* 18 avril –  Traite des exilés et jugement de Dieu

Vraiment pas drôle ! Alors qu’à l’Est de l’Europe la démocratie se bat pour survivre, sur la Manche et sur sa rive Nord, la plus ancienne des démocraties s’échine à déporter en masse des malheureux, comme au 19 ème siècle puis sous Staline. A Londres, quelques-uns marchent sur la tête ! Le fait est là : le gouvernement de Boris Johnson a annoncé, le 14 avril, un accord avec celui de Kigali (Rwanda) visant à transférer manu militari, dans ce pays distant de 6500 kms, les demandeurs d’asile parvenus ‘’illégalement’’ au Royaume-Uni : un non-sens puisque fugitifs, ceux-ci n’ont pas à justifier d’un visa mais seulement des persécutions avérées ou justement craintes qu’ils ont subies.

L’accord de déportation a été négocié en secret, depuis neuf mois, entre Londres et Kigali. Contre une généreuse rétribution, il vise à dissuader les passages par la Manche – entre 500 et mille par jour, en bateaux pneumatiques ou dans des camions – et à donner consistance aux promesses xénophobes du Brexit : moins de résidents étrangers, plus de contrôle des frontières. Hypocritement, Boris Johnson maquille ses motivations en une lutte contre les passeurs ‘’lesquels engendrent trop de misère humaine et de morts’’ (petite larme émue). Il admet, un peu moins fuyant, ‘’vouloir en finir avec l’immigration illégale… le seul moyen d’accueillir ceux qui ont vraiment besoin de protection’’.

Mais les accueillir où ? Apparemment, si certains de ces exilés devaient décrocher le statut de réfugié, ce serait de la part du Rwanda et pour y rester. Contre toutes les dispositions de la Convention de Genève sur les réfugiés, il s’agit, donc d’un projet de refoulement pur et simple britannique doublé d’un examen des cas par les autorités rwandaises. Aucune garantie de protection ne serait alors donnée aux intéressés, au bout du compte. Pour ceux qui seraient déboutés, libre aux autorités rwandaises d’en faire ce qu’elles veulent. L’on sait qu’elles ne sont pas réputées pour leur comportement humanitaire ni démocratique, que la torture y a toujours cours … qu’importe !

Le Royaume Uni vit, avec cette pénible affaire, un nouvel épisode de son Brexit. Il est clair que la plupart des Brexiters idéologiques s’accommoderaient parfaitement de de dévoiement du droit. Des précédents existent, notamment de la part du très xénophobe premier ministre libéral australien, Scott Morrison, mais Canberra n’a jamais délégué à Nauru ou au gouvernement papou – ses garde-chiourmes stipendiés – le soin de statuer sur le sort administratif des retenus à jamais parqués dans leurs camps. Pour le monde comme pour l’Europe, Johnson et sa ministre de l’Intérieur, Priti Patel, ont conçu une monstrueuse première, qui pourrait bien leur revenir en pleine face, par effet boomerang. Il y a trop d’ambiguïté à jouer ainsi avec les fêtes de Pâques, l’actualité ukrainienne très prégnante et, qui sait, peut-être aussi l’effet repoussoir du second tour de la présidentielle, en France.

Dès l’annonce du dispositif, les associations humanitaires britanniques ont bien sûr crié au loup. Johnson lui-même s’attend à des recours en justice. Le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (UNHCR) fait écho aux ONG. L’opposition parlementaire travailliste a appelé le Gouvernement tory à démissionner pour cette nouvelle forfaiture venant après le scandale des fêtes pendant les confinements. La presse insulaire évoque le risque d’une mutinerie au sein de la fonction publique, certains bureaucrates menaçant même de démissionner. Plus percutant, en pleine semaine sainte, la hiérarchie de l’Église anglicane pointe du doigt de ‘’graves questions éthiques’’.  La faute ‘’ne pourra pas survivre au jugement de Dieu’’. Que dire de plus ?  Que Boris, le populiste sans vergogne, n’est pas encore sorti de l’auberge, ni très stable au 10 Downing Street.

* 14 avril – Diplomatie du charter

Il y aurait une campagne, en France, et – tiens donc ! – on y parlerait, pour une fois, de politique étrangère. Pour commencer, de  »l’Etranger », en oubliant un peu que tout un chacun est l’étranger de presque tous les autres. Mais,  »l’Etranger » constitue le socle solide des vieilles allergies gauloises. S’il n’est pas blond aux yeux bleus et bien doté de fortune, on en profitera pour se défouler largement sur les loosers misérables, qui ont été assez stupides pour se laisser chasser de chez eux par la faim, la guerre ou la dictature. Notons l’accord significatif des deux candidats en lice pour le top office pour embarquer les déboutés de l’asile ou du marché du travail à bord de bétaillères volantes :livraison en vrac aux autorités de là-bas, au Sud.

J’ai eu l’expérience de gérer les droits de survol et d’escale des charters affrétés, sous Jean-Louis Debré, par le ministère de l’Intérieur. Les vols partaient vers des pays pour la plupart sub-sahariens. La place Beauvau dressait, certes les listes de malheureux, et enfournait en carlingue ces perdants du jeu de l’oie, avec deux policiers d’escorte chacun pour  »retour à la case (départ) ». Le coût de ces voyages était astronomique. Mais, ces Messieurs les préfets ne négociaient point avec les gouvernements concernés. C’était au petit rigolo de service du Quai d’Orsay de téléphoner aux excellences de ces pays pour solliciter le droit de poser les avions-paniers à salade français dans leurs aéroports exotiques.  »De quelle nature est la cargaison de l’aéronef ? » . Réponse :  »Ben, heu, c’est du coke en stock, comme dirait Tintin… ce serait à vous, on vous le rend avec toutes nos excuses ».

