I – Brèves – Avril – Juin 2021

* 17 avril – L’Ennemi, une notion  »tendance » ? L’époque est révolue où la France ne se sentait pas menacée. Aujourd’hui, des groupes djihadistes la voient en cible prioritaire et des Etats cherchent à l’affaiblir.La période de grâce s’est achevée au début des années 2000 avec les attentats du 11 septembre 2001, à New-York et à Washington puis lorsque AQMI (Al-Qaida au Maghreb islamique) la désignée en ennemi des croyants. Aujourd’hui, les forces françaises sont engagées au Sahel comme au Levant, Selon os stratèges : ‘’ne pas se préparer au conflit, c’est être (mangé) au menu’’. Lla notion d’ennemi reviendrait au goût du jour ?
Dans un contexte international à la fois chaotique et volatile, où le fait guerrier redevient une culture, les armées se préparent ces dernières années à affronter des conflits de haute intensité, ceux qu’on n‘imaginait plus possibles, qu’ils soient symétriques (entre armées), asymétrique (terroristes ou partisans) ou encore qu’ils combinent ces deux composantes (conflits civils à ramifications internationales). L’OTAN aussi planche sur les ‘’guerres du futur’’ dont on sait qu’elles sont déjà engagées – bien qu’à faible intensité – et qu’elles seront hybrides (cyber, financières, par recours aux sanctions économiques, aux moyens d’influence, d’espionnage, etc.). Mais la guerre se tient à distance et sa réalité n’est pas évidente pour tous. Il y a quelques mois, le général Lecointre, CEMA, a présenté une formulation ‘’conventionnelle’’ de la dissuasion à la française : faire comprendre à nos ennemis qu’ils ne sont pas à l’abri de ripostes, s’ils nous agressent, et pour cela déployer des moyens de lutte de haute intensité’’. De fait, sans se départir de sa doctrine stratégique, la France se prépare en priorité à des formes de confrontation interétatiques dans la dimension navale (accrochages avec la Turquie, la Chine, l’Iran) comme dans ses opérations terrestres outre-mer. Elle est concernée au premier chef par la sécurité du Vieux Continent face à la menace russe – une partie au bord du gouffre se joue en Ukraine -, mais aussi par le Moyen-Orient, le Maghreb et le Sahel. La défense des départements et territoires d’outre-mer pourrait aussi prendre un tour conflictuel. Comment garantir souveraineté et libre navigation, face à des dénis d’accès ? Ce sont aussi toutes ces zones interdites de survol ou d’approche par des missiles installant des vides de réaction en cas d’agression car ils mettent l’attaquant hors de portée des systèmes de défense et de réplique du pays ciblés.
L’identification de l’adversaire s’impose dans la préparation opérationnelle, mais on ne nomme jamais ouvertement les pays avec lesquels risquent de se produire des affrontements. En Occident, la guerre a un lourd relent d’immoralité, même pour qui y serait confronté contre sa volonté. Le fait est qu’il serait effectivement indécent d’oublier que c’est un phénomène horrible comme l’est la pandémie, mais de-là à renoncer à se défendre… Tout devrait toujours être fait pour qu’il n’y ait pas d’ennemi, même si c’est au prix d’un déni cognitif. Ainsi, la Turquie est alliée dans l’OTAN, donc mieux vaut se taire. La Russie est appelée à s’intégrer ‘’un jour’’ dans l’architecture de sécurité européenne (un objectif souhaitable), alors ménageons – verbalement – V Poutine. En sens inverse, pourtant, la France et l’Alliance sont bien catégorisées publiquement comme des ennemies et parfois même comme ‘’terroristes’’. L’URSS de Brejnev avait peur de l’OTAN et aspirait à la détente avec l’Occident. Par contraste, la Russie de Poutine juge possible l’effondrement de l’Occident et se montre plus agressive. Cette posture flatte également les opinions revanchardes en Russie et dans d’autres autocraties populistes. Elle favorise la mobilisation guerrière des populations et la fuite en avant.
La frontière entre l’ennemi et l’adversaire est mince. Moscou a procédé à des annexions de territoires en Europe, par la force, mène des cyberattaques en grand nombre, assassine des opposants sur le sol européen, soumet la Biélorussie, encercle le flanc sud de l’Europe depuis la Libye, l’Afrique noire et le littoral syrien, etc. Est-ce suffisant pour être une ennemie, dans le sens inexorable et ancien du terme ? Tant que des règles de comportement cohérentes et constantes existent – même si elles sont criminelles – il vaut mieux s’en tenir à la notion d’ ‘’adversaire stratégique’’ qui ménage la possibilité de dialoguer et d’agir de concert dans quelques secteurs d’intérêts communs. Cette approche réaliste et peu enthousiasmante serait aussi adaptable à l’hégémonisme chinois, si la nécessité d’un durcissement s’imposait. De même avec la Turquie, dont on peut espérer que le gouvernement sortira, de lui-même, de son aventurisme paradoxal.

