Du déconfinement à la déconfiture

 

L’Ours a de gros doutes sur l’Exécutif

En 2006, la France a reçu les félicitations de l’OMS comme étant ‘’le pays le mieux armé du monde face aux pandémies. A l’époque, l’EPRUS (Etablissement de Préparation et de Réponse aux Urgences Sanitaires), une agence du ministère de la Santé, récemment créé sur le modèle américain, stockait plus d’un milliard de masques chirurgicaux et près de 3000 millions du modèle FFP2. Un méga-arsenal d’antibiotiques et de rétroviraux avait été constitué, dans le souci, déjà, de sortir d’une dépendance exclusive des fournisseurs asiatiques. La lutte contre les pandémies et celle contre le bioterrorisme étaient considérées comme des sœurs jumelles. Puis, en 2009, la grippe H1N1a a contaminé tout le système. Récit d’une catastrophe due à la bêtise. En effet, En avril 2009, l’OMS lance une alerte internationale concernant un virus mortel de la grippe A, baptisé H1N1 arrivé du Mexique. Roselyne Bachelot, la ministre de la santé se démène comme une diablesse pour mobiliser les moyens de l’urgence, mais l’épidémie parvenant au stade 4, sur une échelle de sept niveaux, François Fillon passe le relais au ministère de l’Intérieur (dans l’idée que la maladie devenait surtout une menace pour l’ordre public). Le stock de réserve se monte alors à 2,3 milliards de masques, destinés à une distribution gratuite à la population.  Mais la création concomitante des agences de santé régionales et l’adoption de nouvelles règles comptables dans la gestion des hôpitaux créent de sérieux flottements, au mauvais moment. Voilà le fonctionnement du système hospitalier sommé de répondre au modèle de fonctionnement de l’Entreprise ! Accusée d’en avoir trop fait et pour trop cher, dans ses efforts pour endiguer la pandémie (laquelle reste marginale et contourne grosso-modo la France). Face à un stock de vaccins aussi surdimensionné qu’inutile (94 millions de doses dont 6 millions seulement seront utilisées), la ministre de la Santé est devenue la cible des médias et du monde politique, majorité et opposition. Un jugement accablant à son endroit est émis par la Cour des comptes. Il a abouti à assimiler le principe de précaution en matière anti-pandémique à une vaste gabegie de trouillards. La politique sanitaire pour laquelle l’ONU tressait des lauriers à la France connaît dès lors une inexorable déconfiture. Elle passe totalement à la trappe. Cette première démission entérine une prise de pouvoir du Secrétariat Général de la Défense Nationale (SGDN) sur la politique sanitaire française en temps de crise. Toujours l’ordre sécuritaire en premier…

– On connaît la suite : le court-termisme adulé par les comptables de Bercy et l’obsession des préfets pour l’ordre public, les médecins ruant dans les brancards mais sans effet, le gouvernement régnant sur un ‘’ailleurs’’ étranger aux Français. Ce joli monde a hardiment poursuivi sa politique de ne rien faire, alors que le Covid arrivait en France dès la fin décembre, on le sait maintenant. Critiquons plutôt les Chinois (ça ne mange pas de riz). La maladie ‘’non-transmissible entre humains’’, les masques ‘’inutiles pour le commun des mortels’’, la situation, bien sûr, ‘’sous contrôle’’, patati et patata ! L’électorat convoqué en pleine flambée épidémique; l’agence France-Santé incapable de trouver masques et respirateurs; les préfets confisquant les commandes faites par les collectivités voire les fournitures en transit vers d’autres Etats et, last but not least, les plus jeunes enfants appelés, le 11 mai, à ‘’tester le déconfinement’. Les Français l’ont interprété comme un substitut à la garde d’enfants visant à libérer les parents pour les remettre au travail. Ces habiles dirigeants sont-ils suffisamment compétents pour mener à bien le très délicat déconfinement du Pays ? Le Gouvernement a, en tout cas, une drôle de façon de se défausser de ses responsabilités sur le dos des maires (à eux de gérer le déconfinement), sur celui des employeurs (c’est pour rouvrir les entreprises que l’on déconfine par le bas), sur le râble des transporteurs (à eux d’assurer partout les mesures de protection), et sur la blouse des soignants (c’est eux qui pensaient priver de masques les citoyens lambda et la seconde vague éventuelle sera pour leur pomme). Cela donne l’impression d’une équipe dirigeante et d’une haute administration fiévreuses et un peu dépassées, qu’obsède principalement la perspective de procès en série et le désordre dans la rue, le jour d’après. Un tel spectacle mine tristement la confiance citoyenne plutôt que de renforcer une cohésion nationale, à vrai dire très peu française. Il est plus que probable que l’Exécutif français n’avait pas évalué les incidences économiques du confinement instauré dans la précipitation. Le Conseil scientifique désavoue les choix qu’il opère. Qu’importe ! Même les sages du Sénat en viennent à rejeter le plan sanitaire et votent leur immunité juridictionnelle en la matière. Pourtant, la France est le pays d’Europe qui affiche la plus forte contraction du PIB, sans avoir mieux résisté que d’autres au virus. Heureusement, tout un chacun se contente, faute de mieux, de devenir, pour une part de ses revenus, salarié de l’Etat. Plus forte la récession, plus vindicative l’humeur publique. Il est peut-être temps de s’installer en Allemagne avant que la rage ne flambe du ord au Midi. Signé l’Ours.

Mars 2020, paroxysme d’un siècle super !

Descendez donc la chronologie de mars 2020, ce mois de basculement d’un monde plutôt méchant et médiocre vers l’impensable universel. Vous pouvez aussi remonter le cours « colapsmatique »  des évènements et revivre vos instants de sidération, en commençant ces annales par le bas de page. Vous êtes dans l’Histoire à l’état pur !

Il paraît que 60 % des gens devraient y faire escale

* 31 mars – Et de deux ! Jusqu’alors, le Vieux continent ne comptait qu’une dictature absolue, sans faille, monolithique : le Belarus ou, plutôt, la Biélorussie, sous la férule impitoyable du grandissime Alexandre Loukachenko. On essayait de « n’y penser pas trop » (emprunt à Charles Trenet). Minsk essaime désormais à Budapest, où le quidam-premier ministre, Viktor Orban, débranche les institutions et se fait accorder les pleins pouvoirs, dans tous les domaines et jusqu’à plus soif. Il compte sur le Big brother polonais, Jaroslaw Kaczynski, pour faire veto aux remontrances de l’UE envers son autocratie. Mais Bruxelles, submergée comme Budapest par le Covid-19, a sûrement d’autres chats à fouetter (ceci-dit, je déteste qu’on s’en prenne aux chats). La peste brune se rapproche de nos frontières fermées. Elle n’en contamine pas moins les esprits.

* 30 mars –Damnés de la terre. Manifeste dès les « printemps » des peuples de 2011, l’exode des populations victimisées du Moyen-Orient n’a été perçu par nos autorités et nous-mêmes que quatre ans plus tard, quand la vague a atteint son pic. Depuis, nos dirigeants n’ont eu de cesse de disperser les « mal-venus » dans l’illégalité, la clandestinité, les mesquineries de toutes sortes pour empêcher tout « appel d’air », tout en vantant leur humanité. Ce sont des centaines de milliers de damnés qui se retrouvent privés de tout (car très peu ont été reconduits chez eux : c’est pratiquement impossible). Ils forment un immense réservoir à virus (une méga-bombe !), à désespoir, à maladies physiques et dépressives, à exploitation éhontée. Comme pour les SDF, les prisonniers, les personnes dépendantes, le langage de la commisération et de la bonne conscience crée l’illusion de s’inquiéter pour eux. Faut-il continuer à s’en tenir aux mots insincères ? Dans l’urgence, un double choix s’impose à l’égard des exilés : les garder parmi nous, protéger leur santé == inconditionnellement et sans restriction de droit (séjour, santé, travail, logement, droits sociaux, etc.) = = Cela signifie une régularisation massive exceptionnelle, la mobilisation des ressources nécessaires pour leur accorder une vie digne en Europe. Le Portugal vient d’acter cette option. « Europe, tu as le droit de fermer tes frontières avec les épicentres pour te protéger de la pandémie, mais pas celui se sacrifier ceux qui vivent déjà sur ton sol !  » (la rédaction du blog). Parlons-en aux ministres de l’Intérieur !

* 29 mars – Inertie. L’Europe des empires et de la mondialisation se serait-elle autocentrée au point d’être inconsciente des dangers du monde ? Il y a là matière à réflexion. A l’heure où l’OMS déclarait notre continent ‘’épicentre de la pandémie’’ et que les populations d’Asie se protégeaient avec discipline, notre continent a perdu la guerre contra-épidémique en ‘’fête des Schtroumfs’’, semaines de jeûne collectif, grands matches de football et apéritifs mondains en centre-ville. Personne n‘imaginait vraiment que la menace puisse atteindre notre système de protection sociale, si extensif, si sécurisé. La gestion chinoise de la crise a été vue avec sévérité et, après tout, ce genre de catastrophe moyenâgeuse n’est concevable que dans un pays du tiers-monde. On renâcle toujours, en Occident, à admettre que la Chine nous dépasse dans bien des domaines matériels et technologiques. Le déferlement du corona virus nous dit que nous ne comprenons plus le monde et que nous sommes à la traîne, juste par prétention individualiste, inconscience, rigidité. Et l’Amérique du Nord se montre presque pire que l’Europe à ce jeu-là. Nous avons de bonnes valeurs mais elles sont ruinées par notre incroyable inertie. Une urgence : réapprendre le collectif, se délester de nos confortables certitudes, compter plus sur nous-mêmes, moins sur le ‘’système’’ (qui d’ailleurs godille sérieusement). C’est presque une auto-publicité pour ce blog !

* 28 mars – Rétribution. Plus de 100.000 cas aux Etats-Unis (courbe verticale, tous records battus), flambée quasi-identique en Espagne et, plus récemment, au Royaume Uni, le désespoir en Italie après 19 jours de confinement sans résultat tangible, l’option euthanasique des vieux en Suède et aux Pays Bas : l’Occident est en capilotade, même si l’économie finira par rebondir, après un creux terrible. Mais l’Asie, qui aura infiniment mieux géré la guerre, sortira de ces bouleversements en maître planétaire. Le plus spectaculaire reste le déclassement accéléré, irréversible, des Etats-Unis, contraints même à solliciter la bienveillance et les articles sanitaires de leur rival chinois. D. Trump ravale son chapeau et ses maudits tweets deviennent pâteux, incohérents, insignifiants. Même l’électeur mâle blanc du Middle West va être saisi de doutes et hésiter à le reconduire à l’automne. Ou alors les Républicains sont amputés du cervelet ! Au Royaume Uni, une partie des officiels au sommet, à commencer par l’ineffable Boris, ont contracté le mal. On se retient de penser sournoisement qu’ils sont punis par où ils ont pêché. Non, le blog de l’Ours n’est pas si méchant.