Vous devinez bien la suite. Contrairement aux vols commerciaux civils régulés par des conventions d’application permanente et générale, les charters d’Etat doivent se soumettre, au cas par cas, au régime d’autorisation par l’Etat de destination. Souverain, celui-ci me répondait le plus souvent :  »Pour l’avion c’est oui, mais pour sa cargaison (humaine), demandez à votre ministre de l’Intérieur qu’il appelle notre président ». Le charter se posait, était aussitôt entouré d’un cordon armé. Le contrôle aérien local lui commandait de repartir une fois le plein fait, sans laisser descendre ses passagers. Les policiers français balançaient alors leur cargaison vivante, avec ou sans passerelle, mais pas sans brutalité. Ensuite, je savais que la France-Afrique se déclencherait tardivement et j’imaginais que le viol de souveraineté et les mauvais traitement trouvaient réparation sous une forme de passe-droit ou une autre. La mode actuelle est au codéveloppement : la moindre aide publique à ces pays doit être proposée selon les exigences de la police française, autorité suprême de notre politique extérieure.

Quand l’affaire était menée sur les lignes commerciales d’Air France, des révoltes de passagers outrés par le spectacle et des refus d’embarquement de la part des équipages mettaient le vol en suspens. S’il avait quand même lieu, l’ensemble des passagers pouvaient se trouver empêché de sortir de l’appareil, une fois à destination. Finalement, on les bloquait au Nord, ils nous empêchaient de quitter la carlingue, au Sud, la réciprocité était assurée, qui reste le principe de base des relations extérieures.

A quelques nuances, près qui moderniseraient les détails du récit, ce sont ces scènes qu’il va falloir revivre. Quelqu’un au Nord s’est-il jamais mis dans la tête des opinions publiques africaines ? Ce comportement méprisant a de quoi faire détester la France, même s’il ne dissuadera jamais d’en faire sa destination, au prix d’une incroyable galère et d’y tenter une vie nouvelle. Il est malsain de laisser diffuser l’image d’une France, terre de miel et de lait, néanmoins habitée par des racistes et des policiers violents. Marianne n’est plus du tout populaire au Sahel. L’accueil des Ukrainiens dans l’Hexagone n’est contesté par personne, mais c’est le contraste de traitement réservé aux uns et aux autres qui interpelle. Il n’est pas conforme à la constitution française, ni à la Déclaration universelle des droits de l’Homme, qui toutes deux requièrent l’égalité en droit et en dignité entre les nationaux, les résidents et les fugitifs. De nombreuses personnalités africaines l’ont rappelé récemment, que l’on n’a pas voulu écouter.

Etonnez-vous que les voix de 41 Etats, parfaitement respectables, du monde émergent aient manqué à l’Assemblée générale des Nations Unies pour condamner l’agression et les atrocités en Ukraine !

* 6 avril – Dévastation et spéculation

En ordre de marche ou en débris calcinés, les colonnes de chars n’arrêtent pas les spéculateurs. Le redéploiement sur le Donbass et sur le littoral de la cohorte russe laisse derrière lui d’indicibles charniers. La thèse d’une vengeance aveugle face à une résistance ukrainienne qui a contrarié ses plans est largement documentée : sur le terrain, les atrocités ont été constatées par de nombreuses sources. Le tribunal Pénal International aura de la matière pour alimenter ses réquisitoires. Au Conseil de Sécurité des Nations Unies, l’administration américaine avance l’existence de ‘’camps de filtration’’, destinés à déporter des populations ukrainiennes vers des destinations inconnues en Russie. De même source (à vérifier) plus de 600.000 personnes en seraient déjà victimes … pour laisser la place à des colons russes ? Après Staline et Hitler, de telles monstruosités glacent le sang.

Pendant ce temps-là, les marchés boursiers continuent – sans ciller – leur petit bonhomme de chemin. Les volumes d’échange sur les dettes d’entreprises russes et ukrainiennes ont bondi, de 100 millions de dollars avant le 24 février à 300 millions, voire 500 millions de dollars, au cours de mars. Selon un analyste financier de la place de Paris, les boursicoteurs cherchent à se défaire de leurs actifs russes ou ukrainiens et « il n’y a jamais eu autant de transactions sur des valeurs russes depuis mars 2020 ». Ces actions, ukrainiennes comme russes, sont devenues ‘’toxiques’’ et les agents économiques s’en débarrassent rapidement, pour des raisons qui tiennent tant aux risques financiers encourus qu’à leur réputation auprès des clients.

Mais, à en croire le Financial Times, la spéculation marche à double sens : une grosse dizaine de ‘’profiteurs de guerre’’, spécialisés dans l’achat et la revente de dettes souveraines de pays en faillite financière, s’emploient à ‘’faire de l’argent’’ sur la Russie et l’Ukraine » (le journal financier cite Aurelius, Silver Point ou Golden Tree). Pour une poignée de dollars, ils rachètent l’Ukraine sacrifiée et la Russie exsangue. Ils espèrent revendre leurs proies plus tard, à prix d’or.

Y aurait-il quelque chose d’indécent dans notre bréviaire économique ?

* 31 mars – Au Sud, rien de neuf

Loin des préoccupations de l’Occident, englué dans le drame ukrainien, le reste de la planète suit sa pente, souvent descendante. Il est loin le ‘’printemps de jasmin’’ de la Tunisie, qui avait embaumé 2011. Hier, le président tunisien Kais Saied a procédé à la dissolution du parlement de Tunis, huit mois après l’avoir suspendu pour s’arroger les pleins pouvoirs (25 juillet 2021). Ceux-ci lui permettent désormais de légiférer par décret, de présider le Conseil des ministres et d’amender directement les lois. Mais c’était encore insuffisant … M. Kaïs Saied a donc tranché en « Conseil de sécurité nationale », quelques heures après que 120 députés l’ont défié. A l’initiative du Bureau de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), regroupant la présidence du Parlement et des représentants des partis, les représentants du peuple ont tenu sur internet une séance virtuelle de leur assemblée, au cours de laquelle ils ont voté (par 116 voix contre 4) l’abrogation des mesures d’exception instaurées sur l’autorité du président. Les élus, dont des représentants d’Ennahdha et des indépendants, ont en outre réclamé l’organisation d’élections législatives et présidentielle anticipées pour sortir de la crise.