* 16 avril – Fraternité des frères musulmans. L’ambassade de France à Islamabad recommande– elle n’a pas le pouvoir d’ordonner -aux Français présents au Pakistan de quitter temporairement le pays, en raison ‘’des menaces sérieuses’’ pesant sur les intérêts français. L’alerte fait suite à de violentes manifestations anti-françaises au cours de la semaine.
Depuis l’automne, les partisans du Tehreek-e-Labbaik Pakistan (TLP), un parti islamiste proche des frères musulmans, réclament avec fureur l’expulsion de l’ambassadeur de France. Non qu’ils en veuillent personnellement à ce personnage qui n’est qu’un simple rouage d’exécution de la diplomatie française, mais il représente à leurs yeux un symbole du laïcisme français, qu’ils exècrent. La vraie cible est bien Emmanuel Macron, du fait de ses propos au lendemain de la décapitation de Samuel Paty, à Conflans Sainte Honorine. Depuis plusieurs mois, les manifestants se heurtent brutalement à la police au sein de laquelle ils ont tué deux agents. Leur leader, Saad Rizvi, a été arrêté après avoir appelé le 20 avril à une nouvelle marche contre la France. Pour le faire libérer, le TLP a alors tenté de bloquer les plus grandes villes du pays, Lahore (Est) et Karachi (Sud), ainsi que la capitale Islamabad. Il lui serait hasardeux d’appeler directement à des attentats contre le pays de la ‘’liberté de blasphémer’’, à laquelle il est dit qu’il ne renoncera pas, mais l’idée figure, implicitement, dans son message comme dans sa culture d’assassinat et de lynchage. Fin octobre, Imran Khan, le premier ministre pakistanais, avait accusé Emmanuel Macron d’’’attaquer l’islam. Arif Alvi, le président, s’en est pris à son homologue français à propos du projet de loi sur le séparatisme, qui porte, selon lui, atteinte aux musulmans. La ministre pakistanaise des Droits de l’Homme, Shireen Mazari, a quant à elle affirmé que ‘’Macron fait aux musulmans ce que les nazis infligeaient aux juif’’. C’est dire le ton chaleureux des relations officielles.

Constat désagréable à entendre : la France fait figure d’ennemie traditionnelle des Frères musulmans. Elle est l’incarnation vivante de la laïcité, soit encore, de tout ce que l’islam politique rejette et veut détruire. La haïr est la recette parfaite pour doper les militants de l’Islam politique. L’histoire de cette animosité remonte à 1939, lorsque Hassan al-Banna, le guide fondateur de la mouvance frériste, a appelé à la vengeance contre les ‘’honteuses positions’’ françaises sur la Syrie, sur la question marocaine et le dahir berbère. Il prophétisait que le bassin méditerranéen tout entier redeviendrait un jour aux frères et à l’Islam. Depuis, les Frères musulmans trouvent systématiquement un motif ou un autre pour s’attaquer à la France, comme moyen de radicaliser leur base. Le Pays de Voltaire tient le rang de seconde tête de Turc des frères, après Israël. Depuis la promulgation de la loi de mars 2004, qui encadre le port de signes ou de tenues religieux ostensible dans les établissement scolaires, la fureur des frères ne s’est jamais calmée. Affaires du voile, caricatures de Mahomet, burkini, positions françaises au sujet de la Syrie, de la Libye, du Kurdistan, de la Méditerranée orientale, de la Grèce, de l’Arménie, du Sahel, etc. ils font feu de tout bois. Cette animosité n’est pas représentative des sentiments des musulmans du monde – dont beaucoup sont attachés aux libertés et à la modernité – mais elle alimente l’Islam politique, où curieusement, se retrouvent très souvent des combattants sunnites et chiites mélangés. Le ‘’croissant islamiste’’ où s’exerce leur emprise relie symboliquement l’Indonésie au Maroc, en passant par la Malaisie, le Pakistan, l’Afghanistan, l’Iran, le Qatar, la Turquie, la Libye, la Tunisie et l’Algérie.


En 2014, les Émirats arabes unis ont a classé les Frères musulmans comme mouvance terroriste. Les Saoudiens ont suivi en 2020 et ils cherchent désormais à se désengager de tout prosélytisme politique à l’étranger, sans parvenir à se défaire de la radicalité de leur wahhabisme / salafisme. En décembre 2019, un sommet ‘’anti-saoudien’’ à Kuala Lumpur s’est fixé l’échéance de 2024 – centenaire de la chute du califat ottoman – pour rétablir le mode dynastique de l’Islam d’antan. A cette occasion, Mohamad Mahatir, le premier ministre malaisien, a invité les croyants à ‘’tuer des millions de Français’’.
La Turquie de R.T. Erdogan est – on l’aura deviné – le pilier et le moteur de cette stratégie d’expansion agressive. Erdogan ambitionne d’émerger en nouvel unificateur et guide suprême de l’Islam ou du moins de l’islamisme. Son pays s’est doté, contre l’Europe, du levier de contrôle très sensible actionnant les flux de réfugiés, à la fois à l’Est (Mer Egée) et au Sud (Libye). Il dispose ainsi d’un outil de chantage majeur sur l’Europe. A la suite de l’assassinat de Samuel Paty, la Turquie a attisé les flammes de la vaste mouvance frériste contre le président Macron. Parmi les porte-paroles les plus déterminés de cette francophobie, on pourrait citer certains députés islamistes marocains, des politiques qataris, koweïtiens et jordaniens ainsi que les nombreux mouvements anti-chrétiens du Bangladesh, du Bihar indien et du Pakistan,. Les correspondants du réseau turc au Pakistan sont à la manœuvre sur le thème du blasphème.