* 27 mars – Apprendre, s’adapter. Il y a 10 ans, sous l’effet d’inondations géantes en Europe et de la crise du H1N1, la Commission européenne avait commandé à Michel Barnier un projet de protection civile continentale. Celui-ci avait élaboré un concept holistique, intégrant les catastrophes naturelles, la mobilisation des réserves humaines, la mise en stock de réserves stratégiques, etc. Il avait inclus le risque épidémique dans ses scenarii. Chapeau ! Qu’en est-il resté ? Rien (classement vertical), car cette sagesse faisait sortir l’UE de son modèle néolibéral tempéré. A-t-on depuis 2011-12 (crise de l’Euro) parfaitement mis en œuvre l’Europe bancaire et le fonctionnement de grande ampleur du Mécanisme de Stabilité financière (MSF) ? Bien des compromis avec l’hubris des banquiers ont été passés, discrètement. Comme pour les masques, les 27 espèrent trop de mécanismes qu’ils n’ont pas su bien préparer. D’ailleurs, avec un effondrement temporaire d’un tiers du PIB, le MSF ne suffira pas à la tâche. Comme en 2011, se pose la question de mutualiser la levée d’emprunts d’Etat pour sauver l’économie, le temps qu’elle rebondisse (les « corona bonds » réclamés par l’Italie). Plutôt mourir ! s’exclament les idéologues.

* 26 mars – Fire ! Aux Etats-Unis, les grandes métropoles démocrates flambent. Les campagnes républicaines, pas (encore ?). Du coup, le peuple trumpiste ne prend pas le virus trop  au sérieux ou imagine que c’est la punition de Dieu contre les Démocrates. Pour leur chef, Dieu c’est le business, la bourse et l’argent. Rien ne doit y faire obstacle et surtout pas le pouvoir des médecins ou la protection des vies non-productives. Ainsi, le Texas adhère à la « herd immunity »  : que tout le monde l’attrape vite, que les vieux et les faibles disparaissent vite et l’économie reprendra vite aussi ! Et le virus est sommé de s’éteindre à Pâques. Pieux espoir de résurrection des affaires ? En fait, on n’est pas loin du crime de génocide envers 80 millions de gens dépourvus.

* 25 mars -Epidémie d’infox. Le président Macron met en garde contre le « flot de fausses informations ». Jean-François Kahn exprime sa réprobation à l’égard des personnes confinées qui, confortablement depuis installées chez elles, stigmatisent les acteurs qui opèrent « au front ». Les crises épidémiques sont un riche terreau pour les fantasmes, les mirages, les accès d’agressivité et le mensonge. Au Moyen-Age, la « main de Dieu » dictait sa vengeance aux hommes. Aujourd’hui, c’est sur les réseaux sociaux que se répand la malfaisance. Personne n’y peut mais. A l’hôpital marseillais de la Timone, un professeur trafique une étude approximative pour faire parler de lui en grand dispensateur de la chloroquine… au mépris de l’approche scientifique qui s’imposerait. Les grands médias lui font une publicité outrancière. La réalité est dure à absorber et elle reste jalonnée de multiples incertitudes. E. Macron est resté très vague sur les mesures en préparation. On peut le comprendre : beaucoup ne veulent pas les connaître. La vérité, elle, n’est ni relative, ni négociable : elle est vitale pour notre humanité. Par temps d’hécatombe, se taire c’est brouiller les esprits, mentir c’est prendre le risque de tuer.

* 24 mars – Les dix plaies d’Egypte ou les douze travaux d’Hercule ? Résumons brièvement le cours de l’histoire du 21 ème siècle : Un attentat monstrueux sur la ville-phare du monde et sur le Pentagone, avec cinq ou six avions remplis de passagers explosant sur des tours, etc. Une croisade de grande ampleur mais absurde, en Afghanistan, finissant en queue de boudin dans une atmosphère de haine de l’Occident. Puis l’invasion d’un pays arabe et laïque par des armées privées confondant service de la démocratie, service du pétrole (station service), délitement de la société et de l’Etat iraquiens. Ensuite, effondrements économiques et financiers en série, avec la crise des subprimes, le krach de 2008, les attaques contre l’Euro à la suite de la débandade grecque. A ce moment-là, le Proche et Moyen-Orient explose, les printemps des libertés dégénérant en supplice des peuples et en flambée terroriste planétaire. Des vagues d’exilés démunis et désespérés fondent sur l’Occident pour être très mal accueillies et susciter agressivité, xénophobie et divers populismes du genre années 1930. L’Europe vacille, refoule, sous-traite aux dictatures les moins scrupuleuses. Dans le monde, les catastrophes liées au dérèglement climatique prennent une proportion inquiétante. Les sociétés se bloquent dans l’isolationnisme et les récriminations sans issue. Trump en profite pour provoquer les peuples qui disposent encore d’une conscience. Il démantèle les structures multilatérales du monde faites pour protéger, agresse et sanctionne amis comme ennemis, privilégie partout l’armement et la force sur la paix et la justice. C’est alors que le coronavirus pointe son nez … Super, le 21 ème siècle !

* 23 mars – Mon nombril, ton nombril. Au moins, on ne polémique plus sur la fermeture des frontières en Europe ! Les pays-fondateurs de l’UE les filtrent de façon rigoureuse, les autres se claquemurent. A quoi cela sert, quand le virus est partout et que le système Schengen s’est clos sur lui-même ? A rien, mais les populations ont besoin du « Dr-Père du peuple », qui les rassure en agissant pour eux, serait de façon désordonnée. Piteuse classe politique ! Il est triste que des pays voisins, comme le nôtre, n’aient rien pu faire pour la Lombardie ou pour Madrid. Mais la pénurie règne alentour. La Chine, la Russie et même Cuba sont venus prêter main forte à la vieille Europe. Comme l’Italie, la France a su, au début de l’année, manifester attention et compréhension envers Pékin. C’est un autre monde, sans doute une ligne-force de la nouvelle géopolitique en gestation.

* 22 mars – On sort des lois. Avec un milliard d’êtres humains confinés à travers le monde, les sorties de l’Etat de droit sont devenues la norme. En France, la Parlement adopte l' »état d’urgence sanitaire » qui permet au gouvernement d’agir par décrets et encadre aussi les libertés et acquis sociaux. Reviendra-t-on à « l’état d’avant », qui n’était déjà pas parfait ?

* 21 mars – Bêtise. Contrairement à beaucoup d’autres pays, la France s’est débrouillée pour perdre deux mois dans la mise à disposition des indispensables masques, chirurgicaux et FFP2 (plus protecteurs). La raison en est bien de chez nous : la dictature des comptables, avides de toujours plus d’économies et la préférence sur les médecins que leur accordent les gestionnaires politiques. Après l’alerte H1N1 de 2011 et l’affaire des « vaccins Bachelot » acquis en excès, l’EPRUS, chargée des fournitures médicales stratégiques, a vu son budget réduit de 90 % et ses stocks non-renouvelés à péremption. Un bon conseil de la Cour des Comptes. Puis les masques FFP2 ont été laissés à la seule initiative des employeurs. Enfin les quatre PME françaises productrices de ces articles ont reçu d’énormes commandes de Chine, du Royaume Uni et d’ailleurs, avant que l’autorité sanitaire ne pense à les réquisitionner pour son propre territoire. Rassurez-vous, ce manque grave de discernement sera mis sur le compte de la mondialisation.

* 20 mars – Méli-mélo. La flambée s’amplifie en France où les cas sérieux se compteront rapidement en dizaines de milliers. Les Français ne perçoivent aucune cohérence dans la double instruction : « confinez-vous et travaillez ». 110.000 Français, en rade à l’étranger, font la queue devant les consulats. L’hécatombe se poursuit en Italie (pire qu’en Chine). Les Etats-Unis réagissent en ordre dispersé : la Californie se claquemure, D. Trump ordonne la distribution de chloroquine et de 1000 Mds $ ! En même temps, il tente de faire main basse sur la mise au point d’un vaccin par une équipe du laboratoire Allemand Curevac en vue d’un usage exclusif aux USA. M. Barnier est contaminé, la négociation post-Brexit tousse. L’OMS, paniquée, implore les dirigeants africains de se réveiller face aux prémices d’une catastrophe sanitaire de grande ampleur. Mais, il ‘y a plus de nouveaux cas en Chine, où la production repart. Youpiii !

* 19 mars – Le banquier aime les faux-cils. Selon une analyse des financements des 35 principales banques d’investissement (JP Morgan Chase en tête, mais aussi Wells Fargo, Citi, Bank of America…) réalisée par une alliance d’ONG anglo-saxonnes, un tiers de leurs interventions est concentré dans la prospection et l’exploitation des énergies fossiles. La flambée a été déclenchée par l’accord de Paris… et pan pour le climat ! On peut parier que, au moment où l’urgence est sanitaire et l’attention de tous tournée vers le virus, certains en profitent pour défaire l’urgence climatique et tirer un chèque sur la planète… et ses habitants.

* 18 mars – De quoi gloser d’autre ? Au Royaume Uni, le Pr Neil Ferguson (Imperial College), spécialiste de la modélisation des épidémies, fait la prévision suivante : quelles que soient les stratégies, le virus aura des répercussions « profondes » et les mesures en cours ne préviendront pas un éventuel rebond de l’épidémie. L’option du « laisser-faire » se traduirait par 510 000 morts au Royaume Uni (pareil, en France), avec un pic de mortalité fin mai début juin. De quoi tourner bourrique ! Faudrait-il lancer une grande campagne de formation aux professions numériques et à la permaculture ? … remettre en chantier les politiques sociales, réintroduire l’humanisme dans nos lectures et nos pratiques ?… initier les gens à l’art et à l’artisanat ? Ce serait mieux que de s’armer jusqu’aux dents, comme aux Etats-Unis.