L’Histoire accumule les hoquets. Les acteurs tunisiens se font peur les uns aux autres et la provocation leur sert de fuite en avant sans retour. Après une longue période de blocage politique, M. Saied, élu fin 2019, s’était arrogé les pleins pouvoirs en limogeant le Premier ministre et en suspendant le Parlement dominée par le parti d’inspiration islamiste Ennahdha, sa bête noire. Ce parlement et la nouvelle constitution qu’il avait ratifiée représentaient pourtant les deux principaux acquis démocratiques qui avaient fait – un temps – de la Tunisie un modèle quasi-unique au sein du monde arabe. D’une triste façon, c’est un retour à la ‘’norme’’ de l’homme fort exerçant tous les pouvoirs.

En Algérie voisine, le Hirak des jeunes démocrates semble avoir cessé de s’exprimer et le régime militaro-affairiste retrouve ses traditionnelles effluves de formol. Au Maroc, le premier ministre islamiste modéré, Abdelilah Benkirane a été renvoyé à ses chères études coraniques et l’appareil du Makhzen (les poulains politiques et technocrates du Palais royal) récupère l’essentiel des manettes, tout en ménageant la face du PJD. Plus au sud, dans le Sahel, les franchisés de Daech et de AL Qaïda marquent point sur point, massacre après massacre, tandis que Barkhane, virée du Mali, s’emploie à ramener ses enfants au bercail sans trop de casse. La famine, ce sera pour l’automne prochain.

OK, mieux vaut ne pas développer : à chaque jour suffit sa peine.

* 15 mrs – Pire, chaque jour…

Pire, en fait, que le déjà ‘’pire’’ de la veille. Ainsi va la survie impossible de l’Ukraine et des Ukrainiens. Selon l’un d’entre eux, qui résiste, ‘’les Russes veulent vider les villes de leurs habitants pour faciliter les assauts. Il s’agit de montrer qu’aucune zone n’est plus à l’abri ». Depuis hier, la terreur est montée d’un cran avec des tirs et des bombardements en plein jour dans le centre de  plusieurs grandes cités, délibérément pour faire des victimes.

En principe, écrire libère… Ce n’est pas faux, mais ce blog encaisse plus de souffrance qu’il n’arrive à éclairer l’actualité et en vient par moment à détester sa propre insignifiance. Pour vous, amis ukrainiens, il faut rester à bord … et, de plus en plus aussi, pour nous qui sommes en seconde ligne.

Les Nations Unies, dont l’AG a condamné l’agression, la Cour de Justice internationale et la Cour pénale internationale, toutes institutions mobilisées au service de la paix, sont impotentes dans l’immédiat. Les cris de réprobation des manifestants et des médias se heurtent à l’acier des chars. Apprendre que l’armée russe n’a que deux modes d’action – par surprise ou dévastateur – et qu’elle s’est mise à l’école des tueurs de Bachar, le Boucher de Damas, ouvre des perspectives toujours pires. Le ‘’pire est à venir’’ est devenu la doctrine, servie en boucle par les dirigeants français. Ils ne doutent plus que Vladimir Poutine veuille effacer de la carte du monde son malheureux voisin et la population qu’il abrite. Le nombre des morts (des deux côtés) et des fugitifs est juste effarant.

Les armes légères apportées aux combattants ukrainiens en quantités croissantes prolongent leur résistance mais ne leur permettront pas de renverser l’issue de la bataille. L’agresseur et sa victime sont, pour ces raisons, en pourparlers bilatéraux, par voie de  visio-conférence. Il est très difficile de comprendre pourquoi le gouvernement du président Zelensky parlemente ainsi, seul, face à un si puissant ennemi, tandis qu’il est coupé des institutions régionales (l’OSCE responsable de la sécurité en Europe), de ses alliés politiques (dont l’U.E.) et hors de tout environnement d’Etat de droit. En arriver à s’adresser au très ambigu Turc Erdogan pour – vainement – tenter de trouver la voie d’un cessez-le-feu et d’une évacuation humanitaire, c’est dire à quel point Kiev est déjà écrasée. La justice des hommes est aux abois, l’ordre mondial métamorphosé par la guerre … certains en concluent que le principal scandale tient à l’augmentation du litre d’essence. C’est la micro-écume des jour …

* 14 mars – A chaque jour suffit sa peine

Tout en nous invitant à rester lucide et responsable face à la tragédie que vivent les Ukrainiens, Mathieu nos recommande, au chapitre 6, verset 34, de ne pas présumer sottement de la capacité de nos psychés à encaisser les chocs et à réagir avec discernement (une des plus grande qualité intellectuelle qui soit). Il n’y a aucune honte à trouver le blog de l’ours géopolitique bavard, trop spéculateur et même un rien présomptueux. Nul n’est contraint d’absorber la moutarde forte avec une cuiller à soupe. Nous sommes tous différents, notamment dans notre sensibilité à la douleur et à l’inconnu (et aussi à la moutarde). Personne n’est obligé de peser les chances que, depuis son bunker à bulbe doré,  »Vlad le Vitrificateur » déclenche ou non les feux de l’apocalypse nucléaire, biologique ou chimique.

