Ce qui me trompe (Kim-Trump) me tient en alerte (nucléaire)

Bonjour aux géostratèges chevronnés ! L’Ourson a suivi avec délectation les amours subites de Kim Jong-Un et de POTUS Trump, à Singapour. Jadis, on chantonnait, à propos de cette rutilante Cité-Etat : « Le crocodile, il est malade … Il est malade, à Singapour… Il faut qu’il mange de la salade … S’il ne veut pas mourir un jour ».

Prémonitoire ! … à contempler la bouille rayonnante du camarade Kim (qui fume du H, question bombe atomique) et l’air méchant et renfrogné de l’Homme à la houpette orange, il n’y a pas photo : on saisit lequel est le crocodile car on a déjà une certaine expérience de ses salades !

Make America great again !

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Asile et Migrations – Version Palais Bourbon et version RAMY

Le radeau de Lampédusa, Lanzarote, Museo Atlantico, 2016

Le présent blog ne parle pas beaucoup du projet de loi sur l’asile et les migrations. Ce n’est pas par manque de motivation mais plutôt par distanciation d’avec les nombreux angles morts, fausses pistes, leurres et évitements que révèle le travail du Législateur : on nous mène en bateau !
La preuve par le barreau de Paris : L’asile, un droit en danger : une analyse du barreau de Paris

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Mai 2018 : permettez moi un grand coup de pessimisme géopolitique

Damas sous feux croisés

En écoutant les news ce matin, je sentais les missiles iraniens et israéliens me frôler l’occiput. Je me suis dit qu’il devrait être fortement décommandé de relire l’apocalypse de l’apôtre Jean. Plus l’incandescente scène mondiale revêt un manteau crépusculaire, plus on doit – croyez-moi – s’efforcer de s’extraire des prophéties. Cela, de crainte qu’on les amène à s’autoréaliser finalement. Le principe de Günther Anders énonce que plus c’est menaçant, plus c’est réel, moins on veut le voir. Mais là, j’ouvre un cas particulier : non, Trump n’est pas (tout à fait) l’Antéchrist ! Non, Bibi Nétanyahou n’est pas (totalement) l’Archange de la fin des temps ! Non, l’ayatollah Khamenei n’est pas précisément un avatar du grand prêtre Caïphe, qui décréta la passion du Sauveur ! Oublions ça. Lire la suite

Refuser les « rafles » et le bannissement des exilés, par fidélité à notre devise nationale

Le pire les attend chez nous …

En novembre 2017, 470 associations et collectifs d’aide aux migrants ont lancé l’initiative d’Etats généraux des migrations. La « France qui accueille » espère se faire entendre, face à la politique de persécution des victimes et des désespérés. Le gouvernement de la France, comme l’Europe, se sont jusqu’à présent soustraits à tout appel au dialogue citoyen sur le sujet. Pour la première fois depuis 2008, Amnesty International, le Secours catholique, la Croix-Rouge française, Médecins du monde mais aussi le Gisti ou Emmaüs International se regroupent pour réclamer une autre politique, transparente et conforme aux valeurs de notre pays. Alors que le gouvernement a entamé l’examen de son projet de loi « asile et immigration », la mobilisation de cette France fraternelle va revêtir des formes concrètes et visibles : pétitions, chroniques, actions de terrain pacifiques sur la place publique. Lire la suite

Asile : un droit en danger – Une analyse du barreau de Paris

Touche pas à mon paradis !

Le projet de loi « Asile effectif et migrations maîtrisées« , à l’examen du gouvernement n’est pas axé sur l’essentiel. Globalement « à côté de la plaque », il contient quelques mesures positives, à côté d’autres, plus nombreuses, attentatoires aux droits humains, à ceux de la défense et aux libertés civiles. Voici, en premier lieu, ce qu’il ignore :

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Sciences : tenir compte du décalage astrologique


L’Ourson Géo ayant bien lorgné dans sa lunette, est au regret de vous faire savoir que les dates régissant les signes du Zodiac sous lequel vous êtes né ne correspondent plus à l’éphéméride zodiacale actuelle, ce, depuis plusieurs siècles. Si, par exemple, vous vous croyez Gémeaux, erreur: vous êtes en fait Taureau !
Les signes zodiacaux ont été déduits des constellations traversées par le soleil, selon une trajectoire circulaire qu’on a appelé « Zodiac ». Vers le Vème siècle avant J-C, la répartition de l’année en 12 secteurs couvrant chacun 30° d’arc sur l’écliptique de la voûte céleste a ordonné une classification en 12 signes du Zodiac. Tous les astrologues l’ont prise comme postulat pérenne, pour prédire notre avenir. Lire la suite

Journée internationale des droits de l’Homme 2017 : pas d’alibi pour la Libye

Militants réclamant justice pour les migrants africains en Libye

Ce dimanche 10 décembre, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (DUDH) fêtait son 69 ème anniversaire.  »Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits… »Happy birthday ! Un bel âge, ponctué, il est vrai, d’une multitude d’écarts et d’atrocités dans la pratique courante du non-droit international humanitaire.

Quelques fous échappés de la petite couronne avaient décidé de faire du Trocadéro – haut lieu de l’adoption de la DUDH par l’Assemblée générale des Nations Unies – la toile de fond de leur dénonciation des graves exactions subies par les migrants africains, en Libye. Pas d’alibi pour la Libye, pas d’impunité, pas de complicité européenne non-assumée !

– Face à la concurrence, celle de l’ultime show de Johnny, ils savaient ne pas faire le poids Lire la suite

Le retour du « J’ai dit » : Géo-la-science

Le Yéti est un ours plus humain que l’Homme

Le Yéti n’a rien d’abominable – c’était un ours !
Une nouvelle analyse de reliques de la créature mythique du Tibet et de l’Himalaya montre une noble ascendance ursidée (Le Monde du 29-11-2017)

Salut à tous ! Je suis rentré au blog, après un long périple, depuis les Rockies jusqu’aux Pyrénées. Le préfet de Pau m’a même consigné dans un tronc d’arbre, parce que, soit disant, « quelqu’un aurait pu mettre un engin explosif dans ce gros ours en peluche » (je ne suis même pas gros, mais honnêtement nourri, nuance!). J’ai rencontré un tas de copains à fourrure, chemin faisant. Tiens, parlons de mon abominable pote tibétain des neiges, le Yéti. Il est très admiré par les amateurs de cryptozoologie et le Monde en a parlé avec respect (article d’avant-hier). En 2014, l’analyse de ses poils a démontré qu’il avait pour origine une espèce hybride d’ours polaire et d’ours brun. Des prélèvements supposés venir de Bigfoot, l’équivalent américain du Yéti (mais avec un accent texan pas distingué) ont fait apparaître des traces génétiques de raton laveur, d’humanoïde, de vache et très très peu, vraiment presque rien d’ours noir : fichu « melting pot » américain !

