* 22 mars – Facture du passé pour l’Afghanistan

Alors que l’administration Biden est en plein réexamen de l’accord conclu avec les Talibans à Doha, en 2020, par l’équipe de Donald Trump, le secrétaire américain à la Défense, Lloyd Austin, se rend de façon inopinée à Kaboul. Il va rencontrer le président Ashraf Ghani et le nouveau chef d’état-major de l’armée, le général Yassin Zia, tout juste nommé ministre de la Défense par intérim. Washington veut se donner de la marge en se limitant, pour l’heure, à indiquer que toutes les options restent sur la table concernant un retrait des forces américaines. Sous médiation qatarie, des négociations de paix avaient été engagées à Doha, le 12 septembre dernier, entre le gouvernement afghan et le mouvement taliban, avec le soutien des États-Unis. Officiellement c’était pour mettre fin à 42 ans de conflit armé et échanger des prisonniers. En fait, l’objectif était de limiter les risques d’un désengagement américain accéléré, une opération créant un état de grande vulnérabilité pour les troupes partantes.

Prévu pour le premier mai, aux termes de l’accord précité, un tel retrait, .sur fond d’effondrement de l’armée afghane face aux Talibans, est jugé « difficile » – en fait très problématique – par l’administration démocrate. Tenir le délai reviendrait à ‘’lâcher’’ le fragile et artificiel gouvernement de Kaboul. Ce serait donc signer une défaite assez comparable à l’infamante chute de Saïgon en 1975. Jouer les prolongations ouvrirait un boulevard à des attaques talibanes contre l’arrière-garde américaine, avec la perspective d’un retrait dans la violence, impliquant des pertes humaines. Rester sur place impliquerait de se donner les moyens d’un nouveau ‘’surge’’ (envoi de renforts massifs censés retourner rapidement la situation militaire), ce qui paraît irréalisable et serait de toute façon inacceptable par l’opinion américaine.

Les Talibans campent en posture de riposte et mettent en garde les Etats Unis contre les conséquences d’un non-respect du calendrier. Souhail Shaheen, un membre de leur équipe de pourparlers, annonce explicitement une reprise de leur offensive, en tel cas.

L’Afghanistan est en guerre depuis 2001, lorsqu’une coalition militaire internationale dirigée par Washington a renversé le régime des Talibans, au motif de son association, à l’époque, avec Al-Qaïda. Le groupe jihadiste avait revendiqué les attentats du 11 septembre à New-York et à Washington. Avec le recul de l’Histoire, comme tout ceci paraît aujourd’hui, lointain, mal conçu et effroyablement mal géré ! Les vrais responsables du 11 septembre se sont rapidement repliés sur le Pakistan et l’Arabie saoudite, avant d’essemer le monde musulman. La seconde invasion de l’Irak, en 2003, a achevé de fondre l’Afghanistan au sein d’un vaste monde islamique en pleine incandescence, à une nuance près : l’intervention sans fin de l’OTAN dans ce petit pays teigneux a pris, au fil du temps, l’aspect d’une occupation par les Croisés. L’Alliance atlantique s’est fourvoyée hors de son champ d’intervention pour complaire à l’impulsivité émotive des Américains, au lendemain des terribles attentats. Depuis, l’Amérique a retrouvé un cerveau et même un certain bon sens. Mais l’énorme gâchis commis par les prédécesseurs de Joe Biden sera bien difficile à réparer. Bonne chance  au missionnaire de Washington !