L’Ours, ça lui clarifie la tête mais, à d’autres, pas. L’important est de ne pas se mentir à soi-même et de s’ajuster, pas à pas = un peu, chaque jour = au cours horrible des choses. Le coq écervelé chante une trompeuse invincibilité guerrière ; l’autruche, le confort du trou de sable où elle enfouit sa tête. Le corbeau ouvre le bec, tout hébété, et laisse tomber son fromage. Le pigeon croit tout ce qu’on lui dit. Le merle et la pie font dans l’infox à fond. Les moineaux s’affolent en tournant autour de l’arbre. L’aigle et la buse fondent sur leurs proies. Merci Mathieu, merci La Fontaine !

Voilà  »Vlad le Vilain » qui vous accuse de tous les sales coups de la terre : vous êtes nazi, terroriste infiltré dans un hôpital, caché derrière un bouclier humain; vous attaquez de l’étranger une terre russe prétendument nommée  »Ukraine », vous massacrez des civils à tours de bras, bombardez des corridors d’évacuation humanitaires, préparez depuis votre cambuse des armes interdites, etc., etc. … C’est simple : il vous dit ce qu’il a l’intention de faire de vous et vous livre un échantillon de sa  »belle » mentalité. C’est le syndrome de la cour de récré :  »si tu ne me files pas tes billes, je te les fait manger et je dis à la maîtresse que tu voulais me les faire manger ». Ca demande une petite gymnastique de l’esprit mais ça permet de décrypter le coup d’après.

Le coup d’après pourrait avoir à faire avec les armes de destruction massive, toutes formellement prohibées par le droit de la guerre, mais néanmoins libéralement diffusées au sein d’armées comme celles de Russie ou de Syrie. Le bas de gamme, s’est le chimique, avec tous ses inconvénients (météo incertaine, vent qui tourne, bourrasques …). Il reste que, sur une très grande surface, ce type de produits binaires (stockés dans deux flacons puis léthales dès que mélangés) est tout à fait efficace pour exterminer les populations civiles des faubourgs ou centres-villes. Souvenez vous de la Syrie de  »Bachar le chimique » et du recul de l’Amérique, en 2013, lors de la multiplication de ce type d’attaques contre la population. Russes et Syriens ont intégré le crime contre l’humanité dans leur doctrine de guerre et ils disposent en quantité du gaz et des poudres du genre Novitchok.

Un peu plus  »premium » en gamme est l’arme bio (prononcer  »bi-o » comme  »billaud »). Quelques gouttes dans l’eau potable ou dans le potage suffisent pour anéantir une population citadine. C’est tout aussi prohibé par une convention des Nations Unies et contrôlé dans le commerce civil par un  »régime australien » particulièrement vigilant. Mais, un petit flacon par million d’habitants, ça se cache aisément au fond d’une poche. De plus, c’est inodore et ça ne se diffuse pas dans l’air : indétectable ! Enfin, comme Pékin accusant les Américains d’avoir créé le Covid, vous pouvez toujours prétendre que c’est  »l’autre en face » qui l’a fait. C’est ce que Vladimir est en train de dire, d’ailleurs, pour le VX ou l’anthrax.

Si vous disposez déjà d’un siège permanent au Conseil de sécurité ou voulez simplement abattre le système des Nations Unies, les accords de contrôle des ogives et des vecteurs, multiplier votre capacité en euromissiles capables de destruction immédiate de Paris, Londres, Berlin, Varsovie, Rome, Madrid, etc. , etc. appuyez sur le bouton rouge, tout en dénonçant ces capitales nazies qui fomentaient une attaque nucléaire contre vous mais, surtout, frappez le premier, par surprise ! Plus de problème de climat car plus de vie humaine cqfd. C’est la grande classe que pourrait bientôt atteindre la mise en centrifugation du cerveau bouillonnant de  »Vlad l’Apocalypse ». Le problème avec cette drogue qu’est le pouvoir absolu, c’est qu’il faut sans cesse en augmenter la dose et qu’il n’y a pas de sevrage.

Incroyable, après l’horreur qu’on a vue et celle qu’on devine déjà un peu : certains chez nous préfèreraient l’apocalypse à la démocratie !

* 31 janvier – Vive le Colonel-Président !

Le Burkina Faso, a connu, il y a une semaine, un coup d’État militaire contre le président élu (deux fois), Roch Marc Christian Kaboré. Sur toile de fond d’épidémie de putsch militaires en Afrique subsaharienne, ce pays de tradition sage a été suspendu, le 28 janvier, de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao). Le ‘’club’’ des chefs d’État ouest-africains se réunira le 3 février, à Accra, pour évaluer la situation et les sacro-saintes perspectives de transition politique. Les coups d’état sont bien tolérés, à condition de faire les promesses qui sauvent la face. Classiquement, la Cedeao exige aussi  la libération du président renversé, placé en résidence surveillée. Le Burkinabé semble ne pas avoir été brutalisé. Alors, faut-il en faire un drame ?

Sans doute, non. D’abord parce que cette série de coups (Mali, Guinée, Burkina Faso) ou quasi-putschs (Tchad) risque de clairsemer les rangs de la CEDEAO. Ils instaurent, en quelque sorte, une nouvelle norme à la marge : s’il y a péril pour l’intégrité de la Nation ou la sécurité de la vie quotidienne, c’est forcément la faute des présidents en place. Les forces armées nationales vivent leur propre reculade face au djihadisme comme une humiliation et leur fierté se trouve sauvegardée par l’accession au pouvoir. Ce, avec la double garantie d’un exercice long du gouvernement confisqué aux civils et de produire, ‘’en interne’’ comme ‘’en externe’’, les boucs émissaires indispensables quand les choses tourneront mal. Si les formes sont respectées – promesse d’un retour hypothétique à l’état de droit – absence de violence – maintien des engagements internationaux – respect des pairs africains – ces derniers peuvent considérer les Etats fautifs avec mansuétude et les absoudre avant même la tenue d’élections.