L’auteur a analysé les ADN soigneusement conservés dans un pot de miel : douze échantillons d’ours asiatiques et neuf de yétis. J’ai constaté que tous renvoient à des espèces nobles d’ursidés. Le fémur sur lequel il a travaillé (photo : fémur de Yeti GEOscoop2018) ne permet aucun doute, à cet égard. L’analyse génétique révèle ainsi toute la magnificence du grand ours brun tibétain. La légende est donc vérifiée scien-ti-fi-que-ment. Yeah, T !

A part ça, l’ourson serai assez content d’être de retour à temps pour les marchés de Noël, quand il fait un peu moins chaud. Il semble que mon humain ait bossé la géopolitique – non sans peine – pendant ma vadrouille. « Comme vous, je ne lis jamais sa prose, trop longue et trop concentrée. Mais il faut que vous sachiez qu’elle ne m’engage pas, moi. Quand je tiens la plume ou défonce le clavier, je le fais savoir ».

Vous voudriez tout savoir sur Noël, n’est-ce pas ?
Et bien voilà : Au VIe siècle, le moinillon Denis le Petit, un historien, entretenait un doute sur le calendrier grégorien. Pour régler sa clepsydre aux petits oignons, il rechercha quand exactement le temps de notre ère avait commencé. Pour lui, c’était l’année où Jésus était né. Après de savants calculs, Denis le Petit en a fixé l’origine en l’an 1. On a alors décalé d’une année la liturgie des églises et les programmes télé. Aujourd’hui on pense que le moine a fait une petite erreur de calcul, et qu’en fait, Jésus a dû naître 6 ou 7 ans avant sa naissance.

Quant au 25 décembre, il a été choisi dès le IVe siècle. De nombreuses fêtes populaires étaient célébrées en décembre, au moment du solstice d’hiver. Sapiens était dans la stupide idée de conjurer le froid et la nuit. A Rome, du 17 au 24 décembre, on fêtait ainsi les Saturnales, en l’honneur de Saturne, le dieu des semailles et de la fertilité. En Orient, le culte de Mithra, divinité de la lumière, voulait que l’on sacrifiât, le 25 décembre, un jeune taureau, pour célébrer la naissance du dieu solaire. Au Tibet, c’était les ursinales. Et l’on trouve des traces de fêtes similaires chez les Teutons, les Celtes et les Vikings. Le jour du solstice d’hiver si, en effet, l’on entre véritablement dans l’hiver, c’est aussi le moment où les jours commencent à rallonger, le soleil renaît… « Et comme l’ours de la crèche, mes ancêtres ont toujours aimé célébrer ça. Moi,aussi »!

Europa, ne te laisse pas « dubliner » par Mars, Toutatis ou Jupiter !

Herta, dieu cosmopolite des migrants

L’épopée d’Europa est faite en matériau brut. Au nième siècle avant J.C, cette belle princesse phénicienne, qui allait donner son nom à notre continent, s’installe sur l’île de Phyra, en chipant la place à quelques autochtones réticents, tant pis pour eux… Au coin du pré, elle tombe sur un bouillonnant taureau blanc au regard libidineux. Le bovin abuse d’elle. Puis il lui révèle être un avatar de Zeus soi-même, descendu batifoler parmi les mortels. Loin de  »balancer son Zeus », comme elle le ferait de nos jours, la Princesse décide d’assumer cette lignée inavouable sur des millions de Minos européens, capricieux et chamailleurs. Ils deviendront nos ancêtres (à moins, cher lecteur, que vous ne proveniez d’un autre continent, un peu moins licencieux).

Quel intérêt y aurait-il à rappeler que notre bon Vieux Continent, inventeur des guerres mondiales et des camps de concentration, a tissé son histoire sur une trame de violence, pour se ressaisir, parfois aussi, à la source de l’humanisme ? Le plus récent exemple de ce balancement dialectique s’appelle, en grec ηλίθιος (Débilos), soit encore « Dublin » en techno language. Que signifie donc le fait de se retrouver  »dubliné », rabaissé au rang de bestiau apatride, bon pour la ramasse ? Rien de pire ne pourrait arriver, que vous veniez de Phyra, de Tripolitaine, de Sabah ou de Mésopotamie.
En juin 1993, notre mère Europa, régnant depuis Bruxelles, a établi une sorte de règlement pour coordonner l’accueil de cette engeance qu’on appelle « migrans » en latin. Au passage, nos lointains ancêtres relèvent tous de cette catégorie suspecte. Toujours en ribaude parmi les mortels, « Zeus »(« Jupiter », en latin), a déclaré hier avec aplomb et certitude : « Si vous n’êtes pas en danger, il faut retourner dans votre pays. Et au Maroc (en Libye, Erythrée, Afghanistan, etc.), vous n’êtes pas en danger ».
Moyennant une gamme de critères posée par Janus, dieu bicéphale du contrôle, le terrible génie Dublinos postule qu’un seul et unique Etat de l’Union recevra et étudiera votre supplique (« à Phyra, j’ai été abusé(e) sept fois, le Dictateur a égorgé ma famille, j’y ai laissé une jambe et mon emploi… »). Uniquement les pays la périphérie d’Europa où les flots vous ont poussé, vous dira-t-on, à l’exclusion de celui où vous connaissez du monde pouvant vous accueillir, de celui dont vous connaissez la langue, à fortiori de celui où vous pourriez trouver un travail : ce serait bien trop simple et donc contraire à la raison d’état ! Le pays vers lequel la géographie a fait dériver votre esquif, celui qui régit les eaux où vous vous êtes à moitié noyé, où on été prises vos empreintes, c’est celui-là le bon ! Restez-y, sinon vous serez déclaré en fuite ! Et Cerbère sera lancé à vos trousses ! Que vous faut-il fuir désormais ? Et bien, le dispositif de contrôle des frontière de Schengen, prérogative de Pluton, dont on vous avait fait croire que c’était une zone de libre circulation. Superbe blague ! Ceci est archi-faux, du moins vous concernant. Rendez vous à Spartapolis Frontex ou à la Spartapolis municipale !

