Extinction rébellion des classes moyennes

Article de Nicolas Baverez, dans Le Point – Novembre 2019. Une fois n’est pas coutume, l’Ours emprunte un article qui l’a convaincu au point qu’il regrette de ne pas l’avoir écrit lui-même. Reconnaissance à Nicolas Baverez, qui articule avec talent sociologie et géopolitique.

Réincarnation des sans-culottes ?
Les classes moyennes modestes se rebellent aux quatre coins du monde (illustration Ours)

Du Chili à Hongkong, d’Alger à Barcelone, le désespoir gronde et marque un tournant historique, notamment pour les démocraties. Il devra être entendu. Dans la continuité du mouvement des gilets jaunes, qui surplombe désormais le quinquennat d’Emmanuel Macron et a enterré ses velléités de réforme de la France, l’insurrection des classes moyennes se mondialise

Hongkong traverse depuis cinq mois une crise sans précédent, qui voit quelque 200 000 jeunes manifestants conduire une guérilla urbaine pour dénoncer le total-capitalisme chinois et exiger le départ de Carrie Lam, cheffe de l’exécutif aux ordres de Pékin.

– Au Chili, qui se considérait comme une oasis de stabilité au milieu des désordres de l’Amérique latine, l’augmentation du ticket de métro a déclenché des émeutes qui ont fait une vingtaine de morts et jeté dans les rues de Santiago plus de 1,2 million de personnes, y compris dans les quartiers favorisés, imposant la déclaration de l’état d’urgence et le déploiement de l’armée, pour la première fois depuis 1987 et la dictature de Pinochet.

– L’Equateur a connu des émeutes sanglantes et les protestations se multiplient en Argentine face à la chronique du retour annoncé des péronistes au pouvoir. En Bolivie, la déclaration de la victoire d’Evo Morales dès le premier tour de l’élection présidentielle, alors qu’un référendum de 2016 lui interdisait de se présenter à un quatrième mandat, a déclenché une grève générale. Au Liban, 1,3 million de personnes sur les 4 millions que compte le pays, toutes communautés confondues, se sont mobilisées le 18 octobre pour exiger le retrait de la taxe sur les appels via les messageries Internet, protester contre la corruption endémique qui ronge le pays et demander la réforme de l’Etat confessionnel.

– En Irak, la population s’est soulevée, au prix de plus de 200 morts, pour dénoncer la corruption et la confiscation du pouvoir par les chiites. A Alger, les manifestations du vendredi se poursuivent de manière pacifique, en dépit du durcissement de la répression, pour obtenir la fin de la dictature militaire dirigée par le chef d’état-major des armées, Ahmed Gaïd Salah.

– En Espagne, Barcelone vit au rythme des manifestations de masse et des émeutes urbaines depuis la condamnation de neuf dirigeants indépendantistes à des peines de neuf à treize ans de prison par la Cour suprême. 

Ces mouvements restent très divers et hétérogènes, dans leur nature et leur origine comme dans leurs aspirations : la lutte pour la démocratie à Hongkong ou à Alger, la dénonciation de la structure communautaire des institutions au Liban ou en Irak, la justice sociale au Chili. Mais il existe aussi des facteurs communs tant dans leur forme que dans leurs causes. 

– Plusieurs lignes de fracture. Tout d’abord, il s’agit d’une insurrection des classes moyennes, éduquées et urbanisées, et notamment de la jeunesse. Elle s’inscrit dans la durée et s’exprime par une violence radicale, sauf en Algérie. Elle n’est pas structurée autour de leaders, d’organisations ou d’un programme d’action, mais se catalyse de manière horizontale à partir des réseaux sociaux. Pour toutes ces raisons, ces mouvements fluides et radicaux restent insaisissables, difficiles à réprimer autant qu’à désarmer politiquement.

Ce soulèvement des classes moyennes s’enracine dans plusieurs lignes de fracture. En premier lieu, leur paupérisation et leur désintégration avec le blocage de la mobilité sociale, notamment en Amérique latine, qui connaît une nouvelle décennie perdue avec une croissance limitée à 0,2 % – contre 5,9 % en Asie et 3,2 % en Afrique –, ou au Liban, où le taux de chômage atteint 30 %. Ensuite, dans les pays prospères, la montée des inégalités de revenu et de patrimoine, indissociable du capitalisme de prédation qui sévit en Chine mais aussi au Chili, où 1 % de la population possède 25 % des richesses. Ces inégalités sont aggravées par la polarisation des territoires, qui va de pair avec des difficultés d’accès à l’éducation, à la santé ou à des retraites décentes, mais aussi à l’eau, à l’électricité ou aux transports. La situation est particulièrement critique dans le domaine du logement du fait des bulles immobilières, alimentées par les politiques monétaires expansionnistes et qui entraînent l’expropriation d’une partie de la population : à Hongkong, un emplacement de parking s’est vendu 970 000 dollars, tandis que les prix de l’immobilier se sont envolés de 150 % en dix ans à Santiago du Chili. Enfin, la perte totale de confiance dans les dirigeants et les institutions politiques, aggravée par la corruption – à l’image des scandales Petrobras et Odebrecht en Amérique latine –, encourage le basculement dans le désespoir et la violence. 

