont maquillés en structure d’hébergement, afin de contourner la vigilance de la Justice. Fonctionnant essentiellement comme des centres de tri, ils succèderont, en plus dur, au Prahda (Programme d’hébergement) disposant de 5.351 places, ouvertes en 2017. Elles étaient déjà dédiées aux «dublinés». Dans tous les cas, y être  »hébergé » signifie dire adieu à la France.
Plus fort encore, le gouvernement prévoirait de créer des «centres d’aide de préparation au retour». Ils ne seront pas seulement réservés aux étrangers en situation irrégulière acceptant, en échange d’une dîme financière, de repartir «volontairement». Ils seraient, apparemment, aussi destinés aux déboutés du droit d’asile. Le mot d’ordre serait de les extraire des centres d’accueil et d’hébergement (où place nette sera faite pour des nouveaux arrivants), puis de les reconduire hors des frontières. Ainsi, la prochaine refonte du parc de logement des exilés servirait en grande partie à trier et isoler les expulsables.

– L’arme absolue dans cet arsenal reste la possibilité que s’octroie l’Etat d’expulser les demandeurs d’asile vers un pays-tiers estimés «sûrs». Cette fois-ci, il ne s’agit plus de renvoyer les demandeurs d’asile vers un pays de l’Union européenne, comme dans le cas des «dublinés», mais hors de l’Union européenne. La destination sera indifféremment tout État offrant les «garanties »nécessaires, en matière de respect des droits de l’Homme ». On peut être certain qu’aucune dictature lointaine ne niera jamais accorder toutes ces garanties. Cette mesure met donc en grand danger le droit d’asile, tel qu’il est inscrit dans la Convention de Genève de 1951 et dans le Protocole de New-York. Elle figure pourtant dans l’avant-projet de loi sur l’immigration et l’asile, ébruité fin septembre. Selon l’AFP, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) serait invité à juger «irrecevable» toute demande de protection de personnes susceptibles d’être réadmises dans un pays tiers « sûr », par lequel elles auraient transité avant d’atteindre l’Europe… C’est un «Dublin global», en quelque sorte ! De même source, l’OFPRA renâclerait à assumer ce rôle. Son directeur général, Pascal Brice, critique même publiquement cette mesure. Sera-t-il entendu ?
Aucune liste de «pays sûrs» n’est pour l’heure établie. On imagine qu’outre la Turquie d’Erdogan, la France pourrait y inscrire la Tunisie, le Maroc et aussi l’Algérie, le Niger et le Mali. Et pourquoi pas, le Soudan ? Des milliers de personnes seraient potentiellement concernées : s’il n’est pas rare que les demandeurs d’asile débarquent par avion, ils sont bien plus nombreux, en effet, à arriver par la voie terrestre, au terme d’un long périple.

– Plutôt que d’interroger les exilés sur les motifs de leur départ, de chercher à évaluer la crédibilité de leur témoignage, de rassembler des indices de leur persécution, les officiers de l’OFPRA s’en tiendraient alors à un simple pointage des itinéraires. Au cours des milliers de kilomètres parcourus dans leur fuite, n’auraient-ils pas traversé au moins un «pays-tiers sûr» ? Peu importent les violences subies, les parcours de souffrance, une destination – la plus éloignée possible de l’Europe et qui ne les accueillera pas – serait le Graal que leur propose M. Collomb… et la France.