– Autant il n’est pas facile de faire « réadmettre » des exilés sur les killing fields qu’ils ont fuits, autant la chasse aux « Dublinés » est adaptée à la politique du chiffre pratiquées par nos préfectures, dévouées au Dieu Arès (Mars), pas à Demos. On se repasse le bétail humain comme « patate chaude », d’un pays à l’autre entre Européens, avec pour seul objectif immédiat de le voir disparaître des statistiques migratoires. Les ateliers de Charon créent du clandestin, du sans papier, du suspect, à tour de bras. Depuis trois ans le nombre de personnes en demande d’asile faisant l’objet d’une procédure Dublin a ainsi quintuplé (6000 en 2014 – Plus de 30.000 prévues en 2017). 250.000 « fuyards » passent sur notre territoire – sans doute le double si on y ajoute les indétectés – mais seulement 86.000 tentent de s’y incruster, par le biais de l’asile. Entre 30.000 et 40.000 atteignent ce résultat, après épluchage de leurs dossiers par les sbires de Janus (Ofpraus, Pada, Ofiia…). Le nombre des « déboutés » (dégoûtés ?) de l’asile augmente mécaniquement avec les vagues d’arrivée successives, et ce, même si les délais devaient être raccourcis, ce qui n’est pas le cas. La fermeture musclée des camps de Calais et de Paris, les instructions données aux praefectis, en juillet 2016, pour durcir l’application des règlements (faire du chiffre), le manque dramatique de places dans les établissements d’hébergement (les exilés sont souvent aussi des SDF et opposer les uns aux autres est insensé), la complexification des procédures de tri marquées par un primat sécuritaire, la mauvaise qualité, enfin, de la coordination entre Etats, tout cela ne fait qu’aggraver la situation de centaines de milliers d’exilés. On les abandonne à Até, déesse des Fautes et de l’Errement.
Marqués dans leur chair comme dans leur esprit, mal accueillis, perdus dans le dédale de nos concepts juridiques et de nos démarches administratives kafkaïennes (sans oublier l’obstacle de la langue), souvent rendus malades et traumatisés par les épreuves qu’ils ont traversées, sans nouvelle de leurs proches dispersés au hasard les chemins de l’exile, doit-on leur dire, comme le fait Hadès, qu’une certaine France électorale et quelques états-majors centurions les perçoivent sinon en terroristes, en « envahisseurs » et « parasites » ? Qu’elle souhaite leur disparition au vent mauvais d’Aquilon…

– L’augmentation vertigineuse des « Dublinés » déstabilise l’ensemble du dispositif d’asile au Pays d’Astérix et des droits de l’Homme. Ainsi, les délais pour enregistrer les demandes d’asile en opidum préfectoral, qui étaient de trois jours, prennent actuellement un mois. Cronos en ricane. A la rue, sans aucun droit ni ressource, les demandeurs s’exposent aux rafles centurioniennes de Rhadamanthe, avant même d’avoir eu l’occasion de s’exprimer. Les scribes préfectoraux supercopos les convoquent, à tout propos, avec leur baluchon, signe d’exécution imminente d’un Ordre de Quitter le Territoire Français (OQTF) : expulsion manu centurioni … ou plongée en clandestinité, choisie par une majorité. La solution de rattrapage consistait à se présenter à nouveau comme demandeur d’asile, de six à 18 mois plus tard, selon les cas. Elle sera abrogée dans le projet de loi à soumettre au Capitole en mars 2018. Janus, encore lui, sera à l’aiguillage : à sa droite, sortie d’Europa, sans examen des cas individuels ni possibilité de recours en appel. A sa gauche, Até gèrera le vagabondage du sans-papier non sans risques pour sa survie. Mais pas la rancœur à l’égard de cette hypocrite Europa, ni la récupération du clandestin par l’économie souterraine. Cela reviendra au monde trouble de Poséïdon.

– Les ONG qui accueillent les exilés renforcent leurs effectifs et leur auditoire. Elles font, de plus en plus, œuvre d’aiguillon sur la conscience des citoyens, moins inerte qu’il n’y paraît. Mais elles ont aussi été progressivement dépossédées par l’Etat (Jupiter et ses proconsuls) de certaines tâches sensibles dont elles s’acquittaient auparavant : domiciliation, hébergement, établissement des récits de vie, suivi juridique des demandes, etc. Ces domaines doivent être jugés trop politiques et trop liés à l’impératif sécuritaire du Ministère Intra-muros (l’Intérieur). De plus, le ministre Héphaïstos semble gêné que la société plébéienne dispose d’une sorte de « droit de regard citoyen » sur son pré carré… et aussi sur les bévues des centurions, sans doute inévitables dans un système de droit confié à de modestes scribes de guichet. Ceux-cis ne sont pas formés aux multiples niveaux de règlements particulièrement complexes qu’il leur faut maîtriser, textes qui inhibent jusqu’à certains avocats (oratores) bénévoles.

La folle machine à dubliner la chaire humaine s’arrêtera-t-elle jamais ? Vague après vague les victimes de notre monde tordu parviennent jusqu’à nous. Herta, la divinité germanique incarnant le cycle des migration (dite également Hertus ou Herte, mais aussi Erda, Ertha, Nertha, Nerthus, voire Njörd ou Njördr), n’a pas fini de titiller notre conscience avec sa question gênante « et si c’était toi ? ». Il est urgent de faire un sort au règlement Dublin III, alors que se prépare la prochaine refonte française du code de l’immigration. A ce qu’on en sait, elle devrait supprimer les dernières soupapes à l’arbitraire : l’obligation de vérifier qu’un pays de renvoi présumé « sûr » n’est pas une « destination tombe », la possibilité pour le pays de présence de reprendre la main sur l’asile, après un certain délai, dès lors que le pays  »responsable unique » ne manifeste pas son accord à donner suite (on va passer à une compétence éternelle, assumée ou non), la possibilité de représenter une demande d’asile après un premier déboutement et un temps long passé dans le pays, etc. L’errance des mal-accueillis à travers Europa a hélas un avenir inquiétant. Depuis 2015, existe – sur le papier au moins – un mécanisme de répartition (à partir d’états ayant dépassé de plus de 50 % leur capacité d’accueil physique). Celui-ci n’aura permis le transfert que de 30.000 personnes sur le million d’exilés accueillis par la Germanie libérale du dieu Thor.

