* 21 septembre – Le  »Machin » et les machines de guerre

Premier jour de l’automne, moment des discours rituels à New York des dirigeants de la planète devant l’Assemblée générale des Nations Unies. Tout le monde s’en fout ! Et depuis pas mal de temps ! Les grands du monde sont en général polis (pas tous) mais la bienveillance n’est plus de notre époque et la Paix n’est plus à leur programme. Est-ce toujours cette ONU crée à San Francisco, au sortir de le seconde guerre mondiale, dans l’allégresse des peuples fatigués des affrontements ? Répond-t-elle toujours au besoin d’arbitrage des différends par le droit international et au devoir moral de les résoudre pacifiquement ? Papa (ou Grand Papa) y a cru. Le général de Gaulle a, lui, moqué le  »Machin », en bon souverainiste (l’ONU avait été sévère avec la France coloniale) et pour faire un bon mot. On oublie un peu vite que, sans les Nations Unies, la prolifération des armes nucléaires et la course quantitative aux armements militaires auraient atteint le stade de l’holocauste. ous ne serions pas là. Aussi, que jusqu’à des temps récents, le  »machin » new-yorkais est parvenu à prévenir des conflits dès leur phase initiale et à éteindre des guerres parties pour durer toujours. Il a établit des droits sans lesquels toute humanité se serait évanouie de l’espèce humaine. La réalité est que les membres de ce conseil, censé veiller sur la bonne marche du monde, ne méritent pas (ou plus) l’honneur de la fonction qui leur incombe.

Les cinq membres permanents ne représentent plus depuis longtemps la société internationale telle qu’elle fonctionne. Ils s’entendent plus ou moins pour bloquer toute réforme qui légitimerait leur monopole. Aucune crise majeure depuis celle de Syrie, en 2011, n’a pu se dénouer à New York faute de possibilité d’entente entre les  »grands ». La Russie de Poutine allume tous les incendies qu’elle peut dans les arrières cours de ses adversaires stratégiques. Elle pratique une guerre hybride menaçante et débarque en Afrique avec ses mercenaires Wagner. La Chine de XI Jinping se taille un empire sur les mers du Sud et se montre encline à lancer, pour la conquête de Taiwan, un conflit potentiellement mondial. Les Etats Unis de Joe Biden retombent dans l’unilatéralisme de Trump et tentent de refaire leur prestige et leur cohésion interne en affrontant le Dragon chinois. Le Royaume Uni se vend à qui veut bien, pourvu que ce ne soit pas l’Europe. La France se repaît de ses désaccords avec l’oncle Sam, parle fort sur l’avenir de l’Europe sans se faire entendre ni dissiper les soupçons à son endroit. Sa diplomatie de puissance moyenne, à assise économique limitée, est devenue parcellaire : elle n’est plus à l’échelle du monde.

Collectivement, le 15 du Conseil utilisent ce forum pour couvrir ceux de leur camp qui se sont mis en position d’agresseur, pour punir les protagonistes d’en face (qui les sanctionneront à leur tour)… et pour bloquer toute tentative de résolution des conflits. Même la pandémie qui a ravagé tous les pays dans une simultanéité sans précédent, n’a pas vu ces garants de la bonne marche du monde se réunir, encore moins décider une trêve des combats. C’est ainsi qu’on a abandonné aux armes de leurs assaillants des populations déjà victimes du virus. Pire, encore, de nouveaux conflits ont éclaté. Citons seulement l’Arménie/Azerbaïdjan, les zones kurdes de Syrie, la Libye envahie de l’extérieur, l’Ethiopie, le grignotage du Donbass qui a repris en Ukraine et les opérations au Sahel qui se sont étendues à de nouveaux pays, en se rapprochant du littoral du Golfe de Guinée, La note à payer (par les populations) pour toutes ces défaillances du système multilatéral est simplement effroyable.

On a aujourd’hui l’impression que le seul et dernier membre du Conseil de Sécurité serait … le secrétaire général de l’Organisation. Profond et pathétique, le plaidoyer d’Antonio Gutterres pour un retour au mode multilatéral, pour la préservation de la paix et de la stabilité, mais aussi pour soigner la détresse humanitaire de centaines de millions de gens, n’est guère repris dans les médias : ce ne serait rien d’autre que le blabla bien pensant habituel. Au Conseil, se succèdent les empoignades et les coalitions agressives. A l’idéal humaniste et pacifique des pères fondateurs de 1945 fait suite une machinerie à régler des comptes, parfois même à légitimer des machines de guerre. Ce blog tient des exemples précis à votre disposition. Mais, encore une fois, qui se soucie de ce que des Etats-vampires aient vider l’Organisation des Nations Unies de son sang ? Avons nous vu des foules à Paris, Pékin, Moscou ou New York manifester pour la Paix ? Avons nous vu des partis politiques inscrire le mot  »Pax » dans leurs priorités programmatiques ? N’entendons-nous pas d’innombrables voix bien intentionnées appeler à des jours nouveaux, climatiques, écologiques, éducatifs, sanitaires, de justice sociale, de développement, etc., sans trop réaliser que, sans la paix – et la stabilité corollaire -, rien de tout cela ne pourra se faire, même pour quelques » happy few ».

* 14 septembre – Jihad endemique et socialités contagieuses

L’expansion jihadiste procède, on l’a vu, des erreurs stratégiques et des canaux dangereux suivis par la réplique occidentale autant que du délire nihiliste d’une minorité de musulmans ultra-politisés, sorte d’ ‘’Action directe’’ à la sauce islamiste. Sans l’arrogance cynique des néo-conservateurs américains – les Dick Cheney, Donald Rumsfeldt, Paul Wolfowitz et autre John Bolton, etc. et la vacuité stratégique de George W. Bush – l’Occident aurait conservé son âme et l’image de l’agressé, pour un temps tout au moins. Malheureusement, ces dirigeants dogmatiques ont voulu Abou Ghraib, Guantanamo, les charters de la CIA, la plus terrible machine à torturer sans doute produite en terre ‘’chrétienne’’, depuis l’ère nazie. Les mêmes ont personnellement bénéficié de la privatisation de la guerre qu’ils prônaient. Sur le terrain, les Halliburton et autres Blackwater ont présidé à de nombreux massacres (en comparaison des troupes régulières). Le recours massif à des exécutions par drones tactiques, leur trop grande tolérance pour les ‘’victimes collatérales’’ (beaucoup  de familles innocentes, des assemblées de mariages…) ont  privé leurs opérations militaires de leur justification morale. La moralité s’est d’ailleurs perdue dans les deux camps.  

Ainsi, le concepteur des attentats du  11 septembre croupit encore dans une cellule de Guantanamo, en attente d’un jugement, rendu impossible par la pratique intensive de la torture à son encontre. Ni le Pakistan ni aucun autre Etat n’accepterait de reprendre chez lui Khalid Cheikh Mohammed et ses 19 complices. Leur procès tournerait inévitablement à l’incrimination de leurs geôliers – et tortionnaires – américains et de la justice américaine, elle-même. C’est l’administration Bush qui a perverti la justice américaine. Elle ne rendra pas de compte à l’Histoire. Que reste-t-il pour dire le droit face aux terroristes ?

