Rapport du Haut Conseil pour le climat : un aperçu de notre avenir

En plein cœur de la crise des gilets jaunes, après avoir écouté les suggestions et demandes de think tank et organisations français, le Président de la République a installé le 27 novembre 2018 un conseil d’experts chargé d’apporter un éclairage indépendant sur la politique du gouvernement en matière de climat. Ce Haut Conseil pour le Climat (HCC) a été officiellement créé par décret le 14 mai 2019, et a rendu, le 25 juin, son premier rapport au gouvernement Agir en cohérence avec les ambitions. Ce texte, conforme au dernier rapport du GIEC est assez décoiffant.  Il appel, ainsi, à des ruptures économiques, sociales, culturelles, techniques pour  se donner les moyens d’atteindre l’objectif climatique fixé par les Nations à la COP-15 de Copenhague: ne pas dépasser 2°C d’élévation de la température planétaire relativement à période pré-industrielle.

Les carottes bretonnes sont des puits de carbone !

Le rapport concerne les objectifs de neutralité carbone en 2050, portés par la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC). Ces conclusions sont sans appel : « La France n’est pas sur une trajectoire compatible avec ses engagements ». Les experts expliquent que l’objectif de neutralité carbone en 2050 est techniquement réalisable mais implique une transformation profonde de l’économie et de la société. Pour cela, ils donnent plusieurs grandes lignes à suivre :

  1. Assurer la compatibilité des lois et grands projets nationaux structurants avec la Stratégie Nationale Bas Carbone. Soumettre toute initiative à un budget carbone annuel.
  2. Renforcer les instruments des politiques climatiques (taxes, quota, subventions…). L’empreinte carbone des Français a augmenté de 20 % en 20 ans. La désindustrialisation en est une cause majeure, si on comptabilise le CO2 lié aux importations, déjà plus important que le CO2  »domestique » 6,6 t par habitant sur 11 t au total ). La politique de relocalisation en France des unités de production s’impose. De même, l’électrification des transports, de l’industrie et de l’agriculture via le recours aux énergies nouvelles, qui nécessite, en pré-requis la création de vastes réseaux d’infrastructures de production et de distribution d’énergie. En sens inverse, cessation de toute subvention aux énergies carbonées.
  3. Identifier et mettre en place les changements structurels nécessaires pour préparer l’économie et la société française à la neutralité carbone (agriculture, urbanisme, aménagement du territoire, éducation). Préserver les puits de carbone.
  4. Assurer une transition juste. La sobriété consumériste doit être engagée au niveau des classes fortunées, les plus engagées dans l’hyper-consommation et l’effet d’imitation autour d’elles. La transition n’est efficace qu’à partir d’une réduction des inégalités. Partage de l’effort de l’Etat avec les entreprises, les contribuables, les collectivités, l’UE.
  5. Articuler la Stratégie Nationale Bas Carbone à toutes les échelles : niveaux de revenu et de protection sociale, disparités géographiques, entreprises et particuliers, dans un souci d’équité.
  6. Evaluer systématiquement l’impact en émissions de gaz à effet de serre des politiques et mesures, dès l’amont mais aussi en aval.
  7. Renforcer le projet de Stratégie Nationale Bas Carbone révisé, en tenant compte des échanges et des transports internationaux

Si la France veut atteindre ces objectifs de neutralité carbone en 2050, elle doit donc engager une série de transformations socio-économiques et structurellesmajeures. La politique climatique doit dépasser son format sectoriel : chaque loi et projet doivent être discutés sous le spectre de la Stratégie Nationale Bas Carbone, qui doit être inscrite dans la loi afin de devenir contraignante. C’est de la bonne architecture de ce dispositif, du réglage au bon niveau d’incitation ou de contrainte de chaque instrument, de leur évolution dans le temps,
de leur compatibilité avec des objectifs de justice sociale et de transparence que dépendra le succès de la lutte contre le changement climatique.