– Comme l’expose la Cimade dans la position de son conseil national du 13 octobre 2017, « la question de l’asile doit être réglée à l’échelle européenne ». Depuis 25 ans, la tutelle bruxelloises sur les migrations s’est développée et le contrôle exercé par les cours de justice s’est aussi amélioré. En France, le Défenseur des droits s’est courageusement engagé. Revenir à l’a souveraineté pure des royaumes individuels conduirait vite au chaos. De plus, la gestion communautaire de l’accueil confèrerait à Europa un visage plus humain que celui résultant de sa gestion financière.
Sortir par le haut le mauvais génie Dublinos aboutirait à rétablir la liberté de choix personnel, pour le demandeur, du pays d’accueil et d’installation. Le nombre des « sans papier » errant au travers des frontières s’en trouverait fortement réduit. Pratiquement, cela impliquerait une mise en commun solidaire, au niveau des enfants d’Europa, de l’instruction des dossiers de demande d’asile, et des dossiers migratoires en généra. Auront-ils la volonté politique d’y procéder dans le cadre d’un office européen indépendant ? Il reviendrait à cette entité de définir clairement des principes et des buts ainsi que d’harmoniser les procédures et les taux d’obtention de la protection d’un pays à l’autre. L’hypocrisie des listes de pays ou pays-tiers présumés « sûrs » (où Hermès ne vous conseillerait pas d’aller en vacances, cependant), le tri expéditif des personnes, la rétention ou l’assignation comme formes d’emprise policière sur des innocents, tout cela doit partir en même temps que l’obligation de confinement au premier pays de transit. La sauvegarde de la dignité des nouveaux arrivants ne doit pas connaître d’exception. A vous qui appelez au secours, l’accès aux autorités concernées de la rive Nord ne devrait plus être bloqué, par un dispositif d' »externalisation » c’est à dire de regroupement dans des lieux éloignés d’Europa, hostiles voire dangereux pour ceux placés en tel purgatoire. Ceci constitue en effet une violation grave du droit international (notamment de la Convention de Genève de 1951) et pourrait même impliquer une forme de complicité de crime contre l’humanité, comme on le constate – avec effarement – dans le cas des « marchés aux esclaves » de Libye. Les rançonneurs-tortionnaires n’ y sont-ils pas stipendiés par Europa, elle-même ?

Message d’espoir, car tout peut encore changer : en s’appuyant sur le Haut Commissariats des Nations Unies aux Réfugiés (UNHCR), l’OFPRA français s’emploie depuis peu à extraire quelques centaines de migrants africaines de ces camps de torture où Bruxelles les laisse s’entasser. On ne sait pas trop quels sont arguments servis aux geôliers, mais quoi qu’il en soit, ceux-ci paraissent infiniment plus acceptables pour en extraire des victimes plutôt que de les y faire croupir. Merci Athéna, déesse protectrice, Merci M. Pascal Brice !

Las Vegas ou Bataclan, Amérique ou banlieues, la haine terroriste est d’extrême droite

Las Vegas, New York, Charlottesville : quand doit-on parler de terrorisme ? Après la récente tuerie de Sutherland Springs aux États-Unis, la géopolitique fait le lien entre terrorismes islamiste et d’extrême droite. Au Texas, une petite église de Sutherland Springs a été frappée par l’horreur, une fusillade qui a fait 26 morts. Ce n’est pas la première fois que les États-Unis sont ainsi frappés.

– À Charlottesville, un homme de 20 ans fonce, avec sa voiture, sur une foule manifestant contre l’extrême droite ; il tue une femme de 32 ans, et blesse 19 personnes. Le responsable, James Alex Fields Jr., est affilié à l’extrême droite.

– À Las Vegas, un homme tire dans la foule, tue 58 personnes, et en blesse plus de 500. Ses motivations n’ont pas été clairement définies. Les analyses américaines ont parlé d’une personnalité narcissique et déprimée. Mais le travail de la police prouve que cette « dépression » ne l’a pas empêché de planifier tous les détails du massacre.

– A New-York, le 31 octobre, un Ouzbek immigré aux États-Unis a tué 8 personnes et blessé 12 autres en les renversant avec une camionnette. Dans son téléphone, on a retrouvé 90 vidéos de Daech.

Killing people blindly is quite reasonable, wether you hate them for this or that reason

Face à cette horreur, un débat classique a resurgi : quand peut-on parler de terrorisme ?

Pour Charlottesville, Las Vegas et New York, il est possible de répondre à cette question.

Comment définir le terrorisme ? C’est une violence d’inspiration politique, visant des civils, qui cherche d’abord à faire passer un message. Que ce soit avec al-Qaïda, Daech, mais aussi l’extrême droite (Breivik en Norvège), on retrouve un goût du chaos, d’un certain nihilisme, la destruction devant entraîner le changement espéré.

Avec cette approche, on peut parler de terrorisme pour Charlottesville comme New York. Chercher à les distinguer, c’est refuser de comprendre que l’islamisme radical n’est rien d’autre que l’extrême droite en Orient. Même rejet de l’autre, même hiérarchisation de la population, même politique visant à s’opposer à un « autre » forcément ennemi. Le cas de Las Vegas est plus compliqué : mais il semblerait ici que l’« idéologie » soit le nihilisme, la haine de l’autre motivée par son malheur personnel. Le message n’est pas aussi articulé que celui des extrêmes droites occidentale et orientale. Mais il est tout aussi dangereux, et ne devrait pas être traité à la légère.

La haine  »nazifiante » n’est pas qu’affaire de race, de religion ou de géographie : elle s’inscrit dans un contexte de déshumanisation, hélas universel.

(Mes remerciements à « Réforme » de novembre 2017 , très largement repris dans ce blog)

La France de M. Collomb fait « le grand ménage » chez les exilés


Grand coup de balais sur les exilés : expulsions vers le pays d’origine, retours forcés vers le premier pays de transit, refoulement à la frontière,«centres de retour» fermés: le Gouvernement prépare le renvoi en masse des «sans-papiers», mais aussi de demandeurs d’asile”. Un projet de loi à dénoncer.

Depuis le début de son mandat, Emmanuel Macron assume une politique répressive, contrepartie à son attitude supposément accueillante à l’égard des réfugiés. La réalité est tout autre : alors que le chef de l’État insiste sur le distinguo, dans ses discours, entre « demandeurs d’asile » et « migrants économiques », les mesures disséminées ici et là au cours des derniers mois visent à renvoyer aussi bien les uns que les autres. Le langage « moral » tenu à nos partenaires européens ne souffre pas critique. La réalité du terrain, celle que dictent les préfectures, est aux antipodes du respect de la Loi et de sentiments d’humanité. On sait qu’en vertu des accords de Dublin III, le premier pays d’entrée dans l’UE est considéré compétent pour statuer sur une demande d’asile. Lors de sa campagne électorale, le Président de la République avait jugé cette règle inique, parce qu’elle fait peser toute la charge des procédures sur les quelques mêmes pays du pourtour européen. Dont acte.
Ce temps jadis est révolu. Il s’évertue désormais à l’appliquer, avec zèle, dans le souci de maximiser le “rendement” des expulsions. La France s’emploie systématiquement, depuis peu, à organiser les renvois. Sans forcément aboutir, d’ailleurs, puisque les pays de première arrivée dans l’UE – en principe responsables de faire eux-même le tri, aux termes du règlement de Dublin III – font au mieux, de leur côté, pour éviter les réadmissions. Du fait de la géographie, beaucoup de ces «dublinés» arrivent chez nous en transitant par l’Italie, la Grèce ou la Bulgarie. Mais depuis quelques mois, ils sont nombreux à rejoindre la France par l’Allemagne, où 400.000 à 500.000 personnes ont vu leur demande d’asile déboutée (sur plus d’un million d’exilés accueillis, entre 2015 et 2016). Le Gouvernement craindrait particulièrement ce mouvement migratoire «secondaire». Du coup, il réagit très fort.