Le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, nouveau maître du jeu à Ouagadougou, affirme que son pays a ‘’plus que jamais besoin de ses partenaires’’, qu’il comprend les doutes légitimes suscités par son coup d’État, que le Burkina continuera à respecter ses engagements internationaux, notamment en ce qui concerne le respect des droits de l’Homme. Il est parfait. Damiba s’est en outre engagé au retour à une vie constitutionnelle normale, ‘’lorsque les conditions seront réunies’’, on ne peut être plus précis quant à l’échéancier. Ce lieutenant-colonel est, on le voit, un putschiste sage et vertueux. Parions qu’il sera vite pardonné et que le Burkina échappera aux lourdes sanctions qui frappent le Mali. Un bref passage par le purgatoire suffira, du point de vue de la France aussi, surtout si le ‘’Pays des Hommes intègres’’ devait rester fidèle à la coopération militaire française et occidentale.

Il faut dire qu’à Bamako, les errances maliennes et la dérive pro-mercenaires russes du colonel  Goïta glacent le sang des ‘’sages’’ de l’Afrique de l’Ouest. Seul dans sa course folle vers le mur, le Mali fait figure d’enfant perdu de l’unité africaine. En revanche, si d’autres juntes anti-occidentales se formaient dans la région, cela provoquerait une cassure politique du sous-continent en deux blocs. Une belle aubaine pour les ‘’fous de Dieu’’ !

Il va falloir veiller sur l’épidémie de coups d’Etat comme le lait sur le feu. Le plus troublant, dans les reportages qu’en donnent les médias, est l’acrimonie passionnelle de beaucoup d’Africains, qui célèbrent avec tapage la déposition manu militari de dirigeants civils qu’ils ont élus et même réélus. Ils crient à la France : ‘’dégage !’’.

Les Français ont, eux aussi, ont accumulé au long de leur histoire les coups de passion pour l’uniforme. Pensons aux soldats de la Révolution française investissant la Convention, à l’hystérie populaire autour du général Boulanger, au ralliement peureux des masses françaises au ‘’Vainqueur de Verdun’’, au rêve des gilets jaunes de porter au pouvoir le général de Villiers, voire à la prise de pouvoir de Charles de Gaulle, cautionnée par les Français il est vrai. La France a toujours réussi à se dégager, non sans mal, du risque de tyrannie. Face à ‘’l’ordre’’ régnant en Afghanistan, dans les réduits syriens de Daech et dans les vastes zones ‘’libérées’’ de Boko Haram, les Africains réussiront ils à en faire de même ? Pour la France, la réponse s’écrit en filigrane dans le découragement et une forte tentation de se retirer du bourbier. Basta !

*18 janvier – Monde inégal : plaise à Dieu !

Il y a un an, l’ONG Oxfam avait calculé que les 1 000 personnes les plus riches de la planète avaient retrouvé leur niveau richesse d’avant la pandémie, ce, en seulement 9 mois. Par contraste, il faudrait plus de dix ans aux personnes les plus pauvres pour se relever des impacts économiques de la pandémie. Les 1 % les plus riches possèdent plus de deux fois les richesses de 6,9 milliards de personnes. Un an plus tard, le constat est encore plus alarmant quant à l‘impact inégalitaire des crises sanitaires, économiques et sociales traversées par l’Humanité depuis l’apparition du SRAS-Covid 2. En quelques chiffres :

* Les richesses des 1 % les plus riches de la planète correspondent à plus de deux fois la richesse de 92 % de la population (6,9 milliards de personnes) ;

* Les milliardaires du monde entier – soit 2 153 personnes – jouissent d’un niveau de richesse égal à ce que possèdent 4,6 milliards de Terriens (60 % de la population globale) ;

* Dans le monde, les hommes détiennent 50 % de richesses en plus que les femmes ;

* Les deux tiers des milliardaires tirent leur richesse d’une situation d’héritage, de monopole ou de népotisme ;

* A ce jour, près de la moitié de la population mondiale vit toujours avec moins de 5 euros par jour et le rythme de réduction de la pauvreté s’est ralenti de moitié depuis 2013.

Cinq cents milliards d’Euros ont pourtant été débloqués par la Banque centrale européenne et autant par ses homologues nationales, pour que l’économie encaisse le choc du Covid. Un plan de relance de 750 milliards y a ensuite été ajouté. Les premiers retours d’information montrent que, pour plus des deux-tiers, le bénéfice en est allé aux entreprises – largement aux plus grandes – et que la part revenant aux ménages est loin d’avoir égalé celle dévolue aux actionnaires. L’Insee démontre en effet que le corona virus a – involontairement – enrichi les seconds, tandis qu’un tiers des foyers s’appauvrissait. L’effet d’aubaine a presque doublé la croissance du patrimoine personnel des grandes fortunes industrielles. Ce n’était nullement un complot : cela traduit seulement une logique financière systémique.


Ces inégalités rapidement croissantes sont pourtant au cœur des fractures et des conflits sociaux, en Europe comme à travers le monde. Les ‘’intersocialités’’ économiques et culturelles (selon la taxonomie du professeur Badie) sont au cœur d’une majeure part des tensions qui traversent notre monde. Elles sont connues de tous en tant que réalité factuelle, mais leurs effets déstabilisateurs sont gravement sous-estimés. Un premier facteur de l’indifférence ambiante tient à la lassitude : ‘’pourquoi ressasser tout ça, qu’y pouvons-nous ?’’ Voilà bien l’égoïsme vaguement pleutre du seigneur féodal dévastant, pour son plaisir de chasser, les maigres terres agricoles de ses serfs miséreux : ‘’Dieu l’a voulu ainsi … pourquoi ferais-je autrement ?’’
A notre époque, Dieu prend le plus souvent les traits des gouvernements. Leur impuissance à protéger des peuples qui attendent (à tort) tout d’eux est le fait le plus pathétique des dernières décennies. Le vrai géni du système est conçu et propagé par les marchés financiers. Ceux-ci dictent aux entreprises leur loi, à laquelle les exécutifs démocratiques comme les dictatures doivent se soumettre, de la même façon. Or, les inégalités ne sont pas une fatalité, elles sont le résultat de politiques sociales et fiscales dictées par ces mêmes marchés et entreprises, qui tendent à réduire la participation des plus riches à l’effort de solidarité par l’impôt. Ne sont-ils pas des ‘’investisseur’’ ? Ainsi se trouve fragilisé, ‘’pour la bonne cause’’, le financement des services publics. Bien qu’essentiels pour combattre la pauvreté et soutenir l’économie, transports, éducation, santé, système de retraites…. sont sacrifiés au salut du ‘’système’’. En fait, comment faire autrement ?
Ce statu quo mortifère délite la cohésion des sociétés et suscite un peu partout de révoltes du type ‘’ gilets jaunes’’ et même des retours vers les idéologies archaïques fondées sur l’exclusion et la violence. Alors, quoi ? ‘’Plaise à Dieu’’, comme dirait l’Autre !