* 15 avril – Pensées sombres sur la Mer Noire. La situation continue de se tendre dans l’est de l’Ukraine. Sur la ligne de front du conflit avec les séparatistes prorusses, les incidents armés meurtriers se multiplient depuis plusieurs semaines. La trêve instaurée en 2020 a volé en éclats et ce changement de pied n’a pu être décidé qu’à Moscou. Kiev soupçonne que le Kremlin cherche un prétexte attaquer le Donbass, après que la Russie a massé plus de 80 000 soldats près de sa frontière orientale et en Crimée ,annexée après sa ‘’révolution orange’’ de 2014. Le conflit avait fait, plus de 13 000 morts et d’1,5 million de déplacés dans les territoires ukrainiens frontaliers de Lougansk et Donetsk. L’intensité des combats avait fortement baissé après la signature, au printemps 2015, des accords de Minsk, dont le France, avec l’Allemagne, est garante pour le camp occidental. Aujourd’hui, la boucle est bouclée : le président, Volodymyr Zelensky, en treillis de combat, se rend sur les fortifications, face au dispositif russe, à proximité de Lougansk. Kiev affirme adopter une posture purement défensive et ne pas vouloir tirer la première salve, mais se prépare ostensiblement à subir une offensive militaire imminente.


La dégradation de la trêve a été évoquée au téléphone par Vladimir Poutine avec Angela Merkel, cette dernière engageant le président russe à alléger son dispositif offensif. Pour l’autocrate russe, ce serait au contraire Kiev qui orchestrerait des « provocations visant à aggraver la situation », étant entendu qu’une intervention russe ne serait pas exclue pour ‘’protéger la population (séparatiste) locale’’. Kiev affirme soutenir une solution « politique et diplomatique » pour récupérer les territoires qui lui échappent, mais ne cache aucunement que, face à l’expansionnisme russe, la principale garantie qu’elle recherche serait une adhésion à l’OTAN. Ce serait évidemment une ligne rouge dont le franchissement déchainerait la vengeance de Moscou. Sans risquer de s’engager en ce sens, le président Joe Biden assure néanmoins V. Zelensky de son ‘’soutien indéfectible’’. Il a aussi dépêché deux bâtiments de l’US Navy en mer Noire, dont Moscou cherche à faire un lac intérieur, ciblant en particulier le contrôle du port ukrainien de Marioupol. Les conditions d’une internationalisation du conflit sont donc réunies. Il y a quelque chose d’évocateur du  »couloir de Danzig » ou de  »l’ultimatum sur les Sudètes », dans cette démonstration – très  »années 1930 » – de volonté d’annexion territoriale et d’espace vital ethnolinguistique. Mais ce pourrait être l’occasion, à l’inverse, d’un vaste deal entre Washington et Moscou, dans lequel la population de l’Ukraine n’aurait que marginalement voix au chapitre. On en est là.

* 14 avril – Saucissonner l’adversité stratégique. Relever les défis un par un, selon leur degré d’urgence. Après trois mois passés à la Maison Blanche, le président Biden ne peut guère douter d’être soumis à des tests. En sus de ceux inhérents à l’instabilité et l’imprévisibilité du système international, il doit éviter les chausse-trappes que lui tendent des grands et moyens acteurs du camp anti-démocratique (ou anti-occidental, ce qui est quasi-synonyme). Poutine, Xi Jinping, Erdogan et les centrales jihadistes l’attendent au tournant : c’est un fait et le chemin est truffé de mines. Un peu dans la précipitation, il vient de réajuster, tout en la confirmant, la retraite de ses troupes d’Afghanistan. Curieux choix que celui de date : le 11 septembre comme échéance, ce qui revient à caler l’admission d’une défaite sur l’anniversaire du désastre subi y a vingt ans. La dure réalité est qu’il n’y a plus rien d’utile à escompter de cette présence militaire étrangère, vomie par la population. Entre parenthèse, c’est un redoutable signal pour la France au Sahel (et au-delà), qui s’est piégée de façon très comparable et doit fait face aux mêmes ennemis.


Une fois soldée la Bérézina dans le bourbier afghan, Washington ne tarde pas à ‘’engager’’ ceux de ses adversaires avec qui des tractations sont encore possibles. En-haut de la liste figure Vladimir Poutine. L’autocrate ‘’tueur’’ (selon les dires récents de Biden) a ainsi reçu un appel de sa part et, pas trop vexé de sa qualité d’assassin, a dit bien vouloir se prêter au jeu des tractations entre ‘’grands’’, un statut essentiel pour son aura nationale. Prêts à se parler pour le bien de « la sécurité mondiale »- un concept plus policier que celui de ‘’stabilité internationale ‘’ ou de ‘’paix mondiale’’- les deux hommes d’Etat ont commencé à discuter de la situation en Ukraine, alors que le regain des échauffourées et la concentration de forces russes à la frontière font redouter une relance de la guerre au Donbass.
Joe Biden a proposé à son interlocuteur-adversaire de tenir, au cours des prochains mois, une rencontre au sommet dans un pays tiers. L’espoir serait de passer de la nouvelle guerre froide, bien engagée, à une ‘’relation stable et prévisible entre les deux puissances ». Pas un partenariat donc, mais une détente. Poutine doit encore confirmer, mais la seule perspective d’une redéfinition des relations russo-américaines a de quoi donner la migraine au troisième larron : la Chine de Xi Jinping. Les relations entre Moscou et Washington sont aujourd’hui minées par des confrontations sectorielles autour de l’Ukraine, de la Syrie, des ingérences électorales, de la cyber guerre, du développement d’armes nouvelles, d’opérations d’espionnage et d’autres mauvais procédés. Contenir ces animosités au sein d’un tout ‘’gérable’’ ferait beaucoup pour dissiper le cauchemar stratégique que constituerait une solide alliance sino-russe face au camp occidental.

*13 avril – Qui paie l’impôt s’enrichit. Géopolitique, la taxation des firmes géantes ? Absolument : c’est l’un des rares leviers de pouvoir des Etats sur ces puissantes entreprises hégémoniques qui font la pluie et le beau temps à travers la planète. Depuis des décennies, l’Europe rêve – sans vraiment passer à l’acte – d’un monde où le système de de règles fiscales serait, sinon commun, en tout cas largement partagé pour ce qui est des gros contributeurs : ceux qui se jouent des frontières et des législations pour minimiser leurs impôts.