(sources diverses : HCC – Ecrits de Mme Corinne Le Quéré – Pacte Finance-Climat)

ours polaires sur un iceberg

source : overblog (deux cousins de l’Ours, gênés aux entournures)

L’encagement indécent des exilés

1 – Vous connaissez sans doute La Cimade et son engagement pour le droit des étrangers, depuis la fin des années 1930. Une de ses missions est d’intervenir dans plusieurs lieux d’enfermement, centres de rétention administrative comme prisons. L’association est présente à ce jour au sein de 8 centres de rétention ( Guadeloupe, Bordeaux, Hendaye, Matoury, Mesnil-Amelot, Rennes, La Réunion et Toulouse) et dans 75 établissements pénitentiaires. Grâce à cette double fenêtre, elle observe une porosité croissante entre ces deux formes d’enfermement. Elle assiste à la multiplication des cas de double peine, s’agissant de personnes qui, à leur sortie de prison -peine purgée-, se voient (ré)enfermées en centre de rétention. En sens inverse, de plus en en plus d’étrangers enfermés en rétention finissent entre quatre (autres) murs pénitentiaires. De ce fait, l’ONG est à même de quantifier le phénomène de manière empirique et d’en tirer la synthèse infographique ci-jointe :

Lire la suite

Les trente-trois plaies de la boule sous nos pattes

La Force est avec l’ourson Géo. Géo dit l’avenir géopolitique

Ici, l’Ourson Géo ! Je suis comme lassé par les balivernes littéraires que vous impose mon associé humain, sur le présent blog. Pures billevesées, tous ces cochons déguisés en moutons ! Dans une optique ourso-stratégique, ce sont les « collapses » (in french : effondrements), provoqués par les humains, qui dégradent le plus inconsidérément notre Terre (Earth), où les ours ne sont plus que des « colocs » désemparés. Bertrand (le type qui lit Le Monde) n’en parle pas assez et pendant qu’il écume la banlieue sur son scooter, Moi-Je-Personnellement-in Personnae-ursidus, m’empare du clavier et vais vous révéler l’avenir.

Lire la suite

Ma déclaration universelle des droits de l’Homme (« je vous aime, je vous aime, moi non plus ! »)

René Cassin et Eleanore Roosevelt, lors de l’adoption

La façon dont n’a pas été célébré, ce 10 décembre, le 70 ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme confirme, après des déferlement de violence, que ce socle des libertés fondamentales de l’Humanité, au mieux, n’intéresse plus. Au pire, il est devenu la marque d’un monde disparu. Foin d’utopie universelle (deux mots suspects)! Oublions la fraternité des peuples, chacun doit rester coincé sur son bout d’asphalte, dans sa rage victimaire, et imposer sa loi, jusqu’à tout sacrifier : ne pas dialoguer, ne rien lâcher, surtout !

J’exagère un brin. Dans certaines de nos villes, des gens plus humains, vêtus de jaune, ont rallié les marches pour le climat et ont « verdi », non sans discernement, leurs préoccupations initiales dans celles de l’Humanité. Lire la suite

Les gilets jaunes, archétype des confrontations mondiales ?

Réincarnation des sans-culottes ?
The Gilets jaunes, (yellow vests) are anti-globalisation and furious

Je suis loin d’approuver BHL sur tout, mais je dois dire que son récent discours devant le CRIF, concernant le phénomène des « gilets jaunes », est assez convainquant. Ce type de révolte « à la base » est un classique de l’histoire de France : les pantalons rayés des sans-culotte de juillet 1789 préfiguraient bien nos gilets fluo d’aujourd’hui. Justement insatisfaits de l’état du Royaume, ils tendent, comme on dit, à « péter les plombs » et s’en prennent à tout ce qui paraît injuste, dans leur représentation enfantine de la chose publique. Cela justifie à leurs yeux un vrai passage à l’acte. « Libératrice », la violence leur ferme aussi tout horizon. Elle les confronte à des tyrannies un peu fantasmées et, dans leur spontanéité, ils font erreur sur leurs cibles : déjà, ce pauvre gouverneur Delaunay et la quinzaine de fils à papa enfermés à la Bastille en 1789, n’étaient pas vraiment le cœur arrogant de l’ancien régime. On a fait comme si. Même méprise chez les « boulangistes » en 1879, chez les « ligueurs » en 1934, chez les « bonnets rouges », il y a peu.

Lire la suite

Hulot en dissidence, Macron en terrain miné, M. Toulemonde en prostration : rentrée agitée ?


La transition écologique n’est pas en marche – illustration du Monde

Il faut dire que les temps ont changé (publié chez Albin Michel – août 2018)
Présentant son dernier ouvrage sur France Inter, l’économiste Daniel Cohen constatait sans plaisir un haut degré de «désocialisation» dans les strates populaires françaises. Un changement du monde, parmi d’autres, qui nous parle.