Point de rupture. La révolte mondiale des classes moyennes n’est pas sans rappeler celle de la jeunesse en 1968. Après les étudiants allemands en 1967, la France affronta la révolution de mai, qui faillit emporter la Ve République, tandis que les Etats-Unis s’enfonçaient dans l’émeute après l’assassinat de Martin Luther King et qu’enflait la mobilisation contre la guerre du Vietnam, que les étudiants japonais exigeaient la fermeture des bases américaines dans l’archipel, que le Mexique massacrait les manifestants sur la place des Trois-Cultures, que le printemps de Prague était étouffé par l’invasion de la Tchécoslovaquie, dans la nuit du 20 au 21 août, par 500 000 soldats des forces du pacte de Varsovie. 

En 1968 comme aujourd’hui, les objectifs des manifestants étaient très variés, voire opposés de part et d’autre du mur de Berlin. A l’ouest, une jeunesse, fascinée par la révolution et le maoïsme, fustigeait la société de consommation et les libertés bourgeoises ; à l’est, des adultes risquaient leur vie pour échapper au totalitarisme soviétique et pour accéder à la démocratie, à l’économie de marché et à l’Europe. Mais dans les deux blocs, la protestation marquait un point de rupture, actant la clôture du cycle de la reconstruction et de l’après-Seconde Guerre mondiale d’un côté, la faillite du socialisme et de l’économie planifiée de l’autre. 

– Des modèles caducs. La rébellion actuelle des classes moyennes marque aussi un tournant historique, notamment pour les démocraties, dont elles constituent le socle sociologique et politique. Leur décomposition, sous l’effet de la mondialisation, de l’ubérisation et de la robotisation, représente une menace majeure pour la survie de la liberté politique et de l’économie de marché. La violence reste condamnable mais le désespoir qu’elle exprime doit être entendu. La solution n’est pas dans la répression ou dans le pourrissement, option retenue par la plupart des pouvoirs contestés qui n’ont pas vu monter la colère. Les mesures d’urgence pour annuler les hausses de taxes, rétablir la justice fiscale, améliorer l’accès aux services de base, lutter contre la corruption, normaliser le statut des gouvernants sont indispensables et bienvenues. Mais elles ne suffiront pas.

Le modèle de la mondialisation libérale comme le total-capitalisme chinois sont désormais caducs. La crise appelle des politiques radicalement nouvelles, notamment au sein des démocraties, pour rendre confiance et espoir aux classes moyennes : le respect du principe « un homme, une voix » et l’encadrement strict du pouvoir économique dans les élections ; la restauration de l’impartialité de l’Etat et du jeu des contre-pouvoirs, qu’il s’agisse de la justice, des banques centrales ou des médias ; un nouveau pacte économique et social au service d’une croissance inclusive et durable ; la régulation du capitalisme de rente et de prédation, qui impose notamment la réintégration du secteur numérique dans l’Etat de droit ; la garantie de l’accès à l’éducation, à la santé et aux services de base en tout point du territoire ; le réinvestissement massif dans la sécurité intérieure et extérieure. Pour désarmer la révolte des classes moyennes et les réconcilier avec la liberté, il faut redonner sens à l’idée de progrès.

Cerner la Géopolitique, savoir où elle nous mène

 »Qui tient la mer tient le commerce du monde ; qui tient le commerce tient la richesse ; qui tient la richesse du monde tient le monde lui-même » (Walter Raleigh , 1552-1618, écrivain, poète, courtisan, officier et explorateur anglais – décapité à la tour de Londres)

Depuis la décennie 1980, la géopolitique connaît un beau succès populaire en France. Elle  se présente à nous sous plusieurs définitions : ‘’formation et action des puissances politiques dans l’espace’’ (Fondation des études pour la défense nationale) ; ‘’analyse géographique de situations socio-politiques’’ (Michel Foucher, géographe et diplomate français) ; ‘’tout ce qui concerne les rivalités de pouvoirs ou d’influence sur des territoires ou sur les populations qui y vivent » (Yves Lacoste, géographe et historien, fondateur de l’Institut géopolitique Français). A l’origine, cette discipline ne désignait que les rapports de pouvoir entre États, mais son contenu s’est étendu plus généralement à l’étude, dans l’espace, de l’exercice du pouvoir, quelle qu’en soit la nature – étatique, rebelle, économique ou autre – ou l’échelle – du village au continent jusqu’au cosmos. Elle tend aujourd’hui à mettre aussi en avant les désordres de l’écosystème et du climat, particulièrement perturbateurs du système mondial. Autrement dit, elle devient la science politique de la mondialisation, reliant le fait local au système mondial, en faisant un détour par l’étude des crises, des cataclysmes, des ambitions et des excès. 