* 6 janvier – Réalité alternative

C’était il y a tout juste un an : le Capitole, emblème de la démocratie américaine, était pris d’assaut par des partisans déchaînés de Donald Trump. Ces ‘’proud boys’’ et autres néo-nazis voulaient se venger des résultats de l’élection présidentielle et renverser une institution perçue comme le pilier de la démocratie américaine. Leur motivation n’était pas d’abattre d’emblée celle-ci, mais de contraindre = = par la force = = les élus, qui avaient validé le décompte électoral, à reverser le verdict des urnes.

Malgré l’échec de cette attaque, aussi brouillonne que violente, le traumatisme reste immense. Une majorité d’électeurs républicains – un bon tiers de l’électorat – se cramponne mordicus au grand mensonge du trucage des urnes. Une commission parlementaire est partie pour enquêter aeternam, sans produire de conclusion consensuelle. Donald Trump ne cesse de stimuler et d’incarner cette colère irrationnelle et peu d’observateurs doutent de sa ferme intention d’emporter la Maison blanche en novembre 2024 pour sortir les Etats-Unis des rails de la démocratie.

Le basculement de dizaines de millions d’Américains dans une réalité ‘’alternative’’ est, dans tout cela, le phénomène le plus effrayant : rien n’y fait. En substance, la vérité n’existe pas, le réel se définissant comme le ressenti voire l’exaltation d’une minorité d’acteurs. C’est le raccourci le plus court vers l’ochlocratie : la foule, chauffée à blanc, rejette les institutions et toute voix qui lui est étrangère. Elle tourne en boucle sur ‘’SA’’ réalité et n‘écoute que celui qui contrôle ses émotions. La dictature de la rue est rarement spontanée. L’Allemagne du début des années 1930 a montré comme ce genre de populisme, astucieusement téléguidé, installe la dictature ‘’au nom du peuple’’ et au seul profit du Tyran. Donald Trump exploite sans vergogne les failles du système politique américain et il est bon à ça. Qu’il capte à nouveau le pouvoir suprême, par les urnes ou par un nouveau putsch, la démocratie américaine n’y survivra pas, ni, avec elle, les libertés.


On a pas trop de mal à anticiper les effets qu’auraient sur l’Europe un tel basculement du sort de l’Occident. Le choc psychologique créé par une Amérique devenue totalitaire serait immense et la confiance dans la stabilité politique, la viabilité de nos Etats du Vieux Continent fléchirait rapidement. Ceci, d’autant plus que, derrière l’idéologie trumpiste déferlante, les idéologues et autres influenceurs anti-démocratie d’outre-Atlantique et d’ailleurs (ils sont majoritaires dans le monde) s’en donneraient à cœur joie, dans les médias, les réseaux sociaux et par pression directe sur les gouvernements d’Europe. Soutenue par des flots d’argent et par la puissance du numérique, cette ‘’occupation du terrain mental’’ européen porterait au point d’ébullition les tensions civiles préexistant déjà au sein des sociétés.

L’Europe aussi compte sa part de citoyens ‘’trumpistes’’ (ils ne revendiquent pas, évidemment, ce qualificatif) et en France, par exemple, les instituts de sondage les évaluent à un bon tiers de l’électorat, remontés en bloc contre institutions, élites, élus et valeurs de la Démocratie. Nous rencontrons tous, au quotidien, ces concitoyens qui veulent se faire une justice toute personnelle et surtout l’imposer aux autres. La dérive vers la violence d’un phénomène au départ légitime, tel celui des gilets jaunes, est une illustration saisissante du cheminement de citoyens ‘’normaux’’ depuis un ressenti émotionnel exacerbé jusqu’à des formes d’expression violentes, sans intermédiation ni débat. A cette aile droitiste fantasmant un ‘’Grand soir’’ orchestré dans la rue, s’allie une mouvance d’extrême gauche qui, dans les actes comme dans leurs résultats, apparaît comme son exacte jumelle (les militants-guérilléros passant souvent de l’une à l’autre). Au centre, l’on profite de la peur suscitée par les affrontements, non pour consolider la cohésion sociale, mais pour ajouter aux stigmates sociaux et imposer l’ordre en durcissant et même dénaturant les principes humanistes fondant la démocratie. L’électeur effarouché approuvera ces écarts et votera en conséquence. L’abstention, elle, triomphera et l’opportunisme flasque s’ensuivra, livrant le pouvoir au premier fusil qui passera.


Alors, la survie en Europe d’une démocratie qui serait veuve de l’Amérique ? Vous voyez, chers lecteurs, où l’on veut en venir et vous reconnaissez la thèse exposée. Trump n’est pas de retour, du moins pour l’heure. Des Etats-Unis de l’époque Trump au Brésil, à la Turquie, à la Russie ou la Biélorussie, à la Hongrie et même à la Chine, exposons le désastre humain provoqué par tous les régimes trumpistes ou simplement autoritaires, cruels et chauvins à travers le monde. Maintenant, imaginons un peu la sombre misère de l’Europe et de la France si l’aberration de la ‘’réalité alternative’’ s’imposait à nous comme LA vérité unique qui nous serait dictée. Brrrrrr !