Lire la suite

Aquarius, Aquarius, l’Europe s’en va à l’eau…

Opération solidarité européenne et envers les exilés, le 27 juin

C’est l’Ourson qui vous grogne à l’oreille : le titulaire du blog n’ayant pas les nerfs à gueuler un grand coup, je m’empare du clavier pour ce faire. Vous avez entendu nos dirigeants, ces derniers jours ? Ils annoncent fièrement repousser le flux des exilés des pays en crise, telles de vulgaires algues vertes vénéneuses, néanmoins « assez bonnes » pour être épandues sur les plages de nos voisins du Sud. Bonjour l’amitié euro-méditerranéenne ! On va mieux intégrer ceux qui obtiennent l’asile mais expulser systématiquement les autres (M. Lapin-aux-yeux-bleus dixit, en Bretagne, le 22 juin). On commencera par incarcérer tout le monde, enfants compris.

Lire la suite

Refuser les « rafles » et le bannissement des exilés, par fidélité à notre devise nationale

Le pire les attend chez nous …

En novembre 2017, 470 associations et collectifs d’aide aux migrants ont lancé l’initiative d’Etats généraux des migrations. La « France qui accueille » espère se faire entendre, face à la politique de persécution des victimes et des désespérés. Le gouvernement de la France, comme l’Europe, se sont jusqu’à présent soustraits à tout appel au dialogue citoyen sur le sujet. Pour la première fois depuis 2008, Amnesty International, le Secours catholique, la Croix-Rouge française, Médecins du monde mais aussi le Gisti ou Emmaüs International se regroupent pour réclamer une autre politique, transparente et conforme aux valeurs de notre pays. Alors que le gouvernement a entamé l’examen de son projet de loi « asile et immigration », la mobilisation de cette France fraternelle va revêtir des formes concrètes et visibles : pétitions, chroniques, actions de terrain pacifiques sur la place publique. Lire la suite

La France de M. Collomb fait « le grand ménage » chez les exilés


Grand coup de balais sur les exilés : expulsions vers le pays d’origine, retours forcés vers le premier pays de transit, refoulement à la frontière,«centres de retour» fermés: le Gouvernement prépare le renvoi en masse des «sans-papiers», mais aussi de demandeurs d’asile”. Un projet de loi à dénoncer.

Depuis le début de son mandat, Emmanuel Macron assume une politique répressive sur le contrôle de os frontières, contrepartie à son attitude supposément accueillante à l’égard des réfugiés. Double discours, réalité unique… Alors que le chef de l’État insiste sur le distinguo entre « demandeurs d’asile » et « migrants économiques », les mesures introduites à petites doses ici et là au cours des derniers mois visent à renvoyer aussi bien les uns que les autres. Le langage « moral » tenu à nos partenaires européens ne souffre pas critique. La réalité du terrain, celle que dictent les préfectures, est aux antipodes du respect de la Loi et de tout sentiment d’humanité. On sait qu’en vertu des accords de Dublin III, le premier pays d’entrée dans l’UE est considéré compétent pour statuer sur une demande d’asile. Lors de sa campagne électorale, le Président de la République avait jugé cette règle inique, parce qu’elle fait peser toute la charge des procédures sur les quelques mêmes pays du pourtour européen. Dont acte.

– Ce temps est révolu. Le Lapin jovien s’évertue désormais à maximiser le “rendement” des expulsions. La police aux frontières organise les renvois, de très peu celui d’exilés dans leur pays d’origine, mais beaucoup plus de « dublinés« chez nos partenaires européens. Sans forcément aboutir, d’ailleurs, puisque les pays de première arrivée dans l’UE – en principe responsables de faire eux-même le tri – s’ingénient, de leur côté, à empêcher toute réadmission sur leur territoire de ces égarés, sans destiation. Du fait de la géographie, beaucoup de ces «dublinés» arrivent chez nous en transitant par l’Italie, la Grèce ou la Bulgarie. Mais depuis quelques mois, ils sont nombreux à rejoindre la France par l’Allemagne, où 400.000 à 500.000 personnes ont vu leur demande d’asile déboutée (sur plus d’un million d’exilés accueillis, entre 2015 et 2016). Le Gouvernement craindrait particulièrement ce mouvement migratoire «secondaire». Du coup, il réagit très fort. Lire la suite

Etat de soupçon permanent : Montesquieu contrit, dans sa tombe

L’état permanent succèdera à l’état d’urgence. Oublié et trahi, pauvre Montesquieu !