Ce ‘’level playing field’’, aujourd’hui l’administration Biden s’y attelle, dans un esprit de progressiste qui évoque le New Deal de Roosevelt. Janet Yellen, secrétaire au Trésor de Joe Biden, a ainsi défendu une concurrence fiscale équitable entre les multinationales de la planète : ‘’Ceci permettrait aux Etats de remplir leurs missions sans que le dumping fiscal planétaire ne tarisse leurs ressources financières’’… ‘’Nous travaillons avec les pays du G20 pour convenir d’un taux d’imposition mondial minimum sur les sociétés, qui puisse arrêter la course vers le bas’’. Dans cette logique, elle considère positivement le processus initié au sein de l’OCDE et que l’Europe ne parvient plus à faire avancer.
Cette prise de position encourageante intervient après que Joe Biden a lancé, à Pittsburgh, un gigantesque plan de relance économique de 2 200 milliards de dollars, qui sera abondé par la hausse de la taxation des entreprises de 21 % à 28 %. C’est aussi un élément central de la politique sociale des Démocrates, visant à rééquilibrer la dépense publique au profit des classes populaires. Ce programme requiert une contribution fiscale accrue des entreprises, le strict contraire de la politique ‘’pro-business’’ menée par D. Trump. Il prévoit de doubler la taxation forfaitaire des bénéfices réalisés par les multinationales hors du territoire des Etats-Unis, sans péréquation possible par le biais d’un quasi-paradis fiscal (à chaque pays, son dû fiscal ira en proportion de la valeur ajoutée générée sur son territoire).

Bien sûr, la fin des exceptions, échappatoires et autres paradis d’optimisation fiscale ne surviendra pas en un seul printemps – la résistance à l’impôt promet d’être être colossale – mais, au moins, la voie est ouverte. Comme le dit Biden : ‘’un pompier et un enseignant payent 22 % d’impôt. Amazon et 90 autres grandes entreprises ne payent pas un cent. Je vais mettre un terme à cela.’’ C’est dire, au passage, que les pernicieux GAFA seront aussi mis dans la boucle, une avancée que le gouvernement français souhaite par-dessus tout. Les paradis fiscaux et le big business qui les abreuvent privent les braves gens d’Occident de 1000 milliards $ de recettes ainsi détournées chaque année de la justice sociale ou du combat climatique. Si le virus n’était pas là, il devrait y avoir bal dans nos rues !

* 12 avril – Barbichette nucléaire. Le monde de la prolifération et des armes de destruction massive ne connait ni la transparence ni la négociation de bonne foi. Face au risque – avéré ou non – de l’emploi des technologies de double-usage (de recherche scientifique ou d’attaque de grande intensité), la règle reste la ruse et le recours aux sanctions. Parmi les installations suspectes observées avec attention, celle de centrifugation de l’uranium, à Natanz en Iran, est assurément l’un des sites les plus critiques de la planète. Demeuré secret pendant de longues années, il s’est extrait, étape après étape, des contrôles exercés par l’AIEA et ses inspecteurs. Sa production d’uranium enrichi à 20 % et plus dépasse de loin le seuil destiné à un usage civil, sans avoir encore atteint celui autorisant la production de combustible fissile militaire, en clair : de bombes A. Mais on s’en rapproche.


Il y a quelques années, un virus ‘’patient’’, distribué sur des clés USB hors-circuit verrouillé de l’installation, avait fini par mettre à bas son système informatique, retardant d’un an le programme iranien. Compliments d’Israël et des Etats Unis, associés. En juillet 2020, l’usine d’assemblage de centrifugeuses plus puissantes a été frappée par une mystérieuse explosion : nouveau retard, sans doute du fait des mêmes commanditaires. Hier, l’usine a connu un accident majeur d’alimentation électrique. Selon l’organisation iranienne de l’énergie atomique, aucune victime ne serait à déplorer. Les autorités de Téhéran ont néanmoins conclu à un « sabotage d’origine terroriste » (l’adjectif désignant communément tout ce qui leur est hostile). Est-il besoin d’attendre les résultats de l’enquête des autorités, dont on devine facilement les cibles pressenties ?
La veille, les autorités nucléaires iraniennes venaient de lancer de nouvelles cascades de centrifugeuses beaucoup plus performantes, prohibées par l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien. Le président Hassan Rohani avait salué la mise en route des nouveaux ateliers d’assemblage de Natanz, ordonnant dans la foulée la mise en service de trois nouvelles installations en cascade. Deux constats s’imposent :
-l’Iran ne s’arrêtera pas dans sa quête du seuil nucléaire militaire, ce seuil n’impliquant pas la mise en batterie de missiles armés, mais la possibilité d’y parvenir rapidement en cas de crise critique. Donc, une possibilité de bascule stratégique plutôt qu’une exhibition précoce de l’arme ‘’à la nord-coréenne’’.
-La petite guerre – très réelle – autour des installations, notamment de celle de Natanz, n’est compréhensible qu’à la lumière de grandes manœuvres géopolitiques en cours. En signalant envisager de réintégrer l’accord de 2015 = = sous conditions = = les Etats Unis forcent l’Iran à s’engager aussi sur le terrain politique et diplomatique. Dans les tractations en cours avec les Cinq du Conseil de sécurité, l’Europe joue les intermédiaires de bons offices et les Américains campent en coulisse. Il s’agit de désigner un coupable : soit, celui qui s’entête à lâcher sur le Moyen-Orient les démons de la prolifération, soit celui qui sanctionne aveuglement une population civile éprouvée par ses sanctions. Aucun des deux camps ne peux renoncer à ses objectifs stratégiques ultimes, d’autant plus que les logiques d’opinion intérieures ne leur pardonneraient aucun écart. Reste la simultanéité des concessions ou semi-concessions. Washington désamorcerait un peu les sanctions et réintègrerait – pas trop officiellement – l’accord. Téhéran accepterait de parler à nouveau des contrôles de l’AIEA, étant entendu que les progrès récents réalisés dans ses programmes ne seraient pas remis en cause…Hyper complexe, dans les faits comme dans leur perception médiatique. C’est bien un combat de boucs qui se tiennent par la barbichette !