– Encore faudrait-il établir sans faute la nationalité des expulsés. Prévu par l’avant-projet de loi sur l’immigration et l’asile, l’allongement du maintien en rétention de 45 à 90 – voire jusqu’135 jours, dans certains cas – y pourvoira. Le Gouvernement peut ainsi accroître sa pression sur les consulats à Paris des pays « sûrs » (délivrance en retour de visas français à leurs compatriotes; menace de baisse de l’aide publique au développement), afin qu’ils délivrent les laissez-passer ou passeports nécessaires au retour de leurs ressortissants. Un «ambassadeur aux migration», Pascal Teixeira Da Silva, a même été nommé, afin d’accélérer la délivrance des documents par les pays de destination récalcitrants.
Les exilés afghans sont particulièrement ciblés. Le gouvernement de Kaboul ayant accepté les subsides de l’Europe (officiellement, les “frais de construction d’une nouvelle piste d’atterrissage »), il renvoie l’ascenseur à Bruxelles. Il fut un temps où les expulsions vers l’Afghanistan créaient l’émoi chez nous. Elles se sont depuis banalisées, alors que l’instabilité demeure constante dans ce pays en convulsions et que les talibans en contrôlent les deux-tiers du territoire. Selon la Cimade, 640 ressortissants afghans ont été « transférés » là-bas, en 2016, sans aucune considération pour leur sécurité. L’ONG protestante vient de lancer, avec Amnesty International, une campagne pour imposer un moratoire de ces déportations. La tendance à écluser les sorties s’accélère en 2017. Les exilés soudanais connaissent le même problème, depuis que le Gouvernement de Bruxelles a «acheté» leur renvoi à Khartoum. Sans oublier la scandaleuse corruption des gardes-côtes libyens, au comportement tortionnaire et mafieux.

– Le Défenseur des droits observe de son côté que l’«intensification des mesures d’éloignement» touche particulièrement les étrangers malades. «Alors qu’il y a 20 ans, avant même l’instauration d’un droit au séjour pour soins, le législateur avait estimé indispensable de prémunir les personnes gravement malades d’un éloignement qui aurait conduit pour beaucoup à une mort certaine, les obstacles actuels à l’admission au séjour pour soins sont de plus en plus fréquents». On en est là…

– Il est encore impossible d’anticiper les effets d’un tel projet de loi, programmé pour être examiné début 2018 par le Parlement : le nombre des expulsions décollera mais jusqu’à quel sommet ? Ne doutons pas que les migrants ont déjà compris le message. Près d’un an après la destruction de la «jungle» de Calais, des experts de l’ONU viennent de rappeler à la France la nécessité d’octroyer de l’eau potable aux migrants ce, sans la faire gazer par ses gendarmes mobiles, de même que les maigres repas qui leur sont offerts. Face à la honte que provoque une telle réprimande, on ne s’interroge guère sur les raisons de cette maltraitance organisée : nos autorités pensent que cela plaît aux électeurs et que tous les tourments du monde nous sont incompréhensibles tout en déversant sur la France les malfaisances concentrées du terrorisme et de l’insécurité. Et tant pis pour les innocents ! En refusant à ceux qui ont tout perdu le minimum vital et humain, l’État veut les décourager de rester en France et les incite à partir d’eux-mêmes… chez nos voisins allemands, par exemple.

– Des ONG aux associations de défense des droits des étrangers, en passant par le Défenseur des droits et la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNCDH), les observateurs humanitaires sont unanimes pour dénoncer les régressions en cours ou en projet. Ce sont celles des conquêtes de la démocratie et de l’humanité de nos comportement. Alors qu’il en est encore temps, il nous faut stopper cet avant-projet de loi sur l’immigration et l’asile. La défense de l’Etat de droit incombe à la vigilance de la société civile. Les associations ont malheureusement motif à désespérer de l’utilité de leurs actions. Il y a peu encore, elle apportaient du baume et du lien social à toutes les étapes du “chemin de croix” des exilés. Aujourd’hui, ce sont des “dublinés” ou des déboutés, des mineurs, des malades, des sans-domicile qui s’adressent à elles. Une bonne part du public étranger, à commencer par les demandeurs d’asile, est captée ou captive du ministère de l’Intérieur. La traque a lieu à toutes les étapes et à tous les étages. Les associations ne voient, elles, que les candidats-réfugiés les plus marginaux, les moins susceptibles d’obtenir gain de cause dans l’octroi du statut. Elles leur apportent des conseils juridiques et pratiques, du soutien médical et humain, en se doutant que ces témoignages de solidarité resteront vains. Parfois, les citoyens solidaires se retrouvent, à leur tour, soupçonnés et intimidés. On se plie à l’impératif de devoir protéger la clandestinité des étrangers en détresse, souvent malades pour ne surtout pas leur nuire en premier lieu.