Comment ne pas s’alerter devant le projet de loi « renforçant la lutte contre le terrorisme et la sécurité intérieure »,  soumis le 7 juin au Conseil de Défense ? « Assignations à résidence, perquisitions administratives, fermetures de lieux de culte, zones de protection et de sécurité, toutes, des mesures emblématiques du régime d’exception créé en 1955 pendant la guerre d’Algérie et perfectionné par touches successives depuis les attentats du 13 novembre 2015. Comme pour rajouter une couche à l’état d’urgence, chaque nouveau scrutin semble devoir exacerber un peu plus cette bonne vieille peur venue du fond des chaumières.

L’arsenal des temps d’exception va donc être pérennisé en droit commun, moyennant quelques adaptations de forme. Et tant pis pour les règles du droit comme pour les prérogatives de nos institutions judiciaires ! Grâce au pouvoir régalien d’un président, que l’on pressent affranchi de tout contrepoids politique, sous le règne de Emmanuel Macron, l’Exécutif est parti pour prendre le pas sur le Judiciaire, en s’affranchissant simplement de la Constitution, des libertés fondamentales et de la dignité des gens. L’Esprit des lois de Montesquieu serait-t-il piétiné, la démocratie en Amérique de Tocqueville laissée aux Iroquois, le bel échevin juridique de la Vème République du Général, oublié : seul l’article 16 pourrait survivre dans l’esprit d’origine, du moins tant que le Ministère de l’Intérieur assurera la Justice (et la Législation ?), conjointement à l’Ordre.

Le Monde du 8 juin donnait à croire qu’aucune donnée personnelle ne serait plus à l’abri d’une confiscation, aucun dormeur à l’abri d’une perquisition de nuit sur décision administrative (préfectorale), enfin, qu’aucun citoyen (mal)pensant et agissant ne serait vraiment prémuni contre une interdiction de territoire * ou une assignation préfectorale à résidence, avec perte de travail et de réputation à la clé. Le Conseil d’Etat a rectifié l’opus à la marge, en réintroduisant le juge de la détention et des libertés dans le circuit des perquisitions. Ouf ! Mais, sauf nouvel amendement ou  »retoquage » par le Conseil constitutionnel, le fil conducteur demeure : dans l’état permanent, les préfets seront censeurs de leurs administrés, en vertu du principe de soupçon. Il ne s’agit pas tant de trouver le point d’équilibre entre l’attachement aux libertés démocratiques et la nécessité d’en adapter les marges à l’impératif de sécurité. La culture routière du radar flasheur va être appliquée à nos (mauvaises) intentions secrètes.

Le Défenseur des droits, Jacques Toubon, dénonce, avec courage, cette « pilule empoisonnée ». Le traitement risque en effet d’être de longue durée, sans interruption possible. En effet, si un attentat survenait le jour-même d’un retour à l’état démocratique de droit, alors, quid de Jupiter ? L’application normale de la Loi Fondamentale de notre démocratie sera-t-elle renvoyée aux « jours heureux », si chers à Jean-Luc Mélenchon ? Le jour où se sera oublié tout trouble à l’ordre public, évanoui le dernier risque terroriste, dissipé le dernier soupçon préfectoral à l’égard des  »citoyens-délinquants », l’Esprit des Lois et la séparation des Pouvoirs seront-ils rétablis ? Sans doute… ou pas, c’est un rendez-vous à prendre avec l’Histoire.

Jusque là, on nous rappellera, urbi et orbi, que nos concitoyens se sentent « menacés de toute part ». On nous assurera qu’ils n’ont de cesse de voir fermement réprimé l’afflux « massif », dans notre patrie monolithique, de migrants (étrangers et musulmans, qui plus est !) forcément à l’origine des attentats. Tant pis pour ceux qui voient surtout la France des ONG et de l’Accueil solidaire se mobiliser au quotidien et pas vraiment celle, fantasmée par la place Beauvau et ses brillants hauts fonctionnaires.