De 2006 à 2011, la phase de ‘’contre-insurrection’’ a tenté de stabiliser le chaos produit par la riposte américaine trop extensive et non-préparée dans son volet civil (cf. la précédente brève). Al-Qaida, à l’origine plutôt hors-sol, reprend alors racine en menant des soulèvements populaires contre l’occupant, en Irak et en Afghanistan. Les pasdarans iraniens en Irak et les milices ou groupes combattants sunnites à travers toute la région se montrent habiles à s’attirer les sympathies des populations, en tablant sur leur fureur anti-occidentale. En particulier, la révolte de l’ancienne nomenklatura sunnite d’Irak accouche d’une nouvelle obédience jihadiste, plus ‘’territoriale’’ et pas moins panislamiste que la précédente, donnant naissance à Daech (Etat islamique) à Mossoul, en juin 2014. Ce califat profite de l’implosion de la Syrie et d’une sorte de complicité de Bachar (qui ouvre ses prisons et laisse passer les armes) pour se tailler un territoire à cheval sur les frontières d’Irak et de Syrie .

Avec les images de Guantánamo et des scènes d’exécutions capitales d’ ‘’impies’’, la nouvelle  nébuleuse s’adapte à l’âge numérique des médias et cible particulièrement la jeunesse révoltée (un état normal, pour la jeunesse) avec une approche calibrée, digne des meilleurs ‘’influenceurs’’ d’internet. Les mosquées européennes fournissent le ‘’présentiel’’ et le va -et-vient des propagandistes (ou artificiers) complète l’impressionnant dispositif de mobilisation jihadiste. L’exécution de Ben Laden au Pakistan, en 2011, alimente la fièvre de revanche. La mouvance se montre cependant plus prudente à attaquer directement le territoire américain – mais n’hésite pas à le faire dans le reste du monde comme sur le terrain militaire. Franchissant un pas de plus dans l’horreur, elle innove dans son mode opératoire en confiant à des enfants d’immigrés musulmans et à des convertis étrangers la mission d’accomplir des attentats contre la coalition ou sur le sol de l’Europe. Cette tactique est assurée de soulever dans les pays – visés ‘’de l’intérieur’’ – une forte hostilité à l’Islam local et une cassure intérieure des sociétés démocratiques. La blessure s’avère moins guérissable qu’une défaite militaire. A travers le monde, elle dresse les unes contre les autres les cultures occidentales et orientales et fait perdre tout contrôle sur la stabilité du monde.

 Le ‘’ califat voyou’’ ne sera réduit qu’au bout de cinq ans par les bombardements de la coalition internationale, les milliards d’euros investis dans les opérations des militaires kurdes et irakiens. Au passage, l’Occident se retrouve toujours plus en posture d’envahisseur, puisque  les attentats qui le visent apparaissent à l’opinion arabe comme une juste vengeance plutôt qu’un motif légitime d’autodéfense. La longue agonie de Daech sera émaillée d’attaques vengeresses, qui ensanglantent l’Europe comme le monde arabe (mais moins les Etats Unis). La chute des places fortes de Mossoul et Rakka, en 2017, puis du réduit de Baghouz, en mars 2019 et, finalement, la suppression du calife Abou Bakr Al-Baghdadi, par un commando américain, en octobre de la même année, annihilent  les infrastructures matérielles du califat sans vraiment éliminer ses combattants ni, a fortiori, atténuer son emprise sur les jeunes esprits. Le mal n’est plus géopolitique : il est devenu sociétal.

La donne militaire a changé après l’effondrement de Daech et le déclin d’Al Qaida, mais l’idéologie de la nouvelle génération jihadiste est identique à celle de ses anciens et elle a contaminé l’islamisme, un phénomène distinct, à l’origine. Le jihad, désormais servi par une stratégie de manipulation à distance, est l’affaire de fomenteurs de haine, omniprésents sur la Toile. Les loups qui exécutent les tâches ne sont qu’à moitié ‘’solitaires’,’  puisque  préalablement endoctrinés en distanciel  puis, en présentiel, par la fréquentation de certaines mosquées ou associations radicales. Mais ils ne reçoivent plus – directement –  des ordres d’attaque sur des cibles précises, contrairement à l’usage des organisations précédentes. La méthode a endeuillé la France à l’automne 2020, avec l’assassinat de Samuel Paty, à l’occasion du procès des attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes.

 Le risque sécuritaire reste élevé, alors qu’on entame le procès des assassins du 13 novembre 2015. Ce ‘’djihadisme d’atmosphère’’ a juste besoin d’être alimenté en ’’faits glorieux ‘’ qui attirent les adeptes et  galvanisent les exécutants. Une telle matrice est particulièrement  complexe à démonter pour les services spécialisés. En France, ils  y parviennent néanmoins dans une dizaine de cas par an. La reprise de Kaboul par les talibans, le 15 août 2021, représente, pour la mouvance, une grande victoire, moins d’un mois avant la 2O ème commémoration du 11 septembre 2001 et tandis que s’ouvre à Paris le long procès précité des attentats de novembre 2015.

Le retour des talibans à Kaboul intervient au terme de deux décennies d’histoire intense du djihadisme international. L’islamisme est-il désormais étroitement associé au jihadisme voire au terrorisme tout court ? Aujourd’hui, le jihadisme s’est hélas fortement étoffé : il  rassemblerait deux à trois fois plus de combattants qu’en 2001. Dans cette vaste  nébuleuse, un flou couvre la proportion de ceux qui rejettent  l’Occident chez eux (localement terroristes, mais pas des agresseurs face à l’Occident) et de ceux qui s’en prennent à la terre entière, au nom d’une sorte de messianisme sanguinaire, en fait névrotique. Al-Qaida n’a pas gagné mais paraît à même de ressurgir un peu n’importe où, notamment en Afrique, en profitant de désordres locaux et de la mauvaise gouvernance. La France s’est placée aux premières loges.

On semble revenu à la case départ, qui sanctionnerait l’inanité de la stratégie de l’Amérique et le suivisme imbécile des Européens. Les Etats-Unis et à leurs alliés n’ont pas réussi à éradiquer le djihadisme, seulement l’Etat que celui-ci avait constitué. On est passé, de 2001 à aujourd’hui, d’une volonté d’éradication globale du mal à une stratégie d’endiguement de la menace, pondérées de concessions faites aux talibans, alliés des jihadistes et d’hésitations sur la méthode. On  arrive à nouveau à un carrefour stratégique entre la poursuite de la voie militaire, malgré ses échecs répétés, ou la reprise de la lutte contre le terrorisme, par d’autres moyens ‘’civils’’, sociaux et, éducatifs : le renseignement, les opérations secrètes, la coopération des polices, la diplomatie, les politique de développement, etc. Les Européens découvrent, à leur tour, que les ‘’socialités’’ (interactions directes entre sociétés) générées entre nations et strates sociales ne pèsent pas moins lourd que l’exportation d’un activisme militaire ou diplomatique désordonné.

Le monde a fortement changé depuis la guerre d’Afghanistan. La fin du contre-terrorisme comme priorité extérieure des Etats Unis, signifiée par  à leur retrait de Kaboul, laisse planer au-dessus l’Europe et de son voisinage africain une ombre, un vide assez sinistre. Comment classer les groupes djihadistes au Sahel : menace mondiale, guérillas régionales, terrorisme interne, dérive des comportements sous une mauvaise gouvernance ?  Ce n’est manifestement pas par la seule force du glaive qu’on règlera les problèmes sans en créer d’autres. La lutte antiterroriste devra rester plus vigilante en Europe qu’aux Etats Unis, ce qui pose encore et toujours la question lancinante de l’autonomie stratégique.