– L’objectif revendiqué par le Président Macron est le «zéro migrant» dans nos rues, d’ici à la fin de l’année. Dans le zèle qu’ils mettent à accueillir moins et à expulser plus, des préfets se sont aventurés, sans état d’âme, à violer la loi. Les «dublinés» en font rapidement les frais. Ces demandeurs d’asile se voient imposer de retourner effectuer leur démarche dans leur premier pays européen d’accueil.
Par un arrêt du 15 mars 2017, la Cour de justice de l’Union européenne avait pourtant jugé que les exilés destinés être renvoyés dans leur premier pays d’accueil ne devaient pas être préalablement internés en centre de rétention. Du moins, tant que la loi nationale n’avait pas déterminé les critères objectifs définissant l’infraction de «fuite», fuite que l’administration s’arroge le droit de constater pour la sanctionner. De même, la Cour de cassation avait invalidé, dans un arrêt du 27 septembre 2017, le placement en rétention des demandeurs d’asile pour le même défaut de définition légale des risques d’évasion. On peut douter, à ce stade, que les décisions de justice suffiront à détourner le ministère de l’intérieur dans son projet de grand déguerpissement.

– L’avant-projet de « loi sur l’immigration et l’asile », à l’examen du Conseil d’État, pourrait aller plus loin encore : il prévoit que les «dublinés» seraient placés en rétention, dès qu’une demande de renvoi aurait été déposée par le ministère de l’Intérieur auprès de l’État de premier transit, pour cette raison compétent. Ceci, sans attendre la réponse ni même la décision d’arrêté de transfert.
De cet avant-projet à la nouvelle loi antiterroriste, en passant par le projet de loi de finances passé par l’Assemblée, tous les outils ont été mobilisés pour compléter un arsenal, déjà sur-puissant, depuis trente ans que les gouvernements successifs s’efforcent de durcir le régime de l’immigration et de l’asile. Le contrôle au frontières va être de même renforcé : la loi antiterroriste, définitivement adoptée le 18 octobre, autorise, dans son article 10, l’extension des contrôles d’identité frontaliers à 118 points de passage, partout en France. «Mettre rapidement à l’abri» pour ensuite mieux trier et renvoyer les demandeurs d’asile «dublinés», c’est « justifié », clair et expéditif. 

– Quoi qu’en disent le droit et les avis, les demandeurs d’asile sont plus souvent que jamais convoqués dans les préfectures pour y être interpellés illico, placés en rétention et rapidement transférés dans des pays-tiers. Le piège se referme actuellement dès la deuxième convocation non-honorée, de sorte qu’aucun juge ne peut constater l’irrégularité de la procédure. Le cas est fréquent, tant la frayeur provoquée par l’ordre de quitter le territoire paralyse de frayeur les intéressés. En clair, nombre de préfets pratiquent la privation de liberté, en violation de la loi nationale et des directives européenne. En surfant sur le fatras d’émotions négatives populistes ou électoralistes que l’on connaît, on cherche à nous faire oublier, qu’en fait, les personnes expulsées n’ont commis aucun délit. Sauf exception inhérente à tout groupe humain, ces gens ne sont pas des délinquants, encore moins des « fuyards ». Ce sont des êtres humains, parmi les plus vulnérables. Ils ont du fuir pour préserver leur liberté, sauver leur vie et, dans le plus bénin des cas, rechercher, pour leurs enfants et pour eux-mêmes, un avenir qui n’existait pas dans leur pays.

– Le gouvernement planifie-t-il les entorses à la loi, en ordonnant aux préfets d’assumer des procédures illégales et expéditives ? S’agit-il, au contraire, d’initiatives zélées de préfets qui, de façon synchrone, s’opposeraient aux mises en garde des juridictions ? Les chiffres sont assez parlants: 91.000 étrangers en situation irrégulière ont été interpellés en 2016 et 22.500 procédures d’expulsion Dublin ont été initiées. C’est un niveau record. La part des « dublinés » augmente de façon exponentielle, au sein des 85.000 demandes d’asile enregistrées en 2016. Finalement, 13.000 « illégaux » ont effectivement été «éloignés», sur un total de, sans doute, 200 à 250.000 clandestins jetés sur les chemins par des menaces d’expulsion, souvent non-suivies d’effets. Au demeurant, le chiffre des « reconduites » est jugé très insuffisant par l’Exécutif. «Nous reconduisons beaucoup trop peu», a déclaré le chef de l’État, devant le corps préfectoral, début septembre. Selon Le Figaro, la tendance est à la hausse en 2017. Au cours des sept premiers mois de l’année, les retours forcés vers d’autres pays d’Europe auraient progressé de près de 5 %. Hors Union européenne, l’augmentation atteindrait 10 %. Et ce n’est que le tout début !

– Depuis sa nomination place Beauvau, Gérard Collomb en a fait son dada : accélérer les expulsions tous azimuts ! Il s’inscrit dans le sillage de ses prédécesseurs concernant les étrangers en situation irrégulière, mais va nettement plus loin, quand il s’emploie à faire partir, aussi, un nombre croissant de demandeurs d’asile. Pour accélérer le renvoi des «dublinés», le ministère de l’Intérieur crée des «pôles spécialisés» au sein des préfectures. Il oriente désormais les demandeurs d’asile concernés vers des centres d’hébergement. Ceux-ci permettent, sous couvert d’hébergement, des assignations à résidence de facto, en vue d’un transfert/expulsion. Ces centres de rétention fermés sont maquillés en structure d’hébergement, afin de contourner la vigilance de la Justice. Fonctionnant essentiellement comme des centres de tri, ils succèderont, en plus dur, au Prahda (Programme d’hébergement) disposant de 5.351 places, ouvertes en 2017. Elles étaient déjà dédiées aux «dublinés». Dans tous les cas, y être  »hébergé » signifie dire adieu à la France.
Plus fort encore, le gouvernement prévoirait de créer des «centres d’aide de préparation au retour». Ils ne seront pas seulement réservés aux étrangers en situation irrégulière acceptant, en échange d’une dîme financière, de repartir «volontairement». Ils seraient, apparemment, aussi destinés aux déboutés du droit d’asile. Le mot d’ordre serait de les extraire des centres d’accueil et d’hébergement (où place nette sera faite pour des nouveaux arrivants), puis de les reconduire hors des frontières. Ainsi, la prochaine refonte du parc de logement des exilés servirait en grande partie à trier et isoler les expulsables.