* 9 avril – Brexit désespérant. Souvenons-nous comme Michel Barnier mettait en garde contre les conséquences du Brexit sur la paix civile fragile de l’Irlande du Nord. Rétablir une frontière douanière signifiait, selon le positionnement de celle-ci, que l’Irlande insulaire se retrouverait coupée en deux ou détachée de l’Angleterre et, dans les deux cas, que la violence y cheminerait à nouveau. Facile prédiction que Westminster ne voulait pas entendre, tout à son obsession d’une Grande Bretagne cinglant vers le grand large. On y est : non pas vraiment au grand large, mais dans la déconstruction de la paix laborieusement rétablie en 1998 par l’accord dit du Vendredi Saint. La sanction de la myope indifférence de Boris Johnson a été préfigurée par un spectacle d’étales alimentaires vides, à Belfast, les distributeurs s’étant perdus dans les arcanes des nouveaux circuites douaniers permettant d’importer d’Angleterre.

Ensuite, les formations politiques locales ont mis en ébullition les populations pauvres regroupées de part et d’autre des ‘’murs de la paix’’, des grilles que l’on ferme chaque soir à 18h00 pour bien séparer les communautés protestante et catholique. La première est d’autant plus nerveuse que sa majorité au gouvernement de Belfast ne tient qu’à une voix d’avance. Les premières briques, lancées par des jeunes contre la police, sont venues de là, à l’incitation des groupes unionistes (protestants) paramilitaires. Ces loyalistes, partenaires par essence du gouvernement de Westminster, sont en effet profondément divisés. La fracture passe entre ceux qui en veulent à Johnson de les avoir trahis et sacrifiés – après qu’ils l’ont aidé à faire voter le Brexit –  ils ressentent, de ce fait, moins d’hostilité envers la République d’Eire au Sud – et, à l’autre bout de l’échiquier politique, ceux qui s’acharnent à relancer l’insurrection, pour éviter un désaveu par les urnes. De Londonderry à Belfast, ceux-là ont mis le feu, chaque nuit, depuis une dizaine de jours et transformé en fortifications les murs de la paix. Les jeunes catholiques ont répliqué par les mêmes procédés. Du seul côté de la police, on compte déjà une cinquantaine de blessés.

Le Premier ministre britannique condamne bien sûr ces émeutes, qui sont pourtant le pur et prévisible résultat de sa politique inconséquente, la rançon d’un mépris ‘’colonial’’ à l’égard de tous les Irlandais. Le gouvernement de Belfast, composé d’Unionistes et de Républicains, est totalement dépassé. Après d’âpres négociations, Londres et Bruxelles étaient parvenus à une solution ad hoc, le ‘’protocole nord-irlandais’’, écartant tout retour à une frontière physique sur l’île. Ceci passait par une localisation des contrôles dans les ports nord-irlandais. ‘’L’accès sans entrave’’ promis par Boris Johnson a été un leurre. On sait maintenant que le Brexit aura bien les conséquences destructrices que l’on redoutait. Souhaitons à l’île d’Irlande de retrouver un jour le cheminement pacifique que Londres a compromis. Ce n‘est pas pour demain. Sans mentionner les états d’âme compréhensibles de l’Ecosse.

* 8 avril – Bruit de bottes de glace. Une agitation mystérieuse trouble l’univers glacé de l’Arctique. Entre Mourmansk et l’Alaska, la Russie est à la manœuvre depuis 2016 et sa flotte du Nord se cuirasse sous un réseau d’installations navales et aériennes endurcies et plus ou moins secrètes. Certaines infrastructures ont été réactivées de la période soviétique, d’autres sont nouvelles et censées abriter de redoutables système d’armes ‘’imparables’’, tels des drones ‘’nucléaires’’. CNN a diffusé quelques images du dispositif russe renforcé, qui devient bien visible et, au moins en partie, opérationnel. C’est une façon, pour le Pentagone, de faire partager aux Occidentaux son souci face à la militarisation de l’Océan (encore un peu) glacial, au-delà du détroit de Béring, à proximité des côtes américaines. Washington dresse un parallèle avec l’accaparement, par Pékin, des eaux de la Mer de Chine orientale et méridionale. Un clash est possible.