* 10 septembre – Maroc : l’éviction des islamistes en douceur

Au milieu du tourbillon islamiste qui agite le monde arabo-musulman, le Royaume du Maroc se distingue des autres Etats par sa gestion singulière du phénomène:  il fidélise ses intégristes (modérés) à la monarchie, les introduit dans la vie publique, les laisse accéder à la tête du gouvernement (tout en les contrôlant de bout en bout) et, une fois sûr de leur inefficacité gestionnaire, il soumet ces notables bien usés au suffrage universel. Avec le résultat qu’on devine.

De fait, les quelque 18 millions d’électeurs marocains appelés à voter le 8 septembre pour renouveler les sièges de leurs 395 députés ont, en quelque sorte, ‘’répondu à l’appel’’. Bien qu’associé aux affaires dès 2007 et placé à la tête du gouvernement de Rabat depuis 2011 (deux mandatures), le Parti de la justice et du développement (PJD) s’est littéralement effondré. Sa déroute le voit chuter de 125 sièges de représentants dans l’Assemblée sortante à seulement 12, en cela un peu aidée par un changement de comptabilisation des sièges par suffrages (retenant les inscrits plutôt que les votants). Cela profite, sans surprise, aux partis tous dévoués au Palais royal. Mais il n‘empêche que cette déroute est signée de façon légitime, par le peuple électeur et non pas par un coup de force comme vu en Tunisie.

Sans les réprimer (sauf ceux qui s’attaquent à sa personne), le Souverain marocain a su patiemment mettre en scène ses sujets islamistes et les exposer publiquement à des responsabilités (non-régaliennes) ainsi qu’à un certain confort. Etre intégriste au Royaume du Commandeur des croyants est sans doute plus compliqué que de combattre l’autoritarisme d’un président à Tunis. La perte d’autorité des islamistes marocains modérés suit une longue litanie d’hésitations et de passivité dans les affaires économiques et sociales, auxquelles les exégètes du Coran préfèrent de loin les questions concernant la moralité publique et la piété. Fin 2007, j’avais moi-même été honoré, dans leurs journaux, d’une campagne de presse courroucée, trois mois durant, après avoir associé les vignerons et résidents français de Meknès à une fête de la Vigne célébrant la principale activité économique de cette ville berbère, une activité qui prospérait et créait de l’emploi plus que toute autre (de fait, il faut des raisins secs pour faire un bon tajine).

Leur manque de discernement dans la gestion a paru difficilement excusable, lorsque le pays s’est enfoncé dans une crise économique (une récession de – 7%, l’an dernier) et sociale inextricable, en conséquence de la crise sanitaire et de l’effondrement du tourisme (- 65 %).  Leur lecture rigoriste de la politique, censée inscrite dans le Coran, n‘a pas résisté aux réalités. L’exposition médiatique de ces personnages archaïques mais parfois sympathiques, jointe à leur absence de contrôle et d’intérêt sur la pitance quotidienne des Marocains, ont cassé net une ascension qui paraissait irrésistible, à l’époque du « Mouvement du 20 février » – version marocaine du Printemps arabe de 2011. Ils réclamaient alors la fin de la corruption et du despotisme avec un fort écho populaire.

Le pouvoir réel s’exercera, comme toujours, dans les arcanes du Palais, dont les habitués ressemblent fort aux habiles (?) énarques français, avec un peu plus d’implication dans les affaires (au sens de ‘’business’’, s’entend). La classe politique parachève la vitrine du système de pouvoir, dans un cadre d’ensemble relativement démocratique où elle peut s’exprimer et maugréer à sa guise, sauf sur les deux tabous que constituent les attaques contre la monarchie/Commandeur des croyants ou contre la marocanité du Sahara occidental. La presse reste plurielle mais très surveillée.

Il faut reconnaître que la Monarchie se débrouille plutôt bien sur le front religieux et en matière de cohésion autour du Roi. Cela ne résout pas, au fond, les problèmes sociétaux et de développement du Royaume, mais cela crée une habilité à éviter les écueils, meilleure que dans les pays voisins. En France aussi, la monarchie est à la manœuvre. Ah oui,… pardon, je me trompe de sujet…

* 8 septembre – Dérèglement climatique, des problèmes multiples et imbriqués

Va-t-on tenir la COP26 de Glasgow en novembre, alors que la planète est dans les tourments du Covid, surtout le Sud ? On a vu les fortes hypothèques que le virus a fait peser sur les jeux olympiques et para-olympiques au Japon et on est en droit de se demander s’il ne faudrait pas mettre l’ensemble du système multilatéral sur zoom ou autre mode de visioconférence. Au beau milieu d’images d’inondations et d’incendies géants, les experts de l’ONU ont actualisé le 9 août leurs perspectives climatiques, très sombres. Sept ans après leur dernier rapport et au cœur des vacances d’été, le GIEC se fait plus alarmant et précis que jamais sur l’état du dérèglement climatique et ses causes. Le processus de réchauffement court plus vite (d’au moins une décennie) qu’on l’avait calculé ; Les progrès des politiques de prévention ont été contrés par la relance économique ; Il faut s’attendre avant la fin du siècle à 3, 5 ° de plus qu’au début du 20e (déjà 1,4° avéré) et, à ce rythme, une bonne partie de la planète ne sera plus viable pour l’Homme. Arrêtez le ban : sueur d’angoisse !

Il serait suicidaire de négliger ce rapport. Cela crève les yeux, l’urgence climatique doit mobiliser de façon prioritaire l’énergie et les ressources des gouvernements comme des populations du monde. Surtout, cela doit se faire partout à travers le Globe, vraiment partout ! La résorption de la pandémie constitue une sorte de test-amont de nos capacités d’acteurs à nous organiser collectivement, autour d’une quête de salut collectif. Elle exige un changement radical de nos comportements à court-moyen terme (et au-delà ?). La prévention et l’adaptation aux catastrophes climatiques, fonctionne de la même façon que le combat contre le virus COVID, mais du court au plus long terme. Il serait absurde n’en voir qu’une des deux.

Mais il y a aussi un vrai danger de ‘’fausse route’’, à perdre, dans une sorte de simplification affolée, toute notion des problématiques connexes qui constituent des obstacles préalables : la perte de la Paix et de la stabilité (les guerres font barrage à toute action régulatrice), les populismes, chauvinismes et démocratures (incluant la xénophobie et aussi une partie des réseaux sociaux qui visent à nous rendre, en grand nombre, aveugles aux réalités) ; la préférence des marchés pour l’hyper-consumérisme et le ‘’toujours plus’’ ; les tensions induites par l’exacerbation des inégalités sociales (elles sont des germes de conflit), l’échec des politiques de développement (même cause et mêmes effets), l’illettrisme et les faiblesses des systèmes éducatifs (sans citoyens formés, aucune mobilisation effective). Mieux qu’un plan, il faudrait un monde bien préparé et ouvert pour combattre efficacement les plus grosses calamités : si l’on réglait 80 % de ces questions  »connexes », il deviendrait possible d’avancer sur le terrain du climat comme sur celui de l’immunité planétaire. A 20% de succès seulement, la cause serait perdue et notre attention se disperserait vite vers toutes sortes de fantasmes, de peurs et de haines… jusqu’à ce que 80% d’entre nous tombent finalement dans une forme de psychose (elle progresse déjà) ou de guerre.