– La CNCDH s’alarme ainsi de la «multiplication des violations des droits fondamentaux des personnes migrantes observées sur le terrain». Elle demande aux autorités d’«abandonner une vision réductrice des phénomènes migratoires consistant à opposer les demandeurs d’asile aux autres migrants et souligne que «l’État se doit non seulement de protéger le droit d’asile, mais aussi de garantir et de faire respecter les autres droits des personnes migrantes, et ce, quel que soit leur statut». Pour mettre fin aux traitements injustes et illégaux, les associations de défense des droits et les avocats des personnes demandeuses d’asile s’adressent solennellement au gouvernement. Donnons leur le plus large écho !

(composition librement inspirée des publications de la Cimade, de Mediapart, du Monde et de l’AFP).

Eux, c’est nous, demain, ailleurs…

Etat de soupçon permanent : Montesquieu contrit, dans sa tombe

L’état permanent succèdera à l’état d’urgence. Oublié et trahi, pauvre Montesquieu !

Comment ne pas s’alerter devant le projet de loi « renforçant la lutte contre le terrorisme et la sécurité intérieure »,  soumis le 7 juin au Conseil de Défense ? « Assignations à résidence, perquisitions administratives, fermetures de lieux de culte, zones de protection et de sécurité, toutes, des mesures emblématiques du régime d’exception créé en 1955 pendant la guerre d’Algérie et perfectionné par touches successives depuis les attentats du 13 novembre 2015. Comme pour rajouter une couche à l’état d’urgence, chaque nouveau scrutin semble devoir exacerber un peu plus cette bonne vieille peur venue du fond des chaumières.

L’arsenal des temps d’exception va donc être pérennisé en droit commun, moyennant quelques adaptations de forme. Et tant pis pour les règles du droit comme pour les prérogatives de nos institutions judiciaires ! Grâce au pouvoir régalien d’un président, que l’on pressent affranchi de tout contrepoids politique, sous le règne de Emmanuel Macron, l’Exécutif est parti pour prendre le pas sur le Judiciaire, en s’affranchissant simplement de la Constitution, des libertés fondamentales et de la dignité des gens. L’Esprit des lois de Montesquieu serait-t-il piétiné, la démocratie en Amérique de Tocqueville laissée aux Iroquois, le bel échevin juridique de la Vème République du Général, oublié : seul l’article 16 pourrait survivre dans l’esprit d’origine, du moins tant que le Ministère de l’Intérieur assurera la Justice (et la Législation ?), conjointement à l’Ordre.

Le Monde du 8 juin donnait à croire qu’aucune donnée personnelle ne serait plus à l’abri d’une confiscation, aucun dormeur à l’abri d’une perquisition de nuit sur décision administrative (préfectorale), enfin, qu’aucun citoyen (mal)pensant et agissant ne serait vraiment prémuni contre une interdiction de territoire * ou une assignation préfectorale à résidence, avec perte de travail et de réputation à la clé. Le Conseil d’Etat a rectifié l’opus à la marge, en réintroduisant le juge de la détention et des libertés dans le circuit des perquisitions. Ouf ! Mais, sauf nouvel amendement ou  »retoquage » par le Conseil constitutionnel, le fil conducteur demeure : dans l’état permanent, les préfets seront censeurs de leurs administrés, en vertu du principe de soupçon. Il ne s’agit pas tant de trouver le point d’équilibre entre l’attachement aux libertés démocratiques et la nécessité d’en adapter les marges à l’impératif de sécurité. La culture routière du radar flasheur va être appliquée à nos (mauvaises) intentions secrètes.