Quels buts vise-t-elle ? Yves Lacoste en définit l’objectif ainsi : ‘’les raisonnements géopolitiques aident à mieux comprendre les causes de conflit au sein d’un pays ou entre Etats » (ou mouvements armés), mais aussi à  »envisager quelles peuvent être, par contrecoup, les conséquences de ces luttes dans les pays plus ou moins éloignés et parfois dans d’autres parties du monde’’ (Yves Lacoste :  »Géopolitique, la longue histoire d’aujourd’hui » – Larousse 2006). Le géopolitologue relie ainsi l’histoire passée, riche de ses enseignements, à la prévision ou à la prévention des conflits futurs. 

– Comment est-elle arrivée jusqu’à nous ? Le premier penseur géopolitique malgré lui, Hérodote d’Halicarnasse (484-425av. JC) était, comme il se doit, historien et géographe. Il disséqua la menace constituée par les Perses et des Egyptiens pour mieux en prémunir Athènes. On ne peut mettre la géopolitique en œuvre sans coller à l’Histoire. Etudier celle-ci implique de tracer des frontières sur des cartes, de situer dans l’espace les conquêtes et les revers de souverains, de localiser et répartir les populations, etc. C’est de même dessiner des fronts militaires (ou sociaux), des lieux de batailles dont on relèvera l’issue, des infrastructures de défense, des flux humains, en évaluant leur efficacité et leur coût. L’habillage de l’espace permet d’extrapoler les rapports de force à la source des politiques (et des nombreuses erreurs fatales en la matière) et d’analyser les raisonnements et les conduites des grands acteurs, d’en expliquer alors les hauts faits comme les échecs.

De ce raisonnement dans l’espace et au travers des comportements, on tirera des axes de recherche du style :  »pourquoi en est-on arrivé là ? »,  »quels peuvent être les évolutions, les causes de rupture ? »,  »quel conflit ancien pourrait resurgir, au détour de quelle contradiction nouvelle ? ». Mais le praticien va se heurter à une foule de manipulations historiques, d’intox conscientes ou non, à la  »vérité officielle » des propagandes devenues des dogmes historiques, qui polluent, à toute époque, la justification de l’exercice du pouvoir. La géopolitique est éminemment falsifiable : c’est son moindre défaut.

– De façon inhérente à sa composante ‘’politique’’, la géopolitique est, en effet, particulièrement exposée à récupération par les gouvernants civils ou les hiérarchies militaires, même dans l’Etat de droit. Les premiers tâtonnements théoriques remontent aux écrits de Machiavel ou de Clausewitz relatifs aux  »bonnes pratiques » pour comprendre et exploiter les rapports de forces. Confisquée à son profit par le pouvoir napoléonien (pour lequel  »tout pays a la politique de sa géographie »), elle n’a émergé, en tant que science plus ou moins objective qu’au 19ème Siècle, lorsque l’histoire est rentrée dans les programmes scolaires européens et qu’un public – suffisamment large et déjà bien informé – a formulé l’exigence d’une explication rationnelle des évolutions dans l’Europe des empires. Ces personnes partageaient le souci de cerner, avant les autres, les incidences possibles sur leur vie des troubles courants plus ou moins distants du monde extérieur. Dès 1848, avec l’affirmation des nationalités en Europe, les dirigeants ‘’démocratiques’’ se sont sentis tenus d’expliquer à leurs populations leur politique étrangère. Les journaux ont ouvert des rubriques sur le sujet. Les entreprises, lancées dans l’épopée impérialiste, ont calé leurs stratégies sur ce guide de l’intérêt national. Exclusivement européo-centrée, la géopolitique d’alors, comme l’histoire, ont épousé les causes  »patriotiques » de leur époque et les intérêts et valeurs de leurs commanditaires.

– Le mot lui-même est d’usage plutôt récent. ‘’Politische Geographie’’ est apparu, en Allemagne, dans les écrits de Friedrich Ratzel (1844-1904), botaniste et géographe ‘’patriote’’, engagé dans l’expansionnisme colonial et le ‘’sea power’’ (expansion maritime) pour le compte du 1er Reich. L’universitaire suédois Rudolf Kjellen (1864-1922) contractera le terme, en 1905, en ‘’Geopolitik’’, qui avait l’avantage de pouvoir servir aussi d’adjectif. En Prusse, la science géographique était la plus avancée qu’ailleurs en Europe et l’histoire était largement enseignée. La pensée d’Emmanuel Kant y avait préparé les esprits, en parvenant à conjuguer l’étude de l’espace à celle du temps. A la même époque, le  »darwinisme social’’, appliqué aux relations entre groupes humains,cherchait à accréditer l’idée que la ‘’loi de l’espèce’’ accordait tous les privilèges aux peuples les plus forts, à l’image de l’Evolution œuvrant contre les éléments faibles, dans la nature. Cette conception raciale a connu du succès en Europe, dans la première moitié du XXème siècle. Elle a empoisonné la science de l’Histoire et donc la géopolitique qui lui est cousine.

– La cousine anglo-saxonne de l’école allemande s’est développée dans l’optique d’une domination globale à maintenir sur les océans et sur les terres.

