* 22 juillet – Eau dans le gaz.

Les États-Unis considéraient depuis une bonne décennie que le projet de gazoduc géant Nord Stream 2 reliant la Russie à l’Allemagne créerait une dangereuse vulnérabilité pour l’Europe et donc pour l’Alliance atlantique. C’était le fruit d’une époque relativement insouciante, où l’intégration de la Russie dans l’architecture européenne paraissait possible et même souhaitable. Ce projet – achevé à 90 % – est aussi la conséquence d’excès d’indulgence de certains dirigeants allemands à l’égard de Moscou. Il devait assurer un approvisionnement supplémentaire aisé à l’industrie allemande, déjà tributaire de l’énergie russe par de multiples canaux. Pourtant, à la même époque, V. Poutine s’est aventuré dans des opérations militaires contre ses voisins. De plus, crise climatique aidant, alors que les énergies fossiles devront être déprogrammées à relativement court terme, la ‘’main de Moscou’’ faisait de moins en moins sens. Elle garde accessoirement le pouvoirde contourner l’Ukraine et de priver potentiellement Kiev de sa principale source d’approvisionnement comme des ressources financières résultant du transit. Très hostile à Nord Stream 2 et méfiante à l’égard de Mme Merkel, l’administration Trump n’avait rien fait, ou plutôt s’était seulement gavée de mots.


Hier, un compromis a été annoncé entre l’administration Biden et le gouvernement allemand pour dépasser leur différend géostratégique autour de Nord Stream 2. Il inclut des scénarii de sanctions pour le cas où Moscou, usant de son gaz comme d’une arme, tenterait un chantage à la livraison d’énergie pour infléchir la politique de l’Allemagne ou pour exercer des pressions agressives contre l’Ukraine ou d’autres Etats européens considérés à Moscou comme faisant partie d’un ‘’glacis stratégique’’ russe. En termes clairs, le gaz russe serait alors boycotté et Berlin s’alignerait, dans une crise éventuelle, sur les sanctions et autres choix de l’Alliance atlantique. Kiev n’est pas non plus oubliée. En sa faveur, les deux capitales occidentales s’engagent à œuvrer ensemble à la reconduction pour dix ans, en 2024, des clauses de transit du gaz russe par l’Ukraine.


Est-ce que cette usine à gaz serait réellement efficace en cas de clash ? Il est présomptueux de s’affirmer ‘’paré’’ pour l’avenir lorsqu’on en ignore encore les paramètres et, de plus, que l’adversaire est parfaitement au fait de vos intentions. Les crises suivent une infinité de cheminements imprévus. Mais l’essentiel reste le front d’unité et de consensus rétabli avec l’Allemagne. Quoi qu’en disent les membres républicains du Congrès, c’est le mieux que pouvait espérer Joe Biden.

*16 janvier – Armin d’outre-Rhin

Alors que la chancelière Angela Merkel, à la tête du gouvernement fédéral allemand depuis 2005, terminera son dernier mandat en septembre, son parti, l’Union chrétienne-démocrate (CDU), vient de porter à sa tête Armin Laschet, 59 ans, par une majorité de 521 voix sur ses 1 001 délégués. Ce modéré, fidèle parmi les fidèles de la chancelière, ancien journaliste et ministre-président du land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, incarne la continuité. Centriste, européen mais aussi atlantiste, il est rassurant pour les partenaires de l’Allemagne, sans qu’on ait encore éprouvé ses talents d’homme d’Etat.

Trois hommes s’affrontaient : outre Armin Laschet, le très conservateur Friedrich Merz et l’expert en politique étrangère Norbert Röttgen. L’élection, faisait suite à la démission d’ Annegret Kramp-Karrenbauer, longtemps « dauphine » d’Angela Merkel mais écartée faute de s’être imposée. L’échéance avait été repoussée à plusieurs reprises en raison de l’épidémie et le scrutin s’annonçait très ouvert et difficile à pronostiquer. Laschet va donc mener la coalition CDU-CSU aux élections législatives du 26 septembre. S’il gagne, il pourrait devenir le futur chancelier. Néanmoins, un tel enchaînement n’est pas encore assuré. C’est en effet le président de la CSU, Markus Söder, qui serait le favori des urnes pour succéder à Merkel. Peu charismatique, Armin Laschet jouit d’une cote basse de 28 %, selon un sondage ZDF publié hier. Avec 54 %, Markus Söder, le principal opposant à la ligne Merkel et ancien ministre de l’Environnement et des Finances se tient en embuscade, pour le cas où le nouveau patron de la CDU, ne démontrait pas suffisamment l’étoffe d’un gagnant face au candidat SPD.
Le jeu politique allemand est finalement assez simple. Il ne risque guère de voir s’effondrer les partis traditionnels, même si les Verts devraient s’étoffer pour devenir, plus qu’un parti d’appoint, la troisième composante stable des coalitions de gouvernement. C’est plutôt au niveau des personnalités et des tempéraments qu’une marge d’incertitude subsiste. L’élément personnel reste également cardinal dans toute stratégie de tandem avec Paris. Par contraste, la France paraît jouer son avenir de façon moins conventionnelle, imprévisible, peut-être plus imaginative. Quoique la roulette russe ait déjà été inventée…