Passée la longue et endormante parenthèse électorale, ne nous ne précipitons pas, machinalement, au nom du « tout sécuritaire », dans un enfermement glauque de suspicion, de confrontation, de haine civile ou religieuse recuite. Ce serait exactement ce qu’attendent de nous les jihadistes qui nous agressent ! Et aussi, sans doute, certains extrêmistes bien « de souche », comme ils disent. Toute complaisance à l’égard de leur plan, toute dissolution des valeurs de la République seraient suicidaires. N’offrons pas à ceux qui misent sur la guerre civile dans notre société, une dérive aux antipodes de l’Esprit des lois de Montesquieu, histoire juste de complaire à la paranoïa court-termiste d’une certaine haute fonction publique de l’Etat !
*

    note en date du 29/06 :

En commission des lois du Sénat, le gouvernement a confirmé, le 28 juin, son intention en matière d’interdiction de mobilité. Il outrepasse, ce faisant, l’objection formulée par le Conseil constitutionnel. Les préfets détiendront ainsi le pouvoir d’interdire à une personne de circuler dans « tout ou partie du département », s’ils l’estiment nécessaire pour assurer l’action des pouvoirs publics. En revanche, l’assignation à domicile pourrait être « adoucie », avec une obligation de présentation au commissariat ou à la gendarmerie réduite à une fois par jour, de façon à ne pas entraver excessivement l’activité professionnelle.

Au printemps 2017, l’ACAT s’interroge sur le binôme  »Fraternité – Résistance »

Accueillie à Bussang (Vosges) par le chapitre lorrain du Mouvement, l’Assemblée générale 2017 de l’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture (ACAT-France) s’est placée sous les signes dialectiques de la fraternité et de la résistance. Le rapport moral de la Présidence et la table ronde  »résister », qui l’a suivie, ont précisé, avec clarté et réalisme, la posture de l’ACAT dans la période actuelle de gros temps sur la démocratie.

1 – Face à la montée des populismes, à la perte du sens de la fraternité/ solidarité universelle, à l’engourdissement des esprits et à leur déshumanisation, il nous faut considérer sans complaisance notre société, mue par l’argent, la jouissance matérielle égoïste, la désinformation et la peur. La fraternité fondamentale n’a pas résisté au climat délétère, dans lequel  »beaucoup voudraient limiter leur humanité au cercle étroit de leurs proches ».

Lire la suite

14 juillet à Nice : les Français en marche vers l’affrontement ?

Le camion blanc
Le camion blanc

Lendemain de massacre à Nice : deuil et recueillement, compassion, resserrage de rangs, étendard brandi de la Démocratie, travail de réparation des failles de sécurité, analyse des causes du fléau pour mieux élaborer des parades, Liberté, Egalité, Fraterni… STOP !
Peu de tout cela, hélas, en ce mois de juillet délétère. Il est loin le temps de Charlie, où les Français défilaient en famille, drapeaux au vent, la main dans la main,  »même pas peur », applaudissant même des pandores émus jusqu’aux larmes…

Sur la Baie des Anges, Daech marque des points. L’ahurissement collectif est devenu rage et les cris de douleurs se sont teintés de racisme. L’homme de la rue – commentateur attitré des médias – éructe son mépris de la Démocratie, de  »tous les politiciens » et en appelle parfois à l’auto-défense collective. Demain : bonjour la milice ! Après-demain : la torture comme mode d’instruction des affaires terroristes et la peine de mort rétablie, au terme de parodies de procès. On y va. Il faut dire que l’incapacité des édiles à assumer leur responsabilité sécuritaire (qu’on se gardera bien d’ailleurs de mettre en cause) et que la lâcheté à se renvoyer la patate chaude, entre la Ville et l’Etat, ont donné le ton et le mauvais exemple. On est entré dans la polémique pure, hautement partisane et très peu citoyenne. Les morts sont devenus des pions dans un grand jeu de voleurs pré-électoral. Les médias amplifient plus ou moins, selon leur dépendance des réseaux sociaux et leur parti-pris  »vendeur » (Libé :  »des failles, un mensonge »). La police et la gendarmerie sont prises en otage dans ces vilains règlements de compte, comme si c’était l’occasion et le moment !