Un deuxième volet du rapport du GIEC, concernant cette fois les impacts du dérèglement et l’adaptation, est prévu pour février 2022. Il montrera plus en détail comment la vie sur Terre risque d’être inéluctablement transformée d’ici trente ans. Il faut garder le moral, c’est la seule façon d’être efficace. Charles Trenet chantait ‘’y’a d’la joie !’’

*26 juillet – Faisons tout pour être espionné

Il y a l’espionnage à sensation et la petite routine moucharde des entreprises et des réseaux. Seule, la première fait le buzz… et encore ! Amnesty International, l’ONG de défense des droits humains, partie au consortium de médias sur le logiciel espion Pegasus, appelle à un renforcement des règles et des contrôles de la cyber-criminalité et, dans l’immédiat, à l’instauration d’un moratoire sur la vente et l’utilisation des technologies de surveillance. Il en va de la survie de la démocratie et de nos libertés fondamentales. La société israélienne NSO, qui a conçu le logiciel, ‘’est une entreprise parmi d’autres. Il s’agit d’un secteur dangereux qui opère depuis trop longtemps à la limite de la légalité » (litote), déplore l’ONG. Le consortium Forbidden Stories et Amnesty se sont procuré une liste de 50 000 numéros de téléphone, ciblés par les clients de NSO depuis 2016 en vue d’une possible surveillances. Introduit dans un smartphone, le logiciel Pegasus récupère nos messages, photos, contacts, nous géolocalise, décrypte nos messages chiffrés et active à distance micros et caméra : 180 journalistes, 600 personnalités politiques (dont treize chefs d’Etat ou de gouvernement) , 85 militants des droits humains de même que 65 chefs d’entreprise ont été ciblés au Maroc, en Arabie saoudite, aux Emirats, au Mexique, en Hongrie et même au plus haut niveau de l’Etat et du gouvernement, en France…ceci, à l’initiative de gouvernements courtisés par celui d’Israël…


L’avertissement est grave et solennel. Mais il y a d’autres mouchaards, peu connus mais du même tabac. Allez donc voir les sites Amnesty Report, Refugee International, Euro News ou encore CNN 24-7. Une seule visite sur leur page d’accueil provoque l’installation du virus Candiru sur votre système d’exploitation. Si vous vous voyez plutôt Big Brother, achetez- plutôt cette appli sur internet, à une autre entreprise israélienne. Vous ne serez pas déçu : il possède toutes les fonctionnalités de Pegasus et il vous permettra de terroriser la planète et d’abattre quelques démocraties … si vraiment tel est votre plus grand désir (et votre inquiétante psychose). Il y a toute une forêt de la cybersurveillance derrière l’arbre Pegasus , des milliers d’outils qui permettent d’espionner tout ce qui passe dans un téléphone portable ». En plus, l’usage en est simplissime (mais pas donné). Ces espions, à la pointe de la technique, utilisent des vulnérabilités technologiques des smartphones iPhone et Android – encore inconnues des fabricants. Les enteprises du secteur achètent à des hackers les failles mises à jour sur un ‘’marché des vulérabilités informatiques’’, pour le moins louche. Le crime organisé y croise les entrepreneurs les plus cyniques, par l’entremise de pirates sans scrupule et de gouvernements policiers. Ainsi, tout le monde se réunit sous l’étendard de l’argent sale et des coups louches.


Mais à bien y penser et au niveau du quotidien, nos multiples cartes de fidélité dans les magasins, les coockies qu’on nous impose sur internet, les fonctionnalités discrètes de nos cartes bancaires, la caméra-globe fixée sur le lampadaire de rue, le GPS de notre téléphone ou de notre véhicule, les formulaires de satisfaction, les publicités invasives, nos multiples passages dans les réseaux sociaux (et je ne citerai pas l’innocent ‘’Linky’’) font le même travail, à notre petite échelle de citoyen-consommateur lambda. Ils espionnent = individuellement = des milliards de braves gens. Sommes-nous des pommes ? On devrait exiger d’être informés de tout ce ‘’big data’’ extrait de nos vies. Si on ne le fait pas, c’est parce que l’on ne sait pas faire face au ‘’big business’’. On sent bien que le ‘’système’’ vit d’argent, de marketing et de domination numérique et qu’ilse fiche bien de nous, ses produits. Il est plus fort que nous. En tout cas, à court terme.

* 20 juillet – L’hydre aux cent têtes bouge encore

Par rapport à ce qu’elle était lors des attentats de 2012-2015, la coopération entre services de renseignement des Etats-membres de l’UE s’est considérablement améliorée. Pour autant, en Europe, le bilan des activités des mouvements terroristes non-étatiques (des Etats, peuvent s’y adonner aussi) reste mitigé.

Depuis le démantèlement (incomplet) du ‘’califat’’ de Daech en 2018, l’on constate chaque année un net recul du nombre d’attentats et de morts : 16 000 victimes mortelles cette année-là, traduisant une baisse de 15 % par rapport à 2017 et de 52 % par rapport à 2014, date de la fondation de la centrale jihadiste. Il s’agit de l’année la plus meurtrière du siècle. Mais Daech et Al Qaïda, dont les ressorts de pensée et d’action empruntent beaucoup aux formes barbares du nazisme, ne sont pas l’unique source de l’action terroriste (un mode de combat asymétrique, pas une idéologie). La mouvance néo-nazie participe aussi à ce ‘’modèle’’, avec une grande variété de dogmes et de modes d’action. Propulsée par l’anonymat d’Internet et la théorie du grand remplacement, elle organise, comme le Jihad, la destruction à l’aveuglette des personnes et des institutions, à partir de la ‘’toile’’ du web. Certains pays européens comme l’Allemagne s’en inquiètent et estiment cet activisme assassin pas moins menaçant, voire plus (il trouve des relais populaires plus larges) que le djihadisme.


L’Europe a réduit sa vulnérabilité aux offensives, comme résultat de l’action militaire de la coalition internationale. Cela n’a pas apaisé le bouillonnement des esprits, ni réduit les vocations au jihad anti-occidental. Mais, même sur ses gardes, le Vieux continent campe dans l’attentisme, sans vision précise de l’évolution de la menace à court et moyen terme. La coopération entre les services de renseignement s’est, fortement développée à la suite de l’attentat contre Charlie Hebdo. Depuis lors, un groupe antiterroriste européen doublé d’un coordinateur bruxellois (actuellement, Gilles de Kerchove) anime une bourse d’échanges entre services de renseignement. Un mécanisme de coopération entre juridictions nationales fonctionne en parallèle, avec la ressource du mandat d’arrêt européen comme principal outil de sa palette. Cependant, la compétence collective de l’UE elle-même n’est pas juridiquement établie, même si la Cour de justice de Luxembourg (CJUE) s’est prononcée contre la rétention des données dans l’anti-terrorisme, de la part des entreprises notamment. A ce jour, il n’existe pas de projet d’une CIA européenne et il n‘est pas sûr que ce soit d’ailleurs nécessaire.