-L’activisme russe est-il destiné à grignoter de l’espace stratégique. Dans ce cas, est-ce pour disposer d’un cluster rapproché d’armes nucléaires à même de menacer, à très court préavis, des objectifs stratégiques sur le territoire américain. Un couperet au-dessus de l’Alaska et des territoires canadiens du Nord-Ouest.
-Hypothèse alternative : la marine russe serait persuadée que sa flotte du Nord, qui embarque la principale composante de l’arsenal nucléaire russe, serait ciblée de façon critique, par les contre-systèmes américains et donc trop vulnérable. Son ‘’blindage’’ par toute une série d’abris et de caches viserait alors à renforcer ses chances de survivre à une frappe ‘’préemptive’’ des Etats Unis. Les nouveaux drones ‘’invincibles’’ déployés ces derniers mois pourraient n’être nucléaires qu’au niveau de leur seule propulsion. Ils constitueraient surtout un dispositif d’observation et de brouillage pour protéger pour les sous-marins russes.
-Troisième hypothèse, cumulable avec les précédente : l’Ours russe voudrait s’imposer, au plan économique aussi, en maître de la navigation commerciale et de l’exploitation des ressources, le long de la route arctique du Nord-Est. Ce scénario est très plausible mais il ne requière pas particulièrement des armes extraordinaires et des sites de lancement secrets pour sa mise en oeuvre. Donc, une tentative ‘’à la chinoise’’ d’accaparer le contrôle d’un espace maritime plus large (ou ‘’à la turque’’, pour reprendre le contrôle du Bosphore) n’expliquerait pas tout.


Paranoïa russe classique, expansionnisme économique ou bluff affuté, la recherche par Moscou d’une capacité de menace renforcée sur l’espace nord-ouest américain pourrait aussi bien constituer les prémices d’un grand marchandage sur la militarisation de l’Arctique. L’administration Biden vient de valider la prolongation de l’accord New Start sur les ogives et leurs lanceurs. Poutine sait sans doute que son pays n’a plus les moyens économiques d’une course aux armements débridée avec son grand rival stratégique. Il pourrait dès lors tenter de geler, à un niveau avantageux pour lui, les dispositifs militaires dans le Grand Nord, quitte à en rabattre un peu à propos de ses nouvelles ‘’armes imparables’’.

* 7 avril – Les têtes de Turc de Pékin. Au Xinjiang (Turkestan oriental), les tensions entre la majorité locale musulmane (principalement ouïgoure) et la majorité nationale han (Chinois de souche installés localement en colons) se traduisent en épisodes d’accrochage puis de répression. Les deux hauts responsables locaux de la Justice et de l’Education, des hauts fonctionnaires ouïgours ‘’collaborateurs’’ de Pékin, responsables de secteurs administratifs traversés par de vives tensions ethniques, viennent d’être condamnés à mort pour  »séparatisme islamique’’. Ces condamnations, assorties d’un sursis de deux ans, sont, en pratique, commuées en détention à perpétuité. La Révolution a dévoré certains de ses enfants. L’administration, à so tour, cloue au pilori ses administrateurs non-Han. Le plus étonnant est que le régime pékinois n’ait rien appris de ses purges passées, par catégories entières de citoyens. C’est de ces méthodes d’ogre engloutissant sa progéniture que l’Ankar des Khmers rouges s’étaient inspirées dans les années 1970. Elles n’étaient plus de mise sous Deng Xiaoping. L’atavisme réémerge sous Xi Jinping.


Plusieurs pays, dont les Etats-Unis, évoquent un génocide dont les Ouïgours musulmans et à, un moindre degré, leurs coreligionnaires Kazakhs, Kirghiz et Tadjiks seraient les victimes. Il n’est sûrement pas conçu comme tel, mais l’obsession de régner sur les consciences et d’imposer des comportements contre-identitaires conduit au même résultat. Et, plus que jamais, la fin justifie les moyens. Les nombreux responsables pékinois que ces méthodes rebutent doivent cacher leurs sentiments ou affronter les sanctions du Parti. Plusieurs organisations de défense des droits de l’homme estiment à plus d’un million le nombre des Ouïgours internés dans des centres de rééducation depuis 2017. Pékin affirme que ces sites fermés abritent des ‘’centres de formation professionnelle’’ destinés prémunir les Ouïgours du séparatisme et des pulsions d’attentats qui leur sont attribuées. Juste la même chose, mais formulée en langue de bois. Comment ne pas réagir à cette reconnaissance cynique d’un traitement ethnique collectif contraire à tout critère de droit, infligé à cette communauté sunnite dont les représentants sont tous présumés coupables et ‘’modifiables’’ à volonté ?

* 6 avril – Sublime Portefeuille. Le président du Conseil européen, Charles Michel, et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, sont à Ankara pour solder une période d’invectives et de contentieux avec la politique agressive de la Turquie et les excentricités du président Recep Tayyip Erdogan. Celui-ci aurait donné des signes de souhaiter une reprise graduelle des relations économiques et d’être prêt à marchander à nouveau l’endiguement des exilés proche-orientaux massés dans son pays.


Le Conseil européen de mars a décidé de ne pas sanctionner la Turquie, comme il l’envisageait. Ceci répond à des signaux positifs d’Ankara, en particulier à un répit dans les tensions en Méditerranée orientale autour de la prospection gazière à proximité de la Grèce et de Chypre. De ce fait, a été ouvert un ‘’agenda positif ‘’, le motif de cette première reprise de contact directe. Les Vingt-Sept vont mettre sur la table certaines facilités de visas pour les ressortissants turcs et la modernisation des règles douanières bilatérales. En termes de philosophie générale, c’est une incitation à plus de bonne volonté de part et d’autre. Mais les contours d’une entente restent imprécis du côté européen, la France se montrant bien moins conciliante que l’Allemagne quant au degré de confiance à investir dans l’autocrate mégalomane et aventuriste. Certains Etats-membres de l’UE souhaiteraient que les deux dirigeants bruxellois évoquent le sujet de l’État de droit et des droits de l’Homme en Turquie. Ce serait le plus sûr moyen de braquer Erdogan. L’UE attend une issue pacifique des tractations sur l’exploitation des gisements off-shore renouées entre Ankara et Athènes. Elle imagine possibles quelques marques d’apaisement sur les interventions militaires d’Ankara en Libye, en Syrie ou dans le Caucase. Mais, toute honte bue, elle a surtout besoin de la coopération monnayée d’Ankara face aux quatre millions de migrants syriens et autres concentrés en bordure de la Mer Egée. Le pacte de signé en mars 2016, à l’initiative de l’Allemagne, a fonctionné en barrage efficace face aux tentatives de passage vers l’Europe. Les Européens se défaussent ainsi de leur devoir humanitaire mais, dans l’état de repli frileux où se trouvent les opinions, ce manquement est plutôt bien compris. De son côté, Erdogan veut renégocier cet accord, qui parvient à échéance, et obtenir les précieux financements européens pour renflouer l’économie turque. On n’est pas encore dans l’entente mais le réalisme dur est de retour.