– L’arme absolue dans cet arsenal reste la possibilité que s’octroie l’Etat d’expulser les demandeurs d’asile vers un pays-tiers estimés «sûrs». Cette fois-ci, il ne s’agit plus de renvoyer les demandeurs d’asile vers un pays de l’Union européenne, comme dans le cas des «dublinés», mais hors de l’Union européenne. La destination sera indifféremment tout État offrant les «garanties »nécessaires, en matière de respect des droits de l’Homme ». On peut être certain qu’aucune dictature lointaine ne niera jamais accorder toutes ces garanties. Cette mesure met donc en grand danger le droit d’asile, tel qu’il est inscrit dans la Convention de Genève de 1951 et dans le Protocole de New-York. Elle figure pourtant dans l’avant-projet de loi sur l’immigration et l’asile, ébruité fin septembre. Selon l’AFP, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) serait invité à juger «irrecevable» toute demande de protection de personnes susceptibles d’être réadmises dans un pays tiers « sûr », par lequel elles auraient transité avant d’atteindre l’Europe… C’est un «Dublin global», en quelque sorte ! De même source, l’OFPRA renâclerait à assumer ce rôle. Son directeur général, Pascal Brice, critique même publiquement cette mesure. Sera-t-il entendu ?
Aucune liste de «pays sûrs» n’est pour l’heure établie. On imagine qu’outre la Turquie d’Erdogan, la France pourrait y inscrire la Tunisie, le Maroc et aussi l’Algérie, le Niger et le Mali. Et pourquoi pas, le Soudan ? Des milliers de personnes seraient potentiellement concernées : s’il n’est pas rare que les demandeurs d’asile débarquent par avion, ils sont bien plus nombreux, en effet, à arriver par la voie terrestre, au terme d’un long périple.

– Plutôt que d’interroger les exilés sur les motifs de leur départ, de chercher à évaluer la crédibilité de leur témoignage, de rassembler des indices de leur persécution, les officiers de l’OFPRA s’en tiendraient alors à un simple pointage des itinéraires. Au cours des milliers de kilomètres parcourus dans leur fuite, n’auraient-ils pas traversé au moins un «pays-tiers sûr» ? Peu importent les violences subies, les parcours de souffrance, une destination – la plus éloignée possible de l’Europe et qui ne les accueillera pas – serait le Graal que leur propose M. Collomb… et la France.

– Encore faudrait-il établir sans faute la nationalité des expulsés. Prévu par l’avant-projet de loi sur l’immigration et l’asile, l’allongement du maintien en rétention de 45 à 90 – voire jusqu’135 jours, dans certains cas – y pourvoira. Le Gouvernement peut ainsi accroître sa pression sur les consulats à Paris des pays « sûrs » (délivrance en retour de visas français à leurs compatriotes; menace de baisse de l’aide publique au développement), afin qu’ils délivrent les laissez-passer ou passeports nécessaires au retour de leurs ressortissants. Un «ambassadeur aux migration», Pascal Teixeira Da Silva, a même été nommé, afin d’accélérer la délivrance des documents par les pays de destination récalcitrants.
Les exilés afghans sont particulièrement ciblés. Le gouvernement de Kaboul ayant accepté les subsides de l’Europe (officiellement, les “frais de construction d’une nouvelle piste d’atterrissage »), il renvoie l’ascenseur à Bruxelles. Il fut un temps où les expulsions vers l’Afghanistan créaient l’émoi chez nous. Elles se sont depuis banalisées, alors que l’instabilité demeure constante dans ce pays en convulsions et que les talibans en contrôlent les deux-tiers du territoire. Selon la Cimade, 640 ressortissants afghans ont été « transférés » là-bas, en 2016, sans aucune considération pour leur sécurité. L’ONG protestante vient de lancer, avec Amnesty International, une campagne pour imposer un moratoire de ces déportations. La tendance à écluser les sorties s’accélère en 2017. Les exilés soudanais connaissent le même problème, depuis que le Gouvernement de Bruxelles a «acheté» leur renvoi à Khartoum. Sans oublier la scandaleuse corruption des gardes-côtes libyens, au comportement tortionnaire et mafieux.

– Le Défenseur des droits observe de son côté que l’«intensification des mesures d’éloignement» touche particulièrement les étrangers malades. «Alors qu’il y a 20 ans, avant même l’instauration d’un droit au séjour pour soins, le législateur avait estimé indispensable de prémunir les personnes gravement malades d’un éloignement qui aurait conduit pour beaucoup à une mort certaine, les obstacles actuels à l’admission au séjour pour soins sont de plus en plus fréquents». On en est là…

– Il est encore impossible d’anticiper les effets d’un tel projet de loi, programmé pour être examiné début 2018 par le Parlement : le nombre des expulsions décollera mais jusqu’à quel sommet ? Ne doutons pas que les migrants ont déjà compris le message. Près d’un an après la destruction de la «jungle» de Calais, des experts de l’ONU viennent de rappeler à la France la nécessité d’octroyer de l’eau potable aux migrants ce, sans la faire gazer par ses gendarmes mobiles, de même que les maigres repas qui leur sont offerts. Face à la honte que provoque une telle réprimande, on ne s’interroge guère sur les raisons de cette maltraitance organisée : nos autorités pensent que cela plaît aux électeurs et que tous les tourments du monde nous sont incompréhensibles tout en déversant sur la France les malfaisances concentrées du terrorisme et de l’insécurité. Et tant pis pour les innocents ! En refusant à ceux qui ont tout perdu le minimum vital et humain, l’État veut les décourager de rester en France et les incite à partir d’eux-mêmes… chez nos voisins allemands, par exemple.

– Des ONG aux associations de défense des droits des étrangers, en passant par le Défenseur des droits et la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNCDH), les observateurs humanitaires sont unanimes pour dénoncer les régressions en cours ou en projet. Ce sont celles des conquêtes de la démocratie et de l’humanité de nos comportement. Alors qu’il en est encore temps, il nous faut stopper cet avant-projet de loi sur l’immigration et l’asile. La défense de l’Etat de droit incombe à la vigilance de la société civile. Les associations ont malheureusement motif à désespérer de l’utilité de leurs actions. Il y a peu encore, elle apportaient du baume et du lien social à toutes les étapes du “chemin de croix” des exilés. Aujourd’hui, ce sont des “dublinés” ou des déboutés, des mineurs, des malades, des sans-domicile qui s’adressent à elles. Une bonne part du public étranger, à commencer par les demandeurs d’asile, est captée ou captive du ministère de l’Intérieur. La traque a lieu à toutes les étapes et à tous les étages. Les associations ne voient, elles, que les candidats-réfugiés les plus marginaux, les moins susceptibles d’obtenir gain de cause dans l’octroi du statut. Elles leur apportent des conseils juridiques et pratiques, du soutien médical et humain, en se doutant que ces témoignages de solidarité resteront vains. Parfois, les citoyens solidaires se retrouvent, à leur tour, soupçonnés et intimidés. On se plie à l’impératif de devoir protéger la clandestinité des étrangers en détresse, souvent malades pour ne surtout pas leur nuire en premier lieu.