Le  »sea power » (théorie de l’empire maritime), tel que conçu par le stratège naval américain Alfred Mahan (1840-1914) définit la puissance d’un État (en l’espèce le Royaume-Uni) par la domination des mers ou océans.Son travail consiste donc il s’est spécialisé dans l’étude des principes stratégiques historiques régissant le contrôle des mers. Mais la planète comporte aussi une  »île mondiale » au milieu des océans. Halford John Mackinder (1861-1947) pose en postulat que, pour dominer le monde, il faut dominer l’île mondiale et principalement le cœur de cette île, le Heartland,  »pivot géographique de l’histoire » (allant de la plaine de l’Europe centrale à la Sibérie occidentale et en direction de la Méditerranée, du Moyen-Orient et de l’Asie du Sud). Pour rester une grande puissance mondiale, l’Angleterre doit aussi s’attacher à se positionner sur terre en maîtrisant les moyens de transport par voie de chemin de fer. L’approche géopolitique anglaise renvoie à une volonté de domination du monde via le commerce, en contrôlant les mers, puis désormais les terres. 

– Au lendemain du premier conflit mondial, l’Allemagne, prise dans  »l’étau du Traité de Versailles’’, en inaugura une nouvelle dimension, défensive et victimisée. Les spécialistes allemands théorisèrent scientifiquement les injustices imposées par les vainqueurs et justifièrent la préparation d’une revanche contre les ‘’vieilles’’ démocraties (cf. les ‘’Zeitschriff für Geopolitik’’ de Karl Haushofer, revue très prisée du monde politique allemand dans l’entre-deux-guerres). La pensée stratégique de Vladimir Poutine reflète assez bien cet état d’esprit, de nos jours.

– Dans les années 1930, le nazisme s’est emparé de cet outil, pour en faire ‘’une sorte de slogan pseudo-scientifique’’ (Yves Lacoste p 18), exaltant la population allemande dans sa guerre de conquête et d’oppression (‘’lebensraum’’/ espace vital ; ‘’Staat als Lebenform’’ / nature organique de l’Etat, etc.). Il était donc inévitable, au lendemain de la seconde guerre mondiale, que la science géopolitique, dévoyée par les propagandistes nazis, ait sombré dans la stigmatisation et le tabou. En France, cela a duré trois décennies. Hormis l’ouvrage de Vidal de la Blache ‘’France de l’Est’’, les géographes ne s’intéressaient guère au politique et les historiens préféraient travailler entre eux. 

– La géopolitique a néanmoins resurgi – sous d’autres vocables et dans une optique essentiellement stratégique – avec la guerre froide. Parmi d’autres, la crise de Berlin (1948-49) et celle des fusées à Cuba (1962) ont vu les deux blocs  »jouer » une partie au bord du gouffre, autour de cartes et de paris raisonnés sur le comportement l’un de l’autre. L’Alsace-Lorraine ‘étant plus à récupérer, pour la France, le plus géopolitique tenait aux conflits coloniaux, dont elle ne parvenait pas à s’extraire. Une nouvelle application de la géopolitique est apparue en rapport avec ce problème, appelant une approche plus civile et institutionnelle que classiquement militaire. Elle correspondait aussi  aux évolutions de la science politique : éclairer la problématique des résistances nationales, les perspectives tant d’une pérennisation des affrontements que de l’octroi des indépendances, l’atout du pétrole saharien et des sites d’expérimentation nucléaire, les choix de souveraineté dans et hors de l’OTAN. Si entre les deux blocs, on s’accuse avec acrimonie, de menées  »géopolitiques’’, (c’est dire…), dans la France du général de Gaulle, on parlera plutôt  ‘’d’options de politique étrangère’’. Mais on sait bien de quoi il s’agit.

– En décembre 1978, l’incompréhension saisit les politologues français : les communistes vietnamiens lancent une invasion contre les communistes khmers rouges, alors qu’on croyait impensable un conflit entre vainqueurs de la ‘’guerre américaine’’ du Vietnam. En février 1980, c’était au tour de la Chine communiste de ‘’punir’’ son voisin vietnamien. L’URSS met alors la Chine en garde et fait entrer sa marie en mer de Chine. Le tropisme classiquement ‘’idéologique’’ des commentateurs français s’en trouve complètement pris de court. Le Monde en conclut qu’il faudrait chercher, ‘’dans la géopolitique’’, un complément d’explication à l’histoire classique. Le monde journalistique embraye. Le terme, dont l’origine allemande était alors complètement oubliée, s’en trouve réhabilité. Il est rapidement réinvesti dans d’autres conflits atypiques (Liban, Afghanistan, Iraq-Iran et surtout l’implosion de l’URSS, en 1991, et la nouvelle donne européenne, les équipées américaines en Iraq, en 1991 et 2003, les visées chinoises en Mer de Chine, plus récemment les incursions de la Russie de Poutine dans les Etats voisins… ). Depuis 1976, une revue de géographie et de géopolitique vaut référence pour l’école française éponyme. Elle s’appelle, bien sûr, ‘’Hérodote’’.