* 7 décembre – La lointaine planète France

La campagne électorale française a une drôle de tonalité eurosceptique et un horizon de vue replié sur l’Hexagone. Alors qu’en Allemagne, par exemple, l’Europe ne pose plus question et qu’elle porte même les principales recettes aux grands problèmes transversaux, en France, elle reste un défouloir existentiel et un illusoire terrain d’affrontement. Son importance primordiale dans les politiques et les cadres de vie des citoyens est tout simplement ignorée.

Voilà une bonne façon de convaincre l’électeur que le politicien  »bien de chez nous », est un héros tout puissant et que sa parole vaut re-création de la Mère-Patrie. Cela revient à se persuader que la monnaie, le commerce, la santé, le politiques budgétaires ou celles de l’environnement sortent ‘’toutes cuites et prêtes à l’emploi’’ du puissant cerveau de nos Super-Dupont organisateurs du genre humain (celui du clan franchouillard, s’entend). Dupont-Electeur ne doit surtout pas en douter. Ce syndrome rappelle les mécanismes mentaux du Brexit. L’UE est brandie sous ses yeux comme un défi à  SA souveraineté (ou comme un exutoire à ses frustrations) et notre pauvre Dupont-Citoyen est téléguidé par les émotions !

 Il faudra bien rendre à la Patrie des porteurs de béret – à eux seuls – des prérogatives absolues sur les problèmes qui la dépasse, pour lesquels elle ne dispose pas des ressources ni de la puissance pour agir utilement et que, dans tous les cas, elle maitrise mal. Reste l’identité et la sécurité, deux causes récurrentes, plutôt archaïques et hors-le monde. Ce mantra s’accompagne d’une répudiation inconséquente des traités signés et qui valent constitution. Foin des normes, exit les garde-fous contre un retour de la guerre et de la sauvagerie ! Ne parlons ni du climat, ni des transitions, ni d’un retour de la Paix ! Cela fait beaucoup de marches arrières à encaisser, pour un simple spectacle saisonnier !

L’Ours n’aime pas la pensée binaire. Il n’a plus trop envie de plonger son museau dans un monde orwellien, qui, de toute façon, s’évaporera en avril ou en mai. Il n’est pas sorti de sa taïga pleine de dangers pour partir en guerre contre d’autres, qui n’auraient pas exactement la même fourrure que lui ou qui grogneraient avec un accent. Ni envie de se voir attribuer un territoire en fonction de sa complexion et de sa connaissance des valeurs ursidées.  Cette campagne nombriliste et sans horizon, sans  »nourriture pour penser » (food for thought), est aussi sans discernement aucun quant aux profonds effets du monde sur le fonctionnement de la France. Elle est plus désolante encore qu’ennuyeuse. Personne ne voit donc qu’autour de nous tout change très vite et que ce n’est plus un jeu d’autorité, bien ou mal exercée, qui nous adaptera à notre dangereuse époque ?

Est-ce que quelqu’un d’important voudrait bien penser à partir des réalités mouvantes ? Il devrait nous dire que les vieilles ficelles du chauvinisme sont passées de mode, inefficaces. L’Ours, lui, se tait (du moins, jusqu’à demain)…

* 1er décembre – L’Humanité dans sa tanière

L’Ours est dépité. L’avatar plantigrade de ce blog en deviendrait presque déconfit et brumeux. A chaque fois qu’il sort tout heureux de sa tanière, un nouveau variant du virus le contraint à s’y réfugier en panique. Il est las, il perd peu à peu le sens de sa bonne vie animale, en plein air et en compagnie.

Voudriez-vous vraiment qu’il jette un œil géopolitique sur ce monde tout détraqué ? Regardez Omicron. On ne sait rien de cet intrus sorti tout droit de la mondialisation. Il semblerait qu’il n’ait encore tué personne mais que sa propagation s’établit entre celle d’une trainée de poudre et celle des médias électroniques. Tout le monde y va de son cri d’alarme si ce n’est de sa version lugubre de l’apocalypse. Israël s’emmure hermétiquement du monde extérieur; le monde extérieur se retranche de l’Afrique australe, terre d’origine du variant. l’Europe commence à nouveau à se claquemurer, chacun y allant de ses quarantaines, ses refoulements, ses tests sériels. Pourtant ne forme-t-elle pas une zone d’habitation homogène, irriguée par un marché unique et capable de mutualiser les politiques de santé, comme on l’a vu pour les vaccins ?

Mais l’obsession de la  »frontière à garder » s’est insinuée dans les esprits et la peur de manquer au sacro-saint  »principe de précaution » (et d’avoir à le payer politiquement) paralyse les politiques. On cherche des parades dans le  »sauve qui peut ! » et le  »chacun pour soi » sans attendre de savoir de quoi – scientifiquement – nous sommes menacés. Certains experts prédisent pourtant que l’avenir du Covid 19 sera de rejoindre la catégorie des rhumes communs. Un tigre de papier. Allez savoir ! Fermez les écoutilles, cadenassez les barrières, posez des barbelés le long des voies de passage ! Sans rien comprendre à rien, nous allons bientôt revêtir la misère et l’opprobre des exilés ballotés aux frontières des riches ? Au passage, en verrouillant tout, quelle masse instable de déboutés, touristes piégés, expatriés et non-vaccinés allons-nous laisser s’agglutiner entre notre périphérie et les filières d’infiltration clandestine ?