Au Moyen-Orient, en Afrique, en Asie du Sud et du Sud-Est, le jihadisme n’a pas du tout disparu. Ses combattants demeurent actifs en Syrie et en Irak, dispersés dans la nature ou capturés par les autodéfenses kurdes (des alliés que nous avons abandonnés à leur sort, mais que nous exploitons toujours comme garde-chiourmes). En Iran, des milliers de Bangladais s’emploient à rejoindre l’Europe, via la Turquie. A Idlib, en Syrie, d’anciens combattants de Daech, piégés par l’offensive de Bachar, cherchent à faire de même. Actuellement, l’organisation terroriste ne semble plus à même de projeter directement ses commandos sur le théâtre européen. Elle n’en dispose pas moins d’une vaste réserve d’éléments ‘’dormants’’ dispersés et le plus souvent auto-affiliés. Une myriade de nouveaux groupes combattants franchisés s’est constituée au Sahel, dans la corne de l’Afrique puis en Afrique de l’Ouest et enfin de l’Est, au Mozambique, etc. L’apparition sur le Continent noir d’un nouveau califat revêt donc une certaine probabilité. Ce serait une catastrophe géostratégique, vu de Paris. Cela ouvrirait la perspective inquiétante d’un tremplin d’offensive vers l’Europe, alors même que les têtes de pont sont déjà en place.

Encore faut-il préciser l’étendue de cette menace : l’objectif est une perturbation durable et criminelle de l’ordre public, doublée d’une campagne d’agitation des esprits pour susciter une forme de guerre civile. En réaction et comme par anticipation, se produit une régression, pas à pas, des libertés fondamentales et de la démocratie, dans les pays-ciblés. Naïvement accrochés à l’idéologie du ‘’tout sécuritaire’’, ceux-ci amorcent d’eux-mêmes la dérive que les terroristes tentent d’imposer à leurs sociétés. Car ce sont bien elles, pas les Etats, qui sont ciblées. Il ne s’agit aucunement pour l’Ennemi d’opérer une prise de pouvoir par une minorité politico-religieuse, encore moins de parvenir à l’effondrement militaire de nos vieilles nations chrétiennes, comme certains les fantasment. Simplement de nous neutraliser par la haine et de nous avilir, par vengeance. Une stratégie assez infantile, au fond.

Comme pour le virus du Covid 19, on peut, certes, ‘’vivre avec’’ cette nuisance, mais, reconnaissons-le, de plus en plus mal… sauf à repenser complètement la chose.

* 16 juillet – Liban, un Etat totalement failli

« Il est évident que nous ne serons pas capables de nous entendre avec Son Excellence le président, c’est pourquoi je me retire de la formation d’un gouvernement. » Saad Hariri, l’ex-premier ministre congédié par la population et formateur désigné d’un gouvernement impossible, vient de jeter l’éponge. Depuis neuf mois, le Pays du Cèdre sombre sur tous les plans, sans gouvernement établi à sa tête. Le clash a été bref mais dur entre le général chrétien (pro-Hezbollah), Michel Aoun, Chef de l’Etat retranché dans une vision communautariste des institutions, et le politicien affairiste, rompu à tous les marchandages. Hariri reproche au vieux général d’avoir tenté d’intégrer des fidèles à sa personne pour constituer une minorité de blocage au sein de l’équipe ministérielle qui lui était présentée. Aoun dément et ne propose rien. La classe politique et ses traditions de répartition clanique du pouvoir ont failli depuis belle lurette et la population, très durement éprouvée, ne fait plus confiance à personne. Elle manifeste son hostilité et son désemparement mais agit peu, politiquement. Le plus stupéfiant est, en effet, que cette situation de blocage perdure depuis si longtemps sans qu’une alternative de rupture radicale n’ait fini par émerger, au sein ou en dehors de l’arène politique.


En août 2020, on s’en souvient, une gigantesque déflagration sur le port de Beyrouth, provoquée par le stockage imprudent de centaines des tonnes de nitrate d’ammonium, avait tué 200 personnes et fait plus de 6 500 blessés. Des quartiers entiers avaient été détruits par cette explosion, la plus puissante que le monde ait enregistrée hors du domaine nucléaire. L’enquête sur les responsabilités (assez évidentes) n’a pas été menée à son terme, pour ne pas mettre en cause les mafias régnantes. Le gouvernement d’alors s’est courageusement caché et a disparu. En octobre, Adib puis Hariri ont été chargés de le remplacer, toujours (implicitement) en tenant compte de la ‘’formule magique’’ de partage confessionnel du pouvoir. E. Macron et, à vrai dire, un peu tout le monde s’est avisé de stigmatiser les politiciens libanais en les rappelant à leur devoir de gouverner, alors que le Liban sombrait dans les tréfonds : écroulement de l’économie et de la monnaie, ruine des Libanais, grave crise humanitaire et sanitaire, effondrement des services publics, début d’anarchie, etc. La banque centrale et toutes les baronnies n’en poursuivent pas moins la mise en coupe réglée des dernières ressources du Pays. La faillite est aussi criminelle.


Ne va-t-il bientôt rester du Liban qu’un repère de mendiants et de bandits, où tous les prédateurs du monde pourront faire leur nid ? Nombre de descendants des Phéniciens le redoutent. Faute d’une initiative citoyenne proprement ‘’révolutionnaire’’, le sauvetage semble ne pouvoir venir que de l’extérieur, mais pour qu’il ne prenne pas la forme d’un dépeçage en règle, il conviendrait qu’une opération de reconstruction de l’Etat se fasse sous l’autorité et avec les moyens des Nations Unies. Ne rêvons pas, l’époque est aux replis nationalistes, plus aux solutions multilatérales !

* 14 juillet – Haïti, feuilleton triste éternel

Une semaine après l’assassinat sauvage du président d’Haïti, Jovenel Moïse, et alors que l’anarchie paraît guetter l’île, la police haïtienne est sur la piste d’un coupable, bénéficiaire potentiel de cette invraisemblable exécution. Le commando de tueurs aurait été recruté par une entreprise de ‘’service’’ vénézuélienne aux Etats Unis. Le directeur de la police nationale haïtienne, Léon Charles, vient d’annoncer l’arrestation d’un personnage passablement trouble : aventurier, affairiste ruiné, politicien sans partisan, faux médecin et prétendu pasteur. Il n’y aurait-il que dans le Pays du Vaudou que l’on puisse tenter un coup d’état sur cette base pour, qui plus est, échouer lamentablement, au prix d’une dérive assassine ?


L’individu, un dénommé Christian E. Sanon, établi à Tampa en Floride, était de retour au pays pour prendre le pouvoir. Sans exclure totalement qu’une organisation plus puissante puisse se cacher derrière lui, on ne connait pas, pour l’heure, d’autre commanditaire dans cette opération invraisemblable, réminiscente de celles pratiquées par Bob Denard dans l’Océan Indien. Pourtant, le siècle a changé, mais pas vraiment Haïti, enlisée depuis des décennies dans les ornières de la misère, du banditisme généralisé, de la corruption et d’une pratique théâtrale, trouble et violente de la politique partisane. Les ONG y opèrent à leurs risques et périls, pour épauler des administrations durablement incompétentes. Le développement y est en panne et l’écosystème se dégrade, faute de capacité à utiliser les aides extérieures et à les concrétiser en projets. L’état de droit est en carton-pâte. L’économie n’a jamais vraiment décollé et le mantra du capitalisme privé éloigne la grande masse de tout accès aux soins et à l’éducation. Les plus riches ou plus éduqués émigrent. Face à un Etat failli, tous les fantasmes peuvent s’exprimer et tout paraît possible… même, pour un inconnu assez terne, de se faire couronner Roi, d’incarner un Ubu local.