– Dans ce blog, fort peu académique et plutôt branché sur l’actualité du monde (sans omettre l’influence de l’Histoire), je suis mon propre fil : «géopolitique = géographie + politiques + sociologie + échanges économiques + rapports de puissance, de domination ou d’émancipation ». La chronologie des  »brèves » (une ou deux par jour) s’appliquent à montrer que le monde bouge, au quotidien, dans tous ses retranchements, zones de lumière ou zones d’ombre. Il faut courir derrière pour ne pas perdre la  »grande image » de notre époque. Les cartes sont le plus souvent remplacées par des dessins d’ours, car il faut bien éviter d’assommer le client-lecteur mais les cartes sont dans la tête de l’Ours.

S’agissant d’ambitions, de rivalités ou de luttes, le cercle des acteurs concernés n’a cessé de se diversifier. Ainsi, Al Qaida et Daech sont devenus des grands classiques de l’analyse géopolitique, dans notre ère de fusionnement de toutes les sciences humaines.  Chacun d’entre nous est un micro-acteur car les grands flux de la mondialisation puisent à  source des individus  »atomisés » au sein des sociétés. Je fais mienne la théorie du Prof. Bertrand Badie (enseignant à l’IEP), comme quoi les contradictions qui s’expriment à l’international répondent à des dynamiques très comparables voire identiques à celles que l’on perçoit sur la scène sociale. Il n‘y a pas de cloisonnement de part et d’autre des frontières et des mers : les mêmes sciences humaines opèrent de la même façon. La pluralité vaut aussi pour les domaines de mise en tension, qui outre le social, le militaire, la culture et les valeurs qu’elle porte, les épopées historiques, les croyances religieuses, englobent de plus en plus la technologie (le numérique, les réseaux, les robots, les armes de destruction massive, les biotechnologies, l’espace, la météorologie, l’écologie, les réalités sociologiques, etc.). En fait, en dehors des affaires immédiates du village (quoi que…), de la routine des jours heureux, des faits divers les plus fortuits, de l’éducation de base, de la chansonnette et du sport (quoi que, encore…), la géopolitique s’intéresse à tout ce qui fait bouger le monde. Pas moins…

 

Friedrich Ratzel, fondateur (coupable) de la géopolitique

Rapport du Haut Conseil pour le climat : un aperçu de notre avenir

En plein cœur de la crise des gilets jaunes, après avoir écouté les suggestions et demandes de think tank et organisations français, le Président de la République a installé le 27 novembre 2018 un conseil d’experts chargé d’apporter un éclairage indépendant sur la politique du gouvernement en matière de climat. Ce Haut Conseil pour le Climat (HCC) a été officiellement créé par décret le 14 mai 2019, et a rendu, le 25 juin, son premier rapport au gouvernement Agir en cohérence avec les ambitions. Ce texte, conforme au dernier rapport du GIEC est assez décoiffant.  Il appel, ainsi, à des ruptures économiques, sociales, culturelles, techniques pour  se donner les moyens d’atteindre l’objectif climatique fixé par les Nations à la COP-15 de Copenhague: ne pas dépasser 2°C d’élévation de la température planétaire relativement à période pré-industrielle.

Les carottes bretonnes sont des puits de carbone !

 

Le rapport concerne les objectifs de neutralité carbone en 2050, portés par la Stratégie Nationale Bas Carbone (SNBC). Ces conclusions sont sans appel : « La France n’est pas sur une trajectoire compatible avec ses engagements ». Les experts expliquent que l’objectif de neutralité carbone en 2050 est techniquement réalisable mais implique une transformation profonde de l’économie et de la société. Pour cela, ils donnent plusieurs grandes lignes à suivre :

1 Assurer la compatibilité des lois et grands projets nationaux structurants avec la Stratégie Nationale Bas Carbone. Soumettre toute initiative à un budget carbone annuel.

2 Renforcer les instruments des politiques climatiques (taxes, quota, subventions…). L’empreinte carbone des Français a augmenté de 20 % en 20 ans. La désindustrialisation en est une cause majeure, si on comptabilise le CO2 lié aux importations, déjà plus important que le CO2  »domestique » 6,6 t par habitant sur 11 t au total ). La politique de relocalisation en France des unités de production s’impose. De même, l’électrification des transports, de l’industrie et de l’agriculture via le recours aux énergies nouvelles, qui nécessite, en pré-requis la création de vastes réseaux d’infrastructures de production et de distribution d’énergie. En sens inverse, cessation de toute subvention aux énergies carbonées.

3 – Identifier et mettre en place les changements structurels nécessaires pour préparer l’économie et la société française à la neutralité carbone (agriculture, urbanisme, aménagement du territoire, éducation). Préserver les puits de carbone.

4 – Assurer une transition juste. La sobriété consumériste doit être engagée au niveau des classes fortunées, les plus engagées dans l’hyper-consommation et l’effet d’imitation autour d’elles. La transition n’est efficace qu’à partir d’une réduction des inégalités. Partage de l’effort de l’Etat avec les entreprises, les contribuables, les collectivités, l’UE.