Le Défenseur des droits, Jacques Toubon, dénonce, avec courage, cette « pilule empoisonnée ». Le traitement risque en effet d’être de longue durée, sans interruption possible. En effet, si un attentat survenait le jour-même d’un retour à l’état démocratique de droit, alors, quid de Jupiter ? L’application normale de la Loi Fondamentale de notre démocratie sera-t-elle renvoyée aux « jours heureux », si chers à Jean-Luc Mélenchon ? Le jour où se sera oublié tout trouble à l’ordre public, évanoui le dernier risque terroriste, dissipé le dernier soupçon préfectoral à l’égard des  »citoyens-délinquants », l’Esprit des Lois et la séparation des Pouvoirs seront-ils rétablis ? Sans doute… ou pas, c’est un rendez-vous à prendre avec l’Histoire.

Jusque là, on nous rappellera, urbi et orbi, que nos concitoyens se sentent « menacés de toute part ». On nous assurera qu’ils n’ont de cesse de voir fermement réprimé l’afflux « massif », dans notre patrie monolithique, de migrants (étrangers et musulmans, qui plus est !) forcément à l’origine des attentats. Tant pis pour ceux qui voient surtout la France des ONG et de l’Accueil solidaire se mobiliser au quotidien et pas vraiment celle, fantasmée par la place Beauvau et ses brillants hauts fonctionnaires.

Passée la longue et endormante parenthèse électorale, ne nous ne précipitons pas, machinalement, au nom du « tout sécuritaire », dans un enfermement glauque de suspicion, de confrontation, de haine civile ou religieuse recuite. Ce serait exactement ce qu’attendent de nous les jihadistes qui nous agressent ! Et aussi, sans doute, certains extrêmistes bien « de souche », comme ils disent. Toute complaisance à l’égard de leur plan, toute dissolution des valeurs de la République seraient suicidaires. N’offrons pas à ceux qui misent sur la guerre civile dans notre société, une dérive aux antipodes de l’Esprit des lois de Montesquieu, histoire juste de complaire à la paranoïa court-termiste d’une certaine haute fonction publique de l’Etat !
*

    note en date du 29/06 :

En commission des lois du Sénat, le gouvernement a confirmé, le 28 juin, son intention en matière d’interdiction de mobilité. Il outrepasse, ce faisant, l’objection formulée par le Conseil constitutionnel. Les préfets détiendront ainsi le pouvoir d’interdire à une personne de circuler dans « tout ou partie du département », s’ils l’estiment nécessaire pour assurer l’action des pouvoirs publics. En revanche, l’assignation à domicile pourrait être « adoucie », avec une obligation de présentation au commissariat ou à la gendarmerie réduite à une fois par jour, de façon à ne pas entraver excessivement l’activité professionnelle.

Au printemps 2017, l’ACAT s’interroge sur le binôme  »Fraternité – Résistance »

Accueillie à Bussang (Vosges) par le chapitre lorrain du Mouvement, l’Assemblée générale 2017 de l’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture (ACAT-France) s’est placée sous les signes dialectiques de la fraternité et de la résistance. Le rapport moral de la Présidence et la table ronde  »résister », qui l’a suivie, ont précisé, avec clarté et réalisme, la posture de l’ACAT dans la période actuelle de gros temps sur la démocratie.

1 – Face à la montée des populismes, à la perte du sens de la fraternité/ solidarité universelle, à l’engourdissement des esprits et à leur déshumanisation, il nous faut considérer sans complaisance notre société, mue par l’argent, la jouissance matérielle égoïste, la désinformation et la peur. La fraternité fondamentale n’a pas résisté au climat délétère, dans lequel  »beaucoup voudraient limiter leur humanité au cercle étroit de leurs proches ».

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14 juillet à Nice : les Français en marche vers l’affrontement ?