* 17 mars – C’est le bazar ! L’épidémie tourne, chacun son tour : l’Europe est le nouvel épicentre, l’Asie est en train d’en sortir; l’Afrique et le Moyen-orient y rentrent. L’Amérique en connaît les prémices. Dans tous les cas, la portée universelle du virus déclenche un rétrécissement du monde à l’échelon local. La géopolitique peut rendre compte de cette prédominance du « act local », elle hésite à en prédire les conséquences à moyen-long terme. « Think global » résonne en synonyme de l’OMS, seule institution a encore exercer un soupçon de gouvernance mondiale. Le G 7 se réunit… sous présidence Trump ! Il n’y a plus grand chose à coordonner, plus de confiance pour partager et interagir de façon positive. Même l’Europe, Schengen en berne, devient, pour le coup, une forteresse étanche. Le monde de demain, en convalescence, connaîtra d’énormes divergences sur les leçons à tirer de l’épreuve.

 * 16 mars – Sauve qui peut ! Un monde hystérique et barricadé ! En France, on se demande pourquoi on a été voter hier et s’il y aura un second tour aux municipales, tant le confinement chez soi semble proche et inévitable. Aux Etats-Unis, le virus est amical pour les Républicains mais létal pour les Démocrates. Les « rapatriés » d’Europe sont parqués en files serrées dans les aéroports US. Bonjour les dégâts ! En Corée, les sectes évangéliques continuent pieusement à contaminer leurs membres. Le Maghreb et le Moyen-Orient se coupent du monde. L’Afrique est gagnée par la peur. L’Europe est, pour un temps, « l’épicentre » et, en son sein, l’Italie, « l’œil du cyclone ». Comment vont donc survivre les SDF, les exilés, les pauvres ?

* 15 mars – Peau de l’ours trop vite vendue. Bibi Netanyahou aura tout fait pour s’accrocher au pouvoir malgré son inculpation par la justice israélienne. Le coronavirus lui permet même de repousser l’échéance de son jugement. Mais, voilà son score aux élections n’aboutit pas à sa désignation par le président. Benny Gantz recueille trois sièges de plus et sera appelé à former la coalition de gouvernement. Netanyahou est l’un des politiciens les plus impopulaires de la planète, même si sa base populaire reste  solide, comme celle de son comparse D. Trump.

* 14 mars – Sauve qui peut ! 124 pays atteints, 140.000 personnes contaminées, tous les continents touchés par la pandémie, le monde se cloisonne derrière des frontières fermées, éclaté en millions de micro-sociétés soupçonneuses et autocentrées. La sécurité humaine, dans un contexte d' »ultra-interdépendance », nécessiterait solidarité et coordination planétaire, mais les politiques sont accablés par leur propre incapacité à agir sur ce plan. Comme le dit B Badie, « la puissance subit quand la faiblesse gouverne ». Assiste-t-on à une résurgence du social en même temps qu’à la propagation des populismes chauvins ? L’un est central dans la remise en cause à venir de la folie néolibérale, les autres sont susceptibles de renforcer le règne absolu des marchés d’un blindage totalitaire éminemment protecteur pour le big business.

* 13 mars – Le coronavirus est un salopard d’étranger ! On s’en doutait bien, Trump (« les Européens l’introduisent par incompétence »), les services chinois (« c’est la CIA qui a créé ce virus »), les Tchèques, les Slovaques et autres amis polonais (pensant sans doute à un mauvais coup des Turcs) ferment leurs frontières. D’autres les filtrent  »à la gueule du client ». La mondialisation est sérieusement contaminée et la santé mentale en pâtit. Du coup, c’est partout la dégringolade des bourses (-12 % pour le CAC 40) et le spectre d’un krach, si l’économie s’arrête. Dr Macron ne cède pas à l’épidémie d’imbécillité. Quatre mesures : mettre la population vulnérable à l’abri, interrompre la transmission via les établissements scolaires tout en organisant une garde des enfants, lisser le pic épidémique  pour gérer l’afflux des malades en s’appuyant sur la médecine de ville; les indemniser. Un constat émerge : un monde ouvert ne devrait pas suivre la loi de la jungle mais celle des solidarités humaines.

* 12 mars – UE, go (stay) home ! Très fort. Coronavirus oblige, D. Trump interdit pour un mois tout voyage de l’Europe vers les Etats Unis, exception faite via le Royaume Uni ou l’Irlande ou retour d’Américains chez eux. Dans un premier temps, les échanges de biens étaient aussi frappés, mais la bourde a été corrigée. Seules les personnes, donc, sont toxiques. Pratiquement, les voyageurs vers le Nouveau Monde vont contourner l’interdit en passant par Londres, Dublin ou Montréal, au risque de contaminer un peu plus ces destinations. La Californie, face à l’Asie, est déjà contagieuse. L’approche isolationniste paraît totalement illusoire pour un pays-continent, première économie du monde.

* 11 mars – Eternité. Après l’adoption de sa réforme constitutionnelle par les députés, Vladimir Poutine revient à brûle-pourpoint sur son intention initiale. Il invite la Cour constitutionnelle à trancher s’il pourra se présenter à un 5 ème mandat présidentiel, en 2024. Sera-ce conforme à la loi fondamentale ? Les citoyens approuveront-ils sans restriction, lors du référendum du 22 avril ?La réponse est dans la question et dans l’affirmation que le pouvoir « vertical » de l’’’  Homme fort providentiel ‘’ (actuel) est encore indispensable à la Russie. Celui-ci ne fait aucun mystère de son désir de postuler un 5ème mandat, quitte à remettre à zéro le compteur plafonnant à deux les mandats présidentiels.

Par chance, il a la haute main sur l’ordre constitutionnel et sur la machine électorale. Qui plus est, il s’est assuré qu’aucun rival n‘émerge face à lui : l’électeur russe ne dispose pas de plan B. Le Maître-Espion devrait donc réapparaître, tel le phénix, en 2024 pour veiller sur l’ordre et la loi russes jusqu’en 2036. Sauf facéties de la loi biologique … Est-ce que cela choque quelqu’un ?

* 10 mars – Fièvre. La grippe ne grippe pas l’économie mondiale. Le Covid-19, si. La bourse et les marchés en général sont les plus formidables amplificateurs de panique. Ils ont vécu lundi l’un de leurs pires moments, avec l’effondrement des indices et des cours du pétrole (décision saoudienne de brader le brut : le Brent chute de 21 %), la perspective d’une baisse marquée des taux d’intérêt, le spectre autoréalisateur d’une nouvelle récession économique, un trou d’air dans les échanges, autant de facteurs qui, pour certains, présagent une réédition de la crise de 2008. Le contraste est frappant avec le souci pour la santé d’autrui, qui n’est pas aussi fort. L’épidémie devient pandémie, ce que les marchés financiers détestent. Mais comme le souligne l’OMS, ce pourrait être la première pandémie dont la coordination mondiale vienne à bout, tant la mobilisation s’avère plus sérieuse que pour l’Ebola (cantonné à l’Afrique centrale), le chikungunia ou la dengue.

– En France, la reprise économique est trop fragile pour survivre à l’épreuve. Dégrèvements fiscaux, report de charges sociales, recours au chômage partiel, indemnisation des personnes confinées, on s’emploie à calmer les entreprises et la population avec des adjuvants à effet limité. Priorité va à l’ordre public et à la tenue des élections. En fait, le pays ne dispose pas de marges budgétaires suffisantes pour relancer l’activité en grand. Les moyens de l’Europe seront plus que jamais nécessaires.

*9 mars – Para bellum! (si vis sestertii $€£). Sur la période 2013-2017, les ventes d’armes dans le monde ont augmenté de 10 % en volume par rapport au quinquennat 2008-2012. La France a  augmenté  ses ventes à 81 pays de 27 %,beau record qui lui a permis d’augmenter à 6,7  !% sa part de marché , selon le rapport de l’Institut international de recherche pour la paix de Stockholm (Sipri).  Elle a ainsi supplanté l’Allemagne pour devenir le troisième exportateur mondial. (n° 1 : USA avec 34 % de part de marché – n° 2 : Russie : 22 % – n ° 4 :  RFA – n° 5  : Chine, également cinquième importateur mondial. L’Inde est le premier importateur mondial et l’Egypte le premier client de Paris ( 37 % des commandes de ce pays, devant les USA et la Russie). Près de 9 % des armes françaises exportées le sont à destination de la Chine comme 40 % de la technologie made in France de double usage. On ne va pas succomber à la naïveté : un monde sans marché régulé de l’armement serait plus instable et plus sournois encore. Equiper des démocraties alliées ou amies, c’est contribuer à l’équilibre et préserver la paix. OK. Mais avez-vous envie, dans un tel contexte, de confier à la DGA  et à ses partenaires industriels la politique extérieure du Pays ?

* 8 mars – Journée de la Femme. Condamnée à mort pour ‘’blasphème’’, en 2010, la chrétienne pakistanaise Asia Bibi a été reçue par E. Macron, à l’occasion de la parution de son livre ‘Enfin libre !’ Elle lui a exprimé le souhait d’obtenir l’asile en France. Cette ouvrière agricole doit tout son malheur à avoir osé demander un verre d’eau à des femmes musulmanes particulièrement méprisantes à son égard. Sortie des couloirs de la mort huit ans plus tard, sous la pression de l’opinion occidentale, elle s’était réfugiée au Canada, mais sans bénéficier de la protection internationale. Le blasphème est un sujet incendiaire au Pakistan, où de simples médisances entraînent des lynchages judiciaires. Ses compatriotes continuent à exiger sa mort. Mais les autorités d’Islamabad sont embarrassées par l’image ténébreuse qui colle à leur pays. La France ne court pas grand risque, mais, pour une fois, elle satisfait à son devoir humanitaire. Elle pourrait aussi accorder l’asile au courageux sonneur d’alerte américain, Edgard Snowden.