  1. Articuler la Stratégie Nationale Bas Carbone à toutes les échelles : niveaux de revenu et de protection sociale, disparités géographiques, entreprises et particuliers, dans un souci d’équité.
  2. Evaluer systématiquement l’impact en émissions de gaz à effet de serre des politiques et mesures, dès l’amont mais aussi en aval.
  3. Renforcer le projet de Stratégie Nationale Bas Carbone révisé, en tenant compte des échanges et des transports internationaux

Si la France veut atteindre ces objectifs de neutralité carbone en 2050, elle doit donc engager une série de transformations socio-économiques et structurelles majeures. La politique climatique doit dépasser son format sectoriel : chaque loi et projet doivent être discutés sous le spectre de la Stratégie Nationale Bas Carbone, qui doit être inscrite dans la loi afin de devenir contraignante. C’est de la bonne architecture de ce dispositif, du réglage au bon niveau d’incitation ou de contrainte de chaque instrument, de leur évolution dans le temps,
de leur compatibilité avec des objectifs de justice sociale et de transparence que dépendra le succès de la lutte contre le changement climatique.

(sources diverses : HCC – Ecrits de Mme Corinne Le Quéré – Pacte Finance-Climat)

ours polaires sur un iceberg

source : overblog (deux cousins de l’Ours, gênés aux entournures)

L’encagement indécent des exilés

1 – Vous connaissez sans doute La Cimade et son engagement pour le droit des étrangers, depuis la fin des années 1930. Une de ses missions est d’intervenir dans plusieurs lieux d’enfermement, centres de rétention administrative comme prisons. L’association est présente à ce jour au sein de 8 centres de rétention ( Guadeloupe, Bordeaux, Hendaye, Matoury, Mesnil-Amelot, Rennes, La Réunion et Toulouse) et dans 75 établissements pénitentiaires. Grâce à cette double fenêtre, elle observe une porosité croissante entre ces deux formes d’enfermement. Elle assiste à la multiplication des cas de double peine, s’agissant de personnes qui, à leur sortie de prison -peine purgée-, se voient (ré)enfermées en centre de rétention. En sens inverse, de plus en en plus d’étrangers enfermés en rétention finissent entre quatre (autres) murs pénitentiaires. De ce fait, l’ONG est à même de quantifier le phénomène de manière empirique et d’en tirer la synthèse infographique ci-jointe :

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Les trente-trois plaies de la boule sous nos pattes

La Force est avec l’ourson Géo. Géo dit l’avenir géopolitique

Ici, l’Ourson Géo ! Je suis comme lassé par les balivernes littéraires que vous impose mon associé humain, sur le présent blog. Pures billevesées, tous ces cochons déguisés en moutons ! Dans une optique ourso-stratégique, ce sont les « collapses » (in french : effondrements), provoqués par les humains, qui dégradent le plus inconsidérément notre Terre (Earth), où les ours ne sont plus que des « colocs » désemparés. Bertrand (le type qui lit Le Monde) n’en parle pas assez et pendant qu’il écume la banlieue sur son scooter, Moi-Je-Personnellement-in Personnae-ursidus, m’empare du clavier et vais vous révéler l’avenir.

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Ma déclaration universelle des droits de l’Homme (« je vous aime, je vous aime, moi non plus ! »)

René Cassin et Eleanore Roosevelt, lors de l’adoption

La façon dont n’a pas été célébré, ce 10 décembre, le 70 ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme confirme, après des déferlement de violence, que ce socle des libertés fondamentales de l’Humanité, au mieux, n’intéresse plus. Au pire, il est devenu la marque d’un monde disparu. Foin d’utopie universelle (deux mots suspects)! Oublions la fraternité des peuples, chacun doit rester coincé sur son bout d’asphalte, dans sa rage victimaire, et imposer sa loi, jusqu’à tout sacrifier : ne pas dialoguer, ne rien lâcher, surtout !

J’exagère un brin. Dans certaines de nos villes, des gens plus humains, vêtus de jaune, ont rallié les marches pour le climat et ont « verdi », non sans discernement, leurs préoccupations initiales dans celles de l’Humanité. Lire la suite

Les gilets jaunes, archétype des confrontations mondiales ?

Réincarnation des sans-culottes ?
The Gilets jaunes, (yellow vests) are anti-globalisation and furious

Je suis loin d’approuver BHL sur tout, mais je dois dire que son récent discours devant le CRIF, concernant le phénomène des « gilets jaunes », est assez convainquant. Ce type de révolte « à la base » est un classique de l’histoire de France : les pantalons rayés des sans-culotte de juillet 1789 préfiguraient bien nos gilets fluo d’aujourd’hui. Justement insatisfaits de l’état du Royaume, ils tendent, comme on dit, à « péter les plombs » et s’en prennent à tout ce qui paraît injuste, dans leur représentation enfantine de la chose publique. Cela justifie à leurs yeux un vrai passage à l’acte. « Libératrice », la violence leur ferme aussi tout horizon. Elle les confronte à des tyrannies un peu fantasmées et, dans leur spontanéité, ils font erreur sur leurs cibles : déjà, ce pauvre gouverneur Delaunay et la quinzaine de fils à papa enfermés à la Bastille en 1789, n’étaient pas vraiment le cœur arrogant de l’ancien régime. On a fait comme si. Même méprise chez les « boulangistes » en 1879, chez les « ligueurs » en 1934, chez les « bonnets rouges », il y a peu.