* 5 avril – Justice mais sans punition. Joe Biden se montre particulièrement actif à ‘’réparer l’Amérique’’ dans la phase initiale de son mandat et tant que sa très courte majorité sénatoriale le lui permettra. Parmi les décisions iniques de son prédécesseur sur lesquelles il entend revenir, l’offensive de D. Trump contre la justice internationale, en juin 2020, compte parmi les plus exécrables. Il vient de mettre fin, le 2 avril, aux sanctions lancées contre la Cour pénale internationale (CPI), notamment celles ciblées contre sa procureure, Fatou Bensouda.
Ces sanctions avaient choqué beaucoup d’observateurs de la scène internationale, attachés aux idéaux de justice et d’incrimination des crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Elles constituaient une attaque contre tout ceux qui tiennent à la compétence universelle de certains tribunaux comme un outil indispensable contre l’impunité générale. Elles revenaient à torpiller les possibilités de rétablir la Paix dans les conflits les plus destructeurs et à entretenir un désir de vengeance inassouvie chez les victimes.


Antony Blinken a annoncé la levée des sanctions imposées à Fatou Bensouda, dans le cadre de son enquête visant à déterminer si les forces américaines ont commis des crimes de guerre en Afghanistan. Phakiso Mochochoko, le chef de la division de la compétence, de la complémentarité et de la coopération de la CPI, est également retiré de la liste noire des magistrats à humilier. La juridiction de La Haye a sobrement salué « une nouvelle phase dans l’engagement commun à lutter contre l’impunité’’. Aimable de sa part et non-polémique. Malgré ses convictions multilatéralistes, Joe Biden a néanmoins confirmé que Washington s’opposerait à toute enquête de la CPI sur des faits reprochés à des personnels américains, c’est-à-dire nationaux d’un État non-signataire du Traité de Rome de 1996. Du moins, « en l’absence de saisine du Conseil de sécurité des Nations unies ». Vu les possibilités de blocage au niveau de cette instance, ce n’est donc pas pour demain.

Le poids de l’institution militaire et de ses relais d’opinion dans la classe politique est assurément trop lourd pour qu’un homme de bonne volonté – serait-il président – puisse ouvertement le défier. Le constat n’est pas très différent, en France, où différents préjudices subis par des populations civiles réémergent aussi dans l’actualité. La décision américaine – mi-chèvre mi-choux – convient manifestement au ministre Jean-Yves Le Drian, qui a salué une ‘’ excellente nouvelle pour tous ceux qui sont engagés au service de la lutte contre l’impunité, du multilatéralisme et d’un ordre international fondé sur la règle de droit »… néanmoins, en ménageant un peu nos soldats en Afrique ?
Vingt ans d’intervention armée en Afghanistan, dont une partie menée en coalition hétéroclite, une part assumée par des ‘’mercenaires’’ et une autre, par des drones, ne pouvaient qu’entraîner de graves entorses au droit humanitaire, quelles que soient les précautions prises, sur le terrain. La faute primordiale est à rechercher du côté du flou accompagnant la définition de l’ennemi et des objectifs militaires dans leur dimension politique et à une stratégie totalement ‘’étrangère’’ à la population. Il y a des leçons à en tirer.

* 2 avril – On vous reparle de la Birmanie. La situation s’y aggrave. Le Conseil de sécurité de l’ONU a publié une déclaration aseptisée par la Chine . ‘’Profondément préoccupés par la détérioration rapide de la situation », les membres du Conseil déplorent la mort de centaines de civils, incluant des femmes et des enfants » et dénoncent (et on pas condamnent) le recours à la violence contre des manifestants pacifiques ». A peine plus qu’une réaction à une catastrophe naturelle ou à une manifestation qui aurait mal tourné. Or, beaucoup d’observateurs s’interrogent : en est-on aux prémices d’une guerre civile, avec sa cohorte d’interférences régionales ? Dans les versions précédentes du texte, les Occidentaux avaient proposé que le Conseil de sécurité soit « prêt à envisager de nouvelles étapes », une  discrète allusion à l’hypothèse de sanctions contre les généraux putschistes. Pékin n’en a pas voulu, pas plus que du mot ‘’meurtre’’ pour qualifier les exécutions aveugles de civils. Quant à Moscou, son plus grand souci lui paraissait être la mort de plusieurs tireurs appartenant aux forces de l’ordre. Blocage de la Russie avec la Chine. Mais tel est le Conseil de Sécurité avec lequel il faut essayer de faire avancer les causes de la Paix et de la Justice.