Avant d’arriver à diviser aussi bien la France et à faire resurgir les plus bas instincts, l’assassin au camion blanc pensait sans doute se gagner une place VIP au paradis d’Allah. Car, faut-il le répéter, le problème principal c’est cette folle aspiration jihadiste à mourir en  »justicier » (dans la mythologie  »cheap » dont on lui a farci la tête), pour remettre à zéro le compteur de ses méfaits et médiocrités passés. C’est bien dans cette chimère imbécile qu’il trouve, en quelque sorte, une invincibilité, puisqu’aucun dispositif policier ne peut prévenir le passage à l’acte suicidaire. A moins que, par sa communication, l’entourage éveille l’attention des services spécialisés. Pour les manipulateurs à distance, la recette du  »martyr, heureux de l’être » fait mouche à tous les coups. Personne, en effet, ne pourra jamais prouver matériellement que ces morts dévoyées ne mènent vers aucune rétribution, quel que soit le système de croyance d’où l’on se place. Les assassins-martyrs sont eux-mêmes trompés, exploités, pervertis. Face à une telle mythologie de bazar, des parallèles se font avec les excès des croisés du Moyen-Age. Eux-aussi avaient des pêchés à se faire pardonner et l’infaillible certitude que, bataillant sous la croix du Christ et sous l’étendard du Pape, la mort les conduirait directement Paradis des Saints. C’était avant que Luther n’affirme que la grâce était donnée à tous et qu’elle n’impliquait aucun  »ticket de passage ». Quel décalage de temporalité dans cette errance commune aux jihadistes et aux croisés !

Le détour par le Moyen-Age illustre comment la modernisation et la rationalisation de la pensée religieuse contribue à faire évoluer les comportements dans le sens de l’humanisme (humanisme que certains propos fascisants vengeurs veulent condamner aux poubelles de l’Histoire, au lendemain du 14 juillet). La réforme a beaucoup emprunté aux progrès de la raison, eux même déterminés par ceux de l’esprit scientifique. On voit bien que les mêmes ingrédients ont imprégnés la pratique raisonnée de l’Islam sous nos tropiques. Il y a une quasi-réforme de la croyance musulmane par osmose avec la culture républicaine. Mais, elle ne peut se revendiquer haut et fort pour ce qu’elle est, tant l’islam caricatural issu de la guerre se montre intransigeant par rapport à tout ce qui s’écarte de ses credo guerriers. De plus, la lecture contextualisée et actuelle des textes saints implique un vrai investissement intellectuel, une capacité à conceptualiser la société actuelle dont les laissés pour compte de la petite délinquance et autres faibles d’esprit ne sont sans doute pas capables. Le fait est que les filles d’Islam, plus courageuses et réalistes, tombent moins souvent dans ce travers. C’est dans des têtes insuffisamment formatées, ignorantes des valeurs et vides de sens de la vie qu’entrent à grand flot les âneries moyenâgeuses colportées par les sites internet de guerre psychologique.

Que faire, dans les 20 à 50 ans qu’il nous faudra pour dépasser le phénomène ? D’abord, ne pas nous mentir à nous-mêmes et recentrer, avec ténacité, l’expression publique sur les valeurs de la démocratie et de l’humanisme. Veiller au grain des droits de l’Homme. Cadrer les jeunes au sein des familles (qui sont l’échelon d’éducation et aussi celui d’alerte, qu’elles le veuillent ou non), de l’école bien sûr, de l’entreprise (la Loi travail va-t-elle y aider ?), du service civique, etc. Mobiliser les imams (ceux qui incarnent l’islam français) et les psychologues, les deux travaillant de façon complémentaire pour démystifier la fausse pensée, simpliste et enfermante du jihadisme. Appliquer le code pénal sans le dénaturer, à la première alerte, et gérer plus intelligemment les incarcérations; Recréer du collectif et du brassage social dans nos quartiers (trouver les incitations pour cela); combattre plus sans concession l’économie de la drogue et proposer une alternative légale aux intéressés; travailler sur les syndromes de déclassement et de discrimination (police de proximité, renforcement des dispositifs sociaux, transports et politique de la Ville); inciter les jeunes à faire carrière en politique (un  »Parti des Banlieues ?); créer des médias – notamment sur internet – qui parlent à ce public; traiter médicalement les cas psychotiques; soumettre aux mêmes remèdes les gens simples qui, au nom de leur identité  »française » et en réaction au jihadisme, tombent dans des travers comparables qu’ils croient opposés.
Excusez cette litanie, tout a été dit en la matière.

Reconduire pour six mois l’état d’urgence, lâcher quelques bombes de plus sur Rakka ou envoyer nos militaires servir de cibles sur la voie publique ? Non merci.