* 7 mars -Tribune intéressante dans le Monde: « le coronavirus met au jour toute une série de phénomènes associés à la mondialisation ». Non qu’il soit produit par la « chaîne de valeur globale », mais son expansion dans 90 pays doit beaucoup à celle-ci. Le foyer initial, Wuhan, est un maillon majeur de l’industrie mondiale (plus de 20 Mds d’investissement des multinationales), qui entretient, de ce fait, un hub majeur de transports domestiques et à l’international (4 Mds de voyages par an). Les transmigrations l’ont introduit en Amérique du Nord. L' »explosion » du tourisme chinois, en Europe, que ce soit directement (Lombardie, Vénétie…) ou via la contamination des aéroports (Oise). Les voyageurs – notamment, les croisiéristes, les voyageurs aériens (4,5 Mds  /an) et les migrants – se retrouvent à la fois vulnérables et suspects. Une autre filière secondaire s’est fait jour dans le secteur évènementiel : pèlerinages internationaux (la ville sainte de Qom a infecté l’Iran; les célébrations d’une église évangélique, la Corée et l’Alsace); rassemblements sportifs, salons professionnels (plus de 10.000 /an), évènements culturels, etc. En « feuilletonnant », heure par heure, le décompte des morts et des malades, les media en surmultiplient l’impact émotionnel, ce qui propage le « sauve qui peut » et la psychose de l’effondrement, dans l’économie et dans la vie publique. En France, 1700 personnes décèdent chaque jour, de toutes les causes imaginables dont la grippe, infiniment peu, du coronavirus. Mais la panique peut tout désorganiser et s’avérer tueuse.

* 6 mars – Couleuvres. Combien de temps, l’arrangement russo-turc, négocié à Moscou, contiendra-t-il l’intervention turque dans la poche de résistance d’Idlib, au nord-ouest de la Syrie ?  Simple ébauche de cessez-le -feu en trois points, il n’est pas fait pour durer sur le terrain, mais pour sauver la face d’Erdogan quelque temps. Il instaure un corridor de 12 kilomètres de large le long de la route reliant Lattaquié à la Turquie, qui sera conjointement patrouillé par les deux pays. Le retour des populations déplacées et l’aide humanitaire devront être ’’ facilités, dans la mesure du possible’’. En fait, aucune procédure de mis à l’abri n’est d’actualité. En attendant, la progression des forces de Damas est actée et les rebelles comme leur parrain turc perdent du terrain. Le sort de l’autoroute M5 non- mentionné, pourrait sous-entendre qu’Ankara –  décidément en mauvaise posture – devra digérer sa déconfiture. Rien n’est dit, en particulier, du sort des postes militaires turcs encerclés par les troupes de Damas. Moscou tente de ménager un peu la face d’Erdogan et d’éviter toute confrontation directe, de crainte que la Turquie ne ferme le Bosphore à sa marine et n’empêche ses avions militaires de transiter par l’espace aérien turc. Malgré leur rivalité en Syrie (et en Libye), les deux pays souhaitent continuer à coopérer contre l’Occident dans de nombreux domaines, dont l’énergie. Les compatriotes d’Erdogan vont-ils digérer l’humiliation militaire ?

* 5 mars – CPI. La Cour pénale internationale décide l’ouverture d’une enquête pour crimes de guerre en Afghanistan, qui concerne des militaires américains. Mme Bensouda, à la tête du Ministère public, paraît vouloir précipiter les procédures pour crime de guerre au moment où les forces américaines évacuent à la hâte le pays, plongé dans la guerre civile.  L’enquête concernera tous les belligérants : talibans, armée afghane ou troupes de la coalition internationale. Parmi les alliés, la pratique tortionnaire au sein des prisons secrètes de la CIA concentre les griefs et promet de susciter de fortes tensions entre La Haye et Washington. Les États-Unis ont mené une offensive depuis 13 ans pour éviter d’e arriver là. Les juges vont être interdits de visa ou pire.  Le gouvernement afghan aussi s’affiche opposé à l’ouverture d’enquêtes, insistant que sa justice nationale peut suffire à la tâche. Les Talibans, pas vraiment au courant, n’en ont cure, sous-traitant la Justice à Allah, qui ne les contrarie jamais.

* 4 mars – Victoire dans l’opprobre. Déjà enkystés dans la culture et la psychologie de guerre, l’électeur israélien-type cautionne volontiers le délit de corruption de la part de ses dirigeants.  »Bibi » Netanyahou sort vainqueur du 3ème scrutin législatif dans son pays, en moins d’un an, même si le Likoud ne se maintient qu’à quelques sièges de la majorité. Il lui faudra débaucher un appoint dans les petits partis confessionnels radicaux. Sans jouer aux donneurs de leçon – la démocratie est aussi malmenée, chez nous – on peut s’interroger sur la compatibilité à terme d’une ancienne culture démocratique avec une préférence populaire marquée pour la guerre et la discrimination. Les Palestiniens, démunis de leurs terres et de leurs droits, persécutés au quotidien, achetés à vil prix par le plan de paix de Trump, doivent-ils, en plus, applaudir ?

* 3 mars – Grand Turc (tueur). Pour le président turc, le déferlement sur l’Europe de « millions » de migrants depuis son pays constitue un arsenal de chantage pour faire plier son grand voisin. Les rescapés du drame syrien, privés de protection, ne seraient bons qu’à servir de bélier pour déstabiliser directement la Grèce et la Bulgarie. Derrière ses déclarations contradictoires, R.T. Erdogan considère l’UE comme méprisable et manipulable. Recroquevillée dans ses peurs depuis la « crise migratoire » de 2015, celle-ci s’est précipitée dans la dépendance du dictateur d’Ankara, en lui confiant, en mars 2016, contre compensation financière, une mission d’endiguement de l’exode syrien. Ce pacte avec le diable, contraire au droit international et à l’humanité, entache le bilan d’Angela Merkel. Poursuivant ses humeurs conquérantes, Erdogan s’est débarrassé, dans la foulée, de la présence militaire occidentale dans le nord de la Syrie. Il entend annexer et repeupler ces territoires à sa façon (en chassant les Kurdes). S’en sont suivies trois offensives militaires, une crise de confiance au sein de l’OTAN, une confrontation directe avec les forces de Damas, la provocation de la plus terrible crise humanitaire du siècle à Idlib, face à l’aviation russe. L’essaimage de guerres atteint maintenant la Libye, où l’intervention turque contribue à précipiter l’échec de la médiation des Nations-Unies (démission ce jour du médiateur).

Dénoncer le fauteur de guerres, bloquer sa course folle, ne serait-ce pas la solution de bon sens ?

* 2 mars – Jihadisme français. Quelques dizaines de jihadistes français seraient engagées dans la bataille d’Idleb. Une vidéo montre trois de ces combattants servant une mitrailleuse, qui s’expriment entre eux en français.  Sous les ordres d’un recruteur français, les combattants initialement affiliés à Al Qaida, auraient constitué un camp politiquement autonome à la frontière turco-syrienne. Femmes et enfants seraient également avec eux.

– L’armée turque encerclée par les troupes syriennes dans la même zone, passe à l’offensive.

* 1er mars 2020 – Marée humaine. Erdogan le fait : « ouvrir les vannes de l’Europe » aux réfugiés entassés dans les camps de Turquie. Ils sont déjà nombreux à franchir la Mer Egée. La police grecque tente de les refouler. L’Agence Frontex se mobilise dans le même but (indigne). Pour satisfaire ses buts de guerre, le président turc fait chanter l’UE, qui en 2016 avait commis la folie de s’en remettre à lui. La pandémie ne va pas faciliter l’accueil de tous ces malheureux. Et que dire de ceux, aussi nombreux, qui sont déjà en Europe, mais qui sanctionnés par la police, chassés par les préfectures, privés de toute ressource pour survivre, vont affronter et transmettre le virus dans la clandestinité, sans pouvoir se faire soigner. Aux deux bouts de la chaîne migratoire, l’égoïsme est un tueur.

Remèdes prophylactiques

Lendemains de Brexit : Gueules de bois ou gueules de fauves, de part et d’autre de la Manche ?

I can fly, all alone !
I can fly, all alone !

Tout commence maintenant pour le Royaume Uni ! Dix mois, pour se repositionner dans tous les domaines. C’est le pari bravache et même un peu hystérique de Boris Johnson, dont le pays n’entamera que le 3 mars sa négociation sur le partenariat futur avec l’Union Européenne et, dès à présent, sa reconfiguration globale vers le grand large. Car il ne s’agit pas seulement pour Londres de se repositionner face aux 27. Tous les talents des négociateurs britanniques – car ils sont grands – et l’effectif d’experts mobilisable (plus restreint) y suffiront-ils ?

Sûrement pas, lorsqu’on sait qu’un simple accord commercial de libre-échange bilatéral prend communément de deux à dix ans pour être élaboré et prendre effet. Là, tout sera à réinventer, non pas dans l’esprit de rapprocher les normes et les intérêts en jeu – comme le voudrait la pratique habituelle – mais, au contraire, de les faire diverger le plus possible. Sinon, pourquoi divorcer ?

Le cap est donc mis sur le « global », la vision du monde dont rêvent les marchés, dans laquelle aucune régulation ne les encadrerait. Synonyme : la jungle. A une grosse nuance près : il n’est pas certain qu’une majorité de Britanniques, surtout les plus pauvres, approuvent ce pari.

Si on voulait provoquer une cassure totale et définitive avec le Continent, ce serait intellectuellement simple et dix mois y suffiraient largement. Ecartons pour l’heure l’ hypothèse d’un hard Brexit suicidaire. Car, outre-Manche, on n’entend pas déboucher sur un tableau cataclysmique de régression sociale et d’affrontements en chaîne. On voudrait le meilleur de tous les mondes, aux dépens éventuels des tiers… le beurre et l’argent du beurre, selon l’adage tant ressassé.

Redéfinir radicalement, après 47 ans de vie collective, son modèle de gouvernance étatique, économique et sociale n’est pas une mince affaire. Peut-on se défaire des normes continentales pour adopter celles du grand large (existent-elles d’ailleurs ?), sans casser quelques œufs dans son panier ? L’adaptation à plusieurs normes concurrentes de production, de consommation, de sécurité, etc tient de l’acrobatie. Certes, la moitié du commerce extérieur britannique, tournée vers l’Europe, est déficitaire. Mais n‘est-ce pas là une marque de fragilité qui inspire la prudence ? Au moins, cette moitié existe. Ne devrait-elle pas être sauvegardée par rapport à l’autre sphère d’échanges, en partie virtuelle ? Dans ces conditions, hisser sa stature dans la compétition mondiale des services et des industries, modifier en conséquence sa ligne de politique extérieure (deux veto anglo-saxons, au Conseil de Sécurité), attirer à soi les Etats-Unis, les pays du Commonwealth, la sphère de l’anglophonie au point de les contraindre tous à signer des accords de libre-échange « éclair » en un claquement de doigt, sans se coincer soi-même en position désavantageuse …n’est-on pas en train de vendre une chimère du type Incredible Hulk aux sujets de Sa Majesté ?