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Hulot en dissidence, Macron en terrain miné, M. Toulemonde en prostration : rentrée agitée ?


La transition écologique n’est pas en marche – illustration du Monde

Il faut dire que les temps ont changé (publié chez Albin Michel – août 2018)
Présentant son dernier ouvrage sur France Inter, l’économiste Daniel Cohen constatait sans plaisir un haut degré de «désocialisation» dans les strates populaires françaises. Un changement du monde, parmi d’autres, qui nous parle.

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Aquarius, Aquarius, l’Europe s’en va à l’eau…

Opération solidarité européenne et envers les exilés, le 27 juin

C’est l’Ourson qui vous grogne à l’oreille : le titulaire du blog n’ayant pas les nerfs à gueuler un grand coup, je m’empare du clavier pour ce faire. Vous avez entendu nos dirigeants, ces derniers jours ? Ils annoncent fièrement repousser le flux des exilés des pays en crise, telles de vulgaires algues vertes vénéneuses, néanmoins « assez bonnes » pour être épandues sur les plages de nos voisins du Sud. Bonjour l’amitié euro-méditerranéenne ! On va mieux intégrer ceux qui obtiennent l’asile mais expulser systématiquement les autres (M. Lapin-aux-yeux-bleus dixit, en Bretagne, le 22 juin). On commencera par incarcérer tout le monde, enfants compris.

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Refuser les « rafles » et le bannissement des exilés, par fidélité à notre devise nationale

Le pire les attend chez nous …

En novembre 2017, 470 associations et collectifs d’aide aux migrants ont lancé l’initiative d’Etats généraux des migrations. La « France qui accueille » espère se faire entendre, face à la politique de persécution des victimes et des désespérés. Le gouvernement de la France, comme l’Europe, se sont jusqu’à présent soustraits à tout appel au dialogue citoyen sur le sujet. Pour la première fois depuis 2008, Amnesty International, le Secours catholique, la Croix-Rouge française, Médecins du monde mais aussi le Gisti ou Emmaüs International se regroupent pour réclamer une autre politique, transparente et conforme aux valeurs de notre pays. Alors que le gouvernement a entamé l’examen de son projet de loi « asile et immigration », la mobilisation de cette France fraternelle va revêtir des formes concrètes et visibles : pétitions, chroniques, actions de terrain pacifiques sur la place publique. Lire la suite

La France de M. Collomb fait « le grand ménage » chez les exilés


Grand coup de balais sur les exilés : expulsions vers le pays d’origine, retours forcés vers le premier pays de transit, refoulement à la frontière,«centres de retour» fermés: le Gouvernement prépare le renvoi en masse des «sans-papiers», mais aussi de demandeurs d’asile”. Un projet de loi à dénoncer.

Depuis le début de son mandat, Emmanuel Macron assume une politique répressive sur le contrôle de os frontières, contrepartie à son attitude supposément accueillante à l’égard des réfugiés. Double discours, réalité unique… Alors que le chef de l’État insiste sur le distinguo entre « demandeurs d’asile » et « migrants économiques », les mesures introduites à petites doses ici et là au cours des derniers mois visent à renvoyer aussi bien les uns que les autres. Le langage « moral » tenu à nos partenaires européens ne souffre pas critique. La réalité du terrain, celle que dictent les préfectures, est aux antipodes du respect de la Loi et de tout sentiment d’humanité. On sait qu’en vertu des accords de Dublin III, le premier pays d’entrée dans l’UE est considéré compétent pour statuer sur une demande d’asile. Lors de sa campagne électorale, le Président de la République avait jugé cette règle inique, parce qu’elle fait peser toute la charge des procédures sur les quelques mêmes pays du pourtour européen. Dont acte.

– Ce temps est révolu. Le Lapin jovien s’évertue désormais à maximiser le “rendement” des expulsions. La police aux frontières organise les renvois, de très peu celui d’exilés dans leur pays d’origine, mais beaucoup plus de « dublinés« chez nos partenaires européens. Sans forcément aboutir, d’ailleurs, puisque les pays de première arrivée dans l’UE – en principe responsables de faire eux-même le tri – s’ingénient, de leur côté, à empêcher toute réadmission sur leur territoire de ces égarés, sans destiation. Du fait de la géographie, beaucoup de ces «dublinés» arrivent chez nous en transitant par l’Italie, la Grèce ou la Bulgarie. Mais depuis quelques mois, ils sont nombreux à rejoindre la France par l’Allemagne, où 400.000 à 500.000 personnes ont vu leur demande d’asile déboutée (sur plus d’un million d’exilés accueillis, entre 2015 et 2016). Le Gouvernement craindrait particulièrement ce mouvement migratoire «secondaire». Du coup, il réagit très fort. Lire la suite

Etat de soupçon permanent : Montesquieu contrit, dans sa tombe

L’état permanent succèdera à l’état d’urgence. Oublié et trahi, pauvre Montesquieu !