L’OMS nous dit – en termes polis – que nous sommes de sacrés imbéciles à vouloir nous cloîtrer hors-le-monde, juste par instinct. Cela n’arrêtera aucun variant, accentuera les déséquilibres entre zones pandémiques et créera artificiellement une multitude de victimes. Les économistes anglo-saxons ajoutent que l’option du repli sur soi est synonyme d’appauvrissement, de pénuries et de chômage. Même si l’on a le culte de la  »préférence nationale », on sait bien que l’autarcie tue les plus faibles, au final.

Alors, l’Ours (toujours déconfit), quelque chose à dire ?

 »Avant de réintégrer tristement ma tanière (ou non), je constate qu’on a raté l’occasion de retourner les solutions de la mondialisation contre ses méfaits globaux. On va subir tous ces variants bizarres, parce qu’on n’a pas su vacciner et protéger les peuples pauvres et mal organisés du Sud. La nature est morale. Elle nous force être tous égaux et justes ou alors, à subir de sa part des tourments sans fin. Mais on n’est pas prêt de se ressaisir….car c’est dans nos têtes  » (pensée brumeuse, puis sommeil de plomb …).

* 28  octobre – Avatars numériques

Face book change de nom. Ca ne va pas changer la vie des quelque  deux milliards de braves gens qui correspondent sur le réseau avec leurs familles et leurs amis. Ca ne va rien changer non plus à la philosophie commerciale et au mode d’action du groupe : le rassessement en boucle. Marc Zuckerberg l’a inventé et il y enferme ceux qui ont le malheur de s’aventurer anonymement dans les groupes de discussion, les fora d’infox et autres espaces de haine calibrée que tolèrent hypocritement les algorithmes de ses ‘’modérateurs’’. Leur machine a parer aux débordements est une usine à gaz incontrôlable (des cadres du réseau en ont témoigné). La perte de contrôle de la firme californienne sur sa machinerie illustre d’ailleurs l’importance des incidents enregistrés sur une très grande échelle. Qui plus est, seuls les résoteurs d’Occident lui inspirent quelques vagues précautions, les autres ont droit à l’impasse. Le plus préoccupant t se voit dans les déviances induites chez les adolescents du fait des incitations malsaines du système : harcèlement scolaire, attaques sournoises contre les personnes, calomnie, compromissions par l’image. Tout ce qu’on devrait interdire fait fond de commerce pour Facebook. Des dizaines de milliers de jeunes Français en sont – indirectement – victimes chaque année, parmi lesquels plusieurs centaines  tentent de se suicider. Quant à leurs parents, ils se placent, sans le savoir, sous la coupe des extracteurs de données, des influenceurs et des trolls multinationaux rétribués, à l’occasion, par des dictateurs. La recette consiste à semer la confusion dans les esprits, à faire confondre information et fantasmes … et, au bout du compte, à faire dérailler les démocraties. Alors, le nouveau  nom du monstre, peu importe … ce sera toujours un système mondial, qui dicte une bonne part de nos sentiments, dénature notre avenir, nos relations et ça, déjà, ça fait peur.

Il y a pire : voilà que Facebook s’attaque à la finance et s’apprête à lancer sa crypto-monnaie. La valeur fiduciaire est fondée sur la confiance, qui peut n’être que de la crédulité. Le Zuckercoin, comme le bitcoin, va fonctionner sur la fidélité de spéculateurs immatures qui  font écran devant le crime organisé. Car c’est bien aux gangsters du dark web que ce mode de commerce profite le plus. Les laisser s’enrichir, sans limite, à nos dépens, c’est finalement les pousser vers le pouvoir et leur donner les moyens d’un contrôle politique sur les sociétés humaines. Au contraire des monnaies locales, concrètes et utiles comme instrument d’échange de marchandises et de services, ces devises sans maître ni raison sociale aboutiront à des crises, des dépossessions. Ce n’est sûrement pas une voie menant vers le règlement des inégalités sociales, vers la prévention du dérèglement climatique, vers un peu d’honnêteté dans la vie publique. Voyez là une litote.

Tout cela compte peu finalement, si Facebook et ses réseaux associés réussissent à faire basculer l’humanité dans une folie confuse. Zuckerberg  se vante haut et fort de son fumeux  projet de les  faire basculer ses réseaux dans  un univers factice où chacun – quelle que soit sa distance réelle aux autres – côtoiera  tout le monde, un peu au hasard, dans les trois dimensions et l’illusion parfaite du réel. Ce ‘’métavers’’ va abolir toute frontière entre le réel et l’imaginaire, ce qui pourrait convenir pour un jeu, mais pas pour régler les relations sociales, voire pour animer la vie publique. A bien considérer les pièges de la version simplette unidimensionnelles actuelle, on doit pouvoir  accroître d’un facteur puissance dix les dégâts sociaux et psychologiques à attendre de ce fameux Métavers.

 Le père de famille conduisant ses enfants à l’école distinguera-t-il le volant réel de son véhicule des commandes factices de l’univers Zuckerberg ? Le collégien qui se plaît à effrayer un camarade saura-t-il dans quelle dimension il l’aura ou non physiquement agressé, au bout du compte ? Le citoyen-électeur à qui l’on dit en boucle que les élections ont été truquées saura-t-il s’il se met  au service de chefs de guerre, par la pensée uniquement ou avec des armes réelles dans l’idée d’envahir le capitole. La police sera-t-elle obligée de pénétrer cet ’’autre monde’’ pour démêler les affaires criminelles d’ici-bas ?

Il y a toujours un brin d’emphase pédagogique dans l’argumentation de ce blog. Disons le tout de suite : l’anonymat et l’impunité ne sont pas des libertés individuelles mais un droit à nuire, voire à tuer ! Pour la paix dans le monde et pour sauver la géopolitique d’état de droit (si c’est encore possible), il faudrait vite museler ces hyper puissances numériques qui ne rendent compte à personne et veulent faire du cash sur notre santé mentale. Pour le coup, l’enjeu est bien de sauver l’esprit à l’Humanité, ce qui aidera aussi à sauver la Planète.