De même, est-il réaliste de restreindre l’installation d’étrangers non-désirés, sans entraver la mobilité des sujets britanniques, par le simple jeu de la réciprocité ? La barrière avancée contre l’immigration venant du Sud restera-t-elle en place à Calais, en l’absence d’une gestion commune de la frontière ? Les questions se bousculent.

2016 Oui UK au Breaxit

L’ardeur néo-thatchérienne du Premier Ministre, son impatience simplificatrice aux parfums populistes, l’aspiration nostalgique et patriotique de beaucoup d’Anglais (je ne dis pas « Britanniques ») à renouer avec leur grandeur passée, tout cela crée une ivresse furtive du « tout est possible désormais ». Le soufflé, évidemment, va retomber. Il sera toujours temps lorsque l’enlisement en viendra à désespérer les Brexiters, de chercher des souffre-douleur parmi des partenaires extérieurs – Bruxelles en tête – eux-mêmes cabrés sur leurs propres intérêts « égoïstes ».

D’ici là, comment la Grande Bretagne, fragilisée en son sein par la fronde des Ecossais et par la méfiance des Nord-Irlandais, va-t-elle parvenir à prendre et garder l’initiative dans tous les domaines, malgré les trois ans et demi de sa quasi-léthargie à formalise le Brexit ? De son côté, comment, l’Europe, qui se sent rejetée comme une piètre maîtresse, vivra-t-elle l’obsession britannique de se différencier d’elle jusqu’au paroxysme, en revisitant aussi le passé commun sous les couleurs les plus morbides ?

Le poids économique des Îles Britanniques n’étant plus ce qu’il a été, l’amertume communautaire pourrait se muer en volonté des négociateurs européens d’avoir le dernier mot sur tout ce qui est sur la table. Avec une pointe d’autoritarisme, la tentation de « punir le renégat » ou de lui prouver sa faute sera là, corollaire du souci européen de consolider l’édifice à 27.

Une déclaration politique commune très étoffé accompagne l’accord sur le Brexit. Elle est censée cadrer la méthode et les objectifs de la négociation qui s’ouvre. S’y tiendra-t-on avec constance ? L’humeur change. Les « feuilles de route » assignées aux négociateurs des deux bords annoncent les incompréhensions et tensions du lendemain. A ce critère, les références globales et patriotiques de Boris Johnson ont des connotations passées voire archaïques. De leur côté, les trente-cinq pages de directives rédigées à Bruxelles sont sévères et de ton défensif : pas de contournement des normes, pas de dumping sur le marché unique, pas d’accès à celui-ci sans soumission aux règles communes, même si la Cour de Justice du Luxembourg devrait être flanquée d’un tribunal « frère » britannique.

La Pêche constitue assurément LE dossier sur lequel l’UE paraît la plus faible : la position désavantageuse du demandeur. C’est d’ailleurs pour cela que Bruxelles veut en traiter en début d’agenda. Johnson n‘a pas beaucoup détaillé son plan de négociation, se contentant de prôner la préférence nationale, comme le ferait Marine Le Pen. En proposant des négociations annuelles sur les quotas et l’accès de chalutiers de l’UE aux eaux poissonneuses de l’Archipel, il entend s’armer d’un levier fort sur Bruxelles, le plus longtemps possible et aux conditions qui satisferont au mieux son industrie halieutique (laquelle exporte 80 % de sa pêche … vers le Continent). On ne le blâmera pas de maximiser cet atout, mais on peut aussi deviner que la réponse prévisible du côté communautaire sera : « pas de cadeau indu pour la pêche – pas de cadeau indu d’accès au grand marché continental ». Quand toutes les corporations affectées en seront à hurler leur fureur sur la voie publique, de part et d’autre de la Manche, les politiques sauront-ils suffisamment contrôler leurs nerfs pour calmer le jeu et avancer les concessions nécessaires ? Il faut en douter si on doit vivre et négocier dans une atmosphère populiste.

L’importation sans doute massive au Royaume Uni de produits agricoles « modifiés » américains, en dépit d’une probable vigilance des consommateurs britanniques; les offensives de débauche fiscale des entreprises tierces visant le marché continental; le contournement probable des accords de libre-échange passés par l’UE par des contre-accords britanniques passés sans précaution particulière; les visées américaines sur le système de santé britannique et au-delà; … celles de l’UE sur un éclatement géographique de la City, tout cela est susceptible de relancer, dans l’esprit des gens simples, comme un goût de Guerre de cent ans. My God (Sacré vindioux) !

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2020, Année du Coronavirus

Cet article reprend et étoffe une brève du blog, en date d’hier;

Ne voit rien, n’entend rien, n’absorbe pas le virus par la bouche – Remerciements à Plantu

 Survient soudain le Coronavirus, en Chine, et l’OMS patauge dans ses prescriptions, enserrée dans le bras de fer politique entre son siège et les Etats concernés. C’est précisément pour ménager l’égoïsme des Etats que les urgences d’intérêt général (santé, climat, alimentation, réfugiés,  enfance…) sont confiées à des agences multilatérales, sans réelle autorité sauf celle de se laisser malmener par les puissants. A quand un Conseil de sécurité sociale, humanitaire et environnementale, délibérant à la majorité, comme son homologue politico-militaire de New-York?  Du temps de Jacques Chirac, le quai d’Orsay avait poussé cette idée. J’ai eu l’occasion de la développer dans divers fora. Le Grand Jacques l’avait fait sienne dans son discours au monde tout au moins, sans doute sans grande illusion .

J’ai vécu la propagation-éclair l’infection pulmonaire SRAS à Canton, à la veille du Nouvel An de février 2003.  C’est de cette ville qu’elle est partie. Je l’avais moi-même contractée, le mois précédant, sous une forme bénigne mais persistante. Informé du coronavirus par un médecin gabonais diplômé de la faculté de médecine locale (notre unique correspondant médical dans cette ville de 12 millions d’âmes), j’ai lancé l’alerte dans la communauté expatriée. Puis, lorsque Chinois comme étrangers se sont retrouvés bloqués en quarantaine, j’ai mis en ligne la rubrique internet qui a maintenu le lien au sein de la communauté étrangère et avec mes collègue de Hongkong, lesquels se savaient menacés à court terme (et, effectivement…).

Le SRAS élégant

– Les autorités locales du Guangdong et de Canton ont  disparu, de février à mai : bureaux vides, téléphones débranchés. Les édiles locales consommaient volontiers des animaux exotiques vendus sur le marché-zoo alimentaire du quartier de Qing Ping et s’en vantaient même. Ces messieurs ont réapparu, fin-mai, pour un congrès « triomphal » de leur branche provinciale du Parti. Je m’y suis rendu, à leur « invitation », silencieux et porteur d’un masque. Les mandarins rouges ont vu rouge. Ils ignoraient pourtant que le masque est une courtoisie prophylactique pour autrui et non pas une protection pour soi-même ! Mais l’ustensile ne faisait pas macho et faisait même mauvais genre alors que la priorité du moment allait au retour des investisseurs français, attendus, avec leurs capitaux, par l’industrie locale (en contrepartie des délocalisations de nos entreprises). Leur obsession était en effet que, l’on garde un secret étanche sur la pandémie, pour sauvegarder à tout prix la manne des investissements occidentaux. Inutile précaution, alors que les média de la planète titraient sur le SRAS en Chine !

– A Paris, le ministère de la Santé interdisait que l’on corresponde avec les consulats de la zone infectée et les 5000 Français pris au piège. Cela a été expliqué, à distance, à mon épouse, rentrée à la hâte à Paris avec notre fils, lycéen. Là d’où elle venait, personne n’aurait d’ailleurs pris le risque de lui parler face à face, à cause des postillons. Surtout, éviter que ne soit demandé un rapatriement ou, pire, un épidémiologiste français, voire même la venue en Chine d’un spécialiste de l’OMS, ce qui aurait vexé, assurément, la Cité Interdite ! Pas un message, donc, pas un conseil ou à fortiori un encouragement, de la part de l’Ambassadeur de France à Pékin, entre février et juin, en réponse à mes points de situation quotidiens. J’avais, en fait, commis deux crimes passibles du silence hiérarchique, celui qui tue une carrière : mentionner le SRAS allait dissuader J-P Raffarin, alors premier ministre, d’effectuer une visite officielle importante  à Pékin, une ville contaminée bien plus tard. Paradoxalement, on ne m’avais pas mis au courant de ce projet de déplacement officiel et je ne l’ai découvert qu’à travers les média. L’Amba voyait dans ce contretemps SRAS un vrai « sabotage » voulu par ma personne (inventeur du coronavirus) et Paris lui laissait la main puisqu’il était l’Ambassadeur et pouvait à sa guise harceler l’Elysée au téléphone. Mon second acte de trahison est un drame interne : j’avais adressé directement à l’OMS les observations des rares médecins expatriés, souvent australiens, sur la maladie et l’OMS m’en avait remercié, de sorte que la tutelle hiérarchique du Quai d’Orsay s’en trouvait court-circuitée  ! C’est parfois dans des disputes hiérarchiques picrocholines que notre diplomatie se délecte, quand la vie de milliers de Français de Chine était en danger.

– Deux membres de mon équipe consulaire avaient contracté le virus et en restaient sérieusement sonnés. Le plus dur pour eux était l’absence d’écoute française sur ce qu’il leur arrivait : était-ce mortel ?… et le mur de silence dans lequel nous enfermait le « système France », pas loin de faire une croix sur ses lointains administrés perdus. En juin, nous étions enfin à l’abri du virus, mais pas totalement rassurés : la maladie quittait Canton, Nanning, Xiamen, Fuzhou, Hainan, etc., en même temps qu’elle s’accrochait à Hongkong  et se propageait vers le Nord de la Chine, jusqu’à Pékin. Dans la capitale, certains collègues se mettaient à paniquer et n’ont pas, bien sûr, remercié qu’on redirige immédiatement vers eux le médecin militaire français parvenu au consulat général de Canton, bien après la bataille.