Comment ne pas s’alerter devant le projet de loi « renforçant la lutte contre le terrorisme et la sécurité intérieure »,  soumis le 7 juin au Conseil de Défense ? « Assignations à résidence, perquisitions administratives, fermetures de lieux de culte, zones de protection et de sécurité, toutes, des mesures emblématiques du régime d’exception créé en 1955 pendant la guerre d’Algérie et perfectionné par touches successives depuis les attentats du 13 novembre 2015. Comme pour rajouter une couche à l’état d’urgence, chaque nouveau scrutin semble devoir exacerber un peu plus cette bonne vieille peur venue du fond des chaumières.

L’arsenal des temps d’exception va donc être pérennisé en droit commun, moyennant quelques adaptations de forme. Et tant pis pour les règles du droit comme pour les prérogatives de nos institutions judiciaires ! Grâce au pouvoir régalien d’un président, que l’on pressent affranchi de tout contrepoids politique, sous le règne de Emmanuel Macron, l’Exécutif est parti pour prendre le pas sur le Judiciaire, en s’affranchissant simplement de la Constitution, des libertés fondamentales et de la dignité des gens. L’Esprit des lois de Montesquieu serait-t-il piétiné, la démocratie en Amérique de Tocqueville laissée aux Iroquois, le bel échevin juridique de la Vème République du Général, oublié : seul l’article 16 pourrait survivre dans l’esprit d’origine, du moins tant que le Ministère de l’Intérieur assurera la Justice (et la Législation ?), conjointement à l’Ordre.

Le Monde du 8 juin donnait à croire qu’aucune donnée personnelle ne serait plus à l’abri d’une confiscation, aucun dormeur à l’abri d’une perquisition de nuit sur décision administrative (préfectorale), enfin, qu’aucun citoyen (mal)pensant et agissant ne serait vraiment prémuni contre une interdiction de territoire * ou une assignation préfectorale à résidence, avec perte de travail et de réputation à la clé. Le Conseil d’Etat a rectifié l’opus à la marge, en réintroduisant le juge de la détention et des libertés dans le circuit des perquisitions. Ouf ! Mais, sauf nouvel amendement ou  »retoquage » par le Conseil constitutionnel, le fil conducteur demeure : dans l’état permanent, les préfets seront censeurs de leurs administrés, en vertu du principe de soupçon. Il ne s’agit pas tant de trouver le point d’équilibre entre l’attachement aux libertés démocratiques et la nécessité d’en adapter les marges à l’impératif de sécurité. La culture routière du radar flasheur va être appliquée à nos (mauvaises) intentions secrètes.

Le Défenseur des droits, Jacques Toubon, dénonce, avec courage, cette « pilule empoisonnée ». Le traitement risque en effet d’être de longue durée, sans interruption possible. En effet, si un attentat survenait le jour-même d’un retour à l’état démocratique de droit, alors, quid de Jupiter ? L’application normale de la Loi Fondamentale de notre démocratie sera-t-elle renvoyée aux « jours heureux », si chers à Jean-Luc Mélenchon ? Le jour où se sera oublié tout trouble à l’ordre public, évanoui le dernier risque terroriste, dissipé le dernier soupçon préfectoral à l’égard des  »citoyens-délinquants », l’Esprit des Lois et la séparation des Pouvoirs seront-ils rétablis ? Sans doute… ou pas, c’est un rendez-vous à prendre avec l’Histoire.

Jusque là, on nous rappellera, urbi et orbi, que nos concitoyens se sentent « menacés de toute part ». On nous assurera qu’ils n’ont de cesse de voir fermement réprimé l’afflux « massif », dans notre patrie monolithique, de migrants (étrangers et musulmans, qui plus est !) forcément à l’origine des attentats. Tant pis pour ceux qui voient surtout la France des ONG et de l’Accueil solidaire se mobiliser au quotidien et pas vraiment celle, fantasmée par la place Beauvau et ses brillants hauts fonctionnaires.

Passée la longue et endormante parenthèse électorale, ne nous ne précipitons pas, machinalement, au nom du « tout sécuritaire », dans un enfermement glauque de suspicion, de confrontation, de haine civile ou religieuse recuite. Ce serait exactement ce qu’attendent de nous les jihadistes qui nous agressent ! Et aussi, sans doute, certains extrêmistes bien « de souche », comme ils disent. Toute complaisance à l’égard de leur plan, toute dissolution des valeurs de la République seraient suicidaires. N’offrons pas à ceux qui misent sur la guerre civile dans notre société, une dérive aux antipodes de l’Esprit des lois de Montesquieu, histoire juste de complaire à la paranoïa court-termiste d’une certaine haute fonction publique de l’Etat !
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    note en date du 29/06 :

En commission des lois du Sénat, le gouvernement a confirmé, le 28 juin, son intention en matière d’interdiction de mobilité. Il outrepasse, ce faisant, l’objection formulée par le Conseil constitutionnel. Les préfets détiendront ainsi le pouvoir d’interdire à une personne de circuler dans « tout ou partie du département », s’ils l’estiment nécessaire pour assurer l’action des pouvoirs publics. En revanche, l’assignation à domicile pourrait être « adoucie », avec une obligation de présentation au commissariat ou à la gendarmerie réduite à une fois par jour, de façon à ne pas entraver excessivement l’activité professionnelle.