– La CNCDH s’alarme ainsi de la «multiplication des violations des droits fondamentaux des personnes migrantes observées sur le terrain». Elle demande aux autorités d’«abandonner une vision réductrice des phénomènes migratoires consistant à opposer les demandeurs d’asile aux autres migrants et souligne que «l’État se doit non seulement de protéger le droit d’asile, mais aussi de garantir et de faire respecter les autres droits des personnes migrantes, et ce, quel que soit leur statut». Pour mettre fin aux traitements injustes et illégaux, les associations de défense des droits et les avocats des personnes demandeuses d’asile s’adressent solennellement au gouvernement. Donnons leur le plus large écho !

(composition librement inspirée des publications de la Cimade, de Mediapart, du Monde et de l’AFP).

Eux, c’est nous, demain, ailleurs…

Faire la bombe : apocalypses du temps jadis ou de demain matin ?

« Rocket man » et sa bombe H

Sincèrement, merci au « bien-aimé » maréchal KIM Jong Un et à l’ineffable Donald Trump pour avoir remis « La Bombe » à l’ordre du jour. L’engin atomique s’entend. Prenons par exemple la « big tsar » de 75 Mgt dont l’explosion sur le Champs de Mars de Paris propagerait son souffle mortel jusqu’à la porte de Brandebourg de Berlin (pauvres Belgique et Luxembourg, au passage !). Angoissés de l’évolution erratique du climat, nous avions presqu’oublié la persistance du cauchemar nucléaire, foi de Dr Folamour ! Les deux Ubu Roi coréen et américain nous ramènent à son actualité. Celle, exhumées de décennies lointaines, quand des « patriotes » souverainistes et grandiloquents se menaçaient mutuellement d’effacer leurs populations de la surface de la planète. Ces deux-là l’ont fait, hier !

1 – Toute archaïque et « décalée » qu’elle soit, la Bombe H (et les missiles associés) du Nord-Coréen en dit long sur notre monde de 2017, alors que, paradoxalement, un tout nouveau « traité d’interdiction des armes nucléaires » est ouvert aujourd’hui à la signature des Etats. Devant l’A.G. Onusienne à New-York, Emmanuel Macron a bien fait de remiser au « Vieux monde » les deux protagonistes précités. A fortiori, d’insister sur ce que la stabilité, la justice et la paix procèdent de l’ordre multilatéral, celui qui est le mieux adapté au règlement des problèmes du monde. On voudrait ne connaître que des nations adultes, capables de composer entre elles et de respecter le droit, sans pour autant desservir les intérêts de leurs populations, bien au contraire ! Triste à dire : l’horizon crépusculaire de la Guerre « tiède » (on a vu deux menaces d’utilisation de l’arme atomique et deux millions de morts dans les années 1950-53, durant la guerre de Corée) pourrait être celui vers lequel la scène mondiale régresse à grande vitesse. Et la paix des Nations-unies, empreinte de bon sens, telle qu’imaginée en 1945, ferait désormais figure de rêve chimérique… En d’autres termes, le risque d’un holocauste nucléaire serait plus fort que la probabilité de voir les puissance nucléaire mettre effectivement en œuvre le traité de désarmement nucléaire promu par l’ICAN (International Campaign to Abolish Nuclear Weapons) et plusieurs petites nations pacifiques et assurément éthiques. Leur initiative ne peut qu’être louée, mais la réalité est ailleurs, hélas !

– La France et beaucoup d’autres pays aimeraient voir Donald et Jong Un se calmer un peu. Mais personne ne dispose du levier miraculeux pour ce faire, même la Chine, l’Europe, encore moins M. Antonio Guterres, le secrétaire général de la « Grande maison de verre ». La temporalité dans laquelle baignent les Q.I mentaux de Trump et de Kim (s’ils disposent toutefois de plus qu’une moelle épinière) est celle d’un monde archaïque et violent. Dans un tel contexte, qui oserait baisser sa garde nucléaire ?

2 – Mais les choses sont plus complexes. Constater l’efficacité passée de la dissuasion est un chose. Dénoncer comme immoral le concept de destruction mutuellement assurée et redouter un nouvel Hiroshima en pire en est une autre, entièrement fondée. Alors, quoi ! On sort du cauchemar ou on s’y mure « douillettement » ? Dans le nucléaire stratégique, tout est en fait paradoxal : les niveaux de raisonnement et de perception s’excluent comme l’huile et l’eau. Aucun angle est en soi faux, mais la grande image est inaccessible. Les acteurs sont fuyants.

– Rappelons que l’Histoire – celle de ce second conflit mondial – a accouché de cette arme génocidaire. On n’effacera jamais ce legs, qui pose la question de la lourde responsabilité de la science vis-à-vis de la survie humaine.

L’occasion d’entamer un désarmement nucléaire global a sans doute été perdue dans les années 1990. Après la chute du mur de Berlin, les arsenaux de chacune des deux super-puissances d’alors ont été ramenés à 1900 ogives montées sur des lanceurs plus 4 à 5.000 « en stock » et encore 6 à 7000 « promises à démantèlement et destruction ». Un progrès incroyable sur les années 1960 ! Actuellement, il en reste en gros 15.400 à travers le monde. Imaginez que ce stock ait été réduit à quelques centaines, même un ou deux milliers de têtes : un bond décisif aurait pu être accompli vers un désarmement général, par étapes : quelques centaines d’ogives conservées pour les Super-grands, quelques dizaines pour la France, le Royaume Uni, la Chine, Israël, l’Inde et le Pakistan. A l’époque, entre Eltsine, Bush-le père, JIANG Zemin, Mitterrand, la confiance était bien meilleure.

– On aurait dû aller plus loin, tout simplement parce que le Traité de Non-prolifération de 1968, dans lequel beaucoup voient encore la clé de voûte de la stabilité mondiale, obligeait les puissances détentrices, au titre de son article 6, à désarmer, non pas d’un coup (c’eût étét un coup de poker sur notre survie) mais par étapes. En contrepartie, les Etats non-dotés s’engageaient à ne pas développer l’arme et à ne pas l’acquérir. Enfin, chaque Etat-membre de l’ONU s’est ensuite engagé à filtrer soigneusement ses exportations de technologie nucléaire et balistique civiles de façon à absolument éviter toute prolifération militaire par le biais du commerce entre entreprises. Pour la France, une stricte suffisance a été recherchée. Paris a démantelé la composante terrestre de son arsenal atomique (adieu, Pluton et Hades !), réduit la composante aérienne (missiles ASLP) et limité à quatre bâtiments sa composante océanique, aujourd’hui le pilier central de sa dissuasion. Ce faisant, son arsenal a été réduit d’environ 500 têtes à plus ou moins 250. Ce n’est pas rien. Ses dirigeants étaient-ils décidés, ainsi qu’on l’affirme à posteriori, à entrer dans les négociations de contrôle et de réduction des arsenaux nucléaires, aux côtés des deux super-puissances ? Leur sincérité est fonction d’homme et de calcul politique. Mais dans un rapport initial de force de 250 à 7000, la France n’avait aucune chance de pouvoir sauvegarder un équilibre stable et son indépendance, aux étapes suivantes du processus.