– Le coronavirus recommence à jouer des siennes, cette fois depuis la métropole de Wuhan, place forte du constructeur automobile PSA et de la coopération universitaire française dans l’Empire du Milieu. Le virus aurait été activé par la consommation de viande de chauve-souris (certes, on entre dans l’Année de la Souris !). « A mon époque », on maudissait plutôt la civette de l’Himalaya et le pangolin du Bas-Congo. Dans les métropoles, le régime chinois a obtenu sur un claquement de doigt le remplacement de millions de deux-roues par des scooters électriques, plus chers. Mais il n’arrive pas à mettre à l’index les gibiers exotiques totalement sauvages, coûteux et infestés pour y substituerde la viande d’élevage saine et contrôlable.

Va-t-on finir par apprendre, en Chine comme en France ? BONNE ANNEE DU RAT !

Coupable !
Autre coupable : la civette himalayenne !
Encore plus coupable : Pangolin du Bas-Congo !

Extinction rébellion des classes moyennes

Article de Nicolas Baverez, dans Le Point – Novembre 2019. Une fois n’est pas coutume, l’Ours emprunte un article qui l’a convaincu au point qu’il regrette de ne pas l’avoir écrit lui-même. Reconnaissance à Nicolas Baverez, qui articule avec talent sociologie et géopolitique.

Réincarnation des sans-culottes ?
Les classes moyennes modestes se rebellent aux quatre coins du monde (illustration Ours)

Du Chili à Hongkong, d’Alger à Barcelone, le désespoir gronde et marque un tournant historique, notamment pour les démocraties. Il devra être entendu. Dans la continuité du mouvement des gilets jaunes, qui surplombe désormais le quinquennat d’Emmanuel Macron et a enterré ses velléités de réforme de la France, l’insurrection des classes moyennes se mondialise

Hongkong traverse depuis cinq mois une crise sans précédent, qui voit quelque 200 000 jeunes manifestants conduire une guérilla urbaine pour dénoncer le total-capitalisme chinois et exiger le départ de Carrie Lam, cheffe de l’exécutif aux ordres de Pékin.

– Au Chili, qui se considérait comme une oasis de stabilité au milieu des désordres de l’Amérique latine, l’augmentation du ticket de métro a déclenché des émeutes qui ont fait une vingtaine de morts et jeté dans les rues de Santiago plus de 1,2 million de personnes, y compris dans les quartiers favorisés, imposant la déclaration de l’état d’urgence et le déploiement de l’armée, pour la première fois depuis 1987 et la dictature de Pinochet.

– L’Equateur a connu des émeutes sanglantes et les protestations se multiplient en Argentine face à la chronique du retour annoncé des péronistes au pouvoir. En Bolivie, la déclaration de la victoire d’Evo Morales dès le premier tour de l’élection présidentielle, alors qu’un référendum de 2016 lui interdisait de se présenter à un quatrième mandat, a déclenché une grève générale. Au Liban, 1,3 million de personnes sur les 4 millions que compte le pays, toutes communautés confondues, se sont mobilisées le 18 octobre pour exiger le retrait de la taxe sur les appels via les messageries Internet, protester contre la corruption endémique qui ronge le pays et demander la réforme de l’Etat confessionnel.

– En Irak, la population s’est soulevée, au prix de plus de 200 morts, pour dénoncer la corruption et la confiscation du pouvoir par les chiites. A Alger, les manifestations du vendredi se poursuivent de manière pacifique, en dépit du durcissement de la répression, pour obtenir la fin de la dictature militaire dirigée par le chef d’état-major des armées, Ahmed Gaïd Salah.

– En Espagne, Barcelone vit au rythme des manifestations de masse et des émeutes urbaines depuis la condamnation de neuf dirigeants indépendantistes à des peines de neuf à treize ans de prison par la Cour suprême. 

Ces mouvements restent très divers et hétérogènes, dans leur nature et leur origine comme dans leurs aspirations : la lutte pour la démocratie à Hongkong ou à Alger, la dénonciation de la structure communautaire des institutions au Liban ou en Irak, la justice sociale au Chili. Mais il existe aussi des facteurs communs tant dans leur forme que dans leurs causes. 

– Plusieurs lignes de fracture. Tout d’abord, il s’agit d’une insurrection des classes moyennes, éduquées et urbanisées, et notamment de la jeunesse. Elle s’inscrit dans la durée et s’exprime par une violence radicale, sauf en Algérie. Elle n’est pas structurée autour de leaders, d’organisations ou d’un programme d’action, mais se catalyse de manière horizontale à partir des réseaux sociaux. Pour toutes ces raisons, ces mouvements fluides et radicaux restent insaisissables, difficiles à réprimer autant qu’à désarmer politiquement.

Ce soulèvement des classes moyennes s’enracine dans plusieurs lignes de fracture. En premier lieu, leur paupérisation et leur désintégration avec le blocage de la mobilité sociale, notamment en Amérique latine, qui connaît une nouvelle décennie perdue avec une croissance limitée à 0,2 % – contre 5,9 % en Asie et 3,2 % en Afrique –, ou au Liban, où le taux de chômage atteint 30 %. Ensuite, dans les pays prospères, la montée des inégalités de revenu et de patrimoine, indissociable du capitalisme de prédation qui sévit en Chine mais aussi au Chili, où 1 % de la population possède 25 % des richesses. Ces inégalités sont aggravées par la polarisation des territoires, qui va de pair avec des difficultés d’accès à l’éducation, à la santé ou à des retraites décentes, mais aussi à l’eau, à l’électricité ou aux transports. La situation est particulièrement critique dans le domaine du logement du fait des bulles immobilières, alimentées par les politiques monétaires expansionnistes et qui entraînent l’expropriation d’une partie de la population : à Hongkong, un emplacement de parking s’est vendu 970 000 dollars, tandis que les prix de l’immobilier se sont envolés de 150 % en dix ans à Santiago du Chili. Enfin, la perte totale de confiance dans les dirigeants et les institutions politiques, aggravée par la corruption – à l’image des scandales Petrobras et Odebrecht en Amérique latine –, encourage le basculement dans le désespoir et la violence. 

Point de rupture. La révolte mondiale des classes moyennes n’est pas sans rappeler celle de la jeunesse en 1968. Après les étudiants allemands en 1967, la France affronta la révolution de mai, qui faillit emporter la Ve République, tandis que les Etats-Unis s’enfonçaient dans l’émeute après l’assassinat de Martin Luther King et qu’enflait la mobilisation contre la guerre du Vietnam, que les étudiants japonais exigeaient la fermeture des bases américaines dans l’archipel, que le Mexique massacrait les manifestants sur la place des Trois-Cultures, que le printemps de Prague était étouffé par l’invasion de la Tchécoslovaquie, dans la nuit du 20 au 21 août, par 500 000 soldats des forces du pacte de Varsovie. 

En 1968 comme aujourd’hui, les objectifs des manifestants étaient très variés, voire opposés de part et d’autre du mur de Berlin. A l’ouest, une jeunesse, fascinée par la révolution et le maoïsme, fustigeait la société de consommation et les libertés bourgeoises ; à l’est, des adultes risquaient leur vie pour échapper au totalitarisme soviétique et pour accéder à la démocratie, à l’économie de marché et à l’Europe. Mais dans les deux blocs, la protestation marquait un point de rupture, actant la clôture du cycle de la reconstruction et de l’après-Seconde Guerre mondiale d’un côté, la faillite du socialisme et de l’économie planifiée de l’autre. 

– Des modèles caducs. La rébellion actuelle des classes moyennes marque aussi un tournant historique, notamment pour les démocraties, dont elles constituent le socle sociologique et politique. Leur décomposition, sous l’effet de la mondialisation, de l’ubérisation et de la robotisation, représente une menace majeure pour la survie de la liberté politique et de l’économie de marché. La violence reste condamnable mais le désespoir qu’elle exprime doit être entendu. La solution n’est pas dans la répression ou dans le pourrissement, option retenue par la plupart des pouvoirs contestés qui n’ont pas vu monter la colère. Les mesures d’urgence pour annuler les hausses de taxes, rétablir la justice fiscale, améliorer l’accès aux services de base, lutter contre la corruption, normaliser le statut des gouvernants sont indispensables et bienvenues. Mais elles ne suffiront pas.

Le modèle de la mondialisation libérale comme le total-capitalisme chinois sont désormais caducs. La crise appelle des politiques radicalement nouvelles, notamment au sein des démocraties, pour rendre confiance et espoir aux classes moyennes : le respect du principe « un homme, une voix » et l’encadrement strict du pouvoir économique dans les élections ; la restauration de l’impartialité de l’Etat et du jeu des contre-pouvoirs, qu’il s’agisse de la justice, des banques centrales ou des médias ; un nouveau pacte économique et social au service d’une croissance inclusive et durable ; la régulation du capitalisme de rente et de prédation, qui impose notamment la réintégration du secteur numérique dans l’Etat de droit ; la garantie de l’accès à l’éducation, à la santé et aux services de base en tout point du territoire ; le réinvestissement massif dans la sécurité intérieure et extérieure. Pour désarmer la révolte des classes moyennes et les réconcilier avec la liberté, il faut redonner sens à l’idée de progrès.

Cerner la Géopolitique, savoir où elle nous mène

 »Qui tient la mer tient le commerce du monde ; qui tient le commerce tient la richesse ; qui tient la richesse du monde tient le monde lui-même » (Walter Raleigh , 1552-1618, écrivain, poète, courtisan, officier et explorateur anglais – décapité à la tour de Londres)

Depuis la décennie 1980, la géopolitique connaît un beau succès populaire en France. Elle  se présente à nous sous plusieurs définitions : ‘’formation et action des puissances politiques dans l’espace’’ (Fondation des études pour la défense nationale) ; ‘’analyse géographique de situations socio-politiques’’ (Michel Foucher, géographe et diplomate français) ; ‘’tout ce qui concerne les rivalités de pouvoirs ou d’influence sur des territoires ou sur les populations qui y vivent » (Yves Lacoste, géographe et historien, fondateur de l’Institut géopolitique Français). A l’origine, cette discipline ne désignait que les rapports de pouvoir entre États, mais son contenu s’est étendu plus généralement à l’étude, dans l’espace, de l’exercice du pouvoir, quelle qu’en soit la nature – étatique, rebelle, économique ou autre – ou l’échelle – du village au continent jusqu’au cosmos. Elle tend aujourd’hui à mettre aussi en avant les désordres de l’écosystème et du climat, particulièrement perturbateurs du système mondial. Autrement dit, elle devient la science politique de la mondialisation, reliant le fait local au système mondial, en faisant un détour par l’étude des crises, des cataclysmes, des ambitions et des excès. 