Le risque de guerre civile en Birmanie ne soucie guère ces grandes puissances souverainistes, alors qu’à travers les villes et les territoires de minorités éthiques se multiplient les zones de guerre. Après deux mois de répression féroce, les manifestations de rues à grand renfort de casseroles ne sont plus qu’un souvenir périmé. 536 victimes d’armes à feu, dont de nombreux étudiants, ont été recensées par l’association pour l’assistance aux prisonniers politiques (AAPP). Le 27 mars, « Journée des forces armées », 140 personnes, dont une dizaine d’enfants, sont tombées sous le feu des fusils. Des centaines d’autres, mortes ou vivantes, ont été enlevées. Entre le mouvement de désobéissance civile à la junte du général Min Aung Hlaing et les militaires accrochés à leurs privilèges politiques et économiques, il n’est plus question de retenue. Donc, les militants cherchent à s’armer. Les rebellions éthiques du Nord du Pays ne demandent qu’à leur prêter main forte face à l’ennemi commun. Les Kachin et les Karen passent à l’attaque de sites militaires et se sont même emparé d’une base aérienne. Des bombardements ont été ordonnés par Naypyidaw, en représailles. L’escalade de la violence est désormais enclenchée.

Arrivée au pouvoir en 2016, Aung San Suu Kyi s’était engagée à conduire le pays à une réconciliation inter-ethnique. Malgré une exception choquante aux dépens des Rohingyas, elle a tenté d’apaiser les tensions attisées autour des ressources minérales et énergétiques que l’Armée exploite en en chassant les communautés ethniques, propriétaires du sol. Elle visait une forme d’accès partagé. Le retour à une dictature militaire ‘’dure’’ aura aussi pour conséquence d’enflammer les marches du pays, qui sont des régions très sensibles.

01-04 – Un jour spécial. Mais peut-on plaisanter avec l’état du monde, si tristounet ? De très nombreux adeptes de ce blog ont exprimé le souhait ardent d’une forme d’illustration de ses fortes pensées. Ainsi, beaucoup regrettent les apparitions graphiques de l’Ours, dont la philosophie originale et plantigrade continue pourtant d’irriguer nos bonnes feuilles électroniques. Prolonge-t-il son hibernation par une séclusion anti-Covid 19 ? Reste-t-il coincé dans sa tanière trop étroite ?

Une triste nouvelle…

Les adieux de Plantu à la communauté médiatique, ce 1er avril, fournissent l’occasion de marquer la date, en saluant son grand art. Jean Plantureux a profondément marqué le lectorat français, tant par le génie savoureux de son crayon que par sa maîtrise sans faille du sens de l’actualité. Personne n’a croqué mieux que lui le cours bancal de nos sociétés et l’absurdité géopolitico-ironique du monde. Sans poisson aucun, voici son ultime dessin, philosophique, comme toujours. Merci, Jean !

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* 2 avril – On vous reparle de la Birmanie. La situation s’y aggrave. Le Conseil de sécurité de l’ONU a publié une déclaration aseptisée par la Chine . ‘’Profondément préoccupés par la détérioration rapide de la situation », les membres du Conseil déplorent la mort de centaines de civils, incluant des femmes et des enfants » et dénoncent (et on pas condamnent) le recours à la violence contre des manifestants pacifiques ». A peine plus qu’une réaction à une catastrophe naturelle ou à une manifestation qui aurait mal tourné. Or, beaucoup d’observateurs s’interrogent : en est-on aux prémices d’une guerre civile, avec sa cohorte d’interférences régionales ? Dans les versions précédentes du texte, les Occidentaux avaient proposé que le Conseil de sécurité soit « prêt à envisager de nouvelles étapes », une  discrète allusion à l’hypothèse de sanctions contre les généraux putschistes. Pékin n’en a pas voulu, pas plus que du mot ‘’meurtre’’ pour qualifier les exécutions aveugles de civils. Quant à Moscou, son plus grand souci lui paraissait être la mort de plusieurs tireurs appartenant aux forces de l’ordre. Blocage de la Russie avec la Chine. Mais tel est le Conseil de Sécurité avec lequel il faut essayer de faire avancer les causes de la Paix et de la Justice.

Le risque de guerre civile en Birmanie ne soucie guère ces grandes puissances souverainistes, alors qu’à travers les villes et les territoires de minorités éthiques se multiplient les zones de guerre. Après deux mois de répression féroce, les manifestations de rues à grand renfort de casseroles ne sont plus qu’un souvenir périmé. 536 victimes d’armes à feu, dont de nombreux étudiants, ont été recensées par l’association pour l’assistance aux prisonniers politiques (AAPP). Le 27 mars, « Journée des forces armées », 140 personnes, dont une dizaine d’enfants, sont tombées sous le feu des fusils. Des centaines d’autres, mortes ou vivantes, ont été enlevées. Entre le mouvement de désobéissance civile à la junte du général Min Aung Hlaing et les militaires accrochés à leurs privilèges politiques et économiques, il n’est plus question de retenue. Donc, les militants cherchent à s’armer. Les rebellions éthiques du Nord du Pays ne demandent qu’à leur prêter main forte face à l’ennemi commun. Les Kachin et les Karen passent à l’attaque de sites militaires et se sont même emparé d’une base aérienne. Des bombardements ont été ordonnés par Naypyidaw, en représailles. L’escalade de la violence est désormais enclenchée.

Arrivée au pouvoir en 2016, Aung San Suu Kyi s’était engagée à conduire le pays à une réconciliation inter-ethnique. Malgré une exception choquante aux dépens des Rohingyas, elle a tenté d’apaiser les tensions attisées autour des ressources minérales et énergétiques que l’Armée exploite en en chassant les communautés ethniques, propriétaires du sol. Elle visait une forme d’accès partagé. Le retour à une dictature militaire ‘’dure’’ aura aussi pour conséquence d’enflammer les marches du pays, qui sont des régions très sensibles.