3 – Rien du dispositif d’ensemble n’a été respecté : Israël, malgré les termes ambigus dont elle use à propos de son arsenal, dispose aujourd’hui d’une capacité à dévaster les pays arabes autour d’elle. Elle a été en partie armée par la France, au cours des années 1950. Les pays arabes, eux, se sont dotés, tout aussi clandestinement et de façon tout aussi illégale, d’arsenaux chimiques et balistiques. On parle des « armes de destruction massive (ADM) du Pauvre ». Des pays industriels, tels l’Allemagne, ont fait preuve de négligence, notamment à l’égard de l’Irak (que la France armait, par ailleurs, contre l’Iran). Nous ne sommes pas parvenus à régler le lancinant contentieux israëlo-arabe, seule voie possible pour rétablir un minimum de confiance au Proche Orient et y favoriser un désarmement bio-chimique comme nucléaire. Saddam avait interrompu, au bord du gouffre, son aventure nucléaire mais il a utilisé les armes chimiques contre des militaires et des civils. Bachar et son père, aussi, en Syrie. L’Iran, gazé par Saddam, s’est attelé à développer sa bombe atomique. Les six puissances « tutélaires » du TNP l’ont convaincue de suspendre, pour 10 ans, la production d’explosif militaire fissile, en échange d’une levée progressive des sanctions internationales imposées par l’ONU. L’AIEA, l’agence de l’Energie atomique de Vienne, constate que Téhéran se conforme à ses engagements tout en poursuivant ses activités balistiques. Mais les Etats-Unis de Donald Trump veulent dénoncer l’accord de juillet 2015, si péniblement obtenu. Ils menacent à présent la République islamique (comme la Corée du Nord) de leur gros bâton.

– Quel flagrant échec pour l’Occident ! Quelle fuite en avant des acteurs régionaux ! Si l’on excepte la Libye, qui, en 1998 a rendu son arsenal nucléaire (comme l’Afrique du Sud, l’Ukraine et la Biélorussie)- mais cela n’a pas porté chance à Khadafy, en 2011 – la prolifération de ces armes de destruction massives concerne actuellement quelque vingt-cinq pays ! Les Nations Unies recensent huit puissances- dotées car elles ne sont pas libres de dénoncer. Cette réalité de plus de 25 apparaît si l’on comptabilise Israël et tous les pays dits « du seuil », c’est à dire capables d’assembler ce type d’armes en quelques semaines. Ayant tout préparé à cette fin, ils se gardent bien de les exhiber ou même de reconnaître les posséder, en violation du droit international. Pire encore, contrairement à la France, ces pays fraudeurs ont, eux, de vrais ennemis qu’ils voudraient anéantir. Ils ne visent pas tant une posture avantageuse qu’une possibilité de première frappe contre ceux-ci (Pakistan -> Inde ; Corée du Nord → Etats Unis, Japon et Corée du Sud ; Iran → Israël, Arabie Saoudite, Turquie-> ses voisins). Au final, les pays menacés d’une frappe par surprise ont intérêt à s’en prémunir en développant leur propre capacité de seconde frappe (avec un arsenal suffisamment fort pour résister et répliquer à une attaque). Ne doutons pas que le Japon, la Corée du Sud, l’Arabie Saoudite, l’Irak, l’Egypte aient en tête quelques idées de cet ordre.
Le monde n’a plus rien à voir avec les deux blocs disciplinés et ordonnés de la guerre froide. A elles deux, Washington et Moscou auraient pu nous libérer du cauchemar. Cela n’a pas été fait. Que dire des nébuleuses terroristes qui ambitionnent, elles aussi, de s’approprier l’Arme d’extermination ? Et du crime organisé pur ? Nous nous accrochons encore – désespérément – aux règles du TNP, déjà très impopulaires parmi les pays non-dotés et contestées par eux, en espérant cacher le fait que ce traité prend l’eau de tous bords. Dénoncé, en 2003, par Pyongyang, qui y était partie, il a subi une première estocade et en connaîtra d’autres. Aujourd’hui, le Roi est presque nu. Le dire tout haut ne ferait que précipiter sa déchéance.
Alors, l’autre traité, le tout nouveau interdisant les armes nucléaires, pourrait-il en prendre le relais ?

– Assurément pas, car il ne pourra pas produire les transitions indispensables et n’obtiendra donc pas l’adhésion des puissances légales ou clandestines. Même si elle est simplette, la métaphore du saloon illustre cette faille : lassé des bagarres à l’intérieur de son établissement, le tenancier fait voter à l’unanimité de ses clients l’interdiction d’y introduire toute arme à feu : dorénavant on les déposera à l’entrée. Mais un cow-boy calculateur et mal-intentionné introduit son calibre en cachette. Au premier mot qu’il juge déplacé à son égard, il dégaine et tue tout le monde, sans avoir pris lui-même aucun risque. Les armes de destruction massive – pas seulement les armes nucléaires – que l’on cache sont celles qui seront utilisées le jour où les voisins détestés auront désarmé. La préservation de l’équilibre à la baisse, dans la transparence, est vitale. Ce n’est nullement le mauvais prétexte que l’on soupçonnerait emprunté à des chefs militaires belliciste : c’est une des conditions de notre survie. La survenance, non-anticipée par les acteurs, d’une rupture dudit équilibre ouvrirait une opportunité d’agression sans réplique et des réactions en chaîne, par le jeu des alliances. Comme les « binômes maudits » sont désormais nombreux, aucun gendarme mondial ne parviendra à s’assurer préalablement de la bonne foi, voire de la santé mentale, de toutes les parties prenantes.

– Sommes-nous passés à côté, une fois pour toute, d’une fenêtre d’opportunité pour libérer l’humanité (pas la planète, qui s’en moque) d’une grave menace créée par l’Homme contre l’Homme ? Aucune raison de s’en féliciter. Ni de célébrer la « victoire du réalisme sur l’éthique ». Ce serait indécent, triste et irresponsable. Rien n’est jamais scellé pour toujours. Employons-nous déjà à recréer, étape après étape, une vraie communauté internationale, bâtie sur la confiance et les progrès du droit. Les citoyens du monde devront s’y impliquer. C’est le vœu caressé par les humanistes atterrés d’un 21 ème siècle inquiétant, mais qui a du temps devant lui.