Quels buts vise-t-elle ? Yves Lacoste en définit l’objectif ainsi : ‘’les raisonnements géopolitiques aident à mieux comprendre les causes de conflit au sein d’un pays ou entre Etats » (ou mouvements armés), mais aussi à  »envisager quelles peuvent être, par contrecoup, les conséquences de ces luttes dans les pays plus ou moins éloignés et parfois dans d’autres parties du monde’’ (Yves Lacoste :  »Géopolitique, la longue histoire d’aujourd’hui » – Larousse 2006). Le géopolitologue relie ainsi l’histoire passée, riche de ses enseignements, à la prévision ou à la prévention des conflits futurs. 

– Comment est-elle arrivée jusqu’à nous ? Le premier penseur géopolitique malgré lui, Hérodote d’Halicarnasse (484-425av. JC) était, comme il se doit, historien et géographe. Il disséqua la menace constituée par les Perses et des Egyptiens pour mieux en prémunir Athènes. On ne peut mettre la géopolitique en œuvre sans coller à l’Histoire. Etudier celle-ci implique de tracer des frontières sur des cartes, de situer dans l’espace les conquêtes et les revers de souverains, de localiser et répartir les populations, etc. C’est de même dessiner des fronts militaires (ou sociaux), des lieux de batailles dont on relèvera l’issue, des infrastructures de défense, des flux humains, en évaluant leur efficacité et leur coût. L’habillage de l’espace permet d’extrapoler les rapports de force à la source des politiques (et des nombreuses erreurs fatales en la matière) et d’analyser les raisonnements et les conduites des grands acteurs, d’en expliquer alors les hauts faits comme les échecs.

De ce raisonnement dans l’espace et au travers des comportements, on tirera des axes de recherche du style :  »pourquoi en est-on arrivé là ? »,  »quels peuvent être les évolutions, les causes de rupture ? »,  »quel conflit ancien pourrait resurgir, au détour de quelle contradiction nouvelle ? ». Mais le praticien va se heurter à une foule de manipulations historiques, d’intox conscientes ou non, à la  »vérité officielle » des propagandes devenues des dogmes historiques, qui polluent, à toute époque, la justification de l’exercice du pouvoir. La géopolitique est éminemment falsifiable : c’est son moindre défaut.

– De façon inhérente à sa composante ‘’politique’’, la géopolitique est, en effet, particulièrement exposée à récupération par les gouvernants civils ou les hiérarchies militaires, même dans l’Etat de droit. Les premiers tâtonnements théoriques remontent aux écrits de Machiavel ou de Clausewitz relatifs aux  »bonnes pratiques » pour comprendre et exploiter les rapports de forces. Confisquée à son profit par le pouvoir napoléonien (pour lequel  »tout pays a la politique de sa géographie »), elle n’a émergé, en tant que science plus ou moins objective qu’au 19ème Siècle, lorsque l’histoire est rentrée dans les programmes scolaires européens et qu’un public – suffisamment large et déjà bien informé – a formulé l’exigence d’une explication rationnelle des évolutions dans l’Europe des empires. Ces personnes partageaient le souci de cerner, avant les autres, les incidences possibles sur leur vie des troubles courants plus ou moins distants du monde extérieur. Dès 1848, avec l’affirmation des nationalités en Europe, les dirigeants ‘’démocratiques’’ se sont sentis tenus d’expliquer à leurs populations leur politique étrangère. Les journaux ont ouvert des rubriques sur le sujet. Les entreprises, lancées dans l’épopée impérialiste, ont calé leurs stratégies sur ce guide de l’intérêt national. Exclusivement européo-centrée, la géopolitique d’alors, comme l’histoire, ont épousé les causes  »patriotiques » de leur époque et les intérêts et valeurs de leurs commanditaires.

– Le mot lui-même est d’usage plutôt récent. ‘’Politische Geographie’’ est apparu, en Allemagne, dans les écrits de Friedrich Ratzel (1844-1904), botaniste et géographe ‘’patriote’’, engagé dans l’expansionnisme colonial et le ‘’sea power’’ (expansion maritime) pour le compte du 1er Reich. L’universitaire suédois Rudolf Kjellen (1864-1922) contractera le terme, en 1905, en ‘’Geopolitik’’, qui avait l’avantage de pouvoir servir aussi d’adjectif. En Prusse, la science géographique était la plus avancée qu’ailleurs en Europe et l’histoire était largement enseignée. La pensée d’Emmanuel Kant y avait préparé les esprits, en parvenant à conjuguer l’étude de l’espace à celle du temps. A la même époque, le  »darwinisme social’’, appliqué aux relations entre groupes humains,cherchait à accréditer l’idée que la ‘’loi de l’espèce’’ accordait tous les privilèges aux peuples les plus forts, à l’image de l’Evolution œuvrant contre les éléments faibles, dans la nature. Cette conception raciale a connu du succès en Europe, dans la première moitié du XXème siècle. Elle a empoisonné la science de l’Histoire et donc la géopolitique qui lui est cousine.

– La cousine anglo-saxonne de l’école allemande s’est développée dans l’optique d’une domination globale à maintenir sur les océans et sur les terres.

Le  »sea power » (théorie de l’empire maritime), tel que conçu par le stratège naval américain Alfred Mahan (1840-1914) définit la puissance d’un État (en l’espèce le Royaume-Uni) par la domination des mers ou océans.Son travail consiste donc il s’est spécialisé dans l’étude des principes stratégiques historiques régissant le contrôle des mers. Mais la planète comporte aussi une  »île mondiale » au milieu des océans. Halford John Mackinder (1861-1947) pose en postulat que, pour dominer le monde, il faut dominer l’île mondiale et principalement le cœur de cette île, le Heartland,  »pivot géographique de l’histoire » (allant de la plaine de l’Europe centrale à la Sibérie occidentale et en direction de la Méditerranée, du Moyen-Orient et de l’Asie du Sud). Pour rester une grande puissance mondiale, l’Angleterre doit aussi s’attacher à se positionner sur terre en maîtrisant les moyens de transport par voie de chemin de fer. L’approche géopolitique anglaise renvoie à une volonté de domination du monde via le commerce, en contrôlant les mers, puis désormais les terres. 

– Au lendemain du premier conflit mondial, l’Allemagne, prise dans  »l’étau du Traité de Versailles’’, en inaugura une nouvelle dimension, défensive et victimisée. Les spécialistes allemands théorisèrent scientifiquement les injustices imposées par les vainqueurs et justifièrent la préparation d’une revanche contre les ‘’vieilles’’ démocraties (cf. les ‘’Zeitschriff für Geopolitik’’ de Karl Haushofer, revue très prisée du monde politique allemand dans l’entre-deux-guerres). La pensée stratégique de Vladimir Poutine reflète assez bien cet état d’esprit, de nos jours.

– Dans les années 1930, le nazisme s’est emparé de cet outil, pour en faire ‘’une sorte de slogan pseudo-scientifique’’ (Yves Lacoste p 18), exaltant la population allemande dans sa guerre de conquête et d’oppression (‘’lebensraum’’/ espace vital ; ‘’Staat als Lebenform’’ / nature organique de l’Etat, etc.). Il était donc inévitable, au lendemain de la seconde guerre mondiale, que la science géopolitique, dévoyée par les propagandistes nazis, ait sombré dans la stigmatisation et le tabou. En France, cela a duré trois décennies. Hormis l’ouvrage de Vidal de la Blache ‘’France de l’Est’’, les géographes ne s’intéressaient guère au politique et les historiens préféraient travailler entre eux. 

– La géopolitique a néanmoins resurgi – sous d’autres vocables et dans une optique essentiellement stratégique – avec la guerre froide. Parmi d’autres, la crise de Berlin (1948-49) et celle des fusées à Cuba (1962) ont vu les deux blocs  »jouer » une partie au bord du gouffre, autour de cartes et de paris raisonnés sur le comportement l’un de l’autre. L’Alsace-Lorraine ‘étant plus à récupérer, pour la France, le plus géopolitique tenait aux conflits coloniaux, dont elle ne parvenait pas à s’extraire. Une nouvelle application de la géopolitique est apparue en rapport avec ce problème, appelant une approche plus civile et institutionnelle que classiquement militaire. Elle correspondait aussi  aux évolutions de la science politique : éclairer la problématique des résistances nationales, les perspectives tant d’une pérennisation des affrontements que de l’octroi des indépendances, l’atout du pétrole saharien et des sites d’expérimentation nucléaire, les choix de souveraineté dans et hors de l’OTAN. Si entre les deux blocs, on s’accuse avec acrimonie, de menées  »géopolitiques’’, (c’est dire…), dans la France du général de Gaulle, on parlera plutôt  ‘’d’options de politique étrangère’’. Mais on sait bien de quoi il s’agit.

– En décembre 1978, l’incompréhension saisit les politologues français : les communistes vietnamiens lancent une invasion contre les communistes khmers rouges, alors qu’on croyait impensable un conflit entre vainqueurs de la ‘’guerre américaine’’ du Vietnam. En février 1980, c’était au tour de la Chine communiste de ‘’punir’’ son voisin vietnamien. L’URSS met alors la Chine en garde et fait entrer sa marie en mer de Chine. Le tropisme classiquement ‘’idéologique’’ des commentateurs français s’en trouve complètement pris de court. Le Monde en conclut qu’il faudrait chercher, ‘’dans la géopolitique’’, un complément d’explication à l’histoire classique. Le monde journalistique embraye. Le terme, dont l’origine allemande était alors complètement oubliée, s’en trouve réhabilité. Il est rapidement réinvesti dans d’autres conflits atypiques (Liban, Afghanistan, Iraq-Iran et surtout l’implosion de l’URSS, en 1991, et la nouvelle donne européenne, les équipées américaines en Iraq, en 1991 et 2003, les visées chinoises en Mer de Chine, plus récemment les incursions de la Russie de Poutine dans les Etats voisins… ). Depuis 1976, une revue de géographie et de géopolitique vaut référence pour l’école française éponyme. Elle s’appelle, bien sûr, ‘’Hérodote’’.

– Dans ce blog, fort peu académique et plutôt branché sur l’actualité du monde (sans omettre l’influence de l’Histoire), je suis mon propre fil : «géopolitique = géographie + politiques + sociologie + échanges économiques + rapports de puissance, de domination ou d’émancipation ». La chronologie des  »brèves » (une ou deux par jour) s’appliquent à montrer que le monde bouge, au quotidien, dans tous ses retranchements, zones de lumière ou zones d’ombre. Il faut courir derrière pour ne pas perdre la  »grande image » de notre époque. Les cartes sont le plus souvent remplacées par des dessins d’ours, car il faut bien éviter d’assommer le client-lecteur mais les cartes sont dans la tête de l’Ours.