Christian Emmanuel Sanon s’est présenté sur son compte Twitter comme docteur, pasteur (de quelle église ?) et homme d’affaires. Il porterait “un leadership pour Haïti, à travers une vie d’action positive et d’intégrité absolue”. Il aurait monté une opération d’aide humanitaire lors du tremblement de terre de 2010, qui fit 300.000 morts. Comme tout un chacun, ce charlatan de 63 ans fustige la corruption des élites, l’emprise de la communauté internationale sur le pays et il affirme sa volonté d’incarner ‘’l’alternative politique dont le peuple a besoin’’. 70 % de la population a moins de 30 ans d’âge et est supposé attendre un sauveur, qui créerait de l’emploi. Il n’aura produit au bout du compte qu’un très mauvais polar criminel autour de l’assassinat du président Jovenel Moïse, assurant ne pas avoir voulu son exécution en plein sommeil mais seulement ‘’prendre sa place’’. Affligeant.


Moïse était loin d’être un modèle de probité et de démocratie. Son impopularité était grande. Sa garde présidentielle ne l’a pas protégé, ce qui pose aussi des questions sur les complicités dont bénéficiaient les assassins. Le premier ministre en place déclare l’état de siège et demande l’intervention des troupes américaines (que Joe Biden n’enverra pas, pour éviter d’enliser l’Amérique dans ce marigot). Un successeur avait été nommé par l’ex-président quelques heures avant sa fin tragique. Port au Prince est livré aux gangs. Au final, faute d’avoir su donner naissance à une réelle force citoyenne, l’île se livrera à un autre politicien sans scrupule, probablement avant la fin de cette année. L’anti-modèle de ce que mériterait la plus ancienne république des Amériques (1804).

* 12 juillet – Mon aveu sur les inter-socialités

L’Ours Géo sollicite une mise au point sur la méthode. Il paraît qu’à lire les brèves, on adhérerait inconsciemment à la conception westphalienne du monde (celle du Traité européen de 1649) : des territoires nationaux bordés de frontières; des princes dotés de têtes politiques, qui règnent et décident de tout; des peuples qui expriment leur nationalisme en mourant à la guerre pour leur prince ou –option alternative – en lui coupant le cou… pour aussitôt le remplacer par un autre tout pareil. Si vous avez l’impression que la guerre d’Afghanistan, la lutte contre le dérèglement climatique, les révoltes de bonnets ou de gilets de couleurs ou encore l’assommoir des réseaux sociaux répondent à ce schéma classique, ou, pire encore, que tous ces phénomènes n’ont aucune incidence sur l’humanité globale, alors l’Ours géopolitique s’est planté (d’ailleurs, normal, s’agissant d’un plantigrade).


De fait, nos ancêtres gallo-romains ne s’embarrassaient pas de ces attributs géopolitiques. Leur descendance médiévale, non plus, qui a vécu localement le féodalisme, pour ne sortir de ses fiefs qu’à l’appel de l’Eglise et aller s’éclater aux croisades. Les grandes découvertes de la Renaissance pouvaient, certes, être subventionnées par telle ou telle couronne, mais, une fois parvenus aux Amériques ou aux Indes, marchands et guerriers agissaient à leur guise. Voyez aussi la compagnie des Indes de Colbert reprise et gérée par les marchands-corsaires de Saint Malo. Depuis la Révolution française et Valmy, les gens ont fait irruption dans la  »grande image » et les Etats doivent s’y adapter ou ils sont défaits (le cas des dictatures modernes).

Depuis 1945, les principes du bien-être social, de l’égalité des chances, du droit humanitaire dans les conflits, de la protection du travail, celui des droits humains sont consacrés par des lois et des principes universels (la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948). Les princes d’aujourd’hui ne l’ont pas fait, les tout-puissants marchés, qui nous gouvernent, non plus. Ils doivent ‘’faire avec’’, mais s’emploient à grapiller ce viatique arraché par les peuples et à maintenir ici et là l’ordre et la stabilité. Surtout, lorsque lesdits peuples s’agitent en spasmes planétaires, rythmés (entre autres) par les réseaux d’internet. On reconnait là l’état pré-Covid de la société mondiale. Cette tendance n’est pas éteinte.

– Bertrand Badie, un politologue influent, qui enseigne à Sciences Po, pense le vaste monde en termes d’inter-socialités. Le terme décrit la vie internationale des sociétés humaines, quand on a mis de côté le rôle des Princes, des Etats, des frontières et des Nations. Il catégorise les sociétés humaines en fonction de deux propensions fondamentales à l’international : d’un côté, celles qui voient ‘’le monde source d’opportunités et de conquêtes’’, de l’autre, celles dont ‘‘la préférence va à leurs particularismes’’. Il en extrapole six modes d’inter-socialités.

Parmi les sociétés positivement impliquées dans l’international, il range les sociétés ‘’messianiques’’ (Christianisme médiéval des croisades, Islam du jihad, néo-conservateurs américains et une majorité d’églises évangéliques, l’écologie universelle) (1) ; les sociétés conquérantes pragmatiques (adeptes de la colonisation ‘’spontanée’’, les pilgrim fathers américains du May Flower, les cultures marchandes telles celles des Pays Bas ou du Royaume Uni, les individus agglomérés et conditionnés par les marchés mondiaux et le marketing, les firmes multinationales, les communautés de pensée des réseaux sociaux, les migrants) (2) ; enfin, ‘’les sociétés à ambitions géopolitiques’’ (Etats westphaliens ‘’classiques’’, empire romain, sociétés en quête de grandeur comme une bonne partie des Français et des Britanniques, les Américains et les Chinois, peuples qui se conçoivent en acteurs stratégiques) (3).

La catégorie des sociétés ‘’communautaristes’’ ou identitaires se divise, elle aussi, en trois sous-catégories : les ‘’peuples élus non-messianiques’’ (Judaïsme, Hindouisme, croyances animistes, adeptes du survivalisme ou de laïcité radicale) (4) ; les ‘’réseaux utilitaires’’ (sociétés traditionnelles en autarcie, syndicalistes et militants sociaux, diasporas ethniques, séparatismes locaux, populations déplacées) (5) ; enfin le type ’’instrumentalisation politique du social’’, dans laquelle toute aspiration économique est transposée par un pouvoir fort en fait politique (la Chine, très westphalienne, en politique intérieure) (6).