Le camion blanc
Le camion blanc

Lendemain de massacre à Nice : deuil et recueillement, compassion, resserrage de rangs, étendard brandi de la Démocratie, travail de réparation des failles de sécurité, analyse des causes du fléau pour mieux élaborer des parades, Liberté, Egalité, Fraterni… STOP !
Peu de tout cela, hélas, en ce mois de juillet délétère. Il est loin le temps de Charlie, où les Français défilaient en famille, drapeaux au vent, la main dans la main,  »même pas peur », applaudissant même des pandores émus jusqu’aux larmes…

Sur la Baie des Anges, Daech marque des points. L’ahurissement collectif est devenu rage et les cris de douleurs se sont teintés de racisme. L’homme de la rue – commentateur attitré des médias – éructe son mépris de la Démocratie, de  »tous les politiciens » et en appelle parfois à l’auto-défense collective. Demain : bonjour la milice ! Après-demain : la torture comme mode d’instruction des affaires terroristes et la peine de mort rétablie, au terme de parodies de procès. On y va. Il faut dire que l’incapacité des édiles à assumer leur responsabilité sécuritaire (qu’on se gardera bien d’ailleurs de mettre en cause) et que la lâcheté à se renvoyer la patate chaude, entre la Ville et l’Etat, ont donné le ton et le mauvais exemple. On est entré dans la polémique pure, hautement partisane et très peu citoyenne. Les morts sont devenus des pions dans un grand jeu de voleurs pré-électoral. Les médias amplifient plus ou moins, selon leur dépendance des réseaux sociaux et leur parti-pris  »vendeur » (Libé :  »des failles, un mensonge »). La police et la gendarmerie sont prises en otage dans ces vilains règlements de compte, comme si c’était l’occasion et le moment !

Avant d’arriver à diviser aussi bien la France et à faire resurgir les plus bas instincts, l’assassin au camion blanc pensait sans doute se gagner une place VIP au paradis d’Allah. Car, faut-il le répéter, le problème principal c’est cette folle aspiration jihadiste à mourir en  »justicier » (dans la mythologie  »cheap » dont on lui a farci la tête), pour remettre à zéro le compteur de ses méfaits et médiocrités passés. C’est bien dans cette chimère imbécile qu’il trouve, en quelque sorte, une invincibilité, puisqu’aucun dispositif policier ne peut prévenir le passage à l’acte suicidaire. A moins que, par sa communication, l’entourage éveille l’attention des services spécialisés. Pour les manipulateurs à distance, la recette du  »martyr, heureux de l’être » fait mouche à tous les coups. Personne, en effet, ne pourra jamais prouver matériellement que ces morts dévoyées ne mènent vers aucune rétribution, quel que soit le système de croyance d’où l’on se place. Les assassins-martyrs sont eux-mêmes trompés, exploités, pervertis. Face à une telle mythologie de bazar, des parallèles se font avec les excès des croisés du Moyen-Age. Eux-aussi avaient des pêchés à se faire pardonner et l’infaillible certitude que, bataillant sous la croix du Christ et sous l’étendard du Pape, la mort les conduirait directement Paradis des Saints. C’était avant que Luther n’affirme que la grâce était donnée à tous et qu’elle n’impliquait aucun  »ticket de passage ». Quel décalage de temporalité dans cette errance commune aux jihadistes et aux croisés !