S’agissant d’ambitions, de rivalités ou de luttes, le cercle des acteurs concernés n’a cessé de se diversifier. Ainsi, Al Qaida et Daech sont devenus des grands classiques de l’analyse géopolitique, dans notre ère de fusionnement de toutes les sciences humaines.  Chacun d’entre nous est un micro-acteur car les grands flux de la mondialisation puisent à  source des individus  »atomisés » au sein des sociétés. Je fais mienne la théorie du Prof. Bertrand Badie (enseignant à l’IEP), comme quoi les contradictions qui s’expriment à l’international répondent à des dynamiques très comparables voire identiques à celles que l’on perçoit sur la scène sociale. Il n‘y a pas de cloisonnement de part et d’autre des frontières et des mers : les mêmes sciences humaines opèrent de la même façon. La pluralité vaut aussi pour les domaines de mise en tension, qui outre le social, le militaire, la culture et les valeurs qu’elle porte, les épopées historiques, les croyances religieuses, englobent de plus en plus la technologie (le numérique, les réseaux, les robots, les armes de destruction massive, les biotechnologies, l’espace, la météorologie, l’écologie, les réalités sociologiques, etc.). En fait, en dehors des affaires immédiates du village (quoi que…), de la routine des jours heureux, des faits divers les plus fortuits, de l’éducation de base, de la chansonnette et du sport (quoi que, encore…), la géopolitique s’intéresse à tout ce qui fait bouger le monde. Pas moins…

 

Friedrich Ratzel, fondateur (coupable) de la géopolitique

Rapport du Haut Conseil pour le climat : un aperçu de notre avenir

En plein cœur de la crise des gilets jaunes, après avoir écouté les suggestions et demandes de think tank et organisations français, le Président de la République a installé le 27 novembre 2018 un conseil d’experts chargé d’apporter un éclairage indépendant sur la politique du gouvernement en matière de climat. Ce Haut Conseil pour le Climat (HCC) a été officiellement créé par décret le 14 mai 2019, et a rendu, le 25 juin, son premier rapport au gouvernement Agir en cohérence avec les ambitions. Ce texte, conforme au dernier rapport du GIEC est assez décoiffant.  Il appel, ainsi, à des ruptures économiques, sociales, culturelles, techniques pour  se donner les moyens d’atteindre l’objectif climatique fixé par les Nations à la COP-15 de Copenhague: ne pas dépasser 2°C d’élévation de la température planétaire relativement à période pré-industrielle.

Les carottes bretonnes sont des puits de carbone !

 

Le rapport concerne les objectifs de neutralité carbone en 2050, portés par la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC). Ces conclusions sont sans appel : « La France n’est pas sur une trajectoire compatible avec ses engagements ». Les experts expliquent que l’objectif de neutralité carbone en 2050 est techniquement réalisable mais implique une transformation profonde de l’économie et de la société. Pour cela, ils donnent plusieurs grandes lignes à suivre :

1 Assurer la compatibilité des lois et grands projets nationaux structurants avec la Stratégie Nationale Bas Carbone. Soumettre toute initiative à un budget carbone annuel.

2 Renforcer les instruments des politiques climatiques (taxes, quota, subventions…). L’empreinte carbone des Français a augmenté de 20 % en 20 ans. La désindustrialisation en est une cause majeure, si on comptabilise le CO2 lié aux importations, déjà plus important que le CO2  »domestique » 6,6 t par habitant sur 11 t au total ). La politique de relocalisation en France des unités de production s’impose. De même, l’électrification des transports, de l’industrie et de l’agriculture via le recours aux énergies nouvelles, qui nécessite, en pré-requis la création de vastes réseaux d’infrastructures de production et de distribution d’énergie. En sens inverse, cessation de toute subvention aux énergies carbonées.

3 – Identifier et mettre en place les changements structurels nécessaires pour préparer l’économie et la société française à la neutralité carbone (agriculture, urbanisme, aménagement du territoire, éducation). Préserver les puits de carbone.

4 – Assurer une transition juste. La sobriété consumériste doit être engagée au niveau des classes fortunées, les plus engagées dans l’hyper-consommation et l’effet d’imitation autour d’elles. La transition n’est efficace qu’à partir d’une réduction des inégalités. Partage de l’effort de l’Etat avec les entreprises, les contribuables, les collectivités, l’UE.

  1. Articuler la Stratégie Nationale Bas Carbone à toutes les échelles : niveaux de revenu et de protection sociale, disparités géographiques, entreprises et particuliers, dans un souci d’équité.
  2. Evaluer systématiquement l’impact en émissions de gaz à effet de serre des politiques et mesures, dès l’amont mais aussi en aval.
  3. Renforcer le projet de Stratégie Nationale Bas Carbone révisé, en tenant compte des échanges et des transports internationaux

Si la France veut atteindre ces objectifs de neutralité carbone en 2050, elle doit donc engager une série de transformations socio-économiques et structurelles majeures. La politique climatique doit dépasser son format sectoriel : chaque loi et projet doivent être discutés sous le spectre de la Stratégie Nationale Bas Carbone, qui doit être inscrite dans la loi afin de devenir contraignante. C’est de la bonne architecture de ce dispositif, du réglage au bon niveau d’incitation ou de contrainte de chaque instrument, de leur évolution dans le temps,
de leur compatibilité avec des objectifs de justice sociale et de transparence que dépendra le succès de la lutte contre le changement climatique.

(sources diverses : HCC – Ecrits de Mme Corinne Le Quéré – Pacte Finance-Climat)

ours polaires sur un iceberg

source : overblog (deux cousins de l’Ours, gênés aux entournures)

L’encagement indécent des exilés

1 – Vous connaissez sans doute La Cimade et son engagement pour le droit des étrangers, depuis la fin des années 1930. Une de ses missions est d’intervenir dans plusieurs lieux d’enfermement, centres de rétention administrative comme prisons. L’association est présente à ce jour au sein de 8 centres de rétention ( Guadeloupe, Bordeaux, Hendaye, Matoury, Mesnil-Amelot, Rennes, La Réunion et Toulouse) et dans 75 établissements pénitentiaires. Grâce à cette double fenêtre, elle observe une porosité croissante entre ces deux formes d’enfermement. Elle assiste à la multiplication des cas de double peine, s’agissant de personnes qui, à leur sortie de prison -peine purgée-, se voient (ré)enfermées en centre de rétention. En sens inverse, de plus en en plus d’étrangers enfermés en rétention finissent entre quatre (autres) murs pénitentiaires. De ce fait, l’ONG est à même de quantifier le phénomène de manière empirique et d’en tirer la synthèse infographique ci-jointe :

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Les trente-trois plaies de la boule sous nos pattes

La Force est avec l’ourson Géo. Géo dit l’avenir géopolitique

Ici, l’Ourson Géo ! Je suis comme lassé par les balivernes littéraires que vous impose mon associé humain, sur le présent blog. Pures billevesées, tous ces cochons déguisés en moutons ! Dans une optique ourso-stratégique, ce sont les « collapses » (in french : effondrements), provoqués par les humains, qui dégradent le plus inconsidérément notre Terre (Earth), où les ours ne sont plus que des « colocs » désemparés. Bertrand (le type qui lit Le Monde) n’en parle pas assez et pendant qu’il écume la banlieue sur son scooter, Moi-Je-Personnellement-in Personnae-ursidus, m’empare du clavier et vais vous révéler l’avenir.

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Ma déclaration universelle des droits de l’Homme (« je vous aime, je vous aime, moi non plus ! »)

René Cassin et Eleanore Roosevelt, lors de l’adoption

La façon dont n’a pas été célébré, ce 10 décembre, le 70 ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme confirme, après des déferlement de violence, que ce socle des libertés fondamentales de l’Humanité, au mieux, n’intéresse plus. Au pire, il est devenu la marque d’un monde disparu. Foin d’utopie universelle (deux mots suspects)! Oublions la fraternité des peuples, chacun doit rester coincé sur son bout d’asphalte, dans sa rage victimaire, et imposer sa loi, jusqu’à tout sacrifier : ne pas dialoguer, ne rien lâcher, surtout !

J’exagère un brin. Dans certaines de nos villes, des gens plus humains, vêtus de jaune, ont rallié les marches pour le climat et ont « verdi », non sans discernement, leurs préoccupations initiales dans celles de l’Humanité. Lire la suite

Les gilets jaunes, archétype des confrontations mondiales ?

Réincarnation des sans-culottes ?
The Gilets jaunes, (yellow vests) are anti-globalisation and furious

Je suis loin d’approuver BHL sur tout, mais je dois dire que son récent discours devant le CRIF, concernant le phénomène des « gilets jaunes », est assez convainquant. Ce type de révolte « à la base » est un classique de l’histoire de France : les pantalons rayés des sans-culotte de juillet 1789 préfiguraient bien nos gilets fluo d’aujourd’hui. Justement insatisfaits de l’état du Royaume, ils tendent, comme on dit, à « péter les plombs » et s’en prennent à tout ce qui paraît injuste, dans leur représentation enfantine de la chose publique. Cela justifie à leurs yeux un vrai passage à l’acte. « Libératrice », la violence leur ferme aussi tout horizon. Elle les confronte à des tyrannies un peu fantasmées et, dans leur spontanéité, ils font erreur sur leurs cibles : déjà, ce pauvre gouverneur Delaunay et la quinzaine de fils à papa enfermés à la Bastille en 1789, n’étaient pas vraiment le cœur arrogant de l’ancien régime. On a fait comme si. Même méprise chez les « boulangistes » en 1879, chez les « ligueurs » en 1934, chez les « bonnets rouges », il y a peu.

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Hulot en dissidence, Macron en terrain miné, M. Toulemonde en prostration : rentrée agitée ?


La transition écologique n’est pas en marche – illustration du Monde

Il faut dire que les temps ont changé (publié chez Albin Michel – août 2018)
Présentant son dernier ouvrage sur France Inter, l’économiste Daniel Cohen constatait sans plaisir un haut degré de «désocialisation» dans les strates populaires françaises. Un changement du monde, parmi d’autres, qui nous parle.

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