En soi, aucune de ces six catégories n’est plus vertueuse ou plus efficace qu’une autre. La question n’est pas là, même si ces énormes disparités sociétales créent les plus puissantes dynamiques et les principales frictions (voyez les Etats Unis face à l’Afghanistan). La première est de fortement relativiser la part que jouent les dirigeants étatiques dans l’agencement du monde. On cherche à nous faire croire qu’elle est déterminante. Le choix d’un prince serait celui de notre avenir sur terre. Totale illusion !
Dans un pays comme la France, les habitants, dans leur grande majorité, appartiennent au modèle n° 5, avide de protection sociale, tandis que les entreprises relèvent du type n° 2, radicalement opposé, qui ignore et contrarie la catégorie précitée. Le gouvernement s’accroche – pour se maintenir au pouvoir – à la tradition ° 3 et fait croire qu’il est ordonnateur du business, de la paix et du progrès (ce qui fait bien rire les marchés). La jeunesse, très soucieuse de l’évolution climatique, emprunte au paradigme n° 1, tout comme les islamistes poursuivant leur califat mythique, tandis que les minorités identitaires frustrées optent, sans le savoir, pour l’entre-soi du n° 4 … et trouvent d’autres furieux tout pareils par-delà les frontières.


L’affaire dite des caricatures aura été très représentative de la façon dont fonctionne le monde : les journalistes qui ont re-publié ces brûlots n’avaient pas eu conscience un instant que des centaines de millions de gens, très éloignés d’eux sous tous apports, vivraient ces blagues de potache comme une blessure inguérissable, encore moins que la vie de Français à travers le monde s’en trouverait mise en danger. Mais les réseaux inter-sociaux ont fonctionné, sans qu’aucun Etat ne s’en mêle. En effet, les six modes d’inter-socialités ne savent pas spontanément se trouver des longueurs d’ondes communes. Un énorme effort d’ouverture, d’information et de tolérance est nécessaire pour passer des corrélations sociales mondialisées (conflictuelles) aux passerelles médiatrices, qui relèvent de l’‘’inter-culturel’’. On devrait enseigner cela à l’école.
A partir d’un tel sac de nœuds de tensions, pourrait-on synthétiser une vision française populaire des enjeux mondiaux ? Evidemment, ce serait une gageure et les bras en tombent à l’Ours. En revanche, l’on pourra cerner des réseaux internationaux d’intérêt ou d’idéologie sur des causes en réseaux : réparer le monde ; en soutirer un paquet de profits ; réélire les princes (qui nous conduisent si bien dans le maquis international) ; comploter et inonder l’humanité de fausses vérités pour la perdre ; faire converger les révoltes ; propager une cause unique (ethnique, religieuse, politique) et tout recentrer sur elle ; déstabiliser une autre société par le piratage numérique ou la propagande ; faire du tourisme, du sport et aller à la pêche comme tant d’autres le font ailleurs. Vous le voyez : presque tout est transversal ; peu de sujets restent purement nationaux… et même le ‘’vivre local ‘’ suit des arcanes intercontinentaux, sans le savoir. N’insistons pas sur l’inter-socialité du Covid, la danse mondiale des virus et des bactéries en général : elle est si comparable aux virus informatiques et aux épidémies de fake news. Voilà ce qui fait les relations internationales !
Chers citoyens-habitants du monde, chers lecteurs éclairés : ne vous trompez pas de réseau, car vous êtes les vrais diplomates et médecins de la Paix !

* 7 juin – Le théâtre et ses sorciers

A la suite du second coup d’Etat dans le putsch des militaires au Mali, la diplomatie française avait annoncé, au début de juin, suspendre sa coopération bilatérale avec l’armée locale. Pas en soi, un renoncement à combattre le jihadisme au Sahel, ni même un retrait de l’opération Barkhane, mais un effacement au sein d’un collectif euro-africain centré sur le dispositif de forces spéciales Takuba, complété par les formations dispensées au G 5 panafricain. La colère – et le dépit – d’E. Macron semblaient sérieux et destinés au Tchad, où s’opérait une succession ‘’dynastique’’ au défunt président Idris Debby. Le fils du chef de guerre a néanmoins été reçu à l’Elysée, un premier signal pour le moins ambigu. La colère jupitérienne n’aura-t-elle été que théâtrale et forcée ?


Le ministère français des Armées vient d’annoncer, le 2 juillet, la reprise de ses opérations conjointes avec les Forces armées maliennes (FAMa). ‘’A l’issue de consultations avec les autorités maliennes de transition et les pays de la région, la France prend acte des engagements des autorités maliennes de transition endossés par la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao). Elle a décidé la reprise des opérations militaires conjointes ainsi que des missions nationales de conseil, qui étaient suspendues depuis le 3 juin’’. Rient d’exprimé, cependant, au niveau du sommet, qui n’a pas mangé son chapeau mais a clos l’épisode du dépit. On se contente de varier les humeurs. Il faudra vérifier si les Maliens, les Africains et les Américains (qui veillent au grain) avaient pris l’alerte au sérieux. Ce n’est pas certain.


Le colonel Assimi Goïta, dictateur de son état à Bamako, sait trop bien que son pays constitue un théâtre crucial pour la stabilité euro-sahélienne et qu’il n’a donc pas trop à s’inquiéter, puisque – la chose a été dite sans fard – Barkhane y opère pour protéger le flanc Sud de l’Europe contre les nébuleuses jihadistes, pas vraiment pour sécuriser l’avenir des Maliens et de leurs voisins : le dispositif armé va donc rester sur théâtre. Il sait aussi qu’il sera bientôt reçu – discrètement – à l’Elysée et que ses hôtes, tout en empruntant opportunément à la culture de la ‘’FrançAfrique’’, sauront convaincre les Français qu’il y va de leur sécurité (une cause qui a bon dos). Ainsi, chacun y trouvera son compte : les putschistes se verront légitimés et les Français, rassurés. Quant aux militaires, au sein d’un Barkhane ‘’resserré’’, ils resteront branchés sur la logistique et le renseignement américain – il y là comme une mesure de sous-traitance – et hautement contributeurs à la cause européenne : ‘’La France reste pleinement engagée, avec ses alliés européens et américains, aux côtés des pays sahéliens et des missions internationales’’.

Au même moment, vingt ans d’intervention militaire massive et couteuse en Afghanistan des forces occidentales tournent au désastre absolu. Avant même le retrait des derniers échelons américains, les Talibans conduisent une offensive générale. Les institutions civiles mises en place pour les tenir à l’écart s’effondrent rapidement, l’armée de Kaboul se débande et certains de ses éléments s’enfuient même au Tadjikistan voisin ! L’Occident n’a toujours pas compris qu’une guerre idéologique n’est gagnable que par adhésion massive des populations et déploiement de moyens de développement humain. Occuper lourdement le terrain ne contribue qu’à rendre les armées étrangères insupportables. D’un autre côté, saturer le terrain d’investissements en ‘’soft power’’, en principe destinés à la population, peut aboutir au contraire à exacerber les inégalités, la corruption et les tensions idéologiques et sociales, si la gouvernance politique locale se révèle trop médiocre. Il peut y avoir de subtiles combinaisons de moyens et de pressions mais il n’existe aucune recette universelle. Ou elle reste à trouver. En revanche les sondages peuvent servir à pointer l’échec sûr et certain : ne pas insister alors. Sur cette base, nos hauts stratèges ont-ils tiré les leçons de Kaboul et préparé des plans B, C, D pour défendre le flanc sud de l’Europe contre le jihadisme ?