Le détour par le Moyen-Age illustre comment la modernisation et la rationalisation de la pensée religieuse contribue à faire évoluer les comportements dans le sens de l’humanisme (humanisme que certains propos fascisants vengeurs veulent condamner aux poubelles de l’Histoire, au lendemain du 14 juillet). La réforme a beaucoup emprunté aux progrès de la raison, eux même déterminés par ceux de l’esprit scientifique. On voit bien que les mêmes ingrédients ont imprégnés la pratique raisonnée de l’Islam sous nos tropiques. Il y a une quasi-réforme de la croyance musulmane par osmose avec la culture républicaine. Mais, elle ne peut se revendiquer haut et fort pour ce qu’elle est, tant l’islam caricatural issu de la guerre se montre intransigeant par rapport à tout ce qui s’écarte de ses credo guerriers. De plus, la lecture contextualisée et actuelle des textes saints implique un vrai investissement intellectuel, une capacité à conceptualiser la société actuelle dont les laissés pour compte de la petite délinquance et autres faibles d’esprit ne sont sans doute pas capables. Le fait est que les filles d’Islam, plus courageuses et réalistes, tombent moins souvent dans ce travers. C’est dans des têtes insuffisamment formatées, ignorantes des valeurs et vides de sens de la vie qu’entrent à grand flot les âneries moyenâgeuses colportées par les sites internet de guerre psychologique.

Que faire, dans les 20 à 50 ans qu’il nous faudra pour dépasser le phénomène ? D’abord, ne pas nous mentir à nous-mêmes et recentrer, avec ténacité, l’expression publique sur les valeurs de la démocratie et de l’humanisme. Veiller au grain des droits de l’Homme. Cadrer les jeunes au sein des familles (qui sont l’échelon d’éducation et aussi celui d’alerte, qu’elles le veuillent ou non), de l’école bien sûr, de l’entreprise (la Loi travail va-t-elle y aider ?), du service civique, etc. Mobiliser les imams (ceux qui incarnent l’islam français) et les psychologues, les deux travaillant de façon complémentaire pour démystifier la fausse pensée, simpliste et enfermante du jihadisme. Appliquer le code pénal sans le dénaturer, à la première alerte, et gérer plus intelligemment les incarcérations; Recréer du collectif et du brassage social dans nos quartiers (trouver les incitations pour cela); combattre plus sans concession l’économie de la drogue et proposer une alternative légale aux intéressés; travailler sur les syndromes de déclassement et de discrimination (police de proximité, renforcement des dispositifs sociaux, transports et politique de la Ville); inciter les jeunes à faire carrière en politique (un  »Parti des Banlieues ?); créer des médias – notamment sur internet – qui parlent à ce public; traiter médicalement les cas psychotiques; soumettre aux mêmes remèdes les gens simples qui, au nom de leur identité  »française » et en réaction au jihadisme, tombent dans des travers comparables qu’ils croient opposés.
Excusez cette litanie, tout a été dit en la matière.

Reconduire pour six mois l’état d’urgence, lâcher quelques bombes de plus sur Rakka ou envoyer nos militaires servir de cibles sur la voie publique ? Non merci.

De la transformation des uns par les autres comme solution empirique

Alliance Ours-Chien

Notre petit monde d’empathie et de jouissance se voit défier au combat par la barbarie du « vaste monde ». Nous ne sommes pas adaptés aux circonstances nouvelles et ne savons plus en quoi croire, en qui faire confiance.
Le point 0, pour la génération qui s’efface, ce fut les camps de concentration.
Au sortir de ce point d’horreur absolue du XXème Siècle, les acteurs de l’après-guerre ont aspiré à son exact antithèse : hédonisme et satiété consumériste, amour libertaire et universel, interdiction d’interdire : les bandes de jeunes, la culture ‘’jeune – rock’’, les hippies, mai 1968, la mise au rancart des racismes et des identités, les droits de l’Homme et la démocratie participative, le commerce tous azimuts et la permissivité, une paix bancale assurée par la dissuasion nucléaire et la partition du monde en blocs … la révolution informatique a capté toute ces évolutions, en fusionnant au sein du même cyber espace mondial et du ‘’peer to peer’’ vieilles cultures institutionnelles et nouvelles contre-cultures émergentes. Les communautés créées par les hippies sont devenues virtuelles mais innombrables et bien vivantes sur les réseaux sociaux et les supports cryptés. Lire la suite