* 6 juillet – Macho et cambrioleur

Après les sorties de Donald Trump et de Benjamin Netanyahou, c’est lui qui incarne le pire populisme macho en Occident. Avant lui, Luiz Inácio Lula da Silva s’était fait pincer pour s’être fait offrir un toit, qu’il n’avait pas les moyens d’acquérir par lui-même. Puis, sa dauphine, Dilma Rousseff, s’était empêtrée dans une mauvaise présentation statistique. On s’étonnait presque de la sévérité des magistrats brésiliens et de la rigueur du jugement populaire. Et voilà qu’un militaire enrichi, brutal et raciste est porté au pinacle de la présidence, en janvier 2019, par une marée de citoyens enthousiastes.


Avez-vous cru un instant que Jaïr Bolsonaro, l’ennemi des femmes, des autochtones, des pauvres et de l’écologie en Amazonie serait un ‘’grand président’’ ? Dans l’affirmative, cessez immédiatement de lire ce blog et branchez-vous sur des jeux en ligne ! L’histoire a continué exactement comme on pouvait s’y attendre : catastrophe sanitaire sans nom, la Covid niée puis favorisée par une non-gestion abjecte ; inquiétude de la planète entière quant à la déforestation accélérée du ‘’poumon du monde’’ ; pauvreté galopante, discrimination tous azimuts des populations fragiles, etc.

Aujourd’hui, il est  »seulement » soupçonné d’avoir couvert une tentative de corruption au sein de son gouvernement, dont il était précisément informé. Le délit porte sur un achat massif de vaccins indiens anti-Covid-19, Covaxin, qui ne sont d’ailleurs pas homologués au Brésil. Le ministère de la Santé, dont il a changé le titulaire à quatre reprises en pleine pandémie, fonctionne comme un énorme cluster de corruption. Concussion, prévarication, mensonge, tromperie … D’autres fautes pénales plus graves émergeront par la suite.


Le vent tourne soudain et le héros macho, souvent crâneur et grossier, prête le flanc à des manifestations de mécontentement populaire et à de multiples accusateurs : la Cour suprême devra bientôt statuer sur ‘’l’Affaire’’ et permettre au non au Parquet d’entamer des poursuites contre lui. En théorie, une procédure de destitution provisoire (pour six mois, le temps d’un procès) pourrait s’ensuivre. Mais la Cour suprême devrait alors trouver le soutien des deux tiers des voix de la Chambre des députés, ce qui paraît très improbable : le ‘’Président-Voleur’’ y dispose en effet d’une solide majorité parlementaire. On a vu comment Trump, aux Etats Unis avait facilement déjoué le piège du Congrès.

Alors, pour quand l’éviction de ce ‘’champion aux mains propres’’, porté au pouvoir par les foules pour éradiquer sans pitié la magouille ? Il semble en tout cas très mal parti pour se faire réélire, en octobre 2022, face à Lula. Osera-t-on encore parler de ‘’mains propres’’ pendant la campagne électorale ? Est-ce que le populisme crée, même dans les sociétés les plus sympathiques, cette forme d’infantilisme aveugle que certains confondraient (à tort) avec de la bêtise ? Elle paraît un peu décevante, la démocratie au Brésil ! La délinquance des hommes providentiels s’oublie très vite, même si on omet aussi de la leur pardonner : on n’y pense plus, c’est tout … et le cycle recommence.

* 1er juillet – Vers un monde yin-yang ?

Comme la politique du climat, celle de la parité Femmes-Hommes passe par des politiques économiques et sociales. Elle nécessite donc des moyens financiers. Les concepts ont évolué depuis la conférence onusienne de l’automne 1995, à Pékin. Les leitmotiv de l’émancipation puis de la promotion (l’‘’empowerment’’, selon le concept anglo-saxon de l’époque) ont cédé la place à un objectif d’équité dans la parité. Mais, comme le monde procède en zigzag, le ‘’vent mauvais’’ de la régression patriarcale souffle aujourd’hui sur une vaste partie de l’échiquier géopolitique. Recentrer les économies sur un fonctionnement plus juste, plus égalitaire ne se limite plus à des impératifs de prise de conscience, d’éducation et de comportement. La question est d’essence structurelle. Mais les arcanes pour y parvenir – tout comme pour le climat – ne sont pas encore figées dans le concret. ‘’On progresse’’, tel est le message du Forum Génération Egalité, qui a ouvert ses travaux au Carrousel du Louvre à Paris (et aussi en ligne), sous l’égide des Nations Unies. Les organisateurs revendiquent une ‘’collecte’’ de 40 milliards de dollars d’investissement. Bien évidemment, il ne s’agit pour l’heure que de simples intentions, peut-être de rêves pieux.

Les 40 milliards d’investissement ‘’miraculeux’’ en comprennent 17 milliards annoncés par les États participants, 10 engageables par la Banque mondiale et 2,1 promis par la fondation de Bill et Melinda Gates (consacrés notamment à réduire la violence ‘’fondée sur le genre », c’est-à-dire celle des maris et compagnons ‘’cogneurs’’. En France, la fondation de  François-Henri Pinault projette d’investir la somme modeste de  5 millions dans le cofinancement de 15 centres d’accueil pour les femmes victimes de violences.

Succès ou pas, l’Evènement se veut annonciateur d’un « Plan mondial d’accélération » vers l’égalité, autour de plusieurs thématiques comme les violences envers les femmes, le droit à disposer de son corps, l’éducation des filles ou encore l’égalité économique. Chaque sujet est abordé par le biais de « coalitions d’action » regroupant États, organisations internationales, société civile et secteur privé. L’objectif est d’élaborer une feuille de route, dont la mise en œuvre sera évaluée dans cinq ans.

« Pour défendre la démocratie, nous devons lutter pour l’égalité hommes-femmes », a déclaré par visioconférence Kamala Harris, très applaudie par l’auditoire , où se trouvait incidemment l’ancienne secrétaire d’Etat, Hillary Clinton. Il a été aussi question d’une « bataille idéologique à engager contre les forces conservatrices’’, qui oppriment les femmes… et, par d’autre biais, beaucoup d’hommes et d’enfants aussi. On n‘en est pas encore à affirmer que les droits humains sont en fait indivisibles, même si leur transgression s’exerce différemment sur les genres et sur les âges, ni que les oppresseurs peuvent se recruter dans les deux genres. C’est bien comme ça, car il faut braquer les projecteurs sur celles des injustices courantes les moins fortement dénoncées. « Des femmes qui voulaient simplement être libres de conduire, qui revendiquent simplement de ne pas porter un voile ou d’avorter, sont menacées », a déploré le président français, sans regretter que leurs époux se procurent peut être des armes en France pour bombarder les femmes du Yémen. La géopolitique se cloisonne volontiers, alors qu’elle devrait être un tout multidisciplinaire. Les participants ont également souligné combien la pandémie de Covid-19 avait affecté les femmes et contribué à un recul de leurs droits, qu’il s’agisse de la déscolarisation des filles, d’une dérive dans la pauvreté ou des violences conjugales redoublées pendant les confinements.

Delphine O, la secrétaire générale du forum d’ONU-Femmes, avait exigé que chacun apporte au pot commun un engagement concret et financé. On verra à l’usage. Dans l’immédiat, il n’est pas aisé de cerner ce que les 40 milliards promis vont changer au fonctionnement économique et social global. Le rapport de forces est surtout favorable aux grandes entreprises et aux autocraties politiques, éthiques, religieuses. Il faut espérer que les agences des nations Unies et les ONG saurant mailler leurs efforts pour nous faire accéder à ‘’la grande image’’